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Paris, les femmes et l'amour

306 pages
Delaunay (Paris). 1816. In-16, 305 p., planche.
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Paris,
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/<. SfXUltd 1 j TiInaiV"lJ,o-ÉaÛ4-tîR.ctjat.
(.
,18.6.
PARIS,
LES FEMMES
ET L'AMOUR.
DE I, IMPRIMERIE DE J. GRATIOT.
Y/f /rs-f ttyrfsi/> A' /<'t> f
a ma vus
huot .'?L
f r/yh !"-hy
PARIS,
LES FE M M ES
ET L'AMOUR.
Hien ne serait plus fade au monife que Tt vie,
9f l'on n'y mêlait pas çpielçpies grainj de folie.
PARIS.
DELÀUNÂY , LIBRAIRE , PALAIS-ROYAI^
1816- ;'i-I
1
A L'AMOUR,
A PARIS
ET AUX FEMMES.
MESSIEURS ET MESDAMES,
bI E pardonnerez-vous d'avoir osé
parler de vos amabilissimes per-
sonnes sans votre agrément préa-
lable ? Oui3 je l'espère , quand vous
lnallrez entendu jusquau bout.
Nous aurions bien mauvaise idée les
( 2 )
uns des autres, si je ne vous jugeais
pas dignes d'entendre la vérité, et si
vous-mêmes pouviez me croire ca-
pable de vous la taire ou déguiser.
Je vous la dirai donc sans réticence
et sans humeur. Je me permettrai
même dans loccasioll de vous repro-
cher vos défauts 3 mais aussi je ne
passerai point sous silence vos qua-
lités. Une chose qui me flatte autant
qu'elle vous honore} cest la fernze
persuasion où je suis que je trouve-
rai en vous plus à louer qu'à blâmer,
et j'avoue ingénument que, sans
cette assurance, j'aurais brisé ma
palette et mes pinceaux. Tel est,
Messieurs et Mesdames > la situativll
(5 )
1.
de mon esprit f mon caractère et ma
façon de penser sur ce qui vous con-
cerne, et vous pouvez compter sur
la plus sincère et la plus exacte
impartialité.
Amour} principe, âme et conser-
vateur des êtres, doux lien des hu-
mains y charme et délice de la vie,
quels droits n as- tu pas à nos honz-
mages , à notre reconnaissance ? Mé-
rite rait-il le nom dhonlme) celui qui
ne t'aurait jamais connu ou voulu
connaître ? Si l'on y fait attention,
on verra que presque tous les torts
qui le sont si libéralement attribués y
ne viennent point de toi" mais des
( 4 )
hommes qui te revêtent toujours de
l'empreinte de leur âme. Ainsi c'est
au caractère fougueux et emporté
d Achille qu'on doit rembrasement
de Troie, non à l'amour, qui ne res-
pire que tendresse et plaisir. On se
plaît à t'accuser sans cesse de légè-
reté, de caprice et d'inconstance,
mais on ne s'aperçoit pas que, sans
ces prétendus défauts , tu serais mo-
notone ) froid maussade, languis-
sant, et que tu ferais sur la terre
beaucoup moins d'heureux. Encore
une fois, ce sont tes hôtes seuls qui
méritent toutes ces graves inculpa-
tions, et non pas toi, qui3 n'étant
qu'un aimable et bon enfant, ne sau-
( 5 )
rais avoir de mauvais dessein , puis-
que le but de les fondions est d'as-
sortir el de rendre les cœurs heureux
par tous les moyens que te suggère
Ion génie.
Et vous , intéressant Paris, ren-
dez-vous de tous les talens, centre
des lumières et du goût, tenlple des
arts el de la gloire , séjour de la joie
et des plaisirs, que n 'aurais-je pas
à dire de vous , si je voulais me don-
ner carrière sur vos apalltages) vos
ressources et vos agrémens ? On
trouve chez vous , jusqu 'd profusion)
tout ce que rinlaginatioTl et l'indus-
trie ont pu créer pour les commodités
et douceurs de la vie. Tout ce que
( 6 )
V œil peut voir de plus beau, V oreille
entendre de plus mélodieux tout ce
qui peut flatter et satisfaire les sens 3
meubler et enrichir l esprit se
trouve surabondamment réuni dans
votre sein. A la vérité l'on remarque
en vous les inconvéniens de votre
climat et l'ingratitude de votre sol ,
le contraste frappant de la misère et
de lopulence) du vice et de la vertu,
de l'honnêteté et de l'indécence. Mais
il est dans la nature physique et
morale de nous offrir ici-bas ces
sortes de mélanges el nous nous
lnontrons je crois, plus raison-
nables d'y souscrire que de nous en
plailldre.
( 7 )
Quant à vous, Mes dames } si pat
malheur vous alliez vous formaliser
de ce que je ne vous ai point donné
l'initiative dans la présente dédicace"
je m'excuserais en vous disant, com-
me je P ai pensé" que je vous réser-
vais pour la bonne bouche. Je n'en-
treprendrai pas, de peur de n'en
point finir, de décrire les charmes
divers dont la nature a pris plaisir à
vous pourvoir 3 de vous exprimer les
seutimens que vous fentes naître" et
le bonheur dont vous êtes tout à la
.Ibis et la cause et l'objet. Tous les
hommes s je le sais y ne seront pas
de mon avis, surtout ceux qui, cou-
pables de plus de torts envers les
( 8 )
femmes 3 sont les premiers à leur en
supposer pour justifier les leurs qui
ne sont le plus souvent que trop réels :
mais comme la galanterie sans la
franchise perdrait plus de la moitié
de son prix) on ne dissimulera pas
que les femmes même les plus par-
faites) laissent découvrir 'en elles
quelques taches 3 semblables à Vastre
brillant 3 flambeau de l'univers, qui
n'en est point exempt. La cOllzpa-
raison si souvent renouvelée de la
beauté à la rose, ne serait exacte ni
fidèle) si les épines en étaient sépa-
rées.
1..
PRÉFACE.
IL s'est fait jusqu'ici tant d'essais
sur Paris, les femmes et l'amour,
qu'on en regarde la matière comme
épuisée, et l'on pense assez volontiers
que, sur un tel sujet, on ne peut
plus guère que se répéter. Si cepen-
dant on vient à considérer le carac-
tère mobile et changeant de ces trois
êtres , on reviendra un peu de cette
prévention , et l'on finira par croire
que l'on n'a pas 'encore observé
toutes les métamorphoses de ces
( lo )
protées. Leurs formes ne sont pas
d'ailleurs toujours désagréables, ni
leurs tours toujours criminels. Aussi
se propose-t-on deprésenter avec fran-
chise leur bon et leur mauvais côté,
et peut-être qu'au bout du compte
le bien fersgplus que de balancer le
mal. Au reste rien n'est plus incer-
tain que les jugemens des hommes ,
subordonnés le plus souvent à leurs
préjugés, à leurs affections ou à
leurs intérêts. On peut dire toute-
fois dii séjour enchanté de Paris,
que plus il a été long, moine il est
possible de le quitter ; que ceux qui
connaissent également,tous les char-
mes des femmes et de l'amour ne
( 1-1 )'
peuvent renoncer et ne les aban-
donnent que foFGément. Cet aveu r
qui part du eur Misera-
aucun doute sur ma sincérité aux
trois personnages important, dont
je me suis émancipé de parler.
Si j'avais fait un plus long séjour'
daa capitale et que j'y eusse été
surtout plus répand, j'aurais ob-
servé, découvert-sûrement bien des
choses qui né sont pas enues jus-
qu'à moi, * qui par leur singula-
rité ou leur intérêt, eussent piqué,
et satisfait ttarantage l'attention et
la curiosité des lecteurs, toujours-
si avides d'anecdotes et de nouveau-
tés. Il faudra donc que l'on veuille-
( 12 )
bien se contenter de mes petits a-
perçus; heureux encore s'ils sont
trouvés justes , vrais et amu-
sans !
Ne serait-ce pas ici le cas de rele-
ver un peu l'ingratitude du pulilic
envers les pauvres auteurs qui, sa-
crifiant généreusement leurs tra-
vaux, leurs soins et leurs veilles à
- x
son instruction ou à son délasse-
ment, n'en obtiennent le plus sou-
vent pour tout salaire que l'indiffé-
rence ou le dédain, si même ils ne
sont abreuvés du fiel de la critique
et de la satire ? On est loin d £ se
douter de ce qu'il en coûte d'esprit
et de peine pour faire même un nié-
( i3 )
chant livre. Pourquoi écrire, dira-
t-on, en dépit de Minerve ?
Certes, Pline l'ancien, qui ne
passait pas pour un sot, montrait
à cet égard plus d'indulgence : il
avait coutume de dire « qu'il n'était
pas de si mauvais livre qu'il ne con-
tînt quelque chose de bon D. L'ex-
périence vient à l'appui de cette as-
sertion. Mais il ne faut pas croire
qu'un mauvais écrivain soit un
homme inutile à la société. Il sert
d'abord d'ombre aux bons auteurs
et fait ressortir un peu les médiocres.
Ensuite il s'est personnellement dé-
robé à roisiveté, à l'ennui, source
de tant de maux et de désordres.
( 14 )
S'il arrive qu'il n'enrichisse pas
les libraires, qui le payent eux-
mêmes si mal, il fait toujours du
moins aller le bel art de l'impri-
Inerie, et les nombreuses familles
qui y sont employées. Et puis ne
faut-il pas des livres à la portée
de chacun ? Il y a, comme l'on
sait, plus d'un étage dans l'esprit
humain.' Les chefs-d'œuvre ont
moinr, de lecteurs que les écrits
communs, et sont souvent laissés
de côté pour un misérable roman
nouveau.
Certain proverbe dit qu'il faut
que tout le monde vive. Dans un
siècle éclairé ou qui prétend l'être,
( 1* )
tout IUVoncle veut lire, et - pour-
qu'on le puisse, il est bien néces-
saire qu'il existe des ouvrages ena-
logues aux intelligences et aux diffé-
rens goûts. L'un demande du sé-
rieux , l'aulie de l'enjoué; celui-là
du relevé, celui-ci du familier : il
est donc à propos que les livres
soient faits à plusieurs mesures
selon les diverses tailles. S'il est vrai
qu'un sot trouve toujours un plus
sot qui Vadmire > il n'est pas impos-
sible, encore moins sans exemple ,
qu'un auteur, quel qu'il soit, puisse
avoir des lecteurs, et même les
amuser. Il en est des esprits comme
des différens sols ; les uns sont fer-
( 16 )
tiles, les autres stériles : tels sont
bons pour certaines productions ,
tels autres s'y refusent. Aller contre
cet état de choses, qu'on voit assez
généralement régner, c'est en insul-
ter le divin auteur qui , n'ayant pas
voulu que le monde fût autrement,
restera toujours le même, en dépit
de nos murmures et de nos impro-
bations.
PARIS,
LES FEMMES
ET L'AMOUB-
PARIS.
Si Paris a du ciel quelquefois les douceurs,
Bien souvent de l'enfer il offre les rigueurs.
-
QUE de choses intéressantes et
agréables ne serait pas fait pour
inspirer le sujet que j'entreprends,
si je pouvais le traiter à fond: mais,
comme je n'en ai ni le temps ni les
( 18 )
- moyens, je me contenterai de 1 tf-
fleurer : cette manière est rTflnllanjfl
plus dans l'ordre et dans le goyt du
jour 4
Un ëttaiîgfetr est peut-être plus
propre à observer, àpeindre IIftris,
qu'un de ses propres habitans. La
grande habitude que ce dernier a
d'y vivre et d'y voir les objets sans
les considérer , l'empêche d'en être
frappé, et de saisir et rendre ce
qu'ils peuvent avoir de saillant.
De même que les femmes et
l'amour, Paris est un sujet qu'on
ne sait trop définir, encore moins
épuiser.
Une Espagnole,après avoir vu Paris,
s'écria :. ( Be n'est point une beauté
qui frappe an premier coup doeil ;
mais c'en est une qui souffre les
( 19 )
détails, et chez qui un défaut est
ampjpment réparé par quelque trait
auquel on ne s'attendait pas , et qui
inspire l'admiratiorï.» Tndiën le
comparait un jour à un diamant à
facettes, qui partout n'est pas égaler
ment taillé: sa comparaison était
juste. Voici ce qu'en écrivait lui
ambassadeur piémontais qui avait
ouru tous les pays : « Rome a
ses IDpnumens, ses palais, ses ta.
hLeaux qui l'emportent sur tous
ceux -de l'univers i Londres a des
rues si larges et si bien alignées, que
l'œil en est vivement frappé. Mais
Paris est si avantageusement pourvu
de tout ce qui intéresse la science,
l'esprit, le goût, surtout la société ;
cette ville réunit tellement les cho-
ses agréables, utiles et rares, qu'il
( 2° )
tie lui manque que les py
d'Egyple et la vue de la mer ; ce qui
fait que je la préfère à tout ce que
j'ai VU.)) J dirais autant, si je n'é-
tais pas. anglais, dit un lord ; mais
nous sommes convenus dans notre
nation de n'admirer que faiblement
et presque jamais ce qui tient aux
Français,
Le Palais-Royal à Paris peut être
regardé comme l'abrégé de ce qu'il
y a dans le monde de plus délicieux
et de plus recherché. On peut y
passer la vie et une vie très-agréa-
ble sans avoir besoin que des choses
qui s'y trouvent. Livres intéres-
sans , conversations instructives et
amusantes, mets exquis, spectacles
charmans et variés , nouveautés ,
curiosités-, femmes aimables et ga-
C ai )
Jantes, eafës brillans, agréable sym-
phonie, concours universel de tous
les âges , dç tous les pays, de tous
les états et conditions.
Les passions, les intrigues, les
folies, les amours, .les plaisirs, les
ennuis, les soucis , les chagrins,
tout se porte au Palais-Royal ; et
c'est une telle frénésie, que le vQya-
geur qui arrive y court avant de
avoir où il logera.
Tous les dieux de la fable s'y
trouvent pour peu qu'on y cherch e
un Mars adultère, un Mercure
voleur y une Venus libertine.
Le caractère du vrai Parisien est
doux, humain, bon , honnête , af-
fable et officieux; mais lorsqu'il
donne dans la dépravation et les
( 22 )
travers, aucun peuple peut-être ne
les porte plus loin que lui.
On trouve , souvent même dans
les classes inférieures et pauvres
une bonne foi, une probité, une
candeur, dont pourraient s'honorer
les classes les plus relevées.
Léger, étourdi, frivole, petit-
maître, fat, ridicule, vain, suffisant
et moqueur, tel est souvent le jeune
Parisien.
Un étranger, qui ne voyait pas
toujours du bon côté, disait qu'on
pourrait trouver dans quelques ani-
maux tout le caractère et l'allure
d'un Français. Il a la fierté du paon,
la tête de la linotte, la langue de
perroquet, l'humeur galante du
moineau, la légèreté et l'incons^
( 23 )
-tance du papillon, la malice et les
pimagrées du singe.
Les Parisiens ont des préjugés
assez étranges sur le compte des pro-
vinciaux et des étrangers. Ils se mo-
quent volontiers de leur accent, de
leur costume et de leurs manières ,
leur trouvent ou supposent mille
ridicules , et sont même étonnés de
leur voir le sens commun. Il leur
serait cependant facile de se désa-
buser à cet égard. Car le moindre
examen leur prouverait que les plus
grands hommes de la France, tels
que Montaigne, Corneille, Racine,
La Fontaine , Labruyère, Bossuet,
Fénélon , Massillon , Montesquieu ,
Fontenelle, Buffon et les deux
Rousseau n'étaient point de Paris.
Et l'on peut remarquer qu'en tout
( )
temps ceux qui y jouissent des
plus brillantes fortunes, jouent les
plus grands rôles et occupent les
plus hautes dignités sont étrangers à
cette grande ville. Si les Parisiens
ont plus d'esprit et de goût, à sup-
poser , que les provinciaux, ceux-
ci ont peut-être, à leur tour, plus de
bon sens et d'étendue dans les idées.
Ils sont plus hardis dans leurs en-
treprises , et ils y mettent plus de
suite et de persévérance.
Le Par isien est dissipé, superfi-
ciel ; le Provincial au contraire est
réfléchi et solide. Je pourrais éten-
dre ce parallèle ; mais ne voulant
blesser aucun amour propre, je
laisse aux esprits observateurs fe
soin de me suppléer. Quant à l'ac-
cent, il n'est pas plus extraordi"
( 25 )
2
naire que chaque pays ait le sien,
qu'il ne l'est de voir à chacun sa fi-
gure, son air et sa démarche. On
doit d'autant moins trouver cho-
quantes ces différences et ces varié-
tés, qu'il n'y a déjà que trop de mono-
tonie dans les esprits , les idées et en
toutes choses. Plus justes envers les
habitans de la capitale, ceux des
provinces et les étrangers s'empres-
sent de reconnaître toutes leurs
qualités, et de rendre jupe ample
justice à leur aménité, à leur poli-
tesse et à leur pbligeance.
Paris ne le cède à aucun autre
pays en artifice, en charlatanisme ;
si bien que celui qui leur échappe
ne fait pas moins preuve d'habileté
que de bonheur.
Si l'on dit communément que les
( 26 )
Parisiens sont badauds, on ne leur
fera pas du moins l'injure de croire
que ce soit en matière d'intérêt.
C'est une science dans laquelle ils
excellent par dessus tous les autres;
mais heureusement que leur goût
décidé pour le luxe et l'étalage, a
bientôt fait rentrer dans la circula-
tion les bénéfices de leur industrie.
L'égoïsme, l'insouciance , l'as-
tuce, la tromperie et l'immoralité,
sans ces" reprochés à la capitale
avec plus ou moins de fondement ,
n'empêchent pas que ce ne soit le
séjour du monde qui plaît le plus ;
en cela semblable à ces beautés
qu'on aime , et dont on ne peut se
détacher, malgré leurs défauts et
leurs caprices.
Les étrangers à Paris sont des
( 2 7 )
i.
oiseaux de passage, tirés au vol ou
au trébuchet, et destinés à
nourrir, engraisser la nombreuse
famille dès aigrefins, très-friande de
cette sorte de gibier.
L'urgent, la vanité et le plaisir-
sont lit trinilé chérie et adorée des
Parisiens.
B n'est pas, dit-on, tousJes jour
fête ; ce pioverbe n'a pas lieu pour
Paris, où l'on a autant de fêtes que
l'on peut s'en donner, et qu'on veut
en chômer. - :
Le Français passe en général pour
vain, avantageux ; et cependant,
dérogeant à son caractère , il lui ar"
rive souvent de ne pas se rendre
justice et de s'estimer moins que des
nations qu'il connaît imparfaite-}
ment, ou dont il s'exagère les
(a8 )
qualités et le mérite. Sans contredit
tous les peuples en ont qui leur sont
propres ; mais tantôt les uns l'em-
portent sur les ajitres et tantôt ils se
compensent. Et quelle est la nation
ancienne et moderne qui puisse of-
frir dans tous les genres plus de grands
hommes, plus de talens divers et
supérieurs, que la France en a pro-
duits dans moins de deux siècles ?
Dans quelle région de la terre les
arts et les sciences sont-ils mieux
cultivés ? Où se trouve-t-il plus de
politesse, un meilleur ton, plus de
fleur d'esprit, de goût, d'amabilité,
et où il soit plus agréable de passer
la vie ?
Paris est le grand théâtre des ex-
trêmes et des contrastes. D'un côté,
on y remarque le talent, le mé-
( 29 )
rite, 4a vertu et la modestie ; de
l'autre, l'ineptie, la nullité , le vice
et l'impudence, poussés an plus
hant période. Mais, pour être juste,
il faut dire aussi, à la décharge de
cette illustre cité, que ce qa'elJe
renferme de plus tilré So-uvf-nt
que le résidu des provinces.
Si le spectacle et le mouvement
de la capitale n'ont pas donné à iin
de nos philosophes modernes l'idée
des tourbillons y ils en rappellent
du moins le système.
Il ne faut à Paris que trois choses
pour y mener bonne et joyeuse
vie : argent, jeunesse et santé :
mais nulle monnaie, si l'on n'y
prend garde, n'est plus lestement
dépensée.
C'est là surtout qu'on éprouve
( 3° )
souvent le regret de n'avoir pas assez
de temps, d'espèces et de facultés
physiques et morales, pour se livrer
à tous les goûts, plaisirs et jouis-
sances que présente profusément
cette reine des villes.
On méprise à Paris l'homme
pauvre, non parce qu'il est sans
vertus, mais uniquement parce qu'il
manque d'écus, avec lesquels on est
tout, et sans lesquels on n'est
rien. <.#
L'agitation et la confusion, qui
se remarquent dans la moderne
Lutèce, se retrouvent dans la tête
et dans le cœur de la plupart de ses
habitans. Ils courent sans cesse
après de pénibles amusemens qui
rarement remplissent leur attente.
Quant au bonheur, si peu compa-
( 51 )
tible avec leur esprit et leur carac-
tère , ils s'en dédommagent et s'en
consolent par le plaisir.
Le Parisien est un véritable pan-
tin que le moindre fil de la nou-
veauté et du plaisir fait mouvoir
dans tous les sens.
Caricatures. Si les Français ne
brillent pas le plus à les faire, ils
sont au moins ceux qui en fournis-
sent le plus les sujets. Il y a même
de mauvais plaisans qui vont jusqu'à
les regarder comme des caricatures
ambulantes.
Fléau des grandes cités , luxe fu-
neste , qui vas toujours croissant,
comme la soif des richesses, à qui
tu dois ton existence, tu gâtes et
corromps tout de ton souflfe em-
( 32 )
poisonné. Sans cesse au-dessous de
tes besoins, mettant le vice et le
crime à contribution, tu portes dans
la société le désordre, la désunion
et l'opprobre. Tu brises le lien des
époux, des familles, et, séduisant
l'innocence par ton faste éblouis-
sant , tu la sacrifies à une cruelle vo-
lupté.
Ignorant, grossier et supersti-
tieux, un peuple n'en fut pas moins
jadis rigoureusement châtié pour
avoir adoré un seul peau d'or. Nous,
éclairés, philosophes et polis , nous
encensons tous les peaux d'or qui se
présentent à nos regards, et nous
n'en sommes autrement punis que
par le mépris inséparable de cette
basse et servile idolâtrie.
Paris, à la piste du ridicule, ha*
(33)
2..
bile et prompt à le saisir, voire à le
créer, en offre lui-même, aux yeux
du bon sens et de l'observation,
plus qu'aucun autre lieu de la terre.
Faut-il s'étonner qu'on craigne
en France le ridicule presqu'autant
que la foudre, quand on sait qu'un
homme, frappé par lui, n'en revient
plus ?
Les ridicules des femmes sont
moins choquans que ceux des hom-
mes, tant elles ont l'art ou le secret
de tout embellir!
Les femmes de Paris, soit dit sans
les fâcher, ne sont pas les plus belles
du monde ; mais il n'en existe pas
de plus aimables ni de plus sédui-
santes. On ne peut, sans la plus in-
juste prévention, leur disputer la
tournure, l'aisance et la grâce dans
< 34 )
la taille, la gentillesse dans les ma-
nières , le goût dans la mise , la no-
blesse dans le maintien , le bon air
dans la démarche, l'aménité dans
le caractère et la facilité dans les
mœurs. A un regard doux, expres-
sif et caressant, au son de voix, au
langage le plus enchanteur, elles
joignent un désir vif et constant de
plaire, accompagné de tous les
moyens pour y réussir. Enfin les
Parisiennes ne laisseraient rien à
désirer, si leurs appas égalaient leur
amabilité. Elles ont infiniment plus
d'art que les Provinciales, et néan-
moins elles paraissent plus natu-
relles.
Semblables aux désirs qu'elles
font naître, les femmes de la ca-
pitale promettent peut - être plus
qu'elles ne tiennent.
C-35-J
Les femmes sont plutôt le paradis
de Paris que Paris n'est le leur ; et
il faut convenir qu'elles l'achètent
bien, ce paradis, par les peines et les
soins qu'elles se donnent..
On se plaint qu'en province les
femmes sont un peu sauvages; mais
ne seraient-elles pas aussi dans la ca-
pitale un peu trop apprivoisées?
Plus vaines et plus coquettes que
sensibles et tendres, les Parisiennes
préfèrent à l'amour senti, celui
qu'elles font naître.
Faire Famour sent le Provincial
de cent lieues au moins. On trouve
à Paris à se le procurer tout fait.
Agréable commodité, économie
précieuse de temps , de soins et de
soupirs !
H est des hommes grossiers qui;
(56)
regardent les femmes comme des
espèces de meubles, sous prétexte
qu'il s'en trouve à vendre, à louer,
et plus de rencontre que de neu-
ves.
En Asie, ce ne sont que les Sul-
tans qui se permettent de jeter le
mouchoir : à Paris, où l'on perfec-
tionne tout, les hommes et les
femmes se le jettent tourè-tour.
Si les femmes ont été faites pour
plaire etséduire, certes, aucunes ne
- remplissent mieux leur destination
que les Parisiennes : les femmes sont
femmes partout ; mais à Paris elles
excellent.
Beaucoup de femmes de Paris ne
paraissent qu'un composé d'intérêt,
de vanité,, de coquetterie, de pré-
(37)
tentions, de mines, de feintes et de
l'artifice le plus raffiné. -
Nos élégantes ont adopté le cos-
tume des dames de l'antiquité , ce
qui leur a paru un peu moins lourd
que de se charger de leurs vertus.
Paris est un paradis pour les fem-
mes jolies jusqu'à vingt-cinq ans.
De là, elles entrent en purgatoire
jusqu'à quarante, et après, en enfer
pour le reste de leur vie : ceci, bien
entendu, ne peut regarder que les
femmes galantes et dissipées. Les
femmes régulières et vertueuses sont
à l'abri des vicissitudes dont nous
venons de parler.
Les femmes à Paris font, pour
plaire, plus de frais que les hommes.
En province, c'est tout le contraire:
les adorateurs du beau sexe se trou-
C. 5.8 J
vent fort neurdux, quand ils n'ont
pas adressé leur encens à de froides
et sourdes idoles.
Croirait-on que la révolution dans
la chaussure des femmes en a fait
une dans leurs mœurs ? En renon-
çant aux talons hauts , et adoptant
les souliers plats des hommes , elles
en ont pris la démarche, l'air et le
ton cavalier. Tant les plus petites
choses peuvent avoir fle graves con-
séquences! Les Chinois, peuple sage
et prévoyant, se fussent bien gardés.
d'avpir une telle condescendance,
et de se relàcher ainsi sur la chaus-
sure de leurs femmes.
• Les hommes, en France, sont le&
maîtres, eL les femmes sont les maî-
tresses : les uns font les lois, les
( 39 )
autres les abrogent ou les modifient à
leur gré.
Le choix est bientôt fait à Paris
entre celui qui se formalise de tout
et celui qui ne se formalise de rien.
La vie dissipée de Paris tue le
bonheur, comme la galanterie tue
l'amour.
Les Parisiens, avides de plaisirs,
et passant de l'un à l'autre sans s'ar-
rêter, ressemblent à ces astres hy-
perboliques, dont le cours est aussi
rapide quirrégulicr.
Il n'est pas de pays au monde où
l'on aime moins l'occupation, et où
l'on puisse mieux s'en passer qu'à
Paris. L'oisiveté y est un état aussi
bien que l'intrigue.
L'air, les manières, le ton et 1a.
( 4o )
mise des jeunes gens sont dans un
parfait unisson ; et l'on peut facile-
ment juger de l'arbre par l'écorce.
Les importans à Paris sont com-
muns comme les gens d'importance
ne le sont pas ; en attendant la chose,
on se contente de l'air.
L'importance que l'on se donne
est toujours en raison inverse de
celle que l'on a.
On prodigue tellement aujour-
d'hui sa parole d'honneur, qu'il faut
ensuite moins s'étonner du nombre
de ceux qui ne peuvent l'acquitter.
Paris est aimable, charmant et
séduisant ; mais un peu trop roué.
On peut chanter pour Paris com-
me dans l'opéra d'Arsène : L'art
surpasse ici la nature.
( 41 )
- la révolution, par ses déplaee-
meiis et transplantations- d'étran-
gers, a provincialisé et entièrement
abâtardi la capitale.
L'intérêt et la vanité font le meil-
leur ménage dans le cœur du Pari-
s ien : l'un se charge de la recette,
et l'autre de la dépen se.
Le Parisien a une telle horreur de
la pauvreté, qu'il se rend effective-
ment pauvre de peur de le paraître.
Facile à éblouir, à séduire, le Pa-
risien prend l'apparence pour la réa-
lité. Tout ce qui brille paraît de l'or
à ses yeux. La modestie et la sim-
plicité ne sont point aperçues de
lui, ou plutôt il les dédaigne, comme
ne réveillant en lui que la triste
idée de la pauvreté. :
(.42 )
Il estâtes pays, des lieux, oà le
temps semble aller terre à terre; mais.
à Paris, volant à tire d'ailes, il pa-
raît le disputer avec avantage à cet
o iseau du nord, de nouvelle créa-
-
tion , qu'on a vu se montrer un mo-
ment sur notre horison.
La nation la plus leste connue en
costgme, en propos, en amour et en
guerre, c'est sans contredit la nation
Française.
- Les Parisiens, en général, pen-
sent, réfléchissent, raisonnent et
prévoient peu : ils ressemblent, à.
cet égard, à certaines femmes qu'on
me dispensera de nommer.
Balivernes. Elles règnent en tout
et partout. De quoi s'entretient-an,
( 43 )
3e qU8i nourrit-on son esprit pde
quoi remplit-on s~ loisirs, assez
généralement? De balivernes. Nos
modes flottarftes, nos lIvres, nos
romans, fios journaux, leurs dis-
putes, nos drames éphémères et nos
éternelles correspondances sont-ils
autre chose que des balivernes? En
vérité, si cela va et continue de ce-
train, il ne restera bientôt plus ves-
tige de goût et de bon sens. ,
Hors de la mode point de salut
est nl1 dogme sacré pour bien des
gens; cependant, qu'on parle de
mode dans un cercle, chacun la cri-
tique et s'en moque. S'avise-t-on de
ne pas la suivre, l'on devient aussi-
tôt le plastron du r idicule. Si les
hommes font les modes, elles font
(44 )
d'eux, à leur tour, tout ce qu'elles
veulent.
Les Parisiens sont, de tous les
hommes, les plus sujets à la préven-
tion et aux manies. Quand ils se sont
une fois engoués d'une chose, ils se
persuadent que tout le reste est de
mauvais goût et fait pour être re-
jeté. 11 faut s'adresser irrévocable-
ment à tel artiste, à tel magasin en
possession de la vogue, sous peine
dêl.re exclu de la compagnie du bon
ton; et la cherté, qui devrait éloi-
gner et diminuer les chalands, est
précisément ce qui les attire et les
multiplie, par la raison, sans doute,
que ce qui coûte plus doit valoir
davantage.
Considérant l'extérieur plus que
la personne, l'habitant, né à Paris,
( 45 )
se laisse souvent prendre à cet ap-
pât illusoire.
Paris est un séjour commode,
agréable, charmant, on ne peut plus
favorable et compatissant aux hur
maines faiblesses ; chacun leur cède
de son côté, et personne ne le trouv e
mauvais.
Bien n'égale l'honnêteté du Pari-
eien dans ses procédés ; mais ne lui
en demandez pas davantage.
Ce qu'on appréhende le plus n'est
pas tant de compromettre son hon-
neur et sa délicatesse, que son inté-
rêt et sa vanité.
C'est à Paris principalement qu'oq
peut souvent dire : Le jeu ne vaut
pas la chandelle. Quelle longue et
pénible station ne faut-il pas faire

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