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Petite bibliothèque économique et portative, ou Collection de résumés sur l'histoire et les sciences. , Histoire d'Espagne

161 pages
Dauthereau (Paris). 1826. 154 p. ; in-32.
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Il » L 11 I M I n l_ TJ,J,
'"12-262! THÊQUE
PORTATI-VE
ou
COLLECTION
DE RÉSUMÉS
5 17 A
L'HISTOIRE ET LES SCIENCES,
PAR.
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livrnison.
HISTOIRE D'ESPAGNE.
PAlUS,
DAUTIIEREAU, LIBRAIRE,
Grande cour du Palais-Rojal.
1 826.
BIBLIOTHÈQUE
C!Etonomique.
TOME IX.
1"
Il
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> J
IMPRIMERIE DE CASIMIR ,
rue de la Vieille-Monnaie , oa I J.
HISTOIRE
D'ESPAGNE.
L'inilruction est l'amie île tou..
A PARIS,
CHEZ DAUTHEREAU,
A LA LIBRAIRIE AU RABAIS,
Gr*n<l« cour du Palais-Royal, côté Ht» Tlirîire-
Fraoçais, UO al bis.
1826.
1
^^KfoinÈ
Tr ESPAGNE.
PREMIÈRE ÉPOQUE.
"S -
O Espagne primitive. Colonies grec-
ques. Lutte de Carthage et de
Rome.
l'histoire primitive des habitans de
Espagne se rattache immédiatement
histoire du sol même de la contrée. Ce
,ays, dans sa constitution géologique,
lans la nature de ses végétaux, et mê-
ne de ses animaux, oflre un aspect
out-à-fait africain. Cette conformité,
■outrait - on penser, tient sans doute
il voisinage de l'Afrique et à l'in-
luence d'une température à peu près
2
semblable, aurtout aux points de con-
tact; mais comment se fait-il que d'au-
tres pays, également voisins -de l'A-
frique , tels que la Sicile et la Calabre,
ou situés sous les mêmes latitudes, tels
que la Morée, l'île de Candie, etc., n'of-
frent pas avec elle cette ressemblance
frappante ? Les géologues vont nous ré-
soudre ce problème : L'Espagne, nous
disent.-ils, n'est point d'origine eu-
ropéenne. Cette péninsule faisait corps
primitivement avec l'Atlas ( longue
chaîne de montagnes qui dessinent, au
nord, les bords africains). Elle était
séparée autrefois de l'Europe par un
canal aquitauique, bras de mer qui
longeait en deçà des Pyrénées le midi
de l'ancien pays des Celtes (appelé de-
puis la Gaule, aujourd'hui la France).
- Ce fut alors que s'y établirent les
Atlantes. L'antiquité la plus reculée
nous a conservé le nom du premier
roi de cette colonie; 3 était fils d'At-
las , lequel avait donné son nom aux
montagnes qui dominent la mère-pa-
3
trie. Ses successeurs virent s'opérer la
grande révolution naturelle qui ame-
pq, dit-on, le déchirement de l'Afri-
que. Le concours des volcans et des
eaux débordées déchira l'Atlas et ou-
vrit le détroit de Gibraltar; l'énorme
fragment. qui se détacba et qui, plus
tard, reçut le nom d'Ibérie, d'Hespé-
rie, d'Espagne, alla s'incorporer à l'Eu-
rope. Telle est l'histoire physique et
prodigieusement ancienne du pays qui
nous occupe, et l'origine de ses pre-
jniers liabilans.
Ce récit, merveilleux en apparence,
trouvera peut - être quelques lecteurs
incrédules 5 mais l'espace est trop
ptroit pour que nous tentions de pré-
yenir leurs doutes ; nous ne pouvons
que renvoyer à l'excellente géogra-
phie de l'Espagne par M. le colonel
Bory-de-Saint-Vincent.
- A ces habitans s'en joignirent bien-
tôt d'autres,venus du pays des Celtes.
Ils occupèrent la moitié septentrionale
de cette nouvelle terre, portion qui
4
reçut dès-lors le nom de Celtiberiej
tandis que l'autre moitié, occupée par
les naturels, conserva celui d'Ibérie
proprement dite; noms qui provien-
nent de l'lbère, aujourd'hui l'Èbre,
grand fleuve de la péninsule. Le nom
d'Hespérie, donné encore à toute la
contrée, exprime sa situation occi-
dentale relativement au reste du mon-
de alors counu.
Ces deux races conservèrent long-
temps leur caractère distinct. Les Ibè-
res, connus encore sous les noms moins
poétiques de Tartesses, de Turdules,
de Turdétans, qui occupaient la Béti-
que, s'appliquèrent, dit-on, aux belles-
lettres , et surtout à l'étude de l'histoire
et des lois. Les Celtibères, quoique
unis aux premiers par les liens du
sang, se refusèrent à la civilisation,
vécurent en nomades ou dispersés
dans des hameaux. Ils se firent au-
près des Orientaux une réputation de
férocité, légitimée par leurs brigan-
dages , leur cruelle superstition, leurs
5
sacrifices humains, que leur avaient
légués les Celtes, leurs ancêtres. Les
habitans de l'extrémité occidentale des
Pyrénées étaient surtout renommés à
cet égard, puisqu'il était passé en pro-
verbe de dire : Féroce comme un Can-
tabre.
Tels furent les peuples que trouvè-
rent dans la péninsule les Phéniciens,
-qui, les premiers des Orientaux, en-
trèrent avec elle en communication *.
Mais, soit frayeur ou autrg motif, ils
ne recherchèrent l'alliance que des
Ibères, peuple doux qui leur permit d'é-
tablir sur les côtes des comptoirs, dont
le plus important fut celui de Cades,
aujourd'hui Cadix. Les Phéniciens
apportèrent leur langage, leur écri-
ture , leurs mœurs, leur religion , et
remportèrent de l'or ; car on voit bien-
tôt ces navigateurs marchands remon-
ter la côte orientale jusqu'aux Pyrénées,
:et, par une facile exploitation, recueil-
* Avvani J.-C. iooo ans environ.
6
lir en abondance un métal qui, brillant
à fleur de terre, s'offrait de lui- même
à leur avidité.
De retour dans leur patrie, chargés
de leurs immenses richesses, ils voulu-
renten vain faire mystère deleur bonne
fortune; mais la joie est indiscrète, et
bientôt les Rhodieus, attirés par le mê-
me appât, abordèrent directement au
cap Créus, c'est-à-dire au lieu désiré,
où ils fondèrent et creusèrent la ville et
le port de Roses, dont l'étymologie est
assez claire. Le littoral de la Méditer-
ranée fut, au couchant, et au nord en -
core occupé successivement par des
colonies samiennes et phocéennes.
Cette dernière était, pour ainsi dire,
un détachement de celle qui, plu-
sieurs années auparavant, était allée
dans la Gaule fonder la ville de Mar-
seille. S'arrêtant en Catalogue 5 elle y
Mtit la ville d'Ampurias, qui, comme
l'indique le mot emporium, marché,
était toute commerçante. La fonda-
tion de la vill4s de Sagonte, par les
7
hatiJaES de Zante, tle ionienne, se
rapporte encore à la même époque..
On ne peut déterminer combien de
temps les Phéniciens restèrent en pos-
session du commerce de la Bétique;
ce qu'il y a de certain , c'est qu'ils ne
soutinrent pas leurs comptoirs par la
force militaire. Aussi les Carthaginois,
peuple également marchand, mais
de plus belliqueux, ne tardèrent pas
à les supplanter. Toutefois , l'identité
de ces deux racea africaines amena
d'abord entre elles des rapprochement
étroits; mais, par une cause inconnue,
les Phéniciens disparurent, et les Car-
thaginois demeurèrent mattres absolus
de tout le littoral de la Méditerranée.
Nous touchons au moment d'une
grande lutte , dont l'Ibérrê fut le san-
glant théâtre, et bientôt même les ba-
bitans les acteurs obligés. Les Romains
ne virent pas, sans une jalousie ambi-
tieuse , ces étahlissemens formidables
d'une nation qui, déjà, par sa force et
aa fierté, comblait Slt montrer leur
8
rivale. Les Carthaginois , eu abordant,
n'avaient rencontre que des comptoirs;
les Romains , s'avançant contre les
Carthaginois , rencontrèrent de plus
des forteresses. La lutte tourna à l'a-
vantage des derniers agresseurs, et le
résultat de la première guerre punique
fut l'expulsion des Carthaginois de la
péninsule.
Mais l'an 237 avant l'ère chrétienne,
les Romains virent reparattre leurs
mortels ennemis avec des forces im-
menses. Cette fois, plus heureux, les
Carthaginois reprirent toutes leurs
possessions , et même les agrandirent
encore; car Amilcar Barcas, le chef
et le héros de l'oxpédition , alla fonder
Barcelone, en lui donnant son nom. -
Mais, ayant poussé jusqu'en Lusita-
nie (aujourd'hui Portugal), il y trou-
va le terme de ses succès et de sa vie ;
il fut grièvement blessé en traversant
à cheval la rivière de la Guadiana, et
périt dans les flots.
Son frère , Asdrubal, fut choisi
9
pour le remplacer, et soutint la gloire
des armes africaines. Il soumit à son
joug plusieurs villes de la Celtibcrie ,
aux environs de l'Ebre. Les vertus so-
ciales, qui relevaient en lui les vertus
militaires, lui captivèrent l'amitié des
vaincus, au point qu'il s'allia avec une
Espagnole, issue d'une illustre famille,
et fouda Carthagène.
Cette conquête se consolida de plus
en plus , et les Carthaginois possédè-
rent pendant dix ans la presque totali-
té de l'Espagne, sans opposition. Mais
les Sagontins et les Ampuritains s'in-
quiétèrent de leurs empiétemens, et re-
cherchèrent contre eux l'alliance de
Rome, qui, déjà, n'attendait qu'un
prétexte pour reprendre les hostilités.
Elle fit proposer à Carthage de ne point
dépasser l'Èbre. Celle-ci, afin de pou-
voir se mettre sur le pied d'une forte
défensi ve, répondit avec toute l'adresse
nécessaire pour gagner du temps.
Le fer d'un assassin espagnol venait
de frapper Asdrubal, malgré ses ver-
10
tus. Après sa mort, Une voix unanime
conféra le çommandement de l'armée,
au jeune Annibal. Il n'avait que vingt-
cinq ans, mais il était déjà vieux d'ex-
périence. Seize ans de combats non
interrompus, et la haine que dès l'âge
deg ans son père lui avait fait jurer con-
tre les Romains', justifiaient ce choix j
d'ailleurs il avait le génie.
Il débuta par s'emparer de la capi-
tale des Orcades, peuple de la Nou-
velle-Castille, où il fit un riche butin.
Il mit ensuite le siège devant Arbuca-
la , qu'il força à capituler - puis, de-
vant Elmantica ( Salamanque) , dont
les habitans, après avoir obtenu de
sortir sans armes de la ville, y rentrè-
rent avec des poignards , que les fem-
mes avaient cachés sous leurs robes
contre la loi du traité , massacrèrent
les vainqueurs et se retirèrent sur une
hauteur voisine. Annibal leur permit
d'en descendre en signant un traité
humain , qu'il observa mieux que les
Espagnols n'avaient fait du précédent.
11
Comme il retournait à Carthagène,
chargé de dépouilles, ilfut, à son tour,
battu par cent mille Espagnols postés.
pour lui fermer le passage. Mais bien-
tôt, opposant la ruse à la force , il re-
prit un avantage décisif qui se soutint
durant la suite de ses campagnes dans
)a péninsule.
Maître de presque toutes les provin-
ces espagnoles, il' seutit que, si son
ambition était flattée , sa vengeance
n'était pas assouvie; vengeance héré-
ditaire jurée sur les autels. Il n'atten-
dait qu'une occasion delà faire éclater
et de marcher- sur Rome elle - même.
Cette occasion s'offrit.
Les Sagontins , colonie grecque"
placés sous la tutelle de Rome, avaient
quelques démêlés avec une autre co-
lonie de même origIne, mais placée
sons la protection de Carthage. Auni -
bal, autorisé par le sénat de sa patrie,
se constitua arbitre. Sa médiation,
comme il s'y attendait, est repoussée
par Sagan te ; pour venger cette insulta
12
il l'assiège avec cinquante mille hom-
mes; cette ville alarmée demande du
secours à Rome, qui, au lieu de soldats,
lui envoie des ambassadeurs, porteurs
de remontrances pour Annibal. Celui-
ci n'y répond qu'en précipitant le
siége; et les Sagontius, oubliant l'in-
gratitude des Romains, se défendirent
si opiniâtrement que leur courage et
leur mort sont cités encore aujourd'hui
comme un modèle d'héroïsme. Ce
siège est trop célèbre et fait trop d'hon-
neur à l'Espagne pour ne pas nous y
arrêter un instant.
Annibal, après plusieurs mois d'une-
attaque vaine et désastreuse pour son
armée , est frappé lui- même à la cuisse
d'un trait qui met un mument sa vie
en danger. Irrité jusqu'à la fureur , il
fait ériger une tour de bois immense ,
à l'aide de laquelle il accable la pauvre
ville d'une grêle de projectiles de toute
espèce; bientôtlesassiégeans s'y préci-
pitèrent par des brèches ouvertes sur
tous les points. Croit-on Sagonte dé-
13
truite ? Pas encore. Retranchés au cen-
tre de la ville, ils se firent un rempart
de leur désespoir. Mais leur courage
fut vaincu parla famine- elle les décima
jusqu'à extinction. Les femmes, par-
tageant l'intrépidité de leurs époux ,
tuèrent leurs enfans et s'élancèrent en-
suite au milieu des flammes qu'elles-
mêmes avaient attachées au cœur de
leur malheureuse ville.
Qu'on se figure à quel point la ruine
de ce peuple allié dut exaspérer la rage
de Rome coutre les Carthaginois. Aussi
la seconde guerre punique fut - elle
aussitôt entamée ; guerre si funeste,
comme on va le voir, aux derniers
vainqueurs.
Annibal, sans attendre les Romains,
les alla chercher : d'abord, ils ne se
rencontrèrent pas; car, pendant que
le chef carthaginois s'apprêtait à fran-
chir les Alpes , Scipion débarquait à
Marseille. Mais le général romain,
après avoir, de là, envoyé son frère ,
Cneius Scipion, en Espagne avec un
.14
détachement de son armée, s'embar-
qua pour Gênes dans l'intention de
rejoindre son adversaire. -
Cneius eut le bonheur de se conci-
lier, par l'aménité de ses mœurs, l'a-
mitié des Espagnols , fatigués de la
domination carthaginoise; ses qualités,
jointes à ses grandes vertus militaires,
expliquent ses succès. Il débuta par
une victoire complète contre Hannon,
qui commandait une des deux armées
qu'Annibal avait laissées , en partant,
pour protéger sa conquête. Asdrubal,
qui commandait l'autre armée, ac-
court et venge Hannon. Mais bientôt
Cneius reprend l'avantage, et de plus,
attaquant la flotte carthaginoise , rem-
porte sur elle une victoire éclatante et
.se rend maître absolu de tout le littoral
espagnol.
Les Carthaginois, vaincus en Espa-
gne sous les lieutenans d'Annibal, n'é-
taient pas plus heureux en Italie sous
Annibal lui-même , malgré de grands
avantages premien. Publius Scipion
15
alla rejoindre, sur les bords de l'Ebre,
»nn frArp , et marcher avec lui à de
OQureaux succès.
Sagonte était sortie de ses cendres,
non plus espagnole ni romaine, mais
toute carthaginoise, puisque Anni-
Lal l'avait rebâtie. Là se trouvaient
les otages que ce général avait exigés
des villes qui lui étaient restées fidèles.
Ces ôtages tombèrent entre les mains
des Scipions ; ce qui lit baisser le
crédit de leurs ennemis auprès des
Espagnols : les Scipions les firent re-
mettre à leurs familles ; ce qui aug-
menta celui des Romains.
- Vaincu en Italie, Annibal appela
j~n frèae Asdrubal pour le soutenir;
mais celui-ci se fit battre encore avant
d'y arriver : voulant s'ouvrir le passage
des Pyrénées, il y fut reçu par les
-Scipions , dont l'activité l'avait pré-
venu. Le combat y fut terrible : As-
drubal y laissa trente - cinq mille des
siens , tant de tués que de prisonniers.
-Plusieurs années s'écoulèrent sans
i-6
que les Carthaginois pussentreprendre
l'avantage. Chassés de tous les points
qu'ils avaient occupés, abandonnés de
tous leurs alliés, ils se trouvaient ré-
duits à Carthagène. Quant à Sagonte j
elle était restée aux Scipions, qui, tou-
jours généreux , autant par politique
que par vertu , l'avaient restituée aux
descend ans de ses premiers et immor-
tels défenseurs.
Il faut descendre jusqu'à l'année 31a
avant Jésus-Christ, pour voir s'inter-
rompre la longue prospérité des armes
romaines. Carthage profita d'uu ar-
mistice de deux mois pour réorganiser
de nouvelles forces. Les Romains, atta- -
qués sur deux points différens, furent
sur l'un et l'autre trahis par la victoire,
sans doute lassée de les combler de ses
faveurs. Cneius, qui commandait à l'un
de ces points, fut abandonné des Cel-
tibériens, sur l'appui desquels il avait
le plus compté ; Publius, sur l'autre.,
se vit, malgré ses efforts, culbuté par
cette fameuse cavalerie numide si je-
1-7
2
nommée des historiens : elle était di..
rigée par le jeune Massinissa , qui com-
battait pour la première fois sur ce
aanglant théâtre. Les deux généraux
n'emportèrent point le reproche de
leur conscience et de leur patrie : ils
périrent dignes d'eux-mêmes, les ar-
mes à la main.
La cause de Rome en Espagne pa-
raissait désespérée, et toutefois il se
trouva un Romain qui n'en désespéra
pas : ce fut le jeune Lucius Martius,
qui, rassemblant quelques débris de
l'armée naguère victorieuse, appuyé
des garnisoDi des villes confédérées,
remporta de suite deux succès com-
plets.
Rome fut ingrate envers ce héros
naissant. Elle le fit remplacer dans le
commandement par un Claudius Né-
l'on qui ne réussit qu'à ramener la
honte sous les drapeaux de la républi-
que. A cette nouvelle le sénat s'as-
semble : il délibérait sur le choix d'un
nouveau chef, quand un autre Scipiua
18
fend la foule et se présente au milieu
du Forum. Vingt-quatre ans, une au-
dace mesurée, une vive éloquence,
l'espoir attaché à un grand nom, enlè-
vent tous les suffrages, et Publius-Cor-
nélius Scipion part pour aller conqué-
rir le surnom d'Africain.
Ses premiers pas dans la carrière
furent des victoires. Le jeune général
marche droit à Carthagène, le boule-
vard de la puissance carthaginoise en
Espagne. Après des prodiges de valeur
de part et d'autre, cette forteresse fut
.enlevée d'assaut. Le gros et le menu
hutiu furent immenses : vingt vais-
seaux de guerre, cent navires mar-
chands, des armes et des munitions en
abondance, deux cent soixante-seize
livres d'or, dix-huit mille trois cents
livres d'argent, et enfin dix mille pri-
sonniers tant libres qu'csclaves, tom-
bèrent entre ses mains. C'est ici que M
rapporte la continence héroïque dont
11t preuve Scipion. Une jeune beauté
lui ajant été offerte par ses soldats, le
19
vaiuqneur la reçut, mais pour la res-
tituer intacte à un jeune prince espa-
gnol, son fiancé. Nous ne chercherons
pas à révoquer en doute ce fait affirmé
par l'antiquité, nos soupçons seraient
trop décourageans pour la vertu.
Scipion, par cette grandeur, servit
sa patrie autant que par ses armes,
puisqu'il lui concilia ainsi l'amitié de
, plusieurs princes et généraux, jusque-
là ennemis de la cause romaine. Quel-
ques villes refusant de se soumettre, il
employa la force pour les dompter.
Deux d'entre ces villes mêmes éprou-
vèrent uu sort déplorable. Les habitans
d'Iliturgi, coupables aux yeux du
vainqueur d'avoir assassiné, quelques
années auparavant, des soldats romains,
furent, après une vigoureuse résistance,
immolés sans pitié. Astarga, afti tre ville
rebelle aux lois romaines, c'est-à-dire
fidèle à la liberté, éprouva le sort de
Sagonte. Sa fin tragique ressemble as-
sez, jusque dans les détails, à celle de
20
cette dernière et noble cité. Gloire à
toutes deux !
DEUXIÈME ÉPOQUE.
Efforts des Espagnols contre fescla-
vage. Domination romaine.
ApRÈsavoir tour à four combattu pour
chacun de ses tyrans (2o5)rl'EspagneTa
désormais combattre pour elle-même.,
Scipion étant retourné à Rome et Ca-
ton l'ayant remplacé, les Espagnols, au
nombre de trente-quatre mille et com-
mandés par Andobal et Mandonius, s'in-
surgent contre une domination mal-
heureusement trop bien affermie. Cette'
première tentative de la liberté, qwi eut
lieu sur les confins de r Aragon et de
Valence , ne fut point couronnée du
succès : Andobal tomba au commcn-
SI
cernent de l'action, percé à mort d'un
coup de lanc-e i quaut à M an don Lu s,
on dit que le reste de ses soldats,
vaincus, échappes au carnage, le livra
au vainqueur pour avoir la vie sauve.
Dès-lors des préteurs romains furent
imposés à l'Espagne. Ce fut à cette
époque que s'établit la division de cette
contrée en jcitérùeure et ultérieure, dont
la limite moyenne était dessinée par le
cours de rÈbre. Les préteurs ne tar-
dèrent pas à pressurer le peuple et à
ti'ériger en tyrans subalternes. Politi-
que in h uni aine et maladroite que le
:vœ viclis de Rome semblait légitimer,.
Elle coûta à ia reine du monde plus
de sang qu'elle ne lui amena d'or.
Tout à coup le cri de liberté part de
la Catalogne et va retentir jusque dans
l'Andalousie" la Lusitanie et la Celti-
berie- Cette seconde lutte eut des ré-
sultats dont le récit ferait frémir. Les
oommencemens de la campagne furent
d'abord aussi malheureux que tous les
<Sbrts de lit précédente, les Espagnols
22
allaient même capituler, lorsque du
sein de leur rang sortit un simple sol-
dat, d'une haute stature , qui, leur re-
prochant leur lâcheté, s'empara de
leurs esprits et ralluma leur courage
éteint. Cet homme était un berger
moutagnard qui, d'abord brigand, s'é-
tait faitsoldat par amour du pillage, et
va devenir bientôt le grand Firiales.
Trois victoires remportées de suite
contre les armées romaines répandi-
rent autant de confiance parmi les
soldats du nouveau chef que d'effroi
parmi les ennemis. La plus glorieuse
fut la première, où Viriates dévelop-
pa toute la tactique d'un capitaine
expérimenté. Par une feinte habile,
il attira d'abord le préteur Yétilius
dans un piège, où celui-ci se jeta mal-
adroitement, massacra les légions et
le fit lui - même prisonnier. Ce Véti-
lius , dont l'excessive obésité n'excitait
que le mépris de ses rustiques vain-
queurs , fut, par l'un d'eux, dédai-
gneusement frappé d'un coup d'épée.
23
Le bruit des exploits du héros lusi-
tanien répandait la consternation dans
la république, lorsqu'un traité de paix
vint suspendre les hostilités (150), Ce
traité, honorable pour Viriates, sanc-
tionnait toutes ses conquêtes, ou plutôt
l'affranchissement d'une partie de sa
patrie.
La foi romaine , tout aussi suspecte
que la foi punique , rompit un traité
déshonorant pour le peuple-roi. Dans
cette rupture , la violation du droit
des gens fut complète. Le proconsul
Scipion fut autorisé par le sénat à
envahir, sans déclaration de guerre ,
le camp des Lusitaniens, qui se repo-
saient tranquilles sur la foi des ser-
mens. Viriates lui envoya trois de ses
lieutenans pour lui en demander rai-
son ; mais l'or de Rome les corrompit,
- et ils vendirent lâchement la tête de
leur chef. Revenus dans leur camp, ils
l'assassinèrent pendant la nuit, et s'en
furent recevoir un salaire propor-
tionné à l'importance qu'attachait le
2-j
sénat à la tête d'un grand liomrire en-
nemi de leur tyrannie. Faut-il que 110n
rencontre des traîtres jusque dans les
partisans de h cause la plus sacrée !
Viriates emporta dans le tombeau
les espérances de gloire et d'indépen-
dance que plusieurs années de succès
.avaient fait concevoir aux Lusitaniens-
Leur vaillance, leurs armes, furent
comme désenchantées; ils recommen-
cèrent à connaître les revers, mais non
Pesclavage. Désertant leuracbamps dé-
vastés, leurs villes pillées, ils allèrent
sur leurs montagnes respirer un air fait
pour des liommes libres.
L'impulsion de la vengeance avait
été donnée par les Lusitaniens ; elle
fut continuée par les Numantins.
Leur ville , située près de la source du
Duero , dans la Celtibéii*, avait cra
devoir, malgré le traité qui la liait à
l'empire, accueillir par humanité quel-
ques soldats échappés aux défaites qui
suivirent Ja mort de Viriates. Cette
pitté fut tournée à crime , et bientôt
ï5
rflurrance, rangée au nombre des villes
ennemies de la république, fut assiégée
comme telle..
Cette injustice excita l'indignation
de tous les habitans ; ils apprirent avec
quels alliés ils avaient contracté , et se
reprochèrent Fabandon de leurs frères
eomme une trahison. Sans attendre l'at-
taque, ils fondirent sur les Romains et
les ehâtièrentde leur cruelle politique.
-Ils firent bientôt des propositions de
paix que Tca-gu eil d e Ro me refusa; Rome
4eur en fit ensuite que la gloire ne leur
mermit point d'accepter. Après un-an de
Tevers et de succès, les Romains se si-
gnalèrent encore par cette astuce qu'ils
reprochaient tant aux Carthaginois.
Xes Nu ni an tin s avaient consenti à si-
gner avec Rufus deux traités, l'un tout
à leur avantage, l'autre tout à celui de
Rome : le premier était secret, mais
seul valable; le second était public,
mais seulement fictif et pour satisfaire,
disait-on , le sénat. Ce sénat bientôt ne
: veut seGonnaître - que le premier,, et
7. C,
feint d'être tout - à - fait étranger aux
manœuvres parties de son sein; et voilà
le peuple magnanime!
La lutte se rengage. Nouvelle de-
faite des assiégeans. Aux yeux d'une
nation superstitieuse , une fatalité
semble être attachée à Numance, et
les soldats frappés d'une terreur pani-
que refusent de marcher. Pour tenter
de changer les chances de la guerre ,
on substitue à Popilius le consul Man-
cinus. Mais l'imagination romaine était
tellement frappée de terreur, que le
nouveau général ne voit autour de lui
que de sinistres présages qui le pour-
suivent jusque dans son camp, y pa-
ralysent ses forces, et finissent par l'y
enchaîner quand il faudrait agir. A la
fin, il veut fuir de nuit, et cette tenta-
tive le perd. Instruits à temps de l'a-
baudon de son camp, les Numantins
le poursuivent au nombre de quatre
mille , l'atteignent, massacrent la moi-
tié d'une armée dix fois plus forte que
la leur, et n'accordent la vie au reste
37
L9pein faisant reconnaître par un traité
peur indépendance.
Ce pacte fut encore violé. Par or-
dre du sénat, Mancinus fut jeté tout
nu et chargé de fers devant les portes
de Numapce, en punition de sa lâ-
cheté. Les généraux numantins n'usè-
rent pas d'une vengeance facile, et le
malheureux, après mille humiliations,
parvient à se faire recevoir parmi les
siens.
On n'avait pas encore envoyé, en
qualité de chef Scipion Emilien der
vant Numance; on n'avait pas encore
remployé contre elle la famine : ce gé-
néral et ce moyen parvinrent à en'
triompher. La terreur de l'Empire
(c'était ainsi que, sur la fin, Numance
était désignée, même en plein sénat)
finit par succomber après une défense
héroïque. On dit que, pour ne pas tom-
ber vivansdans les mains du vainqueur,
ils eurent recours, entre autres voies
de destruction , à des combats singu-
liers , et que Scipion planta ses éten-
28
dards victorieux sur des débris et des
morts.
Dès-lors la liberté déserta le sol de
l'Espagne. Pendant quarante ans la
mornepaix del'esclavage pesa sur cette
-contrée, devenue définitivement pro-
vince romaine. Elle portait des fers,
mais elle les rongeait; le moment vint
de s'en armer, elle le saisit.
Sertorius (à ce nom se rattache une
nouvelle suite de victoires et de re-
vers !), Sertorius, menacé par les tables
de proscription, au temps des Marius
et des Sylla, se présente chez les Espa-
gnols, et à l'instant se trouve à la tête
d'une armée. Impatiens de briser un
joug odieux, les Lusitaniens battent
deux fois leurs tyrans, et reçoivent
de leur chef et de leur allié le bien&it
d'un gouvernement libre et populaire,
Sertorius était l'ennemi de Rome; c'é-
tait un grand général, il eut le sort de
Viriates. La liberté, revenue un mo-
ment, s'enfuit bientôt, et ce fut fé-
29
pée de César qui l'expulsa de cette
terre malheureuse.
Dans le partage de l'empire, par
le premier triumvirat, l'Espagne échut
à Pompée (60). Le sort la lui avait
donnée; la victoire et César la lui
reprirent. Ses lieutenans ( car, pour
lui, il était retenu en Macédoine) ,
après plusieurs succès, furent com-
plètement battus, et Pompée dépos-
sédé, Pharsale confirma cette pre-
mière décision du glaive.
Des mains de Ccsar, l'Espagne chan-
geant de tyrans, passa dans celles de
Lépide, puis d'Octave, qui, sous le nom
d'Auguste, la conserva avec l'empire
du monde. Ce fut alors que s'effectua
la divis'ion de l'Espagne en Tarrago-
naise, en Lusitanie et en Bétique.
De nouveaux efforts infructueux
excusent en quelque "kor te l'Espagne
de l'asservissement' qu'elle fut obligée
d'accepter. Nons voyons s'insurger les
Galiciens, les Astures et surtout les
Cantabres, qui, après trois ans d'une
3o
résistance admirable, furent ou mas-
sacres, ou vendus en esclaves, ou in-
corporés dans les légions romaines. Ce
fut eu vain que de nouveaux soldats,
sortis de ce peuple indompté, descen-
dirent des montagnes qu'il occupait ;
ce fut en vain qu'ils remportèrent sur
Agrippa un premier et glorieux avan-
tage. Il leur fallut céder enfin à la tac-
tique de cet habile capitaine. Désor-
mais il n'y a plus de liberté dans la
vieille Espagne.
Bientôt les vainqueurs et les vaincus
oublièrent jusqu'à leurs différentes ori-
gines , se confondirent au point que le
peuple conquis donna des souverains
au peuple conquérant. Les lettres , les
sciences, les arts, furent florissans
en Espagne comme en Italie 5 et l'em-
pire se fit honneur de plusieurs écri-
vains espagnols. Ainsi cette terre de
souffrance, jouissant d'un repos appa-
rent, et s'éblouissant d'une gloire com-
muniquée, négligeait le premier de
tous les liens.
31
TROISIÈME ÉPOQUE.
Invasion des peuples du nord. Do-
mination Jes Goths. Lueur de li-
berté.
L'EMFIRB gémissait sous le poids de
sa propre force, quand les hordes
septentrionales vinrent foudre sur lui
de toutes parts, et achever sa ruine,
déjà préparée par une longue suite de
prospérités, par le pouvoir absolu et
par les dissensions. L'Espagne , pour
sa part, reçut d'abord dans son seiu
les Suèves et les Vandales, qui, pous-
sés les uns par les autres, se ruèrent
pour ainsi sur cette belle péninsule,
dont quelques Alains leur avaient
déjà montré la route. Les premiers
s'installèrentdans la Galice, les seconds
5a
dans la Bétique et dans Grenade, les
troisièmes dans la Lusitanie.
Arrivent, à leur tour, les Goths, qui,
commandés par Ataulphe, hellu-frère
et successeur d'Alaric , vont, après
avoir traversé les Pyrénées , s'emparer-
de la Catalogne malgré les Vandales.
Ce chef barbare y jette les fo n d e mens-
d'un petit royaume qu'il-gouverne ha-
bilement pendant deux années, et
meurt assassiné.
Sigéric ne fit que paraître sur le
trône, et périt dans une révolu tion ,:
en général, la suite de cette époque-
n'offre que le dégoûtant tableau d'une
anarchie et d'une férocité non in- -
terrompues. Les rois de cette race ne
montent au troue et n'en descencfent
que par des coups de poignarda. Vallia
bat, pour le compte de l'empire , les
Vandales , les Suèves et les Alains. j
Après sa mort, les Vandales se soulè-
vent, repoussent les Suèves, massa- j
crent les Romains, se divisent eu deux i
hordes, dont l'une va s'emparer des Ues. i
33
3
Baléares, et l'autre va donner son nom
à cette belle contrée de la Bétique, qui
de là, par corruption, conserve encore
le loin- d'Andalousie , primitivement
Fandqlousie.
Lie ftiau de Dieu, Attila, tout à
coup- se montra en Europe, au milieu
de ces nombreux: pvétendans, et ré-
r^ta sa part de butin dans le pillage
du monde. Mais les barbares et les Ro-
mains confédérés parvinrent à Parrêter
-avant qu'il fût parvenu en Espagne.
Le •Gotb-Théodoric; qui avait le plus
contribué à son expulsion, périt dans
le combat, et, par sa mort, priva
PEspagne- d'un prince remarquable
pour l'époque. Son fils et successeur ,
Thorismon, 'mourut assassiné.
- Les Vandales et les Suèves occu-
paient en Espagne presque toutes les -
terres conquises par les Visigotbs sur
les Romains. Mais les premiers, -éta-n t
partis pour une expédition d'Afrique ,
rendirent les seconds maîtres du pays :
ceux-ci bientôt succombèrent] usqu'au
34
dernier, dans une bataille sanglante
que vint leur livrer Théodoric II, aux
environs d'Astorga , après avoir, à la
tête des Ostrogoths, franchi les Py-
rénées.
Euric, successeur de ce dernier con-
quérant, soumit plus tard toute la con-
trée à sa domination +. Au dire des
historiens, ce fut un grand homme,
quoiqu'on lui reproche bien quelques
petits assassinats, entre autres celui
de ce Théodoric, son frère. AlaricII,
qui vient après lui, meurt à la bataille
de Vouillé, de la propre main de CIo-
vis.
Les Goths, Visigoths et Ostrogoths
de la péninsule, confondus ensemble,
nomment pour roi Gésalric, qui,
cbassé de ses domaines par l'Ostrogoth
Theodoric, alors possesseur de l'Italie,
se réfugie en Afrique, s'y fait un parti
parmi les Vandales, repasse les mers
à leur tête et revient dans sa patrie ,
* 4-5 ors aprè.vJ.-C,
35
férir dans une seconde bataille livrée à
son rival.
Theudis, nommé régent, gouverne
avec sagesse , restitue loyalement le
tfône au jeune Amalric , après la mort
duquel le vœu de la nation le couronne
lui - même. Il était digne de ce choix
par ses vertus et son courage. Il fit
■avec succès la guerre aux Francs, et
entreprit en Afrique une expédition
infructueuse quoique bien concertée.
De retour dans sou palais , il périt
sous le poignard, et sa dernière parole
fut le pardon de son meurtrier.
Thcudisèlc. régna dix-huit mois, et
se fit chasser du trône pour ses exac-
tions. Nous passons plusieurs prinçes
insignifians pour arriver à Sisebut et
à Vamba, cités avec éloge par les his-
tariens espagnols. Le premier fut l'ami
des sciences et des lettres , et de plus,
excellent capitainc; il expulsa de l'An-
dalousie les impériaux qui l'avaient
envahie, On a cependant de grands
reproches à lui faire : il persécuta
36
cruellement les juifs, dont une partie
mourut en martyrs , l'autre s2apostasia
sous le fer des bourreaux, et dont le
plus grand nombre émigra (621). Il
finit ses jours après un règne de neuf
ans.
Quanta Vamba, ildéploya de grands
taleus militaires contre Hilderic, comte
de Nîmes, son vassal, qui refusait de
lui payer tribut. Vamba combattit
ensuite avec autant de succès son pro-
pre lieutenant Paul, qui, après l'avoir
aidé à dompter Hilderic, s'était ré-
volté lui-même.
Daus -ces temps , les' premiers prin - -
cipes de liberté germaient parmi les
Goths. La nomination des souverains
était élective; et des lois assez sages
imitaient leur autorité. Les Goths
étaient ariens et fort attachés à leur
religion; leurs prêtres, leurs ëvêqueî
avaient une influence politique très-
étendue, mais favorable à l'indépen-
dance. Les conciles étaient des sortes
d'assemblées représentatives o-è les in-
37
térêts du peuple étaient agités. Bien
des nations civilisées n'en sont pas
parvenues là aujourd'hui.
QUATRIÈME ÉPOQUE.
Invasion des Maures. Leur domina-
tion. Leur première décadence.
LA péninsule va bientôt tomber sous
la domination des Sarrasins. Une seule
bataille doit la livrer à leurs armes ; il
faudra buit cents ans de guerres opi-
niâtres pour la leur enlever.
On attribue l'invasion de ces peuples
à la vengeance du comte Julien, dont la
fille avait été violée par Rodrigue, der-
nier roi des Goths; mais cette hypo-
thèse a trouvé d ea-opposans judicienx.
Quoi qu'il en soit, les Maurès depuis
long - temps convoitaient le beau ciel
38
de l'Espagne ; ils avaient dejà fait
quelques excursions sur les côtes de
la Vandalousie pendant le règne du
prédécesseur de Vamba. Sous ce der-
nier, ils rassemblèrent une flotte nom-
breuse et s'apprêtaient à faire des ex-
cursions sur ses terres, quand ce prince
les attaqua, les vainquit et fit entrer
en triomphe dans ses ports deux cent
soixante - dix de leurs vaÍsséaux.
Une seconde tentative eut un suc-
cès tout opposé, puisqu'ils rempor-
tèrent cette fameuse bataille de Xérès,
qui leur ouvrit la conquête du pays.
La victoire se décida en leur faveur
par la trahison de l'archevêque d'Op-
pas, qui, au plus fort de l'action, alla
se ranger parmi les troupes assail-
lantes avec le corps d'armée qu'il
commandait.
Ce succès et ceux qui le suivirent
jetèrent une telle épouvante parmi la
nation, que les places se rendaient
sans résistance. Tolède, qui voulut
en opposer, éprouva toutes les hor-
39
rcurs d'un siège à outrance et dit
pillage le plus destructeur.
Les Maures avaient été jusqu'alors
commandes par les généraux Tarif et
Albuzara. Ils ne tardèrent point à être
remplacés par un seul : Muza, qui gou-
vernait en Afrique au nom du calife
Valid, accourut à la tête d'une nou-
velle nuée de Sarrasins et confirma
l'invasion. Cinq ans suffirent pour-l'o-
pérer- alors tout le pays était musul-
man , si l'on en excepte quelques can-
tous stérilesdu nord, que dédaignèrent
les vainqueurs. Ce dédain deviendra
la cause de leur perte. La noblesse fut
emmenée prisonnière en Afrique par
Muza, qui, à son arrivée, reçut, pour
récompense de ses victoires, le châti -
ment le plus avilissant.
Son fils, Abdelazis, prince doux et"
vertueux, gouverna en sa place. Il
périt assassiné sous prétexte qu'il avait
épousé une chrétienne, la veuve de
Rodrigue, le roi dépossédé. Cepen-
dant noms verrons par la suite ceb-

alliances entre Maures et chrétiens 'de-
venir fréquentes et légitimes. Ayoub,
son oncle, qui avait dirigé le fer con-
tre lui, le remplaça. II fit la conquête
de la Galice et réduisit aux régions
montagneuses, l'antique monarchie
des princes visigoths. C'est cepen-
dant de .ces montagnes âpres et pres-
que inaccessibles que descendront les.
vengeurs de l'Espagne. Les vaincus,
retranchés dans les antres des Astu-
riès, nommèrent pour chef Pelage >
prince du sang royal, qu'avait épar-
gné le carnage de Xérès. Les commen-
cemens de l'histoire de cette poignée
de Goths sont de la dernière obscurité.
Les musulmans ne tardèrent point
à s'affranchir de la. suzeraineté des
califes de Damas. Ils auraient très-
"eertainement confirmé à jamais leur
domination, sans les guerres intestines
qu'ils se livrèrent entre eux et qui
datent de ce moment.
Pour faire diversion à l'inquiétude
belliqueuse des Maures, Alabor auc-
ql
cesseur d'Ayoub , les conduisit au-
delà des Pyrénées, et, après quelques
victoires , se fit battre à Toulouse et
chasser de la Gaule. Les Maures repa-
rurent bientôt, poussèrent leurs con-
quêtes jusque Tours, où Charles-Mar-
tel les tailla en pièces et sauva la France
de l'islamisme envahisseur: sans lui,
sans doute , nous serions aujourd'hui
musulmans. Une troisième excursion
malheureuse les dégoûta pour jamais
de franchir les- monts. De nouvelles
bandes d'Arabes venaient de temps en
temps regarnir les premières j ce qui
finit p-ar effacer tout-à-fait le caractère
espagnol. •
Cependant les anciens possesseurs
ne laissaient pas d'entretenir parmi
eux et la dynastie de leurs rois et leurs
institutions politiques. Pelage était
mort en 737, Alphonse lui succéda.
Profitant bientôt de la mésintelligence
qui régnait parmi les Arabes , il par-
courut en vainqueur, à la tête des
tiiens , tout le littoral du nord , et
42
vanca même dans la Lusitanie et dans
la Castille. Il s'affermit dans ses con-
quêtes, s'y fortifia, et mourut glorieu-
sement après 19 ans de règne.
Des dissensions cruelles déchiraient
l'Asie. L'Espagne musulmane en reçut
le contre- coup (755). Abdérame, de la
faction des Ommiades, "int en Eu-
rope attaquer les Abbassides, et fon-
der, sur leurs débris, le califat de Cor-
doue.
Ce prince , d'une haute naissance et
plein de vues généreuses-, imprima à
sa capitale et au royaume un caractère
de grandeur remarquable. Les lettres
étalés sciences furent encouragées par
ses bienfaits : l'architecture , l'astro-
nomie, les mathématiques, firent sur-
tout des progrès remarquables. C'est
de lui que date cette splendeur dont
l'effet se fit ressentir vivement dans la
France et l'Italie..
Quant à l'Espagne chrétienne, Abdé-
rame ne lui vendit la liberté qu'au prix
de cent jeunes filles, tribut annuel qui
43
devait grossir son sérail. Il mourut
après un règne long et prospère.
C*est à ce temps que se rapporte l'ex-
pédition de Charlemagne au-delà des
Pyrénées. Ou sait qu'après avoir sou-
mis la rive gauche de lTïlbe , il rentra
victorieux en France, mais que, dans
la plaine de Ronceveaux t les Navar-
rois taillèrent en pièces les derrières
de son armée. Là périt Roland.
Sbus Hakkam, fils et successeur
d'Abdérame, de nouvelles dissensions
furent encore favorables aux chrétiens.
Alphonse le Chaste étendit sa domi-
nation et affranchit ses sujets d'un tri-
but cruel et déshonorant. Ramire ,
après lui, sommé de payer le tribut, ré-
pond à cette injonction par la victoire.
Il n'y eut pas jusqu'aux INormands
qui ne prétendissent s'installer en Es-
pagne j mais les chrétiens leur brûlè-
rent soixante - dix vaisseaux et les ex-
pulsèrent. Ils furent se venger par des
ravages sur les côtes méridionales de
la péninsule.
44
Un grand pas était fait : le nord de
l'Espagne était tout chrétien. Il est
vrai que la Catalogne avait subi le joug
de la France , mais elle commençait à
s'en affranchir.
A Ramire succéda Ordogno, son fils,
qui agrandit encore le cercle des con-
quêtes précédentes. Il fut remplacé sur
le trône par Alphonse III, surnommé
le Grand. Sa vie fut traversée par
des disgrâces, qui le trouvèrent tou-
jours inébranlable.
Après avoir vaincu plusieurs fois
les Maures, il touchait au bout de sa
carrière, lorsque la couronne lui fut
disputée par ses .quatre fils. Toujours
sage, il sacrifia une vaine gloire à l'in-
térêt de son pays et abdiqua (gio).
Quoique chargé d'années, il eut en-
core l'honneur, après ce dévouement,
de battre les infidèles.
Le royaume des Ara bes était le foyer
de troubles domestiques intarissables.
Au victorieux Abdérame II allait suc-
céder Abdérame III, qui va voir aveo
45
douleur un nouvel empiétement des
Espagnols. Le vieil Alphonse, en ab-
diquant, avait laissé le royaume de
'Léon à Garcie, et celui de Galice à
Ordogno, Ses fils ; mais le premier
étant mort, le second était resté seul
maître des deux royaumes. Après
plusieurs victoires sur les Maures, il
est battu par eux en secourant le roi
de Navarre, ét se retranche devant
Pampelune, Les Maures font la faute
d'entrer en France pour la ravager;
Otdogno en profite pour en faire au-
tant dans leurs États. Ensuite, avec
Sanche, roi de Navarre, il se préci-
pite sur eux au moment où ils ren-
trent en Espagne, les massacre et les
force à se réfugier sur la rive droite de
l'Èbre. Il ternit sa gloire en faisant étran-
gler, sans forme de procès, les comtes de
Castille, soupçonnés de conspiration.
A la mort d'Ordogno, Froïla, son
frère, monta sur le trône et signala les
quatorze mois de son règne par des
cruautés inouïes.
46
Alphonse, dit le Moine, son neveu,
règne un instant et abdique , se ren-
ferme dans un cloître, s'en repent
bientôt et veut reconquérir son royau-
me sur Ramire II; mais il est bientôt
vaincu.
Ramire ne traita pas mieux les Mau-
res que ne l'avaient fait ses prédéces-
seurs ; il leur enleva Madrid. Abdé-
rame, avec des forces puissantes, revint
à la charge et saccagea toute la Cas-
tille ; les comtes seuls de ce royaume
la sauvèrent de l'asservissement. Or-
dogno III monte sur le trône de Léon
et de Galice , bat encore une fois les
Maures, et meurt après cinq ans de
règne.
Le sceptre revient à Sanche le Gros;
le fils d'Alphouse, le Moine le lui ar-
rache. 'Sanche détrôné, après s'être
fait traiter, à Cordoue, d'une hydro-
pisie, par les médecins arabes, c'est-
à-dire par ses propres ennemis, se fit
encore un allié d'Abdérame, qui l'aida
à reconquérir son royaume. Cette cou-