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Pétition à l'opinion

20 pages
1814. France (1814-1815). In-8 °. Pièce.
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PETITION A L'OPINION.
Multi iniqui atque infideles regno , pauci sunt boni.
TRAD. AENIUS.
PARIS,
Août 1 8 1 4,
PREPARATOIRE.
Ce que fai vu je l'ai senti ; voilà toutes
mes études.
Ce que je dis je le pense sans intérêt
personnel, je le crois utile ; voilà mon but.
J'ai ma propre estime et celle des honnêtes
gens qui me connaissent; voilà qui je suis.
PÉTITION A L'OPINION.
S
i tous les plus grands économistes politiques sont
tombés d'accord avec Robertson pour penser « qu'un'
» peuple ne peut sans imprudence et sans danger faire
» des efforts violens contre l'esprit et la direction na-
» turelle de son Gouvernement , » c'est qu'ils se te-
naient tous convaincus « qu'un souverain et son gou-
» vernement ne pouvaient aussi, sans danger, faire
» des efforts violens contre la direction naturelle de
» l'opinion. »
C'est à celle-ci que je m'adresse : je dois tâcher
d'établir ce qu'elle était avant la huitième révolution
qui vient de s'opérer en France, ce qu'elle est main-
tenant et ce à quoi elle tend.
(8)
Depuis trop long-tems l'intérêt des princes souve-
rains et des maisons régnantes prévaut sur celui des
peuples dont ils tiennent le sort entre leurs mains ; il est
tems que celui des peuples l'emporte ; c'est dans l'ordre
des choses, et la nature même de ces choses l'exige
plus impérieusement que jamais.
En traitant des intérêts de la France on s'occupe
nécessairement de ceux de toutes les nations de l'Eu-
rope ; car la France , même malheureuse , a sur le sort
de tous les peuples de cette partie du monde une in-
fluence que l'Angleterre ne peut même exercer dans
l'instant où sa domination n'est pas contestable.
Il n'est pas une nation qui ne soit dans ce moment
frustrée de ses libertés les plus positives et les plus
précieuses , et qui ne doive par conséquent prêter at-
tention à toutes les révélations que peuvent lui faire
des citoyens courageux et excités à faire entendre leurs
voeux pour leur patrie lorsqu'ils la voient menacée
de tous les maux les plus réels.
Comment la France s'est-elle tout à coup trouvée en-
traînée dans une situation si inattendue , et par quels
moyens doit-elle triompher de cet instant de revers, et
replacer les Gouvernemens voisins dans l'équilibre
qu'ils n'auraient jamais perdu s'ils avaient réglé dans
un tems opportun leurs véritables intérêts , comme
ils le feraient aujourd'hui si l'occasion se représentait?
Après lés revers inouis que l'armée française a
éprouvés dans la campagne de Moscou, les alliés seuls
de celte armée s'en sont trouvés abattus, et s'ils se sont»
ralliés à la seconde armée que l'énergie du peuple'
(9)
français à formée, comme par enchantement et pour
produire le plus beau monument historique clans les
annales d'un peuple, ce n'a été que par l'effet de la
crainte que cette armée a inspirée aux souverains de
la Confédéral ion, eu reparaissait sur un territoire où
chaque pas rappelle les conquêtes de la France.
Ses nouvelles victoires , écrites aux champs de
Lutzeu et de Baulzen, ont achevé de faire reprendre
toute la prépondérance qui lui était nécessaire pour
dicter les conditions d'une paix glorieuse, et qui eût
fixé pendant quelques années les bases préliminaires
d'une paix dont toute l'Europe avait et sentait le besoin.
Mais multi iniqui infidèles regno , pauci Sunt boni ! ! !
La reprise de Hambourg et bien plus encore la di-
plomatie séante alors à Dresde , l'ont emporté sur des
considérations dont la politique autant que la morale
s'accordait à faire une loi. L'alliance bien, négative
de l'Autriche a achevé d'abuser sur l'état des affaires ;
et la guerre ayant continué , les défections de tous les
alliés ont réuni inopinément toutes les forces de l'Eu-
rope contre une puissance assez forte pour y résister
étant préparée- à les repousser, mais non quand elle
venait de faire un effort digne d'elle et d'un meilleur
succès.
Malgré tant d'efforts réunis contre la France , rien
n'était perdu pour elle si au moment des premières
invasions de l'ennemi l'empereur Napoléon, connais-
sant mieux l'esprit de la nation qu'il gouvernait, eût
répondu à la confiance du peuple français par de la
(10)
confiance ; si, se voyant investi de toute part, il lui
eût ôté les fers qu'à tort il avait cru devoir lui donner;
s'il eût fait un dernier appel à l'honneur français, qui
est pour ce peuple ce que l'intérêt est pour l'Anglais ,
il n'est personne qui puisse douter en Europe que la
France serait devenue un vaste tombeau où se seraient
d'elles-mêmes ensevelies les armées innombrables coa-
lisées dans l'intérêt seul de l'Angleterre, et contre
celui de l'Europe entière.
Celte assertion est tellement vraie que j'ai entendu
les traîtres qui ont vendu et livré ma patrie se plaindre
de la lenteur de l'ennemi à venir sous les murs de Paris
prendre par convention celle fausse clef de la France ;
et les alliés eux-mêmes dire qu'ils n'eussent jamais
pensé à pénétrer si avant sur noire, territoire s'ils
n'eussent été appelés et si des Français, dont la mémoire,
sera à jamais en exécration, ne leur avaient donné des
garanties de leur fidélité à la trahison.
Cette convention n'a été connue du peuple généreux
qu'elle livrait au pouvoir de l'ennemi qu'au moment de
son effectuation. Néanmoins si le chef qu'il s'était
donné, après s'être abusé lui-même et dans le choix des
moyens et dans le choix des sujets auxquels il avait
délégué sa confiance, fût venu de sa personne seule
à l'affaire sous Paris, en traversant cette ville nul
doute qu'il n'eût prévenu et empêché l'entrée des
ennemis , et que leurs légions n'eussent été détruites,
sous les murs de cette capitale par ses habitans mêmes ,
dont chacun se fût trouvé heureux de donner sa Vie
pour empêcher l'asservissertient de sa patrie.
( 11 )
Plus ce sentiment était profondément grave dans le
coeur de chaque garde national, ( qui était comme un
délégué du peuple de Paris ) plus la réaction dernière
a dû avoir l'air d'un sentiment opposé. C'est l'effet de
toutes les réactions de ce genre.
L'entrée des ennemis à Paris, effectuée avec ordre
et modération ; ( plutôt par un reste de crainte que par
le respect pour leurs conventions avec des traîtres )
l'annonce de la paix , dont les Français avaient on
désir en raison du besoin; quelques gens déshonorés
depuis long-tems, quoique portant un grand nom,
ont pendant quelques jours étourdi une petite portion
du peuple. Lé reste de la France restait sans commu-
nication avec Paris , et était informé seulement de
l'abaissement dans lequel achevait de la précipiter,
à Blois, les membres sans énergie d'un Gouvernement
auquel il eût été aussi facile que nécessaire de se re-
constituer.
L'étourdissement produit par une aussi grande chute
n'eût pas duré le tems nécessaire pour consacrer des
engagemens pris uniquement par. des traîtres, si un.
prince de l'ancienne dynastie n'était venu légitimer
en quelque sorte, par sa présence, les actes provisoires
d'un gouvernement provisoire, composé de plusieurs
membres, mais n'agissant que par un seul, qui, en
donnant une nouvelle preuve de son habileté pour l'in-
trigue, a sanctionné en même tems l'opinion fondée
qu'on a de sa médiocrité et de sa vénalité.
Le premier corps de l'Etat, composé et organisé par
un despotisme mal entendu, après avoir, pendant plu-

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