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Peu ou rien : contes en vers, apologues et narrations / par H. Atxem (Xavier Conte)

De
245 pages
P.-H. Krabbe (Paris). 1853. 1 vol. (248 p.) ; in-18.
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PEU OU RIEN
CONTES EN YËRS
ET NARRATIONS
.P A tt
H. ATXEM.
PARIS
CHEZ P. H. KRABBE, LIBRAIRE-ÉDITEUR,
1 g, RUE DE SAVOIE,
et chez fauteur, rue Aimioîre. 45.
A MON AMI
MONSIEUR'BLANCARD
PEU OU RIEN
CONTES EN VERS
>ET NARRATIONS
y PAR
H. ATXEM.
PARIS
CHEZ P. H. KRABBE, LIBRAIRE-ÉDITEUR,
1 2, HUE DE SAVOIE,
et chez l'auteur rue Auinaire. 45.
18S3
AVANT-PROPOS.
Notre intention était de ne publier les différents
morceaux qui forment ce livre que lorsque nous au-
rions assez de matière pour éditer autant de volumes
qu'il contient de genres différents. C'était une idée
bien arrêtée et néanmoins nous nous sommes laissé
aller; d'abord parce que cela nous rejettait indé-
finiment, et puis nous avons cédé aux observations
de plusieurs instituteurs.
Quelques-uns de ces messieurs nous ont fait re-
marquer que nous pourrions plus tard compléter cha-
que genre, que la publication actuelle ne changerait
rien à notre plan, lorsque au contraire elle devenait
une espèce de spécimen pour les éditions suivantes,
telles que nous entendons les produire.
D'autres ont fait valoir la position de MM. les insti-
tuteurs, obligés, faute de nouveaux sujets, à recourir
aux anciens, dont les parents des élèves, eux-mêmes,
sont fatigués.
D'autres enfin, nous ont fait observer qu'il y avait
plus d'avantage pour eux à trouver tous les ans un
peu de nouveau et à pouvoir le donner de suite à étu-
dier à leurs élèves qu'à attendre un livre plus impor-
tant, et à voir vieillir ensemble les nombreuses pièces
de ce livre, tandis que, présentées à des intervalles
différents, elles les alimenteraient d'une nouveauté
après laquelle ils courent.
Plusieurs aussi nous ont fait comprendre que nous
ne devions pas retarder la publication de ce volume
qui, avec ceux que nous avons publiés déjà, LE JOUR
DE L'AN (compliments et épîtres) et la FLORE DE
L'ENFANCE, comblaient une lacune dans les besoins
de pièces en vers qui se fait sentir chez MM. les in •
stituteurs.
Nous aurions passé, peut-être sur les premières
— III —
considérations, mais, nous l'avouons avec franchise,
l'accueil favorable fait aux deux volumes que nous ve-
nons de citer, nous a décidé, et nous vidons notre sac,
bien pauvre encore, pour donner à MM. les institu-
teurs PEU ou RIEN.
PEU OU RIEN; nous avons adopté ce titre n'en
trouvant pas un autre de convenable pour indiquer
succintement le contenu de ce livre composé de plu-
sieurs genres divers. Nous trouvons qu'il rend par-
faitement notre pensée sur cet ouvrage: PEU, s'il a
quelque mérite ; RIEN, si les pièces de vers sont sans
valeur.
QOBUIMB B&TBIB8»
Pour être aux jeux d'autrui toi-même respectable,
Sois de toi-même respecté.
Castor ou le Chien parvenu.
CONTE.
Dans un hameau des Pyrénées,
Nicolas, paysan, possédait un gros chien,
Jeune encore et comptant à peine deux années,
Mauvais sujet fini, passé maîtrei vaurien.
C'était un vrai Bohémien,
De lqng poil et de grande taille,
Sale, rustre, butor,
N e possédant n i sou n i m aille,
Qu'on appelait Castor.
Un riche voyageur le voit et s'amourache
De sa taille et de sa moustache,
Propose son achat; soudain, le paysan
Fixe.un.prix, il convient, et, séance tenant,
Castor est à l'attache,
Mené par l'étranger qui l'a payé comptant.
Notre chien indocile
Part dès le même jour pour habiter la ville.
On l'installe à l'hôtel ; se voyant en faveur,
Monsieur Castor affiche la hauteur,
Sans retenue aucune il exhale sa bile ;
De rogue qu'il était, devient quinteux, boudeur,
Et querelleur,
Mais avec rage ;
À tel point qu'on l'eût cru doué d'un grand courage
Lorsqu'il n'en était rien ; même on pouvait, au fond,
Le citer, à bon droit, pour un fieffé poltron,
Fuyant, avec grand soin, fuyant toute rencontre
Où, de près ou de loin, quelque danger se montre.
Bref, le courage lui manquait,
Et si fort, qu'il ne s'attaquait
Qu'à ceux-là dont la résistance
N'offre qu'une faible défense.
>
Rençontrait-il sur son chemin
Le boule-dogue, le mâtin,
Voire même le chien de chasse,
Il faisait vite volte-face
Et gagnait, en fuyant, le plus haut du logis ;
Mais, sitôt rassuré, gare alors! quel gâchis!
Matous et chiens : Rodilard et Minette (1 )
Colifichet, Bibiche et Cendrillon (2),
Ses commensaux de la maison
Etaient menés à la baguette.
Grognant, grinçant, mordant, il ne leur passait rien,
Se courrouçait de tout: regard, geste, maintien.
Et goinfre! Il leur eût pris jusqu'à la moindre miette,
Leur faisant observer la plus stricte diète.
Ma volonté fait loi, disait ce gros butor;
Quel est le maître ici? Moi ! je suis le plus fort ;
À mes moindres vouloirs, quel que soit mou caprice,
J'entends, voyez-vous bien, que chacun obéisse;
(1) Nom qu'on donne aux chats.
(2) Nom qu'on doune aux chiens.
— 10 —
Allez-là, venez-ci, rapprôchez-vous, sortez,
Revenez, là, debontj courez, dansez, sâùtéz.
Enfin il tourmentait, liëïâs ! son petit mondé,
Nuit et jour, constaûHhent, sans trêve une seconde ;
Au point que, s'il plaisait à monsieur dé Veiller,
Personne, autour de lui, jie devait sonitrieilter.
N'est-ce pas que Çastoi est {a fidèle image
De bon nombre de parvenus?
Combien de gens arrivent du village
,.-.-• Manquant de tout, àt moitié nus L
Mais^ que, la ville les engraisse^
Oubli^nt.leur aneies éM,
Chez eux chape employé;4evie#«»vTaiforçat,
Qu'on méprise h |a fois et $r^i|e avec rudesse *
A tel ppjntqije, dans: l'a^wen; temps.
(Alors que fleurissait le fameux droit d'aînesse)
Les seigneurs, féodaux avaient pour leurs, manants
Bien plus d'égards, bien plus de politesse.
Chez leurs subordonnés, grondeurs £tjp8Ê#açanls,.
— M —
Ces messieurs brisent, taillent.
En revanche, on les voit toujours souples, rampants,
Auprès de tous ceux-là pour lesquels ils travaillent.
Juste dans leur maison ils sont de grands butors,
Autant, et pour le moins, qu'ils s'affaissent dehors.
Arrière l'intérêt, qui courbe, qui ravale
Au point de ramollir une épine dorsale,
Et la tordre si bien et de telle façon
Qu'on pourrait aisément la mettre en peloton.
C'est perdre ainsi la dignité de l'homme
Que de s'humilier pour amasser de l'or.
Faire du travailleur une bête de somme,
Quel que soit le motif, est toujours un grand tort ;
Dans l'un et l'autre cas Von devient méprisable.
Ah! n'oublions jamais cette moralité :
* Pour être aux yeux d'autrui toi-même respectable,
« Sois de toi-même respecté. »
Gardons-nous sagement d'une folle dépense,
Évitons avec soin d'être paniers percés.
Le panier percé et la Corbeille.
CONTE.
Pour les remplir, sous une treille,
Un vigneron avait placé
Un tout petit panier percé
Auprès d'une grande corbeille.
Il cueille, il cueille, et soudain
Le raisin
Dans la corbeille s'amoncelle;
Bien qu'elle fût large des flancs,
Il la remplit dans peu d'instants.
Vient le tour du panier ; à l'emplir même zèle :
Il cueille, il cueille du raisin
— '13 —
Mais en vain ;
Le panier est percé, la grappe
S'en échappe.
Il s'épuise au labeur,
Mais tout petit qu'il est le panier reste vide.
Harassé, couvert de sueur,
A s'arrêter, enfin il se décide.
Prenez exemple, mes enfants, '
Modelez-vous sur la corbeille :
Comme elle, conservez ; pensez à vos vieux ans,
Son lendemain a chaque veille.
Gardez-vous d'imiter tous ces imprévoyants
Dont la fatale imprudence
Gaspille tous les biens qu'ils eussent amassés.
Gardons-nous sagement d'une folle dépense ;
Évitons avec soin, d'être paniers percés.
Livrez-vous au travail dès vos plus jeunes ans,
Et quels que soientun jour les coups d'un sort contraire,
Moyennant du savoir, vous verrez, chefs enfants,
Que vous le forcerez à vous être prospère.
Le Travailleur,, le Savant et le Noble.
e ON TE.
Sous ces règnes de barbarie
Époqtie dé proscription,
Alors que des Romains, dans leàr ambition -,
Appuyés de Sëldàts, déetsiFâiént ltt patrie ;
Par le même décret, un savant professeur,
Un membre du Sénat, de race très-ânfiqtte,
Avec un travailleur
Furent déportés en Afrique.
Sur le sol étranger, sans parents, sans amis,
— 15 —
Ces malheureux proscrits
Se virent déposés tous les trois sur la plage,
Ignorants qu'ils étaient, des moeurs et du langage
Des habitants de ce pays.
Mais, comme dit un vieil adage :
Chacun doit, ici-bas, pourvoir à ses besoins;
D'ailleurs Gaster impitoyable,
S'irritant de ne voir ni cuisine ni table,
Impérieusement réclamait quelques soins.
Étourdi que je suis ! tiens, voilà que j'oublie
De désigner les lieux où furent déportés
Ces citoyens romains, ces proscrits redoutés
D'une ambition en furie,
Que la rage envoyait mourir en Numidie.
La faim parle bien haut, ils n'ont rien à manger ;
Hélas! lorsqu'on n'a rien, manger est difficile;
Et puis il leur fallait se pourvoir d'un asile.
Le besoin brave le danger,
Et l'on cherche village', hameau, bourg.ferme ou ville:
A droite, à gauche, un chacun a marché,
— 16 —
Ils sont allés, venus, ont cherché, recherché,
Pour découvrir enfin, après plus de trois heures,
Derrière un mamelon, quelques humbles demeures. •
Ils approchent craintifs ; seront-ils accueillis,
Ou bien vont-ils trouver de cruels ennemis ?
Ils entrent en tremblant; des familles entières
Viennent les recevoir, viennent au-devant d'eux.,...
Bonheur inespéré ! dans ces humbles chaumières
Sont des coeurs généreux
Qui leur offrent soudain les secours nécessaires.
Un an s'était déjà passé,
L'on commençait à se comprendre;
Le travailleur avait grandement compensé
Les services reçus par ceux.qu'il savait rendre ;
Le professeur aussi, de son côté,
Au service d'eux tous avait mis sa science,
Corrigé des abus, amené, suscité
Bien des réformes d'importance.
Ce n'était pas ainsi chez le patricien.
Véritable ignorant, il ne connaissait rien
-^ n —
Que le blason de sa lignée ,
Et parlait nuit et jour de ses nobles aïeux :
Tel combattit ici, tel dans telle journée
Fut le plus valeureux ;
Je descends des Tarquins de par mon noble père ;
Socrate est mon aïeul du côté de ma mère.
Ces beaux raisonnements
Devinrent fatigants,
D'autant plus qu'ils partaient d'une bouche inutile,
Bouche qui consommait et ne produisait rien.
La bourgade se lasse, et le patricien
Est sommé de produire ou de quitter l'asile
Occupé depuis plus d'un an,
Lorsque le professeur, comme le paysan,
Rendant service pour service
Sont avec amitié, par tous, fort bien traités,
Et choyés, et fêtés.
N'ayant jamais rien su, le malheureux patrice
Est obligé de s'éloigner,
Incapable de s'adonner
__ 48 ~
Au plus petit labeur, au plus mince exercice.
Hélas! il n'avait rien appris.
Infatué de sa noblesse,,
Toujours des plus enorgueillis,
Faute de rien savoir, il meurt dans la détresse.
Vous voyez, mes enfants, ce que vaut un grand nom
Lorsqu'il n'est survenu que par transmission,
A côté du travail, auprès de la science?
Le Numide les met tous les trois en balance ;
Comme inutilité repousse un tel blason,
Accueillant avec soin le labeur* la science.
Livrez-vous au travail dès vos plus jeunes ans,
Et,quels que soient un jour les coups d'un sorteontraire,
Moyennant du savoir, vous verrez, chers enfants,
Que vous le forcerez à vous être prospère.
Ne sacrifiez pas l'utile à l'agréable.
La famille d'un fermier.
CONTE.
Certain fermier de Normandie,
. Avec sa femme et ses jeunes enfants,
Habitait une métairie
Isolée au milieu des champs.
Pour se garder et se défendre,
Il avait dés verrous, son fusil et son chien
Actif, dévoué, fort, capable d'en revendre
Au plus terrible loup, au plus adroit vaurien.
( On l'appelait Rustaut, ce vigilant gardien. )
Par une froide nuit, égaré dans la neige,
Chez notre paysan arrive un voyageur,
— 20 —
Son paquet sur le dos ; n'ayant d'autre cortège
Qu'une guenon (c'était un bateleur).
Le singe est dès l'abord l'effroi de la famille ;
Tout le monde le fuit, mère, fils, père, fille.
Rien n'est plus naturel ; pour la première fois
Se montrait à leurs yeux, l'hôte malin des bois.
Le singe est sémillant, pétri de gentillesse;
Il gambade, il sautille, et ses tours de souplesse
Attirent les regards des fermiers ébahis ;
De lui l'on se rapproche, et puis on le caresse,
On le prend dans les bras, il va du père au fils,
De la fille à la mère ; à la guenon choyée
Chacun donne à l'envi* chacun donne à foison
Confiture, dragée,
Pomme, noisette, noix, fruit confit et marron.
Gillette avait gagné l'amour de la famille ;
Il faut en convenir, Gillette était gentille.
(Que de singes à grand renom
Sont loin d'être gentils, comme notre guenon !)
Le temps se radoucit; encore une journée,
— 21 —
Et l'on va se quitter; maudite destinée !
Gillette va partir, s'éloigner sans retour;
Les apprêts sont tous faits pour le deuxième jour.
— Ah! si nous la gardions? disait la jeune fille.
— Quel charmant animal ! dit la mère à son tour;
Oh ! de la posséder, mon cher mari, je grille.
— Achète-la, papa; donne-nous la guenon,
Fait encore le fils, gros joufflu, rosé, blond.
Du père, cet achat entrait dans la pensée,
Il le propose au bateleur.
Le marché se conclut, la guenon est laissée,
Contre quatre-vingts francs, espèces de valeur.
Et le fusil pendu près de la cheminée.
— Bon voyage, au revoir ! repassez par ici.
— Adieu, portez-vous bien, bonne chance, merci.
Le voyageur s'en va, la famille est en fête :
Mêmes soins empressés, même amour pour Gilette
Rustaut n'était plus rien, Rustaut est délaissé,
Mais il n'en fait pas moins une garde complète,
Ecarte le voleur, le loup est pourchassé.
(Telle, hélas ! est l'espèce humaine :
Les services rendus, sont rarement comptés!)
Tous sont pour la guenon; maîtresse souveraine,
Elle fait et refait ses quatre volontés.
La nature du singe est très-capricieuse,
Taquine, fatigante, ou du moins ennuyeuse.
Rusé, malin, roué, méchant, cet animal
Fait le mal par plaisir, fait le mal pour le mal.
Gillette, enfant gâté, ne dément pas sa race;
Jouant avec Rustaut, le lutine, le lasse,
Le poursuit de ses coups, l'égratigne, le mord ;
Le chien patiemment supporte tout d'abord ;
Puis, quand il veut jouer, Gillette s'y refuse.
( Combien de gens on trouverait
Gomme Gillette trait pour trait ! )
Bref, un soir que le chien dépistait une ruse
D'un vieux Jpup affamé qui flairait près du champ,
Elle vient l'agacer, puis Je mord jusqu'au sang.
Détourné de sa garde,
Contrarié, souffrant,
— 23 —
D'une exécrable humeur, peut-être par mègarde,
Peut-être bien aussi le diable s'en mêlant,
Rustaut riposte, et soudain il lui rend
Morsure pour morsure.
Qu'on jugé de sa rage. A la ferme elle «ôùrt ;
Elle à qui, jûsqûë-là, chacun faisait sa cour,
Maltraitée à ce point ! — Voyez donc ma blessure !
Criait-elle en pleurant; thés maîtres, sàuvez-hlôi!...
Il veut me dévorer !... Rustaut m*à déchirée.
Pauvre chien, qu'âs-tû fait ? Là famille en émoi
Veut venger Gillette effarée.
—• Est-il un châtiment assez rude pour toi,
Dit le père ; la mort doit expier ton crime !...
On assomme Rustaut, malheureuse victime !
( Ainsi, de tous les temps, ont agi les ingrats,
Qu'ils soient pâtres, fermiers, nobles ou potentats. )
Le Chien est oublié, la guenon caressée,
Bichonnée, adulée, et pleurée et pansée.
Un loup des plus experts, passé maître fripon,
Pendant qu'ils pleurnichaient, leur enlève un mouton;
Puisja mère detous, la vache nourricière
Disparaît sans retour, et puis une brebis,
Puis une autre, puis deux, puis trois, puis quatre, dix,
Et les chèvres encor ; la bergerie entière
Finissait d'y passer, quand un jour, ô malheur!
S'introduit dans la ferme un effréné voleur.
On l'entend, on court sus ; mais on n'avait plus d'armes ;
Il vient près de la porte, en tire les verrous;
Aussitôt cinq bandits les entourent eux tous,
Leur garrottent les mains, sans pitié pour leurs larmes,
Emportent linge, argent, tout ce qui leur convient.
Le fermier ruiné pense alors à son chien :
— Si je l'avais encor, il eût fait sentinelle,
Eût dépisté le loup, éloigné les bandits,
Regrette son fusil.— Lui brûlant la cervelle,
Dit-il, j'étais sauvé, les verrous restaient mis.
Puis, s'adressant aux siens, et d'un ton.lamentable,
Retenez bien cela, mes enfants, mes amis :
» Ne sacrifiez pas l'utile à l'agréable. »
Le plus grand des voleurs est bien un mauvais livré;
Il prend plus que le temps à celui qui s'y livre ,•
Il corrompt quelquefois le coeur et la raison
Et fait d'un vertueux souvent un polisson.
Un mapais livre,
CONTÉ.
Eugène, depuis peu sorti de pension,
Avait vu s'accomplir sa dix-huitième année.
D'avance, connaissant son émulation,
Chacun lui prédisait brillante destinée.
On se trompe parfois, hélas ! en cet endroit.
Tout autre s'y fût pris, fût-il le plus adroit.
Mais revenons, enfants, au récit historique ;
L'école de Saint-Cyr ou la Polytechnique,
Sorti de l'examen^ lui revient en effet ;
. — 26]—
Eugène peut opter : il réclame, de fait,
L'école où l'on instruit l'officier du génie.
L'élève impatient, dès l'école choisie,
Travaille avec ardeur, attendant qu'à la fin
Aux vacances octobre apporte quelque fin,
Lorsqu'un jour il trouva, malheureuse journée !
Chez un vieillard, ami, sur une cheminée,
Un livre que lisait le vieillard, par moments,
Sansdanger pour le vieux, maître de tous ses sens ;1
Eugène l'ouvre, il lit ; et ce qu'il lit l'étonné;
L'ami s'en aperçoit, il retire soudain
Le livre et le renferme au cabinet voisin.
La curiosité, pique Eugène, il se donne
Ce livre dès qu'il sort ; et depuis ce jour-là,
N'étant plus à lui-même, Eugène chancela.
Bientôt de chute en chute, à tel point il s'oublie,
Jusques à fréquenter mauvaise compagnie,
Puis ne travaille plus; bref, dans moins de deux ans
Il se voit renvoyé, chassé de son école.
D'un affront si cruel, sans coeur, il se console,
— 27 —
Et sans honte il revient auprès de ses parents ;
Il revient, l'esprit faux, le sens faux, incapable,
Sa carrière perdue, entraînant après lui,
Tout prêts à le saisir, le dégoût et l'ennui,
Qui suivent la débauche et font le misérable.
Avant d'ouvrir un livre, on doit prendre l'avis
De ses tendres parents ou de sages amis;
Car le plus grand voleur est bien un mauvais livre ;
Il prend plus que le temps à celui qui s'y livre,
Il corrompt quelquefois le coeur et la raison,
Et fait d'un vertueux souvent un polisson.
C'est ne rien faire, hélas ! que de n'achever rien.
L'inconstant.
CONTE.
Jules, déjà dès son jeune âge,
Se montrait léger, inconstant,
Changeait de goût et de langage
A toute heure, complètement.
Passionné pour la musique,
Il la quitta pour le dessin,
Celui-ci pour la botanique;
Puis il fut danseur un matin.
Un jour, fatigué de la danse,
Il apprend l'équitation ;
Puis dans les armes il se lance,
Et puis dans la natation.
— 29 —
Pendant deux mois il étudie,
Avec la plus constante ardeur,
La sphère, la géographie,
Qu'il quitte bientôt de grand coeur.
C'est alors qu'il se passionne
Pour l'histoire, mais fortement;
Trois mois après, il l'abandonne,
Et revient à son rudiment.
C'est ainsi que toutes les classes
L'ont occupé pendant huit ans.
Et Jule, avec ces mille passes,
N'avait fait que perdre son temps.
Une fois entré dans le monde,
Son inconstance l'a suivi;
Sur les nombreux projets qu'il fonde
Pas un seul il n'a poursuivi.
Je l'ai vu cent fois, je parie,
Toujours ayant changé d'état.
Un jour je le trouvai soldat,
Puis il jouait la comédie ;
'— 30 —
Une autre fois négociant,
Le lendemain apothicaire;
Marin un mois, il fut corsaire,
Et puis ensuite commerçant.
Naguère, il faisait la peinture,
Vrai barbouilleur de bâtiment,
Comme il fit de l'architecture.
Comnïe il a fait l'ameublement,
Médecine avec chirurgie
Et droit l'ont surpris sur leurs bancs ,
Pendant quelques mois de sa vie ,
Au milieu dès étudiants.
Enfin il a fait tout ensemble
Sans jamais mener rien à bien.
Mes bons enfants, que vous èri semble?
C'est ne rien faire, hélas! que de n'achever rien*
Rappelez-vous, enfants, que les instants perdus,
Une fois écoulés, ne se retrouvent plus.
Les deux Perroquets,
CONTE,
Un matelot, venant de Calcutta,
Avec d'autres objets, un jour en rapporta,
Pour Etienne Mercoeur, barbier de son village,
Deux perroquets jeunes et beaux,
Si ressemblants dans leur plumage
Qu'on les eût pris pour deux jiinièàux.
A peiné le barbier lés a-t-il, qu'il s'apprête
A leur donner une éducation,
Selon ses facultés, et soignée et complète.
— Je veux les voir tous deux des oiseaux de renom:
11 faut que mon Jacquot, aussi bien que Jaoêfuette,
— 32 —
(C'est les noms qu'il donnait à ses oiseaux chéris),
Soient si bien élevés, si parfaits, si gentils,
Qu'on les cite partout, que d'eux chacun raffole.
Dès-lors, de les instruire il prend le plus grand soin ;
Se transformant lui- même en vrai maître d'école
Pour faire de tous deux des savants en tout point.
Il leur enseigne mille choses,
Mille bons mots, des tours, des poses.
Jacquette travaillait avec conviction,
Jacquot, grand paresseux, apprenait sa leçon
Tant bien que mal, avec indifférence,
Préférant se livrer aux plaisirs de l'enfance,
Aux jeux qu'elle recherche avec avidité ;
Aussi se montrait-il léger, distrait, crotté,
Souvent des pieds jusqu'à la tête,
Tandis que, studieux, son compagnon Jacquette,
Dans l'avenir, par ses progrès
Se préparait de beaux succès ;
Ne se livrait aux jeux qu'après besogne faite,
Lorsque tous ses devoirs venaient d'être finis ;
— 33 —
Et les j eux n'en avaient pour lui que plus de prix,
Soit que, le coeur joyeux de sa tâche remplies
Lui donnât de l'entrain pour les amusements,
Soit qu'après le labeur les divertissements
Acquièrent de l'attrait pour quiconque étudie.
Toujours est-il, mes chers enfants,
Que lui n'apportait point cette pénible crainte
Qui fort souvent vous poursuit dans vos jeux.
En effet, dites-moi, pouvez-vous être heureux
Sous le poids si cruel d'une telle contrainte
Qui vous torture constamment?
N'est-il pas dans vos coeurs une voix qui vous crie :
Quitte le jeu, rentre, étudie,
Ou tu vas t'exposer à quelque châtiment !
Enfin l'âge arriva; l'écolier réfractaire,
Malgré tous les bons soins, les exhortations
Et souvent les. corrections,
Ne savait presque rien, quand Jacquette, au contraire,
Avait acquis de l'érudition
Au point qu'on recherchait sa conversation.
— 34 —
Chacun tient à l'avoir, voisins, amis, famille
Veulent la posséder, c'était une fureur...
Jacquette allait partout où permettait Mercoeur.
Rien de trop délicat pour l'oiseau qui babille :
Bonbons les plus exquis, gâteaux les plus sucrés,
Arrosés de bon vin, la plus fine dragée
Sont pour lui préparés.
Voyez encor, voyez la famille rangée
Pour l'entendre parler,
Craignant de perdre un mot, craignant de le troubler;
Comme elle observe un rigoureux silence !
Pendant ce temps que fait Jacquot?
Dans sa cage il sommeille, ou bien il se balance
Emprisonné, ce grand nigaud,
S'ennuyant à trois francs par tête;
Il a de l'eau tout juste avec du chenevis,
Et personne ne vient le voir dans son logis ;
Il apprécie alors un savoir qu'il regrette
Et voudrait de grand coeur être comme Jacquette.
— 35 —
Enfants, gardez-vous bien d'imiter mons Jacquot ;
Ne passez pas en jeux l'âge où l'on étudie :
Celui qui n'apprend pas sera toujours un sot,
Et les sots, aujourd'hui, mènent bien triste vie.
Rappelez-vous toujours que les instants perdus,
Une fois écoulés, ne se rétrouvent plus. ■•■■■-■
La vertu
Vaut mieux que force et que richesse.
La Force, la Richesse et la Vertu.
CONTE.
La Force, la Richesse, ainsi que la Vertu,
Voyageaient toutes trois, non pas de compagnie ;
De son côté, chacune était partie
Sur le premier sentier battu
Et suivait, sans dessein, la route telle quelle.
A l'enseigne de l'Hirondelle,
Auberge que tenait un fort digne hôtelier,
Par un hasard très-grand, Vertu, Force, Richesse',
Contre l'orage qui les presse,
Viennent de divers points pour s'y réfugier.
La Force arrive, elle commande en maître ;
- 37 -.
La Richesse en entrant étale un grand fracas ;
Modeste, la Vertu ne fait nul embarras;
Il semblerait plutôt qu'elle craint de paraître.
La Force, de tout son poids,
Sur valet, maître, maîtresse,
Pèse, et veut dicter des lois
Que l'on élude sans cesse,
Par la crainte on obéit ;
En est-elle mieux lotie ?
Hélas ! non, chacun la fuit,
Et, pour qu'elle soit servie,
Il faut qu'elle sonne ou crie.
La Richesse? c'est différent,
(Dans ce siècle où chacun encense
Avec autant d'ardeur l'argent),
Plus que la Force a de puissance.
Que l'on soit ou maître ou Yalet,
On la sert dans son intérêt,
Espérant que les complaisances]
Amèneront des récompenses.
- — 38 —
Seule, en un coin, la Vertu reste coi ;
Modestement assise sur les dalles,
Attend son tour, lorsque ses commensales
Dans leur orgueil mettent tout en émoi;
Mais la maîtresse, en passant, qui l'a vue,
Vient aussitôt vers elle et la salue,
— Quoi! vous ici, vous sur cet escalier?
Venez, venez, ce n'est là votre place.
Mais venez donc, sans vous faire prier ;
Restez chez nous, oh! restez-y, de grâce;
Epoux, enfants, chacun de vous avoir
Sera flatté. Venez près de ma fille ;
Quel jour heureux ! Soyez de la famille.
Dans la maison chacun conçoit l'espoir
De la servir ; dans son respect pour elle,
Chacun prévoit ses plus petits besoins ;
De la famille elle a les plus grands soins,
Et pour logis la pièce la plus belle.
Voyez, enfants, ce que vaut la vertu,
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Sans intérêt pour elle, l'on s'empresse.
En est-ce ainsi pour force et pour richesse?
Non, on les sert, mais à prix débattu,
Oui, mes bons amis, la vertu
Vaut mieux que force et que richesse.
Fuyons, avec l'ingratitude,
Toute mauvaise liaison.
L'ingratitude.
CONTE.
Le fils d'un ouvrier, dans un âge encor tendre,
A peine comptait-il treize ans,
Avait perdu tous ses parents
Que la mort venait de surprendre.
Resté seul, le jeune garçon
Qu'on appelait Simon,
Fut recueilli par une pauvre femme
Possédant très-peu d'or, mais une bien belle âme.
Tout réuni, ses revenus
N'allaient pas à soixante écus ;
On la vit redoubler de zèle et de courage,
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Dans l'intérêt de son nouvel enfant;
Elle passait les nuits à son ouvrage,
Et le produit fut suffisant
Aux besoins de tous deux, sans l'être largement.
Simon continua de fréquenter la classe,
Il y faisait de beaux progrès,
Et la mère adoptive eût eu de grands regrets
Si, faute de payer, il eût quitté la place.
Pour elle le fardeau, le plaçant apprenti,
Devenait plus léger; elle eût mieux abouti,
Evité ce labeur, rendant les nuits si rudes,
Qui forçait à veiller pour payer les études.
Instruit, franchissant l'atelier,
Simon entre chez un banquier ;
Et sa tendre mère adoptive
Bien plus encore se captive
Pour se procurer le moyen
De fournir à son entretien;
Il faut beaucoup plus de toilette ,
Un habit plus soigné, plus beau /
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Simon n'est pas à la recette,
C'est un commis dans le bureau.
Six mois plus tard, notre surnuméraire
Emargeait des appointements,
Fixés par le patron juste à quatre cents francs,
Et Simon, radieux, l'apprenait à sa mère,
Qu'il tenait dans ses bras, la serrant tendrement.
De quatre à six, de six à douze
Il fut porté rapidement.
— Je ne veux plus, dit-il, que bonne mère couse,. 1
Du moins la nuit,, comme précédemment;
Je suis en bon chemin; j'irai, dans ma carrière,
J'irai bien loin, bien loin ;
Et dès lors, bonne mère,
Je suffirai moi seul à tout notre besoin.
En effet, Simon va si vite
Qu'il a bientôt trois mille francs.
(Il faut en couvenir, Simon a du mérite,
Et parmi les commis doit être aux premiers rangs.)
L'impérieux besoin n'exigeait plus de veilles ;
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Le front serein, la meilleure des vieilles,
Toute à son fils, ne prenait d'autres soins
Que ceux de prévenir ses. désirs, ses besoins.
Simon, de son côté, pour elle toujours tendre,
Comme il l'était jadis pour ses deux grands-parents,
S'appliquait à lui rendre
Moins lourde la charge des ans.
Ils vivaient tous les deux dans cette quiétude,
Ce charme indéfini, ce bonheur intuitif
'Si paisible, si doux, si vif,
Qu'on nomme dans les cieux douce béatitude.
Tous les deux vivaient dans leur coeur.
" Hélas ! cela ne dura guère !
Est-il donc vrai que le bonheur
Est, et sera toujours, de tout temps, éphémère
Dans ce bas-monde de malheur ?
Simon a fait la connaissance
D'un jeune homme de ses bureaux,
Qui, vertueux en apparence,
Est taché des plus grands défauts.
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Une amitié première
(Et Simon n'a jamais aimé
Que ses parents, sa vieille mère,)
Nous est toujours beaucoup plus chère;
Et Simon du jeune homme est enthousiasmé.
Dès ce moment il s'abandonne
Sans résistance à cet ami,
Et ne fait ni moins ni demi
Que ce qu'il veut, propose, ordonne :
Spectacles et concerts, fêtes, bals et dînes, »
Font tout d'abord qu'il néglige sa mère,
Puis il vient moins souvent, puis à jours éloignés,
Puis ne vient pas du tout, et l'ingrat persévère. •
La pension alimentaire
Qu'il faisait en se retirant
Est supprimée entièrement.
La vieille, ne peut plus gagner sa subsistance,
Elle souffre la faim, hélas ! lorsque Simon,
De jouissance en jouissance,
Se perd chaque jour, se corrompt
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Dans mille mauvais lieux où son ami le vautre.
La pauvre vieille, que la faim,
Cette sourde, dévore, étreint,
Pour la chasser, l'un après l'autre
Vend les meubles de sa maison.
La maladie et la vieillesse,
Et son excessive détresse
Aggravent sa position ;
Elle meurt, portée à l'hospice,
Sans que son fils, affreux supplice !
Vienne une seule fois dans ces lugubres lieux.
Elle meurt... sa belle âme est au ciel retournée,
Par la douleur attristée et peinée
De n'avoir pas reçu de suprêmes adieux.
On cache mal son inconduite :
Le dérèglement de Simon,
Un jour connu de son patron,
Le fait renvoyer au plus vite.
Il cherche à se placer, il cherche mais en vain.
Ses ressources sont épuisées,
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Il doit à Pierre, à Paul 1, à François, à Germain,
Et sa position est des plus mal aisées.
Alors il réfléchit et revient au labeur ;■
Mais il n'inspire plus^ hélas ! de eenâafcce.
Ne pouvant se placer, il se faft maraudeur,
Vivant au jour le jour, faisant maigfe pitance,
D'autant plus que du fisc l'active vigilance
N'est en défaut que rarement.
État indigne, où l'homme dégénère
Jusques à l'avilissement.
La fraude, est toujours vol, vol, même à la barrière,.
Voilà l'histoire de Simon.
Faisons-nous toujours une étude
De fuir, avec l'ingratitude,.
Toute mauvaise liaison.
De moments en moments,
On gaspille son temps.
Le Musard.
CONTlî.
— Afin d'éviter qu'on te colle
Pour ton retard quelque penmm,
Pars, mon fils, pars pour fori'éeole,
Vile, Louis, à ta pension.
A s'en:aller Louis s'apprête;
Mais, après un quart d'heure; hélas !'■
En vain sa mère 1M répète :
Pars, Louis; et lui ne part pas.'
Puis 1 en chemin, un rien l'arrête,
Retenu par ceci 1, retenu par cela,
Il arrive enfin-, mais voilà
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Que la classe est à moitié faite.
Avant qu'il soit assis,
Ait préparé sa place,
Toujours lent, indécis,
Près d'une heure se passe.
Enfin il vient de s'installer,
Mais, patience, il faut qu'il taille encor sa plume ;
Bref, tout son travail se résume
A venir de chez lui, puis à s'en retourner.
C'est ainsi que s'écoule
Le temps de l'écolier.
Grandi, c'est pire encor : ses moments, il les coule
En vrai brelandinier.
Un jour ( depuis deux ans il n'allait plus en classe ),
Avec quelques amis, il arrête une chasse ;
C'était une chasse au sanglier.
Pour le jour convenu chacun est prêt d'avance,
Mais il apporte, lui, tant, tant de nonchalance,
Que tous ses compagnons vont bientôt revenir,
Que lui n'a pas encor ce qu'il faut pour partir.
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De même le voilà dans toutes ses affaires :
Un rien l'amuse, l'éblouit,
L'occupe des heures entières,
Et mons Louis atteint la nuit
N'ayant rien fait de la journée.
Se pose à chaque pont, regarde couler l'eau ;
Un cerf-volant-l'arrête', une mouche, un oiseau,
Un étalage, un singe, un ver, une araignée.
Il entreprend encor vingt choses à la fois,
Tourne autour et retourne, et rien ne s'exécute ;
Son temps se perd ainsi. Minute après minute
Forment une heure, un jour, une semaine, un mois.
Loin d'imiter Louis dans le cours de sa vie,
Fuyons avec grand soin toute musarderie,
Et disons-nous toujours : De moments en moments,
On gaspille son temps.