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Pièce importante et inédite sur la révolution d'Espagne , avec un préambule et des notes

19 pages
marchands de nouveautés (Paris). 1820. 20 p. ; in-8.
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PIÈCE IMPORTANTE
ET INÉDITE
SUR
LA RÉVOLUTION
DESPAGNE,
AVEC UN PRÉAMBULE ET DES NOTES.
A PARIS,
CHEZ PILLET AINÉ, IMPRIMEUR-LIBRAIRE,
RUE CHRISTINE , ? 5.
ET CHEZ LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS.
1820.
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PRÉAMBULE.
LORSQUE les troupes de Napoléon Bonaparte
arrivèrent à Séville, en janvier 1810, la junte
centrale, cette assemblée réunie au nom et
d'après l'autorisation du roi Ferdinand VII,
alors prisonnier de l'usurpateur, se trouva
dissoute. Il ne resta plus d'autre asile pour
l'indépendance espagnole que la vitiede Cadix
et son territoire. Quelques fidèles s'y réfugiè-
ret; et ces nobles défenseurs de la vieille Es-
pagne , fièrement retranchés dans une petite
presqu'île, aux confins du territoire, appe-
lèrent l'Europe au secours de la patrie.
Les représentans légitimes de la monarchie
espagnole se trouvaient en petit nombre, et
n'étaient les mandataires que d'un petit nom-
bre de provinces. Dans le dessein de repré-
senter la monarchie tout entière aux yeux des
puissances dont ils invoquaient l'appui, une
délicatesse singulière leur suggéra l'idée de
4
s'adjoindre un nombre d'individus propor-
tionné à celui des membres de l'ancienne
junte espagnole. A cet effet, on forma pré-
cipitamment des listes inexactes des habitans
de Cadix et de ceux des autres provinces qui
se rencontrèrent par hasard dans cette ville ;
et, d'après la seule désignation de la province
à laquelle ils appartenaient, ils se trouvèrent
élus députés de cette province. Les Etats d'A-
mérique furent représentés dans cette assem-
blée d'une manière encore plus illégale et plus
incroyable, puisque les envoyés de ces pro-
vinces y figurèrent comme députés de celles
qui étaient en révolte ouverte contre le gou-
vernement du roi.
Une telle assemblée ne représentait en au-
cune manière la monarchie espagnole. Tout
ce qu'elle entreprenait pour arracher la pa-
trie au joug de l'étranger devait sans doute
être avoué, et ses héroïques efforts lui assu-
raient par. avance l'estime des peuples; mais
là se bornait son pouvoir. Elle obtint des se-
cours puissans des souverains de l'Europe ;
mais ces secours n'eurent pour objet que lo
rétablissement du gouvernement légitime; et
elle avait le droit de délivrer l'Espagne , mais
non de la gouverner; le présent était à elle
5
autant qu'elle pouvait le diriger ; mais rien ne
l'autorisait à prescrire à la nation des condi-
tions à venir.
La composition irrégulière de cette junte
amena un résultat déplorable. Les véritables
représentans de l'Espagne se trouvèrent en
minorité, et les aventuriers de toutes sortes ,
réunis pour compléter cette assemblée, s'en-
tendirent pour exploiter à leur profit les cir-
constances douloureuses de la patrie.
Ainsi, le 24 septembre 1810 au matin, l'as-
semblée se réunit, et prêtai sans restriction
ni condition aucune , le serinent de fidélité et
d'obéissance au roi légitime ; et le même jour,
après s'être reconnus et comptés, les étran-
gers, appelés provisoirement et sans titres à
concourir au noble fait de la restauration du
trône , se réunirent à onze heures du soir, et
déclarèrent, à la majorité de quelques voix ,
qu'ils étaient les représentans légitimes de
l'Espagne, et que la souveraineté résidait en
eux. Ainsi le génie de la révolution avait déjà
reconquis cette monarchie, regardée comme
perdue. Le génie de la. révolution n'abandonne
jamais sa proie.
Aussitôt qu'ils curent usurpé ce titre, les
prétendus souverains de l'Espagne s'occupe*-
6
rent à préparer le bouleversement futur de
toutes ses institutions. Par cela seul qu'elles
étaient légitimes, ces institutions devinrent
naturellement pour eux des objets d'effroi. Ils -
prirent exemple sur nos régénérateurs de gi
et de 93, et ils composèrent un code absurde,
inexécutable, propre seulement à exercer
l'oisive controverse des niais politiques, et à
rassembler au milieu d'un cercle d'intrigans
tous les pouvoirs, tous les honneurs et tout
l'or de l'Elat : ils décrétèrent l'égalité poli-
tique, c'est-à-dire la centralisation, hydre fé-
roce qui dévore les monarchies de l'Europe
depuis un siècle; qui les prépare au despo-
tisme du glaive , et dont l'Espagne avait été
préservée jusqu'ici par le respect des tradi-
tions antiques, et par la fierté de ses mœurs
religieuses et chevaleresques.
Telle est l'origine monstrueuse de la cons-
titution espagnole, fabriquée par quelques
hommes sans mission, sans caractère légal,
sans talens et sans bonne foi. Les faits que
nous venons de rapporter sont de la vérité la
plus exacte, et n'ont jamais été contestés.
Leur exposé suffit pour démontrer que cette
constitution prétendue est entachée d'un vice
radical d'origine. Elle n'est l'expression d'au-
cun vœu social authentiquement exprimé ; et,
fût-elle aussi parfaite qu'elle est ridicule, il
n'en pourrait résulter rien d'avantageux, par
une raison que les fauteurs des révolutions,
dans leur conscience obscure, ne sauraient
comprendre, mais qui n'en est pas moins ir-
récusable ; c'est que rien de moral ne peut dé-
couler d'une source corrompue.
Lorsque Ferdinand Vllremontasurletrône,
la constitution des cartes se trouva comme non
avenue. Personne ne lui reprocha alors de ne
l'avoir pas adoptée; c'est que chacun sentait
que le peuple espagnol, en volant aux combats
au nom de Ferdinand, n'avait jamais entendu
sacrifier ses biens, ni verser son sang pour
satisfaire les passions de quelques factieux, ou
pour faire triompher les sophismes abstraits
de quelques rêveurs. Ceux-là mêmes d'entre
les Espagnols qui eurent à se plaindre des
actes du gouvernement du roi, depuis la res-
tauration, convenaient presque unanimement
que cette prétendue constitution était inappli-
cable ; et, dans leurs vœux divers pour une
administration meilleure de la part du roi ,
jamais il ne leur vint en pensée que l'œuvre
des aventuriers de la Isla fût un moyen de
8
rendre à l'Espagne le bonheur et la tranquil-
lité que l'Europe lui souhaitait, et que cette
noble et infortunée nation avait si bien mé-
rités par tant de généreux sacrifices.
Nous ne nous permettrons pas de juger ici
la conduite et les erreurs qui ont suivi la res-
tauration espagnole. Dans des tems aussi dif-
ficiles, il faudrait reconnaître aux souverains
des qualités sur-humaines , pour se croire en
droit de leur adresser des reproches. Mais
qu'il nous suffise de faire remarquer que ja-
mais le peuple espagnol, au milieu de ses dé-
sirs et de ses plaintes, ne réclama la prétendue
constitution. Lorsque des troupes mécon-
tentes levèrent l'étendard de la révolte dans
l'île de Léon , et se parjurèrent, le chef des
rebelles envoya le capitaine Riégo avec un
corps de troupes parcourir l'Andalousie pour
reconnaître les dispositions du peuple. Qu'on
lise le rapport officiel de ce coryphée de la con-
juration : on y verra que partout il fut reçu
avec imprécations ; nulle part il ne trouva
de secours ; ses deux mille soldats furent pour-
suivis et traqués comme des bêtes fauves dans
tous les passages, par les citoyens et les
paysans armés; et ce corps, réduit à quelques