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PIECE
OUBLIÉE
A L'ACADÉMIE
FRANÇAISE.
Quid vota furentcm y
Quid. delubra juvant?
.Tacitum yivit sub peclore vulnus.
VIRG. ÆneÍd. Liv. IV.
i, ,1 ",. ~1
A PARIS,
Chez ESPRIT, Libraire de S. A. S. Mgr le Duc de
Chartres, au Palais Royal.
M. D C C. LXXVI.
AVEC APPROBATION ET PERMISSION.
(5)
A 3
PIECE
OUBLIÉE
1
A L'ACADÉMIÈ FRANCAISE.
c
H A R G É des intérêts de la Grèce allarmée,
Député vers Achille, & choisi par l'armée,
Ajax, suivi d'Ulysse, au milieu de la nuit,
Marchait vers ses vaisseaux. Phœnix les y conduit
Entouré du refpeft que son âge fait naître ;
Phœnix, l'ami d'Achille, & qu'Achille eut pour maître.
Ces Rois , sur leurs succès incertains & tremblans ,
De la mer côtoyaient les rives à pas lents ;
Ils invoquaient Neptune, & redoutaient Achille.
Achille qui, loin d'eux, outragé mais tranquille,
A sa lyre unifiant tout l'éclat de sa voix,
A Patrocle attendri racontait les exploits ,
Les dangers des Héros dont il suivit les traces;
Et chantant leur triomphe oubliait ses disgraces.
Il voit les trois Héros. Il s'arrête ; & soudain
Se lève 3 les aborde, & leur prenant la main :
» Est-ce vous, leur dit-il ; quel sujet vous amène ?
« Vous ici, mes amis, est-ce crainte, est-ce peine ?
» Fiez-vous à mon cœur, il est toujours à vous :
» Ce cœur est fier, mais juste ; & jamais son courroux
» Des crimes d'un ingrat n'a puni ce qu'il aime.
Il dit : & dans sa tente il les conduit lui-même.
(6)
Ses ordres font donnés ; sur vingt riches tapis
Nos Héros à l'instant près de lui font aÍÚs.
Patrocle est avec eux. « Que ton cœur me féconde,
M Lui dit Achille, emplis cette coupe profonde ;
» Je reçois mes amis : dans eux trois aujourd'hui
» Je reçois de la Grèce & l'honneur & l'appui.
Les viandes auffi-tôt par lui font disposées;
Et de ces mêmes mains aux combats exercées,
Avec Automedon assaisonnant les mets,
Achille du repas conduit tous les apprêts.
On se place. Chargé des divins sacrifices ,
Patrocle du festin offre aux Dieux les prémices.
Achille, environné de ses hôtes ravis ,
S'assied, & par eux seuls tous les trois font servis.
Le festin cependant avec la nuit s'avance.
Rempli de ses projets, bouillant d'impatience ,
Ajax s'irrite. Ulysse a pénétré son cœur ;
De Bacchus dans sa coupe il verse la liqueur ;
L'offre au fils de Thétis : « Prolongeant vos années j
» Que le Ciel sur nos vœux règle vos destinées,
» Dit-il : votre amitié, votre brillant accueil
» Ont enivré nos cœurs & comblé notre orgueil.
t) Non, malgré tout l'éclat de sa grandeur suprême
» Jamais à nos desirs , Agamemnon lui-même ,
» N'eût offert tant de foins, sur-tout tant de bontés.
» Mais d'un effroi nouveau , chaque jour agités,
» Au milieu des périls , des craintes & des larmes ,
» Notre cœur des plaisirs peut-il goûter les charmes ?
» Voyez, par les Troyens, tous nos camps ravagés ;
»; Dans leurs propres remparts les Grecs font assiégés.
(7)
A 4
» Ces feux qui près de nous brillent sur le rivage
» Demain dans nos vaisseaux vont porter le ravage ;
» On a vu Jupiter contre nous se ranger.
» Le seul Achille encor peut le faire changer ;
» Lui seul peut du trépas sauver la Grèce entière.
» Fier de l'appui d'un Dieu qui soutient sa colère;
» Bravant le Ciel & nous, Hector dans sa fureur
» De la nuit qui l'arrête accuse la lenteur ;
» Il appelle l'aurore, il jure dans nos tentes
» D'arracher de nos Dieux les images sanglantes ;
» Et traînant sur ses pas l'esclavage ou la mort,
» Au dernier de nos Grecs promet le même fort.
» Si l'honneur parle encore à son ame attendrie,
» Achille peut-il voir, loin de notre patrie ,
» Sous le fer des Troyens, tous nos Grecs égorgés;
» Mourir en l'accusant de n'êire puint vengés ?
» Combien votre ame alors, au repentir livrée;
» Par de justes douleurs se verrait déchirée 1
9* Nuit & jour, par la honte à ses yeux retracés;
» S'offriraient tous les maux qu'il aurait seul causés.
» Il en est tems encor, rappeliez votre audace ,
» Prévenez des remords dont le poids vous menace ; -
» Venez, secourez-nous , secourez trente Rois.
» Votre père aujourd'hui vous parle par ma voix.
» Que plus tendre & moins fier votre cœur se rappell
» Ce jour, où vous pressant d'une main paternelle,
» Il vous disait : mon fils, les Dieux me l'ont promis
» Sous ton bras fléchiront tes plus fiers ennemis.
» Mais craint & respecté , si tu veux que l'on t'aime,
» Apprens non fils , apprens à te vaincre toi-même j