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Pierre Petitot (de Langres) et son fils Louis Petitot, notice biographique / par Alfred Mettrier,...

De
60 pages
impr. de E. L'Huillier (Langres). 1867. Petitot, Pierre. 61 p. ; in-8°.
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PIERRE PETITOT
(DE LAXUJ E)
ET SON FILS LOUIS PETITOT.
NOTICE BIOGRAPHIQUE
PAK
ALFRED METTRIER
AVOCAT A LAXCKES.
LANGUES,
IMPRIMERIE DE E. L'HUILLIER
4867.
PIERRE PETITOT
(DE LANGRES)
frSfN FILS LOUIS PETITOT.
ST
NOTICE BIOGRAPHIQUE
PAR
ALFRED METTRIER
AVOCAT A LANGRES.
- LANGRES,
IMPRIMERIE DE E. L'HUfLLIER,
1867.
18 G 3
PIERRE PETITOT
DE LANGEES
ET SON FILS LOUIS PETITOT.
1.
, PIERRE PETITOT.
En parcourant les registres de la paroisse
Saint-Martin de Langres, - qui, au siècle dernier
et conformément aux ordonnances de 1539 et de
1667, étaient, comme partout ailleurs, les seuls
registres de l'état-civil, on trouve l'acte de
baptême suivant que nous transcrivons littéra-
lement :
« Le onze du mois de décembre mil sept cent
» soixante (1), j'ay, prêtre, curé de cette église,
» baptisé Pierre, né d'hier à midi, du légitime
» mariage de Jean Petitot, marchand, et de
(d) C'est à tort que Guyot de Fère, dans une courte note sur
Piérre Petitot, le fait naître en 1751.
- i -
- » Françoise Guérinot, ses père et mère de cette
» paroisse. Il a eu pour parrain Pierre Petitot,
» son cousin, et pour marraine Nicole Michel,
» fille majeure, sa cousine, qui a déclaré ne
» savoir signer. — Le parrain et le père pré-
» senlsse sont soussio-nés - P. Petitot - Jeait
» Petitot. — Surget, curé. »
L'enfant qui entrait ainsi modestement dans
la vie ne devait pas avoir moins de vingt-deux
frères et sœurs ; c'est dire assez et faire pressentir
que, s'il devait acquérir un jour fortune et ré-
putation, il ne les devrait qu'à lui-même, à un
travail obstiné, à un talent remarquable.—Aussi
l'existence de Pierre Petitot fut-elle longtemps
pénible, entourée de diificultés et toujours la-
borieuse.
Son père ne songeait guèrç à en faire un ar-
tiste, car il savait ce qu'une pareille profession
a trop souvent d'ingrat pour celui qui ne possède
pas une fortune indépendante et qui ne peut,
sans souci du lendemain, voyager pour étudier
et cultiver les arts aux sources elles-mêmes.
Quoiqu'il ne voulût point contrarier, de parti
pris, les penchants et les goûts de son fils, il
— 5 —
désirait vivement lui créer une position plus fixe
et moins aventureuse. Mais la vulonté paternelle
devait s'incliner devant une vocation artistique
qui chaque jour allait s'accuser davantage.
Encore enfant, le jeune Pierre avait la passion
de crayonner et de copier ce qui attirait plus
particulièrement ses regards ; il couvrait de des-
sins ses caliiers et ses livres et s'essayait seul à
modeler et à sculpter. — Ces premiers essais,
faits sans maîtres et sans données premières,
étaient souvent assez bien réussis et accusaient
une pureté de goût plus qu'ordinaire dans un
enfant.
Langres, sa ville natale, patrie de l'encyclo-
pédiste Diderot, des peintres Richard Tassel et
Ziégler, a toujours eu le rare privilège de possé-
der des amiset des protecteurs éclairés des lettres
et des arts (1). Le jeune Petitot fut bientôt re-
(1) Ce n'est pas seulement par ses peintres et par ses sculpteurs
que Langres a marqué sa place dans les arts. Au treizième et au
dix-septième siècles elle se fait surtout remarquer par le mérite de
ses graveurs parmi lesquels nous citerons notamment : Jean DUVET,
dit le Maître à la Licorne, né à Langres en 1485, mort probable-
menten 1537, et qui, sans Bernard Milnet, scrat le plus ancien gra-
veur de France. — Son œuvre se compose de quarante-cinq pièces
parmi lesquelles ifjiurfiil : Moïse et les Patriarches,David vainqueur
— 6 —
marqué et encouragé par quelques personnes
que sa précocité avait frappées et il reçut des
leçons (i) au moyen desquelles il put, sans né-
gliger ses autres études, travailler avec suite et
arriver promptement à un haut degré de cor-
rection dans le dessin et de pureté dans l'exécu-
tion.
Ses progrès rapides étaient d'autant plus
remarquables que son travail avait un caractère
plus sérieux et se détachait plus complètement
de la méthode et de la manière du temps.
Au dix-huitième siècle, en effet, l'art semble
menacé de décadence et n'a plus cette élégante
pureté qui le caractérise au seizième, alors
de Goliath, une Assomption, lemartyre de Saint-Sébastien et l'Apo-
calypse de Saint Jean, en vingt-quatre planches. — Il s'en trouve
encore une fort originale, c'est le mariage d'Adam et d'Eve célébré
parle Père Eternel en habits pontificaux. - Les œuvres de Duvet se
ressentent du goûtgothique — JI signait J.D.— Jacques BLONDEAU,
né à Langres en 1454-9, et mort en 1687. - Claude GILLOT, qui fut
le maître cl le protecteur de Watcau. Dessinateur, graveur et pein-
tre, il a laissé une œuvre de gravure du plus grand mérite. IVé à
tnngres en 1073, Gillot fut élu membre de l'Académie des Beaux.
Arts le 23 avril 1713 et mourut le 4 mai 1722.
(1) A cette époque, la ville de Langrcs ne possédait pas encore
son école de dessin qui ne fut ouverte que le 25 novembre 1782,
dans l'hôtel de ville. La première distribution des prix eut lieu le
ô0 août 1785,
— 7 —
qu'il a pour représentants les Pierre Lest et,
les Jean Goujon, les Germain Pilon et tant d'au-
tres. n perd même ce caractère de grandeur
qui était son partage au siècle de Louis XIV et
que le grand roi savait imprimer à tout ce qui
l'entourait.
L'étude de l'antique est presque complètement
négligée et nous ne trouvons guère la noblesse
et la vigueur du style dans les œuvres de cette
époque. La grâce y règne à coup sûr, mais elle
y est sensuelle et pleine d'afféterie ; c'est une
grâce de boudoir qui plaît mais qui ne saurait
émouvoir.
Défaut du reste commun à la peinture comme
à la sculpture ; on y reconnaît 1 influence des
mœurs et le règne de madame de Pompadour,
cette reine de la coquetterie, qui, artiste elle-
même (1), se piquait de donner le ton aux arts
(1) On sait que Mme de Pompadour cultiva l'art de la gravure
avec uncertain succès. On connaît d'elle notamment : douze gra-
vures représentant les grands évènements du règne de Louis XV,
deux gravures d'après des ivoires flamands, les portraits de Louis
XV, du Dauphin, de laDauphine et celui du cardinal de Bernisen-
fin quelques autres petits moreeaux d'après Boucher, Eisen, etc. —
Mais il faut citer comme son principal ouvrage : la suite de 63 es-
tampes (et la fi-ontispice), - gravées par elle d'après les pierres en
— 8 —
et s en faisait la protectrice peut-être plus fer-
vente qu'éclairée.
C'est le siècle des folles amours et des galantes
orgies, celui de Bouffiers et de Gentil-Bernard,
de Watteau et de Boucher.La beauté y fait place
à la grâce élégante et l'art dépose sa froide et
imposante grandeur pour se faire courtisan,
voluptueux et lascif. Il délaisse sa grande et
belle mission qui est d'arracher l'homme àl'exis-
tence matérielle pour l'élever et le transporter
dans le monde intellectuel et supérieur, et l'ar-
tiste n'est plus que l'artisan trompeur de la mode
et l'esclave d une agréable mais dangereuse il-
lusion ; il effleure en passant, mais sans pouvoir
y prendre pied, la région du beau.
C'est un temps d'égarement en un mot, où la
fantaisie domine en souveraine, créée par de.
merveilleuses palettes et par des talents im-
menses assurément, mais que n'a point touchés
l'étincelle du génie.
creux exécutées par Guay, petit, in-folio dont il ne fut tiré, du
vivant de Mme de Pompadour, qu'un petit nombre d'exemplaires
pour faire des présents. Ces exemplaires, étant dès lors très-rares,
furent extrêmementrecherchés et ce ne fut qu'en 1782 qu'on fit un
nouveau tirage de ces planches, format grand in-4. — On peut voir
l'œuvrede Mm° dePompadour à la bibliothèque del'Arsenal,
-.g-
Aussi ne trouvons-nous guère d'exceptions
que dans certaines productions des Pigalle, des
Adam,des Bouchardon et notamment dans cèlles
de Nicolas et des deux Guillaume Coustou,d'Hou-
don, de Pierre Julien et d'Augustin Pajou.
Trop jeune encore pour faire cette apprécia- -
tion, Pierre Petitot, grâce à la bonne direction
qu'il avait reçue tout d'abord, semblait avoir
immédiatement compris que l'étude sérieuse et
approfondie de l'antiquité grecque et romaine
était la véritable source où il devait puiser.
Négligeant la manière et les principes légers du
temps, ses formes attrayantes, mais trop sou-
vent entachées de mauvais goût, il s'attacha
spécialement à acquérir la science de la pureté
des lignes, de la noblesse et de la sévérité du
style, de l'harmonie enfin dans l'ensemble et
dans les détails, sans exclure cependant l'élé-
gance et la grâce.
Aussi devait-il partager plus tard, dans une
certaine mesure, avec David et son 4cole, avec
Pierre Cartellier, Antoine-Denis Chaudet et
quelques autres consciencieux artistes, la gloire
d'avoir replacé à sa hauteur le génie des arts,
«
— Io -
en restituant à l'école française son ancien
éclat.
A cette époque vivait à Dijon un homme-
dont le talent égalait la modestie, qui eût pu
être une des illustrations de la sculpture et de
- la peinture et qui se contentait d'être un profes-
seur éminent et de régénérer les beaux arts en
créant des élèves dignes de lui.
Né à Gray le 4 5 juillet 1732 et fils d'un
sculpteur, François Devosges avait été quelque
temps à Lyon l'élève de Perrache, puis était
entré dans l'atelier de Guillaume Coustou qui
avait cultivé avec un soin tout particulier ses
rares dispositions. Mais une longue et doulou-
reuse ophtalmie le força d'abandonner la sculp-
ture, et, rendu à la santé, iljse passionna pour
la peinture et devint l'élève de prédilection de
Deshayes. Sa réputation le fit appeler à Dijon,
où il ouvrit, vers 4 765, une école gratuite de
dessin dont le succès lui mérita que le prince de
Condé s'en déclarât le protecteur. Bientôt les
Etats de Bourgogne lui donnèrent une forme
régulière sous le nom d'école des beaux arts, et
créèrent de grands prix avec une dotation an-
— M —
imelle destinée à envoyer it Rome les sujets
les plus distingués.
Devosges fut pendant toute sa vie l'ennemi
déclaré du faux goût, de la manière et des pas-
tiches, l'apôtre zélé de l'imitation de la nature
dans ce qu'elle a d'élégance correcte et de sim-
plicité grandiose. Il eut suffi à sa gloire d'avoir
fait l'éducation artistique de notre Corrége fran-
çais, de Prud'hon qui fut son élève le plus
célèbre et son plus magnifique ouvrage.
Il lui était encore réservé l'honneur de créer
le musée de Dijon qui fut inauguré et ouvert
IB 20 août 1799.
C'est sous un tel maître que Pierre Petitot
vint bientôt étudier pendant plusieurs années
pour compléter une instruction si bien commen-
cée, et il fut bientôt un de ses plus brillants
élèves. — Ce fut Devosges qui donna à Petitot
les premiers principes sérieux de la science du
beau et de l'éclectisme dans les arts. Ce fut lui
qui lui apprit à régler et pour ainsi dire à disci-
pliner son talent et à trouver le lien qui doit
constituer l'unité du tout. C'est par lui enfin que
le jeune élève comprit qu'il est insuffisant de
• - l -
eopier la nature, d'imiter les objets qu'elle offre
à nos regards, mais que l'artiste doit remonter
lui-même jusqu'aux raisons idéales dont dé-
rive la nature de ces objets et créer souvent la
perfection qui leur manque pour leur donner
cette forme, ce mouvement, cette grâce et cette
vie que nous appellerons le beau dans l'art,
notre beau idéal et humain, pour le distinguer
du beau absolu qui ne réside qu'en Dièu, qui
n'appartient qu'à Dieu.
Car si les arts sont les imitateurs de la na-
ture, cette imitation doit être sage et éclairée,
leur fonction étant de choisir les objets et les
traits, de les transporter dans les sujets qu'ils
traitent et de les présenter avec toute la per-
fection dont ils sont susceptibles, de manière à
nous offrir la nature, non telle qu'elle est, mais
telle qu'elle peut être et que l'esprit doit la
concevoir.
En 1783, le jeune artiste concourt et rein-
porte le premier grand prix de sculpture, établi
et fondé, comme nous l'avons dit, par les Etats
de Bourgogne, pendant que Pierre-Paul
Prud 'hon, son ami, remportait dans le même
— 13 —
concours le premier - grand prix de peinture.
Singulière ressemblance entre ces deux ar-
tistes qui, nés la même année, commençant seuls
et sans maître, l'un à peindre à l'huile (1),
l'autre à modeler et à sculpter, semblaient,
selon le mot de Vien en parlant de David,
avoir deviné l'art, dont les talents spéciaux
s'étaient développés en même temps, à la même
école et parallèlement pour ainsi dire et qui
étaient couronnés le même jour dans la capitale
bourguignonne.
Cette similitude de leur jeunesse qui devait
les suivre dans une partie de leur carrière ar-
tistique, cette connexité de leurs premièrs succès
et de leur premier triomphe les avaient liés
d'une indissoluble amitié que rien n'ébranla par
la suite.
A la fin de l'année, les deux jeunes lauréats
(1) Personne n'ignore en effet que Prud'hon, tout jeune encore,
voulait un jour dessiner un des tableaux de l'abbaye de CI uny,lors-
qu'un moine lui dit : Il Tune réussiras jamais, car ce tableau est
peint à l'huile. n Frappé de cette observation, l'enfant n'eut plus de
repos qu'il n'eût trouvé le moyen de peindre à rhuile et il revint
en effet quelques semaines après et présenta au moine plusieurs
ébauches peintes de cette manière. Il avait trouvé seul le secret de
créer des couleurs en décomposant les fleurs des champs.
— 14 —
partirent ensemble pour Rome où ils étaient
envoyés aux frais de la province qui venait de
consacrer leur lalent naissant. C'était la sculp-
ture et la peinture se tenant par la main ; ils
avaient tous deux vingt-trois ans, et l'espérance
dorait leur avenir des plus beaux rêves de for-
tune et de gloire.
Arrivé sur cette terre classique des arts, Pierre
Petitot, après la première surprise, put appré-
cier combien ses études avaient été heureuse-
ment dirigées et, suivant la voie qui lui était
tracée, il chercha avec enthousiasme à se péné-
trer des admirables modèles qui l'entouraient, en
y joignant l'étuda des grands poètes et des grands
historiens -et la connaissance de l'histoire de l'art,
indispensables à l'artiste consciencieux qui veut
être digne de son art et s'élever jusqu'à lui.
Ce fut pendant son séjour à Rome (1786)
qu'il exécuta sa magnifique copie en marbre du
chef-d'œuvre d'Agazias, du Gladiateur antique
d& la villa Rorghèse. Cette œuvre, de grandeur
naturelle, pleine de yigueur et d'énergie, est ,
actuellement l'un des plus beaux morceaux de
sculptqre du musée de Dijon.
— 45 —
Aprèg avoir passé plusieurs années sur cette
terre si féconde en merveilles, au milieu des
chefs-d'œuvre de l'art ancien et moderne, Petitot
reprit avec Prud bon le chemin de la France,
et, riche d'espoir et de talent, vint se fixer à
Paris, où, pendant près de deux années, il fut
l'élève assidu et aimé de Jean-Jacques Caffieri,
alors professeur à l'académie, et qui nous a
laissé quantité de bustes célèbres.
Ce fut à cette époque qu'il se maria. Dans un
voyage qu'il avait fait en province, Petitot avait
distingué une jeune fille de vingt sns, d'une
éducation soignée, et dont l'esprit vjf et péné-
trant, plus encore que les agréments de sa
paonne, levait vivement frappé, V artiste avait
bientôt aimé la jeune fille et la jeune filte avait
aimé l'artiste, Quoiqu'elle fut presque sanq
fortune, il n'hésita pas à demander ga main, et,
plus heureux que Prud bon, dont le ménage était
devenu un enfer, il trouva dans Catherine Gurnot
une pompagne dévouée, un coeur sensible et
généreux, une âme toujours ferme dans la
bonne comme dans la mauvaise fortune.
L'éducation artistique de Pierre Petitot était
-16 -
complète et le jeune artiste avait le droit d'es-
pérer, dans un avenir prochain, les plus bril-
lants succès.
Mais les mauvais jours allaient venir.
La grande heure de quatre-vingt-neuf avait
sonné !
La France endormie dans les derniers langes
de la féodalité venait de , se réveiller au bruit
de l'écroulement de la Bastille, et les productions
artistiques n'allaient plus guère trouver place
au milieu des orages de la grande tourmente
révolutionnaire qui commençaient à gronder.
Le départ précipité du comte d'Artois et du
prince de Condé, abandonnant le sol français
dès le 4 6 juillet 1789, pour échapper aux
conséquences de leurs menées contrerévolu-
tionnaires, avait donné à la noblesse l'exemple
de cette fuite imprudente appelée l'émigration,
qui allait jeter sur la France l'Europe coalisée
et faire surgir dans le sein de la nation de
terribles ressentiments, des colères sanglantes
et à jamais regrettables.
Mais en même temps qu'elle privait le trône
de ses appuis naturels et qu'elle précipitait,
- 17 -
par sa conduite sur le Rhin, la chute de la
monarchie, l'émigration enlevait aux beaux arts
leurs soutiens et leurs protecteurs. La France,
en effet, avait ainsi perdu ces grands seigneurs,
à fortunes immenses, qui, chaque jour, en-
courageaient les artistes par de nouvelles et
importantes commandes destinées à orner leurs
hôtels, leurs palais, leurs châteaux désormais
déserts, et les autres parties de la nation
étaient absorbées par les questions brûlantes de
l'époque.
Aussi Pierre Petitot, malgré sa réputation
naissante, vit ses modestes ressources s'épuiser
rapidement, et, pour soutenir sa famille, fut
obligé de mettre, pour un temps, au service
du commerce et de l'industrie ses inspirations
et son talent. — Il sut alors créer de délicieux
modèles, d'une élégance exquise, d'un travail
fin, serré et concis, et prouva qu'il pouvait
être aussi supérieur dans la sculpture de genre
due dans la grande sculoture.
.:--.-- u - - - - -- r - -- --
il e temps, son ami Prud'hon en était
eà e pter quelques secours du comte
j ^Qui^à^&epter quelques secours du comte
Là peindre la miniature et le portrait.
-:
2
- 18 -
— Lous deux supportaient avec courage ces
jours difficiles,' ayant foi dans un meilleur
avenir.
Mais un plus grand malheur allait frapper
Petitot.
Comme tous les esprits généreux et vraiment
éclairés, il avait applaudi, avec tout l'enthou-
siasme de son âme d'artiste, aux réformes
projetées, à l'abolition des privilèges, aux im-
mortels principes de la déclaration des droits
de l'homme et du citoyen, à cette ère nou-
velle, en un mot, de la France naissant à la
liberté.
; Il avait, dans une noble illusion, rêvé pour
son pays une grande œuvre d'émancipation
dégagée de l'anarchie et de toute violente
secousse, une conquête pacifique et progressive
de nos droits et de nos libertés politiques, et
il avait vu avec douleur la révolution, jouet
des passions populaires, dépouiller sa glorieuse
auréole, et la Convention nationale, deshono-
rant le nom français par les massacres de la
Terreur, couverte du sang de tant d'illustres
victimes, jeter encore, comme-un dernier défi,
— 19 -
à l'Europe coalisée, les têtes de Louis XVI et
de Marie-Antoinette, alors qu'il lui suffisait,
pour son triomphe, de lui opposer le génie
créateur de Carnot et l'héroïsme de nos quatorze
armées victorieuses.
Avec une hardiesse aussi honorable que té-
méraire, il ne craignit pas de déplorer et de
stigmatiser énergiquement ces permanentes et
inutiles hécatombes, cette politique de sang
inaugurée sous le prétexte du salut public. Il
répudia hautement cet athéisme religieux et
cette anarchie gouvernementale qui avilissaient
- la grande cause de 89 et qui avaient pour
représentants les Hébertistes et les Dantonistes,
ces tristes factions que dévorait tour à tour
Téchafaud qu'elles avaient élevé de leurs pro-
pres mains.
Cette imprudente audace devait porter ses
fruits en un temps où la religion, la fortune,
l'opinion, le silence même étaient des crimes
qui pouvaient coûter la vie.
Dénoncé comme suspect et brusquement
arraché à son épouse éplorée au moment où
elle venait de lui faire pressentir les joies
- ''° -
d une patermte prochaine, Petitot fut tout à
coup arrêté et jeté dans les prisons du Petit-
Luxembourg, sous la futile mais dangereuse
accusation d'avoir mal parlé des Jacobins.
Nous ne redirons pas les poignantes dou-
leurs, les angoisses incessantes de cette cap-
tivité où chaque réveil du prisonnier pouvait
être le dernier, où chaque jour pouvait être
sans lendemain. C'est le rôle de l'histoire de-
rappeler ces sombres détails !
Heureusement pour Petitot, les portes de la
prison en se refermant sur lui ne l'avaient
point séparé de ses goûts artistiques, et pen-
dant les longs mois de sa détention, il occu-
pait ses tristes loisirs à modeler en cire les
camées de ses compagnons d'infortune.
Un matin, peu de temps avant le 9 thermi-
dor, la porte de là prison s'ouvre et il croit
entendre appeler son nom : « C'en est fait,
dit-il, mon tour est arrivé, adieu mes amis ! »
et il se présente au guichetier. — « Ce n'est
pas toi que j'appelle, lui dit ce dernier, c'est
Pétiau. » — Pierre Petitot était sauvé. Quel-
ques jours après, la tête de Robespierre tom-
-21 -
bait au milieu des malédictions de la France
qui respirait enfin, la prison s'ouvrait et
l'artiste, rendu à la liberté, se précipitait dans
les bras de sa jeune femme qui lui présentait
son fils nouveau né, dont le talent devait
plus tard s'élever si haut.
Toutes ses peines cependant ne touchaient
point à leur fin. La longue détention de Pierre
Petitot l'avait ruiné, toutes ses ressources étaient
épuisées et il se trouva pendant quelques an-
nées dans la plus difficile des positions. — 11
ne suffisait point alors de travailler et de
produire avec talent, il fallait que les artistes
pussent placer leurs œuvres, les faire connaître
et apprécier, et que, sous ce rapport, ils
fussent secondés par l'Etat et patronnés par
des institutions nationales.
Mais la révolution avait jeté le désarroi
dans les beaux arts et les modes de publi-
cité faisaient défaut. — En effet, l'académie
de sculpture et de peinture, fondée par Mazarin
en 4 648 et constituée définitivement en 1655,
venait de subir le sort des autres académies
et avait été abolie le 8 août 1793 par la loi
-2i
qui supprimait toutes les sociétés patentées et
dotées par la nation.
Pendant son existence, elle avait organisé
des exhibitions publiques (4), mais limitées
aux membres de la société qui, seuls avec
leurs élèves, exposaient leurs propres œuvres,
afin, disaient-ils, d'exciter l'émulation et de
tenir en même temps table ouverte d'admiration
pour le public.
Dès qu'il fut question de la suppression de
l'académie, il fallut songer à la remplacer et
à centraliser en quelque sorte le domaine de
l'art en créant une société nouvelle et moins
exclusive, et, dès le quatre juillet de la même
année, les artistes de Paris jetèrent, sous le
titre de commune générale des ae-ts, les bases
d'une société de sculpture, de peinture et
d'architecture, et organisèrent des exhibitions
libres avec un jury chargé de juger les pro-
(1) Une des principales constitutions de l'académie royale de
peinture et de sculpture portait même que; tous les membres la
composant étaient obligés de faire voir au public de leurs ouvrages
le jpur de la saint Louis ou dans la semaine de Pâques. — Les
deux premières expositions de cette sorte furent celles de 1674 et de
1673. -
— 23 —
ductions dignes des honneurs de la publicité.
La liberté du salon était conquise ! Mais
ces expositions furent d'abord assez restreintes
et peu fréquentées. La première, qui eut lieu
le 10 août 1793, ne comprit guère que les
modèles des grandes sculptures politiques dé-
crétées par la Convention, et, pendant les
années suivantes, les beaux arts éprouvèrent,
eux aussi, le contre-coup de ce grand malaise
anarchique qui caractérise la période direc-
toriale.
Petitot cependant ne laissa point passer
cette première exposition sans y envoyer dif-
férentes productions parmi lesquelles il faut
remarquer :
1° Un groupe en plâtre représentant l'Amour
et Psyché, qui est une œuvre du plus grand
mérite.
20 Une magnifique tête d'homme en marbre,
d'après l'antique.
30 Une figure en terre cuite, la Mélancolie.
4° Une esquisse qui devait lui servir de
pendant, également en terre cuite.
Enfin le dix-huit brumaire arriva, et le jeune

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