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Poèmes et souvenirs de voyage / par Mlle Jenny Maria

De
155 pages
A. Leclère (Paris). 1873. 1 vol. (185 p.) ; in-12.
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POEMES
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SOUVENIRS DE VOYAGE
PAR
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PARIS
ADRIEN LE GUERE ET.C", ÉDITEURS
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PARIS. — 1HP. JULES LE CLERE ET C1", RUE CASSETTE, 30-
POÈMES
ET
SOUVENIRS DE VOYAGE
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POEMES
ET
SOUVENIRS DE VOYAGE
PAR
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PARIS
ADRIEN LE CLERE ET C", ÉDITEURS
RUE CASSETTE, 2g.
t873
LA SUISSE
Vous souvenez-vous bien de ses jolis sentiers?
Des sources s'échappant do ses sommets altiers?
De ses tapis de mousse et de ses grottes sombres?
Vous rappelez-vous bien ces poétiques ombres,
Ces nuages légers enlaçant les grands monts,
Ces murmures du soir s'élevant des vallons?
Le chamois bondissant, et la chèvre timide
Venant boire en tremblant dans le ruisseau limpide?
Vous souvenez-vous bien des glaciers gémissants ?
Des lacs, plaines d'azur; des sinistres accents
Qu'on entend dans la nuit à travers la campagne,
Et du petit chalet, nid blanc de la montagne?
Quand vous aviez gravi les sentiers tortueux,
Et quand de leurs sommets vous admiriez les cieuxv
Les espaces sans fin et ces flots de nuages,
Coursiers aériens qui portent les orages,
i
— 2 —
Ne frémissiez-vous pas d'une sainte terreur?
Comme ces souvenirs sont puissants sur le coeur!
Quand vous aviez cueilli la rose sous les neiges,
Vu les fleurs s'cntr'ouvrir, et former les cortèges
Des mobiles glaciers, de l'éternel hiver;
Quand vous voyiez surtout, plus profonds que la mer,
Ces abîmes noircis par le pin qui frissonne
Et dorés par les blés que le faucheur moissonne,
Vous avez dit : C'est là que Dieu s'est reposé,
Que son immense amour un jour s'est déversé,
Pareil à ces torrents s'échappant des montagnes
Qui viennent éperdus, dans ces belles campagnes,
Pour laisser sous leurs pas la vie et la fraîcheur;
Ainsi l'amour divin désaltère le coeur,
Féconde notre esprit et ranime notre âme I
Du lac, vous avez vu la transparente lame ;
La cascade étageant ses plis harmonieux;
Le mont, géant glacé, qui se perd dans les cicux,
Le ruisseau qui murmure à travers la vallée.
Comme dans les gazons la fleur est étoilée I
L'air doux, vivifiant, l'arbre vigoureux, fort!
Comme le vent soupire un poétique accord
Quand la nuit lentement descend sur la montagne !
Quel repos solennel dans toute la campagne !
Et comme tout s'endort d'un paisible sommeil !
Avez-vous entendu les hymnes du réveil?
— 3 -
Le matin, c'est l'oiseau qui dit sa mélodie ;
Le pieux montagnard qui dès l'aurore prie;
La cloche des troupeaux qui tinte au pied des monts;
Le pâtre qui reprend ses plaintives chansons
En montant les degrés de la cime glacée;
Car chaque être a son motj chaque être sa pensée,
Son accent pour bénir le nom du Créateur :
La fleur a son parfum, le grand mont sa splendeur,
Le sapin son front noir, le soleil sa lumière,
La neige sa blancheur et l'homme sa prière !
ÔgAND JE RQVERHAI LA CAMPAGNE
LorsqïrcjtTreverrai les bois et la nature.
Le chêne secouant sa verte chevelure,
Les rubis dans les champs, le soleil sur les fleurs;
Quand je retrouverai ces nuits mystérieuses
Aux rayons argentés, aux voix mélodieuses,
Mon coeur s'entr'ouvrira, je verserai des pleurs.
J'irai seule et souvent à travers la campagne,
Comme j'allais cueillir au pied de la montagne
La mousse qui verdit dans le creux du vallon;
J'irai chercher encor des fleurs et des feuillages,
Du printemps qui renaît éblouissants messages;
Et je retournerai joyeuse à la maison.
Quand je verrai passer, dans les belles prairies,
Les tranquilles troupeaux et les gerbes jaunies ;
•■--.6 —
Quand je verrai, le soir, le peuplier frémir;
Puis le disque nacré qu'aime tant le poL!te,
Et le sommer des bois, quand la brise est muette,
Alors je prierai mieux avant ae m endormir.
J'aurai trouvé le calme et grandi ma pensée;
J'aurai joui surtout de chaque heure passée
Sans que leur souvenir soit un poids pour mon coeur!
J'aurai touché de près à l'oeuvre belle et sainte;
Mon âme en gerdera comme une douce étrçinte,
Comme un parfum d'amour émanant du Seigneur!
LE DON DE DIEU
SI vous connaissiez le don de Dieu et
qui est Celui qui vous dit : < Donnez»
moi à boire, » vous lui en auriez peut-être
demandé vous-même et H vous aurait
donné de l'eau vive.
S. Luc, ch. tv, v. 10.
Elle montait aussi dans l'aride chemin,
Ayant soif, et jamais n'allant tendre la main,
Porter son front brûlant, ni sa lèvre altérée,
A l'onde bienfaisante, à la source sacrée!
Et jamais sur ses bords elle n'allait s'asseoir!
Chaque aube renaissait, ainsi que chaque soir,
Sans que son coeur brisé qui cachait la souffrance,
Pût trouver sous ses pleurs un rayon d'espérance!
Elle ignorait alors, ô divin Créateur,
L'endroit du fleuve saint et régénérateur;
Vous ne lui disiez pas comme dans Samarie :
« Ah! si tu connaissais de l'éternelle vie
Le limpide torrent, aussi le don d'amour,
Le cristal de cette eau, pure comme le jour
_- 8 —
La fontaine de Dieu, l'onde mystérieuse,
Ah ! si tu connaissais la source harmonieuse
Qui rejaillit d'un bond jusqu'à l'Éternité,
Le fleuve qui conduit à l'immortalité,
Tu pencherais ton coeur, vase toujours plus vide,
Au cours précipité de cette onde limpide,
Et tu boirais sans cesse à cette coupe d'or ! >»
Elle ne cherchait pas le merveilleux trésor;
La rive parfumée et l'oasis bénie
Où l'âme se retrouve à votre amour unie,
Où les oiseaux sacrés s'abattent chaque soir,
Se balançant aux fleurs, comme cet encensoir
Suspendu dans le ciel au coeur de vos Archanges!
C'était dans votre temple, on chantait vos louanges;
L'orgue parlait de vous ; l'autel était en feu !
Et la pourpre et l'encens emplissaient le saint lieu,
.Et l'or resplendissait au seuil du tabernacle;
Et comme au premier jour dans le divin Cénacle
Parut l'Esprit divin sur le front des élus,
On croyait entrevoir de l'amour de Jésus
Quelque mot rayonnant sur le front du fidèle.
Elle avait dans ses mains cette sainte nouvelle
Qui du Maître contient le martyre et les pleurs;
Livre qui féconda le soleil et les fleurs ;
— 9 —
L'Évangile où se lit la parole suprême,
La page où Jésus prie et souffre, où Jésus aime,
Où se trouve le mot de l'énigme du ciel,
Ruche où l'abeille d'or a fait son plus doux miel,
Étable où s'est couché celui que l'on adore !
— Elle entr'ouvrit ce livre où la divine aurore
Déposa sa rosée et le souffle éternel ;
Voici ce que disait le livre solennel :
« Ah! si tu connaissais l'eau qui donne la vie,
Le breuvage divin et la boisson bénie !
Ah! si tu connaissais, femme, le don de Dieu! »
Et ses larmes baignaient les dalles du saint lieu ;
Vous appeliez, Seigneur, la brebis égarée ;
Tremblante elle écoutait la parole adorée,
La langue de l'amour pour la première fois !
Vous frappiez à son coeur, et la sublime voix,
Traduisant doucement la sainte parabole,
Déposait en ses mains fa précieuse obole,
Entr'ouvrait les parvis inondés de soleil,
A ses yeux apportait le suprême réveil !
De ce jour bienheureux la parole sacrée
Fut, par un coeur de plus, dans le temple adorée ;
Un convive de plus, au banquet du Seigneur,
Goûta ce vin du ciel qui verse le bonheur,
VIENS AVEC MOI
Quand j'irai dans les champs, tu viendras, si tu veux,
Choisir quelques genêts au bord du chemin creux ;
Je remplirai de fleurs ta plus grande corbeille;
Tu poseras ton pied sur l'herbe des gazons
Sans craindre de flétrir, auprès de nos buissons,
L'humble myosotis que recherche l'abeille.
Tu diras, pour charmer les ennuis de mon coeur,
Si tu veux, quelque chant poétique et rêveur
Dont le rhythme convient à ta lèvre charmante.
Les oiseaux se tairont pour entendre ta voix;
La salle de concert sera le fond du bois
Où pour la feuille d'or la brise est plus clémente.
— 19 «—
Nous irons, tous les deux, à travers les sentiers
Qu'ombragent les ormeaux et les chênes altiers,
Où la source répand la fraîcheur de son onde ;
Insoucieux des jours, joyeux ou ténébreux,
Si tu veux, nous irons, au bord du chemin creux,
Un matin, oublier notre peine profonde.
Ne crains pas de redire à nos bois ton secret;
Tu n'auras avec eux jamais aucun regret
Ni de ton abandon, ni de ta confiance.
Us entendent ainsi, depuis grand nombre d'ans,
L'énigme des chagrins et des pleurs au printemps,
Quand au rossignolct ils donnent audience.
A l'heure où reviendront la nuit au pied d'argent,
Les étoiles, qu'on voit au sombre azur nageant
Comme les algues d'or d'une plage nacrée,
Nous entendrons passer ces bruits mystérieux
Qui montent de la terre, ou descendent des cieux,
Et la fleur à nos pieds sera plus diaprée !
Je ne sais si ton âme aime ces doux abris,
Ces séjours ombragés dont mon coeur est épris,
Dans des champs ignorés, loin des villes mondaines ;
— i3 -
Ces- chemins écartés où parlent les oiseaux,
Et lentement suivis par ces humbles ruisseaux
Où, des troupeaux voisins, on vient laver les laines.
Je ne sais si tu vois dans chaque feuille verte,
Dans chaque banc brodé, comme une table ouverte
Par l'Hôte de ces bois pour les insectes d'or;
Mais sache que les fleurs que par milliers il sème
Dans ces prés, pour les coeurs ont un baume suprême,
Un bienfaisant parfum qui vaut tout un trésor !
Béni soit le printemps! Regarde la campagne ;
Viens t'asseoir dans les prés, ô ma douce compagne,
Pour jouir de ses dons, de ses présents divins.
Oublions les mortels, et la gloire et le inonde,
Ces attraits que jamais aucune âme ne sonde
Sans laisser de sa joie aux ronces des chemins!
2
RUINES-DE ÇLISSON, DE SAINT-MATHIEU
BAJE pE DOUâRNENEZ ET LOC RENAN
Oui, j'ai vu ces grands pins qui couvrent les montagnes;
Ces champs abandonnés et ces tristes campagnes,
Et ces pauvres Bretons, au visage rêveur,
Sur la dalle à genoux invoquant le Sauveur ;
Égrenant lentement, au pied de la Madone,
Le chapelet bénit, sa plus douce couronne.
J'ai vu de ces pays les aspects solennels,
Encadrés par la mer aux hymnes éternels.
J'ai vu ces vieux donjons, enfouis dans le lierre,
Au manteau de verdure, absorbant la lumière ;
Ces créneaux et ces tours, ces noirs mâchicoulis,
Ces immenses fossés et ces lourds ponts-lcvis.
- i6-
Ces antiques châteaux, puissants comme des villes,
Vieux titans endormis, pareils à des fossiles
S'abreuvant de rosée au retour du matin !
Verdoyant cimetière et trôs-sombre jardin ;
C'est là que bien des fleurs ont germé sur des tombes.
Où s'élevaient jadis d'horribles hécatombes
Ont grandi des gazons et des chênes géants,
Où l'on voit s'entr'ouvrir des sépulcres béants
D'horribles profondeurs qui recelaient dans l'ombre
D'innocents détenus les souffrances sans nombre ;
Victimes, dont les voix semblent gémir encor,
Avec le vent du soir, dans le feuillage d'or.
Quand la brise a pleuré dans l'arbre qui frissonne,
On croirait par moments qu'un chant de mort résonne,
Que des pas lents et sourds frappent le long couloir;
Que l'ombre des Clissons se lève en ce manoir;
Que les murs, rejetant leur vêtement de lierre,
Se dressent en remparts qui cachent la lumière,
Et que de noirs guerriers, montant du sombre lieu,
Apparaissent encor sous le fer et le feu !
Mais non, l'orage seul vient troubler ces abîmes ;
Et les chênes debout, entrelaçant leurs cimes,
Vers l'azur s'élançant d'un bond audacieux,
Ont,depuis trois cents ans, leurs fronts verts dans les cieux!
Un étrange silence habite en ces tours sombres
Où semblent s'agiter des esprits et des ombres.
— 17 -
Un repos solennel règne en ce grand tombeau ;
Seulement on entend le murmure de l'eau
Qu'effleure doucement l'aile de l'hirondelle
Et du jeune pinson venant boire après elle ;
Car il y a des nids aux ormes suspendus,
Et posés dans les creux de ces rochers fendus,
Abrités dans les flancs de la muraille grise,
Aux branches balancés par une douce brise ;
Nids qui chantent parfois à l'heure du réveil
Quand vient les caresser un rayon de soleil.
La mer borde souvent ces pays poétiques :
Sur le sable argenté des rives atlantiques
J'ai vu les vieux débris d'un temple du Seigneur.
L'Océan vient baigner le pied de l'ancien choeur,
Et la vague mugit auprès du sanctuaire,
Étendant son écume en forme de suaire.
Quand la tempête gronde et quand le temps est noir,
Comme sous les grands murs de l'antique manoir
On entend dans la nuit d'étranges harmonies,
Et des chants prolongés sous ces voûtes bénies ;
Des plaintes, des soupirs et parfois des sanglots,
Comme un écho lointain de voix de matelots.
Hymnes harmonieux d'un suprême langage,
Paroles de la mer, et concerts du rivage.
- i8 -
Le ciel forme aujourd'hui, de son manteau d'azur,
Une voûte à l'église, un dôme immense et pur
Qui se revêt le soir de brillantes étoiles ;
Leur oeil d'or, en guidant les transparentes voilée,
Éclaire de reflets mystérieux et doux
Le feuillage de chêne et la branche de houx.
Il sème ses rayons sur les divins portiques;
Il forme du saint lieu les flambeaux poétiques
Lorsque l'astre des nuits sur le temple paraît,
Il semble pénétrer l'ombre d'une forêt;
Car où montait jadis l'élégante colonne,
Se dresse maintenant l'imposante couronne
Du chêne séculaire et du tilleul des bois,
Qui remplissent les airs de leurs puissantes voix.
J'ai vu non loin de là dans la verte campagne
La mer d'un bleu d'azur refléter la montagne ;
Comme un lac d'Italie aux bords harmonieux,
Gonfler matin et soir son flot mystérieux.
Le ciel veut se pencher sur ses eaux argentées;
L'orage semble^fuir ces roches abritées;
' Le soleil s'est épris de la fleur de ses monts
Et mit en un baiser sa pourpre sur leurs fronts.
Et la mer s'étend là, calme, paisible et douce,
Comme dans un berceau de verdure et de mousse.
- 19 •
Tout près de cet Éden sont de pauvres pays
Parqués dans des ajoncs, perdus en des taillis;
Quelque toit désolé, quelque sombre chaumière,
Masure abandonnée où penche un banc de pierre ;
Une croix chancelante, au bord du vieux chemin,
Où le pauvre en haillons vient vous tendre la main.
Les marches d'un autel sous l'herbe et sous la mousse.
Dans sa hutte un Breton, figure triste et douce,
Comme la brume grise entourant le manoir ;
Travaillant tout le jour pour un peu de pain noir.
Tissant dans un réduit où manque la lumière;
Débris d'une prison, ruine d'une chaumière,
Et pourtant chaque soir, après un court repos,
Bénissant dans son coeur le Pasteur des troupeaux,
Celui qui fait germer la fleur comme l'étoile,
Le seigle pour son pain et le lin pour sa toile.
J'ai vu debout encor ces rochers de granit
Où jamais nul oiseau ne vint faire son nid.
Vieux dolmens de Carnac d'où s'élevaient sans cesse
Dans l'hymne de la mort les chants de la druidesse.
Combien je vous préfère, au bord des océans,
Ces sables, plages d'or, ces rochers, vieux géants
Qui n'ont jamais porté sur leur couronne altière
Que la neige du ciel ou sa douce lumière ;
Qui n'ont jamais senti frissonner sur leurs fronts
Que l'aile de la brise ou de l'aigle des monts !
LE MATIN
Le matin tout respire un air calme et paisible,
Et la sérénité plane sur chaque mont ;
La fleur, comme notre âme, entr'ouvre en Dieu visible
Son calice où l'amour fit l'abîme profond.
Cet abîme reçoit l'aurore, la rosée,
Qui se change en parfum dans l'urne de satin.
Que notre âme ait souffert, que la fleur soit brisée,
Toutes deux vont renaître au souffle du matin.
C'est l'heure consacrée où le ciel se colore
D'un rayon doux et pur que tisse le soleil,
Voile brodé de fleurs, et qu'empourpre l'aurore
Pour éblouir la terre, à l'heure du réveil.
A M. L'ABBÉ G...
« Sous notre firmament où brillent les étoiles,
A l'ombre des buissons qui nous servaient de voiles,
Nous avons conservé, quand pâlissaient nos soeurs,
Pour lui, nos doux parfums et nos vives couleurs. »
Au pied des peupliers qui vous virent naguère
De notre solitude aimer l'humble mystère,
J'ai pris ces quelques fleurs qu'épargnaient les autans
Le soleil a cherché l'hiver leurs fronts tremblants
Pour que dans leur calice où perlait la rosée
Vous eussiez à choisir quelque feuille irisée,
Quelque parfum aimé qui rappelât un peu
Notre village arabe et son horizon bleu.
Gardez ces humbles fleurs que vous avez bénies;
A votre souvenir elles se sont unies
- 24 -
Disant : « Pour le penseur nous allons enlacer
Nos tiges que la brise hier venait bercer :
C'est nous qui reprenions souvent sur son passage
L'hymne mystérieux que recueille le sage;
Nous voulons répéter encor par les frimas
Ces mots, quand il passait, que nous disions tout bas
Qu'il aime les gazons où Dieu nous a semées;
Qu'il aime les sentiers où nous sommes aimées,
Les pinsons et les nids qui chantaient à sa voix,
Alors il reviendra peut-être dans nos bois. »
C'est pourquoi nous avons, sous notre bonne étoile,
A l'ombre des buissons qui nous servaient de voile,
Conservé pour lui seul, quand pâlissaient nos soeurs,
Les souffles de l'été qui font germer les fleurs.
MONTIGNY.
POINTE DU RAZ. - TROU D'ENFER
Qui donc a dressé là ces immenses rochers?
Quelle invisible main, quels sinistres nochers
Ont posé ces géants au bord de ces abîmes?
Elevé vers les cieux ces effrayantes cimes?
Creusé ces gouffres noirs et posé dans leurs flancs •
Les nids multipliés de tant de goélands?
Leur plumage éclatant effleure les murs sombres ;
Leurs ailes de satin, au milieu de ces ombres,
Se meuvent doucement, harmonieux flocons.
Comme une blanche neige enlevée aux grands monts,
Mêlant ses bruits sans fin à leur chanson sauvage,
La vague vient pleurer sur le bord du rivage,
Et tous ces mots d'effroi, montant du gouffre affreux,
Sont l'éternel concert de ces rocs ténébreux.
En passant sur ces monts, à l'aride couronne,
Le soleil doit voiler sa face qui rayonne,
Et toutes ses splendeurs et toute sa beauté
En plongeant dans ce fond par l'horreur habité!...
BREST.
3
A MON JEUNE COUSIN G... D.ùi>ld)pj-
Un jour tu l'appelas ton guide et ton soutien
Celui dont la bonté veille sur le chrétien
Et sur toi, mon enfant, pour te rendre bien sage :
Conserve ces deux mots comme un pieux adage;
Us te rendront toujours plus courageux, plus fort;
Ils guideront tes pas, ennobliront ton sort
Et te consoleront aux heures de tristesse.
Tu sais que tous les jours pendant la sainte messe
Jésus descend du ciel pour essuyer nos pleurs,
Pour verser sur nos fronts quelques divines fleurs,
Surtout pour écouter des enfants la prière :
« Je les aime, » a-t-il dit; et sa douce lumière
Lorsque leur coeur est bon, vient pour les éclairer.
Avant tout, cher enfant, sache donc l'adorer.
— 28 —
Le matin au réveil, ouvre-lui bien ton âme;
Tu sais, quand le soleil au visage de flamme ,
Apparaît à l'aurore, alors le beau jasmin,
Les bluets et la rose, aux lèvres de carmin,
Entr'ouvrent leur calice à cette chaleur douce
Dont chacun prend sa part : l'arbre, le brin de mousse
Pour grandir sous le ciel et donner son parfum;
Le soleil, cher enfant, n'en exceptant aucun,
Aussi demande à tous ; tu le vois, chaque plante,
Par un travail fécond, par une oeuvre incessante,
Rend à son Dieu, plus tard, en beaux fruits comrne en fleurs,
Ce qu'ont versé son ciel et sa rosée en pleurs.
Il veille avec ardeur sur toute la nature,
Quand on le prie, enfant, avec une âme pure,
Il sème ainsi dans tous son bienfaisant amour;
11 trace nos devoirs pour chaque heure du jour,
Féconde notre esprit, soutient notre faiblesse,
Redresse nos écarts, et nous donne sans cesse
Cette sérénité, vrai don du paradis,
Que sur le front des saints et des anges tu vis
Dans les tableaux pieux de nos grandes églises.
Pour chaquevcnfant alors, lectures, analyses,
Travaux de tous les jours sont faciles et doux.
On est bon quand on sait plier les deux genoux;
On est obéissant, joyeux, plein de courage;
Le regard n'est jamais troublé d'aucun nuage;
— 29 —
La tristesse et l'ennui, fils de l'inaction,
Sont chassés de nos coeurs par l'application.
L'amour respectueux conservé pour un père,
L'amour saint et béni qu'on garde pour sa mère
Habitent seuls notre âme avec l'amour de Dieu.
Alors on est ardent au travail comme au jeu ;
Toujours exact, dispos, d'un caractère affable ;
Chacun, en vous voyant, dit : <« Quel enfant aimable! <»
Et vous donne aussitôt une place en son coeur.
Daris les combats plus tard, homme, on reste vainqueur ;
Dans la lutte sans fin et de tous les instants
Des voix venant d'en haut, voix de nos jeunes ans,
Avec les bruits d'en bas qui montent de la terre.
Rarement abrité sous l'aile du mystère,
L'homme choisit son Dieu pour divin bouclier!
Puisses-tu, cher enfant, ne jamais l'oublier!
Sous le foyer fécond d'une affection douce
11 saura te guider sans trouble et sans secousse
Dans le chemin béni qui conduit au savoir,
En ne t'écartant pas de la loi du devoir.
Oh! souviens-toi toujours de ses grâces sans nombre !
Sache bien les sentir : tes jours seront sans ombre,
Et ton ciel toujours pur et ton bonheur constant.
Aimé Dieu pour toujours Lui qui nous aima tant!
Puisses-tu le bénir vers le soir de ta vie
Encor, car pour celui qui l'aime et qui le prie
— 3o —
il prépare là-haut des couronnes de fleurs
Dont l'éclat est formé des plus riches couleurs; '
Et les anges les font, au-dessus des nuages, -
Pour ceux qui dans la vie ont eu tous les courages !
MONTIGNY.
RÉCOLTE.
La terre est parfumée, et l'arbre a son feuillage,
L'oiseau toute sa voix dans le fond du bocage,
Le soleil tous ses feux, le ciel sa pureté :
C'est un jour radieux, messager de l'été.
La nature sourit, c'est un moment de fête
Pour le cultivateur, le penseur, le poëte :
L'un, dans les champs dorés, va couper les épis,
L'autre puiser l'amour dans les fleurs et les nids.
MONTIGNY.
LA'JEUNE FILLE
Quand l'arbre frissonnait sous le souffle du vent,
Alors que! résorjrrait un chant plaintif et lent
Au loin se prolongeant comme une psalmodie ;
Quand la forêt disait sa grande symphonie,
Ainsi qu'on en entend à l'église le soir,
Au pied de ce vieux chêne, elle venait s'asseoir :

Dans le gazon neigeux de blanches pâquerettes,
Dans les champs éclatants de brillantes aigrettes,
Sur les monts, elle aimait souvent à s'égarer,
Dans la source limpide à se désaltérer;
Elle revenait là, chaque jour solitaire
Sur ce banc de gazon qui recouvre la terre.
Elle venait s'asseoir sur ce tertre là-bas
Dans ce buisson épais où se parlent tout bas
Les chuchoteurs des bois au radieux plumage ;
Et l'on voyait alors sur son joli visage
Renaître à leur aspect cette sérénité,
Fille de la candeur et soeur de la beauté.
-34-
Elle aimait les tapis de mousse et de verdure,
Des roseaux l'abandon, des ruisseaux le murmure ; ,
Elle aimait la forêt, les grands arbres, les bois,
Car les bois, la forêt ont de sublimes voix,
De merveilleux aspects, de suprêmes paroles,
Les accents les plus beaux, les chansons les plus folles.
Et le chêne versant ses perles, et ses pleurs,
La brise secouant le doux parfum des fleurs,
Le soleil regardant à travers le feuillage
Comme si Dieu penchait un moment son visage
Pour que sur les buissons vînt un souffle nouveau J
C'était là pour son coeur un splcndide tableau.
La mousse verdissait sous ses pieds de gazelle ;
La branche découpait sa robe de dentelle,
Son manteau d'émeraude ou s'enlaçait encor
Sur son front virginal en diadème d'or ;
Et les nids se penchaient sur cette enfant rêveuse;
Les oiseaux l'effleuraient d'une aile harmonieuse.
Elle aima ces concerts; elle aima ces beautés,
Ces chants aériens, ces dômes veloutés
Elle repose ici pour toujours solitaire,
Sous ce banc de gazon qui recouvre la terre !
, - 35 —
Le ciel comme autrefois lui verse ses rayons !
Et l'oiseau lui redit ses plus douces chansons!
Si vous n'aviez jamais vu cette jeune fille,
Regardez maintenant cette étoile qui brille
Et celle qui fleurit sous vos pas, humble fleur ;
Vous retrouverez là son éclat, sa candeur !
Et quand la forêt dit sa grande symphonie
Au loin se prolongeant comme une psalmodie,
Ainsi qu'on en entend à l'église le soir,
A l'ombre des vieux pins revenez vous asseoir.
Vous entendrez parmi leurs éloquents murmures,
Leurs souffles embaumés, leurs voix fraîches et pures,
Une voix argentée, un chant harmonieux
S'élevant de ce tertre, et montant vers les cieux !
VENISE
De sa tombe de marbre, aux veines transparentes,
Sa main s'élève encor sur les vagues errantes,
Les horizons sans (In! l'immensité des mers!
A son bras des rubis, des topazes des fers!
Attributs éloquents d'une reine déchue
Dont le sceptre touchait le soleil et la nue,
Et qui conserve encor, dans la captivité,
Le sceau de sa grandeur et de sa majesté !
Dans les fers! mais gardant au sein de l'esclavage
Des rayons de beauté sur son pâle visage I
Sa gondole à l'oeil noir la traverse sans bruit,
Messagère de' l'ombre et fille de la nuit.
Par moment on entend une voix monotone
Qui vibre dans les airs, se prolonge et résonne
4
— 38 —
Comme un lugubre chant des mouettes des mers.
Le gondolier debout, fendant les flots amers,
Dit l'étrange signal à quelqu'autre gondole
Qui glisse doucement, puis fend la lame et vole,
Au plumage d'ébène oiseau sombre du soir!
Et dans les flots d'azur, Venise a son miroir!
Les marbres d'Orient gardent son pied humide ;
Elle peut contempler d'autres jardins d'Armide,
De son cercueil jonché de joyaux et de fleurs!
Et puis Saint-Marc est là ; Saint-Marc et ses splendeurs;
Ses bronzes colossaux, ses austères sculptures ;
Son monde de trésors, ses émaux, ses peintures,
Son portail imposant, ses dômes argentés;
Ses perles, ses saphirs, ses parvis incrustés;
Ses quatre coursiers d'or dont l'ardente crinière
Dans les airs se déploie en roynlc bannière;
Saint-M arc, enveloppé des rayons du soleil,
Comme un doge drapé dans son manteau vermeil.
Oui, Venise la, belle, aujourd'hui la captive,
N'entend plus s'élever, de sa joyeuse rive,
Des voix et des accents, poétiques concerts,
Qu'emportaient et la brise et la vague des mers ;
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Que recueillaient le soir, avec la chanson folle,
La rêveuse nacelle ou la noire gondole.
La voix seule du bronze, enserrant ses vieux forts,
Vient troubler le silence effrayant de ses bords.
Comme Dante écrivait au front des sombres portes
Que gardent à jamais les ardentes cohortes,
Une épée a semblé tracer en traits de feu
Sur Venise, ces mots qui même au sein de Dieu
Rappellent des bannis l'éternelle souffrance :
« Vous qui passez ce seuil, laissez toute espérance ! »
(Inferno, c. ut, v. 9.
VKNISE.
A MADAME B...
lorsque j'étais enfant on me disait de vous
Elle est aimable et bonne et charmante pour tous.
Et rien qu'en vous voyant je croyais à ces choses ;
La bonté recelant le doux parfum des roses-
Et se laissant toujours lire dans le regard.
Je vous aimais déjà ; mais ce n'est que plus tard
Que je devais comprendre auprès de vous, Madame,
Tous les plaisirs du coeur, tous les charmes de l'âme.
Enfant, on sait goûter l'attrait de la douceur :
Les enfants se groupaient à l'entour du Sauveur;
Mais il faut, pour sentir l'abnégation sainte,
La suprême beauté dont une âme est empreinte,
Ce qu'il faut pour aimer la beauté des grands monts,
Des sombres océans, des abîmes profonds,
- 44 -
Des neiges et des fleurs, des oeuvres de génie *
Une âme plus formée au contact de la vie,
Un coeur développé par quelques ans de plus. .
Vivant auprès de vous j'ai senti vos vertus.
Je n'oublierai jamais ces douces matinées,
Ces chers entretiens, ces trop courtes journées
Que nous passions hier au bord de ces flots bleus,
Infini palpitant, miroir mouvant des cieux.
Ensemble nous aimions le spectacle sublime
D'une mer en fureur se levant de l'abîme.
Ensemble nous cherchions ce calme solennel
Qui parle tant de Dieu, d'un amour éternel !
Quand parfois nous trouvions un peu de solitude,
Je m'étais fait alors une douce habitude
De vous entretenir, à l'ombre des forêts,
Des grands monts couronnés de fleurs ou de cyprès ;
Des glaciers éclatants, des cascades neigeuses,
Des torrents argentés aux voix majestueuses.
Vous compreniez si bien et la nature et l'art !
Quelquefois vers le soir nous écoutions Mozart ;
Mozart, ouvrant des cieux les radieux portiques ;
Hoendel dont les,accent? ont les souffles bibliques;
Bellini si plaintif, si tendre, si rêveur;
Beethoven le titan, et Gluck le grand sculpteur !
Nous aimions à verser nos âmes dans votre âme,
A noter près de vous les soupirs de la lame,
SOUVERAINETÉ
J'ai vu ces blonds tapis qu'une invisible main
Étend, quand vient l'été, sur nos immenses plaines ;
Chaque jour j'ai suivi le sillon du chemin
Quand la brise exhalait ses plus douces haleines.
Lorsque le soleil brille et que le grain est mûr,
J'ai vu le laboureur, dans le blé qui frissonne,
Enlever au bluet sa couronne d'azur,
Son diadème d'or, à l'épi qu'il moissonne.
L'homme est le souverain consacré par un Dieu :
Pour lui furent créés le jour et la lumière,
A lui tout fut donné, sous le firmament bleu,
Tout, jusqu'au saint amour qui parle en sa prière.
-45 -
Les sanglots de la vague et tous ces beaux concerts
Qui s'échappent des bois, ou qui montent des mers.
Nous étions bien heureux; oui, c'était une fête!
Votre esprit élevé, votre coeur de polite
Nous faisaient oublier les heures et les jours...
Et cependant le temps suivait toujours son cours !
Il marchait, il marchait d'un pas ferme et rapide,
Notre petit salon un matin parut vide :
Le bouquet qui la veille encor le décorait
Avait penché la tête et se décolorait.
Le guéridon portant cette humble poésie
A qui votre amitié donnait si bien la vie,
Semblait interroger d'un air de désespoir
Le fauteuil où souvent vous veniez vous asseoir :
Vous nous aviez quittés !
Et j'ai dit : Tout s'effeuille !
Que de fleurs pâlissant sous la main qui les cueille !
Que d'opales du soir disparaissant des cieux,
Comme nous les cherchions et de l'âme et dés yeux,
Que d'éloquentes voix, que d'attraits, que de charmes
S'effaçant en un jour dans le deuil et les larmes!
Notre bonheur d'hier n'est plus qu'un souvenir !...
La mer me répondit par un profond soupir
~46 -
Qui gonfla son flot d'or en inclinant sa voile.
Et sur le front des eaux j'aperçus une étoile...
Ainsi pour consoler des tristesses du coeur
Dieu fait descendre en nous l'amour consolateur.
TRÉ>ORT.
MA GONDOLE
Glisse, glisse, ma gondole,
Doucement sur l'eau.
Glisse, glisse, passe, vole
Ainsi que l'oiseau.
Emporte-moi loin ma belle,
De ce froid séjour ;
Viens à la rive éternelle
Où tout est amour,
Où l'on ne fait plus naufrage,
Où les cieux sont bleus,
Où ne gronde plus l'orage
Où l'on est heureux !
INTERROGATION
Que pensez-vous des nuits avec leurs sombres voiles,
Leur repos solennel ou leurs pâles étoiles?
Que pensez-vous des cieux allumant leur flambeau
Sur le vaste océan et sur l'humble hameau?
De l'oiseau roi des airs qui dit sa mélodie
Comme au choeur des élus on s'assemble et l'on prie,
Et sous les frais ormeaux, du ruisseau murmurant,
Qui parc le vallon de son joyeux courant?
De la douce lumière argentée et brillante
Qui met, sur les gazons, sa flamme vacillante?
Que pensez-vous aussi des rayons empourprés
Que le printemps répand sur nos bois et nos prés ?
Je pense que de Dieu la bonté paternelle
Embrasse l'univers,
Se cachant dans la fleur que baise l'hirondelle,
Comme dans le soleil qui chasse les hivers ;
5
- 5o -
Que toutes ces grandeurs ne sont que l'humble image,
L'ombre de la beauté
Que contemplent en Dieu, sans voile et sans nuage,
Les élus de son choix en son éternité !
ÈN~PRIANT LE SOIR
Il est de ces contrées
Qui restent ignorées
Tant que dure le jour,
Mais que l'âme découvre
Quand le soir elle entr'ouvre
Son calice à l'amour.
SOJJYENIRDU TRÊPORT
\K Madârhe A
J'avais là sous les yeux autant d'Alpes mobiles,
De torrents argentés, d'éblouissantes îles ;
Des gouffres, des déserts, des sommets écumants
Et d'innombrables flots éperdus et fumants;
Quand ce grand océan se redresse et s'irrite,
C'est un monde mouvant qui murmure et palpite ;
On dirait qu'on entend les plaintes des forêts
Ou des bannis du ciel les éternels regrets :
Quels étranges accents ! Quel spectacle sublime !
Que de trésors cachés au sein de cet abîme I
La perle, blanche fleur se voilant sous les flots,
Richesse de la mer, violette des eaux I -
— 56 —
Les algues soupirant de douces mélodies ;
Les rochers chevelus, sombres et verts génies ;
Vieux tritons, vieux géants vivant d'immensité)
Regardant l'océan d'un air de royauté,
Et placés là par Dieu, remparts infranchissables,
Pour contenir les flots rugissants sur les sables !
La vague s'élevant tantôt comme un grand mont
Dont la neige couronne et ceint l'immense front ;
Parfois jetant au vent son vêtement d'hermine ;
Parfois penchée et verte ainsi que la colline ;
Folle avec la tempête et jetant la terreur
Comme on voit au désert, bondissant de fureur,
Lions, tigres royaux sur les plages brûlantes.
Les lames à vos pieds se traînant expirantes
Reflétant ou l'azur ou la pourpre des cieux;
La voile se gonflant au vent harmonieux,
Et la plaine d'argent sous le flambeau d'opale <
Qui verse le mystère avec son rayon pâle I
Sur ces bords l'océan dépose un long baiser.
Il est le travailleur qui, sans se reposer,
S'éloigne, puis revient, portant à plusieurs mondes,
Imnge du soleil dans ses courses fécondes,
La vie et la pensée et le rayonnement 1
Il est le grand miroir de notre firmament.
- 57 -
A nos cieux il fallait cet horizon immense
Aux rapides éclairs, cette vague en démence ;
A l'azur reposé cette lame au beau front,
A la voûte étoilée un abîme sans fond !
A la voile flottante, aux nuits mystérieuses
Les ondulations des mers harmonieuses ;
A notre âme surtout, dans cette immensité
Tous les pressentiments de l'immortalité.
TRÉPORT.
L'OISEAU DU PARADIS
_> Légende suédoise popularisée en Allemagne
fax SCHUBERT.
Sous îë"paisible toit d'un pieux monastère,
A l'ombre deâ autels, loin des bruits de la terre,
Vivait un homme saint dont l'esprit et le coeur
Des abîmes humains savaient la profondeur.
Son nom était Alfus ; l'étude et la science
Avaient fait les deux parts de sa noble existence ;
Il avait, tour & tour, vu blanchir ses cheveux,
Se sillonner son front sur les livres poudreux,
Arides manuscrits, dont les pages jaunies
Soufflent, hélas ! souvent sur les plus beaux génies
Le vent froid et mortel de l'incrédulité.
Alfus avait aussi, lui, bien longtemps douté !
Il avait enduré de cruelles souffrances
Quand son esprit fuyait les saintes espérances,
- 6o -
Et les douces clartés du flambeau de la foi :
Alors il s'écriait : O Seigneur, rendez-moi >
Un peu de cet amour de l'enfant qui vous prie 1
Et Dieu faisait renaître en ce coeur l'harmonie
En mettant à travers le doute ténébreux
Sous un mot de sa grâce un pur rayon des cieux !
Depuis lors il vivait au pied d'une colline
Dans une humble maison, dont la cloche argentine
Mêlait sa fraîche voix au murmure des eaux
Et sa douce chanson à celle des ruisseaux ; '
Il aimait les forêts, les coteaux, les rivages,
Les grands panoramas et les verts paysages,
Les vallons isolés, l'écume des torrents,
Les antres des rochers sombres et murmurants.
Il allait bien souvent à travers la campagne ;
Il s'asseyait alors au pied de la montagrie,
Dont les sources couraient sur de riches gazons ;
Et les petites fleurs qui pendent aux buissons,
Celles des grands sommets, les tiges diaprées,
Disaient : Alfus, sa main aussi nous a parées;
Sur nous il a semé perles et diamants;
A l'une il a donné ses pétales charmants
Son vêtement de cygne, à l'autre ce feuillage,
Ce front audacieux qui perce le nuage.

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