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Catulle MendèsLe Parnasse contemporain, II Ahasvérus
Sans relâche, depuis mille et huit cents années, Sous tous les ciels, le long des routes étonnées De ce passant ancien qui revenait toujours, Ahasvérus marchait, la tête et les pieds lourds. L'antique lassitude écrasait ce pauvre homme ; Et, tandis que, sans halte et sans espoir de somme, Il se traînait comme un blessé qui voudrait fuir, Cinq sous tintaient dans son escarcelle de cuir. Un jour, il gravissait une côte, en Norwége. La barbe dans la bise et les pieds dans la neige, Il cria vers les deux, marcheur désespéré : « Qu'il sera doux, le roc où je m'endormirai, Dût la neige y glacer la sueur de ma face ! Dieu qui me châtias, n'est-il donc rien qui fasse Que je puisse m'asseoir, ô Dieu bon, et mourir ? »
En ce moment, non loin du Juif las de souffrir, Un mendiant passait, blanc vieillard qui chancelle. Ahasvérus tendit au vieux son escarcelle Et lui mit son manteau sur l'épaule en marchant.
Cela fait, il s'assit et mourut sur-le-champ.