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L’illustration de couverture est la reproduction
d’un motif peint sur un oreiller de porcelaine de

l’époque Song.








Quinze


Poèmes Chinois


pour les enfants



traduits et présentés

par
Édition : Vent du Soir
Bertrand Goujard
(http://www.ventdusoir-poesie.fr)
Contact : contact@ventdusoir-poesie.fr




Tous droits de reproduction, de traduction

et d’adaptation

réservés pour tous les pays
©Bertrand Goujard, octobre 2009-novembre 2010
Vent du Soir

http://www.ventdusoir-poesie.fr
ISBN : 978-2-9543337-1-73 4
Quelques informations utiles
Avertissement aux lecteurs
(filles et garçons, et moins jeunes aussi…)


Ces poèmes furent rédigés en chinois classique,
une langue écrite qui n’était pas la langue parlée de
Les poèmes présentés sont classés, à peu près,
l’époque, ni la langue chinoise moderne, même si
des plus faciles aux plus difficiles.
elles utilisent les mêmes caractères. Cette langue

n’exprimait que l’essentiel et laissait deviner le
~OOO~
reste au lecteur.


Ces poèmes pouvaient être chantés ; certains
Chaque poème est suivi d’un bref
d’entre eux sont même spécialement écrits pour
commentaire. On peut se passer de le lire.
accompagner un morceau de musique. Ils étaient
Dans certains cas, il peut être utile pour mieux
parfois calligraphiés sur une peinture ; de plus, on
comprendre et apprécier le poème.
choisissait les caractères qui en composent les mots
non seulement pour leur sens et leur sonorité, mais
aussi, parfois, pour leur aspect visuel.
~OOO~


Il existe beaucoup plus de poèmes en chinois que
Il n’y a rien d’intellectuel dans la poésie –
dans n’importe quelle autre langue. L’écriture a une
ceux qui vous diront le contraire n’y
grande importance en Chine depuis toujours, et
beaucoup de gens savaient lire et écrire –
connaissent rien du tout ! – et dans la poésie
notamment les nobles, les religieux et les
chinoise moins encore, qui ouvre au
nombreux fonctionnaires qui administraient le
sentiment, à l’imagination, au rêve.
pays.
Par contre, les poèmes sont faits à partir de
Comme en Europe, la plupart des poètes célèbres
mots, les traductions en français aussi. C’est
sont des hommes. Mais des dames et des
demoiselles écrivaient aussi. Et, contrairement à
pourquoi, si certains de ces mots ne vous
disent rien, il peut être utile de consulter un
dictionnaire, pour en vérifier le sens. 5 6

l’Europe, il existe une très grande poétesse
Les poèmes ont été choisis pour que les enfants
chinoise : on trouvera deux de ses poèmes ici.
puissent en lire les traductions sans trop de
Les textes choisis ici s’échelonnent du VIIème au
difficulté, mais ils ont bien été écrits pour des
XVIIIème siècle. Derrière le nom de chaque auteur
adultes. Le présent ouvrage, il convient de le
figurent ses dates de naissance et de mort.
préciser, est donc également accessible aux moins

jeunes lecteurs. (Les lecteurs très expérimentés
Les textes classiques chinois (et japonais) sont
pourront même constater que les Chinois, bien
écrits en colonnes de caractères. On lit les colonnes avant les Européens, ont compris ce qu’était la
de droite à gauche. On lit chaque colonne de haut poésie, au sens où nous l’entendons aujourd’hui).
en bas. Les livres se lisent donc en sens inverse des
livres européens, on commence « par la fin ».
La traduction est en général très proche de
Cette convention est encore souvent respectée
l’original, presque au mot à mot, afin de respecter
aujourd’hui, en Chine comme au Japon : c’est le cas
le mouvement expressif des textes.
de la plupart des mangas qu’on trouve traduits
Toutefois, cette langue, où presque chaque mot
dans nos librairies.
peut devenir nom, adjectif ou verbe, cette langue
C’est donc ainsi que sont présentés les textes
sans conjugaison ni temps aux verbes, sans pluriels
chinois dans ce recueil.
ni déclinaisons aux noms et aux adjectifs, sans

pronoms personnels ou presque – cette langue doit
On a indiqué la prononciation selon le système
être retravaillée pour obtenir du français lisible. On
pinyin utilisé en Chine continentale. s’est efforcé d’écrire des textes qui respectent l’état
Attention : ce code phonétique ne doit pas être lu d’esprit du poète et qui ne fassent pas insulte aux
originaux quant au style.
comme si c’était du français. Par exemple, 人人 ren
人人
Par contre, il est illusoire d’espérer trouver
(la personne) se prononce à peu près « jène », 山
l’équivalent en français des sonorités d’une langue
shan (la montagne, la colline) se prononce
phonétiquement très différente.
« channe », etc. Cette prononciation est destinée
aux personnes qui apprennent le chinois.
Attention encore : la prononciation de ces textes,
aux époques où ils ont été écrits, n’était pas tout à
fait la même qu’en chinois moderne. Wáng Tíng Xiāng (1474 – 1544) 7 8 Gāo Qĭ (1336 – 1374)

À la recherche du Seigneur de Hu Yin
Tombes anciennes


J'ai franchi des gués, puis refranchi des gués,
Une tombe ancienne sous l’armoise,
Regardé les fleurs, et encore regardé les fleurs.
Chante un oiseau sur l’armoise.
Dans le vent du printemps sur ce fleuve
Dans la tombe on n’entend pas
cheminant
Le passant à sa tristesse.
Sans m'en apercevoir pour arriver chez vous.



Un poème très court et

Voici un poème plein
Gŭ líng
simple, une scène vue
Xún hú yĭn jūn
王 d’allant où

dans la campagne, qui


Gŭ líng zài hāo xià, l’enchaînement des
superpose au dessus, le
Dù shuĭ fù dù shuĭ,
Tí niăo zài hāo shàng.
phrases, jusqu’à
monde des vivants – Kàn huā huán kàn huā.
Líng zhōng rén bù
廷 l’arrivée au dernier
armoise et oiseau, et au Chūn fēng jiāng shàng

wén,
vers, transpose la
lù,
dessous, celui des morts,
Xíng kè zì chóu chàng.
promenade insouciante
Bù jué dào jūn jiā.
qui restent séparés.
du voyageur.





不 春 看 渡 尋

覺 風 花 水 胡
行 陵 啼 古

到 江 還 復 隱
客 中 鳥 陵

君 上 看 渡 君
自 人 在 在

家 路 花 水
惆 不 蒿 蒿
悵 聞 上 下 Mèng Hào Rán (689 – 740) 9 10 Chén Zǐ Áng (661 – 702)

Complainte du haut du promontoire du Pays Perdu
Aube de printemps


En face, je ne vois pas les Anciens,
Dans la torpeur printanière on n’a pas saisi l’aube.
Derrière, je ne vois pas ceux qui viendront.
De tous côtés s’entendent chanter les oiseaux.
Songeant à l’immensité du ciel et de la terre,
Toute la nuit ce bruit de vent et de pluie…
Seul, si navré que mes larmes coulent.
Les pétales tombés, qui saurait les compter ?


Dans ce court texte de
la dynastie Tang, le

Le poète s’éveille un

poète isolé sur une Dēng Yōu Zhōu
Chūn xiǎo
matin de printemps
hauteur, face à tái gē


après une nuit de
l’ampleur du paysage,
Chūn mián bù jué xiǎo,
tempête… Tous les prend conscience des Qián bù jiàn gǔ rén,

Chù chù wén tí niăo.
bornes étroites, dans le Hòu bù jiàn lái zhě.
écoliers en Chine
Yè lái fēng yǔ shēng,
浩 temps et dans l’espace, Niàn tiān dì zhī yōu yōu,
apprennent ce poème de
Huā luò zhī duō shǎo.
d’une vie humaine. Dú chuàng rán ér tì xià.

l’époque Tang. N’est-il

C’est le prétexte d’une

pas léger et gracieux saisissante expression


de son sentiment de

comme les chants
solitude.

d’oiseaux qu’il évoque ?


獨 念 後 前 登
花 夜 處 春 春
愴 天 不 不 幽
落 來 處 眠 曉
然 地 見 見 洲
知 風 聞 不
而 之 來 古 臺
多 雨 啼 覺
涕 悠 者 人 歌
少 聲 鳥 曉
下 悠 12 Liú Jī (1311 – 1375)
Yuán Méi (1716 – 1798) 11


L’ondée du 19 mai

Quand j’ai poussé la fenêtre

Le vent en ruades précipite la pluie qui ruisselle
Cette nuit, le vent et la pluie se sont succédés,
sur le rempart ;
féroces,
Oppressé de nuages, le tonnerre alerte d’un
On n’a entrouvert la banne ni la porte.
grondement ébranle le sol.
La montagne comme éprise, impatiente est venue
La pluie est passée. Mystère : où sont partis les
Quand j’ai poussé la fenêtre, me souffler au visage.
dragons ?

Dans une mare verte d’herbes, dix mille

Yuan Mei est l’un des
rainettes caquètent.

écrivains les plus ori-
Tuī chuāng
ginaux de son époque. Il



recherche en écrivant le
Lián xiāo fēng yŭ è,
En Chine et au Japon, les
naturel et la simplicité,
Péng hù bù qīng kāi.
Wŭ yuè shí jiŭ rì dà yŭ
sans s’embarrasser de dragons sont des créatures
Shān sì xiāng sī jiŭ,


conventions : ce poème
bienfaisantes qui crachent
Tuī chuāng pū miàn Fēng qū jí yŭ să gāo
est tout à fait lái. chéng,
la pluie. Le vent et le


représentatif de ces Yún yā qīng léi yĭn dì
tonnerre ne sont-ils pas
shēng.
qualités.

aussi décrits ici comme
Yŭ guò bù zhī lóng qù
d’énormes animaux ? Et chù ?
推 山 篷 連 推
Yī chí căo sè wàn wā
les grenouilles sont de la
míng.
partie…
窗 似 戶 宵 窗
撲 相 不 風
面 思 輕 雨
來 久 開 惡 13 14 Liú Yīn (1249 – 1293)

Le gîte montagnard


Foulant l'eau, mon cheval y trouble le reflet des

nuages du soir,
Griserie des manches ouvertes au vent sous une

pluie de pétales…
Etrange : voici l'enfant du ruisseau qui sort pour
m'accueillir,

Le ragot des pies m'aurait-il précédé au gîte
montagnard ?
一 雨 雲 風 五

Shān jiā

池 過 壓 驅 月

Voici encore ici une
Mă tí tà shuĭ luàn míng
évocation d’un parcours
xiá,
草 不 輕 急 十
allègre en pleine nature,
Zuì xiù yíng fēng shòu
luò huā.
où tout dans la montagne
色 知 雷 雨 九
Guài jiàn xī tóng chū mén
semble vouloir accueillir le
wàng,
voyageur.
Què shēng xiān wŏ dào
萬 龍 殷 灑 日

shān jiā.

蛙 去 地 高 大


鳴 處 聲 城 雨






15 16 Wáng Miăn (1287 – 1359)

Fleurs de pruniers


En mars le souffle du vent d’est a dispersé la

neige,
Les collines du sud du lac sont d’émeraude
因 comme saupoudrées.
Survient le chant d’une flûte mongole mais on
ne voit personne,

Innombrables, les fleurs de pruniers tombent
sur le pont désert.
鵲 怪 醉 馬 山


Il s’agit ici en apparence de la
聲 見 袖 蹄 家

description d’un paysage du

début de printemps. Mais
先 溪 迎 踏
comme souvent, ce poème
Méi huā
écrit à l’époque de

我 童 風 水
l’occupation mongole de la
Sān yuè dōng fēng chuī
Chine a un sens symbolique.
xuĕ xiāo,
L’hiver fait allusion à Hú nán shān sè cuì rú
到 出 受 亂
jiāo.
l’oppression subie par les
Yī shēng qiāng guăn wú
Chinois. Le prunier est le
山 門 落 明
rén jiàn,
premier arbre à fleurir dès la
Wú shù méi huā luò yĕ
fin de l’hiver, et ses fleurs
qiáo.
家 望 花 霞
symbolisent la résistance

chinoise. Le poète exprime


ainsi son espoir d’une


libération, qui lui semble

encore lointaine. 17 18 Gù Yán Wŭ (1619 - 1682)

Chanson sous les Passes


Dans la citadelle fidèle de Zhao partout la neige

se désagrège,
Sous le mont Hegan les moineaux appellent le
冕 printemps.
Voici Mars : les loriots et les fleurs qui
abondent

Longtemps inspirent du Pays au Sud du Fleuve
le rêveur.
無 一 湖 三 梅

L’expression « les Passes »
Sài xià qŭ
désigne les passages à travers
數 聲 南 月 花

les montagnes aux frontières
Zhào xìn chéng biàn xuĕ
de la Chine. L’armée chinoise
梅 羌 山 東 huà chén,
s’est toujours efforcée de les
Hé gān shān xià què hū
contrôler pour protéger le
chūn.
花 管 色 風
pays, car c’était la route des
Jí jīn sān yuè yīng huā
invasions. Le poème oppose le măn,
Cháng zuò jiāng nán
落 無 翠 吹 climat rude de ces régions à
mèng lĭ rén.
celui des provinces tropicales

du sud du Long Fleuve.
野 人 如 雪




橋 見 澆 消