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Poésies diverses

322 pages
imp. de A. Belin (Paris). 1837. In-8°.
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POÉSIES DIVERSES.
DIVERSES.
La femme que je perds ne peut se remplacer ,
Et rien de mon esprit ne saurait l'effacer.
v^J^PARIS,
IMPRIMERIE DE A. BELIN,
EUE SAINTE-ANNE , N° 55.
1837
AUX MANES
DE ■
DE MA FEMME ADORÉE.
0 toi que j'ai chantée sous le nom de Lucile, toi dont
le souvenir ne sortira jamais de ma mémoire, être angé-
lique, j'accomplis la promesse que je te fis de t'offirir,
réunis, tous les témoignages que je t'ai donnés de mon
amour et ceux que j'ai reçus du tien !
Je me faisais une fête de te faire ce présent le jour de
l'anniversaire de ta naissance... * Hélas! il ne sera plus
pour toi d'anniversaire... que celui de ta mort! I ! **
* Le 21 août 1819.
" Le 9 août 1834.
— 6 —
Six mois et demi passés ensemble eussent été pour
moi un temps de félicité parfaite, si, pendant les trois
derniers, les symptômes du mal que j'observais en toi
ne fussent venus annoncer la perte cruelle que devait
bientôt faire ton malheureux ami *.
R. A. F.,
D. M. P.
* Elle a succombé aux suites d'uue fausse-couche qui eut lieu
après cinq mois de grossesse. Les deux derniers mois qui précé-
dèrent celte fausse-couche annonçaient de grands désordres dans
l'organisme, et l'on ne saurait l'attribuer à sa grande jeunesse :
elle était aussi bien développée et aussi robuste que le sont les per-
sonnes les plus fortes de vingt ans.
A LA MÉMOIRE
DE B.OBEB.TINE, HA NIÈCE CHÉRIE,
Morte le 14 février i832, âgée de 21 mois *.
Par toi, mort inhumaine, aujourd'hui mes accens
S'échappent en soupirs de mon ame navrée.
Un crêpe orne ma lyre, et mes langoureux chants
Sont les derniers adieux d'une muse éplorée !
Je voudrais m'abuser... Mais déjà le beffroi
Par ses lugubres sons vient me glacer d'effroi.
Eh quoi ! sourde à nos cris, insensible à nos larmes,
De ta barbare main, exempte de pitié,
Tu tranches les destins d'un enfant plein de charmes
Et le ravis aux soins de la douce amitié.
Telle est de tes décrets la rigueur inflexible :
Tendre jeunesse, esprit, talens, grâces, beauté,
Par ta faux, sans égards, tout se trouve emporté ;
t J'étais loin de penser alors que, deux années plus lard, je
pourrais faire à sa marraine une si pénible application de ces vers.
— 8 —
Tout cède sous les coups de cette arme terrible.
Toi que je chérissais ! où sont tes mouvemens ?
Tu ne peux plus lever ta pesante paupière !
Ton souffle s'est éteint 1 ! 1 Quoi ! si vive naguère,
Tu ne sens plus les pleurs que sur toi je répands I
Tout ton corps se raidit ; froide et décolorée,
La mort n'a pas changé tes attraits, gracieux.
Ta pupille, long-temps par le mal égarée,
Semble goûter le prix d'un sommeil précieux.
Sommeil trompeur, hélas ! que longue est ta durée !
Tu dois t'évanouir dans la nuit du néant I
Sur tes restes sacrés, ah ! qu'un Dieu bienfaisant
Entende ma prière et qu'il te soit propice !
J'implore sa bonté, j'invoque sa justice;
Par ma vive douleur qu'il se laisse toucher,
Et dirige tes pas vers l'avare nocher.
Chaque jour, quand Phoebus finira sa carrière,
Sur ta tombe j'irai déposer quelques fleurs.
Ainsi qu'elles tu n'eus qu'un éclat éphémère,
Et lé même jour vit se faner vos couleurs.
Tel que le voyageur, par un temps sans nuage,
Sans en être alarmé voit s'enfuir le rivage :
Sur les tranquilles eaux son vaisseau peut glisser ;
Il sourit à l'espoir d'un fortuné voyage
Qu'Eole et les zéphirs lui semblent annoncer.
Mille songes flatteurs s'offrent à sa pensée.
— 9 —
Il déroule enchanté le plus doux avenir :
Sa mère sur son coeur, sous peu, sera pressée,
Elle qui le quitta la poitrine oppressée
Et qui, par ses sanglots, ne le put retenir.
Il se trouve entouré de ce qui lui fut chère :
Il revoit ses amis, il baise son vieux père ;
Avec ravissement il aperçoit les lieux
Où de ses premiers ans se passèrent les jeux. ,
C'est là qu'un soir assis, il sentit que Julie,
Par un charme inconnu, faisait battre son coeur
Et pénétrait ses sens d'une mélancolie
Dont il n'avait jamais ressenti la douceur.
C'est ici qu'en tremblant il lui dit : Je vous aime !
Qu'elle se tut, rougit et ne put lui cacher
Que son coeur en secret, pour lui, brûlait de même.
De ces lieux [pleins d'attraits il se sent rapprocher !
Douces illusions, attrayante chimère,
Pourquoi vous dissiper comme une ombre légère,
Et laisser son esprit triste et désabusé?
Un instant a suffi..... Déjà de noirs nuages,
Par les vents déchaînés, amènent les orages.
La foudre gronde au loin , le ciel est embrasé.
A l'azur du malin succède la tempête ;
Pour dompter sa fureur, le matelot s'apprête.
Tout paraît ébranlé dans le vaste univers :
Les flôls, comme des monts, sortent du sein des mers.
— 10 —
Le vaisseau, ballotté sur ces masses mobiles,
Par d'impuissans efforts cherche à leur résister.
Entouré de rochers, qu'il voudrait éviter,
Il redouble d'efforts, mais ils sont inutiles :
Jeté sur un écueil, ses flancs vont s'entr'ouvrir.
Le voyageur ému se dispose à mourir.
Il voit tomber les mats, la vague le menace;
Du liquide élément le navire est rempli ;
Il se rompt, s'engloutit, ne laisse plus de trace,
Et de l'infortuné le sort est accompli !
Ainsi, bien près du port tu vins faire naufrage,
Toi, que nos voeux dotaient d'un siècle de bonheur.
De tant d'espoir, hélas ! fondé sur ton jeune âge,
Il ne nous reste rien... rien que notre douleur.
A MADAME **%
Lui renvoyant des vers qu'elle m'avait prié de corriger.
Pardonnez à mon Apollon
D'être aristarque aussi sévère.
J'en ai deviné la raison ;
C'est qu'il vous aime... Ah ! soyez sans colère
D'entendre un tel aveu. Je trahis son secret.
Comment, en pareil cas , ne pas être indiscret
Et ne pas adoucir l'aigreur de la censure ?
Ah ! s'il combat souvent la perfide imposture,
Ce n'est pas pour Cacher la douce vérité.
Moi seul, de vous, j'implore mon excuse :
Car le coquin est enchanté
Et se réjouit de sa ruse.
Le voulez-vous pour compagnon?
Vous chercherez ensemble à trouver la fontaine
Dont les eaux de cristal adoucissent la peine
Qu'on éprouve en montant les rochers d'Iïélicon.
— 12 —
Ce n'est point un pilote habile
Qui sache de ces lieux la roule difficile ;
Il pourrait bien vous égarer,
Si trop avant vous vouliez pénétrer ;
Car, dans ces demeures divines
Qu'habitent Phoebus et ses soeurs,
-, Si l'on y rencontre des fleurs,
On y trouve aussi des épines.
Les chemins en sont tortueux
Et disposés par un autre Dédale.
Sur des précipices affreux
Sont des roses que Flore étale.
Des pins, des cèdres enlacés,
Couvrent ces lieux d'un éternel ombrage,
Et sur leurs troncs sont les noms effacés
Des poètes nombreux perdus dans ce bocage.
Des chantres des forêts l'on entendle ramage ;
Par mille échos leurs chants sont répétés.
Du dieu des vers ils chantent les louanges,
Et, plus heureux que nous, sont toujours écoutés.
C'est que leurs modestes phalanges
N'ont point de talens empruntés.
Si vous découvrez l'Hippocrène,
Plongez, plongez encor sous ses limpides eaux ;
Buvez de son nectar, buvez à perdre haleine ;
Enivrez-vous sur ses roseaux.
— 13 —
Alors vous pourrez sur Pégase
Suivre les neuf Soeurs dans les cieux,
Et partager la douce extase
Que l'on goûte au banquet des dieux.
Avant de rencontrer l'objet de tous nos voeux,
Cette fontaine merveilleuse,
Dont l'existence encor peut paraître douteuse,
Sur des ronces il faut.marcher.
Et si le feu sacré pénètre dans vos veines,
Et qu'épuisés de la chercher* .
Esclaves d'Apollon, v.ous supportiez ses chaînes,
Que vos chants mariés retentissent sans bruit.
Le conseiller peut-il visiter le réduit
Où votre muse se délasse ?
Si vous le permettez, vous savez que la nuit
Est consacrée aux amis au Parnasse.
Le silence et l'obscurité,
Dont pourrait s'alarmer Minerve,
Augmentent la fécondité
De la capricieuse verve.
Le voyage pour vous aurait-il de l'attrait?
Le guide est prêt à l'entreprendre.
Parlez... il vole comme un trait
Dans le bois sacré vous attendre.
Jlaragnam, ie 4 avril i832.
A MADEMOISELLE CLOTILDE,
En lui envoyant les amandes d'usage au Brésil, le Jeudi-Saint.
(Quinta Feira santa.)
Dieu craint que la longue abstinence,
Dont vous observez la rigueur
Dans ce saint temps de pénitence,
Ne flétrisse votre fraîcheur ;
Et pour alimenter la flamme
Qu'il a fait naître dans votre ame ,
Il vient de faire un miracle nouveau :
Du ciel il vous envoie, en gage de tendresse,
Cette manne qu'à son troupeau
Dans le désert il prodiguait sans cesse.
18 avril i832.
A MADEMOISELLE CLOTILDE,
SDH TJK PAYSAGE EN OR FAIT SDR VERRE ,
Qu'elle avait donné à ma soeur, et dont celte dernière
me fît présent.
À loisir admirant vos charmans paysages,
J'aime à m'en rappeler l'auteur,
Non tel que de David, du Poussin, de Le Sueur,
Je me trouve occupé quand je vois leurs ouvrages.
Par ce tableau, dont l'or est la moindre beauté,
Qui charme par le goût, par la touche brillante,
Je me crois être transporté
Dans nos climats qu'il représente.
L'illusion, qu'en mes sens il produit,
De ces lieux attrayans efface la distance.
Par le plaisir, dans ces bosquets conduit,
Je m'égare à dessein pour rêver en silence.
Que je jouis en foulant le gazon
Et les pâquerettes fleuries !
Que j'aime à voir s'unir à l'horizon
Et les champs de Cérès et nos vertes prairies l
— 1C —
Quelquefois je suis les contours
Qu'en serpentant forme cette rivière ;
Ou, dans une barque légère,
Je la descends ; je remonte son cours ;
Je vais cueillir, de l'une à l'autre rive,
La renoncule et le glayeul ;
Et, faisant sous mes pas fermer la sensitive,
Je cours me reposer à l'ombré d'un tilleul.
De ce lieu pittoresque on peut de la nature
Contempler la sagesse et les rares beautés :
Ici les flots, par les vents agités,
Font entendre leur doux murmuré.
Dès le malin, un paisible pêcheur
De sa ligne occupé, que souvent il soulève
Jusqu'à ce que lé jour s'achève,
Du soleil de la Vierge affronte la chaleur.
De son souffle Zéphire enflé la blanche voile
Qu'en fuyant lui présente un agile bateau,
Dont les sillons légers à peine effleurent l'eau.
Le nautonnier bénit sa favorable étoile
Qui le ramène de nouveau
Sans péril au port qu'il salue.
Quel spectacle charmant n'offrent point à la vue
Ces nuages couverts des derniers feux du jour,
Où l'or et les rubis, le pourpre et la topaze,
Sous un ciel azuré s'unissent tour à tour !
- 17 —
Parfois ils simulent un vase
Rempli des plus suaves fleurs,
Et, par une métamorphose,
Dans ce qui me charmait sous l'aspect d'une rose,
Je vois, sous les mêmes couleurs,
Une femme, un amour, toujours de compagnie.
Après, viennent des bois, des jardins enchantés
Qui, par l'art de La Quintinie,
Ne sauraient point être imités.
D'un autre côté, les campagnes
Offrent, à mes regards surpris,.
Des vergers, des guérets, des vallons, des montagnes,
Qu'habitent les Jeux et les Ris.
On découvre un petit village.
Des marroniers fleuris., confondant leurs rameaux,
Au loin répandent leur ombrage.
La jeunesse des champs se rend sous leurs berceaux,
Puis s'assemblent sous un vieux hêtre
Les filles, les jeunes garçons
Pour danser aux accords de là flûte champêtre,
Du tambourin et des chansons.
Là, je vois des troupeaux paissant l'herbe nouvelle,
Et des bergers livrés à:1a gaîté;
Plus loin, la tendre Philomèle,
Chantant de ses amours la douce volupté.
Sur un sable argenté se frayant un passage,
— 18 —
Suivant la pente du coteau,
Je découvre le lit d'un limpide ruisseau
Qui lentement s'écoule et gagne le rivage ;
Il semble regretter de quitter le bocage
Et de ne pouvoir plus rafraîchir le hameau.
Au milieu de ces féeries,
A ces douces illusions,
A ces piquantes rêveries
J'ajoute mille fictions :
Au loin j'entends les chants d'une jeune bergère
Qui, vers le déclin d'un beau jour,
Vient écouter sur la fougère,
De son ami, les doux propos d'amour ;
Ou bien la sensible Hersilie,
Le coeur ému, les yeux en pleurs,
Dans sa triste mélancolie,
Confie aux échos ses douleurs :
Hélas ! dans ce vallon, dit-elle,
L'ingrat m'avait donné sa foi !
Son amitié devait être éternelle ;
Dans le monde il n'était rien plus joli que moi!
Et pourtant aujourd'hui son coeur est infidèle !
Je n'en saurais douter ; ma voix en vain l'appelle !
L'heure du rendez-vous depuis long-temps a fui ;
Car la nuit de son voile sombre
Couvre ces lieux et me trouve sans lui 1
— 19 —
Pour cacher ma rougeur, nuit, augmente ton ombre.
D'autres fois, devant moi, paraît se dérouler
Un avenir riant où gaîment je m'arrête,
Et je crois voir la Parque me filer
Des jours plus fortunés que ceux que je regrette.
Enfin, sur ma tête, le Temps
De son séjour laisse la trace ;
Il ne me reste plus que quelques cheveux blancs ;
Et cette ame de feu maintenant est de glace !
Pour aider mes pas chancelans,
Et soutenir mon corps courbé par les années,
De ma compagne alors je retrouve l'appui.
Depuis long-temps le sort unit nos destinées ;
De nos beaux jours l'astre du soir a lui.
A pas lents nous marchons vers cette humble chapelle,
Qu'un pinceau délicat sut si bien retracer,
En admirant cette haute tourelle
D'où les sons argentins annoncent au fidèle
Que l'Angélus doit commencer.
Puis, nous rapprochant de la plage
Pour nous reposer, un ormeau
Couvre de son épais feuillage
Un tertre orné de fleurs sur le bord d'un ruisseau.
— C'est là, qu'avec plaisir, je conte la tendresse
Qui remplissait mon coeur d'une si douce ivresse
Au temps où les amours recevaient mon encens ;
— 20 —
Et rappelle l'esprit et la grâce divine
D'une jeune beauté célébrée en mes chants *,
Qui me fit oublier Claire, Anaïs, Aline.
Je lui décris les mers, les écueils, les volcans,
Les trombes, les récifs, les terribles autans
Que je bravai dans mes voyages ;
Les jours sereins, le silence des flots,
Les jeux, les chants des matelots
Qui succèdent aux noirs orages,
Et des peuples divers l'esprit et les usages.
Chez ceux-ci, je trouvai de faciles plaisirs ;
Ailleurs, des importuns entravaient mes désirs.
Avec délices ma mémoire,
De chacun de ces souvenirs,
Se plaît à retracer l'histoire.
La nuit couvre déjà les monts ;
Il faut quitter ce doux asile
Pour regagner et nos vallons
Et notre demeure tranquille;
En le saluant de la main,
Je m'éloigne à regret en admirant son site,
Et lui promets une visite
Plus longue pour le lendemain.
Q3 mai i832.
* Clotilde.
A UNE ROSE DONNEE PAR M»e CLOTILDE.
Bouton charmant, rose jolie,
Un être aimable et bon qui t'égale en fraîcheur
De toi m'a fait présent : repose sur mon coeur ;
Mais sois discret sur ce qu'il te confie.
A LA MEME,
Trois jours après.
Au sort commun tu devais obéir,
Toi que par ta beauté je croyais immortelle ;
Mais à mon coeur une autre te rappelle,
Et tu vis dans mon souvenir.
25 mai i832.
ROMANCE A DEUX VOIX.
M'entends-tu, ma gentille amie,
Quand je célèbre dans mes chants
Et ton bon coeur et tes talens
Et ta charmante modestie ?
M'entends-tu?
M'entends-tu lorsque ma main presse
De ta main, les doigts arrondis,
. Et qu'ivre d'amour je le dis
Que tu possèdes ma tendresse?
M'entends-tu?
M'entends-tu quand de ta jeunesse
Je dis le charme et la fraîcheur,
Et que je vante ta candeur
Et ta douceur enchanteresse?
M'enlends-tu?
— 23 —
M'entends-tu quand ma bouche implore
De ta bouche un tendre baiser ?
Oserais-tu le refuser,
Certaine que mon coeur t'adore?
M'entends-tu?
M'entends-tu ? Que ta voix m'apprenne
Que mon amitié chaque jour,
Redoublant de soins, à son tour
Pourrait enfin gagner la tienne!
M'entends-tu?
28 mai i832. 'H!Sv:;T3.-i
ROMANCE A DEUX VOIX.
0 toi qui sur mon âme
Règnes par ta bonté,
Toi qui nourris la flamme
Dont je suis agité,
D'un mot tu peux encore
Augmenter ton pouvoir !
Dis-le... ma voix t'implore
De combler mon espoir.
Ah ! que ne peux-tu lire
Ce que souffre mon coeur !
Du trait qui le déchire
Tu calmerais l'ardeur,
Non tu n'es pas cruelle,
Je l'ai vu dans tes yeux.
Que ta bouche n'est-elle
Confiante comme eux !
5 août i8Î2.
DUO.
ENSEMBLE. Enfin ce mot si tendre
lre voix. Que réclamait mon coeur,
2e voix. Que réclamait ton coeur,
lre — Par toi s'est fait entendre.
2e — Par moi s'est fait entendre,
lrc — Il fixe mon bonheur,
2e — Il fixe ton bonheur.
lrc — Combien, oui, dans ta bouche,
2e — Combien, oui, dans ma bouche,
lre — Me semble gracieux,
2e — Te semble gracieux ;
lre — Il me charme, il me touche,
2e — Il te charme, il te touche,
lrc — Et remplit tous mes voeux,
2e — Et remplit tous tes voeux.
lrc —- Redis-le, je t'en prie;
2e — D'où vient ta rêverie,
1« — Car d'un songe trompeur,
2e — Quoi ! d'un songe trompeur
— 26 —
lrc voix. Je crains la perfidie !
2e voix. Tu crains la perfidie !
lre — Quoi ! j'ai touché ton coeur!
2e — Tu règnes sur mon coeur.
ENSEMBLE. Ce mot rempli de charmes,
jre — fes veux i'ont répété,
2e — Mes yeux l'ont répété ;
lrc — Les miens versent des larmes,
2e — Les tiens versent des larmes,
ENSEMBLE. Mais c'est de volupté.
1" — Sur tes lèvres de rose
2e — A tes voeux qui s'oppose?
lrc — Tu ne peux refuser,
2e — Je ne puis refuser,
lrc — Que ma bouche dépose,
2e — Que ta bouche dépose
lrc — Le plus tendre baiser.
2e — Sur la mienne un baiser.
ENSEMBLE. Ce gage de tendresse
ENSEMBLE. Doit-être partagé ;
lrc — A combler mon ivresse,
2e — A combler ton ivresse
lre — Ton coeur s'est engagé,
2e — Mon coeur s'est engagé.
6 août I83Ï.
ROMANCE A DEUX VOIX.
Air : Reposons - nous ici tous doux.
Sans cesse agité, soucieux,
C'est toi que je cherche en tous lieux!
Sans toi, je ne puis être heureux.
Triste sous mon toît solitaire
De toi rien lie peut me distraire.
Ah ! du moins d'un tendre retour
Tu m'as dit payer mon amour !
Si loin de toi je vois le jour,
A moi peut-être aussi tu songes à ton tour.
Si je passe un jour sans te voir
Avec ennui j'attends le soir,
Et s'il trompe encor mon espoir ;
Le sommeil t'offre à ma pensée.
Sur mon coeur je te crois pressée !
Mais l'astre du jour, en vainqueur,
Des ombres chassant la douceur,
Dissipe ce rêve enchanteur ;
Il ne me reste, hélas ! que l'ombre du bonheur !
— 28 —
Avec délices je te vois,
Quand de ses rigoureuses lois
Le sort se relâche parfois.
Que ma bouche se plaît à dire
Que c'est par toi que je respire I
A peine tes yeux dans mes sens
Ont porté de nouveaux tourmens,
Que je vois les ailes du Temps
Déjà marquer la fin de ces heureux momens.
g août I83Î.
rocn METTRE AU BAS D UN BOUTON DE ROSE PEINT.
Don précieux cher à mon coeur,
De ma Clotilde en toi je reconnais l'image.
Son pinceau délicat pour moi fit cette fleur
Qui m'offre sa fraîcheur, sa grâce et son jeune âge.
a5 août t83a.
Pour célébrer dignement votre fête *,
Pour vous tourner un compliment nouveau,
Voyons... cherchons bien dans ma tête ;
Invoquons Voltaire et Boileau.
Si les couleurs que pour vous je marie
Peignent l'esprit, les grâces, la beauté,
Vous criez à la raillerie.
Bien que votre miroir, comme moi, je parie,
Chaque fois qu'il est consulté,
Rende hommage à la vérité ;
Et celui-là de flatterie
Mérita-t-il jamais le plus léger soupçon ?
Essayons de monter ma lyre
Pour chanter sur un autre ton.
Éloignons ces propos que ma bouche aime à dire,
Et tâchons d'obtenir un gracieux sourire
* Au Brésil, on fêle le jour de l'anniversaire de la naissance,
comme en France on fêle le nom.
— 31 —
Pour prix de ma soumission.
De mon discours je finis le prélude.
Belle Clotilde ! encore une distraction ;
Ce mot m'est échappé. Combien peut l'habitude !
En ce jour d'un nouveau printemps
Votre jeunesse se décore, ■
Et nous célébrons vos treize ans.
Dans cent ans on pourra les célébrer encore,
Si nos voeux les plus chers ne sont pas impuissans.
Sur votre front posez cette couronne,
Dont les contours par moi furent tressés ;
Ma main l'a faite, et mon coeur vous la donne.
Ces roses, ces jasmins, ces myrthes enlacés,
Cent fois, pour mieux vous plaire, ont été replacés.
Entre ces fleurs et vous, de quelque ressemblance
Peut-être est-il plus d'un rapport !
Mais sur ce point je dois observer le silence,
Et pour moi c'est un rude effort.
Si vous voulez savoir ce que je pense .
Par un simple désir de curiosité,
Elles sont dans ma confidence ;
Interrogez, tout vous sera conté.
Elles n'ont l'ordre de se taire,
Que si, les recevant, votre front soucieux
Ne se déridait point, et qu'un air gracieux
Ne les vînt assurer de ne pas vous déplaire.
Depuis long-temps vos amis en chorus
Vous proclamèrent la plus helle ;
De l'amour filial, des talens, des vertus,
On sait qu'en vous encore ils trouvent le modèle.
Ainsi, sur d'autres bords, par vos pères foulés,
Reste de l'âge d'or, est un antique usage
Que les bons habitans à remplir sont zélés,
Et doivent à leurs fils transmettre d'âge en âge :
Lorsque Phoebus a fécondé leurs champs
Couverts de fleurs et de verdure,
Que tout sourit au retour du printemps,
Que tout renaît dans la nature,
Les bergers, pleins de joie, enferment leurs troupeaux,
Et des chênes et des ormeaux,
Sous les serpettes le branchage,
Sélève bientôt en monceaux.
Puis, couverts de ce vert feuillage,
De guirlandes de lierre et de fleurs et de fruits,
Le coeur ému, par les amours conduits,
Ils s'en vont construire au village
Un trône ombragé de berceaux,
Où doit s'asseoir la fille la plus sage.
Déjà l'écho résonne aux accords des pipeaux ;
Les vieillards, les enfans se rendent à la fête, ;
Et goûtent à l'avance un plaisir qui s'apprête ;
Chaque mère conduit sa fille avec l'espoir
— 33 —
Qu'elle obtiendra le prix delà sagesse.
Les jeunes et les vieux, tout en foule se presse
Pour admirer cette fraîche jeunesse ;
On se pousse, on se heurte, on craint de ne pas voir.
L'heure a sonné. La musique commence :
Des pères entouré le bon bailli s'avance ;
Sur ses lèvres on voit un gracieux souris ;
De chaque fille il vante la décence,
Et toutes, suivant lui, mériteraient le prix.
Mais une seule a le droit d'y prétendre,
Et chacun à son tour doit donner son avis.
On recueille les voix ; le nom se fait entendre,
Et par mille bravos le nom est accueilli.
Et d'une rose printanière,
Que lui présente le bailli,
L'on voit s'orner la nouvelle rosière.
Que Ce présent lui semble doux!
Car il possède un apanage ;
Il lui donne le droit de choisir un époux,
Et d'un plaisir prochain cette rose est le gage.
Ainsi, gente Clotilde, en ce lieu fortuné,
Dans ce pays charmant, dans notre belle France,
Ce triomphe éclatant vous était destiné,
Si dans ses champs le sort vous eût donné naissance.
Mais un monde nouveau vit croître votre enfance
3
— 34 —
Et s'écouler vos innocens plaisirs.
Aujourd'hui, nous voyons se passer vos loisirs
A des études sérieuses.
Sous vos doigts tour à tour l'on voit naître des fleurs,
Des jardins, des forêts, des nymphes gracieuses,
Des mers et des rochers, des bergers, des pêcheurs,
Et des amours les cohortes nombreuses.
Ou bien d'harmonieux accords
Accompagnent les sons que votre voix flexible
Forme et module sans efforts.
Au charme de ces chants que mon ame est sensible !
N'ai-je pas osé quelquefois,
Sans crainte d'être téméraire,
A votre voix mêler ma voix !
Mais c'était encor pour vous plaire !
Ces mouvemens voluptueux
Que, de ses pieds légers, de son corps gracieux,
A su varier Terpsichore,
Par vous sont si bien répétés,
Que Ton pense admirer encore
Celle dont ils sont imités.
De Milton, du Camoëns, pénétrant les langages,
Qu'avec eux vous pouvez passer d'heureux momens 1
Car, dans leurs sublimes ouvrages,
Tout s'agrandit, les hommes et le temps.
— 35 —
A louer ce qu'en vous j'admire,
Malgré moi, vous voyez, je me sens entraîner :
De vos talens je ne voulais rien dire ;
Sur mon coeur, je le sens, j'ai perdu mon empire,
Et l'indiscret ne peut rien laisser deviner
Sur ce qu'il aime ou sur ce qu'il désire.
Désormais à ses goûts je dois l'abandonner.
Quoi donc peut ainsi me; distraire
Et m'écarter de mon sujet?
Je ne devais fêter que votre anniversaire;
En commençant, du moins, tel était mon projet...
C'est qu'une autre raison sans cesse me domine,
Et sans effort votre esprit la devine.
De mon cerveau parfois, à l'écarter,
Pour goûter le repos, sans cesse je; m'applique ;
Jusqu'aux rives du Tage en vain je vais porter
Mes souvenirs de l'Amérique.
A chaque pas, sur ces bords tant vantés,
L'orgueil de la Lusitanie,
Un essaim de beautés,
Sous les traits de ma jeune amie, ., . . ■-•
S'offrent à mes yeux enchantés*
Ou bien, dans un tendre délire,
Un poète amoureux exhale ses accens,
— 36 —
Et je retrouve dans ses chants
Des stances que je vais vous dire* :
« Certain soir que, par ses rayons,
» Phoebé, sur la nature entière,
» Répandait sa douce lumière
» Et planait au-dessus des monts,
» De mes souvenirs de jeunesse
» Je feuilletais les vieux écrits,
D Souriant de trouver inscrits
» Ces mots : Je t'aimerai sans cesse !
» Je trouvai des lettres d'amour
» Où des sermens faits par centaine,
» Souvent au bout de la semaine
» Furent oubliés sans retour.
» Des vers peignaient dans leur cadence
» Les charmes de maintes beautés,
» Que les hiyers ont emportés
» Comme l'éternelle constance.
» Eh quoi 1 de ces papiers poudreux
x> Je conserverais la mémoire !
Elles sont traduites du portugais.
— 37 —
» En holocauste expiatoire
» Je les dois brûler en ces lieux.
» Aussitôt un bûcher s'élève ;
» La flamme va tout dévorer,
» Et mes souvenirs expirer
» Comme au jour se dissipe un rêve.
» Au milieu d'un brasier ardent,
» Sonnets, rondeaux, quatrains, ballades,
» Lettres d'amour, romances fades,
» Allaient disparaître à l'instant.
» Lorsque, d'une épaisse bruyère,
» Une voix, d'un ton solennel,
» Me crie : Audacieux mortel,
» Oses-tu braver ma colère ?
» Quoi ! tu veux détruire ces chants
» Sans craindre de me faire outrage?
» Ne m'en offris-tu pas l'hommage? •
» De ma gloire ils sont les garans.
» Aux sons de cette voix divine,
» Je regarde : c'était l'Amour,
» Qui ressemblait au dieu du jour
» Venant éclairer la colline.
- 38 —
» Dieu puissant, luidis-je, et pourquoi
» Une autre, possédant tes charmes
» Avec tes redoutables armes^
» Vint-elle m'imposér ta loi?
» Par elle ta magique flamme
s Étonna mes sens et mon coeur :
» Jusques ici semblable ardeur
» N'avait jamais rempli mon ame.
» Ah ! laisse le passé s'enfuir ;
J> Il est hors de ton influence ;
» Tu ne soumets à ta puissance
» Que le présent et l'avenir.
» A mes voeux ne sois plus rebelle;
» Regarde..... et dis-moi
» S'il faut garder, bravant ta loi,
» Des chants qui ne sont pas pour elle ?
» Je veux encor t'être propice,
» Me dit en souriant le dieu :
» Détruis ces papiers par le feu,
» J'en ordonne le sacrifice.
— 39 —
» Je crois à ton intention ;
» Et désormais, amant fidèle,
t> Tu te consacreras à celle
» Que tu célèbres en mon nom.
» Le dieu dit, et mille étincelles
» Embrasent tout dans un moment ;
a La flamme monte par le vent
» Qu'il fait en agitant ses ailés.»
Déjà tout est couvert des ombres de la nuit ;
Et le céleste char, parcourant sa carrière,
Pour éclairer votre réduit,
Lance sa timide lumière.
Sa clarté chaque soir, tombant du haut des deux,
Vers vous semble tracer ma route.
Pour vous offrir mes fleurs et mes vers et mes voeux
Qu'en secret mon coeur leur ajoute,
De ce guide je suis les rayons lumineux.
ao août i832.
De ma Clotilde, ô chien fidèle!
Que viens-tu m'annoncer? Es-tu chargé par c
De m'apporter un souvenir?
Viens que je te caresse.
Mon coeur, en te voyant est ivre de plaisir '
Tu semblés devancer ta gentille maîtresse ! •
Je n'ose le penser ! M'en donnes-tu l'espoir ?
Pour ajouter à ma tristesse,
Ferais-tu naître en moi cette fausse allégresse?
Fuis ! s'il en est ainsi, je ne veux plus te voir.
3 octobre i83ï.
Viens combler ma plus grande envie,
Toi que dans sa bonté nous envoya le Ciel !
0 ma Lucile 1 ô toi de qui je tiens la vie !
Ah 1 viens recevoir à l'autel
Les voeux que mon ame ravie
Doit prononcer en ce jour solennel.
Pour toi, je sens la plus vive tendresse;
Ton souvenir chéri me fait verser des pleurs.
Je ne sais que te dire: il m'agite, il m'oppresse,
Il me comble de biens, m'accable de douleurs.
Mes bras contre mon coeur ont pressé ta poitrine
Ma bouche, ivre d'amour, sur ta bouche divine
A déposé cent baisers amoureux !
Tu les a partagés, j'ai besoin de le dire.
Par ces délicieux pensers,
Je sens s'accroître mon délire.
Je crois te voir, je t'appelle et soupire
De ne pouvoir encor te donner des baisers.
— 42 —
Je n'ai pas emprunté les voiles du mystère,
Pour porter sur ton cou, sur tes bras mes larcins ;
J'ai baisé tes beaux yeux, j'ai dévoré tes mains,
Et l'on sait combien tu m'es chère.
Pouvais-je le cacher? Ai-je pu te déplaire
En faisant voir à tous les yeux
Que Lucile a reçu mes voeux?
Loin de toi plus long-temps faut-il que je demeure?
Faut-il que les feux dévorans,
Que tu fis natire dans mes sens
Viennent hâter ma dernière heure?
Viens, ma Lucile auprès de ton ami ;
Ah ! viens recevoir ses caresses 1
Viens, dans tes bras il faut que tu le presses :
Son bonheur lie doit pas être fait à demi.
4 octobre I83Î.
Loin de moi, fuis, fuis image perfide!
Fuis, laisse-moi reposer un moment !
Fais trêve, hélas ! à mon cruel tourment !
Et de douleur montre-toi moins avide !
Pour te braver n'est-il pas une égide?
Eh quoi ! sans cesse embrasé par les feux
Qui par torrens s'échappent de tes yeux,
Ta cruauté vient abreuver ma vie
Des noirs poisons que distille l'envie !
Sous tes attraits, sous cet air de douceur,
Tu sais cacher tes desseins, ta fureur.
Les traits aigus que dans mon coeur tu lances
Comblent tes voeux ; tu ris de ses souffrances ;
Tu prends plaisir à le faire saigner,
Et dans ce sang tu voudrais te baigner !
Eloigne-toi ! fuis, cruelle Euménide,
Et porte ailleurs ta figure homicide.
Le sifflement de tes affreux serpens
Autour de moi résonna trop long-temps.
— 44 — .
Pourquoi quitter ta demeure infernale
Pour m'accabler.des tourmens de Tantale?
En me montrant tout ce que je chéris,
Tu ne saurais abuser mes esprits.
En toi, je vois une ombre mensongère
Qui, sous les traits de celle qui m'est chère,
Cache à mes yeux les serres d'un vautour.
Dans ma poitrine enfonçant tour à tour
Leurs aiguillons, tu vois couler mes larmes,
Et tu jouis du succès de tes armes.
Tu t'applaudis d'égarer mon amour.
De ma Lucile en vain prenant les charmes,
Tu ne peux plus prolonger mon erreur ;
Son souvenir ne cause point d'alarmes.
Par la tendresse il enivre mon coeur.
Crains ma colère ; éloigne-toi, barbare !
Et pour jamais rentre dans le Ténare.
i5 octobre i832.
Dans mes vers j'ai peint mon délire,
Tes attraits. Que vais-je te dire ?
Lucile, anime mes crayons,
Et que de ma lyre les sons,
A mes chants, par leur harmonie,
Fassent découvrir l'euphonie.
Pour ami ton coeur a fait choix
De moi, de l'amant le plus tendre ;
Je te parle, et ma faible voix
Ne peut de toi se faire entendre.
En me faisant don de ton coeur,
Tu pensais finir mes alarmes ;
Tu crus mettre fin à mes larmes,
Et chasser ma jalouse humeur.
Non; car de toi si l'on s'approche,
Je ne puis plus me contenir,
Je crois que l'on veut té ravir.
C'est à toi que je le reproche.
— 46 —
Mais ce soupçon par mon esprit
Aussitôt se trouve détruit.
Quand dans mes bras je t'ai pressée,
Quand tu m'as serré sur ton sein,
Et que par ta bouche embrassée
La mienne cueillit empressée
De baisers un nombreux essaim,
Puis-je douter que ton coeur m'aime?
Oh 1 non! A mon amour extrême
Ne réponds jamais autrement ;
Ta tendresse est son aliment.
Si tu veux toujours sur mon ame
Conserver le même pouvoir,
Et nourrir le feu qui l'enflamme : -
Le moyen... tu dois le savoir.
5 novembre i832.
Prolonge tes baisers, prolonge, mon amie,
Cette enivrante volupté.
Mon coeur était à l'agonie,
Mon souffle allait être emporté ;
Par eux je recouvre la vie.
Pour peindre ce que je ressens,
L'ardeur qu'ils portent dans mes sens,
Il faudrait une main divine.
Approche encore et que ton sein
Palpite contre ma poitrine.
Que ton bras, que ta blanche main
Autour de mon cou s'arrondissent.
Et ces mots que tu dis si bien,
Qu'autour de nous ils retentissent.
J'ai passé trois jours sans te voir !
Que ce temps est long quand on aime !
Celui-ci comble mon espoir,
. Il m'offre le bonheur suprême !
— 48 —
Je sens mon chagrin dissipé ;
Un seul baiser l'a mis en fuite.
A m'en donner cent je t'invite :
Car loin de toi, d'eux occupé,
Je ne craindrai plus sa poursuite.
•j novembre i832.
Tu m'as Sonné ton coeur ; tu m'as donné ta main ;
Tu m'as donné ce bras ; tu m'as donné ce sein ;
Tes beaux yeux; cette bouché où naquit le sourire,
Qui porta dans mes sens l'amour que je respire.
Tu m'as donné ces biens en me donnant ta foi.
Ne t'en souvient-il plus ? Lucile est-elle à moi ?
Daigne me pardonner si ce doute te touche ;
Viens, et que ta réponse expire sur ma bouche;
Que long-temps nos deux corps dans nos bras enlacés,
Restent l'un contre l'autre étroitement pressés.
Que nos haleines se confondent,
Et que les battemens de nos coeurs se répondent.
Ne crains pas qu'en mon sein de coupables désirs
Naissent d'une flamme aussi pure.
Va, dans les innocens plaisirs
Que la tendresse nous procure,
On ne saurait jamais trouver de repentirs.
9 novembre ï832.
Ton nom, ma charmante Clotilde,
N'est pas fait pour[finir un vers ;
Pour trouver une rime en ilde
Je mets mon esprit à l'envers ;
Je ne rencontre que Clotilde.
Tu sais qu'avec lui-même un nom ne peut rimer ;
Il est vrai que sans te nommer
L'on pourra bien te reconnaître ;
Quand je dirai les agrémens,
L'esprit et les rares talens
Qu'en toi chaque jour on voit naître ;
Quand je dirai que tout mon être
Tressaille en entendant ta voix,
Et que, pour imiter ton séduisant minois
Qu'envia plus d'une coquette,
Je puiserai dans ma palette
Tour-à-tour ces vives couleurs
Qui doivent retracer ton image fidèle.
— 51 —
Mais l'on pourrait encor commettre des erreurs,
Et supposer qu'Hébé ma servi de modèle,
Ou bien que j'ai voulu peindre une des neuf Soeurs.
Pour éviter cette méprise,
J'hésite à te le proposer,
Mais je sais un moyen... veux-tu que je le dise?...
C'est qu'il faut te débaptiser.
A mon offre tu dois souscrire,
Tu dois choisir un autre nom,
Qui soit mieux connu d'Apollon,
Et qui s'adapte au vers quand l'esprit le désire,
Ainsi que sans effort vient celui de Thémire.
Que je te plains, hélas ! malencontreux ïimeur,
Qui croit que de ton sein doit s'échapper la verve,
Et qui d'un nom en ilde as fait choix par malheur !
Tu ne saurais rimer sans offenser Minerve.
10 novembre i832. '
Le bonheur qui m'attend à chacun porte envie;
Je sais qu'en foule les galans
Recherchent ma gentille amie
Pour, lui prodiguer leur encens.
Je ris de leur vaine espérance !
Ils ignorent que de son coeur
Lucile m'a fait don; que d'elle ma constance
Reçut cette insigne faveur.
Elle est à moi, j'ai sa promesse ;
Elle me l'a faite cent fois.
Mais sur ce point je veux abandonner mes droits.
Pour gagner de nouveau l'objet de ma tendresse,
Entrons en lice. Allons redoutables rivaux,
Je ne crains pas les avantages
Sur lesquels vous comptez pour des succès nouveaux;
De l'emporter sur vous en moi j'ai des présages.
Exhibez donc ici les moyens séducteurs
Que le ciel vous donna pour conquérir les coeurs.