Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Partagez cette publication

POÉSIES LYRIQUES
PAR
LOTOi BELMONTET
NOUVELLE ÉDITION
PARIS
CHEZ AL. BINARD, LIBRAIRE'
RUE PIGALLH, K° 7
1870
Waterloo! —Ce sujet éternellement saisissant cour
nous, renferme un principe politique qu'il est tou-
jours bon et digne de mettre en évidence.
En 1831, au début du règne de Louis-Philippe,
bien jeune encore, j'osai traiter cette question na-
tionale dans une brochure historique qui me valut, à
cette époque, les honneurs de la captivité au secret,
car j'y protestais' en même temps en faveur des droits
de la dynastie impériale. Chateaubriand avait arboré
le drapeau de la légitimité de Henri V. J'arborai celui
de la légitimité de Napoléon II, comme conséquence
rationnelle de la fameuse déclaration de la Ghambre
des représentants des Cent jours. J'esquissai à vol
d'oiseau le retour de l'île d'Elbe et la campagne de
Waterloo. Je me permis d'être prophète, et j'annonçai
la restauration future de l'Empire ainsi que de l'idée
nationale tombée sur le champ de bataille. La destinée
m'a donné raison. Les aigles ont repris leur vol, et le
principe des Cent jours aussi.
Cette lettre, 'dont je suis fier, me fut écrite le
7 janvier 1832, après la lecture de ma brochure
impérialiste.
« Mon cher monsieur Louis , j'ai enfin lu et relu voire ou-
vrage : je vous en félicite. Il y a tout ce qu'on peut désirer
dans une brochure politique, force de style, force de senti-
ments, force de logique. Nous en avons tous été enchantés , et
si cela ne nous touchait pas si personnellement, je vous en
ferais un éloge bien plus pompeux. Il y a beaucoup de per-
sonnes qui ignorent complètement les faits que vous rappelez ;
il y en a d'autres qui les ont- oubliés, et d'autres enfin qui
voudraient que l'on ne s'en souvint pas. Croyez bien à notre
sincère affecuon, cher monsieur Loui=. » N.
WATERLOO
ODE
Vte victoiibus !
I
Waterloo, nom fatal, dont s'indigne l'histoire !
Depuis un demi-siècle il retombe sur nous.
Trahison du destin ! journée expiatoire,
Qui remit sur leurs pieds tant de rois à genoux !
Le monde fut joué comme aux champs de Pharsale.
D'un côté, soutenant la lutte colossale,
Seul, de victoires fatigué, .
Un homme, plus qu'un homme, un grand peuple et son ère
Tirant son dernier coup d'idée et de tonnerre ;
De l'autre, l'Occident ligué.
II
Sous les drapeaux de l'aigle, un Dieu du grand principe,
La révolution et le culte des droits,
Tout un monde nouveau que notre ère émancipe,
Et notre vieille garde, épouvantail des rois.
Sous les vieux léopards, l'Angleterre et ses haines
Groupant, pour raffermir le droit divin des chaînes,
— 6 —
Tous les sceptres contre un grand nom ;
Wellington et Blùcher, ces grands hommes à l'heure,
Livrant leurs deux talents, qu'un jour de gloire effleure,
A la fortune du canon.
III - -
Ici, de l'avenir, la gloire portant l'arche ;
Là, le passé caduc qui tente un dernier heurt.
Au camp de l'Empereur, l'humanité qui marche ;
Au camp de Wellington, un monde qui se meurt.
Et voilà que, là même, où la chance certaine
Devait répondre aux plans du plus grand capitaine,
Où l'héroïsme avait raison,
Où courait la victoire en noble habituée,
Voilà que la fortune, ample prostituée,
Fait une autre combinaison.
IV
L'honneur resta français, l'entends-tu bien, Histoire ?
Chefs et soldats, chacun fit en grand son devoir.
Nos prodiges de sang meurtrirent la victoire :
Un peuple si terrible à vaincre est noble à voir !
Le retentissement de l'immense bataille
Donne à la Grande-Armée une splendide taille,
Aux vaincus l'éclat des vainqueurs :
Elle devient pour nous une force magique.
France, si tu la perds aux champs de la Belgique,
Tu l'as gagnée au fond des coeurs.
— 7 —
V
Le triomphe des rois, tout criblé de nos balles,
S'avançait en boitant vers la grande cité
En vain les royautés agitaient leurs cymbales,
Napoléon avait encor l'immensité.
Tout est toujours possible aux fiertés de la France :
Toujours la liberté produit sa délivrance :
Au moindre choc, le volcan bout.
Sous le pied des vainqueurs la terre était glissante ,
Tant que la vieille garde était là, frémissante,
Avec Napoléon debout !
VI
Ils le savaient. — Soudain la trahison domine
Ces jours de vils complots que le peuple a flétris ;
Le géant ne pouvait crouler que par la mine,
Le Waterloo réel s'acheva dans Paris.
Subis donc tout entier le désastre impudique,
0 révolution ! — ton empereur abdique :
Lui-même il déserte le sort ;
Et ta vaillante armée, en son linceul de gloire,
Rend le dernier soupir sur les bords de la Loire.
Rois, chantez ; le grand peuple est mort !
VII
En voilà pour quinze ans ! La royauté des âges
Reprend son bout de sceptre aux mains de Wellington.
Peuples, le gibet règne; esclaves, soyez sages.
Combien de libertés vous enlèvera-t-on?
Waterloo, c'est la France échancrée et vendue,*
C'est la démocratie à sa tête fendue,
Portant sa couronne en carcan ;
C'est la Sainte-Alliance, usurpatrice en règle,
De congrès en congrès, n'ayant plus peur de l'aigle,
Troquant des peuples à l'encan.
VIII
Waterloo, c'est la loi des sombres harmonies ;
C'est un sommeil de plomb pesant sur les États ;
C'est notre gloire en deuil traînée aux gémonies;
C'est la pensée humaine aux fers des potentats;
C'est l'immobilité recomposant la lave ;
C'est le siècle aux arrêts, c'est l'Océan esclave,
C'est la déchéance en tout lieu.
C'est le long attentat d'Albion sur un homme,
L'élu d'un peuple libre et que la terre nomme,
C'est le peuple atteint dans son dieu.
IX
Eh bien ! qu'est devenue aujourd'hui la victoire,
Où sont-ils, Waterloo, tes fastueux effets?
Tu n'esplus qu'un vieuxmot teint desangdans l'histoire.
Les peuples ne sont plus ce qu'on les avait faits.
Paris des nations a brisé les entraves...
Il ne faut que trois jours à la cité des braves
Pour rendre au siècle son courant.
. — 9 —
L'immobilité meurt, et la pensée humaine,
De la démocratie élargit le domaine :
La Pâque se fait en courant.
X
C'est un Napoléon que la liberté nomme.
Tout ce que Waterloo conquit est revaincu.
L'Europe autour de nous gravite comme un homme,
Wellington au triomphe à peine a survécu.
Le grand peuple a repris le pas sur l'Angleterre.
C'est notre Waterloo que célèbre la terre.
C'est nous à qui l'on dit : J'attends.
Dans l'univers moral, ô France ! tu l'emportes.
Tes résurrections sont aujourd'hui les portes
Par où va l'idée et le temps !
XI
Victoire d'Albion, tu n'es plus qu'un fantôme,
Pourquoi ce bruit d'orgueil? C'est nous qui triomphons.
Qu'est-ce que ton héros près de notre grand homme,
Que la démocratie a tenu sur ses fonts ?
C'esfau haut de la croix que se trouve l'espace.
Malheur à qui grandit d'une grandeur qui passe,
Et qui n'a pas la vérité !
Malheur à qui se trompe et dont la gloire opprime !
Toute fausse puissance a les malheuTS d'un crime ;
Elle meurt sans postérité !
i.
LA POPULARITE
DES GRANDS NOMS
Paris, 1852.
Le peuple a des amours qui sont indestructibles.
Il est toujours pour lui des noms irrésistibles ;
Il en est un surtout, qui, chaque jour plus beau,
Remue au loin le temps des hauteurs du tombeau ;
Et qui, nous réchauffant de ses l'ayons solaires,
Meut, du fond du passé, nos élans populaires :
Le nom de l'Empereur, nom providentiel,
Que la grande patrie incrusta dans son ciel,
Et qui, signifiant gloire, honneur, délivrance,
Fait battre encor d'orgueil tout le coeur "de la France !
Le bon sens a toujours la logique du coeur.
Aux victoires du peuple il faut un nom vainqueur,
Un nom, symbole ardent en qui Dieu se révèle...
Tout doit être nouveau quand tout se renouvelle.
Oui, le peuple français, son amour éternel,
Qu'il poussait vers le grand d'un sceptre paternel,
Ces coeurs, que son génie emportait vers l'immense,
Dans leur culte idéal restent en permanence.
Oui, toujours la patrie, en arrière, en avant,
Ne regardant que lui, le voit toujours vivant.
Du fond de son cercueil l'Empereur règue encore ;
C'est toujours son éclat, France, qui te décore.
Il nous a faits si grands, on l'a tant fait souffrir,
Que le dieu plébéien, mort, ne doit plus mourir.
— Hs—
De la démocratie impérissable idole(/
Dans chaque souvenir il a sçn Qapitole.
La France est aujourd'hui ce qu'elle fut hier.
Elle a toujours présent ce beau règne si fier,
Ce règne créateur, ce temps de nos merveilles,
Où, prodiguant l'éclat qu'il cherchait dans ses veilles,
L'Empereur, l'homme-peuple, esprit monumental
Donnait à nos grandeurs son nom pour piédestal,
Et, nous rassasiant de sa gloire bénie,
Sur nos prospérités élevait son génie.
Son empire pour base avait tqut l'Occident.
Le règne d'un grand homme est plus qu'un acddent.
Ses bienfaits, dont le temps fait germer la semencej
Au coeur des nations ont une vie immense ; ' -
Car la vie est de l'âme encor plus que du corps.
Les oeuvres du génie ont d'incessants accords.
Ce qu'il a fait de beau semble toujours se faire,
Et le monde après lui gravite dans sa sphèrç.
Rien n'usurpe le temps comme un grand souvenir;
La gloire fertilise à travers l'avenir.
Un héros n'est-il pas l'esprit de Dieu qui passe?
Il est le conquérant lumineux de l'espace
Et l'astre, disparu, longtemps laisse après lui
Des gerbes dans le ciel où son passage a lui.
Soleil de la patrie, en tout temps il l'enflamme ;
Il est toujours visible à l'horizon de l'âme,
Son génie est resté vivant dans ses bienfaits.
Les peuples bien longtemps sont ce qu'on les a faits,
Qui flatta leur orgueil, qui féconda leur vie,
Occupe incessamment leur mémoire ravie.
Le monde, où ce qu'on fit de grand ne tombe pas,
-12 -
Retentira longtemps du seul bruit de ses pas.
Plus le peuple français admire, et plus il aime.
La révolution, dont son nom est l'emblème,
Resplendissait en lui de toute sa splendeur,
Et la patrie était grande de sa grandeur.
Toute l'âme du peuple, en gloire dépensée,
Semblait, sous son bandeau, jaillir de sa pensée.
Les coeurs battant plus vite allaient à son niveau :
Il était à lui seul tout un monde nouveau :
Il portait l'avenir, et la démocratie
En avait fait bientôt son éclatant Messie. -
Elle régnait en lui. Du haut de son pavois,
C'est elle qui parlait au monde par sa voix ;
C'est elle qui tenait son sceptre, et, dans l'histoire,
Implantait ses jalons de victoire en victoire;
C'est elle qui, marchant sous le souffle divin,
Ne s'est pas dans son Dieu symbolisée en vain.
Ton épée, ô grand homme, est l'aiguille solaire
Qui pour les nations marque la nouvelle ère.
C'est le règne du peuple et de sa volonté ;
C'est l'intérêt d'en bas sur la hauteur monté ;
C'est l'ère où le mérite a son niveau suprême ;
Où le travail humain hérite de lui-même,
Où chaque âme se fait sa part de royauté,
Où la vie en commun a toute sa beauté ;
Où dans chaque vertu chacun se communique, \
Où les fraternités vont dans un sens unique;
L'ère où les nations, unissant leurs accords,
Pour un but idéal n'auront plus qu'un seul corps.
Car les temps sont venus où, partout décidées,
Des peuples dans les rois vo'nt régner les idées.
C'est Dieu, par qui la terre est en soulèvement, .
Qui, pour l'humanité, créa le mouvement.
Avec Napoléon la destinée humaine
- 43 -
Va reprendre son cours ; toujours Dieu la ramène,
La vie est en avant. — Dans ses pas résolus,
Le monde va toujours et ne recule plus.
La gloire est un levier, nos jours en sont la preuve.
Depuis trente-trois ans la patrie était veuve,
Veuve de son grand homme, astre de son bonheur;
Elle a repris son nom dans un élan d'honneur.
Ce nom divinisé, qu'adore la chaumière,
Est, dans notre chaos, devenu la lumière.
La France à son héros n'avait point dit adieu :
Le culte est immortel aussi bien que le Dieu.
Elle veut être libre et généreuse et forte ;
Hors de sa volonté toute puissance avorte.
Après trente-trois ans de veuvage et de deuil,
La résurrection s'est faite en un "clin d'oêil.
Il faut, vers l'avenir pour qu'un peuple se meuve,
La popularité d'une auréole neuve.
Depuis que l'Empereur descendit au tombeau,
La gloire n'avait plus d'autel ni de flambeau.
Il en faut un au peuple, et ce sont les charrues
Qui ramènent toujours les grandeurs disparues.
Oui, le peuple a remis tout son coeur dans son voeu.
C'est l'Empereur qui monte où monte son neveu.
Dans le sang de César, l'élu du plébiscite,
La souveraineté du peuple ressuscite.
A la grande patrie il fallait le grand nom.
Quand la gloire a crié : Lui, lui ! Qui dirait : Non ?
Ombre du grand martyr qui mourut pour la France,
Dont la chute emporta notre honneur en souffrance
Sors, sors de ton cercueil d'où tu règnes toujours,
Empereur des Français dont tu fis les grands jours,
Remonte dan| nos cieux, soleil de notre histoire ;
Ton nom est à lui seul une longue victoire :
1..
— 14 -
De nos grands souvenirs rallume le flambeau,
Majesté du passé qui vis dans le tombeau
Les hommes créateurs, d'origine divine,
Ont cela d'important que l'âme les devine.
Moïse, l'Homme-Dieu, César, Napoléon,
Ont les coeurs pour autel, le temps pour Panthéon.
L'humanité, qui marche à leur céleste flamme, -
Vers le but éternel suit les soleils de l'âme.
Car, des siècles futurs vastes contemporains,
Même de l'avenir ils sont les souverains.
Pourquoi donc cette force, et d'eux seuls entrevue,
Qui, dans le monde humain, règne à perte de vue?
C'est qu'ils ont accompli de hautes missions.
Ils font marcher la foi dans les soumissions ;
Ils donnent à la vie un centre de conquête,
Une harmonie au tout, à l'idée une tête :
C'est qu'ils sont l'absolu s'imposant en tout lieu ;
Car l'autorité même est la raison de Dieu.
Elle descend de lui. C'est la loi générale
Qui donne aux faits humains leur majesté morale.
Où l'autorité meurt, où manque son bienfait,
Rien ne va, rien n'existe, et le chaos se fait.
Eux seuls vers le grand but, avec Dieu qui les mène,
Accélèrent le pas de l'existence humaine.
Dès qu'ils ont fait leurtemps,leur nom devientplusbeau.
Même ils sont plus vivants à partir du tombeau.
Cette adoration renferme un grand mystère.
L'avenir n'est qu'à ceux qui fécondent la terre ;
Leurs âmes du grand Être ont l'air d'être les soeurs.
Les bienfaiteurs du monde en sont les possesseurs^;
Et de l'humanité, ces astres populaires.
Traversent l'infini de leurs feux séculaires.
Pans, 1852.

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin