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Postscriptum à l'Histoire de la guerre de la Vendée, suivi de Mes promenades à Wesel, ou Observations politiques, etc., et encore d'une lettre de Sa Majesté l'Empereur de toutes les Russies et le prétendant à la grande maîtrise de Malthe, par Bertrand Poirier de Beauvais,...

De
125 pages
1800. In-8° , 124 p..
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POST SCRIPTUM
L'HISTOIRE DE LA GUERRE
D E L A V E NDEE,
SUIVI DE
MES PROMENADES à WESEL,
OU
OBSERVATIONS POLITIQUES, ETC.
ET ENCORE D'UNE
LETTRE
à SA MAJESTÉ L'EMPEREUR DE TOUTES LES
RUSSIES ET LE PRETENDANT à LA GRAN-
DE MAÎTRISE DE MALTHE,
PAR.
BERTRAND POIRIER DE BEAUVAIS,
CONSEILLER DU ROI EN SON GRAND CONSEIL à PARIS ,
ET DEPUIS
COMMANDANT GÉNÉRAL DE L'ARTILLERIE DE DIFFEREN-
TES ARMEES DE LA VENDEE.
Hélas ! ! les miens et moi, voulant faire du bien
N'avons fait que du mal à, la France éplorée;
Jalousés , abusés , et fans aucun soutien
Notre parti tomba — l'Europe fut changée.
FRANCFORT
1800.
ERRATA.
Page 4. ligne 6. après le mot sacrifie, lifez tout
— 4, — 22. après le mot Britannique, lifez
voulant pas, il eft a croire, un
rapatriement utile, entre les Prin-
ces Bourbon.
— 5, — 5, ses partisans, lifez ses pantins.
— 6. — II. les: doivent être après le mot opposés.
— 6.— 25. témoins, lifez temoin.
— 7. — 18. qu'en refulte, lisez qu'il en réfulte.
—— 8.— 15. furvint , lifez survécut.
— - 9. —— 2. raits, lifez faits..
— 13. —— 3e exifte, lifez exiftoit.
—— 14. 2. attaché, lifez attachée.
— 19. — 15. vos pratiques, lifez des pratiques.
— 19. —— 17, de chofes, lifez des chofes.
— 23. —— 23. aveugles, lifez aveuglés.
— 24. — 2. côtes, lifez côtés.
—— 29.— 24. éprouvé, lifez éprouvée.
—— 29. — 24. Tannée dernier, lifez l'an dernier.
—— 30. —— 17. l'eclater, lifez éclater.
— 32. —— 31. ces rivaux, lifez tes rivaux.
— 36. —— 25. converfer, lifez conserver,
—— 37. — 21. obligé, lifez obligée.
—— 38. — 17. elle ne sera, lifez elle ne sera pas.
—— 69; — 1. relatives, lifez relative.
— 51. —— 4. par les nations, lifez fur les nations,
— 57. —— 19 ridiculer, lifez ridicules.
—66. ——11. après le mot réflechi il ne faut
qu'une virgule au lieu du point.
—— 76. —— 15. après des hommes, lifez particuliers.
— 76. —— 19. quelles que, lifez quelque.
—— 81. —— 28. lifez je l'ai prouvé,
— 91.— 14, ces miniftres, lifez fes miniftres.
AVANT PROPOS.
Le Gouvernement Britannique, source impure de
toutes les calamités qui découlent fur la France et
par fuite fur le reste du globe, loin de ceffer fes pour*
suites contre cette puissance, les redouble dans ce
moment, avec une énergie qui doit effrayer fenfible-
ment et en tous lieux, les amis de l'humanité. Que
ne met il pas en oeuvre pour satisfaire fa jaloufie
phrenétique? Les loix font violées en Angleterre,
et les Citoyens deviennent Soldats disponibles ; les ta-
xes arbitraires et souscrites par un Parlement vendu,
ne laissent au peuple que mifère et douleur; et la
dette Nationale se transforme en abyme; — toutes
les ressources que peut fournir à Mr. Pitt son génie
inventif, et avec lequel il noyera son pays dans des
convulsions horribles, font dirigées, non pour opérer
une paix générale, mais pour établir et prolonger une
guerre générale, et dans laquelle le déchirement de
la France, est le principal objet. Du Nord au Midi,
et du Levant au Couchant, il a fû lui susciter de»
ennemis terribles, et qui tous, en servant la paffion
du Gouvernement Britannique, combattent contre leurs
A pro-
< 2 >
propres intérêts; je le demontrerai dans mes divers
écrits. Mais fi l'amour de mes femblables me fait
déplorer des malheurs, quelque part ou ils exiftent,
ceux qui pèsent sur ma patrie doivent principale-
ment m'intéreffer, et m'engager à chercher a l'en dé-
livrer , en indiquant avec force et précifion, fi je puis,
l'endroit ou ils se compofent, et d'où ils partent.
Royalistes quelconques, Républicains de toutes les es-
pèces, fachez enfin que vous n'avez été jusqu'ici,
que de constantes victimes de ce Gouvernement. Sui-
vez donc fa marche, et bientôt désabusés, vous ne
compterez que fur vous mêmes pour parvenir à un ré-
sultat heureux; et dans lequel puiffent être assoupies,
toutes les diffenfions que provoqua fa malveillance.
Les fils du dernier Duc d'Orléans viennent, dit-
on, inceffamment d'Amérique à Londres; quelques
gens fimples croiront que c'eft pour rétablir l'union
parmi lés Princes Bourbon, et pour parvenir plus fa-
cilement à finir les troubles de France, a l'extinction
desquels on se prêteroit enfin de bonne foi. D'au-
tres, en se méprenant également, croiront entrevoir
une marche qui favoriferoit leurs desseins ; mais il faut
ne pas connoître le Gouvernement Britannique, pour
penser que d'une manière ou d'une autre, il puiffe
jamais vouloir travailler avec fincérité, à établir un
ordre stable en France, par le triomphe d'un parti
quelconque, et l'abattement de tous les autres. Non,
jusqu'ici, clandestinement, ou ouvertement, il les a
soudoyés tous, sen ai la preuve ; mais comme Mr.
Pitt veut autant qu'il peut, avoir ses marionettes a
fa portée, il les fait venir en Angleterre, ou ses envi-
rons en nombre fuffifant; afin de les mettre en fcène
avec plus d'opportunité, et pour faire repréfenter les
piè-
31 3 P
pièces qui lui conviennent: et lui derrière la toile,
conduit du doigt et de l'oeil, tous les mouvemens
néceffaires aux grotesques tragédies qu'il veut faire
jouer. Que de gens, fans s'en douter, ne font entre
ses mains , qu'un ridicule et gesticulant Polichinel!
quant aux fraix du fpectacle , ils font fournis par le
débonnaire peuple Anglois, dont l'argent retranché de
fon néceffaire, fert a payer les gladiateurs que four-
niffent d'une manière fi inconfidérée les états du con-
tinent et principalement la France , où l'on veut à
toute force, établir le lieu des représentations habi-
tuelles.
Les Princes d'Orléans, paroitroient ils donc ainsi
que les Condé à la tête des Ruffes où des Anglois?
et iroient ils déployer leur valeur dans des bataillons
ennemis, et contre leur pays? Ce n'est pas-là le
moyen, ni pour les uns ni pour les autres, de con-
server leurs partisans en France. Beaucoup de gens
qui avant tout font François, cessant d'affectionner
des Princes qui s'abandonneroíent au point de favori-
ser de toutes leurs forces des deffeins contre leur
patrie, pourroient bíen, au contraire ; fe trouver fur
leur passage , et leur disputer l'entrée d'un terrain
qu'ils voudroient livrer a de cruels envahiffeurs : car
il n'y a pas à s'y méprendre, et il n'y a plus d'ex-
cuse , aujourd'hui , d'après la conspiration connue et
prouvée contre l'intégrité de la France. Dans le qua-
trième volume de mon Histoire de la guerre de la
vendée, en parlant de l'armée du Prince dé Condé,
et des travaux multipliés et fans fin des héros qui la
composent, à commencer par son Chef, je développe,
et je crois saris réplique, lés devoirs auxquels chacun
est affujetti envers fon pays; et combien feroient cou-
A 2 pa-
( 4 )
pables, de la part de cette armée, des exploits nou-
veaux qui, plus ils feroient brillans, plus ils feroient
criminels; puisque ces guerriers, mettant a part toute
prévention, ne peuvent se dissimuler qu'ils seroient au
déminent du lieu qui les a vu naître, "tout
Mais si la vertu exige que l'on facrifie à sa terre,
natale, celle-ci doit elle proscrire, à jamais, ses en-
fans? Non fans doute, les devoirs font réciproques,
et si la France a des mesures à garder, si elle doit à
la tranquillité de la masse des Citoyens, des précau-
tions jugées indispensables; elle doit également, pour
être juste, faire usage des moyens qui font en son pou-
Voir, pour arracher les profcrits au malheur qui les
poursuit ; et les sauver ainsi des crimes irréfléchis
qu'une main armée par la nécessité leur feroit com-
mettre encore contre une patrie qu'ils chérissent tou-
jours. Ces moyens existent, ainsi que je le dis dans
un de mes écrits; et il est à croire que la République ,
lorsqu'elle fera moins agitée, s'empressera d'en faire
un baume, qui puisse au moins cicatriser les blessures
de ces' infortuné
Le Gouvernement Britannique, en fomentant et en
soudoyant le parti d'Orléans, ne le fera donc pas dans
les vues qu'il réussisse ; la preuve en eft fenfible, puisqu'il
est hors de doute qu'il foudoyé plus ou moins au
besoin toutes les autres factions. II cherche a mul-
tiplier les partis, pour diviser les armées; coup fatal,
qui divise et démembre la France; coup facal! que je
prérais depuis longtems, qui m'a toujours inquiété,
et contre lequel je voudrois que l'on se prémunît for-
tement. Fasse le salut de mon pays que je ne crie
pas dans le désert! Depuis le commencement de la
révolution, le Gouvernement Britannique tâche d'ar-
ri-
( 5 )
river là, et d'àmener cette funeste époque. Avant le
18. Fructidor an 5e. (4 Septembre 1797.) les armées
étoient travaillées dans ce sens ; c'est - à - dire chacune
dans un sens contraire à l'autre. Mr. Pitt prodiguoit
l'or pour une telle opération, amusant ses par- les
agens de Louis dix-huit, de la folle idée, que c'étoit
pour le service de leur maître, qu'il répandoit ainsi
les guinées Britanniques. C'est dans ces vues que Mr.
Wickham vouloit, et que les complaisans agens du
Prétendant répétoient, qu'il falloit-pour le bien de la
chofe, que les Royaliftes criassent pendant quelque
tems, vivent les conseils.
Dans cette occurrence, persistant à ne vouloir pas
me renvoyer dans la Vendée (*), et voulant ce-
pendant se débarasser de mes importunités, on me
proposa d'aller vers le midi de la France pour, avec
des moyens à ma disposition, employer convenable-
ment des gens, qui gagneroient en faveur du Préten-
dant, les armées qui y étoient; que ne dis-je plu*
tôt, pour désorganiser ces armées, où les différencier
des autres par leur opinion ; puisqu'on trouva mauvais
que je voulusse employer les seuls moyens qui pou*
voient les attacher constamment à la cause dans la-
quelle je devois les engager Je ne dis que peu de
mots à ce sujet et les voilà: „ Travailler feulement'
,, le Soldat, ce n'est que désorganiser; et pour gagner
„ les Généraux et Officiers , l'argent n'est rien ; il
„ faut la conservation de leurs grades et de la con-
„ fidération. Puis-je offrir l'une et l'autre? Mais je
„ vous
(*) On verra pourquois dans l'ouvrage qui doit suivra
l'impreffion de celui-ci.
A3
,,vous préviens que je me trouverois cruellement of-
,, fenfé, si on ne me faifoit faire des promesses,,, que
„ pour en faire ensuite des, moqueries. '' ( * ) On ne ma
répondit rien, on ne me parla plus de la, mission, es
l'on battit la campagne quand depuis je revins une
ou deux fois fur cet objet
Quel aveuglement de croire pouvoir tromper autrui
fur ce qui est ses intérêrs! quel aveuglement de pen-
fér s'attacher autrui au préjudice de ce qu'il croit. être
fes intérêts! Cette maxime devroit être fentie dans les
partis oppofés :avec des, fentimens contraires la Ré-
publique et tout ce qui est en butte au Prétendant, ne
gagneront rien avec, ceux qui jusqu'ici lui ont été
attachés; et les Royaliftes, de leur côté, ne pour-
roient qu'affoiblir leur influence ,, et dégrader leurs
honorables travaux.-, en descendant à un moyen auffr
abject que la fauffeté. (Le metier des armes ne com-
porte pas un tel art.) Ceux d'entré,eux, que des
îutérêts particuliers font mouvoir au gré de chaque
circonstance, ne peuvent donc qu'être notés d'infamie,
et regardés comme indignes de faire partie d'une, mafia
auffi respectable.
. Vous! que j'ai désigné, dans [mon apperçu par trois
étoiles, après le Nom La vieuvile, vous! a double, face
vis - à - vis de vos Camarades, témoinace qui se passa au
conseil du 18. Avril 1795. a la Prévalais, et le même.
soir.
(*) Si l'on veut savoir, ce que je pense sur la valeur
d'un engagement; pris , il faut consulter dans mon Apperçu ,
publié à Londres en 1798, mon Opinion dans le Conseil
de guerre , tenu à la Prévalais le 18 Avril 1795. Dans
cette opinion on trouvera beaucoup de choses qui font, ana-
vogues à ce qui se passe, aujourd'hui.
( 7 )
soir dans la chambre du comte de Sils, vous ! encor in-
connu fur les champs de Bataille, et qui perfide avec
vos ennemis, figurez toujours dans des traités, quand
cesserez vous enfin d'amuser tous les partis? le Che-
valier de St. Régent, auffi franc qu'il est brave, a
une parfaite connoiffance de ces choses, et L. G**,
dont le témoignage n'est, pas moins estimable, fait
également que çe que j'avance ici, est positif. Non
loin, peut-être, des momens ou certe querelle se ter»
minera pour le bonheur des François, ne ternissons pas
le parti que l'amour de notre pays nous a fait pren-
dre. Ceux qui ont la conviction au fond du coeur
qu'ils ne peuvent plus faire par les armes, que des
plaies à.la France , ne pouvant trahir leur conscience,
n'auront plus d'autre désir que de les employer contre
ceux qui nous ont abusés. Mais s'il en étoit qu'un
prestige continuât d'égarer, voyons les encore, quel-
que mal qu'en résulte, suivre la voix impétueuse et
enchanteresse du dieu Mars, plutôt que la voix hypo-
crite et méprisable de la Déesse Laverne. Des François
de tous les fiècles cè fut la maxime, ne dérogeons
donc pas des vertus de nos pères; c'est le moyen d'avoir
l'estime de tous les partis, et de pouvoir s'aimer après
un rapatriement. Ceux qui ont encore un bandeau fur
les yeux quant aux vues du Gouvernement Britanni-
que et aux moyens du Prétendant, font donc eftima-
bles étant les armes a la main, tandis qu'ils ne méri-
teroient que le mépris et l'indignation, s'ils ne cher-
choient à faire la guerre à leurs ennemis, que par des
promesses perfides et déshonorantes ; les combats qu'ils
livrent, assurent le respect qu'ils auront pour leur pa-
role, quand une fois ils l'auront donnée à un Gouver-
nement qu'ils croiront pouvoir adopter,
A 4 Dans
( 8 )
Dans mon poft feriptum á l'histoire de la guerre de
la Vendée, et postérieurement dans mes observations
politiques, je parle avantageusement de Bonaparte.
Je le pouvois dans le tems que je les fis, puisque ce
que j'en dis devoit être, regardé, comme dégagé dé tout
intérêt, surtout à l'époque ou il étoit en Egipte, en-
touré de difficultés,, toujours renaissantes. Je n'en di-
rai rien aujourd'hui, je ne fais flatter personne; faffèz
d'autres le feront. Mais pour le juger dans fa conduite,
future, j'ai suivi la maxime de Lord Chesterfield., j'ai
descendu dans moi même pour savoir ce que ferois a
fa place, et je me fuis dit qu'avec tant de gloire; je ne
ferois rien pour en déchoir : ainsi un homme qui a tout
fait pour elle, qui a cent et cent fois exposé ses jours,
avec le seul defir qu'elle lui furvine, ne fera, je pen-
se, jamais rien qui soít indigne de lui, et ne s'occu-
pera qu'à laisser une Mémoire chérie et l'exemple diffi-
cile des vertus les moins communes. Plus, les hom-
mes font grands, plus doivent être circonspects ceux
qui veulent les analyser.' Et plutôt que d'avoir des
idées désavantageuses fur celui dont est question , pour-
quoi ne pas croire qu'il a mis la plénitude de fa jouis-
sance , à arracher la France à la fureur des partis, et
à la préserver de tomber entre les mains de quelque
despote qui, ainsi que je le dis dans mon apperçu,
n'eut connu d'autre volonté que son épeé. Le respect
pour les loix librement faites par les François, fera
donc la pierre fondamentale du jugement que cette
présente génération, ainsi que les plus éloignées, por-
teront fur Bonaparte, et le genre de gloire qui lui
convienne.
Comme dans la composition de mes écrits, je n'ai
eu en vue que futilité dont ils pourroient être, je ne
fui-
( 9 )
fuivrai pas dans leur publication, l'ordre dans le quel
ils ont été.aits.. II importe de donner d'abord ce qui
a le plus d'analogie aux affaires du moment; et par
cette raison, je me détermine a donner aujourd'hui,
mon poft fcríptum a l'histoire de la guerre de la Ven-
dée, et mes observations politiques. Le premier a tant
de rapport avec les circonstances présentes,, qu'il ne
peut être lu dans aucun tems plus a propos. A l'épo-
que. ou il fut fait, tout le monde crioit à la paix, la
guerre civile étiot fomentée, on femoit la discorde par-
mi les diverses autorités, ou cherchoit a établir diffé-
rens partis, a diviser les armées et a provoquer la dé-
sertion; que fait on encore, si ce n'est cela?
Après ces deux objets, je vais donner incessamment,
ce que j'intitule : Intérêt général des François dan l'état
actuel de la révolution Cela est précédé d'un discours,
préliminaire dans le quel se trouve un résumé véridi-
que de diverses choses intéressantes. Dans l'une et dans
l'autre de ces pièces, les Royalistes verront avec preuve
combien ils font dupes de leurs sacrifices. Je voulois
commencer par donner ce morceau, mais j'ai cru devoir
préférer la marche que je tiens. Je ferai parôitre ensui-
te le quatrième livre de l'Histoire de la Vendée (*),
du
(*) Ce quatrième Volume á été compofé ainsi que les
autres en Angleterre; dans l'Ouvrage qui suivra ce qui,
paroit aujourd'hui, on verra pourquoi mon Apperçu n'en
fit pas mention. Cet apperçu , quoique très abrégé, dé-
ment bien des absurdités, et donne une idée juste de la
Guerre de la Vendée, en ce qu'on y voit la tête des Cha-
pitres des trois premiers Volumes; comme de le lire peut
engager à la souscription, que je compte proposer par un
Profpectus; on pourra se procurer cet apperçu chez les mé-
A 5 mes
( 10 )
da quel pour raison donnée ailleurs, il n'est pas men-
tion, dans mon apperçu. Ce quatrième volume fera
immédiatement suivi des trois premiers ,. volumes qui
traitent précisément de ce que nous appelions Guerre
de la Vendée. L'expression dans ces écrits, n'égaie-
pas, fans doute, le sentiment qui les a produits et le
lecteur ne trouvera pas les choses rendues comme el-
les pourroient l'être; au moins espère-je trouver grâ-
ce auprès de lui, lorsqu'il remarquera par mon ftile,
le peu de prétention avec lequel j'écris. Dans les ré-
cits, rapporter les choses comme elles font, comme je
les ai vues, voilà mon defir, et quant au surplus,' ma
tâche fera vraiment remplie, si je parviens à lui don-:
ner la conviction des. vérités dont je fuis pénétré, et
a ranimer du zèle que chacun de nous doit avoir, pour
que la France puisse sortir avec avantage de cette lutte
fï dangereuse dans laquelle elle se trouve engagée.
Westphalie., le 10. Février 1800.
POST
mes Libraires, où se trouve la présente Brochure, ce qui
fera voir la différence qu'il y a d'apprendre les choses par
un témoin oculaire et impartial, on de les savoir de quel-
ques Romanciers.
( 11 )
P O S T S C R I P T U M,
A L'HISTOIRE DE LA GUERRE DE LA VENDÉE.
Ecrit en Juin 1797.
D epuîs que mes Mémoires font finis, les tems font
changés encore; et la conduite des Puissances qui
avoient des moyens de nous seconder,' dont nous
avions droit d'attendre des secours sincères et suffisans,
d'après les dangers qu'elles venoient de courir elles-mè-
mes, nous prouvant qu'elles persistent dans leur. Ma-
chiavélisme , il ne nous reste plus d'espoir de réussir
par la force des armes., Il n'y a plus aucun fond à faire
fur elles ; et des offres- postérieures de leur part, ne
seroient que pour employer une machine de plus, en-
tre celles qu'elles ont dressées, pour opérer la destruc-
tion de la France. Parmi beaucoup de données que
j'ai à ce sujet (*), lesquelles réunies,,me font des
certitudes, j'ai quant au Gouvernement Britannique,
des connoiffances particulières fur la manière dont
Mr. Windham voit encore aujourd'hui les choses, et
conséquemment le Chancelier de l'échiquier qui règle
tout. Ces, connoiffances ne font point équivoques,
puis qu'elles me viennent de personnes qui ont vu le
Ministre, lui ont donné des Mémoires dont j'ai dirigé
le
(*) Je parle ailleurs des réponses évasives que le Ministre
fit aux diverses demandes particulières que j'ai faites moi-
même
( 12 )
le fens, ainsi que celui de quelques lettres, afin de le
faire expliquer de façon, que je pûs plus particulière-
ment savoir à quoi m'en tenir dans les circonstances.
Ces personnes ont bien voulu auffi s'en rapporter à
moi, pour la manière de répondre à certaines ques-
tions que nous supposâmes devoir être faites. Et la
chofe et les personnes ne me permettent pas de met-
tre au jour le résultat de ces entretiens divers, que
l'on a eu avec le Ministre, et en différens tems; mais
je dois pour l'intérêt public, soulever un peu le voile,
et dire que lorsque Mr. Windham, interrogea l'une
de ces personnes, la quelle connoissoit pertinemment
les affairés de France, la question fur laquelle il in-
sista fût, quant à l'opinion qui pároissoit être la plus
générale dans ce pays, et le voeu particulier au quel
on fembloit s'attacher. La personne dît que tout le
monde s'accordoit en France à dire que le Gouver-
nement actuel n'étoit nullement convenable et ne. mar-
cheroit jamais. Que quant au remplacement, beau-
coup defiroient la Royauté et dans la personne de
l'Héritier légitime, afin d'éviter la guerre :civile qui
autrement pároissoit inévitable. Le Ministre s'appe-
santit encore sur la même question, et de manière
à faire entendre qu'il vouloit savoir si le désir d'un
changement provenoit, òu de la répugnance que. l'on
avoit pour le Gouvernement actuel en lui même, ou
par l'amour que l'on avoit pour la Royauté; et comme
Mr. Windham annonçoit en quelque façon croire et
désirer, que le premier motif fut le plus puissant, le
Royaliste se prêta complaisamment à ses vues, et lui
dît que la haine contre la Constitution actuelle étoit
fans contredit, cequi déterminoit les mécontens, dont
certains vouloient décidément le Roi, mais dont un
plus
( 13 )
plus grand nombre n'en avoit qu'un désir vague, mal
prononcé, et qui malheureusement céderoit à un ordre
de choses,. moindre encore que celui qui exista Qu'un
tel changement, au milieu du tumulte et des factions
ne manqueroit pas d'amener une anarchie nouvelle,
fi on n'employoit, à propos, les moyens propres à
soutenir ceux qui étoient zélés Royalistes, et à dé-
terminer les indécis. A ce récit, la figure du Mi-
nistre s'épanouit involontairement, et un, air de con-
tentement parut de la manière la plus visible; il
oublia dans ce moment son rôle; ou plutôt, l'ingé-
nuité qui lui est naturelle, et l'a tant fait estimer jus-
qu'à ce jour, lui fit transgresser les règles de la. poli-
tique; il écrivit, d'ailleurs, comme c'est fa coutume,
tout ce que lui. dît le Royaliste, avec l'intention,
fans doute, d'en faire un bon usage.
Si d'un côté, nous ne pouvons plus décidément nous
en rapporter aux puissances qui ont tant abusé de nous;
de l'autre, les diffenfions civiles ayant changé de for-
me en France, et chacun, du fond de son coeur, dé-
sirant la tranquillité, il vaut bien mieux, il me sem-
ble, remettre à un jugement paisible l'espéce de Gou-
vernement à la quelle nous nous arrêterons enfin, que
de tenter encore le tumulte dés armes. Puisque nulle
forme ne peut durer qu'elle n'ait pour elle la. volonté,
générale, toute autre établie par la force, devant
amener de convulsions, nous nous en rapporterons au
voeu National, car les assemblées à mesure que les
passions s'abaifferont, n'émettront que désirs raisonna-
bles et ne nommeront que des gens dignes de leur con-
fiance qui, dépositaires de leur voeu, consommeront
cette révolution par un Gouvernement qui, s'il ne
plait a tous, au moins ne répugne à personne. .Et fi
la
( 14 ) ,
la majorité de la France n'a jamais ceffé d'étre Roya-
liste, et d'être attaché a la dynastie présente, le Roi-
titulaire sera rappelle par. l'amour même dé ses fujets,
pour nous faire goûter les douceurs d'une monarchie
tempérée, à sombre et fous la protection de la quelle
nous pourrons oublier nos maux; ce' qui ne peut arri-
ver qu'autant que Sa Majesté fera dégagée de ceux qui
par leur conduite ont déterminé la révolution. Pour
accélèrer ce moment, il seroit nécessaire de la part du
Roi, de rendre chacun convaincu que perfonne ne fera
recherché pour quoi qu'il ait pu faire , autrement le
moindre révolutionnaire le craindra et cherchera a l'é-
loigner. Un crime particulier eft vu particuliere-
rement, et puni ; un crime révolutionnaire quand il eft
général, doit être oublié; avoir une autre politique,
c'est ne vouloir réussir à rien.
Des circonstances ont retardé mon départ de ce'
pays, de jour en jour, jusqu'à ce moment, fin de Juin!
1797. Quoiqu'il paroisse que je partirai incessamment,
que ce foit mon attente, il peut néanmoins, je le crains ,
se faire qu'il foit encore prolongé ; et comme les in-
térêts de la France, quelque foit son Gouvernement,
me seront toujours chers je ne puis m'empêcher d'em-
ployer mes momens à faire des réflexions fur les fuites
de la paix que l'on semble défirer fi ardemment, et fur
celles que peut amener l'aigreur des différens partis qui
fe choquent et fe laissent entraîner à leurs passions, au
lieu de suivre avec mesure , ce que les choses présentes
exigent.
Tous les Citoyens François font admis aujourd'hui
à s'occuper de la chose publique, et il est de leur de-
voir de le faire; mais l'opinion publique dirigeant, où
plutôt forçant en quelque façon les opérations, n'est-
( 15. )
ce pas également une tâche pour un vrai François, de
quelque parti qu'il soit, de découvrir les manoeuvres
qu'il voit que certains cabinets étrangers mettent en
ufage pour réussir dans leurs projets jusqu'ici. déçus?
afin que chacun des individus.de cette nation, instruit
fur les intérêts de son pays, n'aille pas.en secondant
ces Cabinets, travailler à l'inverse de ce qu'il doit, et
coopérer à un voeu public qui ne fut pas convenable
à la France. D'après les jalousies anciennes de la part
de ces Góuvernemens, la manière dont ils ont trom-
pés les Princes François et tous ceux qui se sont dé-
voués a leur cause; d'après les projets les plus défas-
treux contre nous, lesquels ils n'ont même pas fu dé-
guiser ; d'après encore tous les mouvemens intérieurs,
qu'à ce dessein, ils ont excités chez nous, dès le
commencement de la révolution, la quelle est leur
ouvrage, peut on se méprendre sur la main qui gou-
verne ceux d'aujourd'hui?
Les Góuvernemens font comme les faisons; celles-
ci à quelques incidens près, font toujours essentielle-
ment les mêmes ; ceux là dépendent auffi de quelques
circonstances imprévues ; il est donc raisonnable, de pen-
ser que, s'ils s'abstiennent de la force qui a trompé
leur espoir, ce n'est que pour avoir recours a la ru-
se (*). Tel on voit souvent un loup, ce terrible
fíéau des campagnes, attaquer dans une prairie des
boeuf, qui, ayant pris foin de se harder, et de manière
à faire front sur tous-les peints, ne lui laissent, par
leur ensemble, aucune espérance de les entamer; mais
l'a-
(*) Dans ce tems les Puissances avoient l'air de vouloir
faire la paix.
(16 )
l'animal en renonçant à les vaincre par la Force, puis-
que ce seroit en vain qu'il le tenteroit encore, ne
s'éloigne que pour employer dès moyens plus certains ;
auffi, après s'être plongé dans l'eau et roulé fur le
fable, vient-il ensuite se secouer sous leurs yeux,
pensant qu'en les aveuglant, il pourra les désunir, et
se procurer par l'adresse la victoire pour laquelle ses
forces étoient trop insuffisantes.
Les Góuvernemens dont je parle, se détermineroient
ils enfin à donner aux Royalistes des secours a suf-
fire pour leurs différens besoins, cela ne prouveroit
rien à un homme capable de réflexion, puisqu'il ne
jugeroit de l'efficacité de ces fecours, en dernière ana»
lyfe, que par l'intention de ceux qui les donnent; et
plus, ils seront considérables, plus seulement nous, de-
vrons juger que l'on a besoin de nous pour opérer
une diversion qui soit utile; et d'un autre côté, pour
affoiblir plus particulièrement les François, en les met-
tant aux mains les uns avec les autres: en outre,
après nous avoir trompés auffi grossièrement et autant
de fois qu'ils l'ont fait, ils sentent bien que ce n'est
plus avec des demi mesures que l'on peut nous trom-
per encore. C'est à ce dessein que des fonds plus que
nécessaires nous font indiqués, et feront même ex-
pédiés en partie.;, pour nous faire faire la. levée de
bouclier dont on a.besoin, perfuadé, comme on l'eft
qu'on ne peut réussir par l'extérieur, qu'après ces
moyens préalables. On a la détermination bien far-
mée de serrer, les cordons de la bourse, dès le mo-
ment où nous semblerions courir à une consistance que
l'on craint, mettant encore de la désunion parmi
nous, et secondant indirectement, si on le jugeoit né-
cessaire, les factions qui nous feroient opposées. .Oui,
il
( 17 )
il faudroit être dépourvu de bon fens, polir ne pas
sentir aujourd'hui que tous les secours qui nous vien-
dront par les ennemis de la France, quelques en foient
les couleurs, ne peuvent être qu'empoifonnés; et le
Royaliste honnête homme qui préfère fa patrie à fon
opinion, ou à son intérêt personnel, ne peut que fe
dire,.en scrutant sa raison, que ce n'eft par Ces Gou-
vernemens, qu'une manière de plus de faire la guerre
à notre malheureux pays, et un moyen de nous con-
duire avec plus d'efficacité à l'anarchie deftructive dans
laquelle ils veulent nous faire tomber par leurs menées!
sourdes. Reconnoitroit on le Roi enfin, et fut il
foutenu d'une coalition nouvelle qui agiroit en, fon,
nom, et à la tête de laquelle on feroit semblant dé
le mettre, les intentions cordiales des Puissances coa-
lisées étant bien connues, et cela ne se faisant que
par peur, en désespoir de cause, et par l'argent Bri-
tannique, cela ne pourroit être vu que comme un nou-
veau leure, une force de plus pour, nous engager à
faire encore ufage de nos armes contre nous-mêmes,
on ne nous montrerait ainsi le Roi légitime que pour
culbuter avec plus de certitude la République, dont
enfin et trop tard, on redoute les principes ; mais fans
vouloir rétablir l'ancienne Monarchie que l'on jalou-
foit, et à laquelle malgré les belles paroles d'une pro-
clamation, on ne fubsfitueroit si on étoit les maîtres,
qu'une esquisse de Monarchie; et le Roi qui la gou-
vernerait, ayant des états fans commerce, ruinés, ré-
duits, et continuellement agités dans les convulsions
des opinions, des haines et des vengeances, ne pour-
roit s'opposer a l'avenir, à aucun des projets qui ten-
droient a prolonger les misères auxquelles la France
feroit condamnée. C'eft à ce titre, n'en doutons pas,
B , que.
que nous recevrions notre Roi, s'il nous parvenoit
par la main des étrangers , en admettant qu'ils voulu-
sent réellement faire quelque chofe pour lui, Ce que
je ne crois pas : différentes Puissances de l'Europe ont
trop offensé les Bourbons, pour qu'elles veuillent fe
prêter de bonne foi, a leur rendre les lys, même flé-
tris. Si ce n'étoit pas ouvertement, au moins en fous
oeuvre, des armées feroient payées à un Compétiteur
qui pourroit disputer le feeptre à l'héritier légitime,'
par la raison que ce feroit moins dans ce cas le Roi
que l'on voudroit rétablir, que démembrer la France
et détruire dans leur foyer, les Opinions qui menacent
de parcourir le globe, et de détrôner tous les Rois
de la terre.
Je le fais , j'en fuis fur; les Royaliftes des dìfféren- ,
tes sectes font abufés, et par contre coup, quelques
Républicains módérés, et de bonne foi. Des gens
dont l'ame est fans tâche, fe font prêtés, fans le vou-
loir, aux vues exécrables de certains Gouvernemens
qu'il feroit plus aifé de Culbuter, que d'amener à un
changement de fyftème. Mettons à part pour un mo-
ment tout esprit de parti, et écoutons les accens dé
la froide raison; ceux plus vifs, les sentimens de la
nature, et de l'amour fincère de fa patrie; ils nous di-
ront que ce n'eft point dans des projets heùrtans de
front l'opinion publique , que l'on peut avoir l'éspoir
de réussir, feulement on répandra encore du fang.
Quoi ! toujours du fang ! du sang verse dans l'inté-
rieur, c'est-à-dire en pure perte. La raison dira
donc que les diffenfions parmi les diverfes autorités
ne peuvent qu'en éloigner les mesures sages, et que
les partis violens que l'on y prendroit, ne pourraient
qu'enflammer les esprits. Ces mémes accens diront
au
( 19 )
au Pouvoir Exécutif que le Gouvernement actuel étánt
trop défectueux pour marcher fans des fecouffes vio-
lentes et continuelles , la pente des choses entrains
naturellement vers une autre forme ; que l'irréfiftible
opinion publiquecrie cette vérité dans tous les coins
de la France, et qu'il faut la fuivre, pas à pas, dans
la route qu'elle tracera; parceque cette opinion étant
un résultat de ce que, tous les gens fenfés, dans tous
les partis, jugent convenable, elle ne peut qu'être un
médium de toutes les différentes fectes et factions qui
exiftent. Ainfi un Gouvernement fondé fur ce prin-
cipe, éprouveroit moins de difficulté dans son établis-
fement, et pourroít en quelque façon, garantir la tran-
quillité publique.
pratiques sourdes ont excités tous les partis à
faire plus que la fageffe ou la nature des objets ne
comportoit. Bien des éhofes ont été exagérées, et
beaucoup n'ont été que controuvées , afin d'induire les
uns et les autres dans des erreurs que la violence des
paffions respectives, dirigeroit vers un nouvel incendie
général. C'eft dans cette vue que les conducteurs de
ces trames, ont également travaillé en mille fens di
vers, l'esprit des armées, désirant leur faire prendre
parti, les unes pour, les autres contre, et provoquer
encore dans chacune, l'infuborditination , la confufion
et la désertion. II est aisé de remarquer que c'est le
Brême génie qui agite la législature de France, et qui
préfide aux foins pernicieux que' l'on prend auprès
des armées pouf les égarer. Quoi! quitter fes dra-
peaux quand les phalanges ennemies font en préfence,
et prêtes à fouler le territoire. François ! qui font ils,
ces monstres que le fanatisme des passions égare au'
point de leur faire facrifier leur pays? je le dis, et
B 2 je
( 20 )
je le pense, fi après que l'Empereur eut pris Valen-
ciennes en son nom, il eût été possible que l'on eut
suspendu les attaques contre la Vendée, et que l'on
nous eût permis d'aller contribuer à la reprise de cette
Ville, avec un retour assuré dans notre bocage qui,
pendant ce tems n'eut pas été envahi, j'en eusse fait
la proposition au Conseil des Royaliftes, et je fuis
persuadé qu'elle eut été acceptée unanimement par les
Chefs et les Soldats ; car les braves et vertueux. Ven-
déens, après leur religion, ou je dirai mieux, d'après
leur religion, font animés d'un amour brûlant pour la
conservation et la prospérité de la France dont ils
font une partie si estimable.
Les Soldats de la République, ceux même parmi
eux qui ont des sentimens Royaliftes, ne peuvent
donc fans manquer aux devoirs reconnus pour être
les plus facrés, s'abftenir de suivre avec constance et
courage leurs drapeaux, quelles qu'en soient les cou-
leurs, toutes les fois qu'ils les conduiront contre ceux
qui ont voulu envahir le territoire François , et que
l'on ne peur repousser trop loin; c'est-à-dire qu'il
faut limiter leur puissance, prendre de grandes précau-
tions, et se former des intermédiaires. .
Braves guerriers, que nos ennemis communs échauf.
fent clandestinement en des sens opposés, ne vous
divisez jamais, autrement vous êtes perdus, et avec
vous la France. Les armées avec des opinions di-
verfes, et chacune se battant pour le foutien de la
sienne contre, celle qui en professe une autre, c'est
ajouter aux convulsions de l'intérieur; et de plus, don-
ner naissance au. plus grand de tous les maux, celui
de fe trouver sans force pour réfifter- aux. Puissances
qui provoquent ces scènes, et font comme autant
d'oi-
d'oifeaux de proie, qui attendent le moment opportun
pour nous déchirer et nous dépecer. Les années par
leur union préserveront la France, non seulement des
ennemis du dehors, mais encore des ennemis du de*
dans ; parceque ne faisant qu'une maffe, si la dissolution
de la Constitution actuelle arrivoit et que l'on fut mena-
cé d'anarchie, ces armées, par leur ensemble., la pré-
viendront, et quel que soit le parti que prenne la Fran-
ce, fut-il le plus mauvais et le plus diamétralement
opposé à Celui qui lui convient, ce parti étant uni
que, par cela feul la France est sauvée, se trouvant
ainsi invincible au dehors, et évitant la guerre civile
•a laquelle on nous pousse; ce moyen étant le seul qui
reste à nos ennemis désespérés ; et comme un état de
choses qui est mauvais, ne peut durer par la raison
qu'il déplaît généralement, les choses se modifieront
d'elles mêmes, comme un corps après s'être balancé
retourne infenfiblement à son niveau.
Aux motifs d'intérêt public, fufufans fans doute pour
déterminer les armées ; jajouterai que ce n'est que
dans l'unanimité de leur conduite, que chacun de ceux
qui les composent peut raisonnablement espérer la con-
servation de son grade et de la confidération dont il
jouît ; une désunion ne pouvant amener, qu'une foi-
blesse extrême pour chacune , fi même elle n'en amè-
ne la dispersion. Les armées Vendéennes n'ont été
détruites que par leur mésintelligence ; et leurs Chefs
et autres Officiers, considérés avant, n'ont rien été
depuis., et la plupart ayant payé de leur tête la
démence qui avoit fû les aveugler: autrement encore,
une armée oubliant l'objet général, et séparée de la
niasse pour favorisa* un parti, sera bientôt oubliée,
et méprisée lorsqu'elle aura produit l'effet que l'on
B 3 s'en
s'en promettoit ; ce que je dis à cet égard eft indu-
bitable et confirmé par mille, exemples, ainsi à l'hor-
reur d'une guerre civile, àl'anéantiffement de la Fran-
ce vis - à - vis des étrangers ; ceux qui par vengeances
ou autres vues particulières fe feroient désunis pour
favoriser une faction quelconque, auront encore échoué
Vis-à-vis de leurs propres intérêts. Les armées né
se désuniront donc pas, les destinées de la France
tiennent à cela ainfi que le bonheur de chaque indi-
vidu, et un fchisme parmi elles, feroit pire de tout
ce qui pourroit nous arriver à tous.' Un jour ou un
autre la lumière doit luire, et chacun de ceux qui
pensent bien, fera bien aife d'y avoir contribué par
les moyens les plus doux ; le foleil peut être obfcur-
cí pour quelque temps , mais toujours il parvient à
dissiper les nuages et a embeller l'horifon ; c'est à
cette époque, que quelque Gouvernement qui foit éta-
bli, la force militaire fi elle a conservé son enfem-
ble, jouira forcement et pleinement de la considéra-
tion que ses exploits fans nombre lui ont mérités.'
Les Gouvernemens rivaux de la France ne pouvant
cesser de l'être que par le démembrement,ou au moins
par l'épuifement extrême de celle-ci, il est de la fa-
geffe de: cette dernière de croire que toutes leurs
actions,y tendent. Elle doit donc fe conduirede ma-
nière à faire avorter tous leurs deffeins, et il n'en eft
qu'une feule, c'eft de les faire tomber eux mêmes du
degré de puiffance de la quelle, ils ont tant abusés, au
préjudice même du bonheur de leurs peuples, pour
tourmenter continuellement leurs voisins parleur am-
bition inquiète et désordonnée. Le Gouvernement
Britannique est l'ennemi le plus, invétéré , le plus
acharné, et le plus à postée de faire du mal à la Fran-
ce-;
ce; le» moyens,. pécuniaires que lui. fourniffent fon
odieux Monopole sur toutes les mers, et fes taxes
énormes dans son pays,, le mettent à même d'agír di-
rectement et indirectement,, ainsi que j'en ai parlé, ail-
leurs. ; c'est donc fur lui que doit tomber d'abord la
vengeance des. François; fa Marine ne peut-être un
obstacle pour la réussite, car ce n'est ni à l'une ni
l'autre des deux Indes quil faut se mesurer avec lui, .
c'eft en Angleterre, c'eft à Londres même, que la
France trouvera le redressement assuré de fes griefs,
le chemin en est plus aifé qu'on ne le croit généra-
lement, et il y en a plusieurs également bons. Quelle,
résistance ensuite peut opposer l'Autriche ruinée en
hommes et principalement en argent? car c'eft elle, et
elle feule qui raisonnablement peut encore donner des
inquiétudes directes à la France : depuis longtemps elle
est comme un fleuve dont les débordemens ont toujours
été a craindre par la réunion des Rivières (*) de
toutes les classes qui se déchargeant dans son sein, lui
donnent, des moyens d'enfler fes Eaux et de menacer
ses voisins d'une infubmerfion plus ou moins fâcheufe.
François! oh mes Compatriotes ! pouvez vous fans être
absolument aveugles sur vos intérêts, quitter vos tra-
vaux et vous livrer à la sécurité, sans avoir, détourné
le cours de ces rivières et ruisseaux qui pourraient,,
en continuant leur ancienne direction, vous exposer à'
des débardemens qui rompant, vos digues, culbute-
raient l'ordre encore fragile, que l'abfence des passions'
auroit pu. produire ? Non fans doute, la France jusqu'à
ce jour n'étoit que redoutée, mais d'après l'énergie,
la constante énergie qu'elle vient de déployer, et par
(*) Le Corps Germanique.
B 4
( 24 )
laquelle elle a malgré sa guerre intérieure, non feulement
préservé ses frontieres attaquées de tous les côtes à la
fois, mais fait encore fur ses ennemis des conquêtes
rapides et étonnante?; elle n'eft envisagée par eux que
comme un volcan terrible et auquel on ne peut réfi-
ster : mais ce volcan ayant malheureusement plufieures
bouches, fi celle qui vomit la mort et l'épouvante fur
eux, et leur fait éprouver le juste châtiment de leurs
extravagans deffeins, si dis-je, elle se trouve fermeé,
n'eft il pas a craindre, ou plutôt ne d it on pas croire
que tous leurs foins se porteront à faire fermenter les
matières mal éteintes des bouchés dont l'explosion
pourroit embraser de nouveau la France.
Puisse-je donc dans les circonstances critiques où
fe trouve mon pays, voir suspendre ce désir violent
qui fait crier à la paix; si ces cris se font entendre
par des gens vertueux et connus pour tels, croyons
auffi qu'ils ont été semés par des agens des puissances
ci dessus mentionnées, et par quelqnes Royaliftes dés-
espérés et fanatiques qui, preffés de récupérer ce qu'ils
ont perdu, confentiroient pour y parvenir, a la dépo-
pulation de la moitié de la Fiance et au sacrifice des
plus belles de ses Provinces.
S'il est de l'intérêt des François de continuer la,
guerre contre la Grande Bretagne, que pourroient il*
gagner dans les circonstances actuelles a faire la paix
avec l'Empereur; outre qu'il coopère par la guerre, à
ruiner plus promptement l'Angleterre qui lui fournit
les moyens de la faire, on peut encore hardiment ré-
pondre, que loin d'y trouver aucun profit, on cour-
roit le risque évident de ne lui rendre bien des ob-
jets par le traité de paix, que pour le mettre à mê-
me de recommencer avec un avantage qu'il n'a pas
( 25 )
aujourd'hui, une guerre à laquelle il tiendra toujours
plus qu'à la paix, tant que la France ne fera pas fous
ses pieds, ou qu'il ne fit lui même par le fort des
armes reduit à une foibleffe telle qu'il ne puisse for-
mer- que des défirs impuiffans pour la guerre. Si la
délicatesse de fon Cabinet n'a pas été,arrêtée en fa-
veur du vieil état Vénitien du quel il n'avoit pas à fe
plaindre, et s'il a saisi avec avidité tout ce qu'il a pu
de cet état démembré en vertu des principes qu'il
condamne et qu'il combat, on ne doit pas s'attendre
qu'il ait plus de retenue et plus de respect pour la li-
berté des peuples, qui dans ce moment s'organifent
■en Républiques démocratiques , et qui par cette
forme de Gouvernement et leur force, doivent luî
donner plus d'inquiétude que n'ont jamais fait les
Vénitiens. Ainsi Mantoue rendue à l'Empereur, quel-
ques secousses violentes en France, ou plus que cela
la guerre civile fur la quelle on compte; dans de pa-
reille.-! conjonctures, les nouveaux états d'Italie péri-
ront dès le Berceau faute d'être fecourus fur le.champ
par la France; aulieu qu'avec le Boulevard ( Man-
toue) fans le quel on ne tient rien en Italie, et d'au-
tres précautions que l'on ne manquera pas de pren-
dre, ces nouveaux établissemens pourraient résister
d'abord et donner le temps aux François éveillés fur
leurs intérêts, d'ajourner leurs querelles domestiques pour
aller au secours de l'Italie, et profiter ensuite pour
eux mêmes de l'affiftance qu'ils ne manqueraient pas
de recevoir en cas de besoin, de leurs alliés qu'ils
auraient dégagés.
La paix paroit être le cri général en France. Ce
cri est il naturel? et croit on dans les Départemens
que la guerre finie on jouît d'un Gouvernement tran-
B 5 quille,
( 26 )
quille, et de toutes les douceurs que communément
la paix apporte avec elle? ou bien est ce purement
une jalousie entre les autorités, et veut on prendra
des précautions pour ôter au Pouvoir Exécutif une
extenfion de, puiffance dont on craint les fuites, et
que nécessairement doivent lui donner les temps de
guerre? On ne,voit donc pas que la paix faite aux
frontières, la guerre la plus calamiteufe et la plus
cruelle fouillera bientôt l'intérieur, et si ceux qui
craignent, une trop grande autorité entre les mains, du
Pouvoir Exécutif, étoient convaincus que la paix
dût réplonger la France dans les maux les plus af-
freux , ils ne s'y obftineroient pas, je penfe : ainfi fépa-
rant d'abord toute vue particulière, puis les moyens
gui peuvent contenir le Directoire d'avec ceux qui
peuvent paralyfer l'état, ils ne feront rien qui puiffe
compromettre la tranquillité au dedans et la gloire au
dehors..
Sans doute il faut que. la France consente a don-
ner la paix à l'Europe, sans doute elle en a besoin
elle même pour ses propres intérêts, mais peut on
en y pensant bien, juger que l'instant soit venu?. Si
la France à bien fait de faire la paix avec certaines
puissances qui peuvent devenir des alliés fidèles, puis-
que c'eft leur intérêt, lui convient il de la faire éga-
lement avec tous ses ennemis? Mettant à part là po-
litique la plus faine qui ne lui permet pas de la faire
principalement avec l'Angleterre avant de l'avoir for-
cée a prendre d'autres principes, peut on se dissimuler
que la France étant en paix avec tous ses voisins, dans
un moment où fes armées et tous ses Citoyens font
encore dans une affreuse fermentation, et que le Gou-
vernement, est mal assis, cette effervescence ne tour-
nât,
( 27 )
nât contre elle même; ne sait en pas à n'en pouvoir
douter que cette fermentation est excitée et entrete-
nue par ces mêmes puissances avec les quelles on fe-
roit la paix, et qui vraiment continueroient a nous
faire la guerre" pat le désordre et la confusion qu'elles
entretiendroient d'autant plus facilement dans notre
intérieur, que n'ayant plus d'occupation au dehors,
toutes les têtes fermenteraient pour les affaires du de-
dans. Après un violent orage-, la mer est encore
longtemps agitée, et le vaiffeau refte d'autant plus
exposé, que les vents qui avoient excité la tempête
fervoient au moins a diriger leGouvernail, qu'un
calmeextérieur et subit rend inutile contre la furie
des flots qui ne peuvent s'appaifer que par une dimî-
nution lente et insensible. Eh bien, la France après
des convulsions aussi fortes que celles qu'elle a eues,
ne peut espérer une assiette tranquille qu'après un
certain temps nécessaire pour calmer les passions, au
fuccès de cela une guerre étrangère eft auffì effen-
tielle, qu'un vent leger est utile a un vaisseau im-
mediatement après la tempête à la quelle il vient
d'échapper. France! oh mon pays! tant que les
mouvemens qui t'agitent ne feront pas plus modé-
rés, que des factions diverses te tourmenteront a l'in-
ftigation de tes voifins, et que la paix ne feroit qu'un
moyen de plus pour te faire fermenter, tourne contre
tes ennemis les fureurs qu'ils savent exciter parmi tes
enfans; et fi pour leur plaire il faut répandre du fang,
au lieu de diriger nos bayonnettes contre nous mêmes
Comme des infenfés, tournons les contre leurs batail-
lons; nous jouirons ainfi de la double fatisfaction d'é-
viter les maux que l'on nous deftinoit, et d'en punir
les a.ueurs en portant dans l'enceinte de leur propre
pays
( 28 )
pays tontes les désolations que la guerre entraine après
elle.
On ne perdra donc jamais de vue en France que
l'Angleterre et l'Autriche, n'ont contre nous que des
desseins affreux (c'eft le terme) les quels elles' cher-
cheront continuellement à réaliser. L'Affaire de Tou-
lon, celle de Quiberon, le fort de la Vendée etc. etc.
ne laiffent aucun doute sur les intentions de la premiè-
re; les quelles on devoit au moins suspecter dès l'At-
taque fur Dunkerque; la prise de nos villes en son
nom par la seconde, l'usage qu'elle a fait des Emigrés
et la manière avec laquelle elle les a abandonnés et
facrifiés, ne peuvent laisser aucune incertitude à son
égard. La conduite de celle-ci cadre assez avec ce
que répondit Mr. de Merci d'Argent eau dernier Am-
bassadeur de l'Empereur en France, aux reproches que
quelqu'un lui faifoit de ce que son maître prenoít pour
son compte les Villes de France, qui tomboient en son
pouvoir. Croyez vous, dit il, que la maison d'Autriche
ait encore pu oublier les humiliations que lui a fait éprou-
ver Louis quatorze? Oh! certainement si la maison
d'Autriche se ressouvient encore aujourd'hui, non seu-
lement des déplaisirs causés par Lous quinze, mais en*
core de ceux que lui fit éprouver Louis quatorze, elle
doit avoir dans ce moment bien près du coeur les cent
et je ne fais combien de Batailles que les Armées de
la République ont gagnées fur elle. Les Dumourìez,
Pichegru, Jourdan et autres lui ayant d'abord fait
sentir qu'à quelqu'époque, ou fous quelque Gouverne-
ment que ce pût être, la France belliqueuse trouvoit
toujours dans son sein des Armées formidables et des
Généraux instruits , l'Autriche doit être bien ou-
trée de la retraite volontaire et de circonstances de
( 29 )
Moreau, le quel ne peut être comparé dans cette con-
joncture qu'a un fanglier furieux qui renverse ou tue
tout ce qui a la témérité de l'approcher, et continue
tranquillement sa route; elle doit être outrée de la re.
prise de Kehl par le même; laquelle ne-: lui coute
qu'un déjeuner, pendant que pour le reprendre avant,
l'Autriche avoit employé trois mois et perdu vingt
mille hommes.. Elle doit être humiliée des mouvemens
rapides de Hoche avec l'Armée de Sambre et Meufe ,
qui dans.quatre jours en gagnant des batailles, a fait
plus de trente lieues d'Allemagne ; elle n'est pas non
plus, il est à croire, remise encore des progrès et de
la marche étonnante de ce nouvel Annibal qui passant
monts et vallées; vient de la faire trembler jusques dans
fa capitale. L'on doit donc songer a ce que l'on peut
attendre de l'Autriche, fi à de vieux reffentimens elle
en joint de nouveaux beaucoup, plus forts et fans nom-
bre. Croit on également que l'Angleterre puiffe ou-
blier son ancienne haine, de la quelle récemment encore
elle vient de nous donner des preuves fi positives,
ainfi que j'en ai déja parlé? Croit on que ces hai-
nes invétérées, ne feroient pas renforcées, (si elles
pouvoient l'être ) par la peur que l'on a déja éprou-
vé dans ce pays ci ? Enfin, l'an dernier, l'on à cru
un moment l'Irlande perdue, poftérieurement,
l'on a tremblé jusques dans Londres, j'en ai été te-
moin, et la précaution d'armer les milices à fi grands
frais en feroit un garant si j'en avois besoin, et que
cela ne fut pas aussi public; et il faut que cette
peur ait été bien forte pour que l'on ait pu fe dé-
terminer a armer des milices dans les quelles on a
auffi peu de confiance, non du côté de la bravoure
(Dieu me garde de vouloir les calomnier;) mais du
côté
( 30 )
côté du parti qu'elles pourraient prendre, car tour le
monde fait et le Gouvernement mieux que qui que
ce foit, que les. deux tiers des habitans, au moins,'
dans les trois Royaumes, soupirent après l'arrivée.des
François, persuadés et avec juste raison, qu'ils n'en
veullent point à l'Ángleterre, mais à fon Gouverne-
ment , que les Anglois déteftent fi cordialement eux-
mêmes, , et dont ils voudraient fi bien fe voir délivrés,
et le •Ministère a armé ces milices, plutôt pour ef-
frayer les François et les dissuader de la descente qu'il
craint, que par la résistance qu'il en attend, fi véri-
tablement elle avoit lieu. J'ai vu par moi-même que
généralement non-feulement, les gens du peuple, mais
encore ceux de la classe intermédiaire, vouloient une
réforme dans la représentation Britannique, tous dé-,
firant ardemment qu'on les mît a même de pouvoir
faire éclater leur mécontentement et leurs préten-
tions; c'eft au point que lors de l'expédition contre
l'írlande, et encore quand quelques centaines d'hom-
mes furent débarqués,fur les côtes de la Province de
Galles, et dont d'abord on exagéra le nombre, j'ai-
vu infiniment plus d'Anglois, satisfaits de ces expé-
ditions, que d'autres quî ne l'étoient pas ; et s'ils
avoient des craintes, c'étoit uniquement d'être trom-
pés dans les rapports que l'on en faisoit (*).
Quoique la guerre soit une charge, telle qu'elle
foit, elle est donc bien au dessous de ce que produi-
roit
(*) Je fais, que rélativement à ce paffage , on me dira
que je fuis dans l'erreur, et j'avoue moi même, qu'au
jourdhui l'efprit public en Angleterre n'eft pas entière-
nient le même ; ce que l'on a imprimé contre le Brigandage
des
( 31 )
roí la paix, car à quelque Gouvernement que s'arrête
la France, admettons même que ce soit le plus fage,
et le plus analogue aux circonftances , il aura contra
lui au moins pendant cette présente génération, tou-
tes les autres formes et factions auxquelles il aura été
préféré, et il lui faudra la plus grande attention et
la plus grande furveillance pour conserver une tranquil-
lité que tant de gens voudront troubler; ainsi aujour-
d'hui que le Gouvernement est bien loin d'être fta-
ble, que ses rouages vont en sens contraire, et con-
féquemment fournissent aux étrangers des moyens de
plus pour nous agiter, ce à quoi peuvent fe prêter
fans le vouloir les plus honnêtes gens de la France;
dans cet état de chofes, n'ayant plus comme je viens
de le dire d'inquiétudes et d'occupations au dehors,
la. fermentation du dedans sera donc incroyable, et au
lieu d'une guerre réglée, de laquelle on ne s'apperçoit
presque pas dans l'intérieur, et où la mort eft en
quelque façon, balancée fur un champ de bataille,
par l'honneur qui l'accompagne, on retombera de tou-
te nécessité , impérieusement, dans, toutes les hor-
reurs qui ont toujours et chez toutes les nations, ac
compagnés les débats civils. L'exemple en est trop
récent en France pour qu'on l'ait oublié et que l'on
ne cherche pas à en prévenir le retour par tous les
moyens et facrifices possibles.
Fran-
des François ayant refroidi ou changé même, si l'on vent,
partie de cet esprit, Mais la conftante attention du Gouver-
nement de forger une infinité de faits et l'exagération d'autres ,
prouve, qu'il s'eft persuadé lui-même de la vérité que
j'avance, et de la haine qu'on lui porte.
François, je ne puis trop vous le dite, puisque le
démon des combats vous agite, puisque cette ardeur
guerrière eft soutenue , et par les deffeins ambitieux
de vos voisins , et par vos dissensions particulières pro-
voquées par eux, réglez, je vous en supplie pour le
salut de la France, réglez, tous vos mouvemens fur
la politique la plus sensée, en dirigeant vos armes
triomphantes contre les ennemis de la gloire du nom
François, et abandonnant au choix de la raison et de
l'opinion, la forme de Gouvernement qui peut nous
rendre heureux. Que chacun de ceux appelles par la
nation pour cet oeuvre auguste, ne dégrade pas fa
mission par son attachement à une faction particulière.
Une majorité de gens ainsi penfans auroit bientôt ra-
mené le calme , par un travail ou l'on verroit que
l'on n'a consulté que l'intérêt général; et c'eft alors
que la tranquillité dans nos foyers étant rétablie, et
pas plutôt, on pourrait faire une paix qui ajouterait
au bonheur des François ; cette paix feroit d'autant
plus honorable et solide que l'on auroit pris des pré-
cautions aussi fortes pour les intérêts de ses alliés,
que pour foi-même. Les nouveaux Etats créés par
Ta France feront donc fans cesse soutenus et protégés
par elle, et loin- de fomenter des troubles ou. des ré-
volutions chez les Rois qui auront eu le bon esprit
de sentir que d'après leur position, leurs intérêts et
les notres sont vraiment les mêmes, et dont la con-
duite en aura donné la conviction, l'on mettra au
contraire du zèle, et de la franchise à. soutenir leur
Gouvernement, et à l'aider de tous ses moyens. Mais
quant à les rivaux, France! songe bien que jamais ils
ne te pardonneront, seulement ils pourront chercher
à t'abufer ; ne dors donc point qu'ils ne foient ter-
rassés
raffés fi tu ne veux l'être, à cela feul, j'en fuis con-
vaincu, je le jure, tient ton falut : union dans les es-
prits, fidélité même des sacrifices pour tes alliés;
ta victoire est fûre et ta gloire inaltérable. -,
Pour parvenir à la paix et qu'enfin ce monde soit
tranquille, on fera donc des effdrts pour que les An-
glois, j'entends ceux qui pensent sagement, et c'est le
plus grand nombre, foient à même de récupérer leur
constitution , et que maîtres encore de leur liberté en-
vahie dans ce moment par un Gouvernement Tyranni-
que, ils puiffent prendre des déterminations nouvelles,
et modifier leurs vrais intérêts avec ceux des autres
Nations, adopter une conduite qui y soit relative, et
jouir eux mêmes d'une, félicité réelle, préférable mille
sois à l'ombre du bonheur et à la chimère dont on
les a berces jusqu'à ce jour. En paix avec l'univers,
la Grande Bretagne fera le commerce avec l'univers ;
chacun de ses Citoyens fera fans cesse occupé d'un né-
goce plus ou moins considérable, et suivant ses fa-
cultes; ce qui joint à des taxes modérées, produira
une aisance certaine dans toutes les claffes.
C'est avec là plus grande circonfpection que la
France se conduira dans une pareille entreprise, car
le moindre projet de vouloir humilier l'Angleterre fe-
roit avorter tout ce que l'on pourroit opérer de bon.
L'Anglois est fier et préféreroit une mort honorable,
je ne dirai pas à l'abjectiori, mais même, à ce qui
pourrait tendre à vouloir diminuer fa vraie considéra-
tion, personnelle , ou nationale. Ainfi, on n'aura
d'autres vues que celles de lui proposer d'abandonner
des projets de astreux pour les autres peuples; ce qui,'
tout calculé, est autant au détriment de la Nation
ambitieuse qui t'y livre, qu'à celle que l'on opprime
e et
34
et que l'on offense, impunément quelque sois mais
finalement avec des retours facheux. La justice, la ju-
ftice, c'est là, la feule chose qui, ainsi que les par-
ticuliers, puiffe rendre les Nations heureuses ; et c'est
en son nom seul, et d'après elle, que l'on peut fixer
fur un point favorable, l'attention des Bretons, et les
déterminer à des sacrifices uniquement basés fur ces
principes. On ne sera donc nullement tenté sous l'om-
ire de la crainte, de lui parler de diminution dans fa
marine, de manière qu'elle ne pût plus, a l'avenir,
figurer avec éclat, et faire respecter partout, ses pro-
priétés et fon pavillon ; feulement on lui demandera ,
ou plutôt, d'elle même, la partie la mieux penfante
de cette nation , renoncera à ce vaste nombre de vais-
feaux, a cet excédent de ce qui est raisonnable , et qui
ruine en hommes et en argent, la' Grande Bretagne,
pour ne lui donner qu'an commerce interrompu par'
des guerres, presque continuelles, refultat triste et
naturel, du plus faux des systèmes.
En effet, des vaisseaux sont des citadelles mouvan-
tes produifant fur la mer, le même effet que les pla-
ces fortes fur la terre, ainsi, fi la liberté des différens
états fur le continent étoit menacée, ou, même,
n'existoit pas pair la poffeffion qu'auroit la France ou
toute autre puissance continentale,, de fortes citadef-
les fur les divers points des états de leurs voisins, et
fe servant de ce moyen paur dicter des loix onéreu-
fes et humiliantes; ce raisonnement ne doit il pas être
valide contre les Anglois, ou toute autre puissance
maritime qui, ayant un nombre de vaisseaux' de guerre
fingulièrement disproportionné à celui de ses voisins,
les emploiroit à couvrir toutes les mers et à fe fta-
tioner de manière & dominer sur cet élément et à n'y
laisser
35
laiffer faire que ce qui leur plairoit. N'est il pas évi-
dent qu'une telle puissance fur la nier est précifément
dans le cas d'une puissance continentale qui auroit des
garnifons partout} avec le pouvoir de les changer, et de
les entretenir. Un tel projet ne pourroit qu'être chi-
mérique fur le continent, n'étant applicable efficace.
ment que contre quelques états environnans, mais fur
la nier il est possible; et malheurefement mis en oeu-
vre avec l'activité la plus grande.
La mer et les facilites qu'elle donne, permet á ces
forteresses flottantes, de se porter par tout à volonté;
et fait encore comme s'il n'y avoit pas d'intervalle en-
tre elles , quel que soit l'éloignement qui les fépare;
Il en est ainsi du lieu de leur départ par le peu dé
tems qu'elles mettent a franchir les espaces, et à opé-
rer une réunion formidable à tous les peuples. Tel
est l'état actuel de la Grande Bretagne par l'emploí
qu'a fait son Gouvernement des richesses monopolifées
fur l' Europe endormie.
La. balance des pouvoirs, la fécurité du globe en-
tier exigent, qu'aucune, puissance ne couvre à volonté'
la mer d'un nombre de vaisieaux de guerre exorbitant
et capable, je ne dirai pas de gêner par le fait, mais
de donner des jaloufies. Et de la même manière qu'à
la paix entre puissances de terre, les places prises font
reftituées et les pays ennemis évacués, il s'en fuit que
partant du même principe, la mer ne peut être li-
bre, et le commeree avoir lieu pouf toutes les nat-
tions, qu'autant qu'à la pais, chaque puiffance mariti-
me reprendra son poids convenu, dans la balance ; au-
trement une puissance pour laquelle la guerre auroit
été malheureue, serait écrasée, et ne pourrait plus
être comptée, du moins pour le moment; et fa ri-
C 2 vale
< 35 >
vale au contraire, avec un contrepoids de moins, et
des, forces de plus, fe trouverait; dans une situation à
maitrifer ses contendans; ce qu'elle feroit, parceque les
Gouvernemens, comme le cmmun des hommes, sont
sujets à se laisser égarer ; je ne veux d'autre exemple
qui celui du Gouvernement Britannique.
Le Cabinet de Vienne après celui de St. James at-
tirera l'attention la plus grande; depuis bien des tems,
cette cour guidée par des Ministres d'une ambition?
démefurée, gène, et tourmente tout ce qui l'entoure;
des traités fans nombre et la succession des siècles
ne. sont même pas- n frein à ses prétentions abfur-
des; celles qu'elle vient de faire revivre fur Venife,
analogues a fa conduite lois de la prise de Valencien-
nes, annoncent bien formellement à la France, à la-
Pruffe, et au corps Helvétique, que non feulement la
Belgique aujourd'hui, mais encore l'Alsace, la Lor-
raine; la Franche Comté etc. ne sont pas encore des
propriétés réconnues et assurées pour la première; d'un
autre côté que ses anciens droits fur partie de la Suis
fe, ne sont pas encore oubliés; et que la réconnois-
fance de la Monarchie Prussienne et des états y an-
nexés ne font même pas encore fincèrement sanction-
nés par le Cabinet Autrochien qui, j'en fuis convain-
cu, va auffi jusqu'à converser le fol espoir, de don-
Ber un jour des rescrits dans la capitale des Céfars.
L'Empereur ne-, pourra que résister bien foiblement,
fur tout ayant dans tous les tems, abusé de sa force
vis-à-vis des Princes moins sorts que lui. Ceux-ci
n'ayant jamais rien à craindre dé la France qui per-
drait en s'etendant au delà du Rhin, la regarderont
comme un Dieu tutelaire. Ils penseront encore avec-
raison, que des états moindres qu'elle, lui convien-
dront.
< 37 >
dront bien mieux pour voisins, qu'une, puiffance ri-
vale, et qu'ainsi ses promesses seront toujours fince.
res, fes secours prompts et efficaces.
L'Empire Ottoman ne peut voir qu'avec satisfac-
tion tous les coups que l'on voudra porter à un de
ses plus cruels ennemis. C'est inutilement que le Ca-
binet de Vienne veut persuader à la Porte que les
François cherchent a étendre leurs principes révolu-
tionnaires jusques dans Constantinople; non, ceux qui
gouvernent la France, ne peuvent jamais, s'ils sont
sages ; s'occuper de faire rétrograder le croissant en
Asie; les Ottomans sont les alliés naturels des Fran-
çois, et pour l'intérêt de ces derniers, les premiers
doivent, au moins, conserver ce qu'ils poffedent en
Europe; une République dans la Turquie Européenne
feroit continuellement froissée entre l'Allemagne, la
Russie, et ceux qu'une mauvaise Politique auroit ré-
duits à l'Afie; et conséquemment ne pourrait qu'être
un allié, je ne dirai pas nul pour la France, mais
vraiment a charge, par les soins continuels et proba-
blement infructueux qu'elle feroit obligé de prendre à
fa conservation. Le Grand Seigneur, au contraire;
soutenu par ses possessions en Asie, sera dans tous les
tems l'allié le plus recommandable pour la France ; en
ce que ces deux états ne pouvant, d'après leurs inté-
rêts, jamais être en guerre l'un contre l'autre, cette
dernière n'a que des services à en attendre ; et consé-
quemment, ne peut vouloir, ne peut défirer que la
force et la splendeur d'une Nation son alliée qui par
sa bravoure est encore plus redoutable que par les
nombreuses armées qui sont à fa di pofition.
Les principes révolutionnaires qui semblent aujourd'hui
pénétrer dans la Grèce, y sont donc portés involon-
C3 tai.
38
taitement, et pourront être aisément arrêtés; mais il
n'en sera pas de même de la Hongrie, et l'on doit
appuyer de toutes les manières les Magnats mécontens
de ce Royaume qui, pour tant de sacrifices faits à la,
maison d'Autriche; n'en éprouvent qu'ingratitude;
leur, droits les plus sacrés se trouvant journellement
violés de la manière la plus révoltante. Pour quelques.
Cantons que le Grand Seigneur perdrait en Grèce, fi
l'infurrection n'étoit totalement réprimée, ou qu'il
confentit à un léger démembrement de ce coté, lequel
fût en quelque façon fous fa directe, il aura, fans
doute, un dédommagement ailleurs ; lequel, ne fera rien
encore, en comparaison de l'avantage qui résultera de
voir la Hongrie un état féparé, et se gouvernant sous
une Monarchie, pu un Gouvernement Aristocratique;
car la Révolution n'y fera pas populaire. Elle ne fe-
ra non plus une révolte, puisque c'eft le Cabinet de
Vienne qui le remier a, rompu ses engagemens et la-
céré le, contrat fait avec les Hongrois qui, fans blesser
l'honneur et la fidélité, rentrent dans le droit de dis-
poser de nouveau d'eux-mêmes. Par cette conduite,
ils rendront à leur pays pauvre, malgré les richesses
que lui deftina la nature, les jouissances dont si eft
privé, fous le despotisme de, la maison d'Autriche, et
que lui prodiguerait le commerce fleuriffant qu'il fe-
roit, s'il avoit un Gouvernement particulier qui pût
constamment s'occuper de ses ressources, et de fes dif-
férens rapports avec ses voifins, et le reste du monde,
Dans les efforts généreux que feront les magnats
d'Hongrie pour se soustraire à la Tyrannie Autrichien-
ne, ils peuvent raisonnablement espérer une affiftane
respectable de la part de la Porte qui en agissant ainsi
prendra le parti de la justice, et de la diplomatie la;
39
plus convenable à ses intérêts, furtout fi elle fait
attention que-, des révoltes de ses propres sujets ne font
fouvent dues qu'aux menées fourdes et astucieuses de
cette cour, et conjointement peut-être, avec un voi-
sin non moins, à craindre.
Si la Porte ne peut, ne doit voir qu'un ennemi
dangereux dans l'Autriche, la Ruffie bien éclairée n'y
verra qu'une rivale toujours prête a la gêner dans ses
projets, à moins qu'elle ne les lui fasse partager. Ainsi
cette dernière en abaiffant une Puiffance, en éleveroit
une autre, ce qui l'épuiferoit fans la rendre plus puis-
fante. A quoi bon de fa part, le projet déraifonna-
ble d'aller jusqu'à Conftantinople? en admettant la
réussite, ne s'affoibliroit elle pas par une trop grande
extension, et ne courroit elle pas ainsi le risque de
fe voir partagée elle-même en deux Empires? Ceci
l'affoibliroit bien d'avantage ; soit d'abord par ce par-
tage, soit par la rivalité qui prendroît bientôt nais-
sance entre ces deux états. En se prêtant au con-
traire à l'abaiffement de l'Autriche, la Russie se trouve
incontestablement la première Puiffance de l'Europe,
au Nord ; et cela sans avoir épuisé ses coffres, et dé-
peuplé ses campagnes. Mais cette situation heureuse,
pour être compiette, exige que l'Angleterre ne régne
pas fur les mers, autrement tous les avantages que
donnent à la Russie, sa position, l'étendue de ses do-
maines, fa civilisation et l'augmentarion de ses manu-
factures qui en est la fuite, lui deviendroient absolu-
ment inutiles, par les entraves fans nombre que le
monopole Britannique lui feroit éprouver. On ne
peut, à cet égard, avoir aucune crainte de la part de'
la France; riche par elle-même et possédant en abon-
dance, on peut dire même avec profufion, toutes les
C 4 cho-
chofes de première nécessité et d'agrément, elle, est
naturellement plus disposée a en jouir ; qu'à porter
ses vues fur. un commerce insatiable et exclusif, tel
enfin, qu'il est pratiqué depuis trop, longtems par
l' Angleterre. Le François, sous l'ombrage de l'o-
livier, , comblé, des faveurs de Bacchus et de Cé-
rés, ne peut être préfumé confpirer contre le bon-
heur de voisins moins heureux que lui. Les An-
glois, au contraire, jouissant d'un terrain circonfcrit
et peu productif, la majeure partie, n'étant qu'en lan-,
de et bruyères, n'ont eu d'autres ressources que de.
fe livrer à une infinité de manufactures dont les ou-
vrages, en tout genre, font portés, avec célérité, et
peu de frais, dans tous les coins du monde; la mer,
qui les entoure, leur dopant plus de facilité que n'en
a aucune des nations les plus maritimes ; ce qui sous
un Gouvernement juste et modéré , les eût fait pros-
pérer fans leur attirer l'envie, J'ajouterai quant à la
France, qu'on l'a vue dans tons les tems négliger fa
Marine, et ne la relever que par intervalle, non pour
dominer fur la mer, jamais elle n'en a eu la préten-
tion ni le désir, mais seulement pour s'opposer aux
entreprises véxatoires de l'Angleterre ; et celle-ci a
toujours été d'autant plus acharnée à détruire la Ma-
rine Françoise, qu'elle croyoit pouvoir, maîtrifer en-
suite, à fon gré, toutes les autres nations maritimes,
Loin donc de voir avec envie, la force de la, Fran-
ce à cet égard, les autres peuples ne l'envifageront
jamais que comme une Puiffance confervatrice des droits,
naturels qu'ont tous les hommes, au, libre usage de la
mer. Quelqu'amour que j'aie pour mon pays, je veux,
et je sens que je n'écris que des vérités. Puissent el-
les être entendues, l'équilibre établi comme il con-
vient,
41
vient, et les états ne rivaliser entre eux à l'avenir,
que par une paisible industrie, mille fois préférable
aux torrens de sang que l'on a, tant de fois, verfé
mal à propos.
L'Angleterre redevenue libre, adoptant dans un Sé-
nat vraiment représentatif, un ordre de choses sup-
portable pour toutes les Puissances maritimes; la mai-
son d'Autriche réduite à une attitude qui ne soit pas
alarmante ; rendant plus compactes les forces de la
Prusse; la Russie, cet état formidable et sur lequel on
doit avoir continuellement les yeux, sera arrêtée, dans
des projets trop ambitieux, par la protection de tout ce
que le Turc possède en Europe; cette dernière Puissance ,
à ce moyen, présentera, une barrière insurmontable
de ce côté, laquelle sera renforcée par la Pologne
qui, délivrée de sa captivité et rendue à elle-même,
doit efficacement! contribuer au rétablissement de l'é-
quilibre dans qes contrées (*), La Prusse, les états
Autrichiens, et les autres Principautés d'Allemagne,
tous, comme adossés à la France qui les soutiendra,
seront un obstacle aux mouvemens que ce colosse
voudroit faire du Nord au Midi; comme lui-même il,
les garantira d'une ambition folle et démefurée, qu'un
mauvais génie pourroit inspirer à la France. Celle-ci,
pour n'avoir que des alliés fidèles, empêchera qu'ils ne
fassent de conquêtes les uns fur les autres, et que quel-
ques uns ne prennent ainsi, une augmentation de forces
qui
(*) Le Roi de Pruffe a de quoi donner l'équivalent pour
Dantzig ; autrement eu place de Dantzig, il est un autre
port fur la Baltique, qui lui conviant, et que l'on pour-
roit aifément lui procurer.
4
qui pourroit lui donner de l'inquiétude. La justice
entre eux, et d'eux à nous, fera ce qu'il y aura de
plus convenable; et la diplomatie Françoise sera (peut
être pour la première fois dans le monde) basée fur
l'équité la plus stricte, et conséquemment fui le bon-
heur du genre humain.
Si les Républicains d'Italie font protérés par la Fran-
ce, contre les Rois leurs voisins, celle-ci saura tou-
jours soutenir ces derniers et empêcher qu'une partie
de leurs états, ne serve d'aliment a l'ambition des nou-
veaux Républicains qui, s'ils devenoient trop forts;
pourroient être des enfans ingrats. C'est dans la na-
ture des chofes, et nous avons vus les Américains
qui, devant leur état de liberté, aux sacrifices infinis
qu'à faits la France, l'ont néanmoins livrée à ses se-
cousses fans lui offrir le moindre secours, que dis-je?
favorisant même à son préjudice, ceux qui naguè-
res leur donnoient des fers, et qui se conduiront avec
eux de manière à les tenir longtems au berceau. Les
Américains, il me semble, doivent done tenir le Gou-
vernement François dans une sage réserve, et l'engar-
ger en prodiguant des soins paternels aux Républicains
d'Italie, à le faire de façon que la France n'ait ja-
mais à s'en repentir, en ne comptant fur eux que par-
tes liens de la recpnnoiffance.
Ainsi donc, Venife, tombée, dégradée, seulement
par circonstance, pourra en consultant d'autres circon-
stances, figurer de nouveau comme état, libre, et pa-
roître avec un éclat qui soit digne d'elle. Les Ba-
taves et les Suiffes, protégés et respectés seront, à
la gauche et à la droite de la France, ses avantpos-
tes, et des alliés autant fûrs pour elle, que rédouta-
bles à ses voisins. La fimplicité des moeurs de ces
peu-
43
peuples, leur foi et leur bravoure reconnues, font des
témoignages certains de la confiance que l'on doit
avoir en eux; tel eft l'Empiré des vertus. L'on sera
fidèlement attaché, à Sa Majesté Napolitaine, à Sa Ma-
jesté Sarde, et même à l'Autriche lorsqu'elle aura été
renfermée dans des bornes que la sagesse aura préfcri-
tes, la guerre continuant avec elle jusqu'à cette épo-
que. Le Portugal ne sera point envahi par l'efpagne;
mais il faudra lui démontrer la vérité,, et lui faire
sentir que ce n'eft qu'autant qu'il aura voué amitié
sincère à la France, que cette dernière aura intérêt
de ne pas faire cette réunion qui vraiment est en son
pouvoir. II ne sera pas difficile de lui faire voir que
son alliance servile avec l'Angleterre, dont, jusqu'à
ce jour, il n'a été à proprement parler qu'une Pro-
vince, le ruine et l'avilit. L'Efpagne et le Portu-
gal, s'en tenant a leurs limites, respectives et sous la.
garantie de la France, n'auront donc plus rien à dis-
cuter entre, eux; et ni l'un ni l'autre de ces états ne
pouvant lui donner des jaloufies, et étant considérés
par elle en raison de Futilité qu'elle pourra retirer da
leur amitié, ils n'auront jamas, que de bons procédés
à en attendre.
Et toi, mon pays, glorieuse France et heureuse avec
un Gouvernement plus régulier! sorte par toi même,
et par les peuples qui ne peuvent ceffer d'être tes al-
liés fans perdre leur confiftance; ton influence au Mi-
di, à peine sera limitée à, l'endroit ou. finit l'Europe;
et ton poids dans cette partie du monde, balancera
sacs crainte et fans envie, les Puissances que le Nord,
doit voir renfermer dans son orbite: mais souviens toi
Que çe n'eft qu'en respectant ses limites que natu-
rei-
44
rellement doit avoir tout état qui t'entoure, que ta
grandeur et ta prospérité peuvent se soutenir. L'or-
dre des cieux, fi tu pouvois t'aveugler à ce sujet,
t'indiquera que, chaque planète n'est toujours la mê-
me, que par l'heureufe impossibilité ou elle eft,
d'empoter fur ses fatellites.
MES
45
MES
PROMENADES DE WESEL,
OU
OBSERVATIONS POLITIQUES SUR LES
VRAIS INTERETS DES ALLIES NA-
TURELS DE LA FRANCE.
AINSI QUE SUR L'ESPRIT DES DEUX COALI-
TIONI QUI ONT ÉTÉ FORMEES CONTRE
EUE DEPOIS SA RE VOLUTION.
Ecrit en Juin 1799.
Comme un état de maladie violente ne peut être
permanent, et qu'après un certain tems, retardé ou
avancé par des circonftances, l'un ou l'autre, du ma-
lade ou de la maladie, doit cesser d'exister; il s'en
fuit que la France ne peut rester toujours dans les con-
vulfions qui la tourmentent et agitent ses voisins, et
que fi elle ne finit pas par un Gouvernement rassis , ce
sera par un déchirement épouvantable, dont les suites
seront plus funestes encore, vu leur durée, et la de-
struction totale de l'échafaudage politique du fyftème
actuel de l'Europe, après la défection duquel, cette
par-
46
partie du monde fera affervie sans aucune oppofition,
au pouvoir abfolu des Ruffes, et des Autrichiens.
Quelles que soient les formes qui agiteront successive-
ment la France, elle n'en aura pas moins des rapports
avec ses voisins ; et ceux- ci ; quelque chagrinés qu'ils
puissent être soit par l'approche des principes qu'ils
craignent (les quels ils peuvent tenir éloignèspar de
la furveillance) soit par l'inftabilité ou les tient eux
mêmes la fluctuation continuelle du Gouvernement Fran-
çois, sont forcés pour l'intérêt de leurs propres états,
dé hé confulter que la nature de ces rapports, et de
moûler leur conduite fur ce qu'intrinféquement ils*
leurs commandent : mais en même tems pouvant em-
ployer leur politique et leur influence à faire élaguer
fans commotion et d'une manière insensible tout ce
qui est hétérogène à un bon Gouvernement en Fran-
ce, ou peut en gêner les rouages.
Par exemple, la Pruffe ne peut jamais voir dans la
France qu'un allié naturels et qui doit lui être fidèle,
et zélé pour ses intérêts, puisque cette dernière n'e
peut avoir raisonnablement une autre politique. Ces"
deux états ne doivent que défirer la splendeur l'un de
l'autre, et comme je n'écris ni pour les fanatiques,
ni pour les infenfés, il eft inutile, de détailler ici les
motifs au soutien de cette assertion, car elle est une
vérité réconnue en diplomatie, et sentie par tous
ceux qui font en état de réfléchir.
Les coalisés contre la France font des efforts con-
tinuels, pour que Sa Majesté Prussienne réuniffe fes
forces; aux leurs; ils ont employé pour y parvenir,
et font revivre journellement des argumens qui sont-
bien loin d'être fans raifon, et on ne peut annuller la
forcé
47
force caractéristique qu'ils portent avec eux , qu'en
leur opposant des raifons plus fortes encore.
En effet, on ne peut se dissimuler qu'un Roi, dont
le Gouvernement est militaire, n'ait encore plus que:
tout autre Monarque, à craindre des principes Répu-
blicains d'un peuple qui l'avoifine. L'exemple. de la
France qui a détrôné son Roi, et ce Princeperdant
la vie fur un échafaud, sont bien faits pour alarmer
un Monarque voisin, et le faire tenir fur ses gardes.
L'exemple de la fortune des Soldats François, tous
les Officiers étant tirés du rang pour fournir ensuite
les Officiers, Généraux etc. etc., cet exemple ne peut
qu'inquiéter une Monarchie qui ne peut exister fans des
distinctions; et qui fi elle éléve par justice et une fai-
ne politique le Soldat qui déploie des vertus et des
talens, doit en même tems ne pas négliger les no-
bles qui la constituent et lui fervent de rempart, puis-
que Noblesse ou Monarchie ne peuvent exister l'une
sans l'autre.
Sous se rapport des raisons: ci-dessus, Sa Majefté
Pruffienne a donc du voir avec la plus grande diffatis-
faction, la Révolution Françoife; et comme tête cou-
ronnée, elle a du chercher à! en éteindre les premières
faillies (*), foit pour éviter la. progression qui pour-
vois latteindre, soit pour empêcher que la France son
alliée , ne devint nulle, par l'afoibliffement d'une
guerre
(*) Je dis ses premiéres faillies prcequ'alors ou pon-
voit réussir; ce qui aujourd'hui, est moralement et phy-
siquement impoffible. On ne peut dans la circonftance
actuelle qu'en suivre le cours pour tâcher de le diriger plus
promptement à une bonne fin.