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Précis des nouvelles contenues dans les lettres des missionnaires de la Chine, du Tong-King et de la Cochinchine, écrites en 1819 et 1820, reçues à Paris en 1820 et 1821

16 pages
Impr. de A. Le Clere (Paris). 1821. France -- Colonies -- Histoire. In-8°, 16 p..
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PRECIS
Des Nouvelles contenues dans les Lettres des
Missionnaires de la Chine, du Tong-king et de
la Cochinchine, écrites en 1819 et 1820, reçues
à Paris en 1820 et 1821.
TONG-KING ET COCHINCHINE.
(Les lettres les plus récentes qu'on ait reçues de ces deux missions
sont du mois d'août 1820.)
LE roi ou empereur de Cochinchine et du Tong-
king, nommé Gia-long, mourut sur la fin du mois de
janvier 1820. Quelques années avant de mourir, il
avoit désigné pour son successeur le troisième de ses
fils. Les deux nés avant celui-ci étoient déjà morts,
Ce choix avoit mécontenté une partie des grands man-
darins, parce que ce jeune prince est né d'une concu-
bine, et que le fils de la reine légitime, mort en 1801 (I),
avoit laissé en mourant des enfans mâles; mais ceux-ci
n'étoient non plus que des fils de concubines. Ce mé-
contentement d'une partie des principaux mandarins
donnoit lieu de craindre qu'il n'y eût des troubles
après la mort du roi; mais le successeur qu'il avoit dé-
signé est monté sur le trône sans opposition, et règne
paisiblement. Il a pour principal ministre un eunuque.
(1) C'est le jeune prince que Mgr. Pigneaux, évêque d'Adran,
vicaire apostolique de Cochinchine; avoit amené en France en 1786.
(2)
le plus habile des mandarins militaires. Le roi dé-
funt, avant de mourir, a recommandé à son fils de
ne rien faire, pendant trois ans, sans le conseil de ce
grand mandarin. Pour empêcher les complots que
pourroient former les mandarins mécontens, le nou-
veau roi les a dispersés en leur donnant' des comman-
demens dans des provinces éloignées. D'ailleurs y pour
s'attacher tous les mandarins et le peuple, il a promu
tous les mandarins à des grades plus élevés, et a fait
grâce au peuple de toutes les contributions arriérées
et d'une année des impositions ordinaires. En mon-
tant sur le trône, il a pris le nom de Minh-mênh, ou
Minh-mang; jusqu'alors ce prince avoit manifesté,
en plusieurs occasions, des sentimens de haine contre
la religion chrétienne, et déclaré que, quand il se-
roit roi, il travailleroit à la détruire dans ses Etats,
et en chasseroit tous les missionnaires. De telles dis-
positions donnoient à ceux-ci sujet dé craindre quel-
que cruelle persécution sous son règne. Néanmoins,
depuis qu'il est roi , il n'a point encore exécuté ses
menaces, et les chrétiens jouissent de là même, tran-
quillité, par rapport à l'exercice de leur religion, que
sous son prédécesseur.
Le bruit s'estrépandu que le roi défunt a laissé un
testament contenu en trente-six articles, dans lesquels
on remarque les deux suivans : 1°. Il recommande à
son fils d'entretenir toujours, comme par le passé,
Une garde de cinquante hommes destinée à prendre
soin du tombeau ou mausolée érigé, dans la province
de Sai-gon en basse Cocinchine, en l'honneur de
(3 )
Mgr. Pigneaux, évêque d'Adran, mort le 9 octobre
1799. 2°. On dit que, dans le dernier article, le roi
mourant recommande à son fils de ne persécuter au-
cune des trois religions établies dans son royaume ;
savoir, celle de Confucius, ou des lettres ; celle de
Foë, ou des idoles , et celle de Jésus-Christ, disant
qu'elles sont toutes trois bonnes, et que les persécu-
tions occasionnent ordinairement des troubles dans
l'Etat , attirent dès calamités publiques, et souvent
font perdre la couronne aux princes qui les exercent.
CHINE.
LE 14 mai 1818, un phénomène extraordinaire jeta
l'épouvante dans la cour de Péking. Entre cinq et
six heures du soir; des ténèbres épaisses se répandi-
rent tout à coup sur la ville de Péking et ses envi-
rons; elles étoient accompagnées d'un vent violent du
sud-est et d'une pluie abondante. Un chrétien de Pé-
king, qui avoit été témoin de ce phénomène, raconta-
à Macao que ces ténèbres furent deux fois interrom-
pues par des intervalles , pendant lesquels le ciel étoit
tout rouge, l'atmosphère infect, et de fréquens coups
de tonnerre ajoutoient à l'horreur d'un tel spectacle, et
que l'air ne redevint serein qu'après la troisième ob-
scurité. L'empereur, effraye, consulta les magiciens,
les devins, les lettrés, pour connoître la cause d'un
événement si extraordinaire. Tous confessèrent leur
ignorance. Quelques-uns l'attribuèrent aux enchan-
temens des chrétiens. Dès le lendemain (15 mai),
l'empereur publia, à l'occasion de ce phénomène,
(4)
plusieurs décrets. L'un de ces décrets commence ainsi:
« Hier, à cinq heures trois quarts après midi, un vent
» violent s'éleva du côté du sud-est. Il étoit accom-
» pagné de pluie, et causa des ténèbres si épaisses
» que, dans l'intérieur des maisons, avec des lampes
" allumées, les hommes avoient peine à se reconnoî-
» tre les uns les autres. La frayeur que nous a causée
» un phénomène si étrange ne nous a pas permis de
» prendre aucun repos la nuit suivante. Nous l'avons
» employée à examiner avec le plus grand soin pour
» quel motif le ciel a voulu nous effrayer par un tel
» prodige; car, selon la doctrine des anciens, les té-
" nèbres causées parle vent présagent communément
» quelque grand malheur, quelque fléau du ciel ».
L'empereur s'interroge ensuite lui-même, et se de-
mande s'il ne se seroit point rendu coupable de quel-
que faute ou de quelque négligence dans le gouver-
nement de ses Etats; si ses maudarins n'ont point,
à son insu, commis dès malversations, ou fait cou-
ler le sang innocent. Il ordonne à ceux de ses su-
jets qui lui sont dévoués, et sur qui le prodige a fait
une impression religieuse, de lui découvrir, avec un
coeur droit et exempt de passion, les fautes commises
par lui où par ses mandarins, qui pourroient être ve-
nues à leur connoissance, afin qu'il puisse refermer
les abus, et punir ceux qui causent du dommage aux
particuliers et à l'Etat. Il déclare ceux qui lui fe-
ront de semblables dénonciations dignes du titre de
sujets fidèles, sincèrement dévoués au bien de l'Etat.
Quant à ceux qui feroient des dénonciations fausses,
( 5 )
il dit qu'ils commettroient un crime énorme, et fe-
roient une injure atroce à la majesté impériale. « Les
» accusations calomnieuses, dit-il, causent la ruine et
» la mort d'une foule d'innocens ; elles seules sont ca-
» pables de provoquer un signe aussi effrayant que
» celui qu'on a vu. Le vent, continue-t-il, ayant souf-
» flé de la partie du sud-est, c'est un signe assez vrai-
» semblable qu'il s'est commis de ce côté-là quelque
» grand crime, que les mandarins, par négligence à
» s'acquitter de leurs devoirs, ont ignoré, et qui al-
» lume le courroux du ciel ». L'empereur termine ce
décret en enjoignant à tous ses mandarins fidèles d'exa-
miner leurs consciences, de se corriger de leurs fau-
tes, et de s'acquitter exactement de leurs fonctions,
pour se conformer à sa volonté et au désir qu'il a, lui
empereur, de pratiquer la vertu, et de détourner les
calamités de dessus son empire.
Ce monarque, impie, et superstitieux, loin de re-
garder la guerre qu'il faisoit à Dieu, souverain maître
du ciel, en persécutant la religion chrétienne, comme
la véritable cause des. malheurs dont il se sentoit me-
nacé, n'en parut que plus acharné à faire exécuter
ses ordres barbares contre les prêtres et les chrétiens.
Ainsi, pendant les deux années 1818 et 1810, les.
mandarins continuèrent leurs perquisitions pour ar-
rêter les missionnaires, et leurs violences contre les
chrétiens pour les forcer à apostasier.
Sur la fin de décembre 1818, deux prêtres chinois
de la province du Su-tchuen tombèrent entre les mains
des persécuteurs, et furent condamnés, l'année suv-
(6)
vante, à l'exil, perpétuel en Tartarie, M. Escodéca,
missionnaire francois, courut à cette occasion les plus
grands dangers, parce que ces deux prêtres furent ar-
rêtés dans le voisinage de l'endroit où il résidoit alors.
Deux autres, prêtres de cette même province, arrêtés
au commencement de la même année 1818, subirent
la même peine,
Dans la province du Hou-kouang, M. Clet, mis-
sionnaire francois de la congrégation de Saint-Lazare,
âgé de soixante-douze ans, ayant été dénoncé par un
païen, trois ou quatre cents hommes, soldats, domes-
tiques du prétoire et autres païens, cernèrent des
montagnes habitées par quelques familles chrétien-
nes , au milieu desquelles ce missionnaire faisoit sa
résidence. Une récompense de 1000 taëls (environ
7000 fr. de notre monnaie) étoit promise à quicon-
que l'arrêteroit. Ces satellites parcoururent toutes les
cavernes et les trous de ces montagnes, sans pouvoir
mettre la main sur lui ; ils n'arrivoient dans une ca-
verne que lorsqu'il n'y étoit plus. Après avoir ainsi
échappé pendant long-temps à leurs recherches, il se
retira dans la province de Ho-nan, où il se croyoit
plus en sûreté : c'est là pourtant qu'il fut arrêté, le
6 juin 1819. Les mandarins de cette province le trai-
tèrent inhumainement; il reçut, à plusieurs reprises,
une trentaine de soufflets, appliqués avec une semelle
de cuir. Un jour, on le fit rester à genoux sur des chaî-
nes de fer, pendant trois ou quatre heures. Au bout
de quelques semaines, il fut ramené, avec les fers aux
pieds et aux mains, à la ville capitale du Hou-kouang,