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Précis historique sur le Cte de Vair, commandant les volontaires de l'armée, par un major de cavalerie [Charles-Gaspard de Toustain]

De
47 pages
impr. de N.-P. Vatar (Rennes). 1782. In-8° , 16-XXXI p..
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SUR LEC te DE VAIR ,
Commandant les Volontaires de l' Armée.
PAR UN MAJOR CE CAVALERIE.
Pourquoi nous renfermer dans l'usage de ne
célébrer après leur mon que ceux qui ayant été
donnés en spectacle au monde par leur élévation ,
ont été fatigués d'encens pendant leur vie ?
VOLT; Elog. Fun. des Offi.
M. DCC LXXXII.
Avec Permission.
( 2 )
A LEURS ALTESSES SÉRÉNISSIMES,
MESSEIGNEURS
Les Ducs de F*** de M*** Comte de B***
M ESSEIGNEURS,
LES grands exemples héréditaires dans toutes les Branches
de la première des Maisons Souveraines, la surveillance
éclairée des augustes Auteurs de vos jours , les excellentes
leçons de vos sages Instituteurs, doivent accélérer le déve-
loppement heureux des hautes qualités que la France a droit
d'exiger de ses Princes, & dont la nature vous a donné
le germe.
Imbus de bonne heure des obligations de l'humanité dans
toutes les clastes , instruits des lumières & des services que
Ta, Patrie attend de vous, appelles par votre naissance au
commandement des Armées, vous étudierez un jour,
MESSEIGNEURS , ce grand Art que la Philosophie rejette
comme moyen de destruction , qu'elle révère comme moyen
de conservation, F Art profond & brillant qui procura la
Victoire de Montcaffel (*) & la Conquête de Lerida (**). Et dans
l'âge où vous apprendrez les noms chéris & les exploits
immortels des deux Généraux qui remportèrent ces glorieux
avantages, les connoissances historiques & morales que vous
ne manquerez pas d'acquérir en même-temps , vous convain-
cront qu'aucun éloge ne les auroit plus flattés que celui qu'a
reçu de nos jours le Prince Henri de Prusse : HÉROS HUMAIN ,
QUI DÉTESTERA GUERRE, ET QUI LA FAIT SUPÉRIEUREMENT.
Vous ne pourrez ignorer non plus, MESSEIGNEURS , que
l'incorruptible postérité juge les hommes indépendamment de ,
leurs titres ; qu'elle porte un examen sévère fur chacun de
(*) 1677.
(**) 1707.
ceux qui ont brillé par le rang , la puissance ou la réputa-
tion. C'est elle qui a dit que les Armées Françoises eussent
été mieux conduites non-feulement par le Lieutenant-Général
Feuquieres, mais par le simple Mestre-de-Camp Folard,
que par ces Maréchaux qui remplirent l'Italie , la Flandre
& l'Allemagne de leurs trophées , à la manière dont Aratus
remplifloit des siens tout le Péloponèse. Encore le sage
Polybe vous apprendra-t-il, MESSEIGNEURS, que le Chef
des Achéens rachetoit ses défaites par des qualités que
n'eurent point la plupart de ces Hommes de Cour
qui se crurent des Hommes de Guerre ou des
Hommes d'Etau C'est la postérité , MESSEIGNEURS , qui
répand le plus beau lustre sur ceux qui ont annobli par leurs
vertus , leurs actions ou leurs talens, des emplois inférieurs
bu obscurs , tandis qu'elle couvre de ténebres épaisses la
mémoire de celui qui n'aura pas justifié par son mérite le
hasard ou la faveur de son élévation.
L'Officier dont j'ose dédier" l'Histoire à vos Altesses
Séréniffimes, fut arrêté presque au début de sa carrière , par
une mort digne de le conserver dans le souvenir du Militaire
François , quand même la plus noble partie de lui-même
ne vivroit pas encore dans un livre utile de sa composition.
Son éloge fut souvent prononcé par le Vainqueur de
Sundershause , de Corback & de Berghen , proportionnelle-
ment & à peu près (autant que la comparaison peut s'ad-
mettre ) , comme celui d'un simple Pasteur (*) vient de l'être
par un Prélat éloquents De tout temps les grands Généraux
ont reversé quelque parcelle de leur gloire sur les Coppé-
rateurs subalternes qui ont le mieux exécuté leurs plans &
eurs ordres;
Quand le jour fera venu, MESSEIGNEURS, où vous me
ferez l'honneur de me lire, je délire vivement que cette
Epitre, qui ne seroit jamais assez courte aujourd'hui suivant
la formé , ne vous paroisse pas alors trop longue, même
quant au fond. Vos bontés encouragent mes efforts; vos
coeurs reconnoîtront mes intentions ; votre esprit m'accor-
dera de l'indulgence. Un bienfait insigne de Monseigneur
le Duc d'O *** , dont l'ame n'est pas moins élevée que sa
(*) Oraison Funèbre du Cure de S. André-oes-Arcs, par M.
l'Evêque de Sériez,
(4)
naissance, m'a pénétré , MESSEIGNEURS , du dévouement le
plus pur & le plus sincère pour son Auguste Personne, &
pour tout son Sang. Daignez agréer l'hommage public que je,
prends la liberté de vous rendre, comme l'assurance invio-
lable des sentimens que j'ai cru les plus dignes de vous être
offerts, comme le gage d'un zèle aussi exempt d'adulation,
que de tiédeur. Les Princes qui goûtent la vérité s'honorent
encore plus que les Particuliers qui la disent. Heureux ceux
dont elle fait l'éloge de leur vivant! mais leur modestie
m'ordonne le silence.
Je suis avec un très - profond respect,
MESSEIGNEURS,
De vos ALTESSES SÉRÉNISSIMES ,
Décemhre 178,
Le tvès-humble & trés-obéissant
Serviteur, C. G. T * * *
(5)
A la tête d'un Opuscule de ce genre, nous croyons pouvoirs
transcrire les dernieres pages d'un livre que nous publiâmes
en 1772, sur plusieurs articles de Littérature, d'Histoire,
de Politique, de Morale & de Guerre.
N OUS avons conseillé l'étude & l'instruction en général aux Mili-
taires, sans prétendre les assimiler à ce Gouverneur impertinent &
ridicule, qui, suivant le rapport du Chevalier de Folard, passoit à
des conversations Rabbiniques le temps qu'il auroit dû employer à
invre sa place en état de défense.
Nous avons loué Périclés comme Homme de Lettres & Général;
mais nous avons gardé le silence sur sa politique , qui marquoit plus
l'activité de son génie, l'habileté de ses talens & retendue de son
ambition, que la droiture de ses lumières, la bonté de ses ressour-
ces, & la pureté de ses intentions. Voyez les Observations sur les
Grecs , par M. l'Abbé de Mably, dont tous les ouvrages respirent
la sagesse & l'hurnanité, quoique dans celui-ci , comme dans les
Entretiens de Phocion , il n'ait peut-être pas assez refoecté la mé-
moire du Législateur d'Athenes.
Nous avons cité Lucullus comme un exemple frappant de ce dont
est capable un esprit supérieur, aidé de la seule Théorie. Mais cet
exemple est très-rare , & nous en fournirions mille de bons Géné-
raux formés par la feule expérience. Si le premier est fait pour
exciter l'émnlation & l'admiration, il n'autorisera jamais ces airs
insoutenables de suffisance & de présomption, avec lesquels de
jeunes apprentifs , à peine revêtus de l'uniforme , osent, dès qu'ils
ont feuilleté un Auteur Militaire, & vu exécuter un quart de
conversion, parler, décider, trancher sur les questions les plus épi-
neuses, sur les matières les plus délicates de leur état. Plusieurs
raisonnent & se conduisent, d'une manière aussi contraire à la poli-
tesse qu'au sçavoir: & la vaine parade qu'ils sont de leur demi-
science attire bien des calomnies & d'injustes procès à la véritable
instruction.
Qu'ils apprennent donc que la Théorie & la Pratique sont les
deux yeux de la guerre, 8c que celui qui manque de l'un ou de
l'autre ne peut faire que des observations imparfaites, & donner
que des préceptes peu surs; qu'à plus forte raison déjeunes aveu-
gles, tels qu'ils sont encore, doivent se défier infiniment d'eux-mêmes. On
sçait qu'un Militaire distingué à écrit qu'il confieroit plutôt l'exé-
cutien d'une entreprise, à un jeune Théoricien studieux qu'à un vieux
Guerrier qui n'auroit que la routine. On n'ignore pas non plus que
le Maréchal de Lowenda ! consultait souvent à Berg-op-zoom un Offi-
cier qui voyoit son premier siège. On n'oublie pas enfin que les
Livres de M. Guifchard ont été payés d'un Régiment par ce Roi
Général, Ecrivain & Législateur,. duquel on a dit comme de César,
eodem animo scripsit , quo debellavit. Mais on n'en doit pas moins
souscrire à ce passage, tiré des Siemens Militaires, de M. Cugnot
(6)
(Tom. second, no. 210 , ) « Les progrès que l'on fait dans un Ace
» par la Théorie , sont plus rapides & plus brillans; ceux que l'on,
» fait par la Pratique font plus lents, mais plus solides.... Les Offi-
» ciers qui n'ont que de la pratique ne sont bons ordinairement
» que pour les détails ; ceux qui n'ont vu que des livres réuffis-
» sent rarement, même dans les plus petites choses u.
Discise justitiam moniti. . VIRG.
Machiavel a donné d'excellens préceptes fur un art qu'il n'a point
exercé. Ainsi l'avoient pratiqué Elien chez les Grecs, & Végece .
dans l'empire Romain; ainsi de nos jours & chez nous M. Andreu
de Bilistein , fans avoir servi, a publié des Institutions Militaires,
dans lesquelles les connoisseurs ont trouvé plus d'une vue neuve &
xitile , plus d'une idée ingénieuse & juste , plus d'une observation,
vive & lumineuse. M. l'Abbé Deidier nous a facilité ['intelligence
des combinaisons de Pagan , Cohorn & Vauban , comme M. d'Origny,
Chevalier de Saint Louis, nous a facilité depuis la connoiffance
des Antiquités, Egyptiennes. Monsieur. Rollin , qui peut-être
n'avoit jamais vu ni places fortes, ni troupes sous les armes, a traité
pertinemment l'article de la Science militaire , fans autre secours
que celui des bons conseils & des lectures choisies & bien digérées.
Ceux qui ont justement loué le Magistrat de Douay, lequel dans
un temps de crise conseilla Fattaque de D.enain, auroient pu nous
reprocher le défaut, mais non le genre de spéculations que nous
fîmes nous, même, lors d'une crise d'une autre espéce, sur un état
absolument étranger au nôtre.
Ciceròn, qui sauva sa patrie , comme Consul & comme Orateur,
n'a-t-il pas établi, démontré, dans ses écrits comme dans fa con-
duite, la connexion de tous les Arts, de toutes les Sciences? Ce-
pendant , Jeune Observateur, gardez-vous de. prononcer, témérai-
rement entre les anciens & les. nouveaux systèmes ; défiez-vous en tac-
tique & eh fortification , comme en Politique & en Philosophie, de
toute opinion exclusive-, & songez qu'en tout génre, l'éclectisme,
c'est-à-dire la liberté de modifier & de choisir, est peut-être le meil-
leur parti. Par le soin avec lequel vous ne donnerez à chaque chose
que le degré d'importance qui lui convient , en évitant l'ennui
des lieux communs, les paradoxes outrés & révoltans, le ton dog-
matique & impérieux, vous vous soustrairez à la critique sensée,
que M. le Chevalier de Châtelux fait de ces hommes plus avan-
tageux qu'instruits, lesquels se mêlent d'écrire sur leur métier,
au lieu de le faire. Mais lorsque vos feuilles gémiront fous, la presse
ne croirez-vous pas, s'il rn'est permis de jouer fur le mot, pressen-
tir des gémissémens pour vous même & ne ferez-vous point frappé
comme de l'éclair , eh relisant ce passage de l'Art de la Guerre du
Maréchal de Puységur., « Lorsqu'on est dans les emplois inférieurs.
» & qu'on veut mettre au jour les connoiffances qu'on a acquises,
si on trouve parmi ses Supérieurs nombre de gens qui s'en, offen-
» sent. La modestie alors X les égards qu'on doit aux personnes de.
» mérite, d'ailleurs élevées en dignités, imposent silence ; ceux qui
» voudroient le rompre ne s'en trouvent pas bien »
(7)
D'UN MANUSCRIT INTITULÉ:
NOTICE SUR M. LE Cte DE LA NOUE DE VAIR.
Et qui secêre , & qui sacta. aliorum
scrípsére, multi laudantur. Sallust.
STANISLAS-LOUIS DE LA NOUE , des Comtes
DE +VAIR , filleul du feu Roi de Pologne, Duc
de Lorraine, & de la Reine son épouse, naquit
au Château de Nazelles, prés Chinon en Tou-
raine, le 11 Août 1729. Il étoit le cinquième de
six frères, qui tous, à l'exempte de leurs Ancêtres ,
ont servi l'Etat avec distinction. Nous renvoyons
à la note ( 1 ) quelques détails généalogiques ,
qui pourront accommoder certains Lecteurs, &
que les autres seront libres de paffer.
Quoique le Comte de Vair n'eût pas besoin
d'Aïeux, on ne sauroit dire que l'énergie ou.
l'élévation de son caractère ne reçût aucun sou-
tien de cet avantage ou de cette opinion de nais-
sance absolument inhérente à la constitution des
Sociétés policées , & fur-tout d'une grande
Monarchie. C'est une sorte de patrimoine non
moins sacré que toutes les autres branches de la
propriété. C'est la source? la plus pure, d'une
émulation précieuse entre les différens Ordres ,
dont elle excite les talens sans en opérer la confu-
sion. S'il faut avouer que cette institution antique
& respectable est quelquefois le sujet d'une envie
(8)
puérile, d'une morgue pitoyable , ou d'une
vanité ridicule, ne doit-on pas convenir aussi
qu'elle devient réellement un nouveau motif
de constance & de dignité , de patriotisme &
d'honneur, un véhicule de plus au bien dans
la plupart, des Gentilshommes ? Celui dont
nous parlons étant nourri des bons principes
héréditaires dans fa famille , n'en fut que mieux
& plutôt en état d'imiter les hommes supérieurs,
qui d'eux-mêmes ont refait & perfectionné leur
première éducation, Entré dès l'âge de douze
ans au Régiment d'Enghien , il y fit les Cam-
pagnes de Bohême, de Bavière & de Flandres,
& fut présent à presque toutes les expéditions de
la guerre de 1741. Il se signala dans plusieurs actionss
entr'autres aux Sièges de Fribourg, Mons , Namur,
Charieroi ; aux journées de Rancoux & de Lau-
selt. Ce fut à cette derniere qu'un coup de feu
lui perça les deux jambes au moment mi, larme
d'une main, la pioche de l'autre., il aidoit ses
Soldats à détruire une haie,
Cette blessure ne lui permit pas de faire la
Campagne de 1748, année pendant laquelle il
fut fait Capitaine. Son zèle pour le service &
pour l'instruction lui fixent mettre à profit les
années qui s'écoulèrent jusqu'à la guerre de 1756.
Entre mille exemples , tant anciens que moder-
nes, de la compatibilité de l'Etude & des Armes,
il en avoit fous les yeux un d'autant plus frappant
qu'il étoit domestique. L'illustre la Nouer-Bras-de-fer,
Auteurs des Discours Politiques & Miliaires f étoit
on le fait, l'un des meilleurs Généraux & des
plus vertueux Sujets de Henri IV. Animé du
généreux désir de se montrer le digne arriere-
neveu de ce Héros, le Comte de Vair consacra
(9)
ses courts loisirs à la lecture des bons Auteurs,
à l'étude dés actions des plus grands Capitaines,
à la, méditation de leurs principes, Nouveau
Thémistocle , leurs trophées troubloient fréquem-
ment son sommeil. De ce travail si noble, résul-
tèrent les réflexions qu'il nous a transmises dans
son Ouvrage-imprimé pendant l'hiver de 1759 à
1760, sous le titre de Nouvelles Conflitutions
Militaires , avec une Tactique adaptée à leurs prin-
cipes. Des considérations très-fortes suspendent
le projet que nous avions d'abord formé d'en
publier l'analyfe à la fuite de çe Précis de la
Vie de l'Auteur. Cela nous auroit conduit à
discuter les derniers systèmes de Tactique , sinon
avec autant de profondeur , au moins avec autant
d'impartialité que le Philosophe Bayle examinoit
des Controverses de Métaphysique, De plus,
ayant consigné, dans un autre Ecrit, la partie la
plus remarquable de nos foibles idées fur cette
louable production, ne suffira-t-il pas ici d'obser-
ver que M. de Vair avoit bien les connoissances
& le génie, mais que le repos & les années lui
ont. manqué pour ajouter à la justesse & à la
folidité de ses maximes , dont plusieurs très-
lu mineuses , à la noblesse & à la pureté de son
style , enfin à l'évidence & à l'exactitude de ses
calculs.
La Guerre de 1756 rappelloìt à la pratique
les spéculations du Comte de Vair. Trop avide
de gloire pour se borner au service que rend
un Officier qui reste à ses Drapeaux , il demanda
au debut de la Campagne de 1757, & obtint
de M. le Maréchal d'Estrées , la grâce de marcher
aux Volontaires commandés par. M. d'Anfernet.
Ce Chef estimable distinguant bientôt les taiens
(10)
du jeune Comte , lui confia le commandement
en second de sa Troupe de 300 hommes. II jus-
tifia, dans cet emploi, la bonne réputation qui
Je lui ávoit procuré. S'étant trouvé , fur la fin
de la Campagne, aux ordres de M. le Marquis
de Perreufe , Commandant à Harbourg, cet Offi-
cier-Général lui permit de former une Compag-
nie de 80 Volontaires pris fur toute la Garnison..
Pendant trente-deux jours que dura le siège ou
blocus de cette maiwaise place, il coucha toutes-,
les nuits fur les remparts, il fit des sorties con-
tinuelles & presque toutes heureuses, il eut son
habit criblé de balles, & ne montra pas moins:
de sensibilité que de. courage dans les larmes,
qu'on lui vit répandre fur la mort d'un bon
Sergent tué à ses côtés. le regrette bien de ne
pas découvrir le nom de ce brave Homme.
Sur la fin du siège, les ennemis abusèrent de
la sécurité qu'une suspension d'armes infpiroit
au Comte de Vair, pour le faire prisonnier,
sous prétexte qu'il les observoit de trop près.
Son ton de noblesse & de fermeté en imposa,;
au Général Hardenberg , qui le renvoya le
lendemain. Rentré dans Harbourg, il témoigna,
la plus amere indignation contre le projet de-
rendre la place, avec la clause de ne point servir-
de la guerre. II lui fallut néanmoins subir le sort
général, quoiqu'il eût refusé de signer la Capi-
tulation. Au reste, en approuvant cette valeur
exaltée du jeune Comte, ne blâmons pas la con-,
duite du Marquis de Perreufe, qui ayant épuisé-
tous les moyens de défense , & menaçant les
ennemis de s'ensevelir sous les ruines du Château ,
avoit . obtenu les honneurs de la guerre qu'ils,
vouloient lui refuser. Le trop grand éloignement;
de l'Armée Françoise, ou l'ignorancé de sa position,
& l'exact investissement des Hanovriens, l'empê-
cherent ,sans doute, de renouvellerle stratagême
de Péry, dont l'heureuse évasion couronna sa belle
défense à Haguenau, en 1705.
L'étude, ressource des bons esprits, vint de
nouveau remplir les momens que M. de Vair
ne pouvoit donner â sa profession. Ses services
ne furent pas oubliés. II reçut la Croix de S.
Louis à vingt-neuf ans. Après la Campagne de
1758, il fut échangé , par la protection de M,
le Maréchal-Prince de Soubise, & l'entremise
de M. le Marquis d'Armentieres, auprès de M.
le Prince Ferdinand de Brunswick.
Le premier usage de sa liberté fut de se ren-
dre à Francfort sur le Mein, auprès de M. le Duc
de Broglie , dont le certificat respectable sert de
preuve à la Notice que j'analyse, Le Général
reconnut son zele, & lui confia bientôt une
Troupe de trois cens Volontaires. Ce comman-
dement lui procura de nouvelles occasions de
gloire qu'il ne laiffa pas échapper. A l'importante
journée de Berghen , ( 13 Avril 1759,) il fusilla
dès la pointe du jour , dans un bois qui cou-
vrait un des flancs de notre armée, & renforcé
de deux Compagnies de Grenadiers, il parvint
à s'y maintenir contre des forces très-supérieures
jusqu'à la décision de la Victoire.
Continuant à se montrer dans toutes les cir-
constances avec la même distinction, le Comte
de Vair fut chargé de couvrir la retraite de la
réserve de M, le Duc de Broglie, après la ba-
taille de Minden , perdue le premier Août de
cette même année 1759 , qui, malgré son bril-
lant début, fut de toutes parts presqu'aussi funeste
(12)
à la France que l'avoit été celle de 1706
dans la derniere Guerre de Louis: XIV. La
célérité avec laquelle il gagna les sommités escar-
pées des Montagnes, qui forment la gorge de.
Min Jen , força les ennemis d'abandonner les postes
qu'ils commençoient à y prendre. La nécessité
d'abréger nous force de sacrifier beaucoup d'au-
tres détails intéreffans , entr'autres son canton-
nement à Vetzlar , d'où il ne cessa d'inquiéter les
ennemis. Deux fois par ses mcuvemens il leur
fit détendre la droite de leur camp. Passons à la.
Campagne de 1760,
M. le Maréchal de Broglie , avoit établi son.
Quartier Général à Francfort le 15 Janvier. Six
semaines après, il envoya le Comte de Vair
dans le pavs de Fulde, à la tête de huit cens
Volontaires, subordonnément à M. le Comte
d'Apchon, qui commandait en cette partie. Le
jeune Partisan s'y trouva souvent en opposition
avec M. le. Baron de Luckner, actuellement au
service de France. Ses manoeuvres devant cet-
habile Général, forment, peut-être la plus belle
partie de fa gloire- (2).
Une particularité très-digne de rémarque dans
la manière dont le Comte faisoit la petite guerre ,.
c'est que s'il tiroit des contributions en den-
rées , il payoit toujours les subsistances destinées;
à fa consommation particulière. Jamais non plus
il ne fit valoir le droit ou l'usage qu'ont les Com-
mandans des Troupes Légères, de participer aux
captures, II engageoit ses. Officiers à se conduire
avec le même désintéressement. L'exemple des.
profits légitimes & même honorables du célèbre
Villars , qui ne s'en permit jamais que fur le$
Ennemis de l'Etat, auroit eu moins d'empire for
(13)
l'ame du Comte de Vair, que l'heroïque & su-
blime générosité, de Bayard , de ce Chevalier
sans reproches, dont la Maison subsiste par les
femmes dans celle d'un Vice-Amiral vivant,
qui l'a plus d'une fois imité (3). Revenons.
M. le Maréchal de Broglie satisfait des ma-
noeuvres du Comte de Vair, dans le pays de Fuide,
porta son Détachement jusqu'à 1200 hommes
d'Infanterie, & 400 Cavaliers, Dragons & Hussards.
On lui proposa pour second M. de S.Victor. Moins
ancien Lieutenant-Colonel, il hésita d'abord à
l'accepter; mais ce digne Collégue, dont le zèle
pour le service du Roi, ne calculoit pas le rang
d'ancienneté, insista d'une manière fi remplie de
déférence & d'estime pour le Comte de Vair ,
que celui - ci cessa , par justice & par honnêteté ,
une résistance qui n'avoit. eu d'autres principes
que cette même justice & cette même honnêteté.
Ce cas étant, je crois, un de ceux où parva
licet componere magnis , j'oserai dire que M. de
S. Victor sous. M. de Vair , me rappelle Vauban
demandant à servir sous ses Cadets, ou le Maré-
chal de Boufilers soumis volontairement aux
ordres du Maréchal de Villars.
Au passage de L'omm , a la marche du camp
de Neustadt, à l'Affaire de Corback, à plusieurs
autres grandes manoeuvres de l'Armée, le Comte
de Vair ne cessa de signaler son intelligence &
son intrépidité. Un jour qu'il exprimpit à M, le
Maréchal de Broglie ses regrets de ce qu'une
autre destination l'a voit empêché de comman-
der une attaque, Vous vous sériez fait tuer, lui dit
le Maréchal, & un plus grand succès ne m'auroit
pas dédommagé de votre perte. Ces encouragemens
propres-, à rappeller les beaux jours de la Cheva-
lerie Françoise, ces paroles consolantes & flat-
teuses étoient comme le présage de ce qui devoit
arriver bientôt»
Les Alliés se campèrent à Saxenhausen. Cette
position étoit inattaquable de front ; il falloit les
tourner pour la leur faire abandonner. M, le
Comte du Muy commandoit le Corps chargé
d'attaquer le stahc droit. M. de Vair fit son avant-
garde. M. le Maréchal de Broglie parvint le 25
Juillet à déposter M. le Prince Ferdinand; Ce fut
dans cette journée que le Comte de Vair, faisant
l'avant-garde de son propre corps avec quatre cens
hommes & deux pièces de canon, reconnoissant
oppressant l'arriere-garde de l'ennemi, fut accueilli
par une mousqueterie très-vive (4), Sa Troupe
éprouva d'abord quelque désordre; mais il la
contint par fa grande fermeté, quoiqu'il eût reçu
deux coups de feu dont un lui faifoit Contusion
au bas ventre, & l'autre lui cassoit le poignet
droit. M; de Brécourt, Capitaine au Régiment
de Navarre , le pressoit de s'aller faire panser,
II répondit qu'il falloit voir cette affaire jusqu'au
bout: puis enveloppant son poignet dans un
mouchoir, il continua de cemmander avec la
même présence, d'esprit. La partie n'étoit pas égale.
Le feu de l'ennemi augmentant de plus en plus,,
il fallut y céder. Ce fut en commençant la retraite
après avoir mis ion artillerie en fureté, que le
Comte de Vair reçut clans la poitrine un coup
de canon , qui termina, à l'âge de 31 ans, une
carrière, dont le glorieux début promettoit celle
d'un grand homme de guerre. Son corps fus
enlevé & enterré au village de Wisbeck , en
Basse-Hesse , fur le chemin de Wolfagen à
Wolkmiffen. La nouvelle de fa mort circula
(15)
rapidement. L'expression générale des regrets
qu'elle excita dans l'armée , & les larmes qu'elle
fit répandre à son Général furent le premier
éloge funèbre de cet Officier. Sa réputation lui
en avoitpréparé un second à Versailles. LOUIS XV
dit : « Je viens de perdre un homme qui seroit
» devenu le Laudon de la France » (5).
Le Comte de Vair habile à se concilier l'estime
& rattachement de ses égaux & de ses supérieurs, ne
l'étoir pas moins à captiver Paffection du Soldat(6).
Sa discipline étoit grave sans pédanterie, active
fans inquiétude ni turbulence, stricte fans minu-
ties , ferme saris dureté , humaine sans relâche-
ment , religieuse (7) sans bigotifme. Sachant très-
bien que le Supérieur qui commande au-delà de
son pouvoir , manque autant à la subordination
que l'inférieur qui n'obéit pas ; il n'altéroit pas
la sagesse, d'es Ordonnances par des interpréta-
tions arbitraires; il préservoit également sa Troupe,
& d'une oisiveté pernicieuse & d'une fatigue
inutile ; il l'occupoit enfin sans la rebuter , &
ne parodioit pas des exercices nécessaires, par
ces évolutions incertaines, par ces fausses ma-
noeuvres, qui, selon la judicieuse .remarque du
savant Maizeroi, ne servent qu'à déranger les
notions du Militaire, comme les mauvais Romans
à gâter l'esp'rit de la jeunesse.
Ce n'est pas assez pour un Chef d'être l'inf-
trusteur de les Soldats ; il doit en être le père.
Imbu de cette grande vérité, le Comte de Vair
partageoit leurs travaux, soulageoit leurs besoins,
êntroit dans leurs affaires, les visitoit pendant
leurs maladies , panfoit quelquefois lui-même
leurs blessures, & noble imitateur de nos plus
illustres Militaires savoit à merveille les conduire
(16)
par ce sublime point d'honneur national auquel
il (8) n'a peut-être pas assez rendu justice dans ce
Livre dé Nouvelles Constitutions , qu'il n'eut pas le
temps de porter à leur maturité. Dans Une escar-
mouche un de ses Volontaires avoit été sabré fur la
tête au point qu'aveuglé par le sang qui lui couloit
sur les yeux, il se retiroit du côté de l'ennemi
au lieu de rejoindre les siens. Le Comte pouffe
son cheval vers ce brave homme, au risque
de se faire sabrer lui-même , le prend par la
main , le ramené & fait naître parmi sa Troupe
des mouvemens de sensibilité & d'admiration
qui n'en étoient pas moins vifs , quoique sou-
vent excités par des actions analogues à celle-là;
Dans un cas de besoin , il eut, sans hésiter ,
vendu fa vaisselle pour ses Volontaires, comme
Turenne le fit deux fois pour son Armée.
François ! en 1771., au sein de la paix, vous
n'avez pas entendu fans attendrissement, l'Elogë
historique de ce jeune Beau-deMascafon , proposé
pour modelé aux élevés de l'Ecole Militaire,
enseveli dans ses Lauriers au commencement
du cinquième Lustre , & déjà célèbre au Service
avant l'âge où la plupart y sont entrés. Je n'ai
pas les taîens de son Panégyriste. Mais quel
moment plus favorable que celui d'une guerre
noble & juste (9), pour retracera votre souvenir
ces particularités mémorables d'un autre vaillant
Compatriote mort au lit d'honneur à trente-un ans!
EXTRAIT D'UNE LETTRE DU CENSEUR.
J'ai lu cet Ouvrage avec le plus grand intérêt. II plaira
aux Gers de bien ; il intéressera des Familles respectables.
Les Militaires en feront leur profit , & le Patriotisme
l'accueillera favorablement,
D. L. M. F.
Sur les Noies suivantes & numérotées.
Comme ces Notes font placées de manière à ne pas interrom-
prele fit d'une première lecture du texte, l'Auteur prendra la liberté
de causer familièrement, & à ccetir ouvert, avec son Lecteur :
se permettra de mêler des effusions douces à des raisonnemens abs-
traits ; & plus rempli de son sujet qu'occupé de la tournure, il ria
craindra ni les irrégularités ni les digressions. Sans avoir la stupide
présomption de se comparer à Plutarque ou Montagne, puisse-t-il
montrer quelqu'étincelle de leur grand sens; de leur bonhommie déli-
cieuse , de leur naïveté sublime! Puisse-t-il , malgré l'extrême éloig-,
nement où il se trouve de leur sagesse & de leurs talens, se faire
pardonner, comme eux, le défaut de méthode & de concision
Si le lecteur se choque, de ces expressions semées de loin en loin
je crois , je me rappelle , si je ne me trompe , on le prie de les excuser dans
un Ecrivain qui privé , par les circonstances , des agrémens d'une vie
tranquille & sédentaire, a rarement sous la main ses livres & ses
extraits, & se voit par conséquent réduit à citer de mémoire. On pour-'
roit à la vérité lui dire : Produisez & ne citez pas. Mais ces deux manières
sont-elles incompatibles ? La résurrection est-elle plus facile ou moins
belle que la création ? A-t-on réfuté ceux qui, regardant l'une &
l'autre comme également admirables, comparent une bonne pensée à
la première , une heureuse citation à la seconde ? L'imagination n'est-
elle pas le plus incertain, le plus trompeur des guides, sans le
secours & le flambeau de la science ? Faute de la comparaison réflé-
chie des événemens & des causes, des sentimens & des faits , com-
bien de productions languissent vuides & oiseuses, m gré les saillies, les
scintillations d'esprit qu'on y voit briller (4) par longs intervalles, com-
me les éclairs dans une nuit profonde ! La veille de Fontenoi, ons'entre-
tenoit au souper de LOUIS XV , de la Bataille de Taillebourg, O ! si la
veille de Dettingue, quelqu'un eût cité Pavie à ee Lieutenant-géné-
ral, dont la fougueuse imprudence nous arracha des mains un»
Victoire certaine ! (b) Revenons :
La paresse prend quelquefois le masque du bel esprit, comme Thy*
pocrisie celui de la religion. Les Auteurs qui citent le moins, ne
() Le philosophe Descártes, a qui l'on ne reprochera point d'avoir sacrifií
la méditation à la lecture, ni le génie à l'erudition , disois que la vérité même
avoit souvent besoin de s'appuyer de l'aucorité, Or, sans tomber dans le travers
du Magifier Dixil ne peut-on pas dire que le suffrage ou la citation de certains
Auteurs, est , aux yeux du Public , encore d'un plus grand poids qne le crédit ou
l'opinion d'un en place , du d'un corps puissant ?
(b) Voyez notre heure d'un François sur l'Histoire de France, a l'occasion des
vingt-six prémiers volumes in-douze de MÌM. Velli, Villaret & Garnier; avec
serré épigraphe similisudines comparât. Celle que nous avons écrite directement à
M. Garnier; sur les 27 & 28 es Tomes qui formeat le 14c in-Octavo, n'est pas
encore imprimée ²c. ne le sera peut-être jamais.
font pas ceux qui inventent le plus. La saine, la vraie Littérature
autorise les compilations , sur-tout celles qui sont faites avec goût,
comme un emprunt, toujours légitime & souvent très-lpuable., tan-
dis qu'elle repousse toute espèce de plagiat comme un larcin vil &
criminel. Si malheureusement ce goût, cet à propos nous avoit
manqué, du moins serons-nous irréprochables fur la bonne foi d'a-
vouer nos prêteurs, & de ne dérober à personne.
Les esprits équitables & judicieux ne taxeront pas d'une orgueil-
leuse & sotte manie , le parti que nous avons pris de nous citer ausïî
quelquefois nous-même. Ils y verront plutôt l'humble & sincère
aveu que les passages qu'on tente de remettre en lumière, sont tirés,
de livres , qui,,tous consacrés à futilité publique, paroissent con-
damnés, sans doute par la foibleffe de l'Auteur, à l'opposé . de, la
célébrité.. Les suffrages encourageans de quelques Gens de Lettres
du premier ordre ; ne nous ont convaincu que de leur indulgence,
& pour nous consoler de la critique ou de l'oubli des autres,
nous ne ferons pas illusion à notre amour propre par de vers de
Martial,
Pro captu Lectoris habent sua sata Libelli.
Ton caprice, ô Lecteur, fait le destin des Livres.
Page 7. LA Maison de la Noue, quelquefois orthogra-
phiée la Noe, est originaire de Bretagne. Moyle Amirault,
qui écrivon , il y a cent soixante ans, en rapporte l'his-
toire depuis Guillaume, Chevalier vers' 1200. On trouve
encore antérieurement dans les Actes de Bretagne, Even &
Garnier de la Noue, mentionnés à la fondation de l'Ab-
baye de Montfort, en 1152. Les alliances directes de toutes
les différentes Branches sont avec les Basoges ou Bazouges
Laval, Chateaubriand, l'Epervier ,le Porc de la Porte-Velins,
Teligny , Goyon, Pierre-Buffiere , Bellengreville , Lanzieres-
Themines , la Musse, Cordouan, Lannoy-Lesdain , Saint-
Georges-Verac , s. Simon-Courtomer, Lisseneuc, Jolli-Fro-
mentieres, Rancher, la Barre, Cornullier, Saint-Pern, Bo-
therel-Quintin , Maudet-la-Fonchais, Moussy , Vieuxpont,
la Rodde , Sadirac, de Fiennes, le Métayer, Mauvy,
Pringle, Tremereuc , la Villeon , Bertho, du Bournay ,
Presiac, Langan, Gellin, & autres que nous pourrions omet-
tre involontairement. On voit que ces noms, tous très-
nobles , & dont plusieurs sont par eux-mêmes des plus,
illustres , donnent beaucoup de hautes consanguinités.
Le Comte de Vair étoit fils de René-François de la
Noue , mort Capitaine de Dragons au Régiment de la Reine ,
& de Marie-Magdelaine-Françoise de Fiennes-le-Carlier. Ses