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Premier anniversaire de la bataille de Sedan : discours prononcé le 1er septembre 1871 dans l'église Saint-Charles de Sedan / par M. l'abbé S. Dunaime,...

De
12 pages
impr. de J. Laroche (Sedan). 1871. 12 p. ; in-8.
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PREMIER ANNIVERSAIREf
DE LA BATAILLE DE SEDAN.
DISCOURS
PRONONCÉ, LE 1er SEPTEMBRE 1871,
par M. l'Abbé S. DUNAIME,
ARCHIPRÊTRE, CURÉ DE SEDAN.
SEDAN
IMPRIMERIE DE JULES LAROCHE
22, GRAND'RUE, 22.
LE 1er SEPTEMBRE 1871
A. SEDAN.
Sedan a célébré d'une manière très-digne l'anniversaire de
la bataille qui portera son nom dans l'histoire. Il y a eu,
comme toujours en pareil cas, service solennel dans la prin-
cipale église convertie en chapelle ardente, concours à l'office
du conseil municipal et de tous les fonctionnaires ; mais tout
cela a été rehaussé par un esprit de vertu trop rare de nos
jours. Une atmosphère de deuil enveloppait la cité. Les mai-
sons étaient closes, les magasins fermés, les fabriques silen-
cieuses. Pas un cri dans les rues presque désertes. Les seuls
passants qu'on rencontrât, à la démarche grave, vêtus de noir,
s'acheminaient vers le sanctuaire où tant de souvenirs allaient
chercher l'espérance. Peu à peu la foule s'amassait vers le
centre de la ville. Tout mouvement convergeait vers l'église.
Il n'y avait qu'un sentiment peint sur tous les visages : Allons
prier !
Aussi quelle multitude dans ce temple trop étroit pour elle ;
quelle attention triste et recueillie aux prières et aux chants
de la liturgie ; quelle unanimité dans les coeurs qui s'élevaient
vers Dieu et qui s'abaissaient vers les morts ! La quête elle-
même, qui trouble quelquefois les fidèles, était devenue dévote,
_ 2 —
et attestait une fois de plus l'unité de pensées et de désirs qui
animait cette vaste assistance composée de tous les rangs. Avec
quel empressement chacun tendait son offrande !
Il ne manquait plus qu'une voix à ce peuple généreux.
M. l'archiprêtre Dunaime a paru dans la chaire et la lui a
donnée. Le troupeau était suspendu aux lèvres de son pasteur,
afin qu'il lui expliquât les instincts pieux qui oppressaient son
âme. Nous ne savons qui a fait le discours, du prédicateur ou
de l'auditoire, ou plutôt ils l'ont fait ensemble, tant il y avait
de sympathie entre les deux. M. Dunaime avait pris pour texte
le chant de David sur les montagnes de Gelboë, auxquelles il
était si facile de comparer les collines de Bazeilles, Givonne,
Lamoncelle, Fleigneux et Floing. Il a dû s'arrêter pour laisser
un libre cours aux larmes, avant de reprendre la suite de son
sermon et de le couronner par les plus hauts enseignements
de la religion et de l'histoire.
L'organe de l'orateur avait trouvé des cordes sensibles à côté
de sa vigueur ordinaire ; les aptitudes du polémiste avaient fléchi
sous l'entraînement d'une situation cruellement pathétique, et
cependant, il est resté partout maître de lui-même et maître
de son sujet. On dit que de certaines appréhensions s'étaient
fait jour quand on avait su qu'il prendrait la parole : comment
traiter un sujet périlleux dans des circonstances plus périlleuses
encore ? Car Sedan est toujours occupé par les Prussiens. On
a dû comprendre bien vite que toute inquiétude était parfaite-
ment superflue.
Les étrangers, il faut le dire, ont lutté avec nous d'esprit de
convenance dans ce grand jour commémoratif de nos désastres.
Ils n'étaient nulle part dans les carrefours et sur les places
publiques. Le matin ils s'étaient réunis sans armes dans un
site écarté pour écouter un service religieux de leurs ministres,
tant la prière pour les morts se déguise aisément pour triom-
pher des préjugés hérétiques ! Du reste, pas d'autres drapeaux
que nos bannières noires appendues aux fenêtres, et pas une
salve d'artillerie.
Dans l'après-midi, le peuple, vêtu de ses habits de deuil,
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est sorti des remparts. Il s'est répandu sur l'aire de la bataille
comme il aurait fait au 2 novembre. On voyait les groupes de
promeneurs chercher les tertres qui soulèvent les plaines de
la vallée ou qui se suspendent aux flancs des collines, et dans
lesquels reposent des Français en attendant la résurrection.
Chaque compagnie s'agenouillait d'abord et décorait ensuite
les chères tombes de fleurs, de couronnes et de croix. Ah ! si
la France avait toujours vécu comme a vécu Sedan le 1er sep-
tembre 1871, la France n'aurait jamais été vaincue ; car il ne
manque à notre pays que la discipline chrétienne.
(Extrait de l'Univers, numéro du 4 Septembre 1871).