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PBEMIËRES
POESIE?
PAR
ADOLPHE CARCASSONNE
de Marseille
PARIS
DENTU, LIBRAIRE-EDITEUR
Palais-Royal, galerie d'Orléans.
1852
PREMIERES LUEURS
PARIS.-IMPRIMER1E BONAVENTURE ET DUCESSOIS
55, quai des Grands-Augustins.
FREMIMES
POESIES
PAR
ADOLPHE GARGASSONNE.
de Marseille
PARIS
DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR
Palais-Royal, galerie d'Orléans.
1852
TABLE
l'âge
PRÉFACE IX
INTRODUCTION 1
L'écrin 3
Reviens 5
Quand pleine des clartés, etc 9
L'humanité............................11
A Mademoiselle B 49
Ode à la Gloire 23
Dans le ciel tout fleurit, etc. .......................29
La courtisane 31
Tristesse 35
Lloignement 37
A l'étoile du soir 43
Pages
Le poète 47
Parmi tous les parfums., etc...................................... 53
Solution..............................55
Séduction................................59
Chant 61
La chari té 63
Rayon d'amour 67
Déception 69
Adieux de la mère de Moïse à son fils..........................71
Passé .....................75
A 79
A une mère. 81
Invocation.............................83
Pensées 85
Adieux à Marseille 93
Que dit la nuit, etc.............................97
Bel ange .................. 99
Un soir..............................103
Philosophie de l'amour , 107
Le coeur...... 113
L'ordre de la nature. , 115
A Hippolyte Matabon................................125
L'homme, est insoucieux, etc. 127
L'homme du jour 129
Découragement.................................35
A une jeune fille, sur ses vers ........................... 137
A Nîmes . 1 39
Pages
Naissance du temps 1-45
Imité du Cantique des Cantiques. 147
Aux malheureux ............................ 151
Pourquoi ? 157
A.J 159
Mon père 165
Dans les temps confondus, etc 169
Choeur d'anges 173
A madame D . ... 177
Une pécheresse 181
A Charles Nicolas ........... 185
A J 187
De l'homme 189
A J ... 197
A ma lyre 199
Quand du séjour d'azur, etc 205
L'illusion 207
FIN DE LA TABLE.
PRÉFACE
Un auteur illustre adit : « Le style, c'est l'homme;»
je crois qu'on peut ajouter : « La poésie, c'est l'âme-»
On s'imprime soi-même dans ses oeuvres: le peintre
met son âme sur la toile, le musicien dans ses ac-
cords, et le poète dans ses vers, et suivant les rayon-
nements du génie, l'âme développe plus ou moins ses
facultés, et dévoile dans cette proportion les trésors
d'amour et d'harmonie qu'elle contient.
Je ne chercherai pas à définir ici la poésie;, de
nombreux auteurs l'ont fait déjà, et l'ont appréciée,
surtout dans ses effets.
Ils l'ont présentée comme la consolation du coeur
qui souffre, comme le prisme de l'existence, comme
un sourire éternel dans le ciel de la vie, comme une
graine bénie jetée dans le champ de l'humanité, et
appelée à produire un germe régénérateur.
» Ils l'ont présentée, en un mot, sous toutes les faces
de ses effets; mais ils n'en ont que peu étudié les
causes.
Mais les causes qui produisent la poésie sont-elles
appréciables?
L'esprit de l'homme peut-il s'élever jusqu'à
elles?
... Pour moi, je pense qu'elles ne peuvent être- défi-
nies, parce qu'elles sont indéfinissables..
Examinons :
Pourquoi tel est-il poète et tel autre ne l'est-il
pas?
Est-ce que Dieu aurait posé plus de sa divine
essence dans telle âme que dans telle autre?
Nul ne peut l'affirmer.
Est-ce qu'il existerait une échelle de sentiments,
comme il existe une échelle de vie, dont quelques
mortels touchent à peine le premier échelon, lorsque
d'autres en atteignent l'extrémité? et le cas échéant,
pourquoi?
Nul ne le sait;
Est-ce que le principe vital qui nous anime aurait
plus ou moins d'aspirations à: retourner vers son
céleste foyer; et ces aspirations se répandraient-elles
en ce rhythme enchanteur qui nous fait entendre les
voix du ciel?
Nul ne peut le dire.
Quelles peuvent être doncles causes qui produiséut
le poète?.
On ne saurait les.attribuer à- l'influence des cli-
—XII—
mats; l'Angleterre a produit Byron et Moore, et l'Ita-
lie, lé Tasse et Dante: donc, l'élévation et la gran-
deur de l'âme ne saurait provenir de cette in-
fluence.
Il est aussi difficile de pénétrer les causes qui pro-
duisent le poète, que celles qui font que la fleur
embaume et que le soleil éclaire.
En effet, pourquoi le soleil éclaire-t-il? Parce que,
dirà-t-on, il est dans sa nature d'éclairer ; mais pour-
quoi est-il dans sa nature d'éclairer? Ici:, il faut se
taire, ou reporter la pensée à Dieu ; il en est ainsi
du poète, il est tel parce qu'il devait l'être, et parce
que Dieu l'a fait ainsi ; or, une cause dont l'origine
est Dieu est incompréhensible à l'homme.
Il faut s'égarer ou croire ; mieux vaut croire.
Mais si l'on considère la poésie au point de vue de
ses effets, alors le champ s'agrandit, alors dans toutes
les sphères de l'humanité on peut en suivre la mar-
che brillante et surtout féconde: noyau sacré jeté
dans les sillons du coeur, elle produit en tous lieux
des fruits d'une saveur exquise; rayon détaché du
XIII
ciel, elle donne à l'âme la douceur et la paix ; jetée
eu laves d'harmonie, elle fait sourdre au sein des
masses ces idées d'affranchissement et de progrès qui
promettent de faire de l'humanité une grande et
seule famille, et du monde la véritable oeuvre de
Dieu!
Les effets sont toujours proportionnés aux causes,
et je viens de démontrer que les causes de- la poésie
ne sont inconnues que parce qu'elles émanent de
Dieu.
Quels effets ne doit-on pas attendre de telles
causes?
Un mot maintenant des PREMIÈRES LUEURS.
Quoique la poésie soit le reflet le plus intime de
l'âme et l'écho le plus frappant de la pensée, quoi-
que les vers qui tombent de sa lyre montrent le poète
tel qu'il est, et dévoilent les secrets renfermés dans
les derniers plis de son coeur, je ne dirai pas, à
l'image d'un grand nombre d'autres, que je voulais
faire de mes chants un confident discret, un ami
XIV
fidèle dans le sein de qui j'aurais épanché toutes mes
impressions, et que ce n'est qu'à regret que je livre
ces impressions à la publicité.
Ceux qui ont fait de tels aveux dans la préface de
leurs oeuvres n'étaient pas dans la logique du rai-
sonnement, ou n'étaient pas sincères.
Lorsqu'un auteur publie, c'est qu'il veut bien faire
ainsi; c'est qu'il veut se faire connaître s'il n'est pas
connu, ou c'est qu'il veut agrandir sa réputation s'il
en a déjà une.
Pour moi, quoique les vers qui composent ce vo-
lume soient les impressions les plus intimes de mon
' âme, je ne dirai pas que c'est à regret que je me
livre à la publicité ; je le fais, parce que quelques
amis vrais m'ont engagé à le faire; je le fais parce
que j'ai foi en leurs conseils bienveillants; je le
fais enfin, parce que je le fais sans regrets.
Et maintenant que mes vers vont quitter le carton
où j'avais plié leurs ailes, maintenant qu'ils vont
peut-être porter au loin ma pensée et mon coeur,
je croirais avoir atteint mon but si, en prenant leur
essor, ils peuvent dire un seul mot au coeur de ceux
qui leur prêteront Un regard.
1er Août 1852.
INTRODUCTION
La nature est un grand et.sublime poème
Au langage brillant, au sens toujours profond,
Dont Dieu forme à lui seul le dénoûment suprême,
Dont l'amour est le fond.
Par un doigt immortel chaque page est tracée,
L'une est pleine d'éclat, et l'autre de douceur,
L'une parle à l'esprit en frappant la pensée,
Et l'autre parle au coeur.
Et j'ai lu ce poème immense, où le génie
S'éclaire des rayons d'un foyer immortel,
J'ai senti les parfums, j'ai compris l'harmonie
De ce vivant autel.
1
Et pour moi la nature est un guide fidèle
Dans le désert terrestre où tous nous nous mouvons;
Elle est comme un symbole, un emblème, un modèle
Des jours que nous vivons.
J'ai vu sourire au loin l'étoile solitaire
Dans le sein de l'azur par son regard fleuri,
J'ai vu le tendre lis sourire sur la terre,
Et comme eux j'ai souri !
J'ai vu les flots d'encens que l'air du soir condense
S'élever mollement au ciel d'ombres noyé,
J'ai' senti qu'ils priaient dans leur pieux silence,
Et comme eux j'ai prié !
J'ai vu les verts rameaux, les branches parfumées,
Les fleurs à l'urne d'or rendre au sol altéré
Les baisers de la nuit en larmes embaumées,
Et comme eux j'ai pleuré!
J'ai suspendu mon âme aux soupirs de la brise,
Aux hymnes que les bois chantent aux firmaments,
Au bruit vague des flots qu'un léger souffle irise
De ses baisers charmants,
J'ai senti dans mon coeur la suave harmonie
Pleine dé rêverie ou riche de gaîté,.
Que chantent les oiseaux dans leur chanson bénie,
Et comme eux j'ai chanté !
L'ECRIN
A Madame D.....
Un jour, Dieu retrouvant un écrin précieux
Qu'il avait fait jadis au séjour du mystère,
L'ouvrit, et le croyant trop indigne des cieux,
Il voulut en doter la terre.
L'émeraude en tomba la première, et soudain
D'un reflet souriant naquit la transparence ;
L'âme s'y suspendit^ et ce reflet devint
Le symbole de l'espérance.
L'opale vint ensuite, et son éclat voilé
Sut captiver le coeur épris de sa décence,
Et devint, sur le front dé la vierge appelé,
L'emblème pur de l'innocence,
Puis, l'éclatant rubis descendit à son tour,
Et, répandant ses feux empruntés au ciel même,
Il anima le coeur des rayons de l'amour,
Et de lardeur il fut l'emblème.
Puis, vint le bleu saphir; son reflet irisé
D'une douceur égale embellit l'existence,
Et devint, en fixant le regard reposé,
Le symbole de la constance.
Mais au fond, il restait encore un diamant;
Dieu le vit, son éclat n'avait rien d'éphémère;
C'était de son écrin le plus bel ornement :
Il en fit le coeur d'une mère !
REVIENS
A J...., a Nice
Oh! reviens sur mon coeur, reviens, ô mon bel ange!
D'un bonheur sans mélange
Viens goûter près de moi l'ineffable douceur;
Reviens, toi qu'un doux ciel un instant m'a ravie,
Reviens rendre à ma vie
L'espoir que ton absence a voilé de douleur !
Reviens de ce séjour qui sourit à ton âme,
Laisse l'aube de flamme
Promener ses regards sur la cime.des monts,
Laisse l'étoile d'or fuir, craintive et rapide,
Dans l'azur si limpide !
Reviens, le ciel n'est beau qu'aux lieux où nous aimons !
Et que sont à mon coeur ces profondes vallées,
D'ombre et de jour mêlées,
Où tu portes tes pas en répétant mon nom?
Que sont pour moi ces bois tout remplis de ramage,
Où, cherchant mon image,
Le rêve te dit « Oui, » la réalité «Non?»
Crois-tu qu'une parole à l'espace jetée,
Par l'amour emportée,
Sonore de bonheur arrive jusqu'à moi?
Crois-tu que ton regard, traversant l'étendue,
A mon âme éperdue
Traduise les transports qui s'agitent en toi?
Crois-tu que le satin, où ta plume empressée
Imprime ta pensée, "
Parle autant à mon coeur que le jour de tes yeux?
Et que l'amour profond qui colore ton style
Soit pour moi si fertile
Qu'un seul son de ta voix, cet écho de mes deux ?
Non, mon coeur est semblable aux fleurs dont le calice
Erémit avec délice
Quand il sent pénétrer les caresses du soir,
Et ton souffle, ô Julie ! est la brise embaumée
Dont l'aile parfumée
L'entr'ouvre en lui donnant un long baiser d'espoir !
Ohl reviens pour mon coeur, reviens pour ma pensée,
. A ma joie effacée
Reviens rendre Téelat qui la dorait jadis;
A mon souffle reviens mêler ta fraîche haleine,
Comme au vent de la plaine
Se mêlent les parfums de la rose et du lis.
Viens ! sois encor pour moile foyer d'innocence,
Dont la douce puissance
Comme un regard du ciel me réchauffe toujours;
Sois pour moi le rayon qui féconde la terre,
L'oasis solitaire * . ,
Dont l'ombre rafraîchit le désert de mes jours !
Reviens ! si tu savais combien l'absence est triste !
Sans toi par qui j'existe
Ma vie est sans attraits, mon ciel est sans soleil ;
Sans toi le bonheur même et ses rêves sans nombre
Ne sont qu'une vaine ombre,
Sans loi nul songe aimé n'embellit mon sommeil.
Oh! reviens sur mon coeur, reviens, ô mon bel ange !
D'un bonheur sans mélange
Viens goûter près de moi l'ineffable douceur;
Reviens, toi qu'un doux ciel un instant m'a ravie,
Reviens rendre à ma vie
L'espoir que ton absence a voilé de douleur 1
DEGRES'
Quand, pleine des clartés de l'aube de la vie ,
L'enfance ne voit pas les nuages du soir,
Un sourire remplit sa jeune âme ravie,
C'est l'espoir !
Quand le coeur, voyant fuir l'âge de l'innocence,
Regarde devant lui dans l'horizon sans jour,
Une étoile se lève en parlant d'espérance,
C'est l'amour!
Puis, quand l'homme, jetant sa pensée en arrière,
Pleure les rêves d'or qu'il renfermait en soi,
Un ange lui sourit au bout de la carrière,
C'est la foi!
— 10 —
Et quand l'âme est heurtée aux cailloux de la terre.
Quand pour elle la foi n'a pas assez de miel,
Un saint refuge s'offre à sa douleur austère,
C'est le ciel!
Espoir, amour et foi, Dieu vous fit dans la vie
Succéder comme un jour au jour qui s'est enfui,
Pour que l'homme, en passant par la route suivie,
Mesure les degrés qui conduisent à lui.
L'HUMANITE
Philosophie
Mortel, lève la tête et regarde les cieux !
Interrogé l'azur vaste et silencieux,
Vois ces plaines sans fin, vois ces arches profondes
Dont le large circuit enveloppe les mondés,
Vois l'immense horizon de splendeur revêtu,
Et devant ce tableau, pense et réponds : « Qu'es-tu? »
Oh ! que l'homme à lui-même est un profond mystère,
Rayon du firmament, germe extrait de la terre,
Autour du globe immense où gravitent ses pas
Il naît, brille et s'éteint, mais ne se connaît pas;
D'attributs différents mystérieux mélange,
Il tient, par ses instincts, de l'insecte et de l'ange ;
Il est sublime et vil, il est abject et grand.
12-
C'est en vain que l'esprit actif et pénétrant
Parcourant avec soin tous les sentiers de l'être,
L'observe, l'étudié et cherche à le connaître ;
Comme un faux jour errant dans, un vaste désert
Dans ces champs inconnus il hésite et se perd,
Et conclut que, secret d'une énigme introuvable,
L'homme est l'être, après Dieu, le plus inconcevable!
Comme un rayon qui court parmi l'air inconstant
Et pâlit, détaché de son centre éclatant,
Ou comme l'étincelle errante et fugitive
Qui perd l'appui brûlant du foyer qui l'active,
L'homme, loin du regard du Dieu qui l'a conduit,
Suit sa route incertaine, et marche vers la nuit;
Son oeil ne reçoit plus la céleste lumière.
Cependant le reflet de sa splendeur première,
Comme le souvenir que laisse un grand passé,
Pâle, se lit encor sur son front effacé.
Cependant chaque jour des gerbes" de pensées
Volent de son esprit dans leur élan pressées ;
D'un fragile compas empruntant le. secours
De la nature entière il observe le cours ;
Il mesure dhin pas la rondeur de la terre,
Cherche l'étoile au fond de l'azur solitaire,
Embrasse d'un regard l'océan spacieux,
Et sonde sans trembler, les profondeurs des cieux.
Et de lui, cependant, Dieu, détourne la face : .
Qu'eût-il donc fait, monDieu,. si le jour de ta grâce,
Sur la terre d'exil descendant avec lui,
Aux regards de son coeur comme un astre avait lui ?
—13—
Qu'eût-il fait?... Ébloui de tes rayons sans nombre,
De ce séjour de deuil il n'aurait pas vu l'ombre,
Et, ne redoutant plus la rigueur de ta loi,
Peut-être eût-il osé se comparer à toi !
Ta grandeur comprenait sa vanité future,
Tu l'abaissas au rang de toute la nature ;
Mais tu l'aimes, Seigneur, quoiqu'il soit loin des cieux,
Et tu lui tends la main quand tu tournes les yeux !
Quoique des cieux profonds où sa gloire est tracée,
L'Éternel nous créa d'une seule pensée;
Quoiqu'il soit un pour tous, son égale bonté
N'orna'point chaque esprit d'une même beauté :
Les uns, donnant l'essor à leur, génie austère,
Veulent dé l'univers sonder le grand mystère,
S'usent à concevoir l'être qui nous conduit,
Et cherchent la clarté dans l'ombre de la huit;
D'autres, insoucieux, que nul jour ne domine.
Voient l'astre qui sourit, le ciel qui s'illumine,
Sans que dans leur chemin ils s'en aillent rêvant :
Ils marchent ici-bas comme la voile au vent.
Cependant, sous le feu d'une même prunelle,
Nous buvons tous la vie à la source éternelle;
C'est un même soleil qui se lève à nos yeux,
C'est un même regard que nous jettent les cieux,
C'est, le même parfum que chaque coeur respire,
Ce sont les mêmes chants que chaque nuit soupire,
Mais Dieu, cet éternel phare de vérité,
Jeta dans nos esprits plus ou moins de clarté,
Pour que, dans ce chaos d'opinions diverses,
—14—
De recherches sans but, de tendances perverses,
L'homme étonné sans cesse, et sans cesse hésitant,
Opère sur lui-même un retour éclatant ;
Pour que d'un froid néant il trouve en lui l'emblème,
Pour que la vie et lui pour lui soient un problème,
Et pour qu'il croie enfin, en se voyant si peu,
Qu'il n'existe de jour qu'au grand foyer de Dieu !
Biais pourquoi ce foyer de divine lumière,
Comme le premier jour lors de la nuit première,
Ne se lève-t-il pas sur notre obscurité ?
Pourquoi Dieu, s'enfermant dans son immensité,
Du bord des cieux brûlants qu'illumine son ombre
Ne laisse-t-il tomber qu'un jour douteux et sombre?
Insensés, dont l'orgueil s'obstine à pénétrer
Le sacré sanctuaire où nul ne doit entrer,
Vers leur source d'erreurs refoulons nos pensées,
Étouffons dans nos seins nos clameurs insensées :
Si des voiles du ciel Dieu détachait les noeuds,
S'il versait son esprit en torrents lumineux,
S'il révélait aux yeux sa sagesse infinie,
Quelle vaste pensée ou quel profond génie
Oserait embrasser cet immense horizon
Sans craindre d'y voir fuir sa force et sa raison?
Quelle nef sur un lac, doucement balancée,
Résisterait aux flots d'une mer courroucée
Dont l'écume en volant joue avec le soleil?
Notre fragile esprit à la nef est pareil :
Tant que le vent du ciel, dont le souffle l'inspire,
Le berce sur des flots où le calme respire,
Dans l'espace borné qui mesure ses pas,
Appuyé sur lui-même il ne chancelle pas ;
Mais s'il vient à voguer sur dés eaux plus profondes,
S'il expose sa voile au grand roulis des mondes,
Égaré dans sa route, incertain, éperdu,
Il flotte en s'éloignant du bord qu'il a perdu,
Et finit par rouler, comme une ombre pâlie,
Dans l'abîme sans fond qu'on nomme la folie !
Pourquoi poursuivre en vain ces rêves sans couleurs!
N'avons-nous point assez de nos propres douleurs?
Vivons, et descendons le sentier de la vie,
Adorons sans douter, croyons sans autre envie,
Car sur ce lieu d'exil que Dieu dore de loin,
Douter est une faute, et croire est un besoin ! ,
Mais dans ce siècle, abîme où tout penche, où tout roule,
Où toujours le passé sous le présent s'écroule,
Où tout trompe les yeux, même la vérité,
Où l'on tombe dans l'ombre en suivant la clarté.
Où toute coupe pleine est aussitôt vidée,
La vertu n'est qu'un mot, la foi n'est qu'une idée.
L'esprit, ce grand penseur sur le monde incliné,
Quoique d'une ombre épaisse encore environné,
Veut des rayons du ciel éclipser la lumière ;
Il cherche un monument dans sa propre poussière,
Et, montant par degrés l'échelle de l'orgueil,
En méconnaissant Dieu croit survivre au cercueil.
L'homme simple devrait bénir-son ignorance :
Laissant le temps s'enfuir, vivant sans espérance,
Son coeur est dépourvu d'élans ambitieux,
Et lorsque son regard se lève vers les cieux,
—16—
Il dit en les voyant : « Ce magnifique dôme,
Fait d'azur éclatant, n'est pas l'oeuvre d'un homme ;
Pour faire un tel prodige il faut être moins peu :
L'homme par lui n'est rien, donc il existe un Dieu:! »
C'est ainsi qu'il résout ce problème sublime.
Mais celui dont l'esprit veut sonder tout abîme,
Étudier les cieux dans leur immensité,
En expliquer l'éclat, le cours, l'éternité,
Après avoir tracé son ébauche imparfaite,
Croit souvent du génie avoir atteint le faîte,
Et l'orgueil l'entraînant sous son rapide essieu,
Il dit : « j'ai pénétré les mystères de Dieu !»
Oh ! celui-là, plongé dans le gouffre du doute,
Ne pense pas au jour que le sage redoute;
Il croit que le tombeau, dans sa profonde nuit,
Éteint le corps qui reste et l'âme qui s'enfuit,
Et que, seul, le génie en oeuvres qu'il colore
Transmet un nom aux temps qui sont à naître encore.
Mais l'heure sonnera, l'heure de l'Éternel,
L'heure que n'attend plus l'univers criminel,
Quand les hommes croiront, ô pudeur effacée !
Dominer l'infini du haut de leur pensée,
Quand la nuit de l'erreur aura fermé leurs yeux,
Le Seigneur, entassant les tempêtes des cieux,
De leurs gouffres brûlants, arsenaux de tonnerre,
Fera fondre sur eux le vent de sa colère;
Un déluge de flamme à ses pieds suspendu
Éclatera soudain sur le monde éperdu,
L'Océan tarira sous cette pluie ardente,
Les monts s'écrouleront sous sa rage abondante,.
Le globe râlera sous un poids écrasé,
Les astres se fondront dans l'éther embrasé,
Et les cieux, s'affaissant sur leurs arches profondes,
Entendront en tombant le dernier cri des mondes !
Et l'homme, cet objet des vengeances de Dieu,
Emporté par les flots d'un océan de feu,
A cette heure fatale, aux siècles annoncée,
Sentira la terreur dominer sa pensée :
L'approche de la mort rend toujours à la foi ;
Aussi s'écriera-t-il : « Mon Dieu, pitié pour moi ! »
Mais Dieu restera sourd à sa voix criminelle ;
Avec les cieux tombant dans la nuit éternelle
Il l'ensevelira comme un débris flottant,
Tandis qu'environné d'un nuage éclatant,
L'Éternel, s'élançant dans les plaines du vide,
Fera surgir un monde à le louer avide,
Puisera dans son être une autre éternité,
Et créera de son souffle une autre humanité.
A Mademoiselle B....
Le ciel a reçu le sourire
Oui rayonne au regard charmé ;
La nuit, les chants qu'elle soupire,
La rose, son souffle embaumé.
Le zéphyr a reçu l'haleine
Qui donne aux fleurs un doux baiser;
L'étoile, la douceur lointaine
Où l'oeil en pleurs va se poser-
L'aube a reçu la clarté pure
Qui précède l'éclat du jour,
L'onde a reçu le doux murmure,
Et le coeur a reçu l'amour.
—20—
Ainsi, dans la nature entière,
Être, objet, chacun a reçu
Un charmant reflet de lumière
Du grand foyer qui l'a conçu.
Mais vous dont la grâce touchante
Est le partage si flatteur5
Vous qui voulez que je vous chante
En vers qui montent de mon coeur ;
Le ciel s'est plu, par un mystère,
A vous former de mille attraits,
Pour témoigner que sur la terre
Des anges on peut voir les traits.
Votre front est une couronne
De lis, riches de pureté,
Que Dieu constamment environné
D'un parfum dé virginité.
. Votre regard est une étoile
Pleine d'une exquise douceur,
Que votre paupière dévoile
Pour donner un baiser au coeur.
Votre sourire plein de charmes
De vos deux lèvres fait deux fleurs,
Et pourrait essuyer les larmes
Si l'oeil qu'il berce était en pleurs.
Votre coeur est comme une rose
Dont le doux parfum est l'amour,
Votre âme est une perle éclose
D'un rayon du divin séjour.
En vous, où tout respire l'ange,
La grâce aimable et la beauté
Forment un délicat, mélange ,
Qui sourit à l'oeil enchanté.
Ainsi, deux pei-les de rosée
Qui tombent du bleu firmament,
Au sein de la fleur arrosée
Ne font plus qu'un seul diamant.
ODE A LA GLOIRE
Parais, étincelante étoile,
Sur les bords éclatants des cieux,
Dissipe l'ombre qui te voile
Et de ton jour frappe mes yeux;
Parais, le rayon de ta flamme
Jaillit et fait sentir à l'âme
Sa puissante électricité,
Et fait bouillonner la pensée,
Comme du vent l'aile pressée
Fait bouillonner le flot heurté !
Parais, et viens dire au poète
Dont l'esprit couve des éclairs :
« Élève la voix, ô prophète !
Parle aux peuples de l'univers ;
Sur leur nuit, ténébreuse encore,
Répands le feu qui te dévore
Comme l'éclat d'un saint flambeau ;
Chante ces strophes qui font croire,
Et j'illustrerai ta mémoire
Au-delà même du tombeau ! »
Parais, et dis au fils des ondes :
« Nocher qu'ont vu naître les eaux, -
Vogue jusqu'aux confins des mondes
Cours chercher des climats nouveaux;
Vogue., et si le vent de l'orage
Ébranle de ses cris de rage
Les échos de l'immensité,
Si la mort pâle le contemple,
J'inscrirai ton nom dans le temple,
Dans le temple d'éternité! »
Parais, et dis au guerrier sombre : -
« Héros dédaigneux de ton sort.
Des masses méprise le nombre j
Vole, frappe, affronte la mort;
L'odeur de sang d'une bataille.,
Les noirs boulets, et la mitraille
Sont l'apanage du guerrier;
Écoute la, voix des cymbales,
Vole, vole au-devant des balles :
Le brave meurt pour un laurier! »
Elle barde au fougueux délire
Par ta voix sublime enivré^
Fera résonner sur sa lyre
L'écho de son coeur inspiré ;
Le nocher, sur l'onde orageuse.
Guidera sa nef voyageuse,
Bravant la mort avec bonheur ;
Et le soldat, l'âme ravie,
Courra sacrifier sa vie
Sur l'autel dressé par l'honneur!
Au loin, bientôt dans chaque empire,
On entendra porter leurs noms,
Par la voix douce de la lyre,
Par la voix large des canons;
Seule ta puissance suprême,
Aura posé ce diadème
Sur leurs fronts beaux de ta beauté,
Et fait, ô grandeur infinie !
Éclore du mortel génie
Un germe d'immortalité!
Mais des chauds rayons de ta face ;
Tempère cependant l'ardeur,
La lueur trop faible s'efface,
Mais trop d'éclat perd la grandeur,*
Modère les élans de l'âme
De ceux que ton pouvoir enflamme,
Pour que, flambeaux de l'avenir,
Par leurs travaux ou leur victoire.
—26 —
Leurs noms scintillent dans l'histoire
Sans une ombre pour les ternir,
Car sLce feu qui les embrase,
Précipitant son action,
Soulève récumante vase
Où s'agite l'ambition ;
Si le héros dont le nom vole
Jusqu'aux bornes de chaque pôle,
Traversant la terre et les mers,
Devient un conquérant superbe,
Si son pied foule comme l'herbe
Les nations de l'univers;
Pourras-tu couronner, ô Gloire !
Son front dédaigneux de fierté? -
Feras-tu briller sa victoire
De l'éclat de ta majesté? -
Dans la belliqueuse carrière
Que parcourt son ardeur guerrière
Viendras-tu répandre des fleurs,
Si de sang humain toujours teinte,
De son pied la puissante empreinte
Fait du sol rejaillir des pleurs?
Non, non ; car ta voix ne s'adresse
Qu'aux coeurs nobles et généreux,
Car le jour de ton allégresse
Au ciel ne brille que pour eux;
Jamais le vent de ta pensée
Ne soulève l'âme bercée
Dans une molle oisiveté,
Pas plus qu'il n'élève et n'inspire
Le tyran, qui se fait maudire
Pour gagner l'immortalité !
Dans le ciel tout fleurit, ici-bas tout se fané :
La vierge aux traits divins voit faner sa beauté ;
Le beau papillon d'or, son aile diaphane ;
La fleur, son éclat velouté !
Au ciel, l'amour des coeurs rapproche la distance ;
Ici, l'amour se fane au contact du bonheur;
Au ciel, c'est la tendresse unie à la constance ;
Ici, l'oubli fane le coeur !
LA COURTISANE
N'est-ce pas qu'en voyant ces tentures de soie,
Ces velours éclatants que le luxe déploie,
Ces lambris somptueux, ces sofas aux pieds d'or,
Ces précieux tapis où l'on croit voir encor
La sultane au sein nu mollement reposée;
N'est-ce pas qu'en ce temple où la clarté brisée
Perd son jour dans les plis de la soie arrêté,
Et s'empreint d'une tendre et chaude volupté,
Où règne une langueur dont l'invisible flamme
Fait naître un doux frisson qui court dans toute l'âme;
N'est-ce pas qu'on dirait, par la raison conduit,
Que le bonheur habite au fond de ce réduit?
— 32—
Parmi ces flots légers de soie et de dentelle.
Cette femme qu'on croit heureuse, que dit-elle?
Son front dont le jour faible efface la pâleur
Se penche comme au faix d'une immense douleur ;
On dirait qu'elle pleure -, erreur, erreur profonde !
La douleur n'atteint pas ces heureuses du monde.
- Elle, la courtisane aux fastueux plaisirs,
Au coeur toujours rempli d'impétueux désirs,
Pleurer, oh! non, ses yeux que la luxure noie
Ne versent que les pleurs que fait verser la joie !
Elle parle à soi-même, écoutons :
« Tous les jours
Voient fleurir sous mes pas de nouvelles amours ;
Mon oeil sait fasciner l'adolescent timide
Dont le craintif baiser d'amour est tout humide,
Comme l'impur vieillard par les ans contenu
Qui tombe à mes genoux et baise mon pied nu ;
J'inspire à l'un l'amour, à l'autre la démence,
Et mon coeur lès entend ; mon coeur serait immense
S'il contenait l'ardeur qui vient les animer :
Mais je les aime tous, car mon art est d'aimer.
Mon coeur à nul amour, ne doit être rebelle,
Et je dois me donner à qui me trouve belle;
Mais lorsque, vers le jour, fuit l'amant empressé,
Seule, parfois mon coeur remonte à mon passé,
Et je vois, par l'amour et la paix éclairée,
Scintiller à mes yeux mon enfance dorée ;
Je revois ces beaux jours enfuis si promplement,
Et suis heureuse alors, heureuse sans amant !...
Ah ! c'est qu'il est encor dans le fond de mon âme
33 —
Le rayon embaumé d'une première flamme,
Le souvenir béni de mon premier beau jour.
—Quoi ! ce coeur corrompu connaît éncor l'amour !—
« Oh ! je l'aime celui qui triompha sans lutte,
Celui dont le baiser fut ma première chute ;
Je l'aime, il fait ma joie, et cependant c'est lui
Qui m'a jetée au rang où je brille aujourd'hui.
Ah ! s'il m'avait un jour tendu sa main propice,
Peut-être -mais le sort est comme un précipice
Au fond duquel sans guide il faut aller tomber :
Il a tourné les yeux, et j'ai dû succomber. -
Et je l'aime, et son nom sur ma bouche si fière,
Si je savais prier, deviendrait ma prière ;
Et j'appartiens à tous moi qui n'en aime qu'un!
Et mon corps à lui seul est le bien de chacun !
Qu'éprouvent donc ces fous quand, sur ma lèvre ardente,
Ils cueillent les baisers de ma joie abondante ;
Quand dans leurs bras, lascive et le sein palpitant,
Je dis : « Je veux ton coeur, ô toi que j'aime tant ! »
Ils pensent, ah! leur âme est bien peu généreuse,
Que c'est de leur bonheur que je me sens heureuse !
Insensés, dans mes bras, ou bien à mes genoux,
Je ne vous aime pas, c'est lui que j'aime en vous! »
Mais près d'elle, soudain, des pas se font entendre,
Son blanc front s'éclaircit, son oeil devient plus tendre.
Un vieillard, aux regards de luxure noyés,
Par lui-même introduit, vient s'asseoir à ses pieds :
« C'est toi, dit-elle avec un sourire suprême,
—34—
Dès longtemps j'attendais, tu sais combien je t'aime!... »
Pauvre coeur ! tout plié dans son cri douloureux,
Il doit, brûlant de pleurs, se montrer tout heureux.
De la femme perdue, hélas ! c'est le partage :
Être heureuse pour tous, voilà son héritage,
Héritage cruel, don funeste et moqueur...
Des baisers sur la bouche et des larmes au coeur.!
TRISTESSE
Elle me Confiait les secrets de son âme,
Sa touchante candeur me parlait sans détour,
Et de sa voix si douce elle disait : « La femme
Aime trop quand elle aime, et j'ai connu l'amour!
« J'ai suspendu ma vie à cette vague étoile
Qui promet le bonheur dans un sourire d'or,
L'indifférence, un jour, la couvrit de son voile,
Et depuis, tout mon coeur en vain la cherche ehcor !
« Aux baisers de l'espoir bientôt l'on s'accoutume,
Surtout quand c'est l'amour qui vient les embaumer;
Mais l'amour trop souvent est suivi d'amertume :
On serait plus heureux de ne jamais aimer ! »
— 36 —
Et pendant que sa voix ainsi parlait timide
Et que son regard d'ange allait jusqu'à mon coeur,
Une larme parut sous sa paupière humide, .. -
Comme une perle éclose aux franges d'une fleur.
Et je dis, en voyant cette larme bénie :
« 0 femme! le bonheur ici-bas est sans miel,
La tendresse est stérile et l'amitié jaunie :
L'amour et le bonheur ne sont que pour le ciel ! »
Mais en moi je pensai : « De toutes ses largesses
Dieu même a dû parer cet être tant aimant;
Ah! qu'il faut que le coeur contienne de richesses,
Pour que l'amour à l'oeil suspende un diamant ! »
EL.OIGKEMETNT
A Madame D..
Deux coeurs qui sont unis par une amitié sainte,
Dans une même étreinte,
Échangent les parfums de leur double encensoir ,
Semblables à deux fleurs qu'une tige rassemble,
Ils reçoivent ensemble
Le souffle dé l'orage ou les baisers du soir.
L'amour, ce saint foyer où nous puisons la vie,
Saisit l'âme ravie,
Constelle l'avenir de rêves éclatants,
Semble dorer nos jours à sa beauté suprême ;.
Mais dans le bonheur même
La douceur de son miel s'altère avec le temps.
— 38—
Tandis que l'amitié, comme une blanche étoile
Que le ciel nous dévoile,
Autour d'elle répand son égale douceur ;
Soit que l'ombre ou le jour sur son destin se penche,
Aimante elle s'épanche,
Et de l'àme qu'elle aime elle fait une soeur.
Vous qui m'aviez compris, vous qui souvent, Madame,
Avez lu dans mon âme
Comme dans un miroir à vos yeux présenté ;
Vous dont j'ai fait l'écho de toutes mes pensées,
Dans ces heures passées,
Dont le doux souvenir dans mon coeur est resté;
Vous savez si ma lèvre ouverte avec délice
A bu dans le calice ;
Où l'amitié versait son exquise liqueur;
Si j'ai su savourer cette tranquille ivresse,
Cette chaste tendresse,
Qui, pour se reposer, vint chercher votre coeur.
Et ces heures, pourtant, se sont évanouies ;
Roses épanouies,
Un instant j'ai senti leur souffle parfumé ;
Un instant j'ai rêvé, dans une erreur dorée,
Leur constante durée :
L'erreur garde l'espoir dans le coeur allumé;
—V39 —
Mais tout rêve de joie avec douleur s'achève;
Un rêve n'est qu'un rêve,
Un mensonge riant soudain évanoui,
Un arôme embaumé qui s'enfuit dans l'espace,
Un rayon d'or qui passe,
En jetant un éclair dans le coeur ébloui !
Et puis l'illusion s'efface, et la pensée
Plie et tombe affaissée,
Car la raison détruit son plus cher ornement;
De ces fausses lueurs j'ai ressenti l'atteinte,
Et la première éteinte,
Dans l'azur de mon coeur, fut votre éloignement.
Dès lors, mon avenir perdit sa transparence ,
L'ange de l'espérance
De son aile voila son front délicieux,.
Sur moi le doute obscur se répandit, Madame,
Et je cherchai votre âme -
Comme l'oeil dans la nuit cherche un rayon des deux.
Je cherchai dans le vide et je trouvai des larmes;
Ces instants pleins de charmes,
Où mon esprit s'attache en son vol soucieux,
Sont passés avec vous en laissant à leur suile,
Dans leur rapide fuite,
Des soupirs dans mon âme et des pleurs sous mes yeux.
—40 —-
En vain, j'ai cultivé la science profonde ;
Nul repos ne se fonde
Sur ce terrain glacé, sans germe inspirateur ;
Pour les rêves dorés et le luth du poète,
La science est muette :
Elle parle à l'esprit, mais ne dit rien au coeur :
J'ai cherché dans l'azur l'étoile solitaire,
J'ai mesuré la terre
Et ses pôles brumeux par leurs lois soutenus ;
J'ai régardé dans l'âme aimante ou compassée,
Dans l'humaine pensée
J'ai sondé comme un plomb dans des flots inconnus.
Et je n'ai rien trouvé dans la sphère de l'être;
L'homme en tout fait connaître
L'oubli dont la froideur-appelle ma pitié;
Mais pour moi si parfois une étoile étincelle,
Il me semble voir celle
De votre souvenir et de votre amitié !......
. Souvent j'ai regardé dans les champs de l'espace,
J'ai vu l'oiseau qui passe .
S'enfuyant loin de moi, peut-être sous vos deux,
Et j'ai dit: «Oh ! pourquoi, comme l'oiseau Adèle,
Le coeur n'a-t-il point d'aile
Pour pouvoir s'envoler où l'appellent ses voeux? »
Ah! c'est que mon coeur sent le besoin de s'épandre,
C'est qu'il ne peut suspendre
L'ennui qui le captive au son de votre voix ;
C'est qu'il voudrait sentir, dans son' urne embrasée,
Cette fraîche rosée
Qu'en gouttes de bonheur vous versiez autrefois !
Et cependant l'amour de son tendre sourire,
Souvent encor m'inspire,
Mais le fruit de l'hymen pour moi n'a point germé :
Un enfant, c'eût été mon bien, mon jour suprême,
Un rêve du ciel même,
Et dès longtemps mon coeur à. ce rêve est fermé.
Je suspendais mon âme à la douceur bénie,
A la joie infinie,
Dont l'amour paternel fait connaître le prix;
Mon père en ses vieux ans par moi semblait renaître,
Mon être était son être ;
Ce père, je l'aimais, et le ciel me l'a pris !
Et le sort m'a frappé de son aile de flamme ;
Le soleil de mon âme
Sous l'ombre des douleurs a pâli chaque jour;
De celte âme aujourd'hui la loi s'est accomplie,
Le vide l'a remplie,
Sans laisser dans le fond un seul germe d'amour.

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