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Préservatif contre le venin politique du gouvernement anglais . Opuscule de situation par le citoyen N.-P.

De
72 pages
Impr. de J. Marsigli (Bologne). 1803. France (1799-1804, Consulat). 72 p. ; in-8.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
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PRESERVATIF
CONTRE
LE VENIN-POLITIQUE
DU GOUVERNEMENT ANGLAIS.
OPUSCULE DE SITUATION
Par le C.CD N.--P.
( Cet opuscule a été terminé et ap-
prouvé depuis plus d'un mois; des
circonstances en ont retardé l'im-
pression jusqu'à ce jour, mais pen-
dant ce retard la situation n'a pas
changé. ) -
BOLOGNE
le 15 germinal, an XI de la rep.
française
( 5 Avril, 1803. )
De l'imprimerie de Iacques Marsigli.
La présente édition est sous la sauve-
garde de la loi du 19 Floréal an
*
9 , pour toute réimpression et tra-
duction en italien. Conformément.
à la dite loi, deux exemplaires
ont été présentés à la bibliothèque
nationale.
J..
PRESERVATIF
CONTRE
LE VENIN - POLITIQUE
DU GOUVERNEMENT ANGLAIS.
OPUSCULE DE SITUATION
( Jtfous déclarons d'avance , que par
ces dénominations diplolnatiques, le
gouvernement anglais > la cour de
Londres , le cabinet de s. James,
l'Angletérre, nous n'entendons point
parler de sa majesté Britannique,
que nous révérons infiniment et pour
son rang élevé et pour ses éminen-
tes vertus privées, mais seulement du
ministère , qui , dans le fait, con-
stitue le gouvernement anglais. Nous
ne fesons en cela qu imiter les An-
glais eux-mêmes, qui nomment ou
sous-entendent toujours le ministère
pour le gouvernement, ainsi qu'on
le voit dans les débats du parlement
4
L'Angleterre s'efforce de ral-
lumer les feux d'une guerre dévo-
rante, dont les cendres sont enco-
re fumantes : Elle veut ensanglan-
ter de nouveau le globe Ce n'est
point ici une accusation hazardée.
Les preuves matérielles de ce cri-
me de lése-humanité existent, et
l'Angleterre ne saurait désavouer, du
moins , celles , mises. au grand jour,
dans les dernières séances de son
parlement.
Dans - son discours à l' ouver-
ture de ces séances , ( 25 Novem-
bre 1802 ) le roi a dit :
« Dans nies. relations avec les puis-
« sances étrangères, j'ai été jusqu'à-
« présent animé du désir sincère
* de consolider la paix Il m'est
or impossible néanmoins de perdre
fr de vue un seul ihstant le sage et
R antique système de politique , qui
« lie intimement nos propres inté-
« rêts aux intérêts des autres na-
« tions. Je ne puis donc être indij-
(( ferent à tout changement qui s'o-
(( père dans leurs forces et dans
« leurs positions respectives. Ma con-
« duifee sera invariablement réglée
« par une sollicitude vigilante pour
fr le bien permanent de mon peu-
« pie Vous penserez, sans doute,
5
tri comme moi, quil est de notre
c( devoir d'adopter les mesures de
«. sûreté les plus propres à offrir à
« mes suj ets l'espoir de conserver
« les avantages de la paix. «
Ces expressions assez significa-
tives , ainsi jetées dans l'arène par-
lementaire , y ont reçu tout le dé-
veloppement attendu. Les débats,
prolongés pendant plusieurs jours,
ont été acharnés; il y a eu des dis-
cours virulens Une faction aussi
détestable que déhontée, à la tête
de laquelle on remarque lord Gren-
ville , Windham , etc , a donné le
spectacle hideux d' hommes dévores
de la soif du sang humain. Elle
veut la guerre à tout prix: Elle la
provoque par toute sorte de moyens,
dignes de l'esprit abominable qui
l'anime
En résumant les opinions pronon-
cées dans ces séances , on trouve :
que la minorité ( elle a l'honneur
de compter M. Fox parmi ses mem-
bres ) veut la consolidation de la
paix ; que la maj orité veut la guerre,
mais qu'elle convient, en même,
tems , qu'il est indispensable de se
faire des alliés sur le continent
avant de reprendre les hostilités ,
objet auquel le- gouvernement doi1;
6
dit-elle , apporter tous ses soins.
Quelques forcenés de cette majorité
voudraient qu'on n'attendit pas ce
préalable.
Enfin, ces séances ont donné
pour résultat, l'adoption, à la presque
unanimité des voix, de l'état de paix
proposé , lequel est aussi fort @ que
l'ait jamais été en Angleterre, l'état
de guerre , dans une première année
d'hostilités
Personne n'ignore,que le gouverne-
ment sait constamment s'attirer la
majorité dans le parlement Or,
nous devons voir dans l'esprit de
cette majorité celui du gouverne-
ment; donc le gouvernement anglais
veut renouveller la guerre
Le moniteur de Paris, dans un
de ses derniers numéros, semble
rejeter tout l'odieux de ce vouloir
sur une faction atroce, qui compte
pour ses coryphées les lord Gren-
ville, Windham, Minto etc. Cette
faction existe, il est vrai Mais
a-t-elle la faculté d'ordonner les
infractions au traité d'Amiens , par
la non évacuation de Malte et d'A-
lexandrie d Egypte; par l'expédi-
tion d'une corvette au Cap-de
Bonne-Espèrance, heureusement ar-
rivée trop tard t pour empêcher
1
révacuation de cette place, s'il - en
était tems encore , ainsi que nous
l' apprend Thomas Grenville, séance
du 9. Décembre ? A-t-elle, cette
faction, la faculté de traiter des
alliances pour former de nouveaux
ennemis à la France? A-t-elle à sa
disposition des hommes, des armes ,
de T argent, pour opérer l'insurre-
ction de tout un peuplé ? Si elle a
cette faculté, si elle a tous ces
moyens, elle est elle-même le gouver-
ment.C' est donc toujours au gouver-
nement qu'on doit tout attribuer.
Le Moniteur a , peut-être, en sa
qu&lité de journal-officiel, des m é-
nagemens à garder , auxquels n'est
pas tenu l'écrivain isolé, qui, anii
des hommes , et par conséquent
révolté d'une politique qui outrage
l'humanité, se lève pour dénoncer
à l' univers le vrai coupable
Pour populariser sa haine contre
la France et ses intentions hosti-
les, le gouvernement anglais , après
avoir insurgé la Suisse, ce que nous
prouverons tout-à-l' heure , a em-
ployé tous ses moyens , non sans
quelque succès, pour électriser son
peuple en faveur des insurgés , con-
tre la France interposant sa mé-
diation bi enfesante D'autre part,
9 -
nous - citerons d'après M. Fox, séan-
ce du 24 Novembre, qu'un journal
imprimé à Londres provoque l'assasi-
nat - des personnes qui gouvernent
en France: que des libelles barbares
dans l'intérieur de cette chambre
( celle des communes J comme au
dehors , sont lancés contre le gouver-
nement français. Ce sont là ses
expressions littérales L'orateur
ajoute ensuite :
« Dans un moment où le repré-
« sentant de notre souverain est
« peut-être présenté, avec les cé-
« rémonies d'usage , au premier
« Consul de France , est-il décent,
« est-il honorable, que les raem-
« bres de cette chambre chargent
(f d'épithètes outrageantes la per-
« sonne qui est à la tête du gouver-
ne nement français ? «
Nous ne poursuivrons pas da-
vantage les citations en ce genre ;
ce serait à ne pas en finir. Passons
à une trame profondément perfide
de l'Angleterre, r insurrection de
la Suisse, qu'elle avait cru être un
moyen infaillible pour rallumer la
guerre sur le continent.
Le gouvernement français a
parfaitement su en son tems , qu'il
existait à Constance un comité d'in-
9
surrection Suisse, dirigé par l'An-
glais Moore , envoyé à cet effet par
son gouvernement : il a également
su , que l'Angleterre fournisait aux
insurgés des secours en hommes,
en'armes et en argent, et qu'elle
leur promettait un puissant appui ,
au cas que la France se déclarât
contre eux
Des correspondances interce-
ptées par les troupes françaises à.
leur approche de la Suisse et après
y avoir pénétré, ont fourni des preu-
ves matérielles de ce que nous ve-
nons d'avancer. Mais comme une
mauvaise foi bien déhontée pourrait
nier l'existence de Ces preuves,
nous ne produirons que Celles , in-
contestables et incontestées , dé-
voilées dans les séances du parle-
ment ou puisées dans le jonrllal--
officiel ( i )
( 1 ) Si les débats dit parlement
en fesant connaître alt peuple an-
glais les fautes les délits de son
gouvernement, en amenaient le re-
dressement, la punition, nul doute
que lear publicité ne fut très avan-
tageuse à l'Angleterre. Mais com-
10
Voici, littéralement, ce qu' a dit
Lord Grenville dans la chambre des
communes , séance du 2 Décembre
« Je ne puis m'empêcher de dire
« un mot de la conduite des mi-
« nistres au suj et de la Suisse. Leur
« langage étrange et contradictoire,
« leur affectation de dignité , le
II témoignage qu'ils se rendent de
« n'avoir pas compromis l'honneur
cf de leur pays , tout est fait pour
cc étonner. On m'a dit, il y a deux
« jours, qu'une personne qui occupe
ct un poste important dans les bu-
« reaux du secretaire d'état, avait ré-
« sidé longtemps à Constance avant
« les troubles de la Suisse, et qu'il
« avait eu des conférences fréquen-
« tes avec les principaux directeurs
« de l'insurrection des Suisses Cette
« assertion, si elle est vraie; ne
« s'accorde guéres avec ce que.
me il est hors d'exemple qu'ils aient
produit cet effet 3 leur publicité est
humiliante pour le peuple anglais ,
et utile seulement aux étrangers,
auxquels elle dépoile souvent des ob-
jets qu'il leur importe de connaître ,
et qu'ils auraient ignorés.
11
K disent les ministres, qui se van-
te tent de n'avoir pas compromi s
« l' honneur de leur pays* «
A la désignation qu'a faite Lord
Grenville , il ne manquait que de
nommer la personne désignée
Moore, pour prouver complètement
l'identité Mais Lord Temple va le-
ver tout doute. Voici comm' il s'ex-
prime ? séance du 8 Décembre.
te Je n'ai aucune objection à
« faire à l'état de paix ; mais iL me
« paraît sin gulier que tandis quç
« le ministère continue de diminuer
« l'état. de nos forces, M. Moore,
cc confident du secretaire de la guerre
« arrive à Constance avec la qualité
ff reconnue d'émissaire dugouverne-
« ment anglais au milieu des agens
« de l'insurrection suisse Je con-
« clus par demander le renvoi des
ministres actuels , et le rappel de
M. Pitt. «
Le même Lord, dans la séance
du iO; dit; Si l'intention des mi-
nistres était que la mission de M.
Moore en Suisse jlit de quelque uti-
lité; ils auraient dû l'accompagner
d'actes propres à la rendre eJJJcace>
ce qui ne pouvait pas se faire sans
de préparatifs hostiles dans ce pays,
en cas qu'il fût néçessaire d'en vç-
12
llir là. Eh bien ! que fesaient alors
les ministres ? Ils diminuaient nos
o rces
Voici quelque chose de plus dé-
taillé encore sur là mission de M.
Moore , dont l'authenticité est ga-
rantie par le journal-officiel, d'où
nous le tirons
a Constance, 15 Décemnre.
a M. Moore est ici ; il a des
« conférences constantes avec Bach-
er mann Ori enrôle quelques trou-
ât pes que l'on met à la demi solde.
« M. Moore a expédié un nommé
« Rochal pour Londres Le landvogt
« Wagner est aussi à Constance, à
« l'Aigle. Il confère tous les jours
« avec M, Moore Du reste , celui-ci
« vit retiré.
« Le capitaine Verdmeïller a
« commencé à enrôler pour l' A n-
« gleterre Une difficulté s'est élevée
« la-dessus avec les recruteurs au-
« trichiens. Le comité de Constance
« est présidé par M. Moore, et est
« composé de Bachmann , du capi-
« taine Wagner de Berne, du land-
« vogt Wagner, du capitaine Verd-
« meïller de Zurich , du lieutenant
« Bakver; du général Rauresau, de
« deux anglais et des émigrés de
4e l'armée de Condé qui demeurent
13
près de Constance , et de mada-
« me Diesbach , femme de Diesbach
« renvoyé de Paris *
M. Moore ayant voulu se ren-
« dre à Vienne avec une commis-
« sion spéciale- de son gouverne-
« ment, la cour de Vienne lui a
« fait connaître qu'elle ne voulait
« pas se rengager dans une lutte
k qui embraserait le monde entier,
ce et avrait des résultats de la der-
« nière conséquence; qu'il serait
« inutile qu'il poussât jusqu'à Vien-
« ne. M. Moore s'est rendu en con-
(r séquçnce à Constance, où il attend
rc de nouveaux ordres de son gou-
« vernement. (r
Il est officiellement connu que
M. Moore a fait de pareilles tenta-
tives près de la cour de Bavière ,
avec un pareil insuccès. Il l'est éga-
lement, que ce monsieur, entouré
de plusieurs agens de l'atroce Du-
theil, principal auteur de l'horrible
attentat du 5 Nivose, a parcouru l'Al-
lemagne, cherchant à y soulever les
esprits contre la France et le pre-
mier consul
Le journal-officiel du 21 frimai-
re [ 12 Décembre ] désigne l'agent
du gouvernement anglais près l'in-
surrection Suisse ( M Moore ) pour
avoir fait partie de cet essaim d'a-
14
gens, que 1 ancien nnnistere anglais
avait vomi sur le continent, pour
y tramer et fomenter des complots;
quiflurdirent le massacre de Rastadt,
et firent insulter à Vienne et à Rome
les ambassad eurs français
Nous cesserons enfin de parler de
ce M. Moore , qui fait un fort vilain
métier, après avoir rapporté son re-
tour en Angleterre, tel que nous le
trouyons dans un papier anglais ,
sous la date de Londres, le 29 dé-
cembre 1802.
« M. Moore est arrivé avec &a
9 suite, non par Calais, comme l'ont
« dit les )*ouriiaux, de Paris, mais
« par Helvoet-Sluys en Hollande ,v
« où il s'est embarqué sur le paque-
« bot le roi George 9 qui l'a conduit
« a Harvich
« On dit qu'il a beaucoup à ra-
« conter sur son expédition. Il a été
«-rappelé en grande hâte par le
« gouvernement et est parti pour.
« Francfort voyageant nuit et jour. «
Tandis que l'Angleterre sollicite,
mendie auprès de diverses cours des
alliances, qu'elle ne trouve pas, pour
renouveller la guerre contre la Fran-
ce , elle dissémine sur le continent
des émissaires chargés d'inspirer aux
peuples haine contre le gouverne-
15
ment francais et sur-tout contre son
chef, qui en fait la principale force,
ainsi que le plus bel ornement;
désir de renverser l'ordre de choses
reconnu, consolidé par les traités
de Lunéville et d'Amiens C'est
principalement en Allemagne et en
Italie, que ces humains. et respecta-
bles missionnaires cherchent à exer-
cer leurs talens
L'existence de ces abominables
menées est démontrée, jusqu'à l'évi-
dence , par le journal-ofïiciel ; et l
d'ailleurs, quel est celui qui, soit
Tcn Allemagne , soit en Italie , ne
puisse le voir de ses propres yeux,
i il veut y regarder ?
Je suis, de plus , très persùadé,
que l'Angleterre ne borne pas ses
missions au continent 3 et que les ---
mouvemens insurrectionnels des nè-
gres, qui viennent de se renouveller
a S. Domingue, sont son ouvrage.
Ma persuasion est fondée sur le grand
mécontentement démontré dans les
dernières séances parlementaires, au
sujet du rétablissement de l'ordre
dans cette colonie , et les reproches
prodigués au ministère actuel , pour
en avoir facilité les moyens à la
France , en ne s'opposant pas à ce
qu'elle y fît passer des troupes.
?6
Apres avoir surabondamment
prouvé quelles sont les vues bar-
bares de l'Angleterre, quels sont
les moyens atrocçs qu' elle emploie
pour arriver à ses fins, c'est le mo-
ment ici de donner le préservatif
annoncé contre son venin-politique.
Aucun préservatif, ce nous semble,
ne doit être plus efficace, que celui
formé de r exposé des perfidies de
l'Angleterre envers les puissances
ses alliées ; envers les peuples, les
individus séduits, mus, trahis, sa-
crifiés par elle.
Tout dégoûtant qu'il est, nous
allons le donner cet exposé. C'est
un remède; les remèdes sont né-
cessaires et non pas ragoutans
INous ne remonterous pas à des
tems antérieurs à l'aurore de la ré-
volution de France; cela suffira
Nous ne citerons ainsi que dès faits
récens , dont chacun a connaissant
ce, ou peut se la procurer aisément.,
Ceux qui , l'histoire à la main,
voudront remonter à des tems plus
reculés, trouveront, et sur-tout dans
la guerre de 1756, que le gouver-
nement anglais a un caractère sou-
tenu.
1'1
b
EXPOSE
DES PERFIDIES
DU GOUVERNEMENT ANGLAIS,
DANS UN PETIT ESPACE
DE TEMPS DONNZ,
L'Angleterre n'eut pas plutôt Sig,
i\6 la paix de 1783 avec la Fran-
CC:l qu'elle épia l'occasion de re-
nouveller la guerre avec avantage
Elle crut, en 1787, que le delà-*
îjrement des finances de la France
était déjà parvenu au point de lui
permettre impunément les provo-
cations, les agressions; et saisissant
la circonstance des troubles exis-
taus alors en Hollande , elle se
diclara ouvertement, et sans aucun
titre , contre la protection accordée
par la France aux Etats-Généraux
des Provinces-unies, d après le trai-
té existant avec eux Elle démontra
vouloir interposer, par un arme-
ment considérable , son interven-
tion non moins impérieuse qu'illé-
gale-. La France ayant employé en
15
vain les représentations arma dans
tous ses ports; l'Espagne en fit aut-
aut. Cette attitude en imposa àrAn-
gleterre. Elle devint plus traitable,
s'appercevant que le hélium eut de
sa rivale n'était pas aussi total qu'elle
l'avait pensé.
Pour en accélérer la réalité l'An-
gleterre lança sur le sol français un
essaim d'émissaires chargés d'y sus-
citer des troubles
L'incurie, les désordres de la
cour de France, avaient plang.é les
finances dans un tel état d'épuise-
ment , que pour les soutenir il fal-
lait recourir à des fréquens éditsbur-
sàux Ces édits n'avaient force de
loi qu'après avoir été enregistrés
par les parlemens. Desorte que le
refus d'enregistrement devait ou pa-
ralyser la marche du gouvernement,
ou forcer le gouvernement à se
mettre au dessus de la loi; alterna-
tive, qui,' dans l'un ou l'autre cas, ne
pouvait manquer d'amener les plus
grands troubles.
Saisisant bien cet état de cho-
sjes , ce fut à suggérer, à provoquer
les refus d'enregistrement, que l'An-
gleterre mjX ses soins principaux
Chaque ville de parlement fut gar-
nie de ses émissaires les plus hup-
pes t se répandant dans la société»
Ar
19
fesant de la dépense, formant dès
liaisons avec les membres des paf*
leluens. Prèsque tous avaient amené
leurs femmes, ou des femmes, sa-
chant combien elles facilitent les
liaisons avec les Français.
Enfin, des édits bursaux sont
érnanés, leur enregistement est re*
fusé:la coursuspenales parlemensles
plus exaspérés, tous font cause com-
mune : dans plusieurs villes de par..
lement le peuple se lève en armes
pour les soutenir: la cour ne sait
plus ni ce qu'elle doit faire, ni ce
qu'elle fait : les parlemens triom-
phent boufiis d'orgeuil: un'é révolu-
tion commence et se trouve dans
leurs mains ; des mains plus habi-
les la lui arrachent, et s'en emparent:
la France est en révolution : l'An-
gleterre applaudit à son ouvrage 1
La majorité de la nation française
concourait avec ardeur à l'avance-
ment d'une révol ution devenue né-
cessaire au recouvrement de ses
droits, de sa dignité et de sa pros-*
perité Mais la cour néanmoins
avait encore cfe grands moyens pour
l'étouffer à son berceau.
L'Angleterre pour assurer le
déchirement de la France, en eu
prolongeant les dissensions, four-
20
nit des secours aux révolutionnaires.
Mais ce fut particulièrement la fric-
tion d' Orléans qu'elle alimenta- d'ar-
gent et d'armes, parce qu'elle sa-
vait bien que cette faction étant
contraire et à la cour et au vérita-
ble esprit de la révolution, devenait
un excellent moyen pour prolonger
la crise.
Qu'on se rappele, que, dans lç ,
tenls-, M. Pitt fit voter un million
de livres sterlings ( 22 millions de
liv.' tournois ) pour dépenses, dont il
ne serait pas rendu compte :
Qu'on se rappele, que, dans le
tems, il fut dénoncé et prouvé à
rassemblée-constituante. que le duc
d'Orléans avait stationné à Os tende
M. de L. où il recevait d'Angle-
terre des caisses de fusils et it' ar-
gent, qu'il fesait passer à Paris.
C'est ainsi qu'avec une politique
perfidement barbare , l'Angleterre a
attiré, alimenté le feu de la guerre
civile , chez un peuple avec lequel
elle était en pleine paix. N ons al-
lons maintenant la voir sous une
autre forme, mais toujours cohérente
à - ses principes atroces, feindre de
courir au secours du malheureux
dont elle avait contribué à incen-
dier la maison, et s'attacher à piller
3t
ÎSPS effets * au lieu de s occuper à
éteindre le feu.
Par la convention de Pilnitz du
27 août 1791 , entre l'etnpereur et
le roi de Prusse, ces deux souve.
rains s'engagèrent réciproquement
à employer la force de leurs armes
pour rétablir Louis X VI dans ses
droits et P ordre dans le royaume ,
et cela, dans le cas oà les autres
têtes couronnées seraient 7nues des
mêmes sentimens qiûeux.
Le roi de Suéde adopta avec
chaleur la coalition ainsi offerte.
Il s'engagea à fournir un contins
gent de 12 mille hommes, qu'il
commanderait en personne; mais
peu après , il mourut assassiné par
Un de ses sujets. Parmi les autres
têtes couronnées les unes tergiver-
sèrent ou temporisèrent, les autreg
refusèrent, et l'Angleterre fut du
nombre de ces dernières
Cependant , l'empereur et le roi
de Prusse vivement sollicités par
les princes frères de Louis XVI;
trompés sur la véritable situation
des esprits en France, rassemblèrent
une amiée de 100 mille hommes,
compris 20 mille émigrés ou troupes
soldées * ayant a~f~r~L~tc Les prin-
ces français.
32
Tandis que 10 mille autrichiens
se portaient sur Lille , qu'il bom-
bardèrent ensuite, et que d'autres
divisions menaçaient difierens points
des frontières de France , le roi de
Prusse y pénétra par le Luxembourg,
dans les derniers jours de juillet
*792, à la tête de 60 mille hommes.
U ne proclamation, cohérente aux
termes de la convention de Pilnitz,
annonça au peuple français, que
l'entrée de cette armée sur son ter-
.ritoire avait pour but unique le ré-
tablissement de Louis XVI dans ses
droits et celui de Vordre dans le
royaume. D'une marche rapide le
roi de Prusse s'empara, au nom de
Louis XVI, des forterefl'es de Long-
\vi et de Verdun, et se dirigeant
sur Paris par Chaalons-sur-Alarne
il arriva jusqu'à deux lieues de
Chaalons Là se trouvèrent pour
lui les colonnes d'Ilercule.
L'Angleterre suivait d'un œil
inquiet les pas du roi de Prusse
La rapidité de sa marche et de ses
succès l'épouvantèrent. Elle crut
tout bonnement, que de vive-force
ou par accomodement, cette révo-
lution , qui lui avait déjà coûté tant
d'argent et de perfidies , allait se ter-
miner, avant de lui avoir procuré
25
les profits immenses qu'elle en avait
espères.
Elle ne fut pas plutôt instruite de
la prise de Longwi et de celle de
Verdun, faites sans beaucoup de
résistance et au nom de Louis XVI,
qu elle dépêcha courier sur courier
au roi de Prusse pour l'engager,
par des propositions séduisantes ,
non seulement à ne pas aller plus
avant, niais encore à évacuer pour
le moment le territoire français. A
ces conditions:, l'Angleterre s'en-
gageait à prendre la part la plus
active dans la coalition , à y en-
traîner toutes les puissances deTflI-
rope, à ouvrir la campagne ati
printems suivant; enfin à snbsidier
l'armée prussienne Elle fesait en-
visager la certitude du succès au
moyen d'une coalition si formida-
ble, l'incertitude avec les -seuls mo-
yens alors en activité, et le danger
auquel cette incertitude exposait les
jours de Louis XVI, alors détenu
au Temple
Nous ignorons jusqu'à quel point
les observations et les propositions
de l'Angleterre influèrent sur les ré-
solutions du roi de Prusse ; mais peu
après il évacua le territoire français.
U il concours de motifs pressans rai-
a4
litaient d'ailleurs pour cette éva-
cuation : Louis XVI, du fond de sa
.prison, écrivit au roi de Prusse
.pour la lui demander avec instance,"
disant qu'elle était le seul moyen
de sauver ses jours et ceux de sa
famille : et Manuel, Péthion et Ker.
saint signèrent aussi la lettre, com-
me garans de ce qu'elle renfermait:
l'année prussienne , entrée en Fra-
„ ce par le trou de la chatière j loin
d'avoir ses derrières assurés, yoyaif-
souvent ses convois de subsistan-
ces interceptés : les maladies l'a-
vaient déjà privée de 10 mille hom-
mes: enfin le roi de Prusse voyait
combien il avait étc trompé sur l'cs-
prit de l'armée française; celle qui
lui était en opposition; loin de se
rallier à ses drapeaux; comm'on l'en
avait flatté , et quoique très infé-
rieure en nombre , s'était montrée
.inébranlable à J'affaire de la Lune,
le 20 septembre , malgré la vive ca-
nonnade et les manœuvres savantes
du duc de Brulls\vlck; elle arrêtait
F armée prussienne, en garnissant
la formidable position des lslets.
Quel que fut le motif détermi-
nant, l' évacuation eut lieu; à l'exce-
ption de Gènes, de la Suisse, de la
Suède et du Dannernarck, toutes
2J
les puissances européennes, grandes
ou petites, prirent une part active
à la coalition, les armes ou la bourse
À la main: cette coalition, à jamais
mémorable par sa force, par ses
défaites , par la gloire de la France
qui en a triomphé, cette coalition*
clis-je* Ouvrit la campagne en'mars
1795: l'Angleterre, en outre de s for-1
ces maritimes qu'elle déploya, envoya
sur le continent une armée de 20
mille hommes, qui se combina avec
l'armée autrichienne en Flandre
- L'Angleterre ne tarda pas à trahii"
la cause commune, à sacrifier l'ar-
mée autrichienne à son Machiave-*
lisme. Pour conquérir Dunkerque
et la Fl an dre française maritime 1
qu'elle déclara vouloir rendre pos-
sessions anglaises; elle détacha sou
armée de l'armée autrichienne. Les
Anglais marchent sur Dunkerque ,
qui les repousse ; l'armée républi-*
caine profitant de l' intervalle de 30
lieues laissé entre les armées com-
binées, tombe sur les Anglais, les
défait de la manière la plus complète,
et va ensuite battre les Autrichiens.
Nous citerons ici à l'appui de ce
que nous avons avancé sur la coa-
lition et le projet sur Dunkerque >
deux phrases de M. Fox, séance du
iG
^4 novembre. « Convient-il à ceux
« qui ont excité l'Autriche, la Prusse
« et les autres puissances du con-
te tinent, à se mêler de la législation,
« intérieure de la France, et la forcer
« à se. soumettre à une famille qui
« lui était odièuse ; leur convient-il
« de s'appesantir sur une situation
« qui est l'ouvrage de sa propre
« démence ? -
« Les ministres ont provoqué con-
« tre la France la coalition la plus
« formidable, qu'on ait jamais vue.
« Mais tandis que le rétablissement
« de la religion et de l'ordre social
« était le prétexte de cette guerre
« terrible, on s'emparait de Valen-
ce ciennes au noni de l'empereur;
« nous attaquions Dunkerque pour
« le soumettre à la domination de
« l'Angleterre. «
Il est à remarquer, que depuis la
formation de la coalition de 1793,
toutes les puissances qui la com-
posaient, '.à l'exception de l'Angle-
terre, ont gardé un. mystérieux si-
lence sur. le véritable but qu'elles.
se proposaient. Mais l'Angleterre ,
bavarde par constitution , car tout
a y; dit, s'y discute publiquement dans
les chambres, et les ministres sont
27
obligés de répondre catégoriquement
aux interpellations qui leur sont
faites; mais l'Angleterre, dis-je , a
toujours articulé, quelquefois, il est
vrai, assez ambigument, mais le plus
souvent très distinctement, qu'elle
fesait la guerre à la France unique-
ment pour y rétablir la religion,
Tordre social, et replacer les Bour-
bons sur le trône. Croyait cela qui
voulait. Mais comment après une
telle déclaration publique , a-t-elle
eu l'impudeur d'agir dune manière
si diamétralement opposée? Voyons
sa conduite au sujet de Toulon.
Les Anglais parviennent à séduire,
à corrompre les habitans de Toulon.
Ceux-ci les reçoivent dans leur port,
dans leurs murs : ils les leurs con-
fient. Mais sous la condition ex-
presse, que tout ce qu'ils renferment,
jusque dans les moindres détails,
sera remis, en son entier, à Louis
XVII fils de feu Louis XVI, qu'ils
reconnaissent pour leur roi , aux
titres de la constitution de 1791 ,
aussitôt que ce prince pourra en
prendre possession Cela se passa
e 24 août 1793.
La Flotte anglo-espagnole entre
dans le port avec 16 mille hommes
de débarquement, taniAnglais qu'Es-
■30
pagnols , JNapolitains et Piemontais]
Dans la ,distribution des pouvoirs
militaires et adm inistratifsj les An-
glais retiennent la prépondérance ,
e manière à disposer selon leur
gre des evenemens.
Par une conséquence de la re-
connaissance qu'ils ont « faite dé
Louis XVII , les Toulonais veulent
reconnaître authentiquement Mon-
sieur, l'aîné des oncles de ce jeunu
prince, pour régent du royaume,
et rappeler' dans leurs murs. Les
Espagnols approuvent cette mesure»
les Anglais s'y opposent. Le régent
.eut representé Louis XVII"; les An-
glais n'auraient pas pu tenir Toulon
à leur disposition et y assouvir leur
ambition perfide.
- Les sections de Toulon s'assem-
blèrent ) se constituant en corps
délibérant: Elles reconnurent authen-
tiquement Monsieur, pour régent
du royaume, et lui envoyèrent des
députés eu Weslphalie , où il se
trouvait alors , pour l'engager avenir
à Toulon y exercer la régence
Dès-lors, la catastrophe de l'éva-
cuation de cette place fut résolus
par les Anglais. Le moment en fut
déterminé, peu de tems après , par
l'attaque de Tarinée républicaine,

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