Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Partagez cette publication

1 -
PROCÈS-VERBAL
FÊTE DE LA RÉPUBLIQUE ,*
- .J ----
.t- ,.aL. --.. R ÉE LE ru. VENDÉMIAIRE Aïsl&—
-E fête de la n epublique, célébrée dans la
Commune èe Toiiloufe le premier Vendérniaire,
ii'a été -inférieure ni pour le plan, ni pour là
pompe, ni pour Son exécution, à aucune des autres
folenlnités nationales. L'admmistration municipale
S'eit appliquée au contraire à la célébrer avec
plus d'éclat. La veille , après le coucher du Soleil,
des fusées volantes tirées sur la place de la Liberté ,
& le canon du Parc d'artillerie ? avoient annoncé
aux habit.ans de Toulouse & à ceux des communes
entonnantes, l'anniversaire du beau jour qu'on se
■ préparoit à fêter. Cette foitée même la place de la
Commune avoit été remplie d'uti peuple nbrnbreux,
qui venolt joindre ses vœux à ceux de Ses magistrats,
pour que le jour de l'équinôxe fût sans orage, 8C
que rien ne troublât là républicaine cérémonie du
lendemain. Le premier Vendémiaire l'effet parut-
d'abord répondre à l'atte,ntè des bons citoyens,
le Ciel étoit couvett; mais il sembla vouloir le
xafféréaer, & le peuple accourut avec afjfaence
< * )
autour des autorités constituées, pour fêter le
premier jour de la nouvelle année. *
La garde nationale sédentaire & la garde nationale
en aétivité, que le canon du Parc & les tambours
de chaque feaion aboient avertis dès le matin,
(e rendirent avant dix heures sur la place autour
de leurs drapeaux respectifs; plusieurs bons citoyens
de nos fedtions rurales accoururent aussi à cette
cérémonie , & armés de piques garnies de fleurs
& de rubans tricolores , efcortoient leur étendard :
leur présence ne dépara point cette [olemnité; il est
doux de voir dans nos jeux civiques l'union qui existe
entre les habitans de la Cité & ceux des campagnes.
A dix heures & demie Tadminiftration centrale
arriva à la municipalité, accompagnée d'un détache-
ment de garde nationale & précédée de la musique.
Toutes les autorités réunies, la place & les failes
de la Maison Commune remplies d'un peuple
immense, le cortege sortit à onze heures. La
marche étoit ouverte par un détachement de
cavalerie, & par la rue Rome, la rue Trinité,
la rue Boulbonne & la place Calas, on se rendit
au temple de la Liberté. On entendit pendant le
trajet que les airs patriotiques qui ont conduit ii
souvent nos phalanges républicaines à la viétoire.
L'affluence étoit si considérable, que l'accès du
Temple étoit difficile; le peuple cependant, em-
prefré d'entendre ses magistrats , fit place aux
autorités constituées, qui furent s'alleoir dans la
galerie qui leur étoit réservée ; il y avoit au moins
M
àilè mille citoyens , fous les portiques, dans les
vestibules, dans les corridors ou dans l'intérieur,
sans compter le grand nombre de ceux qui, n'ayant
pu pénétrer , étoient demeurés dans les rues
aboutissantes. Le peuple applaudit avec transport
l'entrée des autorités conftittiées ; ce Spectacle étoit
si imposant, l'assemblée étoit si nombreuse , les cris
de gloire à nos magistrats & de vive la République
si répétés qu'à l'exemple de Valérius-Publicola , qui
faisoit bailler ses faifeeaux devant le peuple romain
en entrant au Forum, le président de l'adminiflratioii
se découvrit respectueusement, & tous les fonction-
haires publics suivirent Son exemple. Après ce,
premier témoignage de l'harmonie qui exifie à
Toulouse entre les administrateurs & les adminiflés,
chaque fonâionnaire public se mit en place , &
lorsque l'on eut entendu différens airs patriotiques,
le citoyen Desbarreanx , président de l'adminis-
tration municipale , se leva , & prononça le difeows
suivant :
CITOYENS,
C'EST le jour, où le Soleil sortant du figne de
la Vierge pour entrer dans celui de la Balance,
qui vit proclamer la République française & publier
notre indépendance; c'cft aujourd'hui que les man*
dataires du peuple 3 fidelles interprétés de la volonté
( 4 )
dufouverain, prononcèrent l'abolition de la royauté,
& annoncèrent à l'Europe que les français étoient
des hommes égaux & libres; c'est aujourd'hui que
nous avons reconquis le plus glorieux de nos droits,
& que nous avons juré une guerre éternelle à la
tyrannie. L'anniversaire de ce jour auguste est cher
à tous ceux qui ont la fierté de caraétere qui convient
aux ames républicaines ; refpett à la loi bienfaisante
qui en a fait un jour de fête !
C'est la fécondé fois que , depuis l'aétivité de
la constitution de l'an 3 , nous célébrons cette
mémorable époque ; c'est la féconde fois que
l'administration municipale de la commune de
Toulouse, salue, par mon organe, le jour de
l'équinoxe d'où date l'ère républicaine. Nous eumes
l'année derniere , à pareille époque, à vous entre-
tenir des conquêtes de nos armées glorieuses , &
aujourd'hui nous pouvons vous parler de la viétoire
que les premiers magistrats de la République, &
ses représentans fidelles , ont remportée sur les
infâmes Sénateurs du trône , qui conspiroient sans
pudeur jusques sur la chaise curule où la patrie les
avoit placés pour défendre Iss droits du peuple.
L'or corrupteur des rois de l'Europe circuloit dans
l'intérieur de la France avec profusion; on falarioit
des égorgeurs dans plusieurs parties du Midi ; on
y entretenoit des calomniateurs à gages , qui tour-à-
tour dénonçoient les autorités légitimes, déchiroient
les athletes les plus purs de la révolution , dans
les gazettes royales que foudoyoient les suppôts
( s l
'de Blankenbourg ; le titre honorable de citoyen
étoit en quelque forte effacé du vocabulaire ; les
acquéreurs des biens nationaux tourmentés, les
défenseurs de la patrie persécutés 3 les républicains
assassinés. ou proscrits. Nos indomptables armées
étoient insultées par les pamflétaires de l'intérieur,
-
parce que fachant que la constitution républicaine
qu'elles avoient acceptée, & qui est confiée au
courage de tous les français, étoit journellement
violée, elles avoient le courage de demander si
ce n'étoit pas pour défendre ce contrat sociàl
qu'elles combattoient..On injurioit périodiquement
le conquérant de l'Italie, qui, jeune comme Scipion
& vertueux comme lui, a ressuscité la République
romaine dans les plaines du Milanois , & eut. le
courage de chasser l'aigle impérial des bords du
Mincio où il effarouchoit les successeurs du cygnç
de Mantoue.
C'était un crime , félon les apôtres de la fanion
liberticide qui dominoit, d'oser assigner les bords du
Rhin pour nos limites , & d'avoir aidé le peuple de
Venise à chasser ses inquisiteurs. Cent journalilles
étoient vendus, & des ames - vénales fiégeoient
- au fénat : c'étoit même un crime de conduire dans
notre patrie les chefs d'oeuvres de" l'ancienne Grece
- qui étaient en Italie , comme si nous n'avions pas
- autant de droits de les transporter sur les rives de la
Seine , qu'en avoient eu les anciens romains pour
les faire venir des îles de l'Archipel, sur les bords
du Tibre. On appelloit les émigrés, des fugitifs
J
( 6 )
malheureux , & les patriotes les plus purs n'étoient
qualifiés que de brigands & de terroristes par tcui
les écrivains des boudoirs. La conspiration étoit
savamment ourdie; la sedte des enluminés s'étoit
renouvellée fous le nom de société des fils légi-
times ; une maçonnerie nouvelle , organisée fpécia-
lement pour reflufciter le royalisme , avoit des
lignes certains de ralliement, des chefs délignes
des caisses fournies , des armes en réserve, des
ordres secrets, une police activée dans toutes les
parties de la France, des espions gagés, un bureau
central dans chaque commune ; la corruption étoit
à Ton comble ; l'aristocratie délirante étoit à la vei'le
d'arborer l'étendard de la révolte; c'en étoit fait
de notre patrie ; le gouffre étoit ouvert, la Liberté
alloit être engloutie , les torches incendiaires s'allu*
inoient, la guerre civile alloit éclater ; mais le
génie de la France abattu se releve , le direétoire
prend des mesures, les législateurs républicains se
rallient, les défenseurs de la patrie se ferr&nt autour
du gouvernement, les confpiraîeurs s'armoient au
fein des ténèbres , ils délibéroient le maissacre; le
canon d'alarme se fait entendre , Paris se réveille,
le palais des conjurés est cerné , & le Soleil du 18
Fructi'dor ne se leve que pour faire voir la Liberté
sauvée & les agens de Louis X V111 enchaînés.
Gloire immortelle au directoire exécutif & aux
délégués du peuple , fidelles à leur mandat, qui
ont arraché la constitution de l'an 3 aux flammes
qui alloient la dévorer.