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Proclamations et harangues de Napoléon Bonaparte avec le sommaire des événemens qui ont donné lieu à chacune d'elles, etc. recueillies par Th. D...

De
319 pages
Lecointe et Pougin (Paris). 1835. In-8° , XVI-320 p., portrait.
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VERSAILLES. — IMPRIMERIE DE MARLIN.
PROCLAMATIONS
ET
DE
AVEC LE SOMMAIRE DES ÉVÉNEMENS QUI ONT DONNÉ LIEU
A CHACUNE D'ELLES, ETC.
RECUEILLIES PAR TH. D.
Eloquentiâ et armis Cesar.
PARIS,
LECOINTE ET POUGIN, LIBRAIRES,
QUAI DES AUGUSTINS, N° 49.
4835.
PRÉFACE
DE L'EDITEUR.
C'est une heureuse idée, une idée utile
que celle d'avoir rassemblé en un recueil
les Proclamations de Napoléon Bona-
parte , Général en chef des armées fran-
çaises, Premier Consul, Consul à vie,
Empereur des Français, etc.
Sous quelque point de vue que l'on en-
visage cet homme extraordinaire, il fau-
dra toujours convenir que c'est dans les
succès, et surtout dans les revers, le plus
grand caractère qui ait brillé sur la scène
du monde.
Artisan de sa fortune, nul n'a su mieux
VI PRÉFACE
profiter des circonstances qui l'ont, il faut
l'avouer, merveilleusement servi.
La Révolution avait tout nivelé : les
anciens pouvoirs n'existaient plus : des
pouvoirs nouveaux, nés du sein des dis-
cordes civiles, ne se soutenaient que par
la terreur et les proscriptions, et pas-
saient des mains des vaincus de la veille
dans celles des vainqueurs du jour. Une
telle puissance ne pouvait être, et n'était
en effet, que précaire et chancelante ; sa
violence même annonçait qu'elle devait
être de courte durée.
Mais au milieu de cet affreux désordre
de la société française, un homme s'éle-
vait, qui devait remettre un jour l'ordre
au sein du chaos et comprimer les partis
sous le poids de sa redoutable épée : cet
homme, c'était Napoléon Bonaparte.
L'instinct, ou plutôt un choix judicieux
avait dirigé ses premières études vers les
sciences exactes. Le spectacle des trou-
bles et des déchiremens intérieurs, fut
le complément de cette éducation et lui
apprit à juger les hommes, talent qu'il
DE L'ÉDITEUR. VII
posséda au plus haut degré et qui rare-
ment se démentit.
Cependant au milieu de cet amas de
ruines qui couvraient la France, malgré
la puissance de sa volonté et la fermeté de
sa direction vers un seul but, sa marche
fut quelque temps embarrassée, et ses
premiers pas, qui ne furent pas sans
gloire, faillirent le perdre, par l'éclat de
cette gloire même : elle blessait déjà ou
des yeux jaloux, ou des yeux trop clair-
voyans ; peut-être ces farouches représen-
tans du peuple, maîtres un moment de
sa destinée, voyaient-ils dans ce jeune
homme multos Coesares.
Il fut jeté en prison, dans ce pays qu'il
devait gouverner un jour en maître ab-
solu. Enfin ils rougirent d'avoir donné
des fers au vainqueur de Toulon; il fut
mis en liberté. S'ils eussent prononcé sur
son sort, comme ils prononcèrent, sur le
sort de tant d'autres guerriers ; si la faux
révolutionnaire eût fait tomber cette tête
que devait ceindre le bandeau des rois,
qui peut dire ce qui serait arrivé ? quelle
VIII PRÉFACE
combinaison nouvelle eût rétabli l'ordre
et régi le monde ?
Après quelques mois passés dans l'oisi-
veté apparente d'un officier à la suite,
il reparut sur la scène du monde. — C'est
peut-être ici qu'il convient de consigner
une anecdote assez singulière, qui trou-
vera sans doute beaucoup d'incrédules,
mais qui cependant n'en est pas moins
vraie. Pendant les loisirs forcés que lui
laissait sa situation précaire dans l'armée,
il fréquentait, on le sait, le Théâtre
Français. Nos anciennes tragédies, dont
les sentimens sublimes avaient une con-
formité merveilleuse avec l'élévation de
ses idées, faisaient surtout ses délices. Il
lia connaissance avec Talma. Les succès
du grand acteur électrisaient cette âme
de feu. A cette époque , Bonaparte voyait
son avenir arrêté; ses idées d'élévation
pouvaient rester des rêves. Le croira-
t-on ? A quoi a tenu le sort du monde !
Abreuvé de dégoûts, fatigué d'injustices,
ne voyant aucun terme à la gêne de sa pé-
nible situation, il avait conçu le dessein
DE L'ÉDITEUR. IX
de déposer l'épée et de débuter dans l'em-
ploi de Talma; il voulait régner sur la
scène : c'était encore un empire ! Ma-
dame de Beauharnais l'empêcha à temps
de faire cette folie: elle l'eût perdu à
jamais.
Une révolution se préparait; les sec-
tions de Paris étaient en armes contre le
Directoire; on avait besoin d'un bras;
le voluptueux Barras n'avait jamais été
ou n'était plus un homme d'exécution;
il fallait un soldat intrépide: on proposa
Bonaparte, il fut accepté; il devint lieu-
tenant du futur directeur, mais il fut en
effet plus général en chef que lui. Per-
sonne ne conteste que ce fut à lui que la
Convention dut le triomphe qu'elle ob-
tint au 13 vendémiaire.
Ses succès dans cette célèbre journée,
lui valurent une armée et une guerre à
conduire.
Notre but est de le montrer dans cette
longue période, depuis le jour où il prit
le commandement de l'armée d'Italie,
jusqu'au jour où s'écroula sa fortune,
X PRÉFACE
agissant sur l'esprit des masses par la puis-
sance de sa parole, et prêtant à la force
de son épée les secours d'une éloquence
militaire, toujours entraînante, souvent
sublime.
Incorrect quelquefois, et pour ainsi
dire sauvage, il se met par cela même à
la portée des hommes intelligens, mais
sans culture, auxquels il parle, en même
temps qu'il saisit même l'esprit des gens
instruits par la hardiesse de ses figures,
par la clarté et la précision de ses idées,
par la grandeur de ses projets. La lec-
ture d'Ossian qu'il préférait, il faut le
dire, à Homère, lui avait fait cette élo-
quence âpre et saccadée, dont l'effet était
sûr. C'était celle d'un homme qui com-
mande, veut être obéi, et ne laisse pas
lieu à la réflexion.
L'éloquence de Napoléon Bonaparte a
obtenu le plus beau triomphe qu'il soit
donné à l'éloquence d'obtenir : elle a
persuadé ; elle a remporté des victoires !
Si l'on examine à présent dans com-
bien de pays divers il a porté ses armes,
DE L'ÉDITEUR. XI
des bords du Guadalquivir aux rives du
Danube, des sables brûlans du désert
aux rives glacées de la Moscowa ; à com-
bien de peuples différens de moeurs, de
caractère, de langages, il a fait enten-
dre sa voix puissante, on admirera,
avec raison, comment il a su plier son
éloquence à tant d'objets si variés, à des
caractères si différens.
Comment a-t-il su convaincre? c'est
qu'il a parlé aux populations qu'il en-
traînait, le langage de leurs intérêts;
en même temps qu'il leur imprimait le
respect de sa puissance, il les subjuguait
par cette parole du commandement, par
cette parole d'une naïveté guerrière, qui
leur persuadait aisément qu'une élo-
quence si simple et sans apprêt, ne ca-
chait point d'arrière-pensée, et qu'un
pareil langage ne pouvait être que celui
de la vérité.
Aussi les peuples ne voyaient-ils en
lui qu'un ami, qu'un protecteur.
Les harangues de Napoléon Bona-
parte, lues et méditées, peuvent révé-
XII PREFACE
1er, en grande partie, les moyens qui
le portèrent à un si haut degré de gran-
deur, et donner le secret de sa puis-
sance. L'éloquence est tout l'homme, a
dit Buffon. Les harangues de Napoléon
Bonaparte sont toute sa vie.
Ce recueil a donc le mérite de mettre
sous les yeux du lecteur un tableau ani-
mé de cette vie si rapide, et pourtant si
pleine. Les argumens de chaque discours
qui expliquent les occasions pour les-
quelles ils furent faits , sont déjà une his-
toire abrégée de notre héros. Aucune
date, aucun fait remarquable n'y est
omis. Tous ceux qui s'intéressent à Na-
poléon , de quelque manière que ce soit,
en bien ou en mal, si quos invidia erga
viventem movebat, se remettront sous
les yeux les circonstances de ce grand
drame; ceux qui ne le connaissent pas,
nationaux ou étrangers, mais en est-il de
ce nombre ! le verront agir et l'enten-
dront parler.
La jeunesse surtout née depuis cette
fameuse époque, en prendra une plus
DE L'ÉDITEUR. XIII
juste idée, puisqu'elle sera exempte des
sentimens d'amour ou de haine, qui peu-
vent animer ceux des contemporains de
ce conquérant qu'il a pu froisser dans sa
course.
Ce livre sera accueilli avec enthou-
siasme par les anciens soldats. Le soir,
au coin du feu , à la veillée, le vieux sol-
dat le lira à ses enfans : il lui semblera
encore entendre la voix de son général;
il oubliera un instant sa vieillesse et ses
infirmités, il se croira transporté dans
les belles plaines de l'Italie, sur le plateau
de Rivoli, au pont d'Arcole, à Mondovi,
à Mantoue, aux bords du Mincio; l'E-
gypte , cette terre des miracles, dérou-
lera devant lui ses sables ; lès Pyramides,
les palmiers du désert apparaîtront à sa
vue dans un lointain immense; le mi-
rage fascinera encore ses yeux trompés;
mais ce ne sera pas un songe fantasti-
que , ce sera une réalité , bien éloignée,
il est vrai, réalité que lui présentera la
mémoire du coeur; car ce ne sont pas
seulement les biens dont nous conser-
XIV PRÉFACE
verons le souvenir, mais les maux mêmes
et les dangers passés ont pour nous un
charme inexprimable.
Les jeunes officiers dévoreront ce li-
vre avec avidité ; il sera leur vade me-
cum. Les généraux qui s'élèveront un
jour, apprendront à l'école de Napoléon, le
langage qu'il faut parler au soldat et aux
peuples vaincus, pour en obtenir l'o-
béissance.
L'ardente jeunesse de notre âge ne
sera pas la dernière à se procurer ces
harangues, entraînée par un penchant
irrésistible vers tout ce qui lui semble
extraordinaire. Elle ne méconnaîtra pas
la grandeur empreinte dans ces dis-
cours d'une énergie brûlante, sublimes
improvisations du plus grand capitaine
des temps modernes et des temps au-
ciens! C'est surtout à la jeunesse de nos
écoles, à cette jeunesse laborieuse que
conviendra ce recueil, si une trop grande
susceptibilité ne l'éloigné pas de leurs
mains. Ce n'est pas l'éloquence de Tite-
Live ou de Tacite; ce ne sont pas des
DE L'ÉDITEUR. XV
discours historiques, faits après coup et
long-temps médités; c'est une éloquence
spontanée, et pour ainsi dire, en action,
aussi prompte que la victoire, aussi ra-
pide que les événemens qu'elle prépare;
c'est l'éclair qui précède la foudre; c'est
la grande voix de Napoléon qui frappe
de terreur les ennemis qui sont devant
lui, fait pâlir les rois sur leurs trônes,
et glace d'épouvante les chefs les plus re-
doutés.
Ah ! qu'on n'envie pas à notre jeunesse
cette sublime lecture ! Peut-être les gran-
des pensées que ces harangues révèlent,
formeront-elles un jour d'habiles géné-
raux! peut-être, animé par ces hautes
conceptions, un soldat obscur aujour-
d'hui , s'élèvera-t-il au rang de ces guer-
riers de la révolution du nom français !
Puisse ce livre, électrisant quelque
grande âme qui se méconnaît encore,
donner un jour à la France un héros qui
mieux instruit à se servir de la fortune,
évitant les écueils où Napoléon s'est brisé,
se borne à venger la patrie des outrages
XVI PRÉFACE DE L'ÉDITEUR.
imprimés encore sur son noble front, et
mette sa gloire unique à la replacer flo-
rissante et libre au rang dont elle n'au-
rait jamais dû descendre !
Napoléon Bonaparte naquit à Ajaccio, capitale de
la Corse, le 15 août 1769 , jour de l'Assomption, de
parens dont les ancêtres, Italiens d'origine, appar-
tenaient , au temps des guerres civiles des Guelfes et
des Gibelins, à une des plus anciennes et des plus
nobles maisons de la Toscane.
A l'âge d'environ dix ans , il entra à l'école mili-
taire de Brienne, où il se distingua parmi ses con -
disciples, bien qu'on ait dit le contraire, par sa dou-
ceur, sa tranquillité, son application, mais surtout
ses progrès en mathématiques. Pichegru, le même
I
qui plus tard devait être le conquérant de la Hol-
lande , et dont tout le monde connaît la fin malheu-
reuse , y fut son maître de quartier et son répétiteur
d'arithmétique.
En 1783, le concours désigna le jeune Napoléon
pour aller terminer son éducation h l'école militaire
de Paris.
Il en sortit en 1787, et entra dans le 1er régiment
d'artillerie, dit de La Fère, en qualité de lieutenant
en second : dans la suite il passa lieutenant en pre-
mier dans le régiment de Grenoble. Il fut nommé ca-
pitaine en 1792; chef de bataillon en 1793; lieute-
nant-colonel la même année, toujours dans l'artil-
lerie.
Il occupait ce dernier grade, à l'époque où les An-
glais venaient de se saisir de Toulon. On avait be-
soin, pour diriger les opérations du siége, d'un offi-
cier d'artillerie habile : le choix tomba sur Bonaparte.
C'est à lui, à lui seul, malgré l'infériorité de son
grade ; au plan d'attaque qu'il fit adopter; à la ma-
nière dont il l'exécuta, que l'on fut redevable de la
prise de la place. " Là, dit de Las-Cases, l'auteur du
Mémorial de Sainte-Hélène, le prendra l'Histoire,
pour ne plus le quitter; là, commence son immor-
talité. » C'est ce qu'avait pressenti le général Du-
3
gommier, lorsque peu de temps après le siége de
Toulon, se trouvant à Marseille avec Bonaparte,
dans une société de militaires, et l'un d'eux frappé
de la petitesse de sa taille, lui ayant demandé quel
était ce petit bout d'officier qui l'accompagnait et
où il l'avait ramassé, il répondit : « Le nom de cet
officier est Bonaparte : je l'ai ramassé au siége de
Toulon: c'est à lui, à lui seul, que moi général~
commandant le siége, je dois la reprise de la ville;
et, un jour à venir, souvenez-vous de ceci, Mon-
sieur, ce petit bout d'officier, comme vous l'appelez,
vous le verrez plus grand qu'aucun de nous. »
Ce même Dugommier, dans le même temps, écri-
vait au Comité de Salut public: Avancez Bonaparte,
car si vous ètiez ingrats envers lui, il s'avancerait
tout seul.
Cette belle conduite au siége de Toulon lui valut
le grade de général de brigade.
Il fut nommé général en chef de l'armée de l'inté-
rieur, le 26 octobre 1795, quelques jours après le
13 vendémiaire, journée célèbre, où, avec cinq mille
hommes seulement, il repoussa quarante mille sec-
tionnaires qui, après avoir rejeté dans leurs clubs les
lois additionnelles de la Constitution de l'an III, par
lesquelles la Convention prescrivait que les deux tiers
4
de la législature nouvelle seraient tirés de son sein,
avaient pris les armes et marchaient sur les Tuileries
où l'assemblée tenait ses séances.
C'est vers ce même temps qu'il fit la connaissance
de Joséphine, veuve du général de Beauharnais, et
qu'il l'épousa.
Le 23 février 1796, il reçut le commandement de
l'armée d'Italie, de celte armée qui, sous ses ordres,
allait courir de victoire en victoire, et élever si haut
la gloire du nom français.
ITALIE.
PROCLAMATIONS
ET
HARANGUES
DE
NAPOLEON BONAPARTE.
Italie.
Buonaparte 1, général en chef de l'armée
d'Italie, à ses frères d'armes.
A Alberga, le 20 germinal an IV ( 10 avril 1796).
En arrivant à Nice, où était le quartier-général de
l'armée d'Italie, Bonaparte trouva cette armée dans
le dénuement le plus complet, dans l'état le plus mi-
sérable. Au moment d'entrer en campagne, il dit à
ses compagnons d'armes :
SOLDATS !
Vous êtes mal nourris et presque nus. Le gou-
vernement vous doit beaucoup, mais ne peut
1 Pendant les campagnes d'Italie, Napoléon signait Buona-
parte. Plus tard il retrancha l'u, et écrivit son nom comme les
Français le prononçaient, Bonaparte.
8 ITALIE.
rien pour vous. Votre patience, votre courage
vous honorent, mais ne vous procurent ni avan-
tage, ni gloire. Je vais vous conduire dans les
plus fertiles plaines du monde : vous y trouverez
de grandes villes, de riches provinces : vous y
trouverez honneur, gloire, richesses.
Soldats d'Italie! manqueriez-vous de cou-
rage et de constance ! ! !
Buonaparte, général en chef de l'armée
d'Italie, à ses compagnons d'armes.
Au quartier général de Chérasqne, le 7 floréal an IV
(26 avril 1796).
Le 21 germinal an IV ( 10 avril 1796), la campa-
gne d'Italie est ouverte.
En douze jours six victoires :
Celle de Montenotte, le 23 germinal (12 avril); —
celle de Millésimo, le 25 ( 14 avril );— celles do
Dègo et de Saint-Jean, le 26 (15 avril); — celle de
Saint-Michel, le 1er floréal (20 avril); - celle de
Mondovi, le 3 (22 avril),
Avaient été remportées par l'armée française sur
de Beaulieu et Colli, généraux des armées autri-
chienne et sarde combinées.
ITALIE. 9
C'est après ces immortelles journées que Bonaparte
parle ainsi à son armée :
SOLDATS !
Vous avez, en quinze jours, remporté six vic-
toires; pris vingt-et-un drapeaux, cinquante
pièces de canon, plusieurs places fortes, et con-
quis la plus riche partie du Piémont. Vous avez
fait quinze mille prisonniers, tué ou blessé plus
de dix mille hommes.
Vous vous étiez jusqu'ici battus pour des ro-
chers stériles illustrés par votre courage, mais
inutiles à la patrie. Vous égalez aujourd'hui par
vos services l'armée conquérante de la Hollande
et du Rhin.
Dénués de tout, vous avez suppléé à tout.
Vous avez gagné des batailles sans canon ;
passé des rivières sans pont; fait des marches
forcées sans souliers ; bivouaqué sans eau-de-vie
et souvent sans pain.
Les phalanges républicaines, les soldats de la
liberté, étaient seuls capables de souffrir ce que
vous avez souffert.
Graces vous en soient rendues, soldats !
La patrie reconnaissante vous devra en partie
sa prospérité ; et si, vainqueurs de Toulon, vous
présageâtes l'immortelle campagne de 1793, vos
10 ITALIE.
victoires actuelles en présagent une plus glo-
rieuse encore.
Les deux armées qui naguères vous attaquaient
avec audace, fuient épouvantées devant vous.
Les hommes pervers qui riaient de votre mi-
sère, et se réjouissaient, dans leurs pensées, des
triomphes de nos ennemis, sont confondus et
tremblans.
Mais, soldats! il ne faut pas vous le dissimuler,
vous n'avez rien fait, puisqu'il vous reste en-
core à faire. Ni Turin, ni Milan ne sont à vous..
Les cendres des vainqueurs de Tarquin sont en-
core foulées par les assassins de Basseville 1.
Vous étiez dénués de tout au commencement
de la campagne, vous êtes aujourd'hui abon-
damment pourvus. Les magasins pris à vos en-
nemis sont nombreux; l'artillerie de siége et de
campagne est arrivée.
Soldats ! la patrie a droit d'attendre de vous
de grandes choses. Justifierez-vous son attente?
Les plus grands obstacles sont franchis sans
doute, mais vous avez encore des combats à
livrer, des villes à prendre, des rivières à passer.
1 Basseville, ministre de France à la cour de Rome, ayant,
d'après l'ordre qu'il en avait reçu de son gouvernement, mis à
son hôtel le drapeau tricolore et pris la cocarde républicaine,
avait été assassiné par la populace de Borne, et le feu avait été mis.
à l'hôtel consulaire.
ITALIE. 11
En est-il entre nous dont le courage s'amol-
lisse? En est-il qui préféreraient retourner sur
les sommets de l'Apennin ou des Alpes, essuyer
patiemment les injures de cette soldatesque es-
clave? Won; il n'en est pas parmi les vainqueurs
de Montenotte , de Millésimo, de Dégo, de
Mondovi. Tous brûlent de porter au loin la gloire
du peuple français ! Tous veulent humilier ces
rois orgueilleux, qui osaient méditer de nous
donner des fers ! Tous veulent dicter une paix
glorieuse et qui indemnise la patrie des sacri-
fices immenses qu'elle a faits.
Amis!
Je vous la promets cette conquête; mais il est
une condition qu'il faut que vous juriez de rem-
plir , c'est de respecter les peuples que vous dé-
livrez; c'est de réprimer les pillages horribles
auxquels se portent des scélérats suscités par vos
ennemis. Sans cela vous ne seriez point les li-
bérateurs des peuples, vous en seriez les fléaux.
Vous ne seriez pas l'honneur du peuple français;
il vous désavouerait. Vos victoires, votre cou-
rage, vos succès, le sang de nos frères morts
aux combats, tout serait perdu, même l'honneur
et la gloire. Quant à moi et aux généraux, qui
ont votre confiance, nous rougirions de com-
mander à une armée sans discipline, sans frein,
qui ne connaîtrait de loi que la force. Mais,
42 ITALIE.
investi de l'autorité nationale ; fort de la justice
et par la loi, je saurai faire respecter à ce petit
nombre d'hommes sans courage, sans coeur, les
lois de l'humanité et de l'honneur, qu'ils fou-
lent aux pieds. Je ne souffrirai pas que des bri-
gands souillent vos lauriers ; je ferai exécuter à
la rigueur le réglement que j'ai fait mettre à
l'ordre. Les pillards seront impitoyablement fu-
sillés; déjà plusieurs l'ont été. J'ai eu lieu de
remarquer avec plaisir l'empressement avec le-
quel les bons soldats de l'armée se sont portés à
faire exécuter les ordres.
Peuples d'Italie ! l'armée française vient rom-
pre vos chaînes : le peuple français est l'ami de
tous les peuples ; venez avec confiance au-devant
d'elle. Vos propriétés, votre religion et vos usa-
ges seront respectés. Nous faisons la guerre en
ennemis généreux, et nous n'en voulons qu'aux
tyrans qui vous asservissent.
Buonaparte, général en chef de l'armée
d'Italie , à ses frères d'armes.
Au quartier général de Milan , le 1er prairial an IV
(20 mai 1796).
Après la bataille de Mondovi, la Sardaigne se
voit forcée de demander la paix et se retire de la
ITALIE. 13
coalition. Les forteresses de Coni, d'Alexandrie,
de Ceva et de Tortone sont occupées par les trou-
pes françaises. — Beaulieu a évacué le Piémont et
s'est jeté dans le Milanais. Bonaparte se met à sa
poursuite. — Le 18 floréal (7 mai), il passa le Pô
sous Plaisance. — Le même jour, le duc de Parme
et de Plaisance obtint une suspension d'armes à de
dures conditions. Quelques jours après, le duc de
Modène en obtient une semblable aux mêmes condi-
tions à-peu-près. — Le 19 (8 mai ), défaite des Au-
trichiens à Fombio. — Le 21 (10 mai), la brillante
victoire du pont de Lodi. — Le surlendemain, en-
trée de Bonaparte à Milan, au milieu des acclama-
tions de tout le peuple paré de couleurs nationales.
Avant de se remettre à la poursuite de Beaulieu,
il adresse à l'armée cette proclamation :
SOLDATS !
Vous vous êtes précipités comme un torrent
du haut de l'Apennin ; vous avez culbuté, dis-
persé tout ce qui s'opposait à votre marche.
Le Piémont, délivré de la tyrannie autri-
chienne , s'est livré à ses sentimens naturels de
paix et d'amitié pour la France.
Milan est à vous, et le pavillon républicain
flotte dans toute la Lombardie.
Les ducs de Parme et de Modène ne doivent
leur existence politique qu'à votre générosité.
L'armée qui vous menaçait avec orgueil ne
14 ITALIE.
trouve plus de barrière qui la rassure contre
votre courage: le Pô, le Tésin, l'Adda, n'ont
pu vous arrêter un seul jour; ces boulevards tant
vantés de l'Italie ont été insuffisans; vous les avez
franchis aussi rapidement que l'Apennin.
Tant de succès ont porté la joie dans le sein
dé la patrie. Vos représentans ont ordonné une
fête dédiée à vos victoires , célébrées dans toutes
les communes de la République. Là, vos pères,
vos mères, vos épouses , vos soeurs, vos amantes,
se réjouissent de vos succès, et se vantent avec
orgueil de vous appartenir.
Oui, soldats, vous avez beaucoup fait!....,
mais ne vous reste-t-il donc plus rien à faire?...
Dira-t-on de nous que nous avons su vaincre,
mais que nous n'avons pas su profiter de la vic-
toire? La postérité vous reprochera-t-elle d'avoir
trouvé Capoue dans la Lombardie 1 ?
1 Après la célèbre bataille de Cannes, où les Romains furent
taillés en pièces par les Carthaginois et perdirent plus de quatre-
vingt mille hommes, Annibal refusant de suivre le conseil que
lui donnait Adherbal, un de ses lieuteuans, de marcher droit à
Rome, lui promettant que dans cinq jours il souperait au Ca-
pitule, celui-ci répondit: Tu sais vaincre, Annibal, mais tu
ne sais pas profiter de la victoire. — L'armée d'Annibal, au lieu
de marcher sur la capitale de l'empire romain, passa ses quartiers
d'hiver à Capoue, dans la Campanie, sous le ciel le plus volup-
tueux de l'Italie : elle s'y amollit, et de ce jour perdit et ne re-
couvra plus son ancienne énergie et son courage. C'est à ces deux
faits que Bonaparte fait allusion dans sa proclamation.
ITALIE. 45
Mais je vous vois déjà courir aux armes.... Eh
bien ! parlons ! Nous avons encore des marches
forcées à faire, des ennemis à soumettre, des
lauriers à cueillir, des injures à venger. Que ceux
qui ont aiguisé les poignards de la guerre civile
en France, qui ont lâchement assassiné nos mi-
nistres, incendié nos vaisseaux à Toulon, trem-
blent ! l'heure de la vengeance a sonné !
Mais que les peuples soient sans inquiétude ;
nous sommes amis de tous les peuples, et plus
particulièrement des descendans des Brutus, des
Scipion, et des grands hommes que nous avons
pris pour modèles.
Rétablir le Capitule, y placer avec honneur
les statues des héros qui le rendirent célèbre , ré-
veiller le peuple romain engourdi par plusieurs
siècles d'esclavage : tel sera le fruit de vos vic-
toires.
Soldats ! elles feront époque dans la postérité ;
vous aurez la gloire immortelle de changer la
face de la plus belle partie de l'Europe.
Le peuple français, libre, respecté du monde
entier, donnera à l'Europe une paix glorieuse,
qui l'indemnisera des sacrifices de toute espèce
qu'elle a faits depuis six ans. Vous rentrerez alors
dans vos foyers, et vos concitoyens diront en vous
montrant : Il était de l'armée d'Italie.
16 ITALIE.
Buonaparte, général en chef de l'armée
d'Italie, aux Milanais.
Au quartier-général de Milan, le 6 prairial an VI
( 25 mai 1796).
Bonaparte avait quitté Milan au milieu des accla-
mations générales : trois heures après, le tocsin son-
nait , et toute la Lombardie était en insurrection :
c'était l'ouvrage des prêtres et des nobles. — Bona-
parte apprend à Lodi ce qui se passe à Milan : il re-
brousse chemin avec trois cents chevaux et un ba-
taillon de grenadiers. Sa présence inattendue ramène
l'ordre à Milan. — De là il marche sur Pavie, foyer
de l'insurrection, où il arrive après avoir livré aux
flammes le village de Binasco où des Français avaient
été massacrés : les portes de la ville sont enfoncées :
les membres de la municipalité sont fusillés; la ville
est durant quelques heures livrée au pillage. Cette le-
çon répand l'effroi parmi les Italiens, et la rébellion
est éteinte. Bonaparte, dans ces circonstances, fait
afficher dans tout le Milanais ces proclamations :
Une multitude égarée, sans moyens réels de
résistance, se porte aux derniers excès dans plu-
sieurs communes, méconnaît la République, et
brave l'armée triomphante de plusieurs rois. Ce
délire inconcevable est digne de pitié : l'on égare
ITALIE. 17
ce pauvre peuple pour le conduire à sa perte. Le
général en chef, fidèle aux principes qu'a adoptés
la nation française , qui ne fait pas la guerre aux
peuples, veut bien laisser une porte ouverte au
repentir ; mais ceux qui, sous vingt-quatre heures,
n'auront pas posé les armes, n'auront pas prêté
de nouveau serment d'obéissance à la République,
seront traités comme rebelles : leurs villages se-
ront brûlés. Que l'exemple terrible de Binasco
leur fasse ouvrir les yeux! Leur sort sera celui de
toutes les villes et villages qui s'obstineront à la
révolte.
Le 8 prairial (27 mai).
Aux PEUPLES DU MILANAIS.
Les nobles, les prêtres, les agens de l'Autriche,
égarent les peuples de ces belles contrées. L'ar-
mée française, aussi généreuse que forte, traitera
avec fraternité les habitans paisibles et tran-
quilles ; elle sera terrible, comme le feu du ciel,
pour les rebelles et les villages qui les protége-
ront.
ART. 1er. En conséquence, le général en chef
déclare rebelles tous les villages qui ne se sont
pas conformés à son ordre du 6 prairial. Les gé-
2
18 ITALIE.
néraux feront marcher contre les villages le
forces nécessaires pour les réprimer, y mettre le
feu, et faire fusiller tous ceux qu'ils trouveraien
les armes à la main. Tous les prêtres, tous le
nobles qui seraient restés dans les communes re
belles, seront arrêtés comme otages, et envoyé
en France.
a. Tous les villages où l'on sonnera le tocsii
seront sur-le-champ brûlés. Les généraux son
responsables de l'exécution dudit ordre.
3. Les villages sur le territoire desquels serai
commis l'assassinat d'un Français seront taxé
à une amende du tiers de la contribution qu'il
paient à l'archiduc dans une année, à moin
qu'ils ne déclarent l'assassin, et qu'ils ne l'arrê
tent et le remettent entre les mains de l'armée
4. Tout homme trouvé avec un fusil et de
munitions de guerre sera fusillé de suite pa
l'ordre du général commandant l'arrondisse
ment;
5. Toute campagne où il sera trouvé des ar
mes cachées sera condamnée à payer le tiers di
revenu qu'elle rend, en forme d'amende. Tout
maison où il sera trouvé un fusil sera brûlée,
ITALIE. 19
moins que le propriétaire ne déclare à qui il ap-
partient.
6. Tous les nobles ou riches qui seraient con-
vaincus d'avoir excité le peuple à la révolte, soit
en congédiant leurs domestiques, soit par des
propos contre les Français, seront arrêtés comme
otages, transférés en France, et la moitié de
leurs biens confisquée.
Buonaparte, général en chef de l'armée d'Italie,
à la République de Venise.
A Bresciâ, le 10 prairial an IV ( 29 mai 1796).
Beaulieu fuyait devant l'armée française. Pour l'at-
teindre , il était nécessaire de passer sur le territoire
de Venise. Bonaparte fait afficher dans Brescia, où il
avait porté son quartier-général, cette proclamation :
C'est pour délivrer la plus belle contrée de
l'Europe du joug de fer de l'orgueilleuse maison
d'Autriche que l'armée française a bravé les
obstacles les plus difficiles à surmonter.
La victoire, d'accord avec la justice, a cou-
20 ITALIE.
ronné ses efforts. Les débris de l'armée ennemie
se sont retirés au-delà du Mincio. L'armée fran-
çaise passe, pour les poursuivre, sur le territoire
de la république de Venise, mais elle n'oubliera
pas qu'une longue amitié unit les deux répu-
bliques.
La religion, le gouvernement, les usages, les
propriétés, seront respectés. Que les peuple
soient sans inquiétude : la plus sévère disciplin
sera maintenue ; tout ce qui sera fourni à l'ar
mée sera exactement payé en argent.
Le général en chef engage les officiers de la
république de Venise, les magistrats et les prê-
tres, à faire connaître ces sentimens au peuple,
afin que la confiance cimente l'amitié qui, de-
puis long-temps, unit les deux nations.
Fidèle dans le chemin de l'honneur comme
dans celui de la victoire, le soldat français n'est
terrible que pour les ennemis de sa liberté et de
son gouvernement.
ITALIE 21
Buonapart, général en chef de l'armée d'Italie,
aux habitans des fiefs impériaux.
Au quartier-général de Tortonne, le 26 prairial an IV
(14 juin 1796).
Beaulieu s'était retiré derrière le Mincio. Bonaparte
marche à sa poursuite. — Le 11 prairial ( 30 mai ),
victoire de Borghetto, passage du Mincio. Prise de
Peschiera. — Le 15 prairial (3 juin), occupation de
Vérone. — Le 16 prairial (4 juin) » investissement
de Mantoue où Beaulieu venait de se jeter avec les
débris de son armée.
Cependant, profitant de l'éloignement de l'armée
française, les fiefs impériaux s'étaient mis en pleine
insurrection. Bonaparte apprend ces nouvelles, re-
brousse chemin avec quelques troupes, établit son
quartier-général à Tortonne, châtie les révoltés et les
fait rentrer dans le devoir. Là il avait fait afficher
cette proclamation :
Les habitans des fiefs impériaux, à l'instiga-
tion de plusieurs de leurs seigneurs et des agens
de l'empereur à Gênes, ont violé le serment d'o-
béissance qu'ils avaient prêté à la République
française; ils ont assassiné plusieurs détachemens
22 ITALIE.
français, et ont assiégé dans Arquata les troupes
qui y étaient. Il n'est point de crimes dont ils
ne se soient rendus coupables; il n'est point
d'horreurs qu'ils n'aient commises. Les insensés!
ils comptaient sur l'impunité ! ils croyaient l'ar-
mée éloignée ; ils ne savaient pas que les pha-
langes de l'armée d'Italie sont partout où il y a
des ennemis de la République à punir. Ils ne sa-
vent pas encore, leurs instigateurs, qu'il n'est
point de. refuge qui puisse les soustraire au cour-
roux du peuple français. Qu'ils apprennent par
le spectacle terrible d'Arquata le sort qui les at-
tend s'ils ne changent pas de conduite, et s'ils
ne profitent de la porte que la clémence natio-
nale laisse encore ouverte au repentir.
En conséquence, le général en chef ordonne :
ART. 1er. Toutes les communes des fiefs im-
périaux en Italie enverront sur-le-champ trois
députés au quartier-général à Tortonne, avec
les procès - verbaux de la prestation de serment
d'obéissance qu'elles font à la République fran-
çaise , et les armes qui existent dans leurs com-
munes.
2. Toutes les communes enverront deux otages
pour être garans de leur fidélité.
3. Tous les seigneurs possédant fiefs impé-
ITALIE. 23
riaux seront tenus de se rendre en personne à
Tortonne pour prêter le serment d'obéissance à
la République, et si, cinq jours après la publi-
cation du présent ordre, ils ne l'ont pas fait,
leurs biens seront confisqués.
4. Vingt-quatre heures après la publication du
présent ordre, les communes porteront à l'agent
militaire, à Tortonne, le montant de la contri-
bution militaire, qui sera augmentée d'un dixième
par journée de retard qu'elles mettront dans le
paiement.
5. Ceux qui, quarante-huit heures après la
publication du présent ordre, seront trouvés avec
des armes ou munitions, seront fusillés.
6. Toutes les cloches qui ont servi à sonner le
tocsin seront descendues du clocher et brisées
vingt-quatre heures après le reçu du présent or-
dre ; ceux qui ne l'auront pas fait seront réputés
rebelles, et il sera mis le feu à leurs villages.
Les municipalités et les curés sont responsa-
bles de l'exécution du présent article.
24 ITALIE.
Buonaparte, général en chef de l'armée
d'Italie, aux habitans, du Tyrol.
Au quartier-général de Tortonne, le 26 prairial an IV
(14 juin 17963.
Pendant que Mantoue était investie, il était néces-
saire que les débouchés du Tyrol fussent gardés.
Avant que l'armée française mît le pied sur le terri-
toire tyrolien , Bonaparte adressa à ses habitans celte
proclamation :
BRAVES TYROLIENS!
Je vais passer sur votre territoire pour obliger
la cour de Vienne à une paix nécessaire à l'Eu-
rope comme à ses sujets. C'est votre propre cause
que je vais défendre. Depuis assez long-temps
vous êtes vexés et fatigués des horreurs d'une
guerre entreprise, non pour l'intérêt du peuple
allemand, mais pour les passions d'une seule fa-
mille.
L'armée française respecte et aime tous les
peuples, mais plus particulièrement les habitans
ITALIE 28
simples et vertueux des montagnes. Votre reli-
gion, vos usages, seront partout respectés. Nos
troupes maintiendront une discipline sévère, et
rien ne sera pris dans le pays sans qu'il soit payé
en numéraire.
Vous nous recevrez avec hospitalité, et nous
vous traiterons avec fraternité et amitié.
Mais s'il en était qui connussent assez peu
leurs véritables intérêts pour prendre les armes
et nous traiter en ennemis, nous serons terribles
comme le feu du ciel, nous brûlerons les mai-
sons et dévasterons le territoire des villages qui
prendront part à une guerre qui leur est étran-
gère.
Ne vous laissez pas induire en erreur par les
agens de l'Autriche. Garantissez votre patrie,
déjà vexée par cinq ans de guerre, des malheurs
qui l'affligeraient. Sous peu, la cour de Vienne,
obligée à la paix, rendra aux peuples leurs pri-
vilèges qu'elle a usurpés, et à l'Europe la tran-
quillité qu'elle trouble.
36 ITALIE.
Buonaparte, général en chef de l'armée d'Italie,
aux habitans du Tyrol,
Au quartier-général de Brescia, le 19 fructidor an IV
(5 septembre 1796.)
Après avoir châtié les fiefs impériaux, Bonaparte
s'occupe de châtier à son tour le Pape qui ne cessait
de soulever, par ses intrigues, les populations de l'I-
talie centrale. En quelques jours Bologne, Ferrare,
Reggio et le fort Urbin sont au pouvoir de l'armée
française, et le Pape est forcé de demander et de si-
gner à Foligno, le 6 messidor ( 24 juin ), à des con-
ditions fort dures, un armistice qui devient la base du
traité de Tolentino, conclu plus tard. — De là, Bo-
naparte se rend à Livourne, d'où les Anglais qui en
occupaient le port sont chassés. - Il passe ensuite
quelques jours à Florence ; y apprend la capitulation
de la citadelle de Milan. — Après avoir pacifié l'in-
térieur de l'Italie, il songe à presser le siége de Man-
toue.—Le 30 messidor (18 juillet), la tranchée est ou-
verte. — Le 12 thermidor (30 juillet), la ville réduite
aux abois est sur le point de se rendre, quand Bona-
parte apprend qu'une seconde armée autrichienne,
forte de soixante mille hommes a débouché par le
Tyrol, sous les ordres de Wurmser. Sur-le-champ
son parti est pris ; il fait enclouer toute l'artillerie de
ITALIE. 27
siége, la laisse dans les tranchées, lève le siège et
court au-devant de Wurmser.—Le 13 thermidor (31
juillet), première victoire de Lonato—Le 14 thermi-
dor ( 1er août ), commencement de cette suite de vic-
toires que les soldats ont appelée la campagne des
cinq jours. — Le 14 thermidor (1er août), première
victoire de Brescia; le 16 (3 août), deuxième vic-
toire de Brescia ; deuxième victoire de Lonato ; pre-
mière victoire de Castiglione ; le 17 (4 août), victoire
de Gavardo. Bonaparte n'ayant que douze cents
hommes avec lui, à Lonato, ordonne à quatre mille
Autrichiens de mettre bas les armes, et ils obéissent.
—Le 18 (5 août), grande bataille et deuxième victoire
de Castiglione. — Le 19 (6 août), poursuite de
Wurmser, victoire de Peschiera. — Le 20 (7 août),
reprise du siége de Mantoue, converti en blocus, à
cause de la perle de l'artillerie de siége laissée dans
les tranchées et que les assiégés avaient entrée dans
la place. — Wurmser, après avoir refait son armée
dans le Tyrol où il s'était retiré, marchait sur Man-
toue pour en faire lever le blocus. Bonaparte court à
sa rencontre. — Le 17 fructidor ( 3 septembre), vic-
toire de Serravalle. — Le 18 ( 4 septembre), victoire
de Roveredo. C'est dans ces circonstances que Bona-
parte adresse aux Tyroliens cette proclamation :
HABITANS DU TYROL !
Vous sollicitez la protection de l'armée fran-
çaise , il faut vous en rendre dignes. Puisque la
28 ITALIE.
majorité d'entre vous est bien intentionnée, crai-
gnez ce petit nombre d'hommes opiniâtres à se
soumettre. Leur conduite insensée tend à attirer
sur leur patrie les fureurs de la guerre.
La supériorité des armes françaises est aujour-
d'hui constatée. Les ministres de l'Empereur,
achetés par l'or de l'Angleterre, le trahissent ; ce
malheureux prince ne fait pas un pas qui ne soit
une faute.
Vous voulez la paix ! les Français combattent
pour elle. Nous ne passons sur votre territoire
que pour obliger la cour de Vienne à se rendre
au voeu de l'Europe désolée, et d'entendre les
cris de ses peuples !
Nous ne venons pas ici pour nous agrandir :
la nature a tracé nos limites au Rhin et aux Al-
pes, de même qu'elle a posé au Tyrol les limites
de la maison d'Autriche.
Tyroliens ! quelle qu'ait été votre conduite
passée, rentrez dans vos foyers ; quittez des dra-
peaux tant de fois battus et impuissans pour vous
défendre. Ce n'est pas quelques ennemis de plus
que peuvent redouter les vainqueurs des Alpes et
d'Italie, mais c'est quelques victimes de moins
que la générosité de ma nation m'ordonne de
chercher à épargner.
Nous nous sommes rendus redoutables dans
ITALIE. 29
les combats, mais nous sommes les amis de ceux
qui nous reçoivent avec hospitalité.....
Paroles de Buonaparte aux 39e et 85e
Le 22 brumaire an V (12 novembre 1796 ).
Le 9 fructidor (15 septembre), prise de Trente. —
Le 21 (7 septembre), victoires de Primolano et de
Covelo.—Le 22 (8 septembre), victoire de Bassano.
— Le 25 (11 septembre), victoire de Cerea. — Le
26 (12 septembre), victoire de Castellaro. — Le 27
(13 septembre), Wurmser, battu de toutes parts, se
réfugie dans Mantoue. — Le 28 (14 septembre), vic-
toire de Due-Castelli. — Le 29 (15 septembre), ba-
taille et victoire de Saint-Georges. — Le cinquième
jour complémentaire de l'an IV (21 septembre), vic-
toire de Governolo, création des républiques trans-
padane et cispadane. — Le 29 vendémiaire an V ( 21
octobre 1796, prise de la Corse sur les Anglais.
Trois armées autrichiennes avaient déjà été anéan-
ties, celle de Beaulieu, les deux de Wurmser; une troi-
sième se forma, et forte de cinquante-cinq mille hom-
mes, marchait sur Mantoue, sous la conduite d'Alvinzi,
pour délivrer Wurmser. —Le 15 brumaire an V (6 no-
30 ITALIE.
vembre 1796 ), victoire de la Brenta. Vaudois, moins
heureux, abandonne Trente qu'il était chargé de dé-
fendre.
Quand sa division eut rejoint le gros de l'armée,
Bonaparte, la passant en revue, dit aux soldats d'un
ton sévère :
SOLDATS !
Je ne suis point content de vous : vous n'avez
marqué ni discipline, ni constance, ni bravoure;
vous avez cédé au premier échec. Aucune posi-
tion n'a pu vous rallier. Il en était dans votre re-
traite qui étaient inexpugnables.
Soldats du 39e et du 85e, vous n'êtes pas des
soldats français. Que l'on me donne ces dra-
peaux, et que l'on écrive dessus : Ils ne sont plus
de l'armée d'Italie 1.
« Ces paroles prononcées, « un morue silence régnait dans
tous les rangs; la consternation était peinte sur toutes les fi-
gures. Des sanglots se font entendre ; de grosses larmes cou-
lent de tous les yeux, et l'on voit ces vieux soldats, dans leur
émotion, déranger leurs armes pour essuyer leurs pleurs. Le
général en chef fut obligé de leur adresser quelques paroles de
consolation. Général, lui criaient-ils, mets-nous à l'avant-garde,
et tu verras si nous sommes de l'armée d'Italie !!!... Ils y fu-
rent mis et s'y couvrirent de gloire. »
(Dictée de Napoléon à Sainte-Hélène. Mémorial.)
ITALIE. 31
Buonaparte répondant aux murmures des
soldats.
Vers le 21 brumaire an V ( 12 novembre 1796).
Chaque victoire que remportait l'armée française la
décimait. L'ennemi, au contraire, après chaque dé-
faite , semblait revenir plus nombreux que jamais. Le
soldat ne prévoyait point de fin à cette guerre, et
dans son découragement et sa mauvaise humeur, il
disait : « Si nous sommes vaincus, nous regagne-
rons les Alpes en fuyards et sans honneur. Si au
contraire nous sommes vainqueurs, à quoi aboutira
cette nouvelle victoire ? On nous opposera une autre
armée semblable à celle d'Alvinzi, comme Alvinzi
lui-même a succédé à Wurmser; et dans cette lutte
constamment inégale, il faudra bien que nous fi-
nissions par être écrasés, puisqu'on ne nous envoie
aucun secours. »
Bonaparte répondait :
Nous n'avons plus qu'un effort à faire, et l'I-
talie est à nous. Alvinzi est, sans doute, plus
nombreux que nous ; mais la moitié de ses troupes
sont de véritables recrues, et lui battu, Mantoue
succombe; nous demeurons maîtres de l'Italie,
32 ITALIE.
nous voyons finir nos travaux, car non seule-
ment l'Italie, mais encore la paix générale, sont
dans Mantoue. Vous voulez aller sur les Alpes,
vous n'en êtes plus capables. De la vie dure et
fatigante de ces stériles rochers vous avez bien pu
venir conquérir les délices de la Lombardie;
mais des bivouacs rians et fleuris de l'Italie vous
ne vous élèveriez pas aux rigueurs de ces âpres
sommets, vous ne supporteriez plus long-temps
sans murmurer les neiges et les glaces des Alpes...
Que ceux qui ne veulent plus se battre, qui sont
assez riches, ne me parlent plus de l'avenir !
Battez Alvinzi, et je vous réponds du reste! !!..1
Le général en chef de l'armée d'Italie aux
habitans des Etats du Pape.
Au quartier-général de Bologne, le 12 pluviôse an V
(31 janvier 1797).
Le 26 brumaire (15 novembre), première journée
d'Arcole.
Le 27 (16 novembre), combat de la Corona,
deuxième journée d'Arcole.
1 Dictée de Napoléon à Sainte-Hélène. Mémorial.
ITALIE. 33
Le 28 (17 novembre), victoire de la Campana;
troisième journée et victoire d'Arcole.
Le 2 frimaire (21 novembre), victoire de la Dolce.
Le lendemain, retraite d'Alvinzi.
Le 21 nivôse ( 10 janvier 1797), reprise des hos-
tilités, combat de Saint-Michel et de Montebaldo.
Le 24 (13 janvier), victoire d'Anguiari.
Le 25 (14 janvier), bataille et victoire de Rivoli.
Le 26 (15 janvier), victoire de Saint-George, de-
vant Mantoue.
Le 27 (16 janvier), victoire de la Favorite.
Le 7 pluviôse (26 janvier), victoire de Carpenedolo.
Le 8 (27 janvier), victoire d'Avio.
Le 9 (28 janvier), victoire de Torbole, prise de
Trente.
Le 10 (29 janvier), victoire de Lavis.
Pendant que l'armée française était aux prises avec
Alvinzi, la cour de Rome avait rompu l'armistice qui
lui avait été accordé. Bonaparte fit marcher sur
Rome une division de l'armée en la faisant précéder
de cette proclamation :
L'armée française va entrer sur le territoire
du Pape ; elle sera fidèle aux maximes qu'elle
professe; elle protégera la religion et le peuple.
Le soldat français porte d'une main la baïon-
nette , sûr garant de la victoire ; offre de l'autre,
aux différentes villes et villages, paix, protection
3
34 ITALIE.
et sûreté..... Malheur à ceux qui la dédaigne-
raient , et qui, de gaîté de coeur, séduits par des
hommes profondément hypocrites et scélérats,
attireraient dans leurs maisons la guerre et ses
horreurs et la vengeance d'une armée qui a, dans
six mois, fait cent mille prisonniers des meil-
leures troupes de l'Empereur, pris quatre cents
pièces de canon, cent dix drapeaux et détruit
cinq armées.
ART. 1er. Tout village ou ville où, à l'approche
de l'armée française , on sonnera le tocsin, sera
sur-le-champ brûlé et les municipaux fusillés.
2. La commune sur le territoire de laquelle
sera assassiné un Français, sera sur-le-champ
déclarée en état de guerre ; une colonne mobile
y sera envoyée ; il y sera pris des Otages, et il y
sera levé une contribution extraordinaire.
3. Tous les prêtres, religieux et ministres
de la religion, sous quelque nom que ce soit,
seront protégés et maintenus dans leur état ac-
tuel, s'ils se conduisent selon les principes, de
l'évangile ; et s'ils sont les premiers à les trans-
gresser, ils seront traités militairement et plus
sévèrement que les autres citoyens.
ITALIE. 35
Le général en chef de l'armée d'Italie à ses
frères d'armes.
Au quartier-général de Bassano, le 19 ventôse an V
(9 mars 1797).
Le 14 pluviôse ( 2 février), capitulation de Wurm-
ser et reddition de Mantoue.
Du 3 février au 19, une partie de l'armée française
est occupée à châtier le Pape qui est contraint de si-
gner la paix à Tolentino , et l'autre prend quelques
instans de repos dans ses anciennes positions.
« Le 9 mars, le tambour rappelle les soldats aux
feux des bivouacs : c'est pour entendre une proclama-
tion de leur général en chef. Bonaparte vient entre-
tenir son armée des triomphes qu'elle a obtenus en
Italie, et lui annoncer ses desseins sur l'Allemagne. 1 »
SOLDATS!
La prise de Mantoue vient de finir une cam-
pagne qui vous a donné des titres éternels à la
reconnaissance de la patrie.
1 A. Hugo.
36 ITALIE.
Vous avez remporté la victoire dans quatorze
batailles rangées et soixante-dix combats ; vous
avez fait plus de cent mille prisonniers, pris à
l'ennemi cinq cents pièces de canons de cam-
pagne , deux mille de gros calibre, quatre équi-
pages de pont.
Les contributions mises sur les pays que vous
avez conquis, ont nourri, entretenu, soldé l'ar-
mée pendant toute la campagne ; vous avez en
outre envoyé trente millions au ministère des
finances pour le soulagement du trésor public.
Vous avez enrichi le muséum de Paris de plus
de trois cents objets, chefs-d'oeuvre de l'ancienne
et nouvelle Italie, et qu'il a fallu trente siècles
pour produire.
Vous avez conquis à la République les plus
belles contrées de l'Europe. Les républiques
transpadane et cispadane vous doivent leur li-
berté ; les couleurs françaises flottent pour la
première fois sur les bords de l'Adriatique en
face et à vingt-quatre heures de navigation de
l'ancienne Macédoine, d'où Alexandre s'élança
sur l'Orient; les rois de Sardaigne, de Naples,
le Pape, le duc de Parme, se sont détachés de
la coalisation de nos ennemis, et ont brigué
notre amitié; vous avez chassé les Anglais de
Livourne, de Gênes, de la Corse.
Mais vous n'avez pas encore tout achevé ; une
ITALIE. 37
grande destinée vous est réservée ; c'est en vous
que la patrie met ses plus chères espérances;
vous continuerez à en être dignes.
De tant d'ennemis qui se coalisèrent pour
étouffer la République à sa naissance, l'Empereur
seul reste devant vous ; se dégradant lui-même
du rang d'une grande puissance, ce prince s'est
mis à la solde des marchands de Londres ; il n'a
plus de volonté, de politique que celles de ces
insulaires perfides qui, étrangers aux malheurs
de la guerre, sourient avec plaisir aux maux
du continent.
Le Directoire exécutif n'a rien épargné pour
donner la paix à l'Europe; la modération de
ses propositions ne se ressentait pas de la force
de ses armées ; il n'avait pas consulté votre cou-
rage , mais l'humanité et l'envie de vous faire
rentrer dans vos familles. Il n'a pas été écouté
à Vienne : il n'est donc plus d'espérance pour
la paix, qu'en allant la chercher dans le coeur
des Etats héréditaires de la maison d'Autriche.
Vous y trouverez un brave peuple accablé par
la guerre qu'il a eue contre les Turcs, et par la
guerre actuelle. Les habitans de Vienne et des
Etats gémissent sur l'aveuglement et l'arbitraire
de leur gouvernement : il n'en est pas un qui ne
soit convaincu que l'or de l'Angleterre a cor-
rompu les ministres de l'Empereur. Vous res-