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Profession de foi d'un ami de Louis-le-Désiré, ou Réponse à la lettre d'un Français au Roi , par J.-B. Constantin.

De
33 pages
Vanackere (). 1815. 33 p. ; in-8.
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PROFESSION DE FOI
D' UN AMI
DE LOUIS-LE-DÉSIRÉ,
OU
RÉPONSE A LA LETTRE
D'UN
FRANÇAIS AU ROI.
PROFESSION DE FOI
D'UN AMI
DE LOUIS LE DÉSIRÉ,
OU
REPONSE A LA LETTRE
D'UN
FRANÇAIS AU ROI,
PAR J.-B. CONSTANTIN,
Avocat à la Cour royale de Douai, demeurant à Lille.
Opinionum commenta delet dies.
Cicero de naturâ deorum. lib. I.
PARIS,
DELAUNAY, Libraire, Palais Royal.
LE NORMANT, Imprimeur-Libraire, rue de Seine.
LILLE,
VANACKERE Libraire-Éditeur, Grande place.
RÉPONSE
A LA LETTRE
D'UN FRANÇAIS AU ROI.
DEPUIS que la révolution a exalté les têtes et tourné les esprits
vers la politique, il n'est pas un chétif écolier à peine sorti du
collège, qui ne se croie un Platon, un Hobbes, un Montes-
quieu ; armé du contrat social de J.-J. Rousseau, dont ils ont
parcouru quelques chapitres, sans y rien comprendre, tons se
donnent les airs de régenter les Rois, de déchirer les anciennes
institutions, et de bâtir sur leurs débris de nouveaux systêmes
de gouvernement devant lesquels doit fléchir le génie des Solon
et des Lycurgue. Il paroit que la France devroit être revenue des
prestiges de tous ces charlatans ; l'expérience qu'elle a faite de
leurs plans merveilleux, devroit la mettre en garde contre les ridi-
cules essais que l'on soumet encore à sa crédulité. Mais hélas !
les leçons du passé sont rarement profitables ; nous ne savons
pas jouir du présent, et malgré notre pétulante activité , nous nous
élançons rarement vers l'avenir : en 1815 comme en 1793, les
droits de l'homme, les devoirs des Rois, la souveraineté du
peuple, la liberté et l'égalité, la destruction des préjugés, l'em-
pire des idées libérales sont des talismans que l'on offre encore
à nos esprits toujours avides d'un bonheur idéal. Des écrivains
mercenaires, ou emportés par la fougue d'une imagination déréglée ,
inondent le public des productions de leurs cerveaux délirans; peu
leur importe de charger notre horison politique de nuages gros
de tempêtes, peu leur importe de soulever toutes les passions,
d'armer tous les intérêts, et de maintenir la France dans l'abîme
(4)
des maux où ils l'ont replongée. Semblables au génie du mal, le
bouleversement de tout principe, l'anéantissement de tout ordre,
sont le but de leurs démarches et le fondement de leurs jouissances.
Plusieurs libellistes ne dissimuloient pas leurs intentions ; le Censeur
et le Nain jaune en particulier, sapoient. les bases du trône et
préparoient le retour de l'usurpateur; le premier employoit les
ressources d'une dialectique captieuse, d'une éloquence digne des
beaux-jours de l'anarchie; le second distilloit le venin du ridicule,
du persiflage sur nos institutions monarchiques, sur les véritables
amis du Roi : séduire, égarer et corrompre, tel étoit le résultat
qu'envisageoient dans un très prochain avenir, ces deux champions
de la démogagie,: dont plusieurs autres écrivains subalternes sui-
vaient les étendards. Le succès a couronné leurs efforts ; ils rient
en voyant, l'ange exterminateur déployer ses aîles affreuses sur
notre malheureuse patrie ; ils promettent bien de ne pas s'en tenir là,
et d'égorger le Souverain avec l'arme de sa propre indulgence :
déjà ils reprennent leur ancienne tactique ; singes du séditieux
Carnot, ils attaquent tout ce qu'il y a de bon, et préconisent
toutes les mesures qui pourroient le détruire.
Examinons donc un seul de ces misérables écrits ayant pour
titre : Lette d'un Français au Roi, qui se trouve dans le Morning-
Chronicle du 15 Septembre dernier; quoique le texte, tel que
nous l'allons rapporter, ne soit que la traduction d'une traduction,
cependant les langues françaises et anglaises ne différent pas de
manière à ce qu'on puisse craindre ici des contre-sens notables.
Tout ce que l'Auteur pourra regretter, sera la perte de son coloris ;
mais dans un ouvrage de pur raisonnement, les grâces du style,
le nombre des périodes et l'éclat des figures ne sont que des acces-
soires propres tout au plus à flatter l'oreille, mais dont l'esprit
fait volontiers le sacrifice.. Après ces observations préliminaires,
nous aborderons franchement la discussion des conseils, ou plutôt
l'examen des leçons que notre sublime Auteur veut bien donnée
au Roi de France.
LETTRE
D'UN FRANÇAIS AU ROI.
Texte. SIRE, les évènemens qui se sont passés pendant quinze
mois", sont sans, exemple, dans les annales de l'histoire. La France
deux fois envahie par les puissances de l'Europe.
Observations. Nous partageons à-peu-près l'opinion de
l'Auteur ; la plirase ouvre assez majestueusement son discours,
quoique si l'on vouloit vétiller, on trouverait peut-être, en
relisant l'histoire avec une certaine attention, qu'elle présente
plusieurs évènemens du même genre que ceux dont parle
l'Auteur.
Texte. Un homme sorti du sein de la révolution qui l'a élevé I
l'Empire, banni et rappelé par la Nation.
Observations. Tout ceci n'est pas textuellement vrai, ne
confondons ni les principes, ni les faits, ni les époques».
Buojiaparte est sorti du sein de l'a révolution, comme une
infinité d'hommes nouveaux qu'elle a comblés d'honneurs
et de richesses , parce qu'ils avoient suivi le torrent de cette*
révolution comme les reptiles suivent le cours des rivières ;
mais ce n'est point la révolution qui a élevé Buonaparte
à l'Empire : elle a pu être une des causes occasionnelles
de cette élévation, sans eu avoir été le mobile immédiat.
La révolution contenoit dans son principe tous les germes»
d'anarchie qui ne tardèrent pas à se développer : l'anarchie
(6)
devoit par une conséquence immédiate conduire au despo-
tisme qui ne pouvoit être qu'un despotisme militaire, en
raison des armées immenses dont l'organisation fut nécessitée
par la trop juste résistance des Etats de l'Europe à la pro-
pagation des doctrines révolutionnaires qui menaçoient de
bouleverser l'Univers. Tout autre général que Buonaparte ,
qui auroit joint un peu de politique à l'ascendant que la
bravoure exerce toujours sur les esprits, auroit pu de
même abuser de ses victoires, et étouffer sous ses lauriers,
la liberté d'un peuple plus accessible au sentiment qu'à la
réflexion : mais que l'on regarde Buonaparte comme l'enfant
chéri de la révolution, dans le berceau duquel cette aimable
fée eût caché un sceptre qu'elle devoit lui remettre un jour;
c'est une supposition absurde, ou la révolution n'auroit pas
toujours eu le caractère que lui ont donné ses plus ardens
sectateurs quand ils disoient : qu'elle ressemblait à Saturne
qui dêvoroit ses enfans. Que n'a-t-elle mangé Buonaparte
dans une de ses saturnales!
Buonaparte régnoit par suite des illusions fondées sur
ses victoires; aussitôt que l'armée reconnut qu'il n'étoit pas
invincible, elle l'abandonna; le charme disparut, le masque
tomba et' le héros s'évanouit : le grand homme pour qui
l'Univers n'étoit pas assez grand, alla bien tristement cacher
sa honte dans une petite île, et se livrer à des méditations
bien amères, si sa conscience s'y étoit rendue partie inter-
venante. Il est faux que Buonaparte ait été rappelé par
la Nation : son retour a été le résultat du plus odieux
complot, de la plus criminelle intrigue; c'est ce que personne
n'ignore. L'armée corrompue, consomma l'ouvrage, et tint
sous le joug le reste de la Nation dont le voeu n'étoit pas
équivoque; C'est gratuitement deshonorer Cette Nation, que
d'attribuer à sa volonté les effets d'une violence dont elle
étoit la première victime.
*7Ï.
Texte. Le successeur des Rois de France, remis après 20 an*
d'exil sur le trône de son grand-père, et le perdant peu après, pat
les erreurs de sa famille et l'incapacité de ses ministres.
Observations. Pourquoi remis sur le trône de son grand-
père et non sur celui de son frère? est-ce parce que vous
regardez comme légale la destruction de ce trône prononcée
par la convention nationale dans sa première orgie? si telle
est votre opinion, je pourrois en déduire de singulières con-
séquences; mais je ne veux pas vous presser avec trop de
rigueur. Les erreurs de sa famille! il seroit assez difficile
de les particulariser : la famille royale n'a jamais dévié des
Voies de justice et de douceur adoptées et constamment
suivies par son auguste chef. Je sais qu'on a fait un crime à
Monseigneur le duc de BERRY de s'être montré sévère à
l'égard de quelques officiers : il a dit-on, arraché la décora-
tion à l'un de ces officiers qui crioit en sa présence, vive-
l'Empereur, en ce cas, je trouve que son A. R. a eu tort,
mais c'est de ne pas avoir fait fusiller l'officier à la tête de
sa compagnie. Monseigneur le duc d'ANGOULEME a mérité
l'estime publique par sa belle conduite dans le midi; MADAME
s'est montrée la digne petite fille de Marie-Thérèse, son
héroïsme fera époque dans les annales de Bordeaux; MONSIEUR
a toute l'aménité de son grand-père,, toute la loyauté cheva-
leresque d'un Bourbon, Il me semble qu'il n'appartient qu'à
de stupides animaux, de ne pouvoir supporter l'éclat de la-
grandeur, quand il est tempéré par les charmes de la bien-
faisance. L'incapacité de ses, ministres! sans doute M. l'abbé
de Montesquiou n'étoit qu'un imbécile, M. de Talleyrand
un écolier, M. Louis un mauvais calculateur; il faut bien
se rejetter sur l'incapacité de ses ennemis, quand on ne peut
avouer hautement la trahison et la forfaiture des chefs de sa
secte.
(8)
Texte. Enfin ce même successeur des Rois rétabli de nouveau
dans son autorité, à l'aide de plus de 600,000 hommes de troupes
étrangères,.telles sont les circonstances, qui ont mis le comble aux
calamités de notre pays.
Observations. Nouvel effet de la tactique de nos ennemis!
c'est pour arrêter leurs désordres qui menaçoient l'Europe
d'une conflagration générale, que les puissances alliées ont
fait rentrer en France leurs nombreuses aimées : il faut
accuser le Roi d'un malheur qu'il avoit prévu et qu'il auroit
Voulu prévenir. Français, ne croyez pas que les alliés ne
soient revenus sur votre territoire que comme simples auxi-
liaires de Louis XVIII, et dans l'unique but de le replacer
sur son trône : leurs déclarations sont là : daignez les lire :
ils disent que leurs efforts n'ont pour objet que d'assurer
l'indépendance et la sécurité de l'Europe, que cet objet
rempli, ils laisseront la Nation française libre d'adopter telle
forme de gouvernement qu'il lui plaira de choisir : ce n'est
que subsidiairement qu'ils ajoutent que les vertus de Louis
XVIII leur offrent toute la garantie qu'ils peuvent désirer.
Le régent d'Angleterre a déclaré que le rétablissement des
Bourbons n'étoit pas la condition, sine quâ non, de la ces-
sation des hostilités; ne regardez donc pas le. Roi comme la
cause immédiate des maux qui pèsent sur vous, mais comme
une espèce de rédempteur qui s'interpose entre vous et les
puissances alliées pour empêcher votre ruine, votre disper-
sion, votre deshonneur et votre anéantissement total.
Texte. Votre Majesté est pour la seconde fois ramenée dans cette
France qui fonde sur elle ses plus chères espérances : il y a quinze
mois, vous étiez; regardé comme le libérateur de votre pays , vous
êtes venu accompagué de la paix; vous nous aviez promis une bonne
Constitution, et le peuple témoigna hautement sa gratitude et sa
joie; son affection fut sans bornes, et il ne crut devoir en mettre
aucune à votre pouvoir; il vous adora comme le père de la Patrie,
(9)
et vous révéra comme son idole. Mais à ces sentimens d'un amour
imprudent et sincère, se mêla l'encens d'une adulation servile et
corruptrice. Des hommes qui pendant vingt années ont vécu loin
du trône et des dangers de leur patrie, usurpèrent la place de
citoyens qui, pendant ce temps, avoient exposé leur vie pour la
défense de l'Etat, et qui seuls auroient dû entourer votre personne.
Observations. Le Roi ne se contenta point de nous pro-
mettre une bonne Constitution, il nous la donna; je crois
bien qu'elle excita la gratitude et la joie du peuple : le
peuple français est naturellement bon et aimant, quand des
agitateurs ne tourmentent pas ses affections, et n'en
détournent pas le cours pour les faire servir à l'exécution
de leurs coupables projets. Quant à l'encens d'une adula-
tion servile et corruptrice que des courtisans firent fumer
devant le Roi, ceci est un lieu commun que l'Auteur a
pu lire dans tous les livres de morale et notamment dans
Télémaque; mais il ne reçoit point et ne peut point rece-
voir d'application relativement à Louis XVIII : sa Cons-
titution et sa conduite prouvent de reste combien il est
ennemi d'une servile adulation; ceux qui l'approchent savent
que son noble coeur dédaigne un aussi méprisable hommage,
ils savent que la perspicacité de son génie percerait bien
vîte le voile dont voudraient se couvrir l'hypocrisie et l'égoïsme.
Que S. M. ait mieux aimer s'entourer des compagnons
de son infortune, que des proxénètes de la révolution, cela
est assez naturel : si le Roi eût adopté un autre systême
de conduite, la France auroit peut-être maintenant à pleurer
un nouveau régicide, nôtre sort serait celui des juife dis-
persés , et réunissant par un rare assemblage la haine et le
mépris de l'univers.
Texte, Ces nobles d'une gothique antiquité, vous persuadèrent
que vous étiez la Providence d'une Nation dont vous n'étiez que
le premier Magistrat.
( 10 )
Observations Ceci me rappelle que Buonaparte trouvait!?
le titre de Majesté trop au-dessous de son pouvoir, y
avoit substitué celui de Providence que lui donnoient ses
courtisans. Ce n'est pas dans ce sens que le titre de Pro-
vidence fut jamais appliqué à Louis XVIII, il fut et il
est encore véritablement la Providence conservatrice du
peuple français, image en cela de cette Providence divine
qui du sein des orages, fait naître le repos et le bonheur.
Ne nous méprenons point sur les termes. Louis XVIII
te'est point le premier magistrat du peuple, il en est le Sou-
verain. Nous reviendrons plus tard sur cette idée qui mérite
quelques développemens.
Texte. Ils mirent votre volonté au-dessus de celle des lois, vos
intérêts à la place de ceux de l'Etat.
Observations. La volonté du Roi déclarée dans la forme
constitutionnelle n'est que la volonté de la loi. Si veut le
Moi, si veut la loi. Les intérêts du Roi, sont identifiés-
avec ceux de l'Etat ; on ne peut porter atteinte aux uns ,
sans détruire les autres.
Texte. Tout ne fut rapporté qu'à votre personne, et le descen-
dant de Henri IV fut entouré de ces marques de déférence futile
et fastueuse réservés aux cours des tyrans de l'Asie. Au lieu des
conseillers dont vous aviez besoin, vous n'eutes que des esclaves ;
les perfides ! ils vous ont appris â oublier qu'un Etat où tout le
monde est disposé à ramper, n'est pas moins monstrueux que'
celui ou chacun a l'ambition de commander.
Observations. Il y a dans tout ceci lieu commun r bêtise
et fausseté. La pompe asiatique, dont on suppose le des-
cendant de Henri IV entouré, n'a rien de comparable aux
quarante mille jannissaires pompeusement enharnachés qui
composoient la garde de Buonaparte et dont l'Auteur de la
Lettre ne parle pas. La cour d'un Roi de France ne peut
jamais être trop brillante, la magnificence est un accessoire
(II)
indispensable pour frapper les yeux et l'imagination d'un
peuple que ses qualités aimables portent naturellement à la
frivolité. Si le Roi n'avoit pour trône qu'un fauteuil de
bois, et pour sceptre qu'une branche de noyer, on com-
mençeroit par le tourner en ridicule, on finirait par le
chasser : tel est l'empire de la mode qui, en France,
s'exerce sur tout : un Roi chez nous a presque autant
besoin de coquetterie, qu'une jolie femme pour plaire et
se faire aimer.
Quant aux esclaves substitués aux conseillers dont le
Roi avoit besoin, et qu'il devoit tenir immédiatement de
la main du Censeur et du Nain jaune., la prétention est
trop ridicule pour être sérieusement combattue.
Texte. Ils vous ont décidé à donner cette Charte qui fut violée
impunément aussitôt qu'elle fut accordée; on fit a l'opinion pu-
blique des concessions qui aussitot furent révoquées.
Observations. C'est ce que nous nions positivement,
l'Auteur fait des allégations en l'air, nous attendrons ses
preuves.
Texte. Au lieu de vous rendre le chef du peuple français, ils
Sont préféré de vous faire celui des chouans et des vendéens.
Observations. Il falloit dire, au lieu de vous livrer
à l'armée de Buonaparte qui vous eût égorgé, ou livré
à son digne chef, ce qui revient au même, ils ont tourné
vos regards vers les Vendéens qui avoient toujours été les
plus fermes et les plus fidèles appuis du trône, et qui
eussent écrasé l'usurpateur, si les puissances alliées n'étoient
venues consommer l'acte dont ils avoient si heureusement
pris l'initiative.
Texte, La liberté de la pressé fut Suspendue.
Observations. La charte garantit la liberté de la presse,
mais il ne falloit pas. que cette liberté dégénérât en licence
et trouvât la mort dans son exercice; une loi régulatrice
de cette belle prérogative d'un peuple libre fut solem-
mellement discutée et adoptée par les représentans de la
Nation; cette loi sage prévient les bouleversemens que
pouvoit entraîner l'abus de la presse : les insinuations per-
fides, les machinations adroites qui minent sourdement les
réputations, le persifflage ingénieux, l'armé si dangereuse
du ridicule qui envemine les intentions les plus pures,
paralyse l'action du gouvernement en deversant le mépris
sur les dépositaires de sa confiance, les attaques directes
contre la réputation des fonctionnaires publics, des ma-
gistrats les plus intègres, les éloges habilement distribués
aux complices de grands crimes ou de grandes erreurs;
tout cela ne devoit-il pas être soumis aux ciseaux de la
censure ? Hélas! il faut le dire, si la presse eût été en-
chaînée, la France ne serait pas aujourd'hui en proie aux
humiliations et aux désastres de toute espèce.
Texte. Un ministre aussi insolent qu'absurde se jouant de la
raison et des représentans du peuple, assura audacieusement à la
tribune que la censure d'un Chéron et d'un Démersan rappellerait
à Paris la mémoire de la censure de Caton à Rome.
Observations. M. l'abbé de Montesquiou, recevez ce
soufflet; mais comme la main qui vous l'applique n'est
pas bien vigoureuse, vos joues n'en seront pas plus enflées»
L'absurdité et l'insolence dont le correspondant du Roi
vous accorde la patente, deviennent la propriété des
représentans du peuple qui adoptèrent la loi de la cen-
sure : l'insulte n'est jamais bien douloureuse quand on la
partage avec une assemblée respectable, l'élite de la France..
L'Auteur met sur votre compte une balourdise, en sup-
posant que vous avez confondu la censure des livres avec'
celle des individus ; mais on sait à quoi s'en tenir à cet