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Projet de création d'un musée municipal des arts industriels, par Ferdinand de Lasteyrie,...

De
59 pages
Pagnerre (Paris). 1863. In-32, 61 p..
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MUSÉE MUNICIPAL
DES AHTS INDUSTRIELS
Taris, —- Typographie HKNM'YFR, nie du Uoulcvflnl, 7.
PROJET DE CRÉATION
D'UN
MUSÉE MUNICIPAL
DES
ARTS INDUSTRIELS
PAR
FERDINAND DE LASTEYRIE
Membre de l'Institut, ancien député de la Seine,
et ancien membre de la Commission municipale.
lm
PARIS
PAGNERRE, LIBRAIRE-ÉDITEUR,
nUE DE SEINE, 18.
1863
1
Pour les milliers de Français qui ont en-
trepris le voyage de Londres en 1862, le prin-
cipal, sinon l'unique objet d'attraction, était
la grande exposition internationale. Mais, à
ces mêmes voyageurs, si l'on avait demandé,
au retour, ce qui les avait surtout frappés, ils
auraient certainement cité comme un des ob-
jets les plus intéressants qu'ils eussent vus, un
établissement de création presque nouvelle
et tout voisin du palais de l'exposition, — le
musée de South-Kensington.
Cette collection est tout simplement le
musée d'art industriel de l'Angleterre. Com-
- 6 —
mencé il y a quelques années à peine, et
dû, comme tant d'autres institutions utiles, à
l'influence éclairée du prince Albert, ce mu-
sée s'abrita d'abord sous quelques baraques
en planches élevées à la hâte au milieu d'un
jardin.
Chez nous, on aurait bâti un palais avant
d'avoir rien à y loger.
Là-bas, on a eu le bon sens de commencer
par réunir les objets d'art et par les livrer à
l'étude avant de se mettre en frais pour éri-
ger un monument.
Grâce à la force que l'initiative individuelle
emprunte en Angleterre à l'esprit d'associa-
tion, le musée de South-Kensington est au-
jourd'hui l'un des plus intéressants de l'Eu-
rope. Il s'améliore tous les jours. De nouvelles.
constructions plus monumentales s'élève--
au fur et à mesure des besoins ; mais les bar--
raques primitives n'en sont pas moins encore
debout. Leur tour viendra sans doute de
- 7 -
faire place à quelque chose de mieux. Ce n'est
pas là le plus pressé. Nos voisins d'outre-
Manche sont gens trop positifs pour s'amuser
à la bagatelle de la porte.
En attendant ces petites améliorations ma-
térielles, l'établissement fonctionne de la
manière la plus satisfaisante. Trois fois par
semaine, les collections sont ouvertes gratui-
tement au public pendant toute la journée,
et, en outre, le soir de sept heures jusqu'à
dix. Les autres jours sont réservés à l'étude.
Ces jours-là, on paye un droit d'entrée de
soixante centimes, moyennant quoi l'on est
admis, non-seulement dans les salles du mu-
sée, mais encore à la bibliothèque, où ont
souvent lieu des lectures sur différents sujets.
• Ce prix d'admission, déjà. bien modique,
;-est encore considérablement réduit en faveur
r de ceux qui veulent fréquenter assidûment
le musée. L'entrée personnelle ne coûte pas
plus pour une semaine que pour un jour.
- 8 -
Elle n'est que d'un franc quatre-Yingt-chiij^
centimes pour un mois, trois francs soixante-
quinze pour un trimestre, six francs vingt-
cinq pour six mois, et douze francs cinquante
pour l'année entière, toujours en y rompre-
nant l'usage de la bibliothèque.
11 est difficile, on en conviendra, de fonder
un établissement sur des bases plus libérales.
Aussi, le musée de South-Kensington a-t-il 1
bientôt acquis une juste popularité, et promp-
tement exercé une influence considérable sur
l'art industriel en Angleterre.
Obligés de reconnaître les ni contestables
progrès de nos voisins en matière de goût, J
nous consolons notre amour-propre national
par la pensée que ces progrès sont dus à la
collaboration d'artistes, d'ouvriers française
dont nous nous efforçons de reconnaître la
main dans toutes les œuvres qui nous sem-
blent dignes d'admiration.
- 9 —
Cela est vrai dans beaucoup de cas.
Mais il serait néanmoins absurde de mé-
connaître la part qui revient à nos rivaux
[ eux-mêmes dans cette amélioration sensible
[ du goût public en Angleterre, et il serait
avetiglc de n'en pas voir en partie la cause
dans le zèle intelligent avec lequel ils réunis-
sent et mettent chaque jour un peu plus à la
portée de leurs artisans les meilleurs modèles
en tout genre.
Tout le monde y coopère avec un patrio-
tisme qu'on ne saurait trop admirer.
Les plus grands seigneurs, les collection-
neurs les plus riches n'hésitent pas eux-
mêmes à livrer temporairement à l'étude les
plus précieux objets de leurs collections.
Déjà deux fois (à Manchester, il y a quel-
ques années, et à Londres en 1862), l'An-
i gleterre nous a donné l'exemple de ces
expositions d'objets prêtés (loan exhibitions),
dont la splendeur égale, quand elle ne l'ef-
— 1-0 —
face pas, celle des musées les mieux garnisP
La dernière fois, c'était le South-Kensing
ton Muséum qui servait de noyau à cette
splendide réunion de trésors artistiques ha- <
bituellement épars, et l'on peut dire que sa
richesse en était plus que doublée. 1
A voir ainsi entassés, à la porte même d
la grande exposition internationale, tous ces
trésors de l'art industriel des siècles passés,
deux réflexions surgissaient naturellement,
et ont dû se présenter à l'esprit de chacun
comme au mien :
Ces excellents modèles, si libéralement mis
à la portée de tous, ne sont-ils pas pour.
beauconp dans les récents progrès du goût
en Angleterre?
Et, s'il en est ainsi, nous Français, déjà 1
si riches en collections d'art, — nous chez
qui le sentiment du beau s'est déjà depuis si
longtemps répandu dans les masses parl'ha-
- 1-1 —
bituelle fréquentation des chefs-d'œuvre de
tous les âges, — n'aurions-nous pas, nous
aussi, tout avantage à créer, à notre tour,
une nouvelle collection plus spéciale, plus ex-
clusivement affectée à l'enseignement de l'art
dans ses applications aux usages pratiques ?
Les éléments d'une pareille collection
existent déjà chez nous, me dira-t-on.
Outre nos grandes collections d'art, outre
nos musées proprement dits, nous avons la
collection de l'hôtel de Cluny, celle du Con-
servatoire des arts et métiers, le musée cé-
ramique de Sèvres.
Oui, sans doute, chacune de ces collections
est digne par elle-même du plus haut intérèt,
et il faudrait bien se garder d'y toucher.
Néanmoins, je ne crains pas de le dire,
aucune d'elles ne répond absolument, ne sa-
tisfait complètement aux besoins dont je
m'occupe.
-12 -
Loin de moi l'idée de contester les servie.
rendus par le musée de Cluny. L'affluen
des ouvriers qui le visitent le dimancha
prouve assez quel intérêt ils y attachéflt
l'on ne saurait nier que cette collection n'ajfl
déjà exercé une salutaire influence sur la
pratique des arts industriels. � l
Presque tous les objets qu'elle renferma
présentent évidemment, sous ce rapport, uni
intérêt sérieux. j
Toutefois, ce n'est pas là son objet s
L'industrie artistique de tous les temps et de
tous les pays est loin d'y être représentée,
même incomplètement. Le classement des
objets exposés, si rationnel qu'il soit, n'est
point fait en vue d'un enseignement pratique,
et s'adresse beaucoup plus à l'archéologue,
à l'homme d'études, qu'à l'ouvrier ou à l'in-
dustriel.
Quant au Conservatoire des arts et métiers, w
— 13 -
c'est incontestablement l'une des plus utiles
fondations qui soient sorties de la révolu-
tion française. L'importance de ses collec-
tions et l'enseignement spécial dont il est
devenu le centre lui donnent une utilité pra-
tique sur laquelle tout le monde est d'ac-
cord.
1 Mais, si variées que soient les spécialités
qu'embrassent ses collections, l'art industriel
y tient fort peu de place.
- Les instruments en général, les machines,
toutes les applications de la vapeur et de
l'hydraulique, l'agriculture, les constructions,
la coupe des pierres, la charpente, le char-
ron nage, les instruments de précision, les
poids et mesures, tels sont les objets princi-
paux de cette magnifique collection et de
l'enseignement du Conservatoire. Quelques
échantillons de verre, de porcelaine ou de
faïence y représentent, il est vrai, les arts
céramiques ; mais, en comparaison du reste,
S
— u —
ce n'est, on peut le dire, qu'un très-insisni-
fiant appoint. -,
La véritable spécialité du Conservatoire,,
c'est l'industrie proprement dite, Vin*&#4à
scientifique si vous voulez, mais non poinh
du tout l'industrie artistique. ,
i i
Le musée céramique de Sèvres est musj
spécial.
Fondée il y a une trentaine d'années gràce
à l'initiative du vénérable Brongniart, or
nisée et dirigée depuis lors par M. Riocreux
avec un zèle, un ordre et une intelligence
admirables, cette collection, qui n'embrasse
dans sa spécialité qu'une seule famille d'jn-
dustries,. pourrait servir de modèle et de-
type pour toute autre du même genre.
Supposez un musée où tous les arts Ïn
dustriels seraient aussi bien représentés, et
vous aurez la réalisation la plus parfaite d
projet que je poursuis.
— 15 -
Le musée céramique a cependant, et très-
indépendamment de son mérite, un inconvé-
nient réel, celui d'être à deux lieues de Paris.
Ce qu'il faut à la classe ouvrière, ce sont
des collections qui lui soient constamment
accessibles, où elle puisse aller se réjouir l'œil
aux jours de repos et fortifier son intelligence
aux jours de travail, où, à chacune de ses
heures de loisir, elle puisse aller au besoin
chercher une idée, vérifier l'exactitude d'un
souvenir, contrôler la valeur de ses propres
œuvres, et trouver même un conseil, ce qui
serait certainement le complément le plus
utile d'une institution de ce genre.
Or, pour que de semblables ressources
fussent ouvertes à tous et pour ainsi dire à
toute heure, il faudrait nécessairement qu'un
établissement pareil fùt situé à la proximité
es grands centres industriels.
� Par sa nature mémo, ce doit être un éta-
- 16 -
blissement éminemment parisien. Paris sctlJ
en effet, réunit en pleine activité dans son
ein toutes les branches de l'art industriel
et ce n'est pas là un de ses moindres titr
de gloire.
Aussi n'hésitai-je pas à dire que, au mili
de tout le faste que déploie l'administration
municipale, au milieu de ses magnificences
sans précédents, nulle autre ne saurait lui
faire plus d'honnenr et ne se justifiera
mieux d'elle-même que la fondation d'
musée municipal spécialement consacré a
arts industriels. �
La ville de Paris a son collège, florissant S
côté des lycées du gouvernement. Elle a se
grandes écoles professionnelles, types remar-
quables d'un enseignement dont Paris a e
l'honneur de prendre l'initiative. Pourquoi la
somptueuse capitale de notre France n'aurait»;
elle pas aussi bien son musée ?
- 17 -
2
Dira-t-on, par un esprit d'étroit égoïsme
local, que c'est au pays entier à faire les
frais d'un établissement dont tout le pays
profiterait ?
Non, Paris n'a jamais fait un aussi mes-
quin, un aussi maladroit calcul.
Est-ce que le pays entier ne profite pas
également, quand il lui plaît, de ces parcs
luxueux, de ces magnifiques promenades
créées à grand renfort de millions par notre
administration municipale pour le plus grand
agrément de tous ?
La ville de Paris peut bien faire rejaillir sur
les artisans de sa propre splendeur un peu de
cette magnificence dont elle s'est montrée si
prodigue envers les badauds.
Nos parcs ont désormais une supériorité
incontestable sur les parcs jadis si célèbres
de la ville de Londres. J'attacherais, je l'a-
voue, un grand prix à ce que nos collections
— 18 -
publiques en tous genres conservassent une
égale supériorité sur celle de nos voisins, ML
particulièrement les collections qui, par leiiri
nature et leur salutaire influence, pourraient,
contribuer à maintenir hors de conteste la
suprématie aujourd'hui menacée du goût
français.. J
Pour cela, il ne faut que vouloir. M
H
J
11
'ai cité comme un modèle le South-Ken-
ton Muséum. J'ai fait surtout l'éloge de
n organisation éminemment pratique. Eh
Ken ! je n'hésite .pas à le dire, nous pourrions
incore mieux faire.
Nous sommes, en effet, dans de meilleures
nditions que les Anglais eux-mêmes.
î Lorsque leur vint la première pensée de
Bider un établissement de ce genre, nos
Loisins avaient tout à créer. Chez eux, il
l'existait encore aucun musée industriel, ni
nème aucune grande école de dessin appliqué
i l'industrie. Par conséquent, rétablissement
nouveau devait. pourvoir à tout et répondre
— 20 -
simultanément à des besoins de natures tw �
diverses. M
Ses organisateurs devaient s'attendre, d
outre, à un genre de difficultés, d'emba
qui ne serait malheureusement pas à r
douter chez nous. -
On sait effectivement (et cela fait gra
honneur de la nation anglaise) que les
stitutions utiles et patriotiques ne IDan
jamais, chez elle, de s'enrichir rapidemen
l'aide de legs et de donations particulière
Il en fut ainsi tout naturellement pour 1
musée de South-Kensington ; les objets le
plus divers y affluèrent à la fois de tout
parts, et de l'abondance même de ces ri
chesses dut résulter nécessairement une cm
taine confusion.
La-plus fine orfèvrerie du moyen âge 3
venait prendre place à côté des modèles (1
charpente, les aquarelles auprès des tuya
de drainage. <
— 21 —
On n'a rien refusé, et l'on a eu bien raison.
Tout se classera petit à petit; tout s'est déjà
classé en grande partie.
En attendant, le South-Kensington Mu-
séum est comme une sorte de conservatoire
des arts et métiers, auquel se trouvent jointes,
on ne sait trop pourquoi, quelques salles de
peinture, mais où, peu à peu, l'art industriel
est devenu prédominant au point d'en faire
la véritable spécialité de ce musée, la seule à
peu près dont on s'occupe aujourd'hui.
Chez nous, il ne saurait y avoir aucun
motif pour procéder ainsi, même au début.
Il ne saurait s'agir de doubler le Conserva-
toire des arts et métiers, d'usurper rien de ce
qui constitue son véritable programme, ni, à
plus forte raison, de se passer le luxe d'une
nouvelle collection d'objets d'art pur, sans
applications industrielles.
I
'— 22 —
Pour que le nouveau musée eùt sa rai
d'être, il faudrait évidemment qu'il se ren
fermât dans les limites d'une spécialité b'
définie et bien tranchée ; que l'art s'y mont
dans toutes ses applications pratiques, j~oj
uniquement et exclusivement sous cetti
forme.
Plus le cadre serait restreint et plus o|
aurait de charme à le bien remplir.
Il serait également facile de mettre dans e
musée plus d'ordre qu'il n'y en a dans ls
South-Kensington Muséum , fie le classer
avec plus de méthode, et de le rendre mèm
plus complet; car, outre que certaines spé-
cialités sont à peine représentées dans la
grande collection anglaise, on peut dire que
le grand art de l'antiquité y fait presque
complétement défaut.
La série des arts industriels étant d'abord
— 25 —
bien définie, je voudrais que, pour chacun
d'eux, notre musée spécial offrît une suite de
modèles empruntés à tous les temps et à tous
- les pays, présentant tout à la fois les formes
les plus pures, et des spécimens suffisants de
tous les genres de fabrications.
Puis, je voudrais également que ces mo-
dèles, que ces spécimens fussent classés mé-
thodiquement, au triple point de vue chrono-
logique, géographique et technique, de telle
sorte que le visiteur intelligent, placé au
milieu des produits de l'art qui l'intéresse,
pût trouver de lui-même et sans guide ce
qui se rapporte à une époque, à un pays ou
à un mode de fabrication quelconque.
- Exemple : un fabricant de faïence voudrait
se rendre compte de l'état de cette industrie
au quinzième siècle, ou bien étudier le style
des célèbres faïences de Rouen, ou bien com-
parer entre eux les divers aspects des anciens
| plats à reflets métalliques. Ce fabricant, par
-24 -
le seul fait du classement que j'indique, deiiI
vrait pouvoir, sans perte de temps, trouves
lui-même les éléments spéciaux de l'étu
qu'il poursuit. j
C'est ce qui a lieu, dès aujourd'hui, a
musée céramique de Sèvres, et ce qui, dan
une collection plus générale, pourrait s'a p =j
pliquer également à toutes les spécialités. j
Comme base et point de départ d'une clas
sification méthodique, tous les arts industriel
devraient être répartis d'abord en un certai
nombre de groupes principaux, qui pour-
raient eux-mêmes se subdiviser à l'infini.
J'ai nommé la céramique. Elle pourrait
former, par exemple, le premier groupe, le-
quel renfermerait tout ce qui provient de la
fusion ou de la simple cuisson des matière
terreuses, et embrasserait trois grandes divi-
sions : la poterie, la verrerie et l'émaillerie.

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