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Projet de réunion générale des Français , par Jos. Pa. D. P. D. D. D.

22 pages
Catineau (Poitiers). 1818. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °. Pièce.
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PROJET
DE
RÉUNION GÉNÉRALE
DES FRANÇAIS;
PAR JOS. PA. D. P. D. D. D,
POITIERS,
CATINEA.U, IMPRIMEUR-LIBRAIRE.
1818.
PROJET
DE
REUNION GENERALE
DES FRANÇAIS.
L'accord des parties Fait la Force du tout.
La force du tout fait le bonheur des parties.
T A NT que nous ne nous pardonnerons pas
réciproquement tout, nous ne serons jamais
sincèrement unis. Nous avons presque tous
fait des fautes , les uns de bien grandes, d'au-
tres d'énormes, d'autres enfin de telles...t
qu'il est de toute nécessité de n'y plus pen-
ser.
Emigrés, soyez de bonne foi : l'honneur
vous a fait quitter votre Patrie; c'est vrai
pour plusieurs. La gloriole et l'ambition vous
ont fait suivre les Princes; c'est vrai pour
d'autres. Le désespoir de perdre vos privi;
(4)
léges, et dès-lors le besoin de les ravoir ,
vous ont mis les armes à la main contre la
France; c'est certain de la part de plusieurs.
L'aveuglement, un entraînement irréfléchi,
en ont conduit à Coblentz beaucoup d'entre
vous; c'est encore du certain.
Patriotes de 89, si vos commettans vous
redemandaient leurs cahiers, leur montre-
riez-vous vos décrets?... Y a-t-il quelque
ressemblance entre les pouvoirs qu'ils vous
avaient confiés, et la puissance que vous
avez usurpée?... Législateurs , avez-vous
effacé, en 91, les taches de la précédente
usurpation que vous deviez bien voir sur
vos chaires curules ?... En ouvrant la porte
au désordre, n'avez-vous pas un peu trempé
dans le cadavereux avenir ?... Et vous, Con-
ventionnels , vous voudrez bien être aujour-,
d'hui au moins assez sincères pour avouer
que, si vos prédécesseurs avaient bien semé,
vous avez su moissonner passablement rez-
terre.
Qu'ont fait vos successeurs ?... Ils ont ar-
rêté , il est vrai, la grande effusion du sang,
en bouchant la bonde du tonneau; mais
de temps à autre ne se sont-ils pas permis
de le percer quelquefois, tantôt en bas,
tantôt en haut, pour s'assurer continuité
(5)
de chère puissance au centre?... Ce ma-
nège d'hétérogène politique ne pouvait du-
rer , il mettait chaque parti en crainte.
Un petit Lucifer, qui lorgnait souvent,
quoique de loin, toutes les opérations, aper-
cevant le point voulu de divisions, s'est
présenté et a décidé comme le juge de l'huî-
tre , en laissant bénévolement à chacun la
faculté de promener sa coquille. Cet être
surprenant, même parmi les extraordinai-
res, a mis tant de moelleux et d'énergie,
tant de finesse et de simplicité dans son
genre de gouverner, dans les divers actes de
son administration , qu'il s'est fait nombre
de créatures : il s'était, pendant un temps,
fait réellement admirer.... Ce triomphe à
peu duré. Vanitas vanitatum. Tout s'en est allé
en fumée; le Prince légitimé est venu re-
vendiquer son trône : victime de ses hasar-
deuses spéculations, Bonaparte s'est trouvé
forcé de céder ; Louis XVIII a régné....
Quelle nécessité de rappeler le retour aussi
désastreux qu'éphémère de Lucifer ?... Il est
reparti pour toujours, n'en parlons plus.
Pour opérer une réunion sincère et so-
lide , il faut de toute nécessité que chacun
avoue de bonne foi que c'est à tort qu'il
a cru avoir quelque chose à prétendre; il
(6)
faut qu'il laisse confidentiellement ses pou-
voirs individuels entre les mains de son Roi
et de ses représentans.... Car, enfin, que
voulez-vous, émigrés?... Des priviléges?...
Vous savez qu'ils sont abolis : chercher à
les faire revivre ou à en faire créer de nou-
veaux, ce serait aujourd'hui désirer l'im-
possible : la France n'en veut plus recon-
naître ; et bientôt, vous devez vous en aper-
cevoir , le système libéral aura gagné épi-
démiquement toutes les contrées de l'Eu-
rope, s'il ne passe outre... Votre ancienne no-
blesse?... On vous l'a rendue,.,, un peu nue,
il est vrai; mais on laisse au. mérite person-
nel de chacun de vous d'y joindre tel fleu-
ron que vous jugerez digne d'en faire la dé-
coration. Si vous avez la noble émulation
de vous voir distingués parmi vos conci-
toyens , ne devriez-vous pas vous, trouver hu-
miliés de devoir à d'autres qu'à vous-mêmes
l'honneur que vous ambitionnez?... Si vous
ne savez que chasser, mener un cheval,
quel respect voulez-vous que l'on porte à de
si.insignifiantes qualités ?... Si l'on, vous re-
connaît les talens d'un bon juge de paix, d'un
administrateur probe, d'un vaillant et paci-
fique militaire, d'un diplomate érudit, vous
aurez, fiait, tout ce qu'il faut pour vous faire
estimer, on honorera en vous un gentil-
homme estimable... Des places exclusives ?.
Eh! pourquoi ? Parce que vous êtes nobles ?
Encore une fois, les places exigent des ta-
lens ; quand vous aurez des talens ,. vous au-
rez des places..; (1) — Mais.. on devrait
bien nous rendre ..- Hé quoi ! s'il vous-
plaît ? -- Nous rendre des biens.... »— Vos-
biens invendus? On vous les a rendus en
partie ; on se dispose à vous rendre ce qui
reste de disponible.
Patriotes, de toutes les époques (pardon-
nez-moi ce mélange, je le fais pour ne rien,
laisser aux souvenirs ) , que voulez-vous en-
_(1) En tout cas, ce ne serait que pour l'avenir que
Vous tiendriez ce langage ; car je ne crois pas que vous
ayiez à vous plaindre à ce sujet. Depuis quelque temps,
on vous a donné toutes les places d'honneur, toutes,
les placés lucratives : dans le royaume, s'il est un
émigré, ou un noble, ou un individu quelconque ayant
crié vive le Roi .' sans place;: je ne dirai pas que c'est
parce qu'on l'en croyait incapable, c'est surement parce
qu'il n'en a, pas voulu. En vous plaçant, Messieurs,,
on a déplacé, vous vous en êtes bien aperçus
Mais.... ne touchons point à cette corde", la vibra-
tion' en serait trop aiguë : quand on veut une réunion ,
il est bon de glisser sur le présent comme sur le passé.
Ote-toi de la que je m'y mette, a été de tous les
temps.
( 8 )
core?.... La liberté? Vous l'avez telle-
qu'elle peut avoir lieu dans une monarchie
représentative ! L'égalité ?... Vous l'avez telle
que raisonnablement vous pouvez la désirer ;
la loi ne fait acception de rangs ni de person-
nes!... Votre sécurité individuelle?... Soyez
soumis au Gouvernement, ne nuisez à per-
sonne, soyez vrais citoyens, la loi assure
votre indépendance !
Comment, Nobles, Patriotes, Emigrés,
nous ne nous réunirions pas! nous aurions
encore la barbare folie de nous en vouloir !
Quoi! le souvenir des fautes d'erreur, des
crimes , dont tous rougissent, quoique tous
ne soient pas coupables , trouveraient en-
core place dans le coeur d'hommes qui,
malgré l'énorme opposition de leurs opi-
nions, n'ont jamais cessé d'avouer qu'ils se
sont toujours reconnus Français !!!
Emigrés, à qui en voulez-vous ? pourquoi
en voulez-vous? Vous en voulez peut-être
à ceux qui ont amené la révolution. A cet
égard on permet à votre haine toute la la-
titude qu'elle voudra prendre Eh ! mes
bons amis , qu'est-ce qui connaît les vrais
auteurs de la révolution ? Tant de divers ca-
ractères, tant de singuliers événemens, tant
de mâles et puérils auteurs en ont été la
cause, qu'il serait bien injuste d'en accuser
plutôt celui-ci; car il pourrait se faire que
ce fût celui-là.... Les matériaux qui l'ont
préparée étaient peut-être si antiques ; ont
été d'ailleurs si multipliés , qu'il y a impossi-
bilité de désignation nominative Un siè-
cle en a produit le germe, quelques siècles
l'ont couvé , le nôtre l'a fait naître.... Met-
tez le temps sur la sellette , il vous répon-
dra. En voulez-vous à ceux qui ont eu la
faiblesse de suivre les premières impulsions
lâchées?.... Hélas ! quand quelque digue
crève dans le nord-ouest, les Hollandais ne
s'en prennent point à l'eau qui submerge
leur pays ; ils ne peuvent blâmer tout au
plus, si tant est qu'on aurait pu prévenir
l'accident, que ceux qui ont négligé de con-
solider la première pierre qui a fait le pre-
mier passage !
Pour quel motif en voulez-vous? Parce
que vous avez perdu des rentes féodales,
des agriers , des dixmes, des lods et ventes!
Eh! Messieurs, la main sur la conscience .
N'avouerez-vous pas qu'il y avait injustice !.
On ne vous dit pas pour cela que vous étiez
des injustes ; loin de là : vous étiez nés avec
des priviléges que vous teniez de vos an-
cêtres ; c'était votre héritage, vous le sou-