Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Qu'est-ce que la question de la Pairie ? par Émile Arnoult

De
38 pages
Delaunay (Paris). 1831. In-8° . Pièce.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

QU'EST-CE QUE
DE
LA PAIRIE ?
PARIS, IMPRIMERIE DE P. DUPONT ET G.-LAGUIONIE,
rue de Grenelle-Saint-Honoré, n. 55
QU'EST-CE QUE
DE
LA PAIRIE ?
PAR ÉMILE ARNOULT
« J'ai douté fort long-temps que ce fût tout de bon!
« Et je croyais toujours qu'on changerait de ton;
« Mais c'est assez avant pousser le témoignage :
« Je m'y tiens, et n'en veux , pour moi, pas davantage. »
MOLIERE, le Tartufe, scène VII.
A Paris,
CHEZ DELAUNAY, LIBRAIRE,
PALAIS-ROYAL, GALERIE D'ORLÉANS.
1831.
AVANT-PROPOS,
L'examen de la constitution de la Pairie n'en-
tre point dans le plan que je me suis proposé.
Cette tâche, longuement et victorieusement
élaborée par la presse libérale, est désormais du
ressort de la tribune; mais il est un point de la
discussion générale sur lequel il ne me paraît pas
qu'on ait assez fortement fixé l'attention du pu-
blic : c'est la cause toujours présente de la né-
cessité qui a commandé la révision de l'article 23
de la charte. Français, patriote désappointé, et
surtout effrayé des étranges résultats des 27, 28
et 29 juillet 1830, et des malheurs qui menacent
encore mon pays, j'ai cherché à replacer sur son
véritable terrain la grande question dont tous les
esprits sont occupés, et qui, à mon avis, doit
perdre ou sauver la patrie !
QU'EST-CE QUE
LA QUESTION
DE
LA PAIRIE?
Il est dans les droits de tous d'exprimer une
opinion sur les affaires de tous.... Simple citoyen,
j'écris la mienne : je ne conspire point, je ne sé-
pare nullement dans mes espérances la cause de
la branche cadette des Bourbons de la cause du
peuple ; je n'appartiens à aucun des deux partis qui
prétendent que la liberté et la monarchie hurlent
de se trouver ensemble : ma religion politique est
l'alliance possible de la liberté et d'un trône hé-
réditaire. Mais, à mes yeux, cette alliance reste
encore un problème pour nous; telle qu'elle est
aujourd'hui, elle ne me paraît ni sincère, ni par
conséquent susceptible de durée. Je crois l'ave-
nir du pays menacé, je crois fermement qu'en ce
moment même le parti doctrinaire court la chance
de perdre la révolution , comme il a perdu la res-
tauration , et je suis pénétré d'une douleur pro-
fonde en voyant la chambre de 1831 lui prêter
son appui. Si ce parti demeure au pouvoir, si les
221 députés qui ont félicité le ministère pour
avoir laissé périr la Pologne ne s'arrêtent pas
aux cris de la France, s'ils persistent à suivre
M. Périer dans la voie périlleuse où il vient de les
engager, nous arriverons certainement à une
nouvelle catastrophe. Telle est ma conviction :
car, pour moi, la question de la Pairie n'est pas
autre chose que la question des promesses de
juillet; c'est la révolution tout entière qui va être
acceptée ou reniée par la chambre !
Cherchons à établir cette grande vérité.
Qui a fait la révolution de juillet? Lisez les
journaux du temps : « Le peuple a tout fait (1), »
disent-ils, le peuple et la jeunesse des écoles ont
seuls brisé nos fers; tous sont d'accord sur ce
point. Aujourd'hui les vainqueurs traités en vain-
cus sont encore là pour l'attester; quant à la na-
tion , elle le sait, et ne l'oubliera pas.
(I) Le Moniteur, le Constitutionnel, le Courrier, le Temps, le
National, etc.
(9)
Etait-ce donc pour raffermir un ordre social
monstrueusement imité du despotisme impérial
et de l'anglais ( pour les seules difformités ) que
notre bill si français des droits de 89 s'est élancé
vivant des barricades de 1830 ?
Lafayette, la victoire, l'émancipation de la
France, le vieux drapeau de l'égalité, et la parole
d'une bouche auguste, tout cela n'était qu'une
vision mensongère, une chimère, un rêve dont
on payait le sang du peuple, et qui devait s'éva-
nouir en un jour devant le système de corruption
d'une poignée d'anglomanes ! Quelques songe-
creux, hommes du lendemain, tous trembleurs
ou pédans politiques qui n'ont vu l'Angleterre
qu'à travers les brouillards de la Manche et les
vertiges d'une ambition tout égoïste, telle est la
coterie ( car ce n'est qu'une coterie) qui s'est ral-
lié tous les hommes à places, toutes les consciences
larges et vénales, pour nous imposer à son profit
le gouvernement aristocratique et plutocratique
de nos voisins d'outre-mer, comme le seul possible
et le seul raisonnable; et cela au moment même où
l'Angleterre commençai la réforme de ses propres
institutions. A leur tour, les héros du mois d'août
sont venus, ils ont vaincu! C'est sur les patriotes
divisés et renversés qu'ils ont marché pour s'élever
au pouvoir, et ils se sont jetés sur la révolution
comme sur une mine à exploiter en commun : à
( 10 )
les entendre, eux seuls l'ont accomplie, eux seuls
la comprennent, eux seuls ont le droit de la diriger;
et ils ont tant de fois répété qu'ils sont les sauveurs
de la patrie, que la plupart commencent à le croire
de bonne foi. Souvent ils portent aux nues la
glorieuse révolution ; mais , par un contraste fa-
cile à expliquer, ils voudraient pouvoir flétrir
ou effacer de la mémoire des hommes les 27, 28
et 29 juillet 1830 comme, un fait anti-social à ja-
mais déplorable. Aussi ont-ils dit et fait tout ce
qu'il était humainement possible de faire ou de,
dire pour dépopulariser le Roi-citoyen dont l'o-
rigine populaire dérangeait leurs ténébreuses
théories : ils ont tué l'élan national ; ils ont porté
la chaîne de la Sainte-Alliance; ils ont dirigé le ti-
mon de l'état contre les intérêts et les voeux du
pays, contre le but manifeste de cette même ré-
volution dont ils se prétendent les plus dignes re-
présentai ! Voilà les puissans du jour ! voilà les
idées fixes , les bonnes passions chargées de sou-
tenir un trône qui devait s'appuyer sur l'amour
national et autour duquet gravitent aujourd'hui
toutes nos incohérences politiques et le chaos qui
nous entraîne. La marche imprudente du minis-
tère Guizot, sa faiblesse et sa chute; la position
fausse et difficile du ministère Laffitte; l'impopu-
larité du ministère Périer, ses mesures acerbes,
et en général toutes les fautes commises et
( 11 )
leurs résultats, la défiance, les haines de parti ;
les émeutes, les carlistes, les républicains,
le malaise qui nous tourmente encore , nos
dangers passés, nos dangers à venir, tout est là.
Je m'explique. Les meneurs de la révolution en-
doctrinée se sont bien gardés d'aborder jamais
loyalement, directement, la question de la sou-
veraineté nationale: ce principe n'entre point
dans leur système de gouvernement; ils n'ont
donc pas manqué de le représenter à Louis-Phi-
lippe comme l'hydre sanglante de 93 prête à dé-
vorer doctrinaires et doctrine, et les carlistes et
la chambre haute, voire même le Palais-Royal et
toute la branche cadette des Bourbons. Mais
comme les départemens ( qui veulent commen-
cer à se mêler un peu de leurs propres affaires )
n'ont pas pu voir la suprématie du pays sous un
aspect aussi terrible , on a cherché à la défigurer
par des sophismes lamentablement débités, soit à
la tribune ou dans les journaux ministériels, soit
dans un cours de politique ambulante qui n'a
point réussi. Toutefois on espère encore la faire ou-
blier à la France et à la chambre de 1831 comme
aux centres dociles de 1830 ; on croit pouvoir l'é-
luder dans ses applications de détail : et l'on se
trompe ! Mais les hommes à bonnes passions ont
tant fait dans ce but que la première législature
dont ils ont été les oracles s'est insensiblement
( 12 )
déclarée en permanence de répression, tacite, il
est vrai, mais toujours très active, contre l'intro-
duction de ce principe dans nos lois et dans la
marche de l'administration. Au dehors, la paix ou
la guerre paraissaient dépendre de la compression
rapide de la souveraineté nationale : je l'ai dit, en
France d'abord elle fut réprimée, tartufiée, gar-
rottée dans ce cercle vicieux et honteux si jésui-
tiquement qualifié du nom de juste-milieu ; puis
elle fut étouffée en Espagne, puis en Italie, puis
en Pologne !... De là beaucoup d'amis de plus et
un glorieux satisfecit au ministère. C'est ainsi que
la coterie anglomane s'est fait pardonner notre
royauté de juillet.... Mais l'est-elle pardonnée? Les
drapeaux russes pourront bien nous l'appren-
dre.... Qui sait même si la question de la pairie
n'est pas une clause occulte de la paix à tout prix?
On peut tout supposer; car, jusqu'ici, notre ré-
volution a été sage, c'est-à-dire très humblement
soumise au bon plaisir de l'étranger ! Hélas! il
fallait bien qu'elle fût avilie sous les fourches cau-
dines de Waterloo pour être à la hauteur de nos
grands hommes d'état : soyons justes; ils ne pou-
vaient point s'élever jusqu'à elle. De là, les mé-
contens, l'impopularité, la méfiance, la ruine du
commerce , les divisions, la faiblesse du pouvoir
et l'audace des factions : de là, les nuages de sang
qui couvrent l'avenir !
( 13 )
Dupont de l'Eure, Lafayette, Odilon Barrot,
ont été calomniés et sacrifiés, parce qu'ils étaient
dignes de leur noble mission, et qu'ils adoptaient
franchement le seul ressort désormais possible
du gouvernement français.
Le ministère Guizot, qui a voulu s'appuyer sur
d'autres forces, n'a pu tenir contre l'aversion du
pays. Laffitte a été joué par ses nobles collègues :
une puissance cachée qu'il n'a pu maîtriser a
constamment entravé la marche de son adminis-
tration. On voulait bien abuser d'un nom tou-
jours cher à la France; mais le ministre ne fai-
sait qu'embrouiller les affaires avec son éternelle
conscience et son patriotisme de barricades. D'ail-
leurs, il sentait la souveraineté du peuple : c'é-
tait un indigne, un véritable intrus parmi tant
d'honnêtes gens politiques; il est allé rejoindre
les ex-ministres populaires sur les bancs de l'op-
position, et il a fort bien fait.
Quant à M. Casimir Périer, il a laissé tous ses
rivaux de gloire bien loin dans la carrière des
expédiens ministériels. A sa voix, le génie de Ma-
chiavel est venu ranimer le génie mourant de la
saine doctrine aux abois ; et déjà M. le président
du conseil plane en maître sur la révolution
domptée , et voit d'un oeil paternel la sagesse des
trônes châtier à la ronde tous les peuples mutins
qui, sur la foi de nos paroles, ont osé nous imi-
(14)
ter. M. Casimir, emporté par ses deux bons gé-
nies, n'a point hésité à proclamer du haut de la
tribune le principe de la souveraineté nationale;
et c'est au nom de la souveraineté nationale qu'il
a fait des destitutions, de la répression, de la cen-
tralisation impériale et du gouvernement anglais;
il en fait au besoin par la force des baïonnettes,
jointe au patriotisme de ses fonctionnaires car-
listes et à l'adresse de la police de ce bon M. Man-
gin qui certainement a eu grand tort d'aban-
donner Paris! La question n'a donc jamais changé,
et il ne nous manque que la pairie héréditaire
(ou à la nomination du roi) pour courir à pleines
voiles vers d'autres secousses politiques.
Ah! malheur à nous ! malheur à la France! si la
chambre ne renverse pas un pareil ministère !
D'autres promesses nous ont été faites... croit-on
que déjà nous les ayons oubliées? non! les voici ;
« Un trône populaire entouré d'institutions répu-
« blicaines, tel fut le programme adopté à l'Hô-
« tel-de-Ville par un patriote de 89, devenu roi-
« citoyen. Peuple et roi se trouveront fidèles à ce
« mandat (1).
« 19 décembre 1830.
« Signé LAFAYETTE.
« Contre-signé le chef d'état-major,
« CARBONNEL. »
(1) Moniteur, 20 décembre 1830.
( 15)
Il est vrai que, huit jours après cet ordre du
jour, Lafayette était destitué; mais il n'en a pas
moins dit la vérité : si l'on veut éviter de nou-
veaux orages, il faut rester fidèle à ce mandat! Et
qu'on ne prenne point le change sur ces mots
de trône populaire, d'institutions républicaines!
ces expressions qui font dresser les cheveux et
les oreilles doctrinaires ont été trop souvent
commentées à la tribune par l'un des interlocu-
teurs du balcon de l'Hôtel-de-Ville, pour qu'il
reste le moindre doute dans l'esprit des gens de
bonne foi sur le sens précis que la majorité pa-
triote y a toujours attaché. Ce n'est point de ré-
publique ni de président républicain qu'il s'agit,
mais d'institutions nationales et monarchiques,
franchement appuyées sur les intérêts généraux
et sur l'égalité. L'honorable M. Dupin et M. Ca-
simir Périer le savent parfaitement... mais ils ne
veulent point entendre; ils sentent que la révo-
lution est là tout entière, et ils se sont hâtés de
préluder au grand combat de la pairie par une
vigoureuse sortie préparatoire contre les pro-
messes de juillet qu'ils regardent comme l'épée de
Damoclès suspendue sur l'article 23 de la Charte.
Cependant, trois mois avant l'ordre du jour
que je viens de citer, un conseiller du trône , le
même M. Dupin, avait dit ces propres paroles (1) :
(1) Moniteur, Chambre des députés, 29 septembre 1830.
( 16 )
« Nous reconnaissons que nous devons accepter 98,
« nous reconnaissons qu'il ne faut pas changer 89,
« et que les demi-situations, les demi-mesures,
« tous les moyens qu'employait un gouverne-
« ment qui n'était pas de bonne foi, nous devons
« les rejeter. »
Eh bien, messieurs, voilà précisément le pro-
gramme ! C'est 89! et c'est ce que nous deman-
dons.... Voilà vos promesses que nous vous som-
mons de remplir aujourd'hui ; voilà nos droits que
nous ne sommes nullement disposés à nous lais-
ser arracher.... Fasse le Ciel que les nouveaux
221 nous les conservent et rassurent ainsi l'im-
mense majorité des Français qui a mis toutes ses
espérances dans l'indépendance et le patriotisme
de la chambre dé 1831 !
Mais voici venir le même monsieur Casimir
Périer qui s'écrie tout en colère : « J'y étais moi
« à l'Hôtel-de-Ville ! et je n'y ai entendu discuter
« sérieusement que ce qui est dans cette charte
« que nous avons tous jurée après le roi (1). »
Ceci n'est pas clair, M. Périer : expliquez-vous
donc ! Dites-nous ce qui a été discuté autrement
que sérieusement et qui ne figure encore ni dans
la charte ni dans le prudent et impartial Moni-
teur, qui cependant nous avait bien promis tous
(1) Moniteur du 30 mars, séance.

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin