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Que ferons-nous ? Par J.-C. J***

23 pages
Tiger (Paris). 1815. France (1814-1815). In-8 °. Pièce.
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QUE FERONS-NOUS?
PAR J. C. J***.
A PARIS,
Chez TIGER , Imp.-Libraire, rue du Peiij-Ponl-St.-Jacques,
au coin de celle de la Huchdie , au Pilier littéraire.
1815.
QUE FERONS NOUS?
QUE ferons nous? demande aujourd'hui
le Français à son concitoyen, dans la posi-
tion où se trouve la patrie ; l'un et l'autre
se trouvent bien embarrassés pour ré-
pondre : cependant, il y a quelques jours
que traversant le Palais Royal ; j'aperçus
un groupe de curieux qui paraissaient
fort agités ; je m'en approchai assez
pour enlendre le sujet de leur conversa-
tion. Un d'eux qui parlait avec faci-
lité , et qui me parut avoir suivi les
mouvemens de la révolution en homme
réfléchi , m'intéressa particulièrement
par ses raisonnemens , auxquels je vis
avec plaisir , que les autres applaudis-
saient. Messieurs, leur dit-il, vous vous
demandez les uns aux autres, que ferons*
nous? pour vous mettre à même de ré-
(4)
pondre à celte question, permettez-moi
de vous soumettre mes observations.
En 1787 et 1788, j'ai vu la France
heureuse et brillante , malgré quelques
dissentions qui s'étaient élevées entre le
parti Ministériel , et les Cours souve-
raines. Le Français avait encore de la
loyauté, de la douceur, et passait pour
le peuple le plus aimable de l'univers ;
mais hélas ! il devait perdre ces pré-
cieuses qualités ; puisse-t-il enfin les re-
couvrer!
Le déficit des finances fut un prétexte
pour tout brouiller., et l'on fit la révolu-
tion. Moi-même, séduit par ces grands
mots de liberté et d'égalité, dont les
philosophes avaient rempli leurs écrits ,
j applaudis à ce qui se faisait, parce que
je crus apercevoir un nouvel ordre de
choses qui nous conduirait à un plus
grand bien, mais, quand je vis la divi-
sion se glisser parmi les délégués du
peuple ; quand je vis l'assemblée consti-
tuante se changer en assemblée nationale;
(5)
quand je vis la vente des biens du clergé
décrétée , la France armée et soulevée
contre son souverain, et les princes for-
cés de prendre la fuite ; je commençai à
regretter l'argent que j'avais dépensé pour
une cocarde tricolore.
Cependant , comme je tenais à ma
famille, âmes affaires, à mes habitudes,
je fus obligé, pour ne point passer pour
aristocrate, de fréquenter les assemblées
de district, de section, et les clubs. Je
ne parle point des horreurs du 2, sep-
tembre , du 21 janvier et des autres ca-
tastrophes affreuses qui y furent propo-
sées , discutées , applaudies ; mais je me
contenterai de vous dire, que j'ai remar-
qué que ce sont les mêmes hommes ,
depuis le moment où l'assemblée consti-
tituante se forma en assemblée nationale,
qui ont fomenté, ourdi, et conduit les
diverses révolutions qui ont ensanglanté
notre belle France. Nous devons en ex-
cepter maintenant, ceux qui ont péri sur
Véchafaud, car messieurs les députés,
(6)
pour récompenser leur patriotisme, se
régalaient alternativement de la guillo-
tine ; comment cela se fit-il, c'est ce que
j'ignore.
Voilà donc la France république, mais
si bien gouvernée par un directoire exé-
cutif, qu'on fut oblige de faire venir
d'Egypte , Buonaparte , pour arrêter le
torrent des désordres qui allaient englou-
tir notre patrie. La journée hardie de
Saint-Cloud lui mit en main tous les
pouvoirs, et l'on ne peut disconvenir
qu'il ne nous ait rendu de grands ser-
vices ; alternativement premier Consul,
Consul à vie , Empereur au nom du
Peuple , par le suffrage d'un Sénat fla-
gorneur qui l'a conduit à sa chute , il a
fait une infinité de grandes choses , qui,
quoiqu'en disent ses détracteurs, lui
mériteront notre reconnaissance ; trahi
par ceux qu'il avait comblé de bienfaits,
il est descendu du trône, il a été forcé
de fuir loin de la capitale qui n'a opposé
(7)
qu'une faible défense aux troupes du ;
nord qui l'assiégeaient
Eh ! comment pouvions-nous repous- .
ser l'ennemi, s'écria un des auditeurs,
non-seulement nous n'avions point d'ar-
mes , mais encore on nous en a refusé
lorsque nous en avons demandé , et le
commandant de Paris avait fait cons-
truire à grands frais autour de cette ville'
des fortifications semblables à celles dont
Robinson environna son habitation.
Nous divaguons, messieurs, reprit ici
le premier interlocuteur , tout s'éclair-
cira dans la suite , qui vivra verra , ne
sortons pas de notre question , quejerons-
nous ?
La reddition de Paris fut heureuse-
ment suivie du retour des Bourbons dans
leur patrie. Leur entrée triomphante dans
cette ville , fait honneur au coeur des
Parisiens : mais pourquoi faut-il que leur
joie soit troublée? pourquoi faut-il que
l'on cherche à banir de leur esprit l'heu-
reux avenir qu'ils entrevoyaient. Des agi-
( 3)
tateurs sèment la division, et fomentent
un parti opposé a celui des Bourbons ;
on va jusqu'à faire regretter le règne de
Napoléon, sans en donner aucune raison
solide ; les patriotes, c'est-à-dire ceux qui
ont suivi les mouvemens de la révolution
sans autre intérêt que celui du bien pu-
blic qu'ils croyaient apercevoir, seront-
ils donc toujours dupes des intrigans qui
les ont foulés , écrasés , qui se sont en-
richis, en servant toutes les factions, et
qui n'ont recours à eux, que lorsqu'on
leur a arraché une autorité dont ils
avaient abusé. Qu'on [examine particu-
lièrement la conduite d'un Carnot qui
publie effrontément des mémoires où le.
souverain avoué par la nation est in-
culpé : quel bien a-t-il fait aux patriotes ?
qu'on lise ses discours aux i4 juillet et
Ier vendémiaire, lorsqu'il était membre
du Directoire exécutif : on verra comme
il traitait ces mêmes patriotes qu'il vou-
drait rattacher à une cause usée. Les
autres directeurs ne s'exprimaient pas
(9)
avec plus de ménagement sur leur compte,
dans leurs harangues ; et leur système de
bascule n'a-t-il pas été funeste à un grand
nombre de vrais citoyens? au parnasse
même, ne voyait-on pas les orateurs
tantôt blâmer et tantôt louer les écrivains
qui avaient défendu avec chaleur dans
des lems difficiles, les intérêts du peuple.
Soyons de bonne foi, mes amis, Na-
poléon a-t-il mieux traité ces mêmes pa-
triotes avec lesquels il criait dans Toulon,
à bas les aristocrates. Ne parlons pas de
l'expédition d'Egypte, de l'incendie du
Cap, mais pendant son règne, ne rejetait-
on pas sur les patriotes tous les mouve-
mens contraires à ses opérations? n'a-t-il
pas fait déporter les pères, pendant que
1 s enfans répandaient leur sang pour lui
dans ses armées ; et trois mois avant la
journée du 3o mars, n'a-t-on pas éloigné
de leurs foyers , un grand nombre de
patriotes, par les conseils perfides de ces
hommes qui désireraient peut-être au-
jourd'hui qu'ils se raliassent pour rame-