//img.uscri.be/pth/4dc8e033a54d5703f7f0036a0af14cb22b530279
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Quelques considérations sur les finances de la France / par le Comte Lad. K.

De
20 pages
impr. J.-V. Ardoin (Menton). 1871. 17 p. ; in-8.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

QUELQUES CONSIDÉRATIONS
SUR
LES FINANCES
DE LA FRANCE
PAR
LE COMTE LAD. K.
MENTON
IMPRIMERIE J.-V. ARDOIN, LIBRAIRE ET PAPETIER
1 , Rue du Castellar et rue St-Michel, 2
I 8 7 1
1
La guerre qui va se terminer par un traité de
paix aura pour conséquence de faire peser sur la
France des charges énormes, destinées à la rendre
impuissante pour un certain laps de temps.
Afin de bien comprendre l'importance de ce qui
va suivre, il faut se pénétrer de la conviction que
l'on a en face de soi un ennemi sérieux, qui ne fait
pas la guerre pour la gloire, mais bien pour at-
teindre un but tout positif. L'effort qu'il a préparé
de longue main a été immense ; les chances qu'il a
couru, terribles; le bonheur constant qui l'a favorisé,
inouï.— Il veut exploiter à fond sa victoire, pour n'être
pas une seconde fois obligé à de pareils sacrifices,
ni exposé aux mêmes dangers, ni forcé d'invoquer
le retour d'une fortune hors ligne, sur laquelle il
n'ose plus compter.
En un mot, il veut se mettre au-dessus d'un
— 2 —
revirement du sort. Il sait que la France se prépa-
rera à une revanche ; — il prévoit les combinaisons
politiques qui doivent l'amener;— il sent d'instinct
qu'une nouvelle campagne l'attend dans quelques
années à l'est de son Empire; — il saisit parfaite-
ment le rôle de la France à ce moment, et comprend
le danger d'être pris entre deux feux. Mais, à ces
probabilités de l'avenir, il oppose dès aujourd'hui
un calcul profond, et n'oublie aucun facteur de sa
politique. En effet, il élève déjà coalition contre
coalition. Dans ce but, nous le voyons se rapprocher
de l'Austro-Hongrie, et appuyer les tendances des
deux races germanique et magyare, qui s'y donnent
la main pour dominer l'élément slave. Il spécule
sur la terreur que leur inspire la Russie, et les attire
à lui par l'appas d'une protection toute puissante.
Des voix éloquentes ont déjà dénoncé au monde
l'alliance Austro-Prussienne qui est en voie de for-
mation. Elle mettra à la disposition d'une politique
aventureuse un million de soldats de plus, qui
conduits par des chefs comme ceux que nous avons
appris à connaître, auront mathématiquement raison
de toute résistance.
Une seule chose pourrait rendre ce résultat in-
certain : — c'est que la France ne fût pas aussi épui-
sée, malgré la guerre et malgré la paix, que ne
l'espèrent ses ennemis. Si elle pouvait encore figurer
activement dans le concert Européen, la balance
des forces que les Prussiens tâchent de faire pencher
en leur faveur, se rétablirait à leur détriment.
— 3 —
Aussi veulent-ils annihiler la France par tous les
moyens possibles : — par la terreur, qui hébète le
peuple, — par la mutilation du territoire, qui laisse
Paris à portée d'un coup de main, —par l'occupa-
tion d'une province, qui ouvre la porte à toutes les
complications voulues, — par une indemnité enfin
qui écrase! Ils auraient volontiers songé à un partage
si la chose était possible aujourd'hui même. Mais la
décomposition sociale n'est pas encore assez avan-
cée, les partis assez forts contre leur mère commune,
ni les autres voisins, habitués au respect de la France,
assez osés pour porter la main sur elle. Les Prus-
siens se résignent donc à attendre, et abandonnent
même le projet conçu primitivement de replacer
sur le trône impérial un Bonaparte, qui, dans
leur idée, devait jouer le rôle dévolu autrefois à un
Poniatowski en Pologne.
Mais si de ce côté ils ne mettent pas d'obstacle à la
paix, et cherchent même en un certain sens à lui fa-
ciliter les voies, ils ne renoncent nullement à la ren-
dre la plus désastreuse possible ! Outre une cession
de territoire et les conséquences stratégiques et po-
litiques qu'elle entraîne, dont nous n'avons pas à
nous occuper ici, ils imposent une indemnité de
guerre qui sera probablement de plusieurs mil-
liards. Ne parvenant pas à tuer leur adversaire à
coups de crosse et de fusil, ils lui font prendre un
poison qui rongera ses entrailles et le jettera expi-
rant à terre. A l'aide d'une charge aussi lourde, ils
comptent bouleverser toute l'économie intérieure de
— 4 —
ce pays, entraver son développement politique, et le
retrouver, au bout de quelques années, alors qu'ils
seront les maîtres du Nord, au point où ils l'auront
laissé maintenant.
Il est du devoir de tout Français—et spécialement
de ceux qui sont aujourd'hui aux affaires et qui de-
vront se soumettre à la terrible nécessité d'accepter
les conditions dictées par la Prusse — de déjouer
ses calculs par une bonne politique et de bonnes
finances.
II
Nous venons d'établir ce que signifie la contribu-
tion de guerre réclamée par le vainqueur. Elle veut
dire pour lui désorganisation lente et ruine du crédit
du vaincu. Il a raisonné en s'appuyant sur les don-
nées ordinaires, et elles lui ont fourni les conclu-
sions qu'il présente à la France sous forme d'exi-
gences. Il les pousse aussi loin qu'il lui est nécessaire
pour être sûr de son fait et ne s'arrête qu'au point
marqué par la certitude de son triomphe.
Il s'est dit : réclamons une rançon immense. Il est
évident que la France ne pourra fournir qu'une som-
me minime en espèces d'or et d'argent—qu'une
part relativement peu considérable en billets de ban-
que, et que pour le reste elle devra avoir recours
à un emprunt ou bien au papier-monnaie. Il n'y a
pas moyen d'en agir autrement.
L'emprunt ! C'est d'abord une charge indéfinie
qu'assume la France. Depuis longtemps on y a
— 6 —
abandonné le système d'amortissement, qui revient
à un taux trop élevé, si on l'ajoute, comme dépense
annuelle du budget, au pour cent servi, qui se
maintient lui-même dans le rapport de cinq centi-
mes par franc.
Dans le cas présent, ce rapport deviendra plus
onéreux encore, à en juger par les récents arran-
gements conclus à Londres par le Gouvernement
de la Défense Nationale. Il montera jusqu'à 6 p. cent,
au taux d'émission; tel est déjà le cours de la rente,
qui se maintient à 51 et 52. D'ailleurs, la France
sera encore forcée de conclure des emprunts subsé-
quents pour panser les plaies de la guerre ! Bientôt
elle sera amenée à avoir des finances dans le genre
de celles que possèdent l'Espagne et l'Italie. Ses
rentes baisseront sur toute la ligne, et de fait elle
se trouvera payer 7, 8 et 10 p. cent. Ce ne sera pas
le moment pour elle, en présence des crises qui
se suivront, de rogner sur les services publics pour
se débarrasser de ses obligations. Un pareil effort
à long terme, soixante ou quatre-vingts années, ne
convient pas à son tempérament nerveux; — elle
empruntera tant qu'elle pourra, et finira par la
banqueroute, par la « hideuse banqueroute. » —
Voilà ce qui l'attend dans dix à quinze ans !
Le papier-monnaie présente peut-être moins d'in-
convénients directs au point de vue de la richesse
publique, ainsi que nous le constatons en Russie,
où il représente douze fois la valeur d'or et d'argent
qui lui sert de garantie. Il n'exige pas un débours