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Quelques idées sur les dangers de la liberté indéfinie de la presse en France, par un ami de la tranquillité. (Signé : A. d'Aldeguier. 6 juillet.)

De
17 pages
Landriot (Clermont-Ferrand). 1814. In-8° . Pièce.
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SUR LES DANGERS
DE LA LIBERTÉ INDEFINIE
DE LA PRESSE
EN FRANCE;
PAR UN AMI DE LA TRANQUILLITÉ.
A CLERMONT-FERRAND,
Chez P. LANDRIOT, imprimeur de la Préfecture et de
l'Académie, et libraire.
1814.
SUR LES DANGERS
DE LA LIBERTÉ INDÉFINIE
DE LA PRESSE
EN FRANCE.
EN écrivant sur la liberté de la presse, je n'ai pas
la folle prétention de guérir les anglomanes, ni les
patriotes de 89 : ces sortes de gens sont incorrigibles.
Si cette vérité n'étoit pas démontrée déjà depuis long-
temps , les circonstances où nous nous trouvons la
démontreroient jusqu'à l'évidence. Nul n'est plus sourd
que celui qui ne veut pas entendre. Je ne cherche donc
qu'à m'éclairer moi-même en me rendant raison de
certaines idées qui me sont nées sur ce sujet, et que
leur abondance m'avoit empêché de mettre en ordre,
et de classer dans ma tête. Si je fais participer le public
à mes réflexions, c'est que j'ai pensé que si elles ne
lui étoient pas d'une très-grande utilité, elles ne pour-
roient du moins lui nuire, et qu'il n'est personne qui,
avec des intentions droites et le bon sens le plus com-
mun , ne puisse concevoir une idée utile à la société.
L'imprimerie n'existe que depuis le milieu du quin-
zième siècle, et dans son enfance elle ne servit qu'à
rendre communs certains ouvrages de piété ou clas-
siques , d'une utilité indispensable pour les églises et
(2)
les écoles. Les frais d'impression etoient chers, les
imprimeurs n'ayant pas encore acquis cet usage de la
composition, qui fait qu'on imprime aujourd'hui pres-
qu'aussi vite que l'on écrit. Avant cette mémorable
époque, on ne pouvoit publier ses idées que par le
secours d'un copiste; et pour peu qu'un pauvre auteur
eût broyé du noir, et qu'il voulût multiplier les exem-
plaires de ses productions, ce moyen dispendieux le
ruinoit infailliblement. N'existoit-il alors aucune liberté
dans le monde, et n'est-ce que depuis l'invention de
l'imprimerie que nous avons des chefs -d'oeuvres en
littérature, en morale et en politique, et que les hommes
ont des idées libérales? Je ne sais; mais il faut que
l'on me prouve ou que les Grecs et les Romains étoient
des esclaves ignorans qui n'avoient aucune idée du beau
dans aucun genre, ni de la véritable liberté, ou que
l'on convienne que l'on peut être libre et éclairé sans
l'imprimerie, et par conséquent sans la liberté de la
presse.
Les productions littéraires qui nous restent des
anciens, sont presque toutes des chefs-d'oeuvres ; leurs
oeuvres de politique, de morale et de législation, sont
encore ce que nous avons de mieux dans ce genre. Les
républiques anciennes furent plus florissantes, mieux
et plus sagement gouvernées que les états modernes;
et nous possédons cependant l'imprimerie, dont ils
n'avoient pas la moindre idée. Je laisse à nos législa-
teurs , à nos publicistes révolutionnaires, le soin de
raisonner sur ce texte, bien certain que d'une manière
ou d'autre ils résoudront la difficulté; mais je doute
qu'ils me prouvent que dans le beau siècle de Périclès
il y eût à Athènes des myriades d'écrivains qui inon-
dassent la ville de productions mal digérées sur les
questions les plus importantes, et que Solon et Numa
(3)
n'auroient pas eu l'amour-propre de résoudre d'une
manière, satisfaisante.
Aujourd'hui que tout le monde peut publier ses
idées à peu de frais, l'amour-propre, la cupidité et
l'esprit de vertige, ont multiplié à l'infini les mau-
vaises productions dans tous les genres. Un pauvre
diable, âgé de quinze ans, à peine vêtu, et sortant
d'un lycée où on lui apprit à lire et à faire l'exercice,
se croit appelé à éclairer ses concitoyens, et ne doute pas
que les dix écus qu'il sacrifie à se faire imprimer, ne lui
rapportent une ample moisson de richesses et de gloire.
Et, disons-le à la honte de notre bon sens et de notre goût,
plus d'un succès non mérité a mis les mauvais auteurs
dans le cas de penser ainsi. La médisance, la calom-
nie, l'invitation au mépris du gouvernement, l'appel
à l'insurrection même, sont autant d'appas qui attirent
le public curieux vers ce genre de production. On
s'embarrasse peu de savoir si ce que dit le libelliste
est utile, raisonnable et vrai; on le lit, on rit de ses
saillies, s'il y en a ; on répète ses méchancetés, on
les croit, et on crie contre l'autorité, sans réfléchir
que l'auteur ne sait rien, n'est au fait de rien, et écrit
au hasard, sans autre motif que celui de piquer la
curiosité publique et de gagner quelqu'argent.
Voilà ce que c'est que la liberté de la presse, et
la seule utilité dont elle est aux gouvernemens qui la
tolèrent indéfiniment. Les penseurs du jour appellent
cela la liberté de la pensée, comme si la publication
de la pensée et sa manifestation par la voie de la
parole ou par celle de l'impression, étoit aussi simple
que la pensée elle-même, et comme si cette publica-
tion, de quelque manière qu'elle se fasse, n'intéressoit
pas essentiellement la sûreté publique.
On arrêteroit un homme qui,monté sur destréteaux,
(4)
en insulteroit un autre, ou harangueroit le peuple, et
le porteroit à l'insurrection : dans ce dernier cas, on
linterrogeroit pour savoir quelles sont ses intentions,
s'il a des complices ou des instigateurs; on le puniroit
pour le mal qu'il auroit fait, et on le surveilleroit pour
l'empêcher d'en commettre à l'avenir. Qu'auroit-il
fait cependant que de manifester sa pensée ? pourquoi
le gêneroit-on dans l'exercice de ce droit si précieux
et si sacré ? ou, si on m'accorde qu'on doit le punir,
pourquoi ne punissoit-on pas celui qui, d'une manière
plus calme, plus réfléchie et non moins dangereuse,
répandroit la même opinion dans la société, par le
moyen de la presse? pourquoi ne préviendroit-on pas
à l'avenir ses mauvaises intentions ?
J'ai dit que le moyen de la presse étoit non moins
dangereux que celui de la parole, parce que l'écrit,
non-seulement est lu dans les lieux publics, sur les
places, dans les cafés, dans les cabarets, mais qu'il
va même chercher l'homme paisible, jusque dans la
retraite de son cabinet. Un imprimé d'ailleurs impose
davantage au peuple, que la simple expression verbale:
il est plus étudié, les questions y sont présentées et
discutées avec plus d'art ; il donne des inquiétudes et
des méfiances aux hommes foibles, et fait souvent d'un
homme bon, mais ignorant et simple, un ennemi
déclaré du gouvernement, sous lequel il avoit vécu
heureux jusqu'au moment où il l'a lu.
On m'objectera que la tribune suppléoit la liberté
de la presse chez les anciens. Mais les inconvéniens
de la tribune étoient corrigés sur-le-champ; chaque
parti s'y présentant à son tour pour y discuter ses droits,
la défense étoit presqu'aussi prompte que l'attaque; et
celle-ci avoit à peine remué les esprits dans un sens,
que la première les remuoit aussitôt dans un sens opposé.
(5)
Un écrit, au contraire, se répand, est lu et a fait tout
l'effet qu'on en attendoit, avant que le gouvernement,
l'homme public ou privé qu'on y attaque, en aient eu
connoissance. Le poison est bu depuis long-temps lors-
qu'on administre le remède. Prévenu par le premier
qui entre en lice, on ne lit la défense que pour la con-
damner; le plus souvent même, on ne la lit pas du
tout. Ainsi, un faux principe est répandu et adopté,
la réputation d'un homme est détruite, et son honneur
flétri, avant même que la partie lésée ait eu connois-
sance du mal qu'on a voulu et qu'on est parvenu à lui
faire.
Mais, nie dira-t-on, on arrête un écrit, on fait un
procès au coupable, et on le fait punir par les tribu-
naux. J'en conviens. Mais quand l'arrête-t-on? quand
le punit-on? quand le mal est fait Et qu'importe
à l'homme avili, calomnié, que l'on traîne en prison
l'auteur famélique, le calomniateur qui l'a attaqué ?
l'esclandre, dans ce cas, n'est-il pas pire que le mal?
ne faut-il pas paroître devant un tribunal, essuyer les
sarcasmes d'un défenseur officieux, voir dérouler aux
yeux d'un public malin l'histoire entière de sa vie?
Et quel est l'homme si juste, si honnête, si réservé
qu'il soit, dont les actions, présentées sous un certain
jour, ne donnent prise à la méchanceté? L'offensé, s'il
a de l'honneur, se désole, tandis que son lâche adver-
saire, souvent trop méprisable pour sentir ses torts, a
eu le malin plaisir de le couvrir de ridicule, et en est
quitte pour quelques instans de prison, qu'il y passe
moins désagréablement peut-être que dans son grenier.
Quoi ! un pharmacien vend de l'arsenic indistincte-
ment à tous ceux qui se présentent, et on le laissera
librement vendre son poison, et on attendra pour le lui
défendre que les crimes se soient multipliés, et cela sous