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Quelques mots de réponse à M. le Dr Brébant... [Signé : V. Tourneur.]

De
27 pages
impr. de V. Geoffroy (Reims). 1872. In-8° , 26 p..
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QUELQUES MOTS
DE RÉPONSE
A M. LE DOCTEUR BREBANT
Prix : 20 centimes
SE VEND AU PROFIT DES PAUVRES
REIMS
IMPRIMERIE V. GEOFFROY ET Cie
24, RUE PLUCHE, 24
1872
QUELQUES MOTS
DE
REPONSE A M. LE DOCTEUR BREBANT
M. Brébant avait publié dans l'Indépendant
Rémois une série d'articles contre les discours sur
l' Autorité et la Liberté, prononcés par Monseigneur
l'Archevêque de Reims, en sa Cathédrale, aux mois
de Décembre et de Janvier derniers.
M. Brébant vient de réunir son Humble Réponse
en une brochure de quarante-quatre pages. Il nous
semble utile de répliquer brièvement à certaines
assertions, ou, pour parler plus franchement, à cer-
taines calomnies dont M. Brébant a un peu parsemé
son opuscule. Ce n'est point une réfutation en règle
des théories de M. Brébant que nous entreprenons.
Il faudrait pour cela bien connaître les idées de
M. le Docteur, et vraiment la tâche n'est pas fa-
cile.
Ainsi dans un article publié le 4 mai 1871, par
1
— 2 —
le Courrier de la Champagne, il résumait ainsi ses
pensées :
« Je pense que si tous les hommes, par suite d'une
» éducation juridique rationelle, avaient dans l'esprit
» la notion idéale de la justice harmonisant dans la
» solidarité universelle toutes les individualités li-
» bres et tous les groupes jusqu'à l'humanité en-
» tière, tous les temps et tous les lieux de la zone
» d'activité où l'homme fournit sa carrière sociale ;
» je pense que cette justice purement humaine,
» mais réelle, mais rationelle, mais personnelle et
» tout à la fois universelle, je pense, dis-je, que
» l'accomplissement de cette justice naturelle dimi-
» nuerait d'autant les rectifications nécessaires que
» la théorie de la justice extra-humaine reporte à
» une existence ultra-mondaine. »
Vraiment c'est d'une clarté éblouissante !
Nous nous bornerons donc à certains points qui
ont besoin d'une rectification spéciale dans l'Humble
Réponse.
I
Monseigneur a dit et répété vingt fois qu'il ne
faisait point de politique, que sa parole restait com-
plétement étrangère aux formes de gouvernement,
que ses discours pourraient être prononcés à Wa-
shington comme à Reims, que les formes du pou-
voir et le mode de transmission tenaient à des
intermédiaires humains et aux institutions so-
ciales.
Vous savez, Mes Très-Chers Frères, que je n'ai pas l'habi-
tude de faire de la politique : rassurez-vous, je n'en ferai pas
— 3 —
aujourd'hui, du moins dans le sens que l'on attache ordinai-
rement à cette expression. Mais je m'arrêterai à ce sommet
des questions, où les systèmes étroits de l'esprit humain dis-
paraissent pour faire place aux grands intérêts des nations.
A ce titre, j'ai le droit de parler comme je vais le faire,
parce que rien de ce qui touche à la vie et à l'avenir des
peuples ne saurait demeurer étranger à la religion. Du
reste, ce que je dirai s'applique à toutes les formes de gou-
vernement; que l'on soit en république ou en monarchie,
ma parole restera vraie, et par conséquent elle ne saurait
blesser aucun esprit raisonnable, quel que soit son parti
politique. Les questions que je traiterai tiennent à ces sphères
élevées des principes, où tous les esprits vrais et amis de la
France peuvent se rencontrer, quelles que soient d'ailleurs
leurs prédilections particulières (1). (p. 6-7.)
La grande majorité des théologiens et des docteurs catho-
liques enseigne que le pouvoir en lui-même, quelle qu'en
soit la forme, République ou monarchie, quel qu'en soit le
représentant, Président ou Roi, que le pouvoir en lui-même
vient de Dieu. Mais les formes du pouvoir, le mode de trans-
mission, tiennent à des intermédiaires humains et aux ins-
titutions sociales, (p. 15-16.)
Nous sommes en République, c'est très-bien ; Evêque dé-
voué à tous mes chers diocésains, je n'appartiens à aucun
parti politique, j'aime la France, et j'accepte tout ce qui la
fera vraiment prospérer, (p. 213.)
Rien n'est plus clair que ce langage. — Cela
n'empêche pas M. Brébant (pages 19 à 22) « de lire
entre les lignes des discours de Monseigneur », et
de transporter le débat sur un terrain politique que
le Prélat a voulu précisément éviter. — Nous en-
(1) Nous renvoyons aux pages de la nouvelle édition des Discours
faite à Paris par V. Palmé, sous ce titre : l'Autorité et la Liberté.
— 4 —
gageons M. Brébant à ne plus lire entre les lignes :
avec ce système de lecture, on est exposé, par une
illusion d'optique, à épeler ses propres idées, et à
combattre chez les autres ce qu'il n'ont pas dit, ni
voulu dire.
II
M. Brébant promet de répondre à une objection
de Monseigneur, si le Prélat lui déclare « clairement
qu'il admet le droit de gouvernement pour chaque
personne dans sa raison propre. » (p. 24.)
Impossible de répondre clairement à ce que l'on ne
comprend pas : si cette phrase avait un sens, elle vou-
drait dire, sans doute, que chacun a le droit de faire
ce qu'il veut, ce serait alors le droit à l'anarchie la
plus complète ; car si « ma personne a le droit de gou-
vernement dans sa raison propre, » il est clair que
mon voisin en peut dire autant, et le voisin de mon
voisin, etc. Alors chacun ayant sa raison propre
et son droit propre, ce serait un idéal de gouverne-
ment ! Autant vaudrait renouveler le système des
atomes d'Epicure ; du moins ceux-ci avec le temps
parvinrent à s'accrocher.
III
M. le Docteur affirme que le catholicisme enseigne
aux enfants « le mépris du travail agricole et de l'in-
dustrie » (p. 28) ; et il ajoute (p. 29) : « Si je leur
demande quelle est la légitimité de la propriété, ils
n'en savent rien, si ce n'est que c'est une chose mé-
— 5 —
prisable pour le chrétien et un danger pour le sa-
lut.»
Nous osons DÉFIER M. Brébant de citer un seul
article de l'enseignement catholique qui apprenne
aux enfants ces énormités.
Pour nous, le travail n'est pas seulement une peine
du péché, il est avant tout une noble application des
facultés de l'homme. « Dans l'état d'innocence, nous
disent les Livres saints, l'homme avait reçu en dépôt
la garde et la culture du paradis terrestre (1). » Le
travail eût donc existé, et aurait continué d'exister,
si l'homme avait persévéré dans la voie du bien ;
seulement le travail n'eût pas été accompagné de cette
souffrance et de ces sueurs laborieuses, qui, pour nous,
il est vrai, sont une des suites du péché.
Non-seulement nous n'enseignons pas le mépris de
l'agriculture, mais dans l'occasion nous nous plaisons
à répéter la parole de l'Ecriture : « Vous aimerez
les ouvrages laborieux et l'agriculture qui a été ins-
tituée par le Seigneur, rusticationem creatam ab
Altissimo (2). » Or si l'Eglise proclame avec les
Livres saints que l'agriculture a été instituée par
le Seigneur, comment pourrait-elle enseigner que
« le travail agricole est bon pour des esclaves,
méprisable et par conséquent digne d'être re-
poussé? (p. 28.) » Il n'y a que la logique de M. le
Docteur qui pourrait concilier de pareilles contra-
dictions.
Saint Augustin, loin de blâmer l'agriculture, re-
proche au contraire aux Manichéens de la détester,
agriculturam, quoe omnium, artium est innocentis-
(1) Gen. II.
(?) Eccli. VII, 16.
— 6 —
sima, dementer accusant (1). Ailleurs, il célèbre les
délices de la vie des champs, et il ajoute que ce tra-
vail de l'agriculture eût été bien plus agréable, si
l'homme avait persévéré dans l'état de justice origi-
nelle (2).
Quant à la propriété, la plus odieuse calomnie
est de prétendre, « que c'est une chose méprisable
pour le chrétien et un danger pour le salut. » Fasse
le ciel, qu'au milieu des doctrines dissolvantes, au-
jourd'hui répandues partout, fasse le ciel, qu'une
heure n'arrive pas, où la propriété n'aurait plus
d'autre appui que l'enseignement chrétien !
Et c'est ainsi que M. Brébant écrit l'histoire ! Alors
quel nom donner à ce genre de polémique, où l'on ca-
lomnie au lieu de discuter sérieusement ? « Calomniez !
calomniez ! disait le chef, il en restera toujours
quelque chose»; et malheureusement il en reste tou-
jours quelque chose, surtout auprès de ceux qui
n'ont pas eu le temps d'étudier et qui ne supposent
pas que l'on puisse ainsi calomnier ses adversaires,
sinon avec calcul, du moins avec une naïve outre-
cuidance.
Monseigneur de Reims a fait, étant Evoque de
La Rochelle, un discours au Congrès régional. Il y
développe les idées chrétiennes sur les droits de
l'homme à gouverner et à travailler le monde exté-
rieur, et en particulier sur l'agriculture. Nous enga-
geons M. Brébant à lire ce discours ; il apprendra
sur l'enseignement chrétien beaucoup de choses dont
il ne se doute même pas.
(1) De Hoeres. n° 46, t. VIII, p. 51.
(2) De Genes, Lib. VIII, n° 15, t. III, p. 375-376.
— 7 —
Citons les pages suivantes :
Si je me bornais aux apparences qui suffisent à plusieurs,
je ne verrais en vous que des travailleurs de l'ordre matériel,
ayant une intelligence parfaite de tout ce qui se rattache à
la culture du sol, au perfectionnement des races et des pro-
duits agricoles. Mais alors, Messieurs, permettez-moi de
vous le dire, vous ne seriez pas assez grands à mes yeux.
J'aime mieux voir en vous la dignité du Roi de la nature,
qui exerce cette haute et solennelle juridiction dont l'homme
a été revêtu au jour de la création, et qui l'emploie à la gloi-
re de son premier maître et à l'utilité de ses semblables. A
ce point de vue l'homme ne nous apparaît plus comme un-
ouvrier vulgaire; c'est un prince qui fait acte de souveraine-
té et dont la puissance, pour être déléguée, n'en est pas
moins réelle et glorieuse (1).
Vous savez que dans les anciennes familles, on aime à
parcourir les vieux parchemins qui constatent les titres et
les exploits des ancêtres. La vraie noblesse de l'homme, la
plus illustre de toutes, est consignée dans des parchemins
aussi anciens que le monde. Analysons en ce moment le
chapitre de nos Livres saints qui se rapporte à la solennité
de ce jour.
Le Seigneur avait fait entendre sa voix sur les abîmes du
néant ; il avait évoqué la création, et la création s'était levée
à sa parole, comme une île riante qui tout-à-coup sortirait
du fond de l'Océan. La terre et les grandes eaux, les prai-
ries, les montagnes et les vallées, les arbres et leurs fruits
(1) Primo patri tanquam praedominanti toti humanae naturae, datum est
privilegium regendi et dorainandi, ut in Genesi scriptum est : « Crescite,
inquit Dominus, et multiplicamini et replete terrain, et dominamini pis-
cibus maris, et volatilibus coeli, et cunctis animantibus quae moventur
super terram. » Uncle ad regiam majestatem pertinet his omnibus
uti et abundare, et quanto plus in his dominatur, tanto plus primi
Domini principatum habet similiorem, cùm omnia sint ad usum ho-
mihis deputata in creationis primordio. (Saint Thomas, de regim. princ.
1. 2, c. 6.)
— 8 —
savoureux, les oiseaux du ciel avec leur musique harmo-
nieuse, la clarté des étoiles et les rayons splendides de l'as-
tre du jour, toutes les richesses de l'amour créateur étaient
répandues sur ce vaste univers ; il ne manquait plus qu'un
maître pour commander et un prince pour jouir. Mais, re-
prend saint Grégoire (1), il ne convenait pas que le Roi fût
introduit avant la création et l' mbellissement de son em-
pire ; et de même qu'un habile amphitryon n'admet ses con-
vives dans la salle du festin que lorsque tout est prêt et
que la table est richement ornée, ainsi le Seigneur avait pré-
paré à l'avance comme un magnifique banquet dans toutes
les richesses de la nature ; il avait tout disposé avec la
splendeur et la surabondance de son inépuisable fécondité.
Les préparatifs terminés et la salle ornée avec un luxe royal,
Dieu a fait un nouveau signe au néant, signe plein d'amour
et de majesté; l'homme s'est levé comme l'étoile du matin,
et l'ordonnateur suprême l'a introduit comme l'hôte bien
aimé, comme le prince et le souverain qui devait jouir et
gouverner.
Et Dieu dit à sa créature privilégiée : Regarde ce vaste uni-
vers ; il est l'ouvrage de mes mains, et je l'ai encore perfec-
tionné pour toi. Il sera ton héritage : je le livre à ta puissan-
ce, afin, que tu en jouisses comme un souverain, que tu le tra-
vailles comme un maître, et que tu sois en ce monde comme
le représentant de mon autorité : Et dominamini universis
animantibus quoe moventur super terram... et proesit universoe
terroe. (Genèse, 1.) — His omnibus proefecit hominem Domi-
nus, hoc illum in terrâ constituens, quod ipse esset in coelo.
(S. Chrys. ad Stag., 1. 1, n° 2.) — C'est au souvenir de ces
merveilles que le Prophète s'écriait : « Seigneur, que votre
nom est admirable sur toute la terre! Qu'est-ce que l'hom-
me, puisqu'ainsi vous l'avez environné d'honneur et de gloi-
re ? Vous l'avez établi comme un chef sur toutes les oeuvres
de vos mains ; vous avez tout mis sous ses pieds : les animaux
(1) Greg. Nyss., de opif. hom., c. 2.
— 9 —
des campagnes, les oiseaux du ciel, et les poissons qui par-
courent les sentiers de la mer : Omnia subjecisti sub pedibus
ejus : oves et boves universas, insuper et pecora campi, volu-
cres coeli, et pisces maris, qui perambulant semitas maris, »
(Ps. 8.)
Je regrette, Messieurs, de ne pouvoir suivre avec vous les
détails et les conséquences de cette vaste puissance de com-
mandement. Il serait facile de montrer la gloire dont Dieu a
environné notre nature, l'étendue de cette souveraineté qui
nous a été confiée et dont les plus beaux restes n'ont point
été détruits par le péché. Il y aurait à faire un récit glorieux
de tous les exploits de l'homme sur la nature, de ses lentes
et pacifiques conquêtes, de ses laborieuses et honorables
victoires. J'éprouverais quelque satisfaction à vous dire
comment cet être faible en apparence, et qui par une loi
exceptionnelle naît tout désarmé, est cependant parvenu
avec son intelligence à affermir partout son incontestable do-
mination, comme si la nature, en nous mettant au jour dans
le plus complet dénûment, voulait faire ressortir davantage
l'énergie de cette puissance qui saura gouverner le monde
sans autre ressource que le génie.
Mais, Messieurs, en suivant l'ordre de ces idées que
j'avais d'abord conçues, je dépasserais les limites d'un
discours, je ferais presque un traité : aussi, après vous
avoir laissé entrevoir toute la richesse dé notre sujet, je me
restreins à vous adresser quelques paroles sur les avantages:
de l'agriculture.
« Vous aimerez les ouvrages laborieux et l'agriculture qui
a été instituée par le Seigneur. » Ainsi parlent les Livres
saints. — Non oderis laboriosa opéra, et rusticationem crea-
tam ab Altissimo. (Eccli. 7. )
L'agriculture est la principale source de richesses pour
une nation(1) : la terre contient la vraie fortune de l'homme.
(1) Les paroles qui suivent nous montrent l'importance que les Docteurs
de l'Eglise attachaient aux questions agronomiques : « Il faut, dit saint