//img.uscri.be/pth/6407e2e4a9f21fb2faf5171f1f21e4ed4dab597f
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Quelques observations faites à Marseille, depuis le 1er jusqu'au 12 avril 1815

31 pages
impr. d'A. Ricard (Marseille). 1815. France -- 1815 (Cent-Jours). [2]-31-[1] p. ; in-8.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

QUELQUES
OBSERVATIONS
FAITES A MARSEILLE
Depuis le t," jusqu'au 12 Avril 1815;
A MARSEILLE;
De l'Imprimerie d!AxrolYr R I C A R D -
Rue Paradis, NO 3x«
A MONSIEUR
RAYMOND MNÉ,
MEMBRE DE LA LÉGION D'HONNEUR;
MAIRE DE LA VILLE DE MARSEILLE,
Marseille, le 14 avril 1815.
MONSIEUR LE MAIRE,
Vous avez agréé que cet enfant de mes loisirs
durant quelques journées qui, sans lui, m'auraient
parues bien longues, prît Vessor en public. Je le
recommande, sous vos auspices, à l'indulgence
de vos Administrés.
L'exaltation, je dirai même l'opiniâtreté de leurs
sentimens actuels sont les indices d'une vive s en si-
bilité. Ce seraient, si je ne me trompé, d'excellens
Français, y ils étaient un peu plus paticns à suppor-
ter de longues pr/vations. Ils n'auraient pas manqué
de le prouver, si, dès l'origiae, notre système de
défense et d'attaque eut été interverti, comme sem-
blait l'indiquer notre position sur V Océan et la
Méditerranée. La déjensive aux frontières et une
défensive acharnée sur les mers, conforme à nos
moyens, eussent déjoué infailliblement toutes les
menées de notre véritable enncmi. Nos Villes ma-
ritimes eussent enfanté des Légions de flibustiet s et
nos braves marins se seraient couverts d'outant de
lauriers que nos phalanges en ont moissonnés. Qui
peut avoir oublié à quel dlgré de gloire les Proven-
çaux et les Bretons ofloient portti la marine Fran-
çaise, sous un règne qui fait époque dans l'Histoire?
Mais patience ! la Providence vient de nous ren-r
'dre l'Ouvrier le plus habile à faire usage des iris-
Irumens qui sont dans ses mains.
J'ai l'honneur d'être avec la plus haute considération,
MONSIEUR LE MAIRE ,
Votre tres-h amble et très-obéissant Serviteur,
***** membre de la Légion d'IIonneur,
Officicr supérieur attaché à l'Etat-major général.
INTRODUCTION. r'
Marseille, !e 1er avril 1815"
TOUTES les Chartes imaginables, consiito-'
tionnelles ou non, ne sauraient empêcher les,
opinions. d'être libres. Il n'y a que leur manifes-
tation publique qui soitrépréhenssble, quand elle
trouble l'ordre établi.
, Nos communications avec tout le reste de la
France sont interrompues. Nous ne savons d'une
manière bien positive l'entrée de NAPOLÉON dans
la Capitale, que par une proclamation de M. le
duc d'Angoulême. Cette façon d'agir de sa part
me semble impolitique, et. ( soit dit en riant) uri
peu incivile; impolitiquev en ce qu'elle fait pré-
sumer que ce que nous apprendrions ne serait
pas favorable aux intérêts de la Famille royale;'
incivile, parce qu'en agitant les esprits àj'excès,
elle est tout-à-fait propre à fomtjiter une guerre
incivile dans ce petit coin de terre où il nous'
tiént enfermés, et où, comme partout ailleurs,
il y a diversité d'opinions, ainsi que d'intérêts.
Il y a trop long-tems que je suis obligé de
dissimuler la mienne, pour que je ne cherche
pas à m'en dédommager de quelque manière. Le'
papier souffre tout et n'est imbu d'aucune pré-'
vention. C'est à lui que je vais confier mes ré-
flexions sur les événemens qui se passent.
( 6 )
NAPOLÉON est à Paris.
Si je voulais tirer parti de cette circonstance
pour me venger des dégoûts que j'ai enduré
depuis un mois, je dirais à chacun de ceux qui
tenaient en ma présence les propos les plus
étranges à son sujet « cet homme sans caractère
» et sans talens, dont le renversement a mani-
» festè la nullité absolue; ce lâche qu'on a vû,
» dans tous les coins du monde , uniquement
» occupé du soin de mettre sa personne en sû-r
» reté, devenu tout-à-coup intrépide, a couru tête
» baissée, à travers les placards et les articles
» de gazette les plus foudroyans, se précipiter
s? dans labyme qui doit Vengloutir. » On me par-
donnerait sans doute cette raillerie, ou du moins
Qn le devrait, si l'animosité de l'esprit de parti
ne l'emportait le plus souvent sur la raison. Il
vaut donc beaucoup mieux n'offenser personne,
et me contenter moi-même, en écrivant ce que je
pense sur les choses dont j'ai connaissance, sans
qu'il en résulte aucun inconvénient pour qui que
ce soit. Cette oceupation calmera l'impatience
que j'ai d'apprendre ce que l'Empereur a publié
sur son passage et à son arrivée.
Mais comment y suppléer, quand tout noua
( 7 )
manque, et n'est-ce pas trop entreprendre que
d'essayer d'en approcher par la voie des conjec-
tures? J'en conviens, mais je m'y hasarde; et
sans prétendre m'élever à la hauteur de ses pen-
sées, je suppose qu'il a bien voulu se mettre à la
portée des nôtres, et qu'il a tenu à-peu-près ce
langage, dont leshabitans de Marseille eux-même.
reconnaîtront la vérité quand leur aveugle pré-
vention aura cessé.
Son étoile est plus radieuse que jamais.
« J'avais sauvé la France des fureurs de Fa-
» narchie, et porté au plus haut degré sa gloire
» et sa puissance.
» Le sceptre a été remis dans nres mains.
» Assisté des évêques, le Souverain Pontife est
» venu répandre sur moi l'huile sainte qui con-
» sacre les Rois.
* Toutes les factions étaient comprimées au
» point que j'avais crû pouvoir, sans inconvénient,
» admettre en service auprès de ma personne
» et dans diverses fonctions publiques , ceux
» qu'un dépit orgueilleux ou la peur avaient rui-
» ués, en les déterminant à se bannir eux-
* mêmes.
» L'Empereur d'Autriche m'a donné rpa fille.
( s )
* Mon Fils était devenu le gage d'une tran-
» quillité durable. »
» L'agriculture encouragée par toute sorte de
1) moyens se perfectionnant de jour en jour,
» des milliers de fabriques nouvelles de tout
» genre en pleine activité, d'immenses et uliles
* travaux achevés ou entrepris dans la Capitale
» et sur tous les points de l'Empire, malgré les
» guerres qu'avaient suscitées quatre coalitions
» successives, rendaient un témoignage éclatant
» de la vigilance de mon administration.
n Tout-à-coup une trame la plus horrible-
» ment perfide dont on puisse se faire d'idée, a
» mis la France dans un danger dont je l'ai pré-
» servée, en me laissant conduire à l'île d'Elbe,
» où, satisfait d'un assez grand nombre de glo-
» rieux souvenirs, j'aurais volontiers passé le
» reste de mes jours en paix.
» LA PROVIDENCE NE LE VOULAIT
» PAS. SES DÉCRETS SONT IMMUABLES.
» Nous les accomplirons ensemble, fidèles com-
» pagnons d'armes, qui avez pu, comme moi, en
■n laissant sommeiller l'honneur, sacrifier au salut
» de la patrie, beaucoup plus que votre vie.
M Voyez quels sont déjà les fruits de ce dé-
» voûment sans exemple.
» Cent-cinquante mille prisonniers sont ren-
» dus au bol natal qu'ils avaient désespéré de
» revoir.
( 9 )
'>
» La bassesse du plus grand nombre de cetEfc
oà qui j'avais permis d'y rentrer, est dévoilée.
» La perfidie des Rois est complettement dé-
» jouée.
» Le grand peuple est disposé à reprendre
» l'attitude martiale qui Je fera respecter dans
» les limites que la nature et le soin de sa propre
» conservation lui assi gnent.
» Enfin ( et ceci intéresse particulièrement sa
* dignité ) l'Acte rigoureux dont il était résigné
» à supporter le blâme, se trouve pleinement
» justifié, grâces à la révélation des prétentions.
» secrettes d'un trop illustre Coupable.
» Une famille incorrigible n'a pas eu honte de
» divulguer ces prétentions en se les apropriant.
» Elle n'a pas craint d'humilier la Nation en lui
» présentant comme un Bienfait émané de sa
» pùre volonté, le pacte qui lui rendait un Trône,
- » ni de choquer ouvertement le bon sens, en
» datant son règne d'une époque durant laquelle
» elle avait fini par ne plus trouver d'asile qu'en
» Angleterre.
» Angleterre ! à ce nom abhorré , le sang
© bouillonne dans mes veines, et j'endurerais le
» reproche de n'avoir jamais été Français !!!
» Ah! ils ne savent que trop combien je le
» suis, ces avares insulaires qui m'auraient pré-
» conisé, il y a long-tems, si à la suite de la paix
» d'Amiens, j'eusse consenti à renouveler le
» honteux Traité de commerce de 1783, ti a
( 10 )
'» sanctionner ainsi, au nom et au détriment de
» la France, le Monopole odieux qui, depuis plus
» d'un siècle, fait affluer dans la Tamise toutes
,> les sources de la prospérité des deux mondes!
» Plutôt mourir! je l'ai juré cent fois, sur les
ocadavres amoncelés de tant de milliers d'ho-
» norables victimes immolées, de part et d'autre,
» sur les champs de bataille, à la cupidité bri-
If) tannique.
« Je t'accuse, Albion, à la face de l'univers, o
» C'est toi qui, d'un pôle à l'autre, sèmes sans
;b relâche, à ton profit, les troubles, la dévas-
» tation et le carnage.
» C'est toi qui a suscité, entretenu et prolongé
» la Révolution française.
» Le sang de Louis seize et de tous ceux qui
» ont péri sur les échaffauds du terrorisme, crie
» vengeance contre toi.
» Si je porte le diadème, c'est à tes machi-
i, nations que je le dois.
» C'est toi qui as cimenté et soudoyé les Coa-
» litions que j'ai vaincues et la Cunspiration qui
» m'a désarmé.
» Et je te hais enfin plus encore pour les suc-
» cès que j'ai eus, que pour un revers qu'il dépend
» de moi de faire oublier.
» Mais déjà ton étoile pâlit, et la mienne
y* plus radieuse que jamais promet au Continent
f) désabusé de tes fourberies et las de ton
( Il )
10 arrogance, une paix solide et permanente dont
» ta décadence sera le signal et le garant. »
La double Révolution.
Un tel discours, si je ne me trompe, contienf,
sans que j'y aie songé, l'Analyse et l'Apologie de
la Révolution qui vient de s opérer en deux pha-
ses. Je m'explique,
Notre Héros, il y a un an, vainqueur dans
trois batailles consécutives, poussait à coups de
canon et la bayonnette dans les reins, vers le
champ de bataille qu'il avait désigné dans sa pen-
sée, des hordes innombrables, épuisées de fati-
gues, privées de munitions et entièrement dé-
couragées. Les braves Gardes nationales de Paris
et des départernens environnans allaient jouir
d'une gloire à laquelle leur Souverain avait jugé
qu'elles étaient dignes de participer. Tout était
disposé pour ce dénoûment, Mais déjà la tra-
hison avait perverti quelques chefs. L'ensemble
des opérations était rompu depuis plusieurs jours,
fians que l'Èmpereur, trompé par de faux rapports
en sût rien, et c'est la veille de celui où les bar-
bares devaient déposer leurs armes devant Paris
ou être ensevelis au pied de ses murs, qu'il
apprend qu'ils y sont entrés. -
Il faudrait être NAPOLÉON lui-même, avoir son
énergie et ses talens, pour exprimer la colère,
l 12 )
l'indignation et la douleur qui se août emparé
successivement de son âme, à l'annonce d'une
aussi monstrueuse catastrophe.
Mais bientôt le plus imperturbable des hom-
mes redevient ce qu'il a cessé d'être un instant.
Son incommensurable capacité lui révèle en un
clin d'oell, les conséquences nécessaires de l'étrange
et nouvelle situation des choses, le parti qu'il
faut prendre, et les avantages qui peuvent en
résulter. Il dit aux braves qui l'entourent et le
pressent de les mener au combat : « Non, mes
» enfans, tout est perdu, même l'honneur, il
.)) ne nous reste plus que la Patrie à sauver »
puis, à l'oreille des Généraux et Chef de corps:
« mes amis, vous savez comme moi à quoi les
» Français sont le plus sensibles, et ce qu'ils sont
» incapables d'endurer; laissez faire, et conduisez
J) vous en conséquence à traîtres, traîtres et
» demi. Voici vos masques, je vais prendre le
» mien, et dans un an,. Vous m'entendez.
,:n Oui, Sire. Au revoir, mes amis. >»
L'année s'est écoulée; tout ce que l'Empereur
4vait prévu, est arrivé ; les amis se sont revus; il
est dans Paris.
Cette seconde phase d'une révolution qui étouffe
la Contre Révolution dans son berceau a mécon-
tenté infiniment la ville de Marseille, les ci-devans
Nobles, les Emigrés, les Prêtres, les Détracteurs
de la soi-disant usurpation, le Congrès, et vous
t >5 )
sur-tout messieurs les Anglais. Chacun de tes
articles mérite d'être traité à part.
Marseille,
Si vous doutez encore que l'intérêt personnel
soit le véhicule de tous les sentimens ét le mo-
bile de toutes les actions, venez passer quelque
tems dans' une Ville de commerce, et vous en
serez pleinement convaincu. C'est là que, con-
fondus ensemble, les Natifs et les Etrangers en
grand nombre qui y forment des établissemens;
«'abandonnent san6 réserve dans leurs démarches
et leurs discours à l'égoïsme qui les divise entre
eux, tandis que la Cité toute entière, considérée
f comme individu relativement à l'Etat dont elle
fait partie, n'ayant aucun égard aux motifs d'in-r
téret public qui déterminent le Gouvernement,
l'aime ou le hait en raison de l'avantage ou dii
préjudice résultant pour elle des mesures géné-
rales.
- Marseille en est un exemple frappant. Son
jnémorable acharnement contre les Bourbons
1 qui -depuis long-tems protégeaient si peu le
commerce maritime, a cessé tout-à-coup quand
la République s'est mise en guerre contre les
maîtres de la mer. Une violente réaction y a eu
lieu; oublions-là, s'il est possible^mais sur-tout
Qu'elle ne recdmmence pas,