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QUELQUES RÉFLEXIONS
Sur les deux Discours prononcés à la Chambre
des Pairs, par M. le Maréchal duc de
Tarente, dans les séances des 3 et 10
Décembre , relativement AUX BIENS DES
EMIGRÉS . ET AUX DOTATIONS ;
PAR MAURICE MÉJAN, AVOCAT.
2e ÉDITION.
QUELQUES REFLEXIONS
Sur les deux Discours prononcés à la Chambre
des Pairs, par M. le Maréchal duc de
Tarente , dans les séances des 3 et 10
décembre, relativement aux biens des
Emigrés, et aux Dotations.
LES deux discours prononcés a la Chambre
des Pairs, par M. le maréchal duc de Tarente,
renferment des idées si nobles et si simples,
qu'on est près de s'étonner que nul autre avant
lui ne les eût exprimées.
Cependant le silence des orateurs ou des
écrivains qui auraient trouvé les mêmes idées
dans leur esprit et dans leur coeur, n'est pas
impossible à expliquer. — Il est des temps où
nul ne sait bien tout ce qu'il peut et doit dire.
Il est des choses qui, pour être dites avec succès,
ont besoin de l'être par tel homme, dont le
nom et la vie toute entière donnent à ses pa-
roles cette haute influence qui a tous les ca-
(4)
ractères et presque tous les effets de l'autorité.
M. le duc de Tarente appelé à la fois la
justice et la munificence de la nation, sur ceux
de ses enfants qui au dehors, pressés autour
de notre roi légitime, n'ont paru occupés pen-
dant vingt ans que du besoin de nous le con-
server, et sur ceux du dedans, qui constamment
armés depuis vingt ans, n'ont abaissé leurs
armes que devant ce même roi, et peuvent
s'enorgueillir aujourd'hui de lui présenter la
Patrie , conservée par leur vaillance et enri-
chie de toute leur renommée.
Et quel autre qu'un soldat couvert de lau-
riers pouvait exprimer dignement une sem-
blable opinion? Quel autre pouvait espérer
d'être bien entendu, quand il prononcerait
ce voeu , le seul véritablement réparateur, que
les membres de la grande famille, qui parais-
saient les plus éloignés les uns des autres à
cause de la différence apparente des couleurs
de leurs bannières, vissent en un seul et même
instant tous leurs intérêts confondus, dans le
grand intérêt de la justice et de la gloire na-
tionales ? '
On raconte que le premier discours de M. le
duc de Tarente produisit dans la Chambre des
Pairs un tel effet que, contre l'usage, il obtint
à deux reprises des battements de mains, et
( 5 )
que même il arracha des larmes à un grand
nombre des auditeurs. —Un pareil succès est
facile à concevoir: le Discours est si éminem-
ment français ! et il était prononcé devant les
premiers hommes de France !.....
Les journaux ont rapporté textuellement ce
premier Discours , et l'or se rappèlera long-
temps l'effet qu'il a produit hors de la Cham-
bre , sur les hommes de toutes les opinions,
et même de tous les partis. Cependant je ne
puis me défendre d'en transcrire un passage,
qui me semble inspiré par le sentiment le plus
noble et l'esprit le plus élevé. — « Nous serons
» heureux, dit M. le duc de Tarente , quand
» nos. anciens dans l'art de la guerre s'asso-
» cieront à la gloire que nous avons conservée
» à leurs drapeaux ; quand enfin cette terrible
» dénomination qui nous a fait tant de mal à
» l'époque où elle était un signe de proscrip-
» tion, qui peut nous faire tant de mal encore
» aujourd'hui qu'elle tendrait à redevenir un
» titre d'honneur, sera bannie de notre langue
» comme elle a été étrangère à ce Discours ».
—A coup sûr il y a dans ce paragraphe, une
délicatesse de sentiment et de tact, une cou-
leur de chevalerie, un je ne sais quoi enfin,
que l'esprit tout seul n'aurait jamais trouvé,
et qui a bien une autre puissance, que n'en
(6)
auraient eu toutes les combinaisons et toutes
les profusions de l'esprit.
M. le duc de Tarente a développé dans
son second discours, les vues qu'il avait ex-
posées dans le premier, et il l'a fait avec le
même bonheur parce qu'il a été dirigé par
le même sentiment. — Je ne sais rien d'une
éloquence plus touchante et plus impérative
que le morceau suivant.
« Les miracles de la Providence, qui ont re-
» levé l'empire des lys, ont attaché un caractère
» particulier à une classe nombreuse de ci-
» toyens. Ils reparaissent au milieu de nous,
» protégés par la vieillesse et le malheur : ce
» sont des espèces de Croisés qui ont suivi
» l'oriflamme en terre étrangère, et nous ra-
» content ces longues vicissitudes, ces orages,
» ces tempêtes, qui les ont enfin poussés vers
» le port où ils avaient perdu l'espoir d'abor-
» der. Qui de nous pourrait se défendre de
» leur donner la main en signe d'alliance éter-
» nelle! Nos coeurs ont été émus : si les leurs
» sont demeurés plus froids , faut - il s'en
» étonner? Le retour du Roi, dépositaire de
» l'olivier de la paix , dépassait toutes nos
» espérances. Une seule des leurs est réalisée.
» A la vérité, le premier de leurs voeux est
(7)
» exaucé ; les tours de Saint-Louis ont revu
» son auguste héritier ; mais que de chan-
» gements opérés dans cette France si long-
» temps désirée ! Que de destructions con-
» sommées ! que de monuments renversés !
» que d'autres élevés avec leurs débris ! que
» de rêves prospères évanouis en un seul
» jour, après avoir été durant tant de nuits
» les consolations de l'exil ! Descendons dans
» nos coeurs, Messieurs, pour juger nos sem-
» blables. Plaçons-nous par la pensée dans
» la position que je décris ; ajoutons aux
». sentiments qu'elle nous inspirerait , cette
» fierté, compagne de l'infortune ; et au lieu
» de partager des plaintes vulgaires sur l'ac-
» cueil des frères qui nous sont rendus , re-
» connaissons des Français au calmé du dé-
» sintéressement de la plupart d'entr'eux , et
» à la noblesse de leur attitude. Importe-t-il
« à la tranquillité publique qu'ils la changent?
» alors il faut changer leurs rapports ; autre-
» ment nos campagnes seront semées d'agi-
» tarions secrètes, indéterminées pour ceux
» qui les éprouveront, involontaires pour ceux
» qui en seront la cause... »
Après cette exposition, dans laquelle se
pressent en foule les pensées les plus géné-
reuses et les sentiments les plus nobles, l'ora-
(8)
leur développe les propositions qui en sont les
conséquences nécessaires.
Il veut d'abord que les, Français qui ont été
si long-temps éloignés de leur patrie, recou-
vrent en y rentrant la possession de leurs
biens non vendus , à quelque service que ces
biens ayent été affectés ; et cette idée est si
souverainement juste, que son application n'a
pu rencontrer d'autre obstacle que l'embarras
momentané de nos finances.
Ici se place naturellement une observation
que je ne crois pas avoir encore été faite ;
elle répond à ce petit nombre d'hommes qui
feignirent de si grandes alarmes au moment
où le projet de loi pour la restitution des
biens non vendus, fut porté à la chambre
dés députés.
Eh quoi ! tous les gouvernements qui avaient
précédé le gouvernement restaurateur , ont
pu dire aux Français éloignés : — Rentrez, et
vos biens non vendus vous seront restitués.
Et l'on aurait voulu que le père de toutes
les miséricordes , que Louis XVIII eût répon-
du aux justes réclamations de ceux de ses
serviteurs qui n'ont jamais voulu reparaître
avant lui sur la terre natale : — « Ce que tous
» les gouvernements qui ont précédé le mien
,j ont fait et pu faire, moi, je ne le puis et je le
( 9 )
» refuse»! — Mais, en vérité, dans quelle
horrible situation voulait-on que le coeur du
roi se trouvât placé ? Heureusement qu'une
semblable prétention n'était pas moins ab-
surde que révoltante , et les deux chambres
l'ont si bien senti, que la loi provoquée par
le roi, a été adoptée par elles.
Soyons donc justes, et sachons gré au roi,
d'avoir su faire céder les affections et peut-
être les devoirs de son coeur, devant le res-
pect de la charte; sachons lui gré , d'avoir
séparé le Roi de la personne de Louis, et de
n'avoir demandé pour les compagnons de sa
longue infortune, rien au-delà de ce que la
charte permettait de leur accorder.
Cependant on ferait de vains efforts pour se
persuader, que la loi provoquée par le roi, et
adoptée par les deux chambres, suffit pour
opérer la reconstitution si désirable, de la
grande famille nationale. Sans doute cette loi
est juste, mais elle est certainement insuffi-*
sante. — Pour qu'elle soit suffisante, il est
indispensable que l'esprit bienfaiteur dans le-
quel elle a été rédigée, s'étende à ceux des
exilés, dont les biens se sont trouvés vendus,
au moment de leur rentrée ; — car ceux-là
n'ont ni plus démérité de la patrie, ni moins
mérité du roi, que tous les autres. On ne