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Quelques vers, par N.-R. Camus

De
46 pages
chez les marchands de nouveautés (Paris). 1836. In-8° , 44 p..
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QUELQUES TERS.
QUELQUES VERS
PAR
N. R. CAMUS.
CHEZ LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS.
1856-
QUELQUES TEE.S.
L'Être, à la voix duquel naquirent tous les êtres ,
N'a pas en rangs divers partagé les humains,
Fait des grands, des petits, des esclaves, des maîtres :
Tous sont sortis égaux de ses puissantes mains.
Il a dit au soleil : De ton char de lumière
Laisse tomber sur tous un bienfaisant rayon.
Il a dit à la terre : Ouvre ton sein fécond,
Et communique à tous les trésors qu'il enserre.
Et vous dont les regards sont tournés vers les cieux,
Songez , mortels, que là réside votre père ,
Que dans chacun de vous vous devez voir un frère ,
Et n'adresser qu'à moi votre encens et vos voeux.
La force, dit la Bible , enfanta la puissance '.
1 Nembrod coepit esse potens in terra, et erat robustus veuator coram
Domino.
(GENÈS., cap. 10.)
i
— 1 —
Satan , dit La Mennais, lui donna la naissance '.
Un prince, dont est fier je ne sais quel pays,
Sur une .barque un jour était avec ses fils.
Mes enfans, leur disait cet excellent monarque,
Qui supporte ce bois si frêle et si léger ?
Une eau qui tout-à-coup pourrait le submerger.
Hé bien ! l'eau c'est le peuple , et le prince est la barque.
Sur l'or seul aujourd'hui la puissance se fonde;
La caisse de Plutus est le trône du monde.
Partout où du destin nous jette le caprice,
Que le peuple commande , ou qu'un chef l'asservisse.
Cléry, l'indépendance est le bien le plus beau ,
Et cependant celui que le moins on recherche:
Ici, l'ambitieux sur les honneurs se perche ,
Mais toujours agité, toujours frêle roseau.
Là, même en son hiver , mettant pile sur pile ,
L'avare , au ventre creux , meurt sur un or stérile ;
Celui-ci, tout entier aux fumets de Chevet,
Se fait d'un Lucullus le servile basset ;
Celui-là, sur le sein d'une impure Glycère ,
S'inocule , à prix d'or, l'opprobre et la misère.
Pour être libre il faut se contenter de peu ,
S'en tenir à sa femme , à sa table , à son feu.
Un coeur noble à la cour est souvent déplacé ;
i Partisan exalté de la théocratie, La Mennais a, dans les Paroles d'un
Croyant, développé l'opinion du fameux Grégoire VII, opinion qui se
rapproche, à quelque différence près, de celle d'un de nos plus fougueux
tribuns « Les rois sont des esclaves révoltés contre le souverain de la
terre, qui est le genre humain. et contre le législateur de l'univers, qui
est la nature. »
On n'y monte qu'autant que l'on s'est abaissé.
Voulez-vous chez les grands vous ouvrir une voie ?
Ayez soin d'y porter une langue de soie.
Un roi, disait Platon , est comme une coquette ;
Par l'oreille aisément on en fait la conquête.
Un sot d'un certain rang ( car dans tous il en est ),
Des faveurs de la cour était surtout l'objet.
Un grand poste est vacant : aussitôt on l'y nomme.
— Pour l'obtenir, dit-il, je n'ai point fait un pas.
—C'est vrai, répond quelqu'un qui connaissait notrehomme,
Qui rampe ne marche pas.
Pieçois mon compliment sur ta nouvelle place.
— Je ne sais pas d'honneur, d'où me vient cette grâce.
Briguer n'est pas mon fait ; ma femme seulement
S'est donné , m'a-t-on dit, un peu de mouvement.
Toujours l'avidité croît avec la fortune ;
Une hauteur franchie en présente encore une ,
Et, tout en parvenant de hauteur en hauteur ,
On se rend malheureux à force de bonheur.
Quel énorme budget presse notre pays!
Mon pasteur a raison , tout va de mal en pis.
Philosophe ou dévot, doctrinaire ou jésuite ,
Tous ont même appétit, tous ont même conduite.
Le bât toujours nous reste , et chaque changement
Ajoute un nouveau poids à notre chargement.
Ergo, telle qu'elle est, souffrons la monarchie.
La vouloir populaire est une archi-folie.
Dans les troubles civils qu'est la classe ouvrière ?
La première au danger, au profit la dernière.
Certain ministre, au coeur cent fois plus dur que roches,
Se promenait muni d'un énorme manchon.
— De manchon, dit quelqu'un, qu'a besoin ce larron ?
N'a-t-il pas tous les jours ses deux mains dans nos poches?
La main sur ta conscience
Chez un ministre est un mot vain ;
Car sur le vide une excellence
Mit-elle jamais la main ?
Je suis, rabâche Charle, honnête homme et français.
— Eh ! Charle , laissez donc parler ici les faits.
Sans cesse à nos oreilles Charle
Fait sonner son honnêteté ;
Telle une galante beauté
De sa vertu sans cesse parle.
Charle achète un château douze cents mille francs ,
Lui qui pouvait payer à peine une mansarde ;
— 5 —
Et comme un honnête homme il veut qu'on le regarde !
Nous préserve le ciel de tels honnêtes gens !
Que dit de ce fauteuil le baron de Mongrôles ?
Je l'ai fait ces jours-ci rembourrer fortement.
Il est, madame Alix, comme le temps présent ;
Il fait lever les épaules.
Tout est perdu , hormis l'honneur ,
Disait un roi du seizième âge.
Dans le nôtre on dit : ,Quel bonheur !
L'honneur seul a fait naufrage.
Oui, maintenant l'honneur n'est qu'un vieux*parchemin ,
Qui n'offre plus qu'un titre et ridicule et vain.
Ainsi qu'une chemise, un principe se traite ,
Et le patriotisme.est tout dans la cassette.
L'honneur n'est plus , dis-tu ? quel langage imposteur!
Tout, jusques au mouchard, porte la croix-d'honneur.
Soleil, arrête-toi, dit jadis un guerrier ,
Pour que de Madian j'extermine la race.
Nuit, accours en plein jour, dit un télégraphier,
Pour que de mes écus je quadruple la masse.
Des jeunes gens parlaient chez un banquier insigne
Des livres que Balzac enfante chaque mois,
— Eh ! laissez ce fratras qui de vous est indigne :
— 6 —
Il n'est de bon, Messieurs, que les livres tournois.
Richesse et modestie ensemble habitent peu '.
Souvent, quand le cens vient, le sens nous dit adieu.
Le peuple, dit Virgile, est semblable à Neptune.
Insensé qui sur lui croit asseoir sa fortune !
Vive Cromwet ! criait une foule innombrable,
Un jour qu'il traversait je ne sais quel canton.
— Mon général, lui dit le colonel Irton,
Voilà, je crois, pour vous un cri bien agréable.
—Pour moi! qu'à la potence on me mène demain,
Meure Cromwel! sera leur unique refrain.
Un de nos vieux Capets parcourait la Neustrie.
Partout arcs triomphaux, chemins jonchés de fleurs,
Grand concours, cris de joie et discours louangeurs.
1 Inscription placée sur la première pierre de la salle des Pairs :
Régnante Ludovico-Philippo primo,
Gallorum rege,
Hocce monumentum,
Nobilissimse procerum curiae,
Judicialibus causis,
Necnon publicis convenlibus sacratum,
Altissimus potentissimusque dominus,
Insignis baro,
Egregius interioris imperii administrator,
Doctor in litteraria Gallise Academia,
Multorum ordinum inclitus eques,
Hydrae popularis herculaea manu oblritse
prseclarus debcllator,
Fidissimo adjuvante amico Guizot,
Erexit Augustus Thiers,
Anno 1835.
— 7 —
— Que Votre Majesté de ce peuple est chérie,'
Lui dit pendant la route un de ses courtisans.
— Oubliez-vous, Monsieur, que ce sont des Normands?
Sot qui d'un oeil jaloux voit le trône des rois!
Relevez le lapis : c'est un morceau de bois '.
Ce César, qui se dit très-haut et très-puissant,
N'est-il pas, comme nous, un homme, un ver de terre 2.
Venant nu, partant nu, croissant et décroissant;
Sujet à cent besoins, souffreteux, éphémère?
Il n'est que Dieu qui soit très-haut et très-puissant :
Les trônes hors le sien, ne sont tous que poussières.
Au diable les faiseurs d'insipides harangues!
Disait jadis un prince à trente ans grisonné.
Voilà le triste fruit de ces vénales langues,
Qui feraient un lion d'un âne couronné.
L'échelle des honneurs est souvent incertaine.
Tel monte un échelon qui veut en monter cent ;
Paroles de Napoléon.
2 Henri, ce grand Henri, que les soins de nature
Avaient fait un miracle aux yeux de l'univers,
Comme un homme vulgaire, est dans la sépulture
A la merci des vers.
( MALHERBE. )
3 Que peuvent contre Dieu tous les rois de la terre ?
En vain ils s'uniraient pour lui faire la guerre :
Pour dissiper leur ligue il n'a qu'à se montrer.
Il parle, et dans la poudre il les fait tous rentrer.
ÇEsther).
— 8 —
Mais soudain le pied glisse, et voilà l'imprudent,
Au milieu des sifflets, frappant du front l'arène.
Encense, quel qu'il soit, un favori puissant,
Répétait à son fils un ancien courtisan ;
Tiens même le bassin de sa chaise percée,
Pour en coiffer l'idole alors qu'elle est brisée.
1 Quantum adest l'unus! pueri senesque
Occidunt, fraterque sororque et ipsâ
Virgines cum matre paternaque inter
Brachia nati.
Quantus eheu ! corporum acervus, et quot
Membra passim turpiter insepulta !
O Deus ! gens casta tremit sub atro
Dente leonum.
( Transnonisades.)
La vipère en naissant est fatale à sa mère.
Tel est aussi le crime : il fait mourir son père.
EXTRAIT DUNE DESCRIPTION DB TARTARE.
Là, Rhadamante, armé d'un sceptre redoutable,
N'offre au crime tremblant qu'un front inexorable.
Devant lui, dépouillé de tout art imposteur,
Le coupable paraît dans toute sa laideur.
Quel carnage de toute parts !
On égorge à la fois les enfans, les vieillards,
Et la soeur et le frère,
Et la fille et la mère,
—„ 9 —
Plus de refuge alors. Vainement sur la terre
Aux regards de Thémis il a su se soustraire ;
Vainement dans sa joie il a cru que jamais
La Peine, au pied boiteux, n'atteindrait ses forfaits :
Elle entre dans sa tombe, et d'une main terrible
Le saisit et l'entraîne en ce séjour horrible.
Ah! combien de mortels, révérés sur la terre,
Se débattent sanglans sous le fouet de Mégère !
Combien de potentats, soir et matin fessés,
Qui voyaient devant eux tous les fronts abaissés !
En vain ils font sonner et la rime et la prose,
Travaillant de concert à leur apothéose :
« Qu'importe, dit Mégère, en redoublant ses coups,
Que l'encens en nuage ait monté jusqu'à vous?
L'enfer se règle-t-il sur les vaines sornettes
Et de vils orateurs et de méchans poètes?
Le sceptre dans vos mains devait être un support :
Vous en avez, cruels, fait la faulx de la mort.
Des pleurs, du sang, voilà votre boisson chérie.
Eh bien! saturez-vous. » A ces mots, la furie .
Les plonge plusieurs fois dans un lac effrayant,
Que forment des^damnés et les pleurs et le sang.
Près d'eux sont leurs flatteurs, troupeau pusillanime,
Flétrissant la vertu, divinisant le crime,
Avide d'or surtout. Aussi là leur fait-on
D'or fondu tous les jours avaler un bouillon.
Il n'est point de forfaits que l'enfer ne punisse :
L'avocat qui réduit son client à l'hospice ;
Le juge qui, capté par un joli minois,
Le fils dans les bras de son père.
Que de corps entassés ! que de membres épars,
Privés de sépulture !
Grand Dieu, tes saints sont la pâture
Des tigres et des léopards.
(Esther, acte H.)
Corrompt en sa faveur le langage des lois ;
L'écrivain qui, sans honte avilissant sa verve,
Ose au pouvoir impur prostituer Minerve ;
Celui qui, du serment se jouant à son gré,
Traîne dans les honneurs un nom déshonoré;
Le frère que l'envie arme contre son frère ;
Le fils au poids de l'or estimant son vieux père ;
Le traître à son pays, le délateur, l'ingrat,
L'infâme régicide et le vil renégat :
Tous sont ici plongés, tous d'un juge implacable
Attendent dans les fers l'arrêt irrévocable.
Il faut des dieux, a dit un auteur peu sévère ' ;
La voix du Ciel peut seule imposer à la terre.
Ainsi que le corbeau, le flatteur est vorace ;
Seulement sur la proie on les voit différens :
Le croassant oiseau se nourrit de carcasse ;
Plus cruel ,• le flatteur se nourrit de vivans.
Un jour un délateur vint dire à Vespasien : ~
Prince , on a cette nuit mutilé votre imagft.
— En quel endroit? — Au front. — Lors tâtant son visage :
Vous vous trompez, mon cher : il ne me manque rien.
Sous un Valois en vain dégradé par Hugo 2
Un impôt en Bretagne excitait des murmures ;
i Expedit esse deos, et, ut expedit, esse putemus.
( OVIDE. )
11 est plus facile, a dit aussi Plutarque, de construire une ville dans les
airs, que de constituer un état sans aucune croyance religieuse.
2 Dans le Roi s'amuse.
Et les Bugeauds du temps de crier tous haro,
De conseiller au roi de sanglantes mesures.
Messieurs, leur répond-il, si l'on vous écorchait,
De jeter les hauts cris n'auriez-vous pas sujet ?
Mon fils, disait un prince à l'aspect d'un brouillard ,
A peine à quatre pas les objets se découvrent ;
Mais ( tant de nous tromper les courtisans ont l'art ! )
Des brouillards plus épais incessamment nous couvrent.
Jamais sous son vrai jour nous n'apercevons rien ;
Ce n'est que par hasard que nous faisons le bien.
Pourquoi, demandait-on au ministre Walpole ,
Arrosez-vous d'un wigh si souvent le gosier ?
— Sachez que du vannier je fais ici le rôle ;
Pour le rendre flexible , il trempe son osier.
Il faut intimider , nous dit un doctrinaire ;
Mais n'est-ce pas ainsi que parlait Robespierre ?
Un fils de roi chassait avec son gouverneur.
Passe un pauvre manant qui se met ventre à terre ;
Mais pas même un regard du petit monseigneur.
— Prince , :lit le Mentor au précoce Tuffière ,
L'intervalle est bien long de vous à ce vilain ;
Mais , vous et vos pareils, vous péririez de faim,
Si lui, si ses pareils ne cultivaient la terre.
0 misère de l'homme ! A l'entour d'un berceau ,
,(ii<ïff28ï*tKifaible enfant qui criaille et qui bave ,
^MaffiUneiffitf'd se prosterne , et, ridicule esclave ,
12
D'un bambin impuissant se fait un dieu nouveau.
Le méchant, a dit Hobbe, est un robuste enfant.
Hobbe ici, comme ailleurs, montre peu de justesse.
Toute méchanceté procède de faiblesse ;
Qui pourrait tout, jamais ne serait malfaisant.
Tu comptes sur les grands ! Détrompe-toi, Nelson ;
Ce sont des tuyaux d'orgue : il n'en sort que du son.
Que d'inutilités, vrai fardeau de la terre ,
Traînent un corps tremblant sous les ans d'un Nestor,
Tandis que , de vigueur tout radieux encor,
S'éclipse le flambeau de l'ordre sanitaire ! '
Ce n'est que sûr l'emploi du temps
Que doit se mesurer la vie.
Cent ans passés dans l'inertie,
Que sont-ils ? Des zéros l'un à l'autre adhérens.
Oui, la vie, une fois qu'elle n'est plus sentie ,
Est une véritable mort,
Et je ne vois qu'une momie
Dans le vieillard dont l'ame a perdu son ressort.
Je vous en félicite. Enfin, docte Maurice,
A vos rares talens on a rendu justice.
Vous voilà décoré. — Trêve de compliment.
Cette croix aujourd'hui n'est qu'un mince ornement.
On la voit, mon voisin, à trop de boutonnières.
Naguère 1, du ruban étant seul dépourvu,
Je n'en brillais que plus parmi tous mes confrères ;
* DOPCXTREN.
— i3 —
Maintenant me voilà dans la foule perdu.
On devrait bien rogner l'assiette des impôts,
Disait un député ; le budget est trop gros.
— Qu'ai-je entendu ? répond un ample centripète ;
Vous voulez donc, Monsieur, qu'on rogne notre assiette.
Grand faiseur de pamphlets, un député ventru
Protestait que jamais il ne s'était vendu.
— Oh! c'est la vérité, s'écrie un sien confrère.
Car ce matin encor me l'a dit son libraire.
Parmi tous les auteurs qu'a proscrits le Saint-Père,
Je ne vois point Vatout, Salvandy , ni Viennet.
— Eux, de sa sainteté s'attirer la colère !,
Est-ce qu'elle les connaît ?
Allez-vous à l'Académie ?
— Dieu m'en garde ! — Et pour quel sujet ?
— Ignorez-vous donc que Viennet
Doit y lire une tragédie ?
De mon fier Arbogaste ', Hane s, es-tu satisfait?
— Si je le suis ! un Hane, ami, n'eût pas mieux fait.
i Dans cette pièce se trouve ce vers :
Arbogaste.
Sans ton dieu Theutatès eût été Théodose.
Vrai pendant de cet autre :
Hé bien ! Tonton, ton thé t'a-t-il ôté ta toux ?
2 Littérateur belge, ami de Viennet.
— ,4 —
Mort, je ferai du bruit, dit sans cesse Viennet.
— Eh ! qui peut en douter? tout âne alors en fait.
Lequel aimez-vous mieux,
Du romantique ou du classique?
— Aucun , car ils tiennent tous deux
Du genre famélique '.
Platon, dit La Fontaine, est un grand amuseur ;
Expliqué par Cousin , c'est un grand endormeur.
Hugo passe en tous lieux pour un rare génie.
— Pour tel aussi Ronsard passa durant sa vie.
Du géant, dit Buffon , la sottise est le lot.
Je suis donc peu surpris que Montjeau soit un sot.
Vraiment envers les arts notre âge est libéral !
Marin , qui fit Tourville 2 est mort à l'hôpital.
L'esprit rate souvent ce qu'obtient la sottise :
Où triomphe le sot, l'homme d'esprit se brise.
Le plus grand des défauts, dans le siècle où nous sommes,
C'est la timidité ; rien plus qu'elle ne nuit.
Un sot audacieux est un très-bel esprit ;
Un bel-esprit timide est le plus sot des hommes.
i TémoinsMalfilâtre, Gilbert, Chatterton, etc.
2 Le Tourville du Pont-Royal.
— i5 —
D'une femme hideuse un sol est le pendant.
Plus il veut se parer, plus il est repoussant.
La beauté qui se farde à soi-même se nuit ;
Tel est l'esprit toujours courant après l'esprit.
Les grâces sont à la beauté
Ce qu'est aux fruits le velouté.
La politesse est un vernis
Qu'il faut se garder de proscrire.
Que de gens, s'ils n'étaient polis,
Révolteraient qui les admire !
De l'échiné d'Alain j'admire la souplesse,
Voit-il passer un sot de cordons tout brillant :
En longs salamalecs le badaud se répand.
Telle pour se remplir une cruche se baisse.
Certain marquis touchait à son heure dernière.
Priez Dieu, monseigneur, lui disait un bon père.
— Qui, le marquis d'en haut ! Apprenez que chez lui
Un homme de mon rang est toujours accueilli.
S'enfler de sa noblesse est petitesse vaine.
Jeune, elle est sans éclat; vieille, elle est incertaine.
Sans cesse Duhautcours nous vante sa naissance.
Il lui sied bien vraiment de s'en glorifier ,
Lorsque, clans tous les rangs cherchant sa convenance,
— i6 —
Sa mère avait affaire avec le monde entier.
Je suis de droit divin ton seigneur et ton maître ,
Disait un gentillâtre à l'un de ses vassaux.
— Oui, répond le vilain, si Dieu nous a fait naître,
Vous tout éperonné , moi, selle sur le dos.
Êtes-vous gentilhomme ? — Oui, siNoé l'était
Car mon père m'a dit qu'il venait de Japhet.
Morgant se dit du bois dont étaient les Couci ;
Mais , quand on le tourna, le bois était pourri.
Comme de sa noblesse il sonne l'importance ,
Ce Micout qui d'un père a renié le nom ' !
— Eh! qui peut en parler avec plus d'assurance,
Cette noblesse étant de sa propre façon?
Dans l'élégant salon d'une anglaise carliste
Etait un beau portrait de l'ex-roi Charles dix.
Un diplomate, appui du trône philippiste,
Entre et sur le tableau jette un regard surpris.
— Comment, Monsieur, lui dit notre légitimiste,
Votre oeil sur un tyran daigne ici s'arrêter.
Madame, répond-il sans se déconcerter,
Si Charles d'un tyran eût eu le caractère,
Il n'habiterait pas une terre étrangère.
Faire un lâche d'un roi qui ne fut que trop brave*,
' Le comte Jaubert, député ministériel.
2 François 1".