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EEÇHERCÏÏES HISTORIQUES
SUR
LIMPRlMERiE
■.'■". .' ET U
LIBRAIRIE
'"■ ■ A AMIENS
AVEC UNE. DESCRIPTION DE. LIVRES DIVERS
IMPRIMÉS DANS CETTE VILLE
. : PAR FERDINAND POUY
AMIENS ;
TYPOGRAPHIE DE LEMER AÎNÉ
■''.■■ ■ PLACE 'PÉR1GOBD, 3,
—^3-e>— ■
i 86 ].
PREMIÈRE PARTIE.
RECHERCHES HISTORIQUES
SUE
L'IMPRIMERIE ET LA LIBRAIRIE
A AMIENS.
RECHERCHES HISTORIQUES
SUR
L'IMPRIMERIE
ET LA
LIBRAIRIE
A AMIENS
AVEC UNE DESCRIPTION DE LIVRES DIVERS
IMPRIMÉS DANS CETTE VILLE
\PAR FERDINAND POU Y
AMIENS
TYPOGRAPHIE DE LEMER AINE
PLACE PÉR1GOHD, 3,
1861
INTRODUCTION.
Des historiens nombreux ont payé un large tribut
aux célébrités de la ville d'Amiens, à ses artistes, à son
commerce et à son industrie ; mais, par un oubli dont
il est permis de s'étonner , une des branches importantes
de cette industrie, celle qui est considérée, à bon droit,
comme un art, l'Imprimerie, en un mot, est restée en
dehors de la plume, sinon de la pensée, de tant d'écri-
vains , dont elle a pourtant fait passer les noms et les
oeuvres à la postérité. Personne ne s'est donné jusqu'ici
l'agréable tâche de retracer le souvenir de l'introduction
de l'art typographique dans la cité Picarde ; aucun ou-
vrage spécial ne fait connaître les établissements qui s'y
sont succédés, les circonstances ou particularités qui les
concernent et qui peuvent les signaler à l'attention.
Les grands traités de bibliographie, tels que les
VI INTRODUCTION.
Annales typographiques de Panzer, les ouvrages de
Maittaire, Hain, Bernard et autres, gardent un silence
presque complet sur nos anciens imprimeurs. En sorte
que ces derniers ne sont guère connus aujourd'hui que
par des renseignements rares et dispersés et par les tra-
vaux qu'ils ont exécuté. C'est là, à peu près, tout ce qui
constitue les archives actuelles de l'imprimerie-typogra-
phique à Amiens.
Une monographie de cette industrie locale est donc
encore à faire aujourd'hui ; il faut recueillir tous les
souvenirs qui s'y rattachent, et surtout ceux qui ont
rapport à ses premières années, avant que les traces en
soient à jamais perdues. Dieu veuille qu'il ne soit pas
déjà trop tard !
En attendant qu'un de nos savants ait entrepris cette
histoire ou cette monographie, avec le talent et les déve-
loppements qu'elle comporte, j'ouvre la voie par la pu-
blication de plusieurs documents que j'ai pu réunir à la
suite des recherches que j'ai faites sur différents points
et grâce à de bienveillantes communications , sur l'inté-
ressant sujet de l'imprimerie et de la librairie.
Cet opuscule est, sans doute, loin d'être pourvu des
attraits qu'aurait su lui donner une plume plus exercée,
et ce n'est pas assurément son seul défaut ; mais si l'in-
tention d'être utile est comptée pour quelque chose,
l'auteur réclame, du moins, ce faible mérite.
INTRODUCTION. VII
Les documents qui font l'objet de cette publication
seront divisés en deux parties :
La première comprendra quelques aperçus historiques
sur l'imprimerie et la librairie à Amiens, avec des no-
tices sur les titulaires, depuis l'origine jusqu'à nos jours.
La deuxième sera consacrée à la description de divers
ouvrages exécutés par les imprimeurs, notamment de
ceux qui peuvent offrir un certain intérêt, au point de
vue historique, littéraire, archéologique et artistique,
ou qui se recommandent, soit par leur rareté, soit par
certaines particularités.
FERDINAND POUY.
Amiens, le 1" Juia 1861.
I.
ORIGINE DE L'IMPRIMERIE.
L'IMPRIMERIE-TYPOGRAPHIQUE n'a pas besoin de définition ;
chacun sait aujourd'hui en quoi elle consiste, et nous ne
sommes plus au temps où cet art, encore enveloppé d'un
obscur mystère, exposait ses adeptes à être pris pour
sorciers.
Plus de quinze villes prétendent avoir été le berceau de
l'imprimerie. Je ne parlerai pas des discussions nom-
breuses qui ont eu lieu à ce sujet ; Amiens reste complè-
tement étranger au débat et n'élève à cet égard aucune
prétention.
Jean Gutenbêrg, né d'une famille noble de Mayence,
vers 1400, est, malgré de vives controverses *, générale-
ment reconnu comme l'inventeur de l'imprimerie, dont il
fit les premiers essais, vers 1436, à Mayence et à Stras-
bourg , avec plusieurs associés successifs, qui furent, en
dernier lieu, Jean Fust ou Faust et Pierre Schoeffer, avec
lesquels il perfectionna les moyens d'exécution. Guten-
1 Voir les ouvrages de M. Delaborde, du Bibliophile Jacob et autres,
sur l'Imprimerie, et le Traité de la Typographie, par Fouraier. — Un
travail récemment publié par M. PAEILE , bibliothécaire et archiviste
de Lille, en tête du Catalogue de la Bibliothèque de cette ville, cherche
à établir que Goster est l'inventeur de l'imprimerie et que Gutenbêrg
ne fit qu'y apporter des perfectionnements.
1.
2 RECHERCHES HISTORIQUES SUR L'iMPRIMERIË.
berg et ses associés ont d'abord imprimé des abrégés
de Grammaire, appelés Donats, du nom de leur auteur;
ensuite, et vers 1455, une Bible latine, nommée Bible
Mazarine, fut imprimée par les trois associés, avec des
caractères mobiles, sans que l'on sache précisément si la
fonte était, à cette époque, véritablement inventée ; quel-
ques savants pensent que ce n'est que vers 1460 que l'on
lit usage de caractères fondas *.
Le premier livre paru avec une date, celle de 1457, est
le Psautier de Mayence, portant les noms de Fust et de
Schoeffer seulement. Un exemplaire de ce livre existe à la
Bibliothèque impériale ; il a été payé 12,000 fr. en 1817, et
atteindrait aujourd'hui un prix bien autrement élevé.
Paris est la première ville de France où l'imprimerie fit
son apparition. Le premier établissement y fut fondé en
1470, sous le règne de Louis XI, dans les bâtiments de la
Sorbonne, par trois imprimeurs , Ulric Gering, Martin
Crantz et Michel Friburger , venus de Mayence, et appe-
lés par Guillaume Ficliet, recteur de l'Université, et Jean
Heylin, prieur de la maison de Sorbonne.
Je ne suivrai pas la marche progressive de cette admi-
rable invention dans les diverses villes de la France et de
l'Europe, où elle est venue propager, par ses productions,
la pensée et la science. Je me bornerai à citer quelques
faits généraux qui s'y rattachent, avant d'arriver à l'his-
toire de l'imprimerie amiénoise.
1 Ludovic Lalanne, Curiosités bibliographiques.
II.
FÊTE PATRONALE DES IMPRIMEURS ET LIBRAIRES.
Les imprimeurs ont adopté pour patron saint Jean Porte-
Latine , dont ils célébraient la fête le 6 mai, date du
martyre de cet apôtre \ s"ans que la tradition nous ait
transmis le motif de ce choix.
Longtemps avant l'invention de l'imprimerie, il existait
à Paris une confrérie de Saint-Jean-l'Évangéliste, fondée en
l'église Saint-André-des-Arts, et dont faisaient partie les
libraires, les hystorieurs ou enlumineurs , les parcheminiers
et relieurs de livres, sous le titre de: Suppôts de l'Uni-
versité 2.
Les imprimeurs, nouveaux apôtres de la transmission
de la pensée par des moyens bien autrement puissants
que ceux des écrivains ou scribes leurs devanciers, sont
entrés dans la confrérie de Saint-Jean dès l'origine de
l'imprimerie, en même temps qu'ils étaient mis sous la
dépendance de l'Université.
L'Université de Paris s'était placée sous le patronage
i On sait, d'après la légende, que saint Jean l'Évangéliste fut marty-
risé à Rome le 6 mai de l'an 92, devant la porte qu'on nommait Latine.
On le plongea dans une chaudière pleine d'huile bouillante, qui se
changea en rosée pour lui et brûla ses bourreaux- ensuite il fut envoyé
par Domitien, en exil dans l'île de Pathmos, où il composa son admi-
rable Apocalypse.
s Voir l'ordonnance de Louis XI du 14 juin 1467, ci-après rapportée.
i RECHERCHES HISTORIQUES SUR L'IMPRIMERIE
de Notre-Dame, et honorait, en outre, plusieurs autres
patrons. Ses Nations et ses Facultés avaient aussi des pa-
trons spéciaux en l'honneur desquels elles célébraient pé-
riodiquement des solennités religieuses où se mêlaient par-
fois de mondaines réjouissances. Pour remédier aux abus
et à la multiplicité de ces fériés, un statut général de 1275
ordonna qu'en dehors des fêtes communes, chaque nation
ne pourrait en célébrer qu'une seule. M. Vallet de Viriville,
dans son histoire de l'Instruction publique, nous apprend
qu'au xne siècle, à l'époque où l'Université était divisée en
quatre nations, subdivisées en tribus , la nation de Picar-
die l avait pour patron ordinaire saint Nicolas, et que la
tribu d'Amiens honorait spécialement saint Firmin; il nous
apprend aussi que la nation de Picardie prenait, dans les
actes et annonces publiques , la qualification de fîdelissima
Picardorum ou Picardica.
Une ordonnance royale, rendue à Chartres par Louis XI,
le 14 juin 1467, fournit quelques détails peu connus sur
la confrérie dont il s'agit. J'ai cru devoir transcrire ici, en
partie, cette ordonnance, à cause de l'intérêt tout parti-
culier qu'elle présente.
0 Louis, par la grâce de Dieu, etc.... Par la supplication des
» libraires jurez, bystorieurs, parcheminiers et relieurs de livres
» et autres confrères de la conftairie Saint-Jean-1'Évangéliste,
» fondée en l'église Saint-André-des-Arts à Paris, adjoincls avec
» lesdi ts libraires, contenant que dès longtemps les libraires de ladite
» université, prédécesseurs desdits suppliants, exigèrent, levèrent
» et fondèrent ladite confrairie en l'onneur et révérence de saint
» Jean l'Évangéliste, leur patron, en l'église Saint-André-des-Arls,
1 Cette nation était composée des évêchés ou provinces métropoli-
taines de Beauvais, Noyon, Térouanne, Amiens, Arras, Liège, Laon,
Utrecht, Cambrai et Touruay, et de tous les autres diocèses de la Bel-
gique jusqu'à la Meuse, selon le même auteur et selon M. Cocheris.
ET LA LIBRAIRIE A AMIENS. 5
» qui est à la présentation de ladite université, et y ordonnèrent
» trois messes être dictes et célébrées, c'est à savoir : l'une àl'onneur,
» prospérité et conservation de nous, nos prédécesseurs et de ladicte
» université; la seconde pour les frères d'icelle confrairie vivants,
» et la tierce pouf "le, salut et remède des âmes de leurs confrères de
h ladicte confrairie trépassez. Au temps de laquelle foïidacion et do-
» tacion des dictes messes, les confrères étaient en grand nombre,
» riches et oppulants, tant à l'occasion de la demeure de nospré-
» décesseurs roys de France en la ville de Paris que austres seigneurs
» du sang et autres estrangiers de divers royaumes et nations y
» affluens, et aussi de la populacion et augmentation de l'université
» et fréquentacion de marchandises en la ville de Paris, et tellement
» que par multitude desdits confrères, les dites trois messes et autres
» frais et souffraiges estaient fait et soutenuz en payant par chacun
» confrère chacun an 12 deniers parisis pour tête.
« Depuis laquelle fondacion sont survenues en nostre royaume,
» mesmement en notre dicte ville de Paris, grant guerres, famines
» et mortalitez et austres pestilences, à l'occasion desquelles et de ce
» que nos prédécesseurs et austres grands seigneurs et gens estran-
» giers et austres populaires ont distrait leur demeure de ladicte
» ville, et plusieurs populaires et confrères trespassez, ladicte ville
» est apovrie mesmementlesdits suppliants, en telle manière que de
» présents lesdits libraires et consors sont en tel et si petit nombre
» qu'ils ne peuvent ny pourraient faire dire lesdites messes, ni en-
» tretenirles frais, mises et despens qu'il convient soutenir auxdils
» supplians, tant à l'occasion de ladite confrairie que austres fraiz
» et affaires d'içeux confrères, parquoy leur est besoin pour iceux
» soustenir prendre et lever oultre et pardessus lesdits 12 deniers
» parisis, 4 sols parisis sur chacun, et 24 sols sur ceux qui seront
» créés à l'avenir et sur les apprentis, 8 sols pour une fois et un de-
» nier par chaque semaine sur chaque homme tenant ouvrouer à
» Paris, etc.; que auscun maistre ne ait ou tiengne varlet ou commis
» gangnant argent qu'il ne soit de ladicte confrairie et paye 12 de-
» niers parisis audit maître. »
Cette ordonnance de Louis XI a été plus d'une fois con-
6 RECHERCHES HISTORIQUES SUR L'IMPRIMERIE
firmée par ses successeurs, en ce qui concerne l'obliga-
tion, pour les maîtres , de célébrer la fête de S'-Jean.
Mais, dès 1539, on voit que les maîtres sont devenus as-
sez riches pour se passer du concours de leurs apprentis,
et il fut défendu à ces derniers, qui fêtaient de leur côté
saint Jean l'Évangéliste, d'établir aucune confrérie, asso-
ciation ou fête, ces réunions étant devenues pour eux une
occasion de s'entendre et de se liguer contre les maîtres.
(Ordonnances et édits de 1549, 1571, etc.)
Il fut aussi, dans le même but, défendu aux religieux de
Saint-Jean-de-Latran et à toutes maisons religieuses de
souffrir et entretenir chez eux les confréries ou assemblées
des compagnons imprimeurs. (Voir les Ordonnances préci-
tées et le Code de la Librairie, par Saugrain, dont il sera
parlé ci-après.)
Un but politique n'était pas , non plus, étranger à ces
défenses.
Le règlement de la librairie de 1723 n'avait point oublié
la confrérie de Saint-Jean, et voulait que les établisse-
ments d'imprimerie et de librairie fussent fermés le jour
de la célébration de cette fête, sous peine d'amende.
Ce règlement avait placé l'administration des deniers de
la confrérie entre les mains des adjoints de la commu-
nauté ; antérieurement cette administration avait été con-
fiée à des maîtres de confrérie élus en la communauté des
imprimeurs et libraires, et dont les fonctions ont dû ces-
ser en vertu d'un édit de 1686.
On ne saurait trouver dans tous ces documents et dans
beaucoup d'autres, qu'il est inutile de citer, une explica-
tion complètement satisfaisante sur le motif qui .a guidé
les libraires dans le choix de leur patron.
Le bibliophile Jacob et E. Fournier disent que les li-
ET LA LIBRAIRIE A AMIENS. 7
braires, et autres membres de leur confrérie, marchaient à
la procession des grandes fêtes de l'Université, sous la
bannière de saint Jean-Porte-Latine, qui était le patron de
leur choix, <c sans doute à cause de la dernière partie de
son nom, qui avait flatté ces vendeurs de livres latins '. »
Si ce motif de vanité savante n'est pas le vrai, il n'a du
moins rien d'invraisemblable puisque, d'après l'auteur des
Variétés historiques (édit. de 1752), certaines corporations
ont basé leurs choix sur des motifs tout aussi futiles et
fort ridieules.
C'est dans un simple jeu de mots que M. S. Prioux voit
l'origine de ce choix, qu'il explique ainsi : « Dans le lan-
gage populaire saint Jean était appelé saint Jean Porte-
Latin, et comme tous les livres étaient à cette époque en
latin, et par conséquent portant le latin, les confection-
neurs de livres choisirent naturellement pour patron saint
Jean Porte-Latin. » (Journal de la Librairie, n° du 5 mai
1860.)
M. Prioux a reproduit par la gravure et donné la des-
cription de quelques médailles ou jetons relatifs au sujet
qui nous occupe; le plus ancien est de 1418. Mais cet écri-
vain n'a pas dit son dernier mot ; il espère, avec un zèle
digne d'éloges, pouvoir fournir sur ce sujet de nouveaux
éclaircissements.
La Mothe Le Vayer garde le silence sur le patron des
libraires et imprimeurs ; mais, sans doute afin de prouver
les causes plaisantes de certains choix, il dit que les bou-
langers ont choisi saint Michel, à cause des miches qu'ils
font cuire ; les cardeurs, sainte Madeleine, à cause de
leurs amas de laine ; les cuisiniers, saint Just, parce qu'ils
sont obligés de goûter les jus qu'ils emploient.
1 Hist. de l'Imprimerie (livre d'or des métiers).
8 RECHERCHES HISTORIQUES SUR L'IMPRIMERIE
Quels rébus ! s'écrie M. Peignot, en citant ces trois mo-
tifs burlesques. Son intention avait été de publier un tra-
vail sur cette question, mais il paraît s'être contenté d'in-
diquer un certain nombre de patrons, sans donner à con-
naître les motifs qui les ont fait adopter. C'est un travail
qui reste à faire et qui serait fort curieux, outre qu'il se-
rait difficile, notamment pour les arts et professions qui
n'ont pas eu le bonheur, comme les orfèvres , de posséder
parmi eux un saint canonisé, tel que saint Éloi.
Des imprimeurs ont été plus ou moins martyrisés et
même brûlés, mais aucun ne figure dans le Martyrologe.
Les libraires et imprimeurs d'Amiens n'avaient pas fondé
de confrérie, mais ils faisaient dire une messe annuelle
en l'honneur de leur patron dans l'église Saint-Martin,
ainsi que l'indique une note émanant de feu M. Guerard.
Ce renseignement, que Mme Guerard a bien voulu nous com-
muniquer, se trouve confirmé dans un volume fort rare,
intitulé Heures nouvelles à l'usage dé ceux qui fréquentent
leur paroisse, précédé d'un caPendrier, lequel porte que,
le 6 mai, un office était célébré à la paroisse Saint-Martin, .
pour les imprimeurs et libraires. Ce livre a été imprimé
à Amiens, par la veuve Charles Caron, en 1758. M. l'abbé
Corblet en possède un exemplaire '.
Les actes de l'église d'Amiens mentionnent plusieurs
lettres, mandements et statuts synodaux condamnant les
abus qui s'étaient généralement introduits dans la célébra-
tion des fêtes patronales par les corporations : les danses,
jeux et festins en faisaient toute la solennité ; il était dé-
fendu aux curés et ecclésiastiques d'y assister.
1 Ce livre fait connaître que les foulons et imprimeurs sur étoffes
avaient adopté le même patron et célébraient leur office à St.-Leu.
ET LA LIBRAIRIE A AMIENS. 9
Les statuts synodaux de Mgr Faure, datés de 1662, por-
tent ce qui suit :
« Toutes confréries qui n'ont pas été canoniquement érigées se-
» ront interrompues jusqu'à ce que l'érection en soit faite et que
» les règlements et statuts en soient donnés par nous. Nous défen-
» dons tous festins qui se font sur les fonds des revenus et aumônes
» des confréries. Ces associations ne doivent avoir autres fins que
» l'accroissement du service de Dieu et la pratique des oeuvres de
» miséricorde. »
Il ne paraît pas que ces défenses aient remédié complète-
ment aux abus, car autrement il n'aurait pas fallu renou-
veler ces blâmes aussi souvent qu'on l'a fait.
La Révolution a mis fin aux confréries de toutes sortes.
L'office de saint Jean n'a pas été rétabli depuis, et c'est
seulement par un banquet ou dîner, offert par les maîtres
aux ouvriers, que cette fête patronale est célébrée à
Amiens.
III.
FÊTE BURLESQUE.
A Lyon, les libraires et imprimeurs célébraient, outre la
fête de saint Jean, une fête burlesque dite du seigneur de
La Coquille, qui n'était sans doute autr_e chose que la très-
étrange personnification des fautes typographiques ou co-
quilles, et sur laquelle des détails forts piquants ont été
donnés par P. Lacroix et E. Fournier dans leur Histoire de
l'Imprimerie, déjà citée.
« Le seigneur de la Coquille, disent ces auteurs, était représenté
» par un mannequin bizarre ou momon, promené dans la ville, avec
» une bannière ou guidon où se trouvaient les V V verds qui, plus
» tard, et sans qu'on sache par suite de quelle coïncidence, ont servi
» de rubrique à la première édition des (Economies royalles de Sully.
» Sur un guidon de taffetas rouge, on voyait, au milieu d'un V, en
» lettres d'or, Espoir de mieux. C'est la raillerie et l'impénitence
» narquoise après la faute, l'envie de rire au lieu du désir de se
» corriger. »
Cette fête carnavalesque était encore en grande faveur
à Lyon à la fin du xve siècle. Elle se faisait pendant le
Carême, et revenait chaque année avec des rites nouveaux,
des chants burlesques et des discours à l'avenant.
Le rédacteur du catalogue de la Bibliothèque Soleinne
explique la présence du V sur la bannière du Patron des
bourdes typographiques, par préférence à toute autre let-
12 RECHERCHES HISTORIQUES SUR L'IMPRIMERIE.
tre, par la raison que cette lettre, qui servait alors d'w
etdew, pouvait aisément être retournée et passer ainsi
pour un n. Cette lettre était donc très-favorable aux co-
quilles.
Plusieurs ouvrages relatifs à cette fête burlesque se trou-
vaient en manuscrit chez M. de Soleinne, notamment: les
plaisants devis des suppôts du seigneur de la Coquille, récitez
publiquement le deuxième mai l'an mil cinq cent huictante-un.
— Les plaisants devis en forme de coq à l'asne rescitez par les
suppôts du seigneur de la Coquille en l'an 1589.— Cette der-
nière pièce est imprimée « à Lyon par le seigneur de la Co-
quille. » Elle mentionne que cette fête était représentée et
tolérée antérieurement « plus licentieusement à Paris et
» ailleurs en France. »
IV.
RÈGLEMENTS GÉNÉRAUX
antérieurs à 1789.
A Paris, les imprimeurs étaient, avant la révolution de
1789, organisés en communauté avec les libraires, pour-
vus d'une chambre syndicale sous la surveillance du lieu-
tenant de police, avec le titre de Communauté des libraires
et imprimeurs jurés de l'Université, conformément aux an-
ciens règlements. Étant considérés et réputés du corps et
des suppôts de l'Université, complètement séparés et dis-
tingués des arts mécaniques, ils jouissaient de tous les
droits et prérogatives qui avaient été attachés à cette qua-
lité, en vertu des lettres patentes de Charles "VIII (1488),
plusieurs fois confirmées par divers édits et ordonnances
rendus postérieurement.
Ces faveurs affranchissaient les membres de la commu-
nauté des imprimeurs de toutes contributions, subsides et
impositions supportés par les arts et métiers, et les exemp-
taient des diverses charges de la cité, ainsi que des tu-
telles et curatelles. Les mêmes faveurs s'étendaient à tous
les libraires et imprimeurs du royaume, d'après un édit
de Charles IX, de 1561.
Mais, d'un autre côté, cette communauté était soumise
à une foule d'édits et de dispositions pénales de toutes
H RECHERCHES HISTORIQUES SUR L'IMPRIMERIE
sortes, qui, en 1723, furent refondues dans un règlement
nouveau, rédigé par d'Aguesseau , lequel règlement fut
déclaré applicable à tout le royaume par arrêt du conseil
d'Etat du 24 mars 1744. Saugrain, syndic de la commu-
nauté des imprimeurs et libraires de Paris, a composé,
sous le titre de Code de la librairie et imprimerie, un ou-
vrage excellent où il a résumé et annoté la législation alors
en vigueur.
La Révolution est venue abolir, par une loi du 17 mars
1791, ces privilèges et cette législation, en sorte que ces
monuments du passé ne présentent plus guère aujourd'hui
qu'un intérêt historique ou curieux.
A ce point de vue ils sont encore, en partie, du domaine
de cette brochure et méritent d'être connus.
Avant 1667, des lettres patentes ou privilèges suffisaient
pour exercer la profession d'imprimeur ; mais plus tard, nul
ne pouvait être imprimeur ni libraire sans avoir été reçu
maître en la communauté; et pour arriver à la maîtrise, il
fallait être catholique, de bonne vie et moeurs, âgé de
20 ans au moins, avoir fait quatre années d'apprentissage,
et ensuite avoir servi les maîtres pendant trois ans en
qualité de compagnon. Il fallait, en outre, justifier au syn-
dic ou adjoint de la communauté d'un certificat du recteur
de l'Université, constatant que l'aspirant était congru en
langue latine et savait lire le grec '.
Il fallait aussi prêter serment par-devant le lieutenant
1 Un règlement universitaire de 1438 distingue deux sortes de latin :
'le latin congru, que devait parler tout élève parvenu à l'étude du doc-
trinal ou syntaxe latine, et le latin incongru, à l'usage des écoliers
■qui suivaient les classes élémentaires. (Vallet de Viriville, Hist. de
l'Inst. publique.)
ET LA LIBRAIRIE A AMIENS. 15
général de police, après avoir passé l'examen voulu et
rempli toutes les conditions exigées.
Les veuves, fils, où gendres de maîtres étaient seuls dis-
pensés d'une partie de ces formalités, propres à effrayer
plus d'un aspirant de nos jours, si elles étaient encore
exigées '.
Les maîtres reçus à Paris pouvaient aller demeurer et
exercer dans tout le royaume sans être tenus de faire ap-
prentissage et nouveau serment en leur résidence, mais
seulement de justifier de leurs lettres de maîtrise et récep-
tion, et de les faire enregistrer au greffe de la justice ordi-
naire du lieu de cette demeure.
Un édit de 1686 obligeait les imprimeurs à posséder au
moins deux presses ; ce nombre fut porté à quatre par un
arrêté de 1713, qui imposait, en outre, l'obligation d'avoir
huit sortes de caractères romains, le tout sous peine de
déchéance de la maîtrise.
Le quartier_.d.e_ l'Université était assigné pour demeure
aux imprimeurs de Paris, à peine de confiscation de leur
matériel, de privation de la maîtrise et de peine corporelle
en cas de récidive, en vertu de divers édits et ordonnances
remontant à l'année 16002.
1 n suffit aujourd'hui, pour être imprimeur, d'obtenir un brevet sur
la simple production d'un certificat de capacité et de bonne vie et
moeurs, sans être astreint à aucune obligation d'examen, d'apprentis-
sage ou autres.
L'imprimerie et la librairie sont actuellement régies par les lois et
décrets de 1810,1814, 1819,1835 et 1852.
2 Ce quartier, où les imprimeurs étaient groupés afin d'une surveil-
lance plus facile de la part des autorités, était situé au Mont-S'-Hilaire,
et fut ensuite connu, plus particulièrement, sous le nom de Puits-Cer-
tain.— On trouve à ce sujet plusieurs renseignements dans les règle-
ments et dans une note du Roman-Bourgeois, par E. FOORNIEH.
16 RECHERCHES HISTORIQUES SUR L'IMPRIMERIE
Il était prescrit d'imprimer en beaux caractères, sur de
bon papier et correctement, et nul ne pouvait imprimer ou
réimprimer sans avoir obtenu privilège ou permission du
roi ou des officiers de police , dans certains cas, sur le vu
du manuscrit par le chancelier ou garde des sceaux.
Les permissions d'imprimer et de vendre étaient à la
discrétion du Parlement avant 1566, selon M. Leber, qui
en fait remonter l'origine à 1507.
M. Peignot pense que les demandes de permission n'é-
taient point obligatoires avant 1566, et que les privilèges
accordés jusque là étaient une sorte de garantie de contre-
façon. Il établit que ce n'est qu'à partir de 1547 que le nom
et le surnom de l'auteur, celui de l'imprimeur, sa marque
ou l'enseigne de son domicile, ont dû être exprimés et ap-
posés au commencement ou à la fin des livres, ainsi que la
date de l'impression ; ce qui est conforme, du reste, aux
règlements cités par Saugrain.
Une ordonnance de 1485 permettait de cumuler, avec
les professions de libraire ou d'imprimeur, les fonctions de
notaire, praticien ou autre.
Une déclaration de Henri II, du 27 juin 1551, défendait
à tous imprimeurs d'exercer leur état sinon en bonnes
villes et maisons accoutumées à ce faire, et non en lieux
secrets. Le maître imprimeur devait répondre des fautes
et erreurs commises.
Il était défendu aux maîtres de prendre et garder aucun
apprenti marié, et aux compagnons et apprentis de faire
aucun festin ou banquet pour quelque cause et raison que
ce soit, ainsi qu'il a été rapporté plus haut. Le trie leur
était aussi interdit. On appelait ainsi un signal de quitter
le travail pour aller boire '.
' E. Fournier, dans ses Variétés historiques, a donné une curieuse
ET LA LIBRAIRIE A AMIENS. 17
Les intendants et lieutenants de police étaient, pour la
province, chargés de surveiller l'application de ces lois et
règlements généraux, ainsi que les chambres syndicales
établies dans quelques grandes villes. Les maires et écfae-
vins appliquaient les statuts et règlements locaux. Le ser-
ment exigé pour entrer en fonctions était prêté devant le
bailli. Les demandes de privilèges ou permissions d'im-
primer, vendre ou débiter, devaient être adressées au juge
royal du ressort du domicile des imprimeurs ou au pre-
mier magistrat du lieu, qui n'accordait cette permission
qu'après approbation préalable, même des simples livrets,
par des personnes que ce juge choisissait et qui devaient
être capables d'en faire l'examen.
Les imprimeurs-libraires obtenaient, à prix d'argent, le
privilège d'imprimer et de vendre, pour un certain nombre
d'années.
Le privilège du roi, sur parchemin, coûtait 33 1. ; il ne
dépassait pas 10 années. Une simple permission tacite se
pièce en vers burlesques, ayant pour titre : Les misères des apprentis
imprimeurs, appliquées par le détail à chaque fonction de ce pénible
état.
Les ouvriers imprimeurs de tout âge se dédommagent amplement
de ces tracas par des rires, des lazzi, des pla;santeries, des espiè-
gleries de toutes sortes. Mais alors, gare les coquilles ! Elles ne man-
quent pas de se produire dans ces moments de joyeuselés. Qui sait si
certaines fautes bouffonnes n'ont pas été parfois commises par malice ?
Et, chose bizarre, ces fautes sont, pour certains collectionneurs, le
seul motif qui leur fait rechercher les livres où elles se trouvent et qui
les fait vendre un prix quelquefois exorbitant, tels que : une Bible
de 103 k portant « le Seigneur lui donna la corruption au lieu de la con-
ception. » La Bible imprimée par Hildebrand, en 1710, où l'on voit cet
étrange commandement : « Tu commettras adultère. » Faute qui en-
traîna la confiscation de l'édition. On peut juger par là jusqu'où peut
aller la manie de quelques bibliomanes.
91
itl (J-
18 RECHERCHES HISTORIQUES SUR L'IMPRIMERIE.
payait 71. 10 s. ; elle était pour trois ans. Ce temps expiré,
on pouvait renouveler l'un et l'autre à la volonté de l'au-
teur, en payant la même somme. Quelques détails seront
donnés plus loin sur les permissions tacites qui étaient de
deux sortes, écrites ou verbales.
Voyons maintenant comment ces divers règlements
étaient appliqués à Amiens particulièrement.
V.
LÉGISLATION ET ORGANISATION
DES IMPRIMEURS D'AMIENS AVANT 1789.
LIVRES BRULES PAR LE BOURREAU.
L'organisation particulière des imprimeurs d'Amiens,
avant la Révolution, doit naturellement trouver ici sa
place, et je vais y consigner ce que j'ai pu recueillir à cet
égard.
Un arrêt du Conseil, du 21 juillet 1704, fixa à quatre le
nombre des imprimeurs, pour la ville d'Amiens ; il fut
réduit à deux par un autre arrêt donné à Versailles le 31
mars 1739. Ce dernier arrêt n'accordait qu'une imprimerie
pour Abbeville et supprimait celle de Péronne. Ces réduc-
tions et suppressions, opérées en assez grand nombre dans
tout le royaume, étaient motivées par des rapports éta-
blissant qu'une partie des imprimeurs nommés par un édit
antérieur ne pouvait se soutenir au moyen du produit de
son travail, ce qui exposait ces titulaires à contrefaire les
ouvrages imprimés par d'autres ou à en imprimer clandes-
tinement de mauvais.
Avant 1789, Amiens n'a jamais eu plus de trois impri-
meurs en même temps. De 1789 à 1810, le nombre des
imprimeurs fut illimité ; aussi, pendant la période révolu-
tionnaire, on en comptait jusqu'à sept, compris les asso-
ciés. Un décret de 1810 a fixé le nombre des imprimeurs
20 IIECHERCUES HISTORIQUES SUR L'IMPRIMERIE
d'Amiens à cinq, dont deux à vie seulement. Depuis, il
n'a été. nulle part fixé de limite que selon les besoins de la
localité et d'après l'appréciation des autorités.
Augustin Thierry, en faisant le dépouillement des ar-
chives de l'intendance et de l'échevinage, a relevé quelques
indications relatives aux imprimeurs et libraires d'Amiens.
Ces indications sont contenues dans un ouvrage intitulé:
Recueil des monuments inédits de l'histoire du Tiers-Etat.
( Paris , Didot, 1836.) Elles établissent commme il suit la
situation en 1762.
« Le titre constitutif de 3a communauté est le règlement de 1723.
•> Cette communauté n'a aucun revenu ; — il n'a, en aucun temps,
» été fait de rôle ; — les frais des procès sont aux dépens des mem-
» fares lors existant,
» lî est dû 1000 livres à chaque réception de maître, suivant le
« règlement de la librairie. Jusqu'à présent il n'a été rien reçu de
ii ceux qui ont été admis, parce qu'ils étaient fils de maîtres, et en
» conséquence d'une convention enlr'eux.
« Cette communauté n'a ni dettes, ni charges que l'industrie,
)' montant à 88 livres, payés par quatre d'entr'eux.
» Les règlements la distinguent de toutes les autres communautés
» d'art ; il n'y a pas eu de réunion avec d'autres industries, s
Il est fait mention do deux imprimeurs, qui existaient
vers 1762, la veuve Caron et la veuve Godart, et de six
libraires, dont quatre ne faisaient pas de commerce.
Il résulte de cette situation, présentée en 1762 à l'inten-
dant, M. de Chauvelin, que les libraires et imprimeurs
d'Amiens n'avaient aucun bref ou statut particulier, et
qu'ils étaient complètement indépendants des arts et mé-
tiers, n'ayant jamais été réunis ni aux écrivains et enlumi-
neurs, ni à aucune autre corporation, comme par exemple
à Arras, à Soissons et en d'autres villes où ces réunions
ont existé, ainsi qu'on le voit dans l'ouvrage le Moyen-Age
ET LA LIBnAll'.IE A AMIENS. "Il
et la Renaissance, par les marques, bannières et blasons
qui y sont reproduits.
La seule organisation dont il soit resté des traces est
celle de la chambre syndicale, ci-après signalée.
Pages, ni aucun autre historien picard, ne fait mention
des imprimeurs comme corporation, et on ne voit nulle
part leur place assignée dans les cérémonies religieuses,
où les corps de métiers étaient toujours représentés avec
leurs bannières et des cierges ornés d'écussons à l'image
d'un saint.
Es ne sont pas nommés dans le recueil des ordonnances
ticl'échevinage comme appartenant aune corporation ré-
glementée, ni cités parmi ceux qui étaient exempts de
porte, guet et réveil et clés autres charges de la cité (con-
trairement à l'édit de 1561, indiqué plus haut); mais en
revanche on n'avait pas oublié d'affranchir de ces charges
de ville l'exécuteur de la haute justice, dont le tarif, fort dé-
taillé dans ce recueil, est vraiment des plus curieux.
* Cet employé de la justice criminelle eut occasion d'exer-
cer son métier et d'en appliquer le tarif à propos de li-
vres , ainsi que le prouve le fait suivant, constaté par les
registres de l'échevinage, et arrive à la suite d'une enquête
faite sur des écrits séditieux qui avaient été répandus par-
les réformés :
« 156% juin. 100 sols sont payés au bourreau pour avoir brûlé
» plusieurs livres censurés. »
C'est sur la place du Marché que cette exécution a eu
lieu ', elle comprenait les traités de Calvin et une foule
• Justice et Bourreaux , par Dubois, chez Caron et Lambert (1860),
in-8°.
La place du Marché était le lieu ordinaire des exécutions. C'est là
aussi que furent brûlées, en 1793, les lettres de noblesse et de prêtrise.
22 RECHERCHES HISTORIQUES,SUR L'IMPRIMERIE
d'autres livres enlevés chez les protestants et principale-
ment chez le ministre Laforêt.
En 1534, des ouvrages de Luther et d'autres hérétiques
ont aussi été brûlés devant la principale porte de l'église
cathédrale, en exécution d'une sentence du Parlement et
de l'inquisiteur Lyévin.
Rien n'indique que les imprimeurs et libraires d'Amiens
aient été obligés de résider dans certaines rues; néan-
moins on voit, pendant longtemps, qu'ils étaient presque
tous établis dans la rue du Beau-Puits (depuis rue Henri-
Quatre), près la place. Saint-Martin. C'était sans doute à
cause du mouvement de la population qui était très-actif
en ces quartiers, où se tenaient des foires et des marchés
qui attiraient beaucoup d'étrangers, et aussi à cause de la
proximité de plusieurs monuments et établissements reli-
gieux où la foule se portait. On verra plus loin qu'il se
trouvait des loges ou étalages de livres au parvis delà
cathédrale.
Comme imprimeurs, on remarquait, notamment, dans la
rue du Beau-Puits, les Hubault et les Caron. En ce quar-
tier privilégié, la science culinaire réparait la force des
savants fatigués par l'étude. D'habiles traiteurs ouvraient
pour eux leurs confortables établissements, parmi lesquels
primaient les hôtels des Bons-Enfants et du Plat-d'É-
tain '.
C'est seulement en 1726 qu'un règlement ou distribu-
tion des objets de police entre les maire et échevins parle
nominativement de l'imprimerie, qui fut alors placée sous
1 Je copie ces lignes récréatives et empreintes d'un véritable parfum
de gastronomie dans un ouvrage de M. Goze, historien et héraldiste
picard, aussi savant que modeste. (Rues d'Amiens, tome m, page 54. —
Imprimerie d'Alfred Caron. )
ET LA LIBRAIRIE A AMIENS. 23
l'autorité du maire, mais sans indication ni définition de
la surveillance que ce magistrat devait exercer '.
Plusieurs faits attestent, malgré le silence des règlements
antérieurs à 1726, que la police de l'imprimerie était assu-
rément, avant cette date, exercée par les magistrats mu-
nicipaux, dont les attributions étaient très-étendues. La cité
d'Amiens a toujours eu la glorieuse ambition de vouloir
être gouvernée et administrée par elle-même, autant qu'elle
l'a pu, au prix des plus grands sacrifices et du rachat des
offices royaux créés à différentes époques, à quoi le trésor
royal trouvait son compte.
Il résulte des registres de l'échevinage que les impri-
meurs et libraires ne pouvaient s'établir dans la ville d'A-
miens, sans l'autorisation du Corps de ville. Ces autorisa-
tions sont parfois assez longuement motivées , notamment
celle accordée à Guislain Lebel, laqueUe mentionne les
lettres-patentes qui lui avaient été données par le roi Louis
XIV, pour lui conférer le titre d'imprimeur et libraire ordi-
naire du Roi, en la ville d'Amiens. Ces lettres-patentes se-
ront transcrites plus loin.
Cette police locale était indépendante de celle attribuée
aux officiers du roi, au chancelier, et au directeur général
de la librairie, par les règlements mentionnés plus haut.
On voit, par les registres du bailliage , que le bailli re-
cevait les prestations de serment des imprimeurs et li-
braires ; qu'il leur faisait signifier, par le Procureur du roi,
les règlements, édits, et ordonnances royaux, concernant
leur profession, et qu'il en surveillait l'exécution.
Les intendants exerçaient aussi une surveillance active
sur l'imprimerie et la librairie; et ils punissaient sévère-
1 Brayer, Notice sur la Police d'Amiens.
24 RECHERCHES HISTORIQUES SUR L'IMPRIMERIE.
ment les infractions aux règlements, comme on enverra
la preuve au chapitre VII, en ce qui concerne l'imprimeur
Charles Redé, auquel fut appliqué la peine la plus grave
de toutes celles mentionnées, la suppression de son im-
primerie , et la destruction des livres saisis, solennelle-
ment faite en présence de tous les imprimeurs et libraires
qui avaient été convoqués extraordinairement à cet effet.
On verra, sous le même chapitre, que les intendants
étaient également sévères contre les auteurs pour certains
écrits ; mais qu'ils savaient aussi user de modération et
employer quelques fois des moyens conciliants.
VI.
CHAMBRE SYNDICALE.
Une chambre syndicale des imprimeurs et libraires existait
encore à Amiens en 1792. Elle avait été créée en vertu d'un
arrêt du conseil d'Etat du li juin 1710, qui désignait
Amiens comme étant l'une des villes par laquelle pou-
vait avoir lieu l'entrée des livres étrangers.
D'après cet arrêt, tous les livres et livrets arrivant de
l'étranger devaient être remis dans une chambre destinée
à cet usage, pour y être visités par les syndics de la com-
munauté des libraires ou par deux libraires nommés à cet
effet dans les villes où il n'y avait pas de syndic, lesquels
syndics ou libraires devaient dresser de ces livres un cata-
logue exact, dont ils étaient tenus d'envoyer chaque se-
maine une copie certifiée d'eux à M. le chancelier, pour
être par lui, sur les ordres qu'il recevait de Sa Majesté,
réglé tout ce qui était relatif à la suppression , confisca-
tion, permission, vente et débit de tous lesdits ouvrages.
En.1788, selon le P. Daire', cette Chambre était com-
posée d'un syndic et de trois adjoints ; elle avait dans son
département les villes d'Abbeville, de Beauvais, de Noyon
et de Saint-Quentin et toutes les petites villes avoisinantes.
Les jours d'assemblée, pour la visite des livres qui pas-
J Voir Almanach de Picardie de 1788.
26 RECHERCHES HISTORIQUES SUR L'IMPRIMERIE.
saient par Amiens, étaient les mardi et vendredi de chaque
semaine. Aucun particulier ne pouvait vendre une biblio-
thèque sans qu'au préalable il n'ait prévenu le syndic qui
en allait faire la visite , accompagné d'un adjoint, lesquels
en délivraient un certificat qu'il fallait présenter au lieu-
tenant général de police pour obtenir la permission de
vendre.
Les particuliers des villes du ressort de ladite chambre,
éloignées de plus d'une journée, lorsqu'ils voulaient ef-
fectuer une vente publique de livres, étaient obligés d'en
faire faire le catalogue par un libraire ou par toute autre
personne, de le faire certifier véritable par le lieutenant
général de police ou mayeur du lieu de leur résidence, et
d'envoyer ledit catalogue au syndic de la chambre syndi-
cale d'où ils ressortissaient.
En 1788, les membres de la chambre étaient :
MM. Boullet de Varennes, avocat, censeur royal;
Caron l'aîné, imprimeur-libraire, syndic;
Caron père (L.-Ch.), imprimeur ;
Vast, libraire ;
Et Caron-Berquier, libraire, adjoint.
La composition était la même en 1792, à l'exception de
Caron père, alors décédé.
Les attributions de cette chambre syndicale ne consis-
taient pas seulement, comme on le voit, dans la visite des
livres étrangers, mais elle exerçait une surveillance plus
générale et maintenait les privilèges qui appartenaient
alors à la corporation des imprimeurs et libraires.
VII.
Liberté d'imprimer. — Censure. — Condamnations. — Per-
missions tacites écrites et non écrites. — Imprimeries ,
Livres et Journal condamnés ou supprimés à Amiens. —
Refus de permission d'imprimer aux ouvrages des Pro-
testants.
L'imprimerie, cette invention plus divine qu'humaine,
comme le disait le roi Louis XII, a rendu de grands ser-
vices, mais aussi elle s'est prêtée à la licence, elle a favo-
risé des excès , qui ont appelé sur elle, dès son début, l'at-
tention du législateur. On connaît les déclamations de J. J.
Rousseau contre cette invention, dont les affreux désor-
dres , selon lui, devaient conduire les souverains à bannir
cet art terrible de leurs États avec autant de soins qu'ils
en avaient pris pour l'y introduire. On connaît aussi les
griefs de Charles Nodier contre cette découverte qu'il ap-
pelle la loi agraire de l'intelligence, qui lui reproche d'a-
voir fomenté des milliers d'erreurs et de folies, d'accélérer
la civilisation pour la précipiter vers la barbarie '. Ce lan-
gage peut paraître au moins excentrique de la part de ces
grands écrivains ; aussi est-il permis de penser différem-
ment et de croire que l'exercice des presses est compatible
avec le pouvoir et avec la civilisation, ce que l'expérience
a, du reste, prouvé.
1 Voir les curieux passages rapportés, d'après ces écrivains, par
Peignot, dans son Essai sur la liberté d'écrire.
28 RECHERCHES HISTORIQUES SUR L'IMPRIMERIE
La législation primitive sur la presse n'est pas, on ne
peut le nier, demeurée dans les limites d'une modération
parfaite; la répression a été parfois barbare et souvent
sévère plus que de raison, ainsi qu'on peut le voir
dans tous les ouvrages qui traitent de cette matière. C'est
la Sorbonne, première patronne des imprimeurs, qui
donna l'exemple de la sévérité contre l'imprimerie et qui
poussa le roi aux rigueurs (1523). La censure ', l'amende,
la prison, la potence, le broiement des auteurs et de leurs
écrits, la suppression des établissements, tels étaient les
moyens ordinaires de répression à cette époque.
Malgré ces pénalités terribles, les infractions étaient
fréquentes et multipliées, comme le montrent MM. Pei-
gnot, Leber et autres, dans leurs ouvrages sur la liberté de
îa presse.
Voltaire ne manque pas , non plus , de p.vder des écrits
défendus, qui étaient imprimés, de son temps, à Cologne,
chez Pierre Marteau (l'imprimeur des libelles contre
Louis XIV), et dans toute la Hollande, pour se répandre
aussitôt en France. Beaucoup de ces livres n'empruntaient
de îa Hollande que le nom et sortaient souvent des presses
de Paris même. A l'égard de ses propres écrits, imprimés
à l'étranger, Voltaire se plaint amèrement, et à plusieurs
reprises, de ne pouvoir les faire arriver sûrement en
France, à cause de la rigoureuse surveillance de la cham-
bre syndicale des libraires -. C'est à ce propos qu'il dit :
Laissez lire et laissez, danser.
1 Les censeurs royaux furent établis en 1668 pour remplacer les per -
; .«.mes qui étaient auparavant chargées de l'examen par ie chancelier.
•'■ Les livres passés sans être soumis à la chambre syndicale étaient,
rigoureusement saisis, ainsi cpie les choses étrangères qui pouvaient
ET LA LIBRAIRIE A AMIENS. 2'j
Outre, les permissions royales, il fallait aussi la permis-
sion des docteurs pour les ouvrages concernant la religion,
et autres permissions particulières exigées par divers rè-
glements déjà mentionnés ; enfin il y a eu des permissions
tacites inventées à la fin du règne de Louis XIV et main-
tenues sous Louis XV et sous Louis XVI, comme on va le
voir.
On peut encore citer .Voltaire à propos de ce genre de
permissions, accordées,jdit-il, par le lieutenant de police à
des compilateurs : . r
«j lis vont le vendredi demander la permission de vendre leurs
» drogues; ils ont audience immédiatement après les filles de joie,
» ftui ne les regardent pas, parce qu'elles savent bien que ce sont
» de mauvaises pratiques. »
M. Lamoignon de Malesherbes, dans son Mémoire sur la
liberté de la Presse, trace un tableau des plus curieux de
la tolérance du pouvoir et des fraudes qui existaient de son
temps en matière de presse et de librairie, et auxquelles il
paraît loin d'avoir voulu apporter des entraves, en sa qua-
lité de directeur de la librairie sous Louis XV et Louis XVI.
Les permissions;tacitesjjçrites et celles non écrites, qu'il
qualifie d'assurance d'impunité, ytsont définies de manière
à dissiper tous les doutes qui ont pu s'élever sur ce der-
nier genre de permissions.
« Il n'y a point, dit-il, de loi qui soit exécutée lorsqu'une nation
» entière cherche à favoriser les fraudes, et que le Gouvernement
» lui-même reconnaît qu'il faut souvent fermer les yeux.
s'y trouver jointes. En sorte que, suivant une sentence de police du
1er avril 1681, Henry Becquerel et Pierre de La Gaste, commis des
messagers et carosses d'Amiens à Paris, furent condamnés aux dépens,
dans celte capitale, pour avoir passé en fraude un ballot de laine où
il y avait des livres; le ballot fut en outre déclaré confisqué.
30 RECHERCHES HISTORIQUES SUR L'IMPRIMERIE
» Le Gouvernement a refusé la permission expresse à un très-
>.- grand nombre de livres, qui sont ceux que le public désire avec
» le plus d'ardeur ; il l'a refusé même à des livres qui sont recon-
» nus nécessaires pour l'instruction, en sorte qu'un homme qui
» n'aurait jamais lu que lés livres autorisés serait en arrière de ses
» contemporains presque d'un siècle.
» La loi défendant les livres dont le public ne peut pas se passer,
» il a bien fallu que le commerce de la librairie se fit en fraude de
» la loi, d'où sont nées les permissions tacites que l'autorité a re-
» connues nécessaires dans certains cas. Cette nécessité avait même
» été reconnue par les parlements, contradicteurs habituels de l'ad-
» ministration.
» Ces permissions étaient inscrites sur un registre ; mais on ne
» s'en tint pa^là. Souvent on sentit la nécessité de tolérer un livre,
» et cependant on ne voulait pas avouer qu'on le tolérait. Dans ce
» cas et dans beaucoup d'autres, on prenait le parti de dire à un li-
» braire qu'il pouvait entreprendre son édition, mais secrètement ;
» que la police ferait semblant de l'ignorer et ne le ferait pas saisir ;
» et comme on ne pouvait pas prévoir jusqu'à quel point le clergé et
» la justice s'en fâcheraient, on lui recommandait de se tenir tou-
» jours prêt à faire disparaître son édition dans le moment qu'on
» l'en avertirait, et on lui promettait de lui faire parvenir cet avis
» avant qu'il ne fût fait des recherches chez lui.
» On pouvait donner à ce genre de permission le nom d'assurance
» d'impunité, le lieutenant de police en était chargé et non le ma-
» gislrat de la librairie. Lorsque le magistrat de police n'avait pas
» de confiance dans la discrétion du libraire, c'est par des subal-
» ternes qu'il lui faisait assurer l'impunité. Il n'y avait, bien en-
» tendu, aucune trace écrite de celte administration clandestine. »
Les livres défendus passaient dans les carosses les plus
respectés, et pour rendre les progrès de la fraudejhis
rapides, on se servait de petites presses portatives qu'on
enfermait dans une armoire et avec lesquelles chaque
particulier pouvait, au besoin, imprimer lui-même et sans
ET LA LIBRAIRIE A AMIENS. 31
bruit. M. de Malesherbes dit qu'il en existait alors plus de
cent S. Paris.
Enfin notre directeur de librairie exposait son système
en matière de presse, et concluait à une liberté à peu près
complète, avec abolition de la censure préalable, dont il
signalait les inconvénients.
M. De Malesherbes, si expansif dans son écrit, se dis-
pense de dire à quels ouvrages les permissions tacites non
écrites furent accordées, de son temps , ce serait fort cu-
rieux à connaître aujourd'hui.
Les preuves de permissions tacites écrites se trouve-
raient , sans doute, plus aisément, car, outre leur inscrip-
tion sur un registre, elles étaient, paraît-il, adressées aux
intendants de provinces, afin qu'ils eussent à laisser vendre
et débiter certains ouvrages indiqués.
Des livres ont été brûlés par le bourreau à Amiens,
ainsi qu'on l'a vu à la page 21 ; mais, grâce à Dieu, la
flamme du bûcher a épargné l'auteur et l'imprimeur.
Depuis 1562 ce genre d'exécution juridique ne s'est pas
renouvelé ; il n'y a plus à constater dans notre ville que
des condamnations d'écrits et une suppression d'impri-
merie.
En 1677, Msr Faure, évêque d'Amiens, condamne et dé-
fend certains ouvrages imprimés sans sa permission ; il se
plaint de ce que le catéchisme a été falsifié, qu'il a été
introduit des doctrines pernicieuses dans les livres portant
les titres de : Prières du chrétien, — Abrégé de la doctrine
chrétienne , — Prières et cantiques spirituels , etc.
« Il s'est trouvé, dit ce prélat, des imprimeurs assez hardis pour
» imprimer ces livres sans notre permission, contre la défense des
s> saints conciles et particulièrement celui de Trente. Nous avons
» supprimé et supprimons les dits catéchismes et livrets avec dé-
32 RECHERCHES HISTORIQUES SDR I.'lMPRIMEIUE
» fonsc de les vendre sous peine d'excommunication. » (Voiries
actes de l'Église d'Amiens, par Mgr Mioland. )
Un arrêt du Conseil, du 18 mars 1737, ordonne , sur la
réquisition de M. de Chauvelin, intendant de Picardie, la
suppression de plusieurs ouvrages saisis sur le sieur Cli,
Redé, imprimeur à Ami ens, qui fut déclaré déchu de sa place
avec interdiction d'exercer; ses presses, caractères, pa-
piers , et généralement tout ce qui était à l'usage de son
imprimerie, fut déclaré confisqué et vendu, pour le prix
être appliqué au profit de l'hôpital général d'Amiens. Ces
ouvrages, encore sous presse, concernaient les affaires
de l'Eglise et auraient pu, suivant l'arrêt, faire renaître
d'anciennes disputes ou en exciter de nouvelles. Le procès-
verbal de saisie, dressé par le sieur' Vaquette , subdélégué
de l'intendant en la ville et élection d'Amiens , constatait
que ces livres étaient imprimés sans aucun privilège ni
permission , et que toutes les feuilles qui avaient pu être
trouvées, avaient été déposées au greffe de la subdélé-
gation. D'après cet arrêt, toutes les feuilles d'impression
mentionnées au procès-verbal de saisie devaient être mises ■
au pilon , en présence de tous les imprimeurs et libraires
de la ville d'Amiens , convoqués à cet effet, extraordinai-
rement, en la Chambre syndicale. 1
C'est aussi sous M. de Chauvelin que certaines rigueurs
ont été exercées contre un écrit de M. Baron, membre
de l'Académie d'Amiens, intitulé le Jubilé calotin. Les
poursuites que cet intendant voulait exercer avaient mis
toute l'Académie en émoi, en sorte que M. de Chauvelin
finit par écrire à M. Desmery, directeur de l'Académie,
1 Cet, arrêt est rapporté dans le code de Saugrain et daus l'ouvrage
de M. Peignot, déjà cités.
ET LA LIBRAIRIE A AMIENS. 33
de conseiller à M. Baron un désaveu authentique, pour
éviter une condamnation.
Je n'ai pu voir qu'une copie de cette pièce , qui n'a peut-
être même pas été imprimée ; car, à cette époque, un certain
nombre d'écrits, pour ou contre le jubilé calotin, et même
contre l'intendant, ont circulé en manuscrit et n'ont ja-
mais été livrés à l'impression (1751).
Un livre du P. Daire lui-même ne fut pas à l'abri de la
rigueur des lois, bien qu'il ait paru avec permission du
maire, M. Galand ; les exemplaires en furent saisis par
ordre de M. Galand même, et le colporteur fut arrêté, en
même temps que défense était faite à l'imprimeur d'en
débiter aucun exemplaire. Ce livre portait pour titre : Les
merveilles de la Fontaine d'amour, ode dédiée aux buveurs
d'eau. La veuve Godart en était l'imprimeur; elle avait>
déguisé son nom et son adresse par l'indication : au Pùné-
Euxin, chez François Canard, à l'enseigne du Verseau. (Voir i
la description de cet ouvrage dans la 2me partie.)
En 1755 les maire et échevins supprimèrent un journal
qui avait paru sans leur permission et qui portait pour
titre: le Spectateur picard, au cap de Bonne-Espérance, chez
L'Hottentot, à l'impartialité. 1
Ce journal anti-religieux ne porte aucun nom d'impri-
meur ni d'auteur, et les registres de l'échevinage ne font
pas mention de cette suppression.
Il sera parlé dans la description qui forme la 2me partie
de ce travail de diverses autres condamnations..Il suffit de
citer ici ces quelques cas différents pour faire connaître
de quelle manière et par quelles autorités les droits de ré-
pression étaient exercés à Amiens. On voit qu'ils apparte-
» Essai de Bibliographie, par M. Dufour, extrait des Mém. de la Soc.
des Antiq. de Picardie.— V. note sur ce journal, 2e part, du prés. ouv.
a.
34 RECHERCHES HISTORIQUES SUR L'iMPRIMERJE
naient à l'autorité ecclésiastique, représentée parl'évêque,
à l'autorité royale , représentée par l'intendant, et à l'au-
torité municipale, déléguée aux maire et échevins. Les
imprimeurs devaient demander les permissions spéciales
à l'une ou à l'autre de ces autorités ', selon la nature de
l'ouvrage. Les livres concernant la justice et les tribunaux
ne pouvaient paraître qu'avec la permission particulière
du chef de la justice. Une sentence rendue par le bailliage
d'Amiens, en exécution d'un arrêt du Conseil d'État, du
6 octobre 1667, faisait défense d'imprimer et de vendre
sans privilège scellé du grand sceau et sans permission
expresse du principal magistrat du lieu. Cette sentence fut
rendue sur la requête de Guislain-Lebel, l'un des impri-
meurs d'Amiens.
Les magistrats refusaient aux protestants la permission
de faire imprimer leurs livres à Amiens ; l'ouvrage du
chanoine Viseur, sur l'Eucharistie, nous en fournit la
preuve en ce qui concerne le protestant Le Hucher. Voie
le passage qui a rapport à ce fait : « Le Hucher demande
que je lui obtienne du magistrat congé d'imprimer ses
livres à Amiens ; il m'a très-mal choisi pour plaider sa
cause , que je déteste. » ROSSIER , Histoire des Protestants
de Picardie, 1861.
Jusqu'à l'époque de l'établissement des censeurs royaux,
l'examen des livres à imprimer était confié à des théo-
logiens , souvent choisis dans les ordres des Capucins et
des Augustins. C'est ainsi, par exemple, qu'on voit le
1 Des ouvrages ont été imprimés en vertu de permissions géné-
rales accordées aux communautés ecclésiastiques et séculières, jus-
qu'au 4 juin 1674, et à quelques particuliers jusqu'au 13 mai 1686. Ce
sont, sans doute, les livres qui portaient les simple mentions : avec
permission ou avec approbation.
ET LA LIBRAIRIE A AMIENS. 35
Bref Idyliacq de Démons, soumis en 1663, à l'approbation
des séraphiques théologiens F. Paulin, F. Ambroise et F.
Michel-Ange, tous trois de l'ordre des capucins. Voici la
formule constatant cette approbation :
« Nons avons vu votre bref idyliacq, que nous trouvons fort bon
» pour être mis en tête de vos Uasons anagrammatiques et servir de
n préparation à leur sérieuse lecture. En foi de quoi nous avons ,
» tous trois, signé ce billet. — Fait au couvent d'Amiens, le 17
» juillet 1663. »
Les livres imprimés à Amiens sont, en général, revêtus
de la mention d'accomplissement des formalités préa-
lables à l'impression et exigées par les règlements, tels
que : les approbation, permission et privilège. Il s'en trouve
fort peu qui ne contiennent aucune de ces indications.
Les journaux, avant 1791, sont toujours revêtus de la
permission du lieutenant de police ; ils mentionnent aussi
parfois le privilège du Roi.
M. Boullet de Varennes, avocat, fut pendant longtemps
censeur royal à Amiens. Il donnait ainsi son approbation : -
« J'ai lu par l'ordre de Mgr le Garde des sceaux (suit le titre du
» livre), et je n'y ai rien trouvé qui puisse en empêcher l'impression
» et le débit. »
Un décret impérial de 1810 avait établi des Inspecteurs
de l'imprimerie et de la librairie, dont les fonctions consis-
taient à constater les délits et contraventions. Ces inspec-
teurs furent supprimés en 1815; M. Raoul occupait alors
cette place à Amiens.
Une ordonnance du roi Louis XVIII, rendue le 1er avril
1820, avait institué une Commission de trois censeurs près du
préfet de chaque département ; cette commission était
chargée de l'examen préalable des journaux et écrits pé-
36 RECHERCHES HISTORIQUES SUR L'IMPRIMERIE.
riodiques. Elle devait rendre compte de ses opérations au
moins une fois par mois au Conseil de surveillance de la
censure, qui était établi à Paris. C'est en 1822 que cette
commission a cessé de fonctionner.
VIII.
Ouvrages des hommes célèbres et des Sociétés savantes
avant 1789. — Les procès , factums et mémoires. — Pro-
ductions diverses de l'imprimerie à Amiens.— Indication
des Bibliothèques publiques et particulières actuelles où
se trouvent ces productions.
On sait que la ville d'Amiens s'est illustrée de bonne
heure par les sciences et les lettres ', et qu'elle fut la patrie
d'hommes célèbres, tels que Ducange, Voiture, Gresset 3,
Delambre, Le Grand d'Aussy, et un grand nombre d'autres
qui ne peuvent être tous cités ici. Les chanoines de l'église
d'Amiens ont laissé de nombreux écrits qui datent d'une
époque fort reculée. Robert Paulûlus, mort en 1192, nous
a transmis un manuscrit traitant des consécrations des
églises, des sacrements, des ornements, des habits ecclé-
siastiques , etc. Ce manuscrit a été imprimé dans les
oeuvres de Hugues de Saint-Victor. Il serait à désirer que
cet ouvrage, perdu dans plusieurs volumes in-folio, fût ré-
imprimé séparément.
« Voir les ouvrages du P. Daire et ceux de M. Dusevel, lauréat de
l'Institut, notamment son Histoire d'Amiens.
2 Le mariage de cet homme célèbre avec Mlle Galand, citée pour sa
beauté et ses essais poétiques, a donné lieu à la raillerie de s'exercer
avec une certaine malice. Plusieurs pièces manuscrites de vers, de
prose et de patois, qui ont alors circulé clandestinement, cherchaient à
prouver à M' 10 Galand qu'un savant n'est pas toujours un mari... par-
fait. (Cabinet de M. Caumartin.)
38 RECHERCHES HISTORIQUES SUR L'IMPRIMERIE
Il y avait au xni'' siècle des auteurs et des poètes , en-
tr'autres ceux dont les noms suivent : Richard de Four-
nival , connu par son Bestiaire d'Amour, qui vient d'être
publié pour la première fois et édité à Paris par le libraire
Aubry. On a attribué aussi àRichard le roman à'Abladane,
dont le manuscrit appartient à M. le comte de Mailly;
mais quelques savants pensent aujourd'hui que notre
poêle a seulement coopéré à la traduction de ce roman ].
Richard de Fournival a laissé un manuscrit qui est un
catalogue et en même temps un essai de classification bi-
bliographique composé pour une bibliothèque fondée par
lui et dont il fit présent à la ville d'Amiens. Ce manuscrit,
qui a pour titre latin Biblionomia, est fort curieux et devait
être publié par M. Lebas, ainsi que le fait connaître
M. Cocheris dans son ouvrage intitulé Notices et Extraits
de Documents, Manuscrits, etc.
Richard était issu de l'union de Roger Fournival, mé-
decin de Louis VIII et du roi Saint-Louis, et d'Elisabeth
de La Pierre, mère , par un précédent mariage , de Pierre
d'Arnoul, évêque d'Amiens, en sorte qu'il était frère
utérin de ce prélat et cousin germain de Thibault, ar-
chevêque de Rouen , tous natifs d'Amiens ; il fut fait chan-
celier de l'église de cette ville en 1240, et eut quelques
démêlés avec-i'évêque, ainsi qu'on peut le voir dans le
manuscrit de Decourt.
Hustache ou Eustache, l'auteur du fabliau du Boucher
d'Abbeville, ayant vécu vers l'année 1300 ; ce fabliau , pour
avoir été composé à cette époque reculée, n'en est pas
plus décent, ainsi qu'on peut le voir dans les oeuvres de
Duverdier et dans l'Histoire littéraire du P. Daire. Ces
' Voir Quelques Extraits du roman d'Abladane, publiés par M. Dusc-
vel. Amiens, Lenoël, 18S8, ia-8».
ET LA LIBRAIRIE A AMIENS. 39
deux écrivains racontent en termes plus que naïfs le parti
pécuniaire et gaillard que sut tirer d'un mouton et de sa
peau ce boucher séducteur et rapace, à l'encontre d'un
doyen trop confiant et de, ses gouvernantes trop enflam-
mâmes.
Jean Drouin, Drouyn ou Droyn, bachelier ès-lois au
xvie siècle, fut un traducteur fécond, sinon irréprochable ;
il a traduit notamment la Grand nef des Folles, selon les
cinq sens de nature et l'évangile de Mgr. saint Mathieu, des
cinq vierges qui ne prindrent point d'uylle (d'huile) avec
elles pour mettre en leurs lampes. Le tout en un volume
in-4°, imprimé à Paris, en 1501, par de Marnef pour Trep-
perel, et à Lyon en 1583.
Drouin annonce qu'il a fait cette traduction pour retirer
les folles de leur volupté.
Eve paraît d'abord et convient qu'elle fut la première
et la plus grande des folles :
Ce fut quand la pomme je veiz
Dont je mangé que cher nous coutte,
Je puis dire, à mon advis,
Tel à beaux yeux qui ne voit goutte.
Après les cinq chapitres des sens, on en voit un intitulé
Gaudeamus, concernant la luxure. En parlant de la danse,
les folles sont comparées aux sauterelles, et l'ouvrage se
termine par une exhortation pour les engager à rentrer
dans la nef divine.
Miehel Vascosan, célèbre imprimeur, est né à Amiens
en 1500, et il est mort en 1576, à Paris, où il s'établit fort
jeune et où il eut, pendant M ans d'exercice, les plus grands
succès par la perfection de son art et la correction de ses
textes. Il fut un des premiers à rejeter les caractères go-
40 RECHERCHES HISTORIQUES SDR L'IMPRIMERIE
thiques pour adopter les types romains, et c'est le second
imprimeur de France qui ait porté le titre d'imprimeur
du roi.
La ville d'Amiens a voulu honorer la mémoire de cet
homme illustre en donnant à l'une de ses rues le nom de
Vascosan.
Vascosan a imprimé les ouvrages de son compatriote
Jacques Dubois, dit Sylvius.
Simon de Colines, autre imprimeur parisien également
fameux, est originaire du Ponthieu , selon le P. Daire. Il
imprima quelquefois pour ses compatriotes picards, no-
tamment pour Charles Bovelle ou Bouvelle, chanoine de
Noyon, un livre de géométrie, en 1542; et plusieurs ou-
vrages du médecin Ferncl.
Michel Vascosan et Simon de Colines formaient, pour
ainsi dire , une même famille avec Josse Bade et Robert
Estienne, par suite d'alliances matrimoniales et de travaux
communs.
C'est par Josse Bade qu'ont été imprimés, à la fin du
xve siècle et au commencement du xvie, les divers ouvrages
de Pierre de Burrus, chanoine d'Amiens , dont on voit le
tombeau dans la cathédrale de cette ville.
Robert Estienne a imprimé, en 1560, les oeuvres poé-
tiques de Jacques Grevin, médecin d'Amiens ; mais l'ou-
vrage le plus curieux de cet auteur, les deux Livres des
Venins , a été imprimé à Anvers, par Plantin.
Tous ces ouvrages sont mentionnés dans le Manuel
Brunet.
Le Collège dirigé par les Jésuites, la Société littéraire de
la confrérie du Puy-Notre-Dame, la compagnie connue
sous le nom de Cabinet des Lettres, et plus tard l'Académie,
Et LA LIBRAIRIE A AMIENS. 41
étaient autant de foyers rayonnants d'où sont sortis des
hommes et des oeuvres de mérite '.
Plusieurs publications de l'Académie et des savants de
cette époque ont été confiées aux imprimeurs d'Amiens.
Les presses locales n'ont produit néanmoins que peu
d'ouvrages véritablement importants avant la Révolution.
C'est à Paris que ces sortes de travaux s'exécutaient, parce
que les manuscrits étaient, le plus souvent, cédés à des édi-
teurs de cette capitale.
Plusieurs imprimeurs de la cité picarde auraient pu, cer-
tainement, mener à bonne fin de grands travaux. Les Hu-
bault et les Caron, Guislain Lebel, Musnier et Godart, aux
xviie et XVIII 6 siècles, se sont distingués par plusieurs im-
pressions parfaitement exécutées : beaux caractères et hon
papier ; ils n'oubliaient pas ce chapitre réglementaire. Je
signalerai plus loin des livres imprimés par eux qui ne sont
pas indignes de la recherche des bibliophiles picards et
étrangers.
Une source d'occupation pour l'imprimerie Amiénoise,
dans les deux derniers siècles, cefûtles factums et les mé-
moires engendrés par les nombreux procès qui ont eu lieu
entre la ville, les communes, les évêques, le chapitre, le
clergé, les communautés, les seigneurs et les particuliers,
1 Voir les divers manuscrits et publications locales déjà cités. M. Ba-
ron , à la séance publique de l'Académie d'Amiens du mois d'octobre
1750, avait lu un discours sur la nécessité d'admettre les femmes dans
les sociétés littéraires, et comme on lui supposait l'intention d'y
faire entrer Mue Galand, le P. Daire fit à cette occasion l'épigramme
encore inédite que voici :
« Sot abus qu'un seul secrétaire
» Dans un corps où souvent l'esprit doit s'étaler,
» Qu'on charge Baron de se taire,
» Qu'on prenne Galand (Mlle Nanette) pour parler. »
42 RECHERCHES HISTORIQUES SUR L'IMPRIMERIE
à propos de droits, privilèges, redevances, voirie, naviga-
tion, etc., sans compter ce qu'on appelait les droits de
travers, sorte d'impôt à payer à l'entrée ou à la sortie des
communes ou seigneuries, et qui donnait lieu à des dé-
bats interminables. C'était vraiment le bon temps de la
chicane. Il ne faut.pas, après cela, s'étonner de voir ce fa-
cétieux dicton inscrit par Galliot-Dupré au frontispice du
grand Coutumier de France :
Le baillif vendange, le prévost grappe,
Le procureur prend, le sergent happe ,
Le plaideur n'a rien s'il ne leur échappe.
C'est tout naturellement à la Bibliothèque Communale
que se trouve la plus grande quantité d'imprimés prove-
nant des presses amiénoises ; c'est là aussi qu'ils ont été
recueillis et décrits avec le plus de soin par le conserva-
teur actuel, M. Garnier. Les catalogues dressés par ce der-
nier avec une exactitude que personne ne peut mécon-
naître m'ont fourni d'utiles renseignements. Ceux de ces
catalogues actuellement publiés comprennent l'histoire,
les belles-lettres, la médecine, les sciences et les arts. Ils
permettent de constater que le dépôt communal possède
environ 120 ouvrages et brochures de divers genres, pro-
venant de l'imprimerie d'Amiens depuis son origine jusqu'à
l'année 1700; les trois quarts de ces imprimés figurent
dans les deux classes des belles-lettres et de l'histoire.
Les bibliothèques particulières contiennent bon nombre
de livres issus des presses locales qui ne sont point repré-
sentés dans les dépôts publics. Parmi ces collections par-
ticulières, je dois mentionner surtout celle de M. Caumar-
tin, comme renfermant de rares documents, entr'autres les
manuscrits précieux de Villers de Rousseville, auteur du
ET LA LIBRAIRIE A AMIENS. 43
Nobiliaire de Picardie, de Lecouvreur, de Boulainvilliers ,
de Monsur-Graval, etc. M. Gaumartin n'est pas avare de
toutes ces richesses, il y laisse puiser des renseignements
avec une bienveillance au-dessus de tout éloge.
M. Caumartin possède un des exemplaires les plus com-
pletsque l'on connaisse du Nobiliaire de Picardie, recueilli
par N. de Villers de Rousseville, et non Villiers, comme
l'ont écrit quelques bibliographes. Ce nobiliaire est indiqué
dans le Manuel Brunet comme ayant été imprimé à Amiens
de 1708 à 1717 : il n'existe à cet égard aucun renseigne-
ment positif dans les manuscrits de De Villers de Rousse-
ville ; on pourrait plutôt conclure de quelques vagues
indications que ce livre aurait été imprimé à Paris, au fur
et à mesure de la vérification de chaque généalogie , de
1697 à 1717. Ce qui serait toutefois contraire, quant à la
date, à l'avis du P. Daire, lequel mentionne dans son
Histoire littéraire que ce nobiliaire ne parut qu'en 1717 ,
sans parler du lieu de son impression. Nous ignorons donc
si l'indication donnée par M. Brunet est la meilleure.
Une bibliothèque que l'on peut également citer, c'est
c'est celle de M. V. de Beauvillé. Elle renferme les livres
les plus rares que nos imprimeurs aient produits ; j'ai in-
diqué seulement quelques-unes de ces raretés ; mais, en
bibliophile érudit, M. de Beauvillé saura bien nous faire
connaître un jour les richesses de ce genre que son cabi-
net contient, par une de ces splendides publications dont
il a déjà donné généreusement l'exemple, en dotant sa
ville natale d'une histoire savante et admirable de luxe
typographique. ( Histoire de Montdidier, Paris , Didot,
1857, 3 vol. in-4° ).
M. l'abbé Corblet ne se contente pas de mettre au jour
des ouvrages appréciés par les savants, il veut prouver
qu'il ne dédaigne pas les oeuvres d'autrui en collection-
44 RECHERCHES HISTORIQUES SUR L'IMPRIMERIE.
nant les imprimés qui intéressent la Picardie et dont il
possède un remarquable choix. Son cabinet renferme plus
d'un spécimen des productions les plus rares de l'impri-
merie d'Amiens.
Beaucoup d'autres bibliothèques particulières , notam-
ment celles de M. le marquis de Clermont-Tonnerre, de
Mme Guerard, de M. Dusevel, de M. Bazot, de M. Le Cor-
reur, de M. Le Riche, de M. G. Rembault, de M, A. Jan-
vier, etc., dont les noms sont déjà cités ou le seront dans
la 2e partie du présent ouvrage, renferment des imprimés
intéressants sortis des presses locales.
IX.
Productions et Statistique de l'Imprimerie, pendant et
après la Révolution de 1789, jusqu'à nos jours.— Carac-
tère et emblèmes des écrits aux époques révolutionnaires.
— Les journaux, les brochures de circonstance, les livres
à la mode.
L'époque révolutionnaire a été féconde pour l'imprime-
rie d'Amiens. Le personnel s'était accru par suite du dé-
cret du 17 mai 1791, qui avait rendu libres toutes les pro-
fessions. Plusieurs imprimeurs avaient formé entr'eux une
association. Le nombre des presses typographiques fut
élevé à onze.
Les entraves apportées jusque-là à la liberté de la presse
avaient disparu en principe depuis 1789, d'après un dé-
cret de l'assemblée nationale; mais elles furent surtout
anéanties par les constitutions de 1791, 1793 et 1795, d'a-
près lesquelles nul ne pouvait être empêché de dire, écrire,
imprimer et publier sa pensée, et cette liberté ne pouvait
être interdite, suspendue ni limitée. C'était assurément la
conception la plus étendue et la plus admirable qu'il fût
possible de désirer pour l'émancipation intellectuelle, celle
dont l'application est généralement considérée comme
ayant encore ses dangers.
Avec la liberté absolue, chacun avait beau jeu à Amiens,
comme ailleurs ; aussi s'en donnait-on à coeur joie : chaque

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