//img.uscri.be/pth/2e349f884d9fd0b589a3a4d5be74fb797dc928e0
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Recueil de divers écrits relatifs à la Révolution ([Reprod.]) / par M. Froment,...

De
129 pages
[s.n.]. 1815. 2 microfiches ; 105*148 mm.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

DE
DIVERS ËCRITS
RELATIFS
A LA RÉVOLUTION,
PAR M. FROMENT,
SECRETAIRE DU CABIAET DT HOI
OCTOBRE i8i5.
à
DERMES OPÉRATIONS
POUR
LA. DÉFENSE DE LA RELIGION
ET DE LA ROYAUTÉ
PENDANT
LE COURS DE LA RÉVOLUTION (i).
LE s philosophes travaillaient depuis près d'un siècle
à saper les fondemens de l'autel et du trône, lorsque
l'épuisement des Gnances les protestations des parle-
mens contre les édits bureaux, et les conseils perfides
(i) Depuis long-temps j'ai rédigé ce précis, pour composer. tôt ou
tard plus aisément mes mémoires. J'aurai* exécuté ce descein pendant
mon séjour à Londres, si mon extrême détresse, ma mauvaise santé et
des débatx éternels avec quelques intrigans en faveur la cour, ne m'en
avaient ôté le temps et ,les moyens. La perte d'une grande partie de
pies papiers, avant ci depuis l'invasion de Napoléon, la crainte de ne
pouvoir sauver ceux qui me restent, mon devoir de prouver a mes con-
citoyens que je n'ai jamais perdu de vue leun intérêt* la nécessité de
pourvoir à niés besoins lorsque mon zèle et mes longs services auraient
îdù me valoir les moyens de venir au ««court des niieoi, et enfin l'im-
d )
du1 cpiiù'iU pourtla
Mais
cuj'H.dc Ut les libelles 1rs plut i
sooit'lô ictëlait de'p|ii|s de
rcdoutableia •elle-même et à Elle fit tr^p d'hon.
neuf knoâ sôphtstes supposant qu'il
&e rendraierit des assemblait de?
^argumens contre» eux |nendant def
assassins. Lq \aiu bruit dos orateur^, depuis ceux dé
m'occuper d'un long travail dans des aflaires,
m'ont détermine à puLlier cet écrit, tel qu'il est, a*ec les pièces offi-
cielles qui en consultent ta vérité, parce que ce seront toujours de 6oM
matériaux pour l'histoire.
(1) Le cardinal deLomcnie se gloiiliait d'avoir donné le premier
mouvement à la révolution.. >
(2) Ce sont le» propres paroles que Louis XVI prononça dans soa
conseil lors Je s-on avi'iiemeiit au trône et elles (ont L'expresMOB
(.'t; Lafajelte el autres..
• V et se reconnnri'nt; mais,
vaient avec
comme tant d'antres, la
fortune et ma vie à la défense de la religion et dé la
royauté.
s'anéantit pour elles
de bien penser de moi
regret.
.Il est aisé de concevoir
mon Roi, révolté des idées
geait de toute
j'étais animé. Je publiai, dans le courant, de 1789,
triotes, frappés de la justesse
manifestèrent le zèle Roi
(0 républicain
les
(Jamicr 1790), auprès des Princes français, pour sol-
qui fut tenu à mon arrivée, je leur démontrai que
s'ils voulaient armer: les partisans de l'aille et dts
trône, et faire marcher de pair les intérêts de la reli-
gion avec cétix^ de la royauté il serait aisé de sauver
l'une et l 'autre. Quoique forte/nent attaché à la foi de
mes pères, ce n'était pas aux non-catholiques q\ic je
Toulais faire la guerre mais aux ennemis déclarés du
catholicisme et de la royauté, à ceux qui disaient
hautement que depuis trop long-temps un parlait de
Jésus-Çhrist et des Bourbons, à ceux qui prétendaient
étrangleur le dernier des rois avec les boyaux du dernier
des prêtres. Les non-catholiques restés Jideltes à la
monarchie out toujours trouvé en moi le concitoyen le
plus tendre les catholiques rebelles le plus implacable
ennemi.
Mon plan tendait uniquement lier un parti et k
lui donner, autant qu'il serait en moi de l'extension
et de la consistance. Le véritable argument des révo-
lutionnaires étant la force je sentais que la véritable
réponse était la force alors, '1 comme ci présent j'étais
convaincu de cette grande
uneforte passion que par une plus forte encore et
9'le le zèle religieux pouvait seul étouffer le délire
républicain. Les miracles que le zèle de la religion a
opérés depuis lors dans, la Vendée et 'ou Espagne,
NM
Mais malheureusement la 'plupart des personnages
qui
ne raisonnaient
"philosophiques quoique
ciples fussent la cause et les
Ils auraient cru se couvrir de ridicule et de déshonneur,
employé
les plus grands, politiques se sont
temps avec succès. Pendant que l'assemblée nationale
cherchait a égarer le peuple et à se l'attacher pa,r la
suppression des droits féodaux, de la dîme, de ?
gabelle etc. etc. ils voulaient te ramener
mission et à l'obéissance par l'exposé de l'incohérence
des nouvelles lois par le
parades écrits au-dessus de son intelligence. Avec ces
moyens y ils croyaient faire renaître dans lecœuv de
tous les désintéressé pour
leur Souverain ils croyaient qrie les clameurs des
méconteDs arrêteraient les entreprises des factieux et
permettraient au- Rot de marcher
voulait atttindre. La valeur de mes conseils fut taxée
vraisemblablement au poids de mon
Bien des grands de ja cour snr leurs 1ii«cs et sur leur,
fortune.
Cependant les Princes, assuré de la yérih' de taon
rapport 2t de la réalité de mes moy<n> (i }, me pro-
muent les armes et les- munitions ^nécessaires pour
'contenir les factieux; et com/e iKArtois,
nie donna des lettres de retommandation auprès des
chefs de hi noblesse titi pour con-
certer mes mesures avec eux. Les gentilshommes due
cette contrée, réunis a Toulouse (en Novembre i"}$<)\}
«k« avaient délibère d'engager les a litres ordres à se'ras-
is sembler, pour rendr»1 u la religion son utile ifluence,
n aux lois leur force et leur activité, au Roi sa libcrtl
b » et son autorité, etc.
De retour en 1 (Février hâtai
d'en parcourir les principales villes, pour m'aboucher
avec les correspondant de Monsieur, comte d'Artois,
les royalistes les plus influens'et quelques membrcs'des
états et du parlement. Après avoir arrêté un plan général
et concerté les moyens de correspondre secrètement
entre n'ous, je me rendis à Nîmes oit, cn attendant les
Ci) A mon arrivée à Turin, j'avais remis à Tt. le baron de H6ll,
à M- l'abbé Marie à Mad. la comtesse de Monlbcl et a quelques autres
personnes attachées aux Princes eL a Madame comtesse J' Artois des
lettres de plusieurs gentilshommes languedociens connus ta cour dans
lesquelles ils attestaient mon zèle et mes moyens. J'avaii ('gaiement
remis uoe délibération que j'avais fait prendre et signer plusieurs
milliers de mes concitoyens, dans taquelle ils nianifestaitnt leur atta-
chement à la religion, leur dévouement aù Roi et leurs vœux pour
l'exécution de ses intentions consignces dans sa déclaration du 23 Juin
\~9o- Cette délibération manuscrite fut envoyée par les Princes à la cour
de Madrid.
(7)
a et
que,
j>
18 qu'eU
sanctionnât
*•
cuîiers
» nationaux etc,
par cinq tnille citoyens des trois ordres et l'adresse
suivante furent
président de l'asscmhlée nationale aux principale*
municipalités et corporations do royaume.
ADRESSE AU
Sll\E,
C'est aux pieds du trône
catholiques de Nîmes tiennent déposer leurs alarmes
et le témoignage de leur dévouement et de leur zèle.
Effrayés des tentatives de l'impiété du siècle contre
râuttl et le trône, et frappés de l'anarchie qui .désole
le royaume, ils ont cru que la religion était la plus
solide ou plutôt l'unique hase de tout gouvernement
sublime vérité qu'aucun législateur c'avait encore mé-
connue.
( 8 >
La religion catholique cette .auguste religion qîiî a
précédé l'établissement de Ja tnonarclik leur semble
d'autanf plus li% sa constitution qu'elle rejette avec
horreur ces principe d'indépf-ndance qui portent IL
détester et secouer toute domination., et* qu'elle en-
seigne au contraire aux peuples le respect pour le»
lois et la soumission, envers tous les dépositaires de
la puissance puhliqup. Elle prescrit non-seulement
de rendre Dieu ce tyui est à Dieu mais encore' de-
rendre à César oe qui appartient ik César.Et la saine
̃ politique apprend que^ sans cette lois
sans ce respect pour TautOiTté il ne peut plus y avoir
ni liberté ni sureté çt qu'une multitude sans frein,
confondant la licence .^rveé la liberté et abusant de ses
forccs, se précipite dans là plus horrible anarchie.
Ils ont donc cru que la religion catholique était le
plus ferme appui de la monarchie de ce gouvernement
paternel que les vertus de Votre Majesté ont rendu si cher
à son peuple; ils ont cru que, dans de vastes projets
de régénération ir jer'ait impolitique de rompre le seul
frein qu* puisse contenir la multitude de perdre de
vue une religion qui forme et épure les .mœurs sans.
lesquelles nulle société ne saurait subsister et de ravir
a l'homme son- encouragement dans ses travaux, ses
plus purs motifs de résignation à ses.peines, son unique
consolation et ses plue, douces espérances.
Les peuples ne passent point soudainement de la
vénération au mépris du zèle a l'indifférence pour les
mêmes objets. Une. juste inquiétude a donc fait craindre
aux ftdelles sujets de "Vi. M. que de trop grands coups
portés aux institutions religieuses ne fussent désastreux,
.<»>
surtout dans un? contrée oit de cruels pour-
raient faire naître des
que leur, source gérait sacrée,
de Votre M-ijesté -ne tiop ce»
scènes d'horreur dont l'histoire offre l'exécrable tableau.
Vos
l'irréligion et la nullité- du pou\oir
le principe de =.: désordre et de tous nos maux jls ont
pensé que la religion èt l'aclhité du p*ou\oir exécutif
suprême pouvaient seules les ijépai et.
Vainement .voudrait- on leur' faire -illusion sur la
fituation de Votre Majesté; l^épanchemeni quo \6Hxa/.
avez fait de.vos peines dans leur seiii et daift celui de
votre auguste fille ne leur permet pas dejdouter qu'elles
ne soient erçiclles. Vos
les cœurs j elles ont fait verser des larmes ainères
dans toute l'étendue du royaume (1). Oubliant le sen-
timent de leurs propres peines vos fidellw sujets,
Sire, n'ont été sensibles* qu'aux vôtres, oiuplutôt votre
,affliction personnelle a été considérée connue la .plus
grande des calamités publiques, tant ils sont convaincus
que le bonheur des peuples tient essentiellement au
^bonheur et à la puissance du Monarque..
Pénétrds de ces vérités, ils se sont rassemblés «-iiit
pieds des autels, et ils ont formé fdes voeux iirdçtis
pour le rétablissement de cel(g puissance titulaire qui
seule peut ratnener l'ordre, protéger la religion éta-
(i) Discourt du Roi 4 Madame Royale, le jour de sa première cotn-
tnunioo< W
£foff
piit* la la prospérité et assure?
là sur* des Bases
Daigne?', Sire^ accueillir avec bonté la délibération
bu ces vœux' sont exprimés: elte^Ji'est «juë le faible
ténioignagfNle.Ja soumis'sion 1 plus entière, 'île ratnour
le plus tenthe, et <lu respect le plus profona ^veoi|ies-
"quels nous sommes,
de Vôtre Majesté,
'̃ les très-hnmUes -̃ très-obtissans
serviteurs et Gdelles sujets,
Le Président, et les Commissaires
de de- Aunes.
'Cette adresse fut à peme connue que plusieurs
grandes communes -de la province la firent réimprimer
et prirent des délibérations scutblables a celle ci-dessus
citée. Le côté droit de l'Assetnbtée nationale proposa
également, « comme l'unidue moyen d'arrêter le désor-
dre, de rétablir sur ses véritables bases l'autorité
» royale, et de décréter que la religion catholique de-
» meurerait là religion de l'état. »
La délibération des habitans de Nîmes, la déclaration
du côlé droit de V Assemblée nationale et les adresses
des royalistes de diverses provinces étant conformes aux
sues que le Roi avait manifestées -dans sa déclaration
au 23 Juin 1 789, et à'ses sentimens secrets (1), n'était-il
(1) Lors de sa fuite à'Varennes le Roi protesta solennellement contre
tous les_actes émanés de lui pendant sa cap Utile.
moyens le coté. droit et
soit lâcheté, soit perfidie, ils publièrent, le
une proclamation (x) dans laqticjlc ils faisaient
dire au Roi. « Jamais des circonstances
il, rieuses n'ont invité tous les Français & se réunir
autour dë la loi Nous n'avons rien négligé pour
» inspirer ces sentimens à tcus les citoyens, nous leur
avons nous- même donne l'exemple de la confiance
̃ la moins équivoque dans les représentons de la
a tion Serait-il donc possible que des ennemis dit
p bien public (le c6té droits de .'l'Assemblée et les roya-
» listes des provinces) cherchassent encore
1rs travaux importans dont l'Assemblée nationale (le
» coté gauche) est occupée;». que l'on essayât
» d'émouvoir les esprits. en voilant des intérêts ou
des passions privées du nom sacré de la religion.
» Une opposition aussi eoupÊble hôus affligerait sen-w
siblement, en même temps qu'elle exciterait toute
n notre animadversion. etc., etc. »
Les signataires de là délibération du 20 Avril juste-
ment surpris que leurs(réclamations eussent été si mal
interprétées et si mal accueillies des ministres du Roi,'
constatèrent là pureté de leurs motifs dans une seconde'
pétition et une nouvelle adresse à Sa Majesté. Je dois les
rapporter ici..
(i) Cette proclamation était principalement Peovrtge da minittr*
républicain et Genevois-
( !• )
Extrait de la déclaration et pétition des Catholique*
"̃,•̃' .̃̃̃ '̃̃̃ de ̃'̃ '•
L'an mil sept cent quatre-vingt-dix et le premier jour
du muis de Juin, les citoyens catholiques de Nîmes.
formant la tiè»-grairde majorité des habitons de ladite
ville \tssemblés daus l'église des Dominicains, api es
en avoir donné avis à les officiers municipaux f
selon la f «ne prescrite paf les décrets de l'Assemblée
nationale, présidés par M. Henri-Rodolphe de Guey-
don, capitaine des vaisseaux du Roi chevalier de
Saint-Louis, assisté de M. Jean-Baptiste Scipion,
chevalin-, doyen des notaires, élu secrétaire de l'as-
Déclarent tjue, convaincus de la pureté de leurs
motifs ils ne- croyaient pas être réduits à justifier leur
pétition du 30 Avril dernier.
Sont-ils donc les seuls à réclamer, dans ce moment,
le rétablissement de l'autorité royale ? C'est le voeu
unanime de tous les bons Français. Il est consigné
dans une infinité d'adresses, notamment dans celles de
Dieppe et des villes voisines. Après avoir fait le tableau
le plus affligeant des malheurs inouis dont elles sont
accablées, ces différentes municipalités représentent
que, si l'autorité du Roi n'est incessamment rétablie
dans sa plénitude, elles ne pourront regarder la liberté
dont on les flatte que comme le présent le plus fatal.
Pourrait-on blâmer les citoyens de Nîmes d'avoir
manifesté à l'exemple de Châlons-sur-Marne de tout
le pays de Comminges' des principales villes de
(«))
l'Alsace,
d'autres principale^ villes
du Languedoc, leur attachement pour la religion «le
leurs pères,
redoublés
persécutrice, qui ne
dans-des catéchismes d'un nouveau genre, que la religion,
les lois, le mariage et les propriétés sont des institutions
homicides et anti-sociales qui provoque la loi du
clijorce et l'affaiblissement
Toujant otfer aux pères
prostitue sur le théâtre les objets
qui par des caricatures infâmes, exposée* partout aux
yeux du peuple, s'efforce d'exciter sa furrur contre
ceux que-, jusqu'à présent r il avait le plus respectés.,
*Il est permis sans doute, dans ces circonstances, de
désirer que la religion ramèrwî'lespeuplrs ,̃ par sa douce
influence, des sentimens de paix et d'humanité.
C'est l'intérêt de tous tant catholiques que non-catho-
liques.
Serait-on surpris des inquiétudes que les citoyens
de Nîmes ont témoignées sur l'affaiblissement de l'au-
torité du Roi, depuis son séjour à Paris et sur les
efforts des ennemis de la paix pour égarer l'Assemblée
nationale?
Mais ces insurrections qui plus d'une fois ont menacé
l'Assemblée, ces motions sanguinaires qui se font
publiquement, ces libelles incendiaires que l'on cric
journellement dans les rues, ces dénonciations fré-
quentes et ces livres abominables contre les personne*
<*4)
les plu% angustes, ne sont-ee pas tëj autant de- ma*
Deeuvres pour tromper et. irriter de plus en plus un
peuple malheureux, à qui un Roi plein déloyauté et
de confiance avait offert généreusement le bonheur et
la-liber l> ?
L'ctj ne peut voir dans la demande des citoyens de
JNînics pour la révision des décrets sanctionnés depuis
leig Septembre^ que le patriotisme le plus pur, puis-
qu'ils n'ont d'autre inotif que de mettre «la constitution
à l'abri de tous les prétextes dont on pourrait abuser.
Ce désir se concilie avec la soumission due aire décrets
laquelle n'exclut pas les observations modérées et faites
dans un esprit de paix ni Louis Xi, ni le cardinal
de Richelieu ni les ministres les plus absolus n'ont
jamais interdit les remontrances respectueuses.
Les gens sages ne disent-ils pas, n'impriment-ils pas
jusque dans la capitale, « que telle est retendue des
calamités présentes, quil est très-douteux qu'elles
puisent jamais être compensées par le bonheur très-
n éloigné qui est promis à notre postérité; que plu-
» sieurs décrets doivent nécessairement être réformés
» lorsque l'enthousiasme, le fanatisme et les passions
diverses auront fait place à la raison. (Voyez les
Annales de France, par M. Maugard.)
M. Thoret député du Béni, n'a-t-il pas fait en-
tendre que 1 Assemblée nationale elle même était
quelquefois subjuguée par des impulsions étrangères?
]Va-t-il p^s dit, dans sa déclaration imprimée le 3 Mai
i-qo que la plupart des décrets sonhpréparés et com-
binés dans le club des jacobins, composé de citoyens
de toutes les parties de cet empire, députés ou non
(M>
députés de Suisses d'Allemands, d'Anglais, de gens
de toutes les langues et de toutes les tribus? que ces
décrets sont ensuite proposés
et quelquefois emportés d'assaut, sans vouloir «-«tendre
ccujc que .la nation a honorés de sa confiance;
fonctions de
transférées
à des étrangers dont les vues } les projets et les intérêts
ne sont certainement pas d'accord avec les vues et les
intérêts de lu France ?
Dans ces circonstances, des Franchis rassemblés sous
l'égide de !aloi doivent, ce semble, pouvoir mani-
rester leurs décrets, si le
Roi la juge nécessaire surtout de ceux qu'il sanctionna
dans ces momens de terreur où des hommes armé* dic-
tèrc?t impérieusement des lois à leur Souverain et
où les marches du trône furent ensanglantées*
Lés catholiques de Nîmes n'ont donc ni à rougir, ni
à se repentir de leur pétition du 20 Avril. Elle est,
conforme aux principes d'équité, de modération et de
patriotisme dont ils font profession elle n'attente. aux
droits d'aucune classe de citoyens; elle offre des res-
sources pour sortir dc l'horrible anarchie qui désole
le royaume.
Les justes appréhensions qu'elle fait naître ne m a ni-
festent point le désir de maintenir les abus de l'ancien
régime; ceux qui l'ont signée furent les premiers a
s'élever contre ces abus. C'est de leur, bouche que
partirent les premiers cris de la liberté et les pre-
jmières réclamations qui furent faites de concert en
faveur de l'autorité royale, notamment dans la délibé-
( r* )
ï 5 Décembre i?08 et
milliers de sigûatuim, dont la
en contradiction avec elles-
1 du Monarque et le's droits du peuple
Xa commune -.s'^IeTa, contre toute aristocratie aui
abaisserait le tïône^pou? asservir le peuple.
que, dans ces temps de crise, les
quejamais aux inté-
reis, ëit à la gloire du Roi.
Elie protesta enfin, W nom de tous lei citoyens
t^qytïlsyétàierii prêts à se dévouer entièrement au Roi,
et fit ils lui ojj raient le sacrifice de leurs biens et de
La pétition de^ catholiques, conforme à cette doc-
trine dans laquelle ils n'ont jamais varié, n'attaque
point la constitution elle l'invoque, au contraire,
puisqu'e1lc est fondée sur ces principes décrétés par
l'Assemblée, que legouvernementfrançais est monar-
chique et que le pouvoir exécutif suprême réside
exclusivement dans la main du Roi.
Enfin elle n'est qu'une manifestation de leur fidé-
lité, que* l'expression de leurs voeux, qu'un épanche-
ment de leur affection pour ùn Roi chéri, confiant et
abreuvé d'amertumes.
Si n'est pas un vain nom, il a été
sans douté permis de rappeler que la religion et la
soumission aux lois divines et humaines ea étaient
confondre la vraie liberté, qui repose à l'ombre de*
Cri
2
lois, avec une folle indépendance gui les méconnaît
toutes.
Si le pouvoir exécutif suprême n'est pas un attribut
frivole il a été aussi
partie intégrante de la constitution, dont l'activité ne
peut être plus long-temps suspendue sans précipiter le
royaume dans les plus horribles malheurs.
Won, rien n'est plus instant que d'arrêter ces mas-
sacres, ces brigandages, ces insurrections populaires,
ces entreprises combinées sur les citadelles qui défen-C
daient nos ports.
Rien n'est plus instant que d'arrêter ces démolitions
qui offrent désormais un accès facile à l'invasion de
tout ennemi, aux fléaux de la guerre et même de la
peste, qu'une imprudente avidité peut facilement
importer, comme en 1720, avec les cargaisons du
Levant.
Rien n'est plus instant que d'arrêter Ces querelles
intestines qui, tandis que l'on agitait la grande question.
dc savoir si te Roi ou la nation 'ont le droit de la guerre
et de la paix, portaient une ville V se l'arroger et lt
déclarer la guerre à une autre ville, enwvertu de, pactes
fédératifs indiscrètement jurés.
Des pactes fédératifs et peut-il en tester d'autres
-pour des, Francais que la loi, le patriotisme et le Roi?
L'honneur et la royauté, voila leur véritable rallie-
ment -voilà, dans une monarchie Tunique base de
toute fédération.
Tout pacte fédératif entre quelques classes de citoyens
est une vraie scission, un armement, une déclaration
^^sQe» f i&ntfté de leurs
qui dejgenri Jljr et de
Henri IV, l'exécrable Ligue et
qui virent naître ces luttes «anglantes entre les dieux
religions, entre les factions et la royauté.
Bientôt, n'en doutons pas, des conjfédéfations de
brigand* menaceront toutes les propriétés
Bientôt le clergé, la noblesse, la magistrature et les
gens de bien ne trouveront plus de refuge contre le.
fureurs d'un peuple égaré;
Bientôt le debandement des troupes livrera les pro-
vinces aux mentes désordres dont fut suivie la malheu-
reuse journée de Poitiers, qui laissa le royaume sans
chef;
Bientôt des bandes de rustres transformés en bête.
féroces jureront d'exterminer lesgentilshommes; notre
histoire sera souillée, une seconde fois des cruautés
inouïes que les Jacques et les Malandrin exercèrent
pendant la captivité du Roi Jean. Tels sont les dé-
sastres qu'il est permis d'appréhender, qu'il est instant
de prévenir, et dont la puissance du Roi peut seule
nous garantir.
Qui ne serait frappé et effrayé de l'étonnante concor-
dance de tous ces soulèvemcns excités presque en même
temps dans nos,places frontières et maritimes, et dans
tant d'autres -villes de 1 intéticur dn royaume?
Voudrait-on faire un crime aux catholiques de Nîmes
de Icuf affection pour leur Roi? Mais quel est le \rai
dussent étouffer la haine de la royauté?
Enfin voudrait-on regarder comme une coalition les
envois de leur pétition aux municipalités du royaume?
La publicité de cette démarche en garantit la/loyauté.
C'est dans les ténèbres c'est par des correspondance»
secrètes avec les personnes d'un même
ourdit des coalitions et qu'on entretient /(le coupables
intelligences. Mais peut-on donner ce noiii et prêter ces
vues aux envois prescrits par la pétition/même et faits
publiquement des corps légalement /constitués?
L'objet de ces envois n'est pas équivoque c'est le
désir clairement exprimé de sortir de cette anarchie
qui menace la putrie d'une combusiijongénéralef de con-
solide.. la constitution, d'êler tout! prétexte d'y porter
gttéinte (i)f de hâter le moment oîila France reconnais*-
santé pourra jouir de tous-les bienfaits de l'Assemblée
nationale enfin, de manifester ee grandes ventes
Que la religion est l'unique hase de loutgouvernenteni;
Que la religion catholique est et doit être, pour la1
tranquillité publique, la rel'gion de l'état, et jouir
seule des honneurs de la sole nité du culte
Que la liberté et la suret soiltfondées sur les pré-
ceptes de la religiort et de i morale, sur la soumis-
sion aux lois, et sur l'autorité royale qui doit en assurer
l'exécution;
Que cette puissance tulélaire peut sekile, ramener
l'ordre protéger la religipn, établir la liberté, fuiré
l**ï
renaître la prospérité et assurer Id constitution sur
des bases inébranlables.
Telles sont les propres rexpressions de. leur pétition.
Pourquoi a-t-on voulu y démêler et y trouver d'antre»
motifs que ceux qui y sont purement exprimés?
Les catholiques de Nîmes, qui ont reçu de plusieurs
grandes villes les suffrages les plus éclatans ont dû
néanmoins s'attendre à quelques contradictions ils
ont dû s'attendre qu';iu seul,mot de religion la philo-
sophie, qui s'cst tournée en rage, grincerait les dents
et pousserait les hauts cris. Mais il faut rappeler aux
prétendu* philosophes, ennemis inrplacables de toutes
les religions, ce mot sublime de Bacon,- « qu'un peu
n de philosophie conduit à l'athéisme, que beaucoup
Il de philosophie ramène a la religion. Il ( Analyse de
Ih philosophie de Bacon, eh. 2 3.)
Les catholiques ont'encore dû s'attendre à des épî-
tres injurieuses dont les modèles pourraient se re-
trouver dans Nîmes..
Ils ont, également dû s'attendre aux sarcasmes de
quelques journalistes,; mais qu'importe les diatribes de
ces folliculaires vendus à l'iniquité, dont aucun frein
n'arrête l'impudence? que peuvent les morsures de ces
reptiles nés de la dissolution générale? Tandis qu'ils
calornnicnt le zèle des citoyens de Nîmes, ces mêmes
journaux osent qualifier de zèle patriotique les mas-
sacres, les incendies, la défection des troupes, l'insur-
rection d'un peuple furieux la démolition des forts
c'est sans pudeur qu'ils font l'apologie des meurtres de
M. de Voisins et de M. Bcausset, et des honteuses
Atrocités exercées sur leurs cadavres-.
<»)
,«t du 3 de Mai tandis.que, sans leur courageuse
dence la*moitié des habitant- pouvait périr; tandis
qu'ils n'ont
des plus effroyables
Quel temps, où la religion, la raison, la royauté
les àtots de modération d'ordre et de paix fout sur
les esprits le même effet que l'eau sur les hydrophobes!
Quel temps, où le récit des atrocités qui feraient
horreur même aux cannibales est la seule chose qui
soit applaudie jusqurs dans les places publiques
Quel temps où tout est justifié, quand on a dit que
cent qu'on massacrait -étaient des aristocrates et que
leurs assassins étaient des' patriotes
L'apologie de ces horreurs ne permet pas d'être sien-.
sibleaux imprécations sorties des .ûômes bouches contre
la pétition du 2o Avril.
De prétendus amis de la constitution 110, l'ont pas
seulement anathématisée, ils en ont lait un crime^ et
on prétend qu'ils l'ont dénoncée.
Mais ces amis de la constitution en ont donc perdu -de
vue l'esprit qui tend à établir la liberté surtout celle
de la pensée.
Ils ont donc perdu de vue l'article <o d* là déclara-
tion des droits de l'homme, partant que nul tie pourra
être inquiété pour ses opinions même religieuses^
dont la manifestation ne troublera pas l'ordre public.
Et ce décret du 23 Août 1789, qui vient d'être tout
récemment revêtu des lettres-patentes du Rpi, en
àa îo À»«ï i^gè, et he1
par lui présentés el lui dénoncés ^-dàn*^
les assemblées élémentmres; *tc. 1'
Comment une assemblée pourrait-elle être inquiétée
dès qu'un citoyens ne. peut pas, l'être?
On ne peut pas alléguer que la manifestation :de
l'opinion des catholiques ttnde à troubler l'ordre pu-
blic puisqu'elle fend, au contraire, à le rétablir et à
le maintenir. v
D'après ces considérations les catholiques de jiïîmes
déclarent et délibèrent unanimement
i .° Qu'ils persfstent dans leur pétition du 29 Avril
a.4 Qu'ils adhèrent a la déclaration d'une partie de
l'Assemblée nationale concernant la religion, en date
du 1^ du même mois
3.° Qu'ils adhèrent aussi aux délibérations de, Mon-
tauhan > â'Alby $Alais d'Uzès, et des autres villes
qui en ont pris de semblables
4." Que, pour faire connaître au Roi et l'Assem-
blée nationale leurs véritables sentimens qu'tttfa mal
interprétés, et la pureté des motifs qui ont Wcté leur
pétition du ao AthI la présente déclaration leur sera
adressée et qu'elle sera imprimée et envoyée partout
ou besoin sera; nommant cet effet, pour commis-
saires, ÎV1M. le chevalier de- Gveydoiî, président; le.
baron dç 'Il' Reibanglade capitaine de',dragons
GArssABD avocat en parlement, et François Fkomeht,
receveur tifs domaines.
lopper et d'en manifester
yeux de Votre Majesté'.
nelle de leur Monarque toutes leurs espérances, ils
n'opposeront aux ennemis et
de l'état que cette profonde résignation dont Votre
Majesté offre lin si grand exemple.
Ils te consoleront des persécutions qu'une fausse
i&lcrprétatio'n de leurs sentimens pourrait leur attirer,,
pourvu qu'on ne leur fasse un crime ni de leur atta-
chement à la foi de leurs pères ni de leur fidélité ni t
de leur affection pour le meilleur des* Rois.
Nous sommes avec le respect le plus profond,
'SUE,
de Votre Majesté
J>i Président et Commissaires de FdssetnW*
Dominicains.
t M
La délibération du iû Avril et
f que tout citoyen chrétien et français nè, pourrait
désavouer, furent qualifiées, à l'Assemblée nationale,
d'écrits incendiaires, et déterminèrent, après les plus
fioléns débats, un décret portant que les commissaires
de Nîmes, et d'Uzès seraient mandés à la barre, et que
le président dé l'Assemblée se retirerait parde vers le-*
Roi pour supplier Sa r
pardevant le. des faits dénoncés an
comité des recherches* L'information eut lieu en effet
par ordre des ministres du Roi.
Cependant cette -double persécution de la part de
l'Assemblée et du Gouvernement ne parut point-suffi-
sànte aux chefs des factieux (2) pour contenir lés roya-
listes dont le n'ombre croissait chaque jour. Craignant
avec raison que malgré leurs décrets et7 1rs pcaclama-
tions ^es mjn'istres-, l'amout du peuple pour le Roi,
soutenu du zèle de la religiou, ne fit avorter leurs
projets, ils ordonnèrent secrètement à leurs partisans
(1) M. de Calonoe, dans son Etal de la France présent et à venir,
imprimé à Londres en 1790, a fait le plus grand éloge de cette pétition^
et l'a rapport»' eu entier, pag. 423 et suit' comme un acte, a-t-il dit,
qui mérile d'être conservé
• (2i Ces chefs étaient Rabaud, dit St.-Etienne, Fouroier, Pieyre_
Lafayette etc. Dans le courant de 1788 et au commencement de 1/89,
I.cfayelte se rendit déui fois à JVîmes, tous prétexte d'eugagir r les\
nvgocians de cette ville à commercer avec ceux des Elats-Unis mais
dans le fait pour concerter avec Habaud et les autres révolutionnaires les
mesures à .prendre pour attaquer le Gouvernement. Fonrnier tait 4/
poste fixe auprès de Necker et traçait chaque semaine, à ces
ISînies, la marche qu'il convenait de tenir. Piejrre auteur'
des pères, était dirige par une autre faction. de donnerai
ailleurs de plus longs détails sur les menées 4% ces conspirateurs.
Osez tout, leur
porte* Cet ordre fuf exécuté presque le même jour
sur tous les points indiqués. s révolutionnaires de
Nîmes, hors d'état de se mesu/er avec les royalistes,
appelèrent secrètement à leur secours ceux des
circonvoisins et le 3 Juin 1 790 je fus subitement
attaqué par douze à quinze mille d'entré eux. Je mé
défendis d'abord avec quelque succès; -siais^ mal
pourvu d'armes et de munitions, je fus contraint de
battre en retraite après avoir perdu un due mes fières
et un grand nombre de gardes nationales que je com-
mandais (2).
Il me serait aisé de démontrer jusqu'à l'évidence,
1.? -Que si M. le marquis de Bouzol, commandant
du Languedoc avait armé, dans le courant de Mai, les'
royalistes que j'avais à mes ordres commè il en avait
été vivement pressé par les dépêches des Princes et
par divers agens que leurs Altesses Royales lui avaient
envoyé, il aurait prévenu cette catastrophe, d'après
la maxime si vis pacem, para bellum;,
2.* Que si les factieux de l'Assemblée nationale
avaient osé, malgré notre armement donner ordre aux
révolutionnaires de nous attaquer,, cet ordre, en pro-
(t) Une lettre de Rabaud, dit Sainl~Etlemt ttmsèe .i son père,
portait Il faut qu'il y ait du sang répandu t n'importe le plus' ou
» le moini c'est le moment d'éclater. >• Mémoire historique et politique
Dur le massacre des catholiques de Nbnes, page 54. ̃
(2) Idem,
<*<S)
«roquant la guerre civile aurait empêché l'émigration
et jamais le trône des Bourbons n'eût été renversé;
3.° Que si, le.4 Juin, M. de Bouzol, bien instruit
qu'il m'était impossible de résister long-temps, s'était
porté sur Nîmes avec les troupes qu'il avait 11. sa dispo-
sition (t), je ne dis pas pour me soutenir, mais pour
arrêter le cpassacre et forcer les deux partis à la paix,
comme son devoir de commandant de la province fy
obligeait, il aurait sauvé la vie à sept ou huit cents
royalistes, et je n'aurais pas été forcé de battre en re-
traite, puisque les partisans de l'autel etdu trône étaient
et sont encore les plus nombreux (a). Mais l'intérêt
des Bourbons et la sureté d'un grand nombre de leurs
fidelles sujets ne me permettent, dans les circonstances
(i) M. de Bouzol pouvait disposer de plusieurs régimens d'infanterie
qui étaieut dans nos environs, et particulièrement du riment du Roi
dragons en garnison à Sommières, à trois lieues de Nîmes. Ce corps,
commandé par M. Bourgeois était connu par sa bravoure et sa fidélité. Le
riment de Lorraine dragons en garnison aTarascon s'était fait coti-
naitre au ronlraire par son esprit d'insubordination; il avait renvoya
tous ses officiers. Les révolutionnaires ayant tout à attendre de lui, se
Liti reut de l'appeler et, à leur première demande, il partit sans
autorisation quelconque quoiqu il dépendit du commandement de la
Provence et non de celui du Languedoc. M. Bourgeois, qui était dans
moo .ecret instruit du danger que je courais, sollicita en vain de M. de
Bouzol l'ordre de voler à mon secours. La garde nationale de Montpellier,
commandée par de Serres ^-président de h chambre des comptes
et chevalier de r-ainl-Louis, révoltée de l'inaction de M. de Bouzot,
marcha sur Nîmes ( 18 Juin), et parvint à arrêter le màssicre des
royalistes. Peut-on douter, d'après l)i proclamation du 23 Mai ( voyez
page 11), que la conduite de M. de Bouzol ne lui eût été tracée par
ks ministres du Roi ? 1
(2) Sur environ quarante-cinq mille habitue ÏSÎnies en ne c 4-P- t'le)
nue douze à quinze mille protestant.
présenter que de soulever le voile sur ce revers parti-
culier et sur les autres que
dans le Midi.
Forcé de m'expatrier, je me sauvai dans une nacelle,
d'Aigues-Mortes à Nice, d'où j'«ç rivis à Turin ce qui
s'était passé à Nîmes et dans les environs jusqu'au
moment de mon départ. Courrier par courrier, M. le
marquis de la Rouzière m'envoya les secours dont j'avais
besoin pour me rendre auprès des Princes, et me
manda, par ordre de Monsieur comte d'Artois, que
Son Altesse Royale partagerait toujours avec moi
tant qu'elle saurait un écu. Ce sont ses expressions.
A mon arrivées Turin-i Monsieur, comte d'Artois,
daigna me confumer cette promesse, et m'assurer, et
présence.des Princes de sa maisvn, que je pouvais
être tranquille à l'avenir sur mon sort et sur celui des
miens. Assuré de leur existence, je songeai à les
attirer auprès de moi, et à chercher avec eux les
moyens de marcher le plutôt possible au secours de
nos concitoyens. Mon premier soin fut de m'assurer
.des principaux, faits qui avaient suivi mon dépârt, et
de recueillir les matériaux qui devaient seryir la
composition du Mémoire historique contenant la re-
lation du massacre des catholiques de Nîmes. Cet écrit
fut imprimé à Monaco, et réimprimé à Nîmes, à Tou-
louse, a Lyon et dans plusieurs autres ville#du royaume.
Jamais les calvinistes n'ont osé y répondre; et leurs
projets cii.ninels que j'ai dévoilés, et auxquels le
Gouvernement ne voulait pas croire, n'ont été que
trop exéc.utés pendant le cours de la révolution. Quel-,
ques correspondances secrètes, des milliers dVxemV
( *8 )
plaires de ce Mémoire et de quelques antrés écrits ré-
pandus dans le Midi ont formé le bon esprit qui y
règne encore et ont déterminé dans le temps les
divers rassembiemens qui y ont eu lieu, entre autres
celui connu sous le nom de Camp de Jalez (i).
La noblesse française émigrée à Turin, instruite de
mon entier 'dévouement à la cause de la religion et de
la royauté, voulant me donner une preuve authentique
de son estime particulière, prit, à mon insu, la déli-
bération la plus honorable pour ma famille, et la plus
propre à exciter le zèle des royalistes du tiers-état. Le
lendemain Monsieur, comte d'Artois m'envoya ordre
de me rendre a son hôtel. Je crus qu'il avait à me parler
de quelque affaire relative au Midi. Mais introduit
dans son appartement, je ne sus que penser et j'hésitai
à m'avancer, lorsque je vis. Son Altesse Royale en-
tourée de tous les Princes et d'un grand nombre de
gentilshommes. Monsieur, souriant de mon embarras,
m'invita, par un regard plein de douceur, d'approcher
(O Les habilaus dcs environs de Jalez ayant comme, en Juillet
dernier, une dc'pulJlion pour porter aux pieds du trône l'hommage de
leur dévouement, MJI. leurs députés, instruits de mon arrivée à Paris,
tViuprewèrt-nt de ni'invifer à me joindre à eux, comme étant, me
dirent-ils naturellement leur collègue, puisque le Camp de Jalez ne
t'était forme que pour marcher au secours des catboliyes royalistes
que j'avais coniiu.dii<lt's. J'accueillis avec joie leur proposition; mais,
co'.naiiicu dès-lors, que la révolution n'était pas finie et voulant lier tous
les gentilshommes du pays à la cause commune, j'engageai MM. les
di'puti's à inviter ceuv qu'ils connaissaient^ Paris k se réunir à nous,
et à déterminer M. le comte de Vogué* à porter la parole. Le discours
de M. de YriÇué l'adresse de Jalez, la réponse du Roi et celle de
S. A. R. Monsieur, comte d'Artois, sont consigné* dans le Journal de;
Débats.
(»9>
de sa personne; et m'annonça, avec li: DOnté et lé»
grâces qui le caractérisent, le yteu qaë forinaitii no-
blesse en faveur de ma famille, et son intention de se
réunir à elle ainsi qu'aux Princes de sa maison, pour
demander au Roi la confirmation de la délibération
qu'elle a vait prise la veille. Ma surprise et mon embarras
me permirent à peine de balbutier quelques mots de
remercîment, et d'assurer les Princes et la députation
de la noblesse que je tâcherais de mériter par mon 2èle
la grâce dont on daignait m'honorer. Je saluai profon-
dément, et je me retirais, lorsque les jeunes Princes
vinrent a moi, et Monseigneur duc d'Angoulême
m'adressant la parole, me dit avec la candeur de son
âge et sa bonté naturelle « M. Froment, mon fi ère et
moi nous n'oublierons jamais le zèle que vous aves
» montré pour le Roi, et nous chercherons les occa-
a sions. de tous donner des preuves partieti!iè.<^ de
notre estime et, de notre reconnaissance. n Emu jus-
qu'aux larmes, je ne pus répondre que par le salut le
plus respectueux. A peine atrivé chez moi, M. le niai-
quis de Miran et quelques gentilshommes qui me mon-
traient beaucoup d'iutérét vinrent me trouver me
fircnt des reproches de n'être pas, entré dans la salle
attenante' à l'appartement de Monsieur camte d'Ar-
tois, où toute la noblesse m'attendait. Je m'excusai sur
l'ignorance où j'étais de ce que j'avais à Lire et comme
il était déjà tard ces messieurs m'amenèrent chez
madame la marquise d'EspinchaJ où l'assemblée la
plus brillante et Monseigneur le duc de Bourbon me
comblèrent de bontés.
Peu de jours après MMv les commissaires de 1»
•X1O
noblesse me remirent la délibération prise en ma faveur.
Je (16is la rapporter ici revêtue de l'engagement que le
prendre a Vérone, de me faire expédier des
lettres conformes dès qu'il serait remonté sur le trône
Délibération de la Noblesse française en faveur
de MM. Froment.
Nous soussignés, gentilshommes francais, convaincus
que la noblesse n'ayant été instituée que pour devenir
le prix du courage et l'encouragement à la vertu
déclarons que M*, le C. de nous ayant rendu
compte des preuves de courage, de dévouement pour le
Roi et d'amour pour la patrie, qu'ont donné MM. P. Fro-
nient pègre, ancien receveur des domaines du Roi et
du clergé et ses fils Mathieu Froment, négociant
Jacques Froment, chanoine et vicaire-général, Fran-
çois Froment, receveur des domaines du Roi et du
« clergé habitant à Nîmes nous les regarderons désor-
mais, eux et leurs descendans comme nobles et faits
pour jouir'de toutes les distinctions qui appartiennent
à la véritable noblesse; les braves citoyens qui feront
des actions distinguées, en combattant pour le réta-
blissement de la'monarchie, devant être les égaux des
cJievaliers français dont les ancêtres ont contribué à la
fonder; déclarons de plus, qu'à l'instant où les cir-
constances le permettront, nous nous réunirons pour
demander à Sa Majesté d'accorder à cette famille, illus-
trée par la vertu tous les honneurs et prérogatives qui
appartiennent aux véritables gentilshommes et pour
les faire joutr, dès le premier instant, des avantages
(11 )
réservés en France à la noblesse nous chargeons
le marquis de Miran le comte d'Espinchal lé
marquis d'Escars, le vicomte de le chevalier de
Guëîyje marquis de la Féronnière d'aller en députa-
tion vers Monseigneur le comte d'Artois, Monseigneur
le duc d'Angôulême Monseigneur le due de Bcrri,
Monseigneur le prince de Condé, Monseigneur le due
de Bourbon et Monseigneur le duc d'Engluen pour le*
supplier de se mettre à notre téte, quand nous deman-
derons à Sa Majesté d'accorder à MM. Froment toutes
les distinctions qui appartiennent à la véritable no-
blesse.
A Turin, ce douxe Septembre mil sept cent quatre-vingt-dix.
Le comte de Choiseul Beai'mout d'Autichamp, le chevalier se Virieo,
d'Espihch»i, père, le comte François d'Escam. DE la Salle Vhbit,
le comte se Véiac, le comte d'Autcuh. de Fiuillioc le' chevalier
au Verre, le comte DE LA Fare, le chevalier de GraiLly, le comU
DE Millevilli, Barthè».de KlABMoftiÈnEs le eomte Antoine de Letu,
le comte Philippe DE Val drecil Miraw ( lieutenant-général ),, le mar-
quis DE StaEKT présent duc de SeKent), le comte DU Viniimilib,
RtcorJcuiL, le marquis DE Guik-Mohiauivac Dusois DE tA Fr«o!t-
BlÈRi DE SOCENJTB D'EMPl'CEKKIt d'EsFIKCUAL fils, DE PoB* l'abbi
DE Po>s, l'abbé DE Merard ( vicaire-général du diocèse de Nîmes),
le comte d'AvkosiKs, le marquis ihe Pala»ik, le marquis Lt BoctARCH,
le comte Joseph de Maccahthy le vicomte Robert nt Maccarthy,
Becok D2 la Roi.zièke, le 6aron nE Cokcei., d'Assac comte Dr Terrât,
le vicomte se Coutello k marquis de PitRRemiT, k baron Otiiioi»
d'ëscoidà'l d'Autilii. fils le prince DE LA Tri'hoille le chevalier
de BoicLOT», De LA RouziÈRE fils le chevaliers de Milleville k
chevalier DE Marcombe, le chemlier DE CltR, la marquis d'Escae»,
DE CAZE, 'DE Fa VUE, etc., etc., etc.
Nous soûssignés, par l'ordre et au nom des gentils-
hommes français actuellement a Turin nous étant
rendus chez les Princes à l'effet de leur faire connaître
le voeu que nous formons tous pour que MM. Froment
recueillent le plus promptement possible., le prix
qu'ont mérité leur courage leur dévouement et leurs
vertus nous les avons trouvés animés du même désir
et ils nous 010 promis de se naettre à notre tête, pour
appuyer auprès de Sa Majesté la requête que nous lui
présenterons aussitôt que les circonstances pourront
nous le permettre.
de MIRA! d'Espiwcbax DE Poss, le chevalier DE Cl'I»,
le marquis d'Ekabs, DE LA Férokkièbe.
(Signes k l'original.)
Sur le compte qui nous a été rendu de la conduite
qu'a tenu, dans le cours de la révolution le sieur
Froment, l'un des secrétaires de notre cabinet, et sur
la présentation du titre honorable (la délibération ci-
dessus) qu'elle lui a mérité ainsi qu'à sa famille
nous prenons l'engagement de leur faire expédier des
lettres de noblesse dès que nous serons remonté sur le
trône de nos ancêtres.
Donné Vérone, le dix-neuf Octobre de l'an. de
grâce mil sept cent quatre-vingt-quinze, et de notre
règne le premier.
Signé LOUIS.
(Scellé aux armes du Roi.)
'Par le Roi
Signé le baron de Flachslandeb.
in)
3,
Ces titres honorables et lès égards qu'on avait gêné-
ralement pour moi 1 IL Turin, m'auraient fait oublier/
le passé et concevoir les plus, flatteus.es espérances pour/
l'avenir si j'avais aperçu -de grands moyens aux- con-
seillers des Princes et un' parfait accord parmi le
hommes les plus influens dans nos affaires; mais je
voyais avec douleur l' émigration divisée endëuxnàHiii
dont l'un ne voulait tenter, la contre-révolution ;qtft.
par le secours des puissances étrangères et l'autre
par les royalistes de l'intérieur.
Le premier parti prétendait qu'en cédant quelques s
provinces aux puissances elles fourniraient aux Prin es
français des armées assez nombreuses pour réduire Les
factieux; qu'avec le temps on reconquerrait aisément
les concessions qu'on aurait été forcé de faire est. ue
la cour, en ne contractant d'obligation envers aucun
des corps de l'état, pourrait dicter des lois à tous les
Français Les courtisans tremblaient que la
noblesse des provinces et les royalistes du tiers- tat
Haussent l'lionneur de remettre sur son séant la mo-
narchie défaillante. Ils sentaient qu'ils né seraient lus
les dispensate'urs des grâces et des faveurs et que eur
règne finirait dès que la noblesse des provinces a rait
rétabli, au prix de son sang, l'autorité royale, et
mérité par là les bienfaits et la confiance de son
Souverain. La crainte. de ce nouvel ordre de choses les
portait a ae réunir, sinon pour détourner les Princes
d'employer en 'aucune manière les royalistes^de inté-
eur, du moins pour fixér principalement leur atten-
tion sur les cabinets de l'Europe et les porter à fonder
leurs plus grandes espérances sur les secours étrangers..
t
Par une suite de cette crainte, ils mettraient secrètement
en oeuvre les moyens les plus efficaces pour ruiner les
ressources intérieures, faire échouer les plans proposés
entre lesquels plusieurs pouvaient amener le réta-
blissement de l'ordre, s'ils 'eussent été sagement dirigés
e,t réellcment soutenus..C'est ce dont j'ai été moi-même
le témoin c'est ce que je démontrerai un jour par des
faits et des témoignages authentiques; mais le moment
n'est pas encore venu. Dans une conférence qui eut
lieu à peu près cette époque, au sujet du parti qu'on
pouvait tirer des dispositions favorables des Lyonnais
et des Francs-Comtois j'exposai sans détour les moyens
qu'on devait employer, en même temps, pour assurer
le triomphe des royalistes du Gévaudan, des Cévennes,
du Vivarais, du Comtat-Vcnaissin, du Languedoc (i)
et de la Provence. Pendant la chaleur de la discussion
M. le marquis d'Autichamp maréchal-de-camp, grand
partisan des puissances, me dit « Mais les opprimés
et les parens des victimes ne chercheront-ils pas a
» se venger ?. Eh, qu'importe? lui dis-je, pourvu
que nous arrivions à notre but.-Voyez-vous, s'écria-
» t-il, comme je lui ai fait avouer qu'on exercerait des
n vengeances particulières n Plus qu'étonné de cette
observation, je dis à NI. le marquis de la Rouzière,
mon voisin e Je ne croyais pas qu'aine guerre civile (2)
(1) JalèV, Carpentras Arles et plusieurs autres villes et cantons (la
Midi étaient disposés à en venir aux tnains avec les révolutionnaire».
(2) Madame Elisalielh ne pouvait s'cuipt-cher de censurer la conduite
que l'on tenait alors à la Cour et qui était conforme a célle de M. d'Au-
à M. de Boiulicllei, su profiter du moment, croyez que nous aurions
tir)
• dut ressembler V une miSSion
ainsi' qu'en inspirant au* Princes la crainte '<Je:
rendre odieux àt leurs plus cruels ehnefnts^ les
tisans les, portaient a n'employer que des demi-mesures,
suffisantes sans doute pour provoquer le zèle des roya-
listes de l'intérieur, mais très -insuffisantes pour
après les avoir compromis :y les garantir delà fureur des
factieux. Depuis lors il m'est revenu que, pendant
le séjour de l'armée des Princes en Champagne M, de
la Porte, aide de camp du
ayant fait prisonnier un républicain, crut, tfaprès
le système' de son général qu'il le ramènerait a son
devoir par une exportation pathétique et en lui ren-
dant ses armes et la liberté mais à peine le répu-
blicain eut fait quelques pas, qu'il étendit par terre
son vainqueur. M. le marquis d'Autichamp, oubliant
alors la modération qu'il avait manifestée à Turin,
incendia plusieurs villages pour venger la mort de
ion missionnaire imprudent.
Le second parti soutenait que puisque les puis-
sances avaient pris plusieurs fois les armes pour humi-
lier les Bourbons et, sur-tout pour empêcher Louis XTV
d'assurer la couronne d'Espace à son petit-fils bien
loin de les appeler à notre aide il fallait au contraire
fait beaucoup de] bien; mais il fallait affronter les dangers, nous
en. serions sortis vainqueurs. Elle partageait égalemeat l'opinion de*
vrais royalistes, qnand elle cernait à M. de Bombellet. Je
regarde la guerre civile comme nécessaire l'anarrhie ne pourra jamais
finir sans cela. Plus on retardera plus il y aura de sang répandu. FoilÀ
mu» principe si j'étais Roi, il serait mon guide » ( Fit de Madam*
Eliiabeth pag. ifi et 49.)
̃:Ç;sf-r.
ranimer le ièie du clergé, le' dévoneiàehï de la no*
blesse l'amour du- peuple pour le Roi et se hâter
querelle dont les, étrangers
seraient peut-être tentés de profiterai).» C'est Y cette
funeste division parmi les chefs de l'émigration et à
l'impéritie ou'd la perfidie des ministres de Louis XVI,
que les révolutionnaires doivent -leurs premiers succès.
Je vais plus loin et- je soutiens que ce n'est point
l'Assemblée nationale qui a fait la révolution mais
bien les entours du Roi et des Princes je soutiens
que les ministres ont livré Louis XVi au»-- ennemis
de. la royauté comme certain» faiseurs .ont livré
les Princes et Louis XVIII aux ennemis de la France;
je soutiens que la plupart des courtisans qujyenHou-
raient les Rois Louis XVI Louis XVIII et les Princes
de leur maison étaient et sont des charlatans, de
-vrais eunuques politiques, que c'est à leur inertie
à leur lâcheté ou leur trahison que l'on doit
imputer tous les maux que la France a àoufferts,
et ceux qui menacent encore le monde entier. Si
je portais un grand nom et que j'eusse été du consril
des Bourbons je ne survivrais pas h l'idée qu'une
horde de vils et de lâches brigands, dont pas un n'a
̃ -mentré, dans aucun genre ni génie ni talent supé-
rieur soit parvenue à renverser le trôner à établir
sa domination dans les plus puissans états de l'Europe,
a faire trembler l'univers et lorsque cette idée me
(1) La tonduite actuelle des Alliés, enren Louis XV11I et leun préten-
tions sur la France Octobre 181 5 ) prouvent si les émigrés yui se mé-
fiaient des paissances étrangères en 1790 avaient tort ou raison de ne
vouloir rétablir l'jrdxe que par les royaliste» de l'intérieur.
Il
tence, pour me .mettre a l'abri du blâme, comme
elle m'a mis dans l'impuissance d'arrêter les
de la révolution. Mais je reprends l'exposé des faits.
Les partisans* du système intérieur pressaient tou-
jours les Princes de se rendre aux vœux des royalistes
du Midi (i), qui leur tendaient les bras et les
laient a grands cris. Plusieurs d'entre eux reçurent
des commissions pour Lyon Besançon, etc. etc.
J'obtins de mon coté qu'on enverrait
M. le marquis de P. en Languedoc je lui donnai
(r) Quelque temps après mon arrivée à Turin, «t un jour que j«
venai* de rendre compte à Monsieur, comte d'Artois, de l'eut dis
affaires du Midi et dea vaux des royalistes, S. A TV voyant qW*
j'allais me retirer, me dit': « Froment ave*-voos de l'argent ? Oui
• Monseigneur, il m'en' reste encore- des cent louis que- \,À. R. '.̃
a eu taboulé de m'Çnvoyer i Nice. Ah! il ne doit pds vous en
r recter beaucoup Tenel prenez ces cinquante louis quand je serai
̃ riche, je vous traiterai' phis magnifiquement. »
Lorsque M. lè prince de Condé se disposait à partir de Turin pour
l'Allemagne, je me rendis chez S. A. S. pour lui présenter mes hont*
mages et vues v<rax après quelques naotnen» d'entretien, Monseigneur
le prince de Çondé me dit « Froment voilà un paquet à votre adressé. »
Rentré chez moi, je trouvai dans ce paquet, au de papiers d'af-
fairci, quatre-vingt ou cent louis en papier du émont. Je revint fur
mes pas pour remercier Monseigneur le pan de Coudé, et S. A. S,
eut la bonté d'ajouter i « Quand vous tertt gêné mon cher froaunt
» vous pouitt vous adresser moi en toute confiance. »
Ces trait* de bienfaisance et cette attention à prévenir mes besoins
ne devaient-ib pas me faire oublier ea intérêts personnels pour na>
n'occuper que de eeu? des Bourbons? Et c'est ce que j'*i toujours
fait pendant, vingt-cinq ans, quoHjue raie eu beaucoup a mepbindr»
de certains courtisans pendant rémigraiion, et de M. le comte da-
&6cit d'Âulps, depuis h restauration.
t5»>
les lettres et les renseignemçns nécessaires pour dis-,
poser toutes chose avant mon arrivée. Peu de temps
après, et la veillé du jour fixé pour mon départ, M. de
Calonne m'encoya chercher pour m'annoncer que MM»
d'Escars Tessonet .et, Guillen ayant été arrêtés 11
Lyon par ordre de Lafayette, il fallait renoncer a
mon projet. Je voulus lui persuader qu'on devait au
contraire eg presser l'exécution et qu'une prompte
explosion dans le Midi. fournirait aux Lyonnais et aux
Francs-Comtois l'occasion de faire tête a l'orage.
Mes raisons et mes instances furent sans effet. Bientôt
on fit courir le bruit que M. de'la Queuille corres-
pondant des faiseurs de Turin, avait perdu son porte-»
feuille dans le jardin des Tuileries, et que cet acci-
dent avait tout découvert mais la vérité est que les
ministres du Roi, parfaitement instruits des projets
des Princes voulurent les déjouer en faisant arrêter
plusieurs de leurs agens et dans lar crainte que cette
mesure n'eût pas un plein succès, ils envoyèrent en
même temps un courrier extraordinaire à Turin ,,pour
engager le Roi de Sardaigne la user de tout son as-,
cendant sur l'esprit de Monsieur, comte d'Artois afin
de l'empêcher de se Lyon
(t ) Les ministres de Louis XVI lui avaient persuadé qu'il ne pouvait
éviter le sort de Charles I. s'il ne l'opposait consumaient à la
guerre civile et s'il ne restait toujours uni ait&l 'sfssembleè nationale.
L'Archevêque de Bordeaux était du nombre de ce* profond* politiques.
Je tiens ce fait d'un de ses neveux.
Les ministre* de Louis XVIII lui avaient probablement persuade" aussi
que, pour consolider son pouvoir il denit épouser la révolution, ne
songer qu'à ses entours et oublier ses partisans puisque le gourer-
nement de l'état était entièrement dans les nains des révolutionnaires,,
( 59 )
Dès ee moment les partisans du système extérieur
firent tous leurs effort» porter les
le gouvernement du palais uniquement an
et que letwyalûtet Ce-
pendant fi M., le comte de BJacat d' Aulps qui s'eat cru Maire du pakis
t'était rappelé que ce» anciens officiers de la couronne ne bornaient pat
leur» toins à dominer leur» roattres, à
veillaient encore au t/dut de J'état, il aurait
sure* de précaution qu'on a pkywscts à la Cour ,$cl qui auraient
réellement sauvé et l'état et son, maître ? En effet ti seulement
IL de Blacas d'Aulps or-
ganiser la garde natitmale de- tous les département, et en donner le
guerre civile qu'on prétendait éviter en tacrifiant les royalistes et
qu'ils ont voulu exciter la veille de leur fuite comme Lavis XVI
voulut j recourir ( Mémoires de M. Hue ) la veille de 'son empri-
sonnement? Si M. de Blacat d'Aulpt avait -voulu organiser, affilier
entre elles toutes ln société* royalistes de France et les diriger se-
crètement n'*uraieot-«Ues pas surveillé les sociétés de buonapartistet
et déjoué tous leurs projeta? Cette surveillance générale contre tous
les ennemis de l'état et du Roi, la garde nationale commandée par
tes partisans, et «ne levée en masse préparée secrètement et ordqn-
Bée au besoin par les sociétés royaUsies n'aurait-elle pas tjffi pour
anéantir Buoniaparle et ses complices dès les premiers jour* de toit
débarquement, s'il_il osé U tenter. ( Le 24 Juillet i8i4-> j'ai donné
ce plan au Roi. ) Et si la profonde politique des ministre* de Louis XVHl
et da comte de Blacas n'a pas eu des résultats aussi tragique* que
celle des ministres de Louis XVI et de l'ArcKevêque de Bordeaux
ut-ce i l'humanité de Buonaparte à la modération:de ses partisans,
ou à la naine des Français pour eux et è la disposition générale des
esprits que non» Se devons Le moindre acte de rigueur, le plut
petit attentat contre les Bourbons, lots même que l'armée volait au-
devant de Buonaparte, n'aurait-il pas soulevé la France entière? M. le
comte de Btaau d'Atdpt croirait-il avoir été servi avec zèle ou
mystifié pour La dernière fois par ceux qui l'ont averti qu'il était tenipi
pu le* Bourbon» et leurs amis de se'retirer doucement?
(4°)
noncer au Midi et à tourner leurs pas du cote dut
Nord. Ils leur promettaient que les commandans des
places fortes leur en ouvriraient les portes que les
officiers et les soldats sc rendraient en foule auprès
d'eux que la Prusse et l'Autriche seconderaient leurs
efforts etc., etc. Je ne partageais pas cette opinion,
et craignant qu'on ne voulût réellement abandonner
les royalistes du Midi je m'en expliquai avec M.
de Calonne.- Je lui soutins que ce n'était pas du
côté du plus fort, mais bien du côté le plus faible
» fju'il fallait attaquer la France que les Princes
» ne pourraient rien entreprendre sur les provinces du
» Nord sans l'aveu de la cour de Vienne; que le
sort des Bourbons et celui de la monarchie seraient
entièrement entre ses mains que son ambition et ses
» dispositions étaient assez connues, pour devoir se
» tenir en garde contre elle Je lui démontrai que
» les Espagnols les Savoyards, les Italiens et les
Suisses étaient au contraire nos vrais alliés que pour
» éloigner la contagion^de leurs frontières et pré-
venir les attaches des républicains ils seraient
forcés de venir tôt ou tard au secours des royalistes
» que les habitans du Midi, plus prompts à s'enflammer
que ceux du Nord, recevraient l'impulsion qu'on
p voudrait leur donner que cette contrée, plus fa-
» cile à envahir, présentait également, par la nature
de Son terrain beaucoup plus de moyens pour une
guerre de postes que l'Assemblée nationale ne
» pourrait jamais empêcher les royalistes de tout le
» royaume de s'y réunir que c'était là le vrai point
y de ralliement qu'il fallait leur indiquer que les
(4*)
Princes une fois & la tête des vrais Français, se-
raient élevés au niveau, des puissances et que dès
ce moment le sort des Bourbons et celui
» sans de l'ancien ordre de choses ne seraient plus
p au pouvoir de leurs ennemis étrangers et natio-
» naux, etc. etc. » M. de Calonnc me répondit,
qu'on ne renonçait pas aux ressources du Midi; qu'on,
voulait au contraire attaquer en même temps la France^
de l'un et de l'autre côté que M. de Seront reste-
rait a Turin pour diriger les opérations entamées et
que les jeunes Princes, entourés d'officiers expérimentés
et soutenus par des troupes Sardes marcheraient sur
le Midi pendant que Leurs Altesses Royales entre-
'raient du coté du Nord.
Avant de quitter Turin Monsieur, comte d'Artois,
me donna en effet l'ordre d'entretenir, sous la direc-
tion de lkl. de Sérent, mes relations avec l'intérieur;
et avec M. te comte de P 'afine fier son agent en
Espagne. Je m'occupais de ee travail, de ma corres-
pondance avec les Princes et d'un projet concerté
avec le bailli de Lauras et quelques chefs de l'Ordre
de Malte, lorsqu'au mois de Mai 1791, la cour de
Madrid, sollicitée par M. de Pannetier d'armer les
voya M.-le comte de Kersalaun à Turin pour me
chercher son intention étant de me char er de cette
opération et de la direction générale des affaires de
ma province. Je dois rapporter ici une des lettres des
Princes qui constate quelles étaient les dispositions
des habitans de cette contrée, »
(4*>
Extrait d'une lettre de S. A. S. Monseigneur s
ce de. Condé.
Stuttgard, ,le 31 Janvier 1791.'
Je vous remercie mon cher Froment des nou-
vtlles que vous m'envoyez elles m'ont fait plaisir
» et »'accurdent assez avec celles que j'ai reçues par
b un député du Camp de Jalez (1) venu exprès pour
nous faire part des bonnes dispositions de cette
w^ contrée. Vous avez pu en être instruit par M. de
» gèrent cet homme demandait qu'on lui rit passer.
Suivez sur cela comme sur autre chose, les ordres
b que vous donneront MM. deMiran et de Sérent;
quant a -moi je suis trop loin pour vous en don-
ner. N^ doutez pas mon cher Froment, du désir
que j'aurai toujours de vous marquer tout l'intérêt
que nous devons votre zèle à votre dévouement
» et à vos iralheurs-, etc. » Cette lettre est écrite
en entier de la main de Monseigneur de Prince de
Avant de quitter Turin avec M. le comte de Ker-
salaun, M. le duc de Sérent me donna des instructions
relatives à l'expédition projetée, et conformes a celles
que Monsieur, comte d'Artois, lui avait laissées.
Arrivé Barcelone, M. le comte de Lascy capi-
taine-général .de la Catalogne me promit les fonds,
(1) L'adresse des habilaos de Jalez, présentée à S. M. Louis XVIII
le 0 Août i8i4> constate leurs dispositions actuelles par le passage
suivant Ils se disent avec orgueil qu'ils ont été les premiers
donner le signal de la 6délité et du dévouement <e qu'ils ont
été ( Août 1790 ), Ur sont prêts à le prouver encore etc. etc. n
(41)
les armes fet les munitions nécessaires pour relever
mon parti, à condition que le gouvernement espagnol
ne paraîtrait avoir aucune espèce de part a l'entreprise.
L'Ordre de Malte secrètement appuyé par l'Espagne^
devait soutenir mes efforts de tous ses moyens. Depuis
quelques mois je suivais ce projet, comme je l'ai
déjà djt, et pendant que je faisais route vers l'Es-
pagne, M. le marquis de la Toui-du-Pin-Montauban,
maréchal-de-camp et chef militaire de l'expédition,
te rendait de Turin a Malte pour amener avec lui
en Catalogne les jeunes chevaliers destines a com-
mander les corps qu'on auraifformés dans l'intérieur.
L'Ordre de Malte devait, aussitôt après l'explosion
cés au maniement des armes. j|e .son côté
Pannetier devait, quelques 'jours avant notre débar- «'
quement, s'emparer des principales citadelles du Rous-
Il avait posté à cet effet douze a quinze cents
émigrés sur la frontière de cette province.fOn lui avait
livré ou on devait lui livrer les clefs des poternes de
ces citadelles, et de concert avec une partie des of-
ficiers qui y commandaient, cette expédition aucait
eu lieu dans une seule nuit (i). Mes préparatifs étaient
faits deux frégates maltaises étaient a Barcelone;
M. le marquis de la tour-du-PinJVIontauban (a), avec
(i C'est ainsi que les Espagnol* s'emparèrent,, e» rôio ou i8tl,
de la citadelle de Qjçuière».
(a) M. le marquis de la Touf-du-Pin-Monlaub^n mar<îchal-de-
camp, commandant du département de la Girotide et M. le marquis
d'Arbaud de Jonques, préfet du département du Gard, étaient du
nombre des che»«lier» de lldalte qui vinrent me joindre à
( 44 )
un grand nombre de chevaliers de Malte des langue
de Provence et d'Auvergne, y étaient arrivé* et les
galères de l'Ordre, commandées par M. le bailli de
la 'l'uür-du-Pin-lVlontauban s'étaient rendiîçs en Sar-
daigue pour être à portée de nous soutenir lorsque
l'arrestation de la Famille Royale h Varennes dé-
terniina la cour de Madrid à abandonner ce projet
dans la crainte de compromettre les jours du Roi.
M. le comte de Lascy craignant alors que, malgré
sa défense, M. de Pannetier ne s'emparât, d'un coup
de mati, de quelque citadelle du Roussillon, le ren-
voya auprès de sa famille à Guipuscoa ordonna à
tous les émigrés de rentrer dans l'intérieur de la Ca-
talogue et m'obligea, après m'avoir toutefois ma-
gnifiquement traité de retoorner a Turin avec M. de
la Tour-du-Pin-Montauban et toute sa suite.
A peine avions-nous mis ^>ied à terre à Gênes
que les y unes chevaliers de Malte se répandirent
dans la ville pour en admirer les beautés. Quelques-
uns d'entre eux passant devant l'hôtel de la poste et
voyant des domestiques français décharger une voiture,
s'informèrent à qui elle appartenait. On leur répondit
iÊ-jquVflc était M. le marquis de, qui devait
s'embarquer pour l'Espagne.
Curieux de pénétrer l'objet de son voyage, ils se
présentèrent chez lui, l'instruisirent de leur passage
de Malte, à Barcelone et de leur retour à Gênes
avec MM. de la Tour-du-Pin et Froment. Un mou-
vement de surprise que fit M. le marquis de en
entendant prononcer mon nom leur fit soupçonnée
du mystère ils se hâtèrent de venir en rendre compte
( 45 )
et r4. de la Tour-du-Pin se
à la poste pour découvrir la vérité. Au lieu du marquis
de M. de la Tour-du-Pin reconnut M.
d'Havre ( actuellement capitaine d'une des compagnies
des gardes du Roi ). Il sut de lui, qu'il venait de*
Coblentz qu'il se rendait à Madrid pour y servir les
Princes qu'élant chargé de se concerter avec moi,
en passairt à Barcelone, il avait été fort surpris
d'apprendre que j'étais à Gênes, et :il le pria de
m'amener chez lui. Dans plusieurs entrevues que j'eus
avec M. le duc d'Havré je lui rendis compte de tout
ce qui s'était passé en Espagne et des dispositions
du gouvernement. M. de Sérent ne fut pas moins
surpris, que M. le duc d'Havré, de notre retour en
Italie. Très-embarrassé d'un si grand nombre d'arri-
vans, il leur conseilla de se rendre auprès des Princes
mais il me refusa la permission de les suivre. Peu
de temps après, M. de Sérent m'assura que M. de
Florida-Blancâ n'avait pas donné ordre a M. de Lascy
de me faire partir de Barcelone, et me pressa d'y
retourner. Je lui répondis que ma présence y serait
inutile tant que le gouvernement espagnol ne vou-
drait rien entreprendre que je le priais au contraire
de me permettre de me rendre auprès des Princes,
mon dessein étant de mettre sous leurs yeux un tableau
des ressources que présentait le Midi, et d'engager
LL. AA. RR. a arrêter un plan général pour cette
partie afin que les efforts de tous leurs agens eussent
un ensemble et tendissent au tpéme but. Mi de Sérent
rejeta ma demande et ce ne fut qu'après plusieurs
mois de sollicitâtes qu'il consentit enfin à me
(46)
laissé partir pour Coblcntz à condition toutefois
que je me rendrais auparavant dans la Suisse italienne
auprès de M. Louis Launay, connu sous le nom de
comte d'Jnlraigues pour me concerter avec lui.
Je ne connaissais M. d'Antraigues que par les écrits
incendiaires (i) qu'il avait publies avant l'ouverture des
Etats-généraux et par ses liaisons intimes avec le comte
de Mirabeau au commencement de cette assemblée.
Je fus bien étonné d'apprendre qu'il jouissait de la
confiance des Princes et d'un grand crédit auprès
du ministère espagnol. M. d'Antraigues me rdit lui-
même quand et commentil avait gagnél'entière confiance
de M. de Las-Casas ambassadeur d'Espagne à, Venise,
et chargé par sa Cour* de lui faire parvenir les de-
mandes des Princes et de leur communiquer ses in-
tentions. M. d'Antraigues l'un des plus ardens ré-
volutionnaires nouvellement converti, était donc
l'agent-des Princes ^auprès du gouvernement espagnol,
et par sorfîkscenaant sur l'esprit de M. de Las-Casas
le véritable agent du ministère espagnol auprès de
LL. AA. RR. Pendant mon séjour chez lui, je n'eus
pas besoin de le faire parler pour lire au fond dé soa
cœur; il n'avait rien de caché pour personne. De
son pur mouvement il me lut toutes les lettres qu'il
avait reçues par le dernier courrier. Dans une de ces
lettres son correspondant de Paris lui mandait qu'ils
( c'est-à-dire bs partisans de leur système commun )
avaient découvert que Louis XVI s'occupait des moyens
(i) Mémoire sur les États-généraux, leurs droits et la manière
de les convoquer, etc. etc.
( 47 )
fois
son intention était de dicter
et qu'ils avaient fait imprimer un avis pour l'adresser
au besoin d toutes I municipalités du Royaume $
afin- de le mettre dans l'impuissance d'exécuter son
projet. Quoique profondément indigné je ne té-
moignai pas la moi dré surprise, mais dès ce moment
je conçus le dessein de lui échapper le plutôt qu'il
serait en mon pouvoir, et deneservirles Princes que sous
leur direction immédiate. M. d'Antraigues, croyait
au contraire m'avoir r donné la plus haute idée de son
crédit et de ses moyens, et inspiré la plus grande
confiance me pressa vivement de retourner en Es-
pagne pour' suivre, sous sa directiçn les affaires du
Midi. Je m'y refusai mais forcé de dissimuler et de
le' ménager encore je consentis a envoyer une per-*
sonne sûre auprès ,c M. de Lascy pour correspondre
avec lui en attendant que je pusse me rendre moi-
même a Barcelon et je me chargeai? de portée
au ministre espagnol Gênes ses'dépêches et celles
de M. de Las-Cas s pour Madrid.
Ces commissions étaient remplies, lorsque je ren-
contrai, a Gênes MM. du Viviers que j'avais vu en
Catalogne sous les ordres de M. le comte de Pan-
netier. Ils m'informèrent qu'ils arrivaient de Coblentz
avec M. le comte de Toulouse-Lautrec j que cé^gê-
néral était chargé de renouer l'entreprise que M. de
Pannetier avait été forcé d'abandonner, et qu'on lui
avait remis les fonds nécessaires pour réussir. M. de
Lautrec, a qui MM. du Viviers me présentèrent,
m'invita a le suivre Espague pour seconder tes
(48)
efforts. Je lui démontrai qn'Us aeraient tout au moins
inutiles puisque le gouvernement espagnol ne vou·
lait rien entreprendre^ et que M. de Pannetier n'était
plus à portée .de l'aider de ses moyens. M. de Lautrec,
convaincu du contraire, s'embarqua pour l'Espagne,
et je fis route pour Coblentz. Alors je regrettai de
nouveau et bien vivement le temps que M. de Sérent
m'avait fait perdre à Turin. Je pensais que si je m'étais
trouvé à Coblentz lorsque M. de Lautrec sollicitait
cette mission, le^Princes en lui accordant là' confiance
que son courage et son dévouement méritaient l'au-
raient du moins astreint à ne rien tenter que lorsqu'une
explosion générale combinée avec des secours exté-
rieurs, aurait pu favoriser le succès de ses desseins.
Pour réparer autant qu'il était en moi ce que je n'avais
pu prévenir, j'écrivis de. Plaisance à plusieurs agens
des Princes j'envoyai même un exprès à M. d'An-
traigufs en Suisse, afin qu'il arrêtât le zèle de
M. de Lautrec mais ce n'était pas chose facile. M. de
Lautrec brûlant du désir de se signaler et craignant
que NI. de Lascy ne s'opposât à ses vues se fit dé-
barquer à Rosas d'où il envoya à Perpignan pour
qu'on agît selon ses vues. L'arrestation des officiers
de Cambrésis depuis lors massacrés à Yersailles
avec les prisonniers d'Orléans fut le résultat de ses
démarches et le gouvernement espagnol, mécontent
que cette tentative eût été faite à son insu, renvoya
une grande partie des émigrés a Eoblentz.
En arrivant dans cette ville je fus frappé de voir
tous les habitans rayonnans de joie et applaudissant
avec transport aux Français qui couraient en foule
tèï
-fers la résidence. le demandai à
de ce mouvement il me répondit sans s'arrêter le
Roi s'est sauvé de Paris. Transporta comme 'lui,
je volai à la résidence où Monsieur
vint confirmer aux émigrés rassemblés cet heureux
événement. Mais cette joie fut de courte durée. Bientôt'
le brifit se répandit qu'on n'avait reçu qu'un avis în- J
direct, dont il fallait attendre la confirmation. Sur
la fin du, jour, point de nouvelle. Réfléchissant alors
à la lettre que M. d'Antraigues m'avait lue en Suisse,
je soupçonnai que ses correspondrais de Paris avaient
fait courir ce bruit pour éveiller l'attention de -l'As-
semblée sur toutes les démarches du Roi je fis part
-de mon secret et de mes craintes à M. le commandeur
d'Ure officier des Gardes-du-rorps et peu de jours
après n'étant plus question de la fuite de notre
malheureux Souverain je mis sous les yeux des Prince»
mes idées sur le Midi.
Leurs Altesses Royales chargèrent MM. de Calpnne,
de Flachslanden de Boisset, officier du génie, et
D. de discuter avec moi les Mémoires et les
divers projets relatifs à cette contrée. Dans une longue
conférence qui eut lieu à ce sujet, chez M. de Ca-
lonne, M. D. y fit le rapport du système de dif-
férens agens. Certains d'entr'eux prétendaient que si
on voulait les autoriser à faire sur les lieux des em-
prunts au nomade Leurs Altesses Royales ils trou-
veraient des fonds suffisans pour armer et solder tous
les royalistes. M. de Galonné, désireux d'opérer une
prompte diversion sans bourse délier, goûtait beau-
coup cette idée. Je la combattis avec force. Je lui