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Recueil de pièces intéressantes sur la Bastille ([Reprod.])

61 pages
[de l'impr. de J. B. Hérault] (Paris). 1790. Paris (France) -- Bastille -- Ouvrages avant 1800. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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3 SI!,
R E CU E I L
DE PIÈCES INTÉRESSANTES
SUR LA BASTILLE.
l 7 9
A L'A S SE M BLÉE NATIONALE
DU MODÈLE DE LA BASTILLE.
L'AURORE DE L A LIBERTÉ,
o u
LE DESPOTISME EXPIRANT.
DÉLIBÉRATIONS
ET DIFFÉRENTES PIECES
RELATIVES
AUX CADAVRES TROUVÉS DANS LA BASTILLE.
DE L'HOMME ET DU CITOYEN.
RÉFLEXIONS D'UN CITOYEN
A SES FRÈRES D'ARMES.
1 7 9 o.
a
RELIT I ON
SUR LA- PRISE D»E LA BASTILLE.
IL est bon d'observer que la Bastille était défendue par «M au*
pièces de canon dont deux étoient sur le pont-levis qui
dominoient dans la cour de l'Orme trois autres sur la
Chaussée, deux sur la rue des Tournelles, une. sur la rue
de Jean'beau-Sire, « trois sur le Boulevard toutes étojent
chargées à mitraille depuis le trois Mai il ne paraîtra pas
étonnant que tous les bons Citoyens en -avoient de la ter-
reur, et en même tems disposaient leur courage. Lesdites
pièces de canon n'ont été déchargées que le jour de 1'Oc-
tave du Saint-Sacrement, en partie et l'autre la veille de
la Saint-Jean, pour les tirer h ces deux" /êtes. Après les-
dites-décharges, leîendemain, on les a rechargées encoreX
mitraille. Ne voulant mettre que des faits 'véridiquès dans
mon récit je ne veux et ne peux faire de phrase autrement
intéressante, ne connaissant pas la réthorique mais il n'en
faut pas pour dire la vérité. M'étant transporté, le treize
Juillet, dans la cour de la Bastille j'ai parlé aux Invalides,
sous le prétexte d'apprendre d'eux leurs bonnes ou mau-
vaises intentions; ils m'ont. répondu^ avec un air èebojme
i
foi qu'ils étoient de braves Citoyens, et qu'ils donneroient
Tojqntiers leur armes si le cas le requéroit. Cette réponse*
m'enhardit, er fapprochaiprès du pont-levis ils changèrent
bientôt de langage, et me firent ôter, en me menaçant qu'ils
m'arrêteroient si je persîstois à regarder. Je me suis retiré
sans en dire davantage et me suis mis devant la guérite,,
où j'ai entendu, par quatre fais une voix effrayante qui
prononroit ces mots Secours à la Bastille. Cette voix pa-
roissoit sortir de la seconde tour à gauche en entrant.
Ne me lassant pas d'observer je me transportai sur Ia
place pour prévenir l:es vrais amis de la révolution de ce
qui se passoit à la Bastille; le soir de cette même journée,
suis apperçu que l'on retiroit les pièces de canon et
que l'on^coupoit et faisoit des brèches au parapet ce qui
annon,oit fintention de tirer sur le peuple, et de pouvoir
ajuster de la Bastille. 0-
Je passe à la journée du quatorze. AJbuit heures du ma-
tin, M. le curé de Saint-Paul s'est transporté à la Bastille
sans doute dans de bonnes imeatïone r il eza est s«^ti peu.
de teins après, il a annoncé au peuple que M. de Launay
ne vouloit faire de mal à personne cette annonce ne suf-
iisoit pas pour rassurer les braves Citoyens d'ailleurs je
vis avec adresse une planche qui masquoit les pièces de
canon la suite de toutes ces choses ne faisoit qu'annoncer
des effets funestes. Chacun sentit la nécessité de se pro-
curer des armes la première députation fut d'aller chez Mj
de Montbarrey pour s'en procurer; l'on fit réponse qu'il n'y
en avoit pas. L'on fut ensuite à la Ville pour en demander
on eut grand soin d'amuser le peuple, en les envoyant dans.
les endroits où il n'y en avoit pas, L'on a pris le parti d'al·
ler aux Invalides-, étant arrivés là, oou$ avons dit le motil.
aij
̃qui nous amènent on nous a répondu qu'il falloi.t parler
au Gouverneur, et qu'il faudroit bien 11-ne demi-heure nous
n'étions pas d'accord pour le tems nous sommes descendus
<ians les fossés pour ouvrir la grille et nous nous sommes
empares de seize pièces de canon excepté un que nous
fûmes obligés de laisser la roue d'un affût ayant casse
mous avons été partout Tljotel sans trouver d'armes môme
les Invalidas n'en avaient pas nous ayons pris la peine de
faire une recherche plus ex,acte nous ayons monté au Dôme
où nous avons trouvé toutes sortes d'armes, fusils, bayon-
nettes, sabres pistolets et gibernes J'on venoit de les dé-
poser là, croyant qu'elles seraient en sûreté^ nous nous en
sommes emparés ? et en descendant, plusieurs Invalides ont
reconnu leurs fusils, en nous disant qu'on les avOit désar-
més le jour auparavant. Plusieurs Gardes-Françaises ont
aussi reconnu les leurs, ,puisque l'on en avoit aussi dé-
sarmé. Nous sommes arrivés à deux heures à la Ville on
bous a jette huit billets par des fenêtre}» qui avoient ces
mots,: Allez à la Bastille chercher des armes. Nous sommes
partis mais étant devant le portail Saint-Louis, on nous
.il dit qu'on égorgeoit tous ceux qui approchaient de la Bas-
.tille. Nous avons continué notre route jusques sur la chaus-
sée nous avons apperçu beaucoup d'Invalides qui s'amas-
soient autour des canons sur la flatte-forme on en yoyoit
monter et descendre ,derrièye lé parapet cet appareil nouas
en imposa, et nous fit penser que nous étions perdus si
nous n'étions pas plus ,en force.
Nous sommes retournés à }a Grève avec^t'intention d'em-
.porter les canons, afin ^e vaincre ,ou mourir nous les
«avons traînés jusqu.'au Pqpt-J!^Iar,ie arrivés là, nous avons
pour arriver vite pendant cet^nter-
iv
valle est venue une députation de la Ville, composée de
quatre Electeurs et d'un tambour, avec un drapeau à leur
tête que j'ai suivie jusqu'au bout de la rue de la Cerisaie
où je suis reste pour empêcher le monde d'entrer dans la
cour où est^e salpêtre et ils ont continué leur route jusques
dans la cour de l'Orme. Arrivés $1, ils ont fait un discours
touchant à M. de Launay fèïï4'engageant de..se rendre, et
que nous étions tous frères il teur tourna le dos avec un
air de mépris et même avant qu'il n2 sortit de la, on tira
sur un homme qui, après avoir fait quelque pas, fut tom-
ber mort près la bute dans la cour du salpêtre. Un antre
malheureux reçut au même instant un coup de fusil. Crainte
qu'il ne fut écrasé l'humanité me porta à le secourir et à
remporter, avec l'aide de quelqu'un, au fauxbourg Saint-
Antoine. Ce même homme me dit qu'il étoit entré à midi
dans la Bastille; qu'on lui avait dit que lui et les autres
pouvoient entrer, qu'on leur donneroit des armes tout de
suite- que s'étant présenté avec d'autres, on'eut grand soin
de les laisser avancer passé le premier pont-levis où on fit
uro décharge sur eux en leur disant Voilà les armes que
nous avons à donner st qu'il y en eut six de tués et beau
coup de blessés. M. de Launay n'ayant plus laissé de doute
sur son abominable conduite, nous amenâmes vite deux
pièces de canon qui furent placées, l'une près l'hôtel d'Or-
messon, et l'autre près le cul-de-sac Guillemet. A trois
heures et demie on a commencé à tirer le premier coup
de canon sur les ennemis qui faisoient un feu d'enfer sur
peuple, et on avança peu à peu. Il y avoit en même tems
uue autre batterie de cinq pièces de canon dans la cour
de l'Orme qui sont entrées dans la première cour de la
Bastille. A la faveur des maisons, on tiroit des coups de
V
fusil sur ceux qui étùient sur la platte-fôrme et l'on par-
vint les en déloger. On rangea ensuite les batteries contre
le premier pont-levis et, du premier coup de canon, on
cassa les chaînes et on s'empara aussi-tôt du Gouverne-
ment on fut en même teins chercher deux voitures de
fumier qu'on y fit entrer, et on y mit le feu cela lit une
fumée si épaisse qu'elle aveugla tous ceux qui étoient dans
la Bastille l'on fit ensuite passer sur le premier pont qu'on
avoit abattu, les canons devant le Gouvernement, alors on
tira vingt-huit coups de canon sans discontinuer sur le se-
cond pont, et l'on vint à bout de casser les visses qui étoient
dans la muraille après quoi on s'introduisit dans la Bas-
tille à l'aide d'un particulier qui s'écria Voilà le Gourer-
neur qui se sauve. A peine cette parole a-t-elle été dite,
qu'un Carde-Francaise et un bourgeois lui ont mis la main
sur le colet. Lorsqu'il se vit pris, il demanda qu'on le fît
mourir sur-le-champ mais on lui a répondu qu'on vouloit le
conduire à la Ville on l'a fouillé et on lui a trouvé un pojte-
feuille dans lequel il y avoit des lettres de M. Flesselles,
Prévôt des Marchands qui lui marquoit «: Tuez'toute cette
» crapule qu'on vous enverra, nous aurons du secours sur
les huit heures. » On le conduisit sur les degrés de la
Ville où l'on fit descendre Flesselles pour le confronter. Le
peuple outrts de cette trahison, leur trancha. la tète avec un
couperet attaché au bout d'un manche à ballet; tour le
monde les a vus et chacun disoit II y >a vingt ans qu'ils
l'ont mérité l'on entendait dire aussi qu'il falloit la tète du
Prince Lam.besc du comte d'Artois, etc. Voila ce. qui a
fait fuir les ennemis qui étoient au champ de Mars et ceux
qui étoient à. Montmartre car ils ont binn pensé qu'on ne
vouloit pas .les épargner non pius enfin tout a disparu
Ifj
dans la même nuit, eut l'on a donné la liberté à quatorze
prisonniers de la Bastille ( de même qu'à toute- la Nation
Française ). Depuis quatre cent vingt-huit ans et trois mois
ce lieu infernal où tant de victimes innocentée ont subi la
vengeance de nos rois -ou, pour mieux dire des ministres
subsiste! tj il ne nous reste plus aujourd'hui, pour tout sou-
venir de ce lieu ténébreux que les ossemens de ces mal*
heureux que le curé de Saint-Paufi a été chercher en grand
convoi et qui ont été déposés dans le cimetière de la même
paroisse.
STANCES
pour x'anniversaïre.
DE LA PRISE DE LA BASTILLE.
Meminisse juvabit. Viro,
\J Jo,u» d'éternelle mémoire
Nous Avons vu l'auguste Liberté
Fouler de son char de victoire
Les débris du séjour antique et détesté
D'où la nombre Tyrannie,
Dans sa fureur impunie,
Iaiultoit l'humanité.
Dans ce Palais de la Vengeance,
Combien d'infortunéB sous ses complots pervers,
sont tombée hélas sans déienfie,,
tff
Là sous de ténébreux- a&ymes,
Ce monstre encliaînoit ses victimes^
Et sourioit leur» tourmens
Tels dans leur caverne profonde
Les Cyclopes, effroi du- monde
Dévoroient des hommeâ vivons.
Vous n'êtes plus debout r tours odieuse»
Qui dominiez la. reine des Cités
Quels efforts ont brisé vos tètes orgueilleuses
Dont l'aspect défioit nos regards révolta?
En vain vous lanciez le- tonnerre
L'amour de la Patrie et l'horreur des Tyrans;
Bien mieux que le- Dieu de la guerre,.
Avoient aimé nos bras puissans
Vos remparts enlevés à leurs vieux fondemens
Ont disparu ^de la terre,
Comme un vil amas de poussière
Se dissipe au gré des venta.
De ce triomphe mémorable
Eternisons le souvenir;
Que notre colère équitable-
Soit la leçon de l'avenir:.
Des rives de la Seine aux bords Asiatiques,
Puisse le bruit, en retentir
Et les vils artisans des misères publiques
De i'un à l'autre pôle ce récit pâlir
Et vous, Frères dermes,
Que la Parque, en ces jours et de gloire et d'alarmes»
̃ifiif
Du séjour des héros recelez nos hommages
Peuple, brûlons l'encens autour de leurs images,
Et par nos chants guerrier honorons leur grand coeur.
Et si la Tyrannie osoit encore paroître
Contre elle comme vous nous saurons nous défendre
Nous saurons mourir comme vous.
Par Emmanuel Bhosselard, l'un des Electeurs
réunis au douze Juillet Président du District des
Minimes.
frappé 'sur le lit d'honneur
G H OE U R.
Destin noble et digne d'envie
De la France heureux défenseurs
Vous avez d'une ligue impie
Confondu les vastes fureurs
Vous avez sauvé la Patrie
Nous ne pleurons point votre mort,
Mais nous célébrons votre vie
Et desiroxi,,ç un môme sort.
Oui tout Français digne de l'être
D'un si beau trépas est jaloux;
Mânes chéris entendez-nous:
Nous le jurons par votre cendre,
A 3
EXTRAIT
DU PROCÈS-VERBAL
D E
L'ASSEMBLÉE NATIONALE.
Du Jeudi deux Septembre 1790.
\J n a Introduit à la barre M. Palloy artiste distingcié et
citoyen courageux accompagna de MM. les Architectes
employés â la démolition de la Bastille de MM. les Gre-
nadiers bourgeois de la compagnie de la Section du Jardin
des plantes, dont il est membre et de M, les Grenadiers
du centre six par compagnie ayant la médaille lequel
est venu faire hommage u l'Assemblée Nationale d'une
représentation de la Bastille exécutée en bas relief,
provenant d'une pierre de la démolition de cette for-
{('l'esse, avec son plan encadré et ses dépendances
plus une dalle ou est gravé le portrait du Roi au
pour -tour est écrit: Louis XVI par la LOI constitu-
tioxnkm.k Roi DES Franc vis au haut de cette pierre
on lit i:x unitate lidf.rtas ax.no prïmo i 789 au bas est
écrit, cette pierre vient d'un des cachots de la Bastille: le
tout porté par des ouvriers qui ont travaillé il sa démo-
(4)
lition. Cette même Bastille fut posée sur l'aveel de la
patrie. Je 14 juillet jour de la Fédération.
M. Palïoy a prononcé un discours; M. Titon-Bergeras
l'un des grenadiers bourgeois en a prononcé un autre.
L'Assemblée en a ordonné l'impression.
DISCOURS DE M. PALLOY-
Messieurs,
Lorsque le pouvoir arbitraire accabloit le citoyen de
toute sa Force et que l'homme fait pour la liberté étoit
tout-à-coup précipité dans les cachots d'une Bastille nos
tyrans n'imaginoient guères que, si près d'expier ses forfaits,
cette Bastille, frappée par la fureur d'un peuple réduit au
désespoir, alloit se cacher sous ses ruines, monument de
vengeance et de barbarie que le voyageur cherche et ne
retrouve plus. Moi-même j'y suis entré l'un des premiers
mes ouvriers y combattaient avec moi et quand nos citoyens
en eurent retiré le victimes qu'elle receloit, les armes meur-
trières qu'elle devoit tourner contre nous quand vuide d'es-
claves, de satellites elle n\'toit plus qu'un- monument ho-
norable au courage des citoyen, je craignis qu'en le lais-
sant plus long tems debout il ranimât l'espoir des des-
potes, et, n'écoutant que l'amour de la patrie, j'allai, sans
en avoir reçu l'ordre abattre ces tours. Moi-anême je les
frappai le premier j'armai la main des ouvriers l'Assem-
blée de la Commune et le Roi lui-même ont approuvé mon
z''ie, puisque des architectes ont été nommées pour sur-
veiller cette démolition. Mais ce 6lui fera mon souvenir
le plus clzer quand les années viendront m'atteindre c'est
d'avoir le premier porté le fer destructeur dans les flancs.
de cette horrible forteresse.
Mais ce n'est pas assez de cachei sous lé sol les monu-
mens de la tyrannie, il faut, s'il est possible, en perpétuer,
la honle c'est aux arts à la transmettre à la dernière pos-
térité ils ont trop long-téms servi à flatter la tyrannie chez
un peuple libre ils en éterniseront la haine c'est ce que j'ai
entrepris.
Des pierres même qui formoient les voûtes lugubres des
cachots j'ai tenté de reconstruire l'image de ce tombeau
des vivans. Je me propose d'en envoyer aux $3 Dépar-
tcmens et aux Sections de la Capitale déja plusieurs
Municipalités m'honorent des vestiges qui leur en sont par-
venus l'Angleterre elle-même y attache un prix naturel à
des ames fortes et libres. On diroit que la chute de la Bas-
tille est consacrée par les vœux des peuples comme un
événement qui les concerne tous également. Ce sont autant
d'hommages d. la liberté, en attendant que le Français lui
élève une statue digne de lui. Que ne puis-je un jour moi-
même y contribuer!
Une observation peut être digne de votre attention
Messieurs, c'est de voir le portrait du meilleur des Rois,
gravé sur ces mêmes pierres où se sont meurtries dans
l'horreur des cachots tant de victimes infortunées.
La bienfaisance et l'amour de mes semblables m'ont
engagé a cette entreprise, autant que le zèle de la liberté
iiné multitude d'artistes de pères de famille sans occu-
pation a trouvé et trouve encore dans ces nouveaux tra-
vaux ce qui peut servir à alimenter leur patriotisme
(6)
par le spectacle continuel de cette Bastille si long-tems
l'effroi de l'innocence et l'appui du pouvoir arbitraire.
A cette récompense qui ne peut échapper à l'homme
qui a eu le bonheur d'être utile daignez, Messieurs, y en
ajouter une autre qui me sera toujours chère, l'espérance
que l'offre de mes travaux ne vous aura point déplu. Où
pouvois-je mieux placer les débris de la servitude française,
que dans l'auguste Sénat où la liberté prit naissance au
milieu des loix que vous préparez à la Nation et aux
siècles à venir?
DISCOURS DE nI. TITON-BERGERAS.
Messieurs
L'hommage que Monsieur Palloy a l'honneur de vous
offrir, doit vous être précieux. Ce monument, construit
d'après le plan exact de l'ancienne Bastille doit rappeller
a tous les Français patriotes que nous sommes libres, et
'que, sans liberté, il n'est point de bonheur. Nos loix ne se-
ront plus désormais le fruit du despotisme; l'homme sage
vivra tranquille dans ses loyers; l'interprète des loix et le
chef des arluies n'auront plus à redouter ces ministres ab-
solus (lui disposoient à leur gré du sort des citoyens, quand
ils Il'avUlE'Ilt la foihlesse de se courber sous leur joug, ou
de ramper, comme de vils esclaves, auprès de ces malheu-
reux esclaves eux-mêmes de quiconque savoit les flatter.
Leur autorité est renversée les murs de cette horrible
Bastille sont détruits; ses chaînes sont brisées, ses gui-
chets, ses verroux sont rompus et ses cachots souter-
reins, combles de ces débris, ne verront plus gémir l'in-
(7)
nocence opprimée parles hommes pervers et tyranniques,
qui saciïfioient tout impur» <̃ tat à leur haine et à leur
Il, ne leur reste plus aujourd'hui que le remords des vic-
times qu'ils ont immolées, ou la .rage de ne pouvoir plus
commettre des forfaits.
Assez long-tems Messieurs, nous avons souffert ces ac-
tes de despotisme assez long-tems nous avons supporté
le fardeau accablant d'une poignée d'individus, qui s'é~
toient élevés parmi nous et qui, sous le vain titre de no-,
bles,prétendoient exclusivement au droit de nouscommander.,
Le tems est venin où le Français a senti qu'il étoit
homme et qu'il devoit, en cette qualité, jouir des droits
que la nature lui donne c'est à vous, Messieurs, à con-
solider par votre fermeté et votre patriotisme cette muta-
tion si désirée et si nécessaire, et à apprendre à la posté-
rité, par l'exemple de vos vertus, que si la tyrannie fait
des esclaves*, la liberté fait de bons citoyens.
Puisse cette Nation immense qui renait de ses cen-
dres, reprendre sa première splendeur
Puissent, Messieurs, Vos sages décrets opérer la régé-
nération de tous les penples de la terre
Puisse enfin le nom Franç ais d'un bout du monde à
l'autre devenir le synonyme de la liberté
M. le Président a répondu
Le don que que vous présentez a l'Assemblée Nationale,
et que vous destinez aux différens Départemens est celui
d'un artiste citoyen. L'Assemblée voit avec plaisir la repré-
EXPLICATION
sèntation de ce château qui a été effacd de la terre sous
les premiers pas de la liberté; c'est lui rappeller ses propres
trophées et ceux des courageux habitans de cette Cité. Elle
apprécie votre offrande ainsi que l'idée ingénieuse et sensible
qui la recommande, et vous invite à sa séance.
Signé, H. D E JESSÉ Président L. Ch. Gillet,
DMOCHAU, CHARLES-CLAUDE DE LA COUR, d'ÀUCHY F. N. Iao
Buzot F. P. N. Anthoine Secrétaires.
Délivré à M. Palîoy suivant sa demande; collationné à
l'original, par nous Secrétaires de l'Assemblée Nationale,
Paria ce 5 Septembre Charles Claude DE LA
Cour d'Auchy François Paul Nicolas Anxhoine
François NICOLAS Louis* Buzot.
I;
EXPLICATION
DES INSCRIPTIONS ATTACHÉES A LA BASTILLE.
NOM S DES TOURS.
Tour du Coin.
Tour de la Chapelle.
Tour du Trésor.
Tour de la Com^T
Tour du Puits.
Tour de la Liberté.
Tour de la Bertaudiere.
Tour de la Basiniere.
Au-dessus du grand Pont lovis est écrit: Eporjue de la Liberté
Française où cette Forteresse a été conquise par les Bourgeois de
Paris, le 14 Juillet démolie par Palloy, patriote, qui a fait
hommage de ce modèle au Département, le 14 Juillet
Par uu créneau proche le petit Pont-levis, on lit la capitulation
du Gouverneur, remise à M.' Hélie, Capitaine actuelle d'une Com-
pagnie du centre
Nous avons. vingt milliers de poudre, nous forons sauter le quar-
tier et la garnison, si vous n'acceptez pas la capitulation. Deiaujcay,
de la Bastille, le 14 Jufflet, à cinq lleures du soir.
Au bas de 1'Horloge, portée par deux esclaves enchaînés placée
au bâtiment de l'Etat-Major est écrit Construite sous le règne de
Louis XV, par les soins, conduite et surveillance de M. Sartine,
Lieutenant de police, année
A la Tour du Trésor est suspendue une échelle diminutif de
celle de M. de Latudo faite d'une des chemises que M. de Latude a
cédée à M. Palloy où est écrit: Modèle d'échelle avec laquelle s'est
•̃chappé M. de Latude. Elle fut faite par lui-même.
Sur une Tour est une petite cabane en pierre qui provient d'une
(10 )
des pierres de la Sainte-Barbe où est écrit Murceau de pierre pro-
vena.it de la démolition de la Sainte-Barbe.
Plusieurs petits morceaux de pierre qui sont parsemés sur les
Tours, sont des morceaux provenant des créneaux que l'on avoit
dérasés pour baisser l'affût du canon sur le peuple.
Petit paquet de poudre où est écrit Poudre à canon qui étoit
sur les Tours, lors de la prise de la Bastille.
Une échelle pour mesurer l'exacte proportion de ce chef-d'œuvre
qui démontre que son original avoit dans ses proportions quatre-
vingt-seize pieds de hauteur et couvroit la superficie de deux mçwnïiiJ
Dan/ la première origine cette forteresse étoit l'entrée de là ville,
et ne consistoit qu'en deux tours construites sous le règne du Roi
Jean par la suite on éleva deux autres tours de retraite, en face et
parallèles aux premières sous le règne de CharlesV et sous le règne
de Charles VI, l'an i383 cet Edifico fut entièrement achevé. On y
ajouta quatre nouvelles tours et il fut donné à cette forteresse le
nom de Bastille. Sous le règne de Louis XIV les fossés et fortifi-
cations furent réparés les Boulevards continués et tout cela aux
frais des Bourgeois de Paris. Sous le règne de Louis XV l'Etat-
Major fut construit } c'étott enfin le tombeau d'une infinité de vic-
times du despotisme. Ces tours étoient couvertes de canons et sem-
bltiient menacer Paris de l'humeur des Ministres et, sous le règne
de Louis XVI là prise en fut faite le 14 Juillet 1789, par les
Bourgeois de Paris et les Gardes Fzïùçoises la proclamation da
la démolition en fut donnée par les Electeurs assemblés à l'Hôtel-
de -Ville qui ont nommé MM. Jalliers de Savault, de la Poisse et
Moutizon tous trois Architectes et ElecceurlT, nommés Ingénieurs
Nationaux pour présider à ladite démolition et démolie par P. F.
Palloy /Patriote et Maitre Maçon, qui en a levé ce plan et l'a
donné aux 83 Départemens du Royaume, le 14 Juillet
certifie- que l'énoncé ci-dessrrs est posé pour Tnscription à ce
qui est dépo.ré aux archives de l'Assemblée Nationale. Camps.
( Il )
B a
L'AURORFI DE LA L IBE R TÉ,
ou
LE DESPOTISME EXPIRANT.
JE chante ce grand jour, à jamais mémorable
Qui semble nous promettre un bien si desirable
Ce jour où nous voyons les Français triomphons-».
Vainqueurs dé la cabale et vengés des tyrans.
Quel rang, chers citoyens, tiendrEz-vous dans l'histoire?
Et quel siècle du vôtre égalera la gloire
Peut-on plus noblement acquérir des lauriers,
Quand pour briser ses fers on devient tous guerriers
Oui, peuple Je héros quelle reconnoissance
Tous les siècles futurs devront à ta aillance
Et quel plaisir pour vous que la postérité
Vous doive son bonheur., avec sa. liberté
C'est cette liberté si précieuse à l'homme,
Qui fit périr César dans le*Sénat de Rome
Et cependant César n'eut jamais les desseins
Qui remplissoient les cœurs de nos vils assassins.
César voulut régner, mais jamais son envie
Ne fut de s'abreuver du sang de sa patrie
Au lieu que nos tyrans, ces vautours affamée,
Ces monstres odieux au crime accoutumés,
N'aspiroient que l'instant, altérées de carnage,
D'assouvir dans nos flancs leur fureur et leur rage
( 12 )
Tout étoit préparé de nombreux régimens
Etoient prêts d'obéir à leurs commandements
Et tous les environs recelant leur tonnerre,
Alloient, sous peu de tems, nous déclarer la guerre.
Ils espéroient, sur-tout, dans ce terrible fort
Qui sur nous mille fois devoit lancer la mort,
Et. qui, depuis long-tems, favorisant leurs crimes
A tenu lieu de tombé à cent mille victimes.
Despotisme cruel quoi pour ne plaire pas
A des gens grands de nom, d'ailleurs abjects et bas,
En secret dans ce lieu l'on vous ôtoit la vie,
Ou l'on vous confinoiï, étrange baibarie!
Dans ces cachots affreux où l'on vit dans l'horreur;
Où le calme profond inspire la terreur
Où le soleil commence et finit sa carrière
Sans que jamais le jour y porte sa lumière!
Pleins d'un coupable espoir, ces traces odieux
Lançoient déjà sur nous des regards furieux
D'un plaisir inhumain savourant les délices,
Ils croyoient déjà voir ces sanglans sacrifîces;
lis croyoient déjà voir notre sang à grands flots
De la Seine troublée aller rougir les eaux,
Les Français expirans, les maisons embrasées
Les familles en pleurs sous leur chute écrasées
Et l'air retentissant de leurs derniers soupirs
Pour ces tigres cruels n'otoient que des plaisirs.
Qui pouvoit concevoir cette scélératesse?
Un Clergé libertin, une indigne Noblesse,
Qui nous parlant toujours d'honneur, d'humanité,
N'avoient point d'autre Dieu que la cupidité.
Instruit, heureusement, de cette perfidie
Un complot aussi noir indigne ma patrie i
Et lassé de gémir sous un joug rigoureux
Le Français lève enlin un front majestueux
Et d'un noble ruban ceignant sa tête altière,
Il donne en ce moment le signal de la guerre.
Le peuple accompagné par de vaillans soldats,
Vers ce fort qu'il redoute il dirige ses pas;
il arr^e et soudain le Gouverneur perfide,
Agent du despotisme et de carnage avide,
Afin de parvenir à combler ses forfaits
Il donne aux citoyens le signal de la paix
Le pont-levis se baisse et trompis par la feinte
Plusieurs entrent d'abord dans la terrible enceinte:
Mais o douleur extrême perfide noirceur
Qu'on ne peut rappeller sans en frémir d'horreur,
D'indignes citoyens, barbares, sanguinaires,
Sans crainte des forfaits sans pitié pour leurs Itères'
Faisant voler la mort des bastions cruels,
Réduisent au tombeau ces héros immortels.
Je les vois expirans, qui demandent vengeance
Tremblez, traîtres, tremblez, votre heure aussi s'avance
En vain vous espérez recevoir du secours,
Avant ce tems la Parque aura tranché vos jours.
Ce sang de nos Français anime le courtage
Ils ont encore à craindre un plus funeste orange
Tout Paris doit périr mais il sc-ra vainqueur
Le desir d'être libre augmente sa valeur
Pour braver tous ces coups, Bellonne les inspire, •
La Clergie en murmure, et la Cour en soupire.
Mais, malgré les efforts de ces fameux tyrans,
Ils chers xr^^s ces nobles conquérons

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