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Recueil des pièces, tant en vers qu'en prose, qui ont paru à l'inauguration de la statue de S. A. R. Mgr le duc Charles de Lorraine et de Bar, etc., etc., etc., avec une description de toutes les fêtes qui se sont données à ce sujet, et à laquelle on a ajouté un précis historique de la vie de ce prince

134 pages
J.-L. de Boubers (Bruxelles). 1775. Lorraine, Ch.-Alex. de. In-8 °.
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Tant en Verst qu'en. Profe, qui ont parues à
l'occafion de L'INAUGURATION de la
Statue de Son ALTESSE ROYALE,
LE DU C C H A R LE S
DE LORRAINE ET DE BAR, &c. &c. &c.
A V E C UNE
DESCRIPTIO N
De toutes les Fêtes qui fe font données a
ce sujet, & à laquelle on a ajoute un Pre-
cis Historique de la Vie de ce PRINGE.
À BRUXELLES,
Chez J. L. DE B O U B ERS, Imprimeur-Libraire ,
Marché aux Herbes.
M. DCC. LXXV.
AVER T IS S E MENT
DE
L'IM PRIMEUR
AIR : Enfans de quinte ans , &c. page 40.
II'Art du Peintre & du Sculpteur,
Aux yeux de la race future ,
(En ce cas , vraiment créateur )
Des Héros transmet la figure ,
Le Poète & son IMPRIMEUR ,
Partagent au moins cet honneur :
Puifque des TITUS ,
Ils éterniffent les vertus.
Ce feul motif est, je crois, plus que fuffi-
sant pour juftifier l'impreffion qu'on offre au
Public, de ce qui a paru de plus intéreflant
parmi la quantité de Pièces de différens gen-
res qu'a inspiré le zèle le plus vif & le plus
légitime qui fut jamais.
DE SCRIPT 10 N
De toutes les FÊTES, Arcs de Triomphe, Vers,
Infcriptions, &c. qui ont paru à l'occa-
cafìon de l' Inaugaration de la STATU E
de S. A. R. CHARLES-ALEXANDRE
Duc DE LORRAINE ET DE BAR, &c.
&c. &c.
OUR donner un détail circonftancié des Fêtes
occasionnées par l' auguste Inauguration de la Statue
du Prince CHARLES - ALEXANDRE , Duc DE
LORRAINE ET DE BAR, &c. &c. je crois qu'on,
ne trouvera pas hors de propos que je remonte à
l'accueil qu'on a fait en ce pays à cette Statue, ve-
nant de Manheim, où elle a été coulée.
A peine eut-on reçu la nouvelle qu'elle étoit ar-
rivée devant le Fort Saint-Philippe, à deux lieues
au - dessous d'Anvers , fur la rivière de l'Efcaut ,
à bord de la Barque de Jean Danfart, Batelier de
la Ville de Bruxelles, que M. le Baron de Proli,
Amiral de cette même Rivière, donna ordre de pa-
rer la Frégate de Sa Majefté avec le guimple & les
bannières, & de saluer la Barque portant la Statue,
par plusieurs décharges du canon qu'elle a a bord.
Ensuite on en dépêcha la nouvelle à Bruxelles, où
a
ij DESCRIPTION
l'on fit aussitôt les préparatifs néceffaires pour la re-
cevoir , & où elle arriva le y Janvier I775, à dix
heures du matin, au fon des timbales & des trom-
pettes, & à celui de la grosse cloche de la paroisse
de Sainte Catherine, située au bord du Canal, es-*
cortée de toute la musique des Régimens qui font
en garnison dans la Ville.
Cette Barque , montée de six pièces de canon ,
en fit plusieurs décharges * & tous les Bâtimens du
port déployerent leurs pavillons.
Une grande affluence de personnes de toute con-
dition fut au-devant de cette Barque, qui avoit aussi
déployé ses guimples & ses bannières; & qui étoit
surmontée d'un étendart, où l'on voyoit les Armes
de S. A. R. avec ces mots Flamands au - dessous :
VIVAT PRINS CAREL,
Le Gouvernail étoit orné des vers fuivans :
Ont Edel Hertog hoog van ftaet,
Prins K A REL groot geprefen ,
Wart door wy heden fien ,
Hat noyt en was voor defen ,
Syn Stand-Beeld word geplant
Noyt fag men fyns gelyk ,
Lang leeft ons' goeden Prins
Met t'Huys van Oofteuryk.
DORT
A°. 1774. 3° DECEMSSR.
Et au Mat on lifoit ceux-ci :
Wy hebben met gebuld
En met een groot verlangen,
Tot Dordrecht met groot' eer,
Prìns KARELS Beeld ontfangen 2 .
Tot lof van onfen Prins,
En al wat in Bruffel fweeft.
D E S FETES, &c. iij
Sa roept nu algelyk ,
Dut anfin Prins lang leeft.
30 DECEMERS. A°. 2774.
Lorsque la Barque aborda au quai , où se devoit
faire le débarquement, l'air retentit de cris de joie ,
& l'on donna mille autres signes d'allégreffe.
Monseigneur l'Archiduc MAXIMILIEN , qui se
trouvoit dans ce moment avec plusieurs Seigneurs &
Dames de la première distinction aux fenêtres de
Pierre de Doncker, Peintre de S. A. R. augmen-
ta par fa préfence & pat les battemens de mains
qu'il fit à plusieurs réprifes, la joie qui étoit déja
dans tous les coeurs.
L'après-midi, vers les trois heures, la Statue suc
pofée fur un char magnifique ; ordonné pour cet-
te pompe , couvert d'un drap íouge galonné en,
or & garni de guirlandes. Cent & six hommes qui
avoient demandé à le traîner depuis le rivage juf-
qu'à la Place de Lorraine, où la Statue devoit être
glacée, étoient tous en uniforme neuf, habits
rouges, paremens jaunes, bonnets blancs ornés de
rubans jaunes & bas blancs : celui qui les comman-
doit étoit également revêtu d'un habit rouge ; mais
avec des galons d'or & une veste de tissu brodé-
La marche étoit ouverte par un détachement de Dra-
gons de Saint -Ignon, & fermée par une Compa-
gnie de Grenadiers. Des Dragons entourroient le
char , qui étoit précédé de timbales, de trompettes 1
de la musique , & d'une foule prodigieuse de monde
qui bordoit les mes, où l'on n'entendoit que des
cris de vive S. A. R.
Le Prince & Monseigneur I'Archiduc MAXIMI-
HEN , étoient aux fenêtres, lorfque ce joyeux cor-
tége paffa devant le Palais de S. A. R. qui ne put
s'empêcher d'y être sensible ; & l'on remarqua même
a ij
iv D E S C R I P T I 0 N
que la joie du peuple augmentoit encore, a la vue
de celui qui en étoit l'objet : ce qui excita dans l'ame
de ce Prince les plus vifs fentimens de tendreffe
Mais ces démonftrations de zèle & d'attachement de
nos concitoyens, n'étoient encore qu'un Prélude des
Fêtes brillantes qui se préparoient pour le jour de
l'érection de sa Statue.
Le 9 du même mois, S. A. Monfeigneur le Prince de
LIGNE donna un dîner splendide à tous les Cs. du
rivage, qui ayoient traîné la Statue : le spectacle
plaisant de cette Compagnie en uniforme, attira un
grand nombre de spectateurs. Avant & après lé re-
pas les Cs. formèrent plusieurs ballets, & se reti-
rèrent dans le plus grand ordre , en donnant mille
bénédictions a ce généreux Prince.
La veille de la folemnité, à 8 heures du foir, on
sonna la grosse cloche de la Collégiale de Sainte Gu-
dule, gour annoncer au peuple qu'il y auroit une
messe folemnelle le lendemain, pour remercier le
Très-Haut d'avoir conservé S. A. R. jusqu'à cet heu-
reux jour, & pour le supplier qu'il daignât la con-
server encore longtemps , pour la satisfaction de notre
gloire de notre Patrie.
Le jour de la folemnité, toute la garnison fe mit
sous les armes, ce que firent auffi le Serment de S.
Sébastien , les dix Compagnies bourgeoifes, augmen-
tées d'une Compagnie de Grenadiers , tous en unifor-
me , ainsi que les Huffards, Dragons & toute la Maré-
chaussée , tant pour parader que pour garder les ave-
nues , rues & places publiques, le tout en bon or-
dre. A une heure après-midi, S. A. R. sortit de la
Cour accompagnée de Monfeigneur I'Archiduc MAXI-
MILIEN & de toute la Nobleffe pour se rendre à l'Hô-
tel du Comte de Mérode, vis-à-vis de la Place Lor-
raine. Aussitôt on fonna la grosse cloche de l'Ab-
D E S F E T E S, &c. v
baye de Coudenberg, Paroiffe de la Cour, pour
annoncer la venue de S. A. R. Dès qu'elle se fut
placée à la fenêtre, le fuperbe, pavillon, élevé au
milieu de la Place, tomba, & laissa la Statue à dé-
couvert. Ce fut alors que tous les yeux, avides de
la contempler, purent se repaître de ce chef-d'oeu-
vre de l'art.
La Statue étant découverte, on fit une décharge
de la moufqueterie , enfuite les canons du rempart
donnèrent le signal, & dans l'inftant toutes les clo-
ches de la Ville fonnèrent, ( ce qui avoit été de-
mandé de la part des États. ) S. A. R. voyant la
Statue découverte & la joie des habitans & d'un
peuple innombrable, qui étoit acçouçu de toutes
les Villes, çirconvoifines, criant comme à l'envi :
Vive S. A. R. elle en fut si touchée qu'elle ne put,
dit-on, retenir ses larmes.
S. A. R. descendit ensuite pour aller voir de plus
près la Statue , accompagnée de Monfeigneur l'Ar-
chiduc MAXIMILIEN , des Seigneurs & Dames de
la Cour & des États , & fut complimentée par
ces derniers., qu'il, remercia avec toute l'affabilité
dont un coeur, tel que le sien est capable. On tripla
les décharges de la moufqueterie & du. canon, &
les cloches de la Ville continuèrent de sonner pen-
dant une heure.
La passage de l'Hôtel de Mérode jufqu'au treillis
de la Place étoit bordé d'une double rangée de Gre-
nadiers, de même que l'extérieur de la Place de
Lorraine ; le treillis étoit gardé par une double
garde bourgeoife, & le reste de ces Compagnies
bordoient l'enceinte de la Place.
Lorsque S. A. R. arriva, on présenta les armes :
la grande bannière qui avoit été mise au bout, du
a iij
vj DESCRIPTION
mât de la Barque sur laquelle la Statue étoit arrivée,
& qui étoit plantée de l'autre côté de la Place, fut
baissée, & on fit avec tous les drapeaux déployés,
les saluts ordinaires, on battit la caisse , tous les ins-
trumens jouèrent, les timbales & les trompettes don-
nerent des fanfares ; & il n'y eut pas jufqu'au ca-
rillon de l'Abbaye qui ne se fit entendre ; tout
retentiffoit de cris d'allégreffe.
Cette Cérémonie finie, S. A. R. , Monfeigneur
l'Archiduc MAXIMILIEN , les Seigneurs & Dames,
de la Cour, & les Etats s'en retournèrent dans le
même ordre à l'Hôtel de Mérode , où S. A. R.
monta en voiture pour se rendre chez le Prince de
Shtaremberg,. Ministre plénipotentiaire de S. M. qui
avoit fait préparer un magnifique repas, auquel fu-
rent invités tous les Miniftres étrangers, & toute
la première Nobleffe.
Avant que de s'y rendre , S. A. R. vit défiler les:
Grenadiers, les dix Compagnies Bourgeoifes, deux
Bataillons du Régiment de Murray qui avoient para-
dé ; & après le repas elle fe rendit à la Salle de la
Comédie , où l'on repréfenta la. Fête du Caur, &c.
& où il y avoit une affluence de monde, de même
que dans les rues par où elle devoit passer pour s'y
Tendre, & ce ne fut par-tout que des redoublemens,
de vive S. A. R.
La superbe, façade de la Comédie , celle de l'Hô-
tel des . Monnoies , ainsi que les édifices adja-
cents étoient illuminés par plusieurs milliers de lam-
pions ; & dans toute la Ville il fembloit que le so-
leil , qui de ce jour d'hiver en avoit fait, comme
par miracle , un d'été , il fembloit, dis-je, que te
foleil ne se fût retiré que pour faire place à la plus
Brillante de toutes les nuits.
La Comédie finie , S, A. R. se rendit à la
DES F E T E S, &c. vij
Maifon-de-Ville , toujours accompagnée de Monfei-
gneur l'Archiduc MAXIMILIEN , & suivie de toute
la Nobleffe du pays, où l'on servit un fouper digne
de la magnificence de Meffeigneurs les Etats, Il y
avoit trois grands fallons décorés dans le dernier
goût ; quatorze grandes tables & plus de 1400 con-
viés ; les Dames étoient affifes & les Cavaliers de-
bout. Je supprime le détail de cet élégant festin , plus
ennuyeux pour un lecteur que pour des convives :
je dirai feulement que plus de trois cens personnes
avoient été employées à le préparer , & que les
Magistrats. & les principaux des Villes de Louvain &
d'Anvers y furent invités.
Quant au dessert , il repréfenroit toute la Fête ;
on y servit toutes sortes de vins, & , pour la com-
modité des tables, il y avoit différens buffets.
Elles furent fervies par deux cens Grenadiers ; &
le fouper, lorfque les tables furent enlevées, fut fuivi
d'un grand Bal, où danferent, non-feulement la plus
grande partie des conviés, mais auffi ceux qui avoient
eu des billets d'entrée ; & tout s'y passa dans le plus
grand ordre.
Pendant toute Ia nuit on fervit des rafraîchiffe-
mens à ceux qui en voulurent , & le Bal finit au
matin.
Les falles étoient illuminées par des milliers de
bougies , pofées, ou fur des pyramides dans chaque,
coin, ou fur une infinité de luftres , qui pendoient au
milieu, ou. enfin fur des bras, qui garniffoient les
vuides de l'architecture ; & toutes les avenues & les,
communications l'étoient de même.
Dans chaque salle il y avoit une orchestre compofée,
des plus fameux Muficiens de la Ville, qui exécu-
tèrent pendant le souper divers Concerts, & où ils
refterent pour le Bal.
viij DESCRIPTION
L'extérieur de la Maifon-de-Ville répondoit,. par.
sa décoration, au brillant de l'intérieur. Sa façade
sur la grande Place, étoit ornée dans toute fa lar-
geur d'arcades, avec des guirlandes dans le milieu »,
fur ces arcades regnoit une balustrade à l'antique ».
surmontée de vases. Le milieu repréfentoit un
grand portique dans le même goût,, le tout peint
artistement & décoré de. même , & plusieurs milliers,
de lampions régnant autour de l'architecture, fai-
foient tout diftinguer comme en plein jour.
Vis-à-vis de l'Hotel-de-Ville est la Maifon du
Roi, autrement dite Broodt-huys, dont l'illumina-
tion n'étoit pas moins superbe. Sa façade étoit dé-
corée d'un superbe Arc de Triomphe surmonté d'un
Obélisque , dans le milieu duquel se voyoit le Chiffre,
de S. A. R. composé de différentes fleurs ; fur le por-
tique il étoit un fond en rond, où le Bufte de
S. A. R. peint en tranfparent, étoit porté par des
Génies, & soutenu par la Juftice & Ja Prudence.
Au dedans des arcades il y avoit des Trophées de
guerre en forme d'emblèmes, le tout en transparents ,
qui produioient l'effet le plus agréable.
Après avoir décrit les magnifiques décorations des
Places de la Maifon-de-Ville & de là Monnoie , je
ne doute point qu'on ne soit curieux d'apprendre
ce qui s'eft fait à la place de Lorraine , où l'on
s'attend bien qu'on aura cherché à se signaler éga-
lement.
Quatre Arcades formoient les quatre coins de la
Place d'où couloient deux fontaines de vin , les
tines de blanc, les autres de rouge. Au long des
Arcades s'étendoit de chaque côté une boiserie
très-bien peinte, de la hauteur de 5 pieds, & fur-
montée de près de cent Vafes avec leurs grands lam- .
pions. Plus de douze mille petits lampions éclairoient
ces Arcades, fur lesquelles il y avoit diverses fortes
DES F E T E S , &c. ix
d'inftrumens, qui n'ont cessé de donner des féré-
nades pendant une grande partie de la nuit.
Autour de la Statue de S. A. R. il regnoit un
Treillis de la hauteur de deux pieds & demi,
garni de lampions, de même que fur les degrés,
pour monter au Piédeftal, fur lequel font gravées ,
devant & derrriere, les infcriptions suivantes.
Sur le devant:
CAROLO ALEXANDRO
Lotharingia & Barri Duei
Supremo.
AE quitum Teutonicorum Magistro.
Pro MARIA T H E R E S I A A U G.
Belgii Proefedo.
Optimo Principi.
Patries Delicio.
Sur le derrière
Quod per lustra quinque
Sacris exultis legibus ecquis fancitìs
Agrìs ereâis excitatis artibus
Commercio propagato, perpétua rerum
Copia procurata :
Publicam felitciatem afferuerit.
Ordinis Brab. grati posûere.
Anno M. D, C C. L XIX.
ILLUMINATIONS , Chronographes, Vers & Inscriptions
de chaque particulier qui ont orné leurs Hôtels &
Maifons.
L'Hôtel de Mérode étoit illuminé en lampions,
conformément l'architecture du bâtiment.
x DESCRIPTION
L'Abbaye de Caudenberg a témoignée son ardeur
& son zèle à l'occasion d'une époque aussi mémo-
rable par des illuminations extraordinaires , d'un,
genre & d'un goût nouveau, dont l'exécution &
l'effet ont été généralement applaudis. Vis-à-vis de
la porte d'entrée de cette Abbaye au fond de la cour »
étoit représenté en perspective & en transparent ,
le Temple de la Vertu & du Mérite, d'un ordre
Ionique, de trente pieds de hauteur fur 2.8 à 2.9,
de largeur ; au milieu de ce Temple étoit dressé, fui
un piédestal, la Statue de S. A. R. avec cette Ins-
cription sur le fronton, qui terminoit cette archi-
tecture : Virtuti meritisque dicatum.
Dans les cinq fenêtres de la façade de l'Abbaye
vers la rue, étoient posés cinq Transparents. Celui,
de la fenêtre principale, au milieu de cette façade,
représentoit les Armes en plein de S. A. R, soute-
nues par deux aigles, ornées de la Croix de Lorraine.
Du côté droit de la façade, dans la fenêtre, d'en,
haut , étoit représenté un aigle avec la Croix de Lor-
çaine & cette devise ; His sub alis. Dans la fenêtre
inférieure, dumême côté, se lisoit cette inscription :
ÇAROLO ALEX, LO THA RING IC O,
Belgii preefecto
Bene, diu, praclare de Repub. promerito
Quum curantìbus patrice patribus
Prinçipis optimi
Çujus in Belgas bonitatem. an amorem
Certe utrumque revends
Statua in publico ereBa
Inter altos exultantis populi
Voces plausus vota
Feliçia ad.regiminis ceternitatem^
Kadenberga gratulabunda,
D.
D E S F E T E S, &c. xj
De l'autre côté de la même façade, dans la fe-
nêtre supérieure, étoit représenté le Lion de Bra-
bant, tenant la Croix de l'Ordre Teutonique, sur-
montée des armes de Lorraine, avec cette devise
fortior inde. Plus bas étoit cette inscription :
Principi Statori
Belgarum amori & delicio
Quem ut Deus opt. max. pari benignitat
Qua sua illum pròvidentia patria dédit
Salvum sospìteni florentemqué cum Repub.
Ad Imperii felicitatem
Perenni monimento testatam
Diutissme praflet & conserves
Fefias inter acclamationes
Publics, privatimque
Kaldeenbergenses dedicatiffìmi.
P. P.
La nouvelle tour de cette Abbaye étoit entière-
ment illuminée en tramsparens : les cinq fenêtres au
sommet de la tour contenoient le chiffre de S. A. R.
qui entrelassoit la Croix de l'Ordre Teutonique &
celle de Lorraine. Dans les dix arcades quâ forment
le contour de la tour, étoient dix emblèmes, cha-
cun avec sa devise & son inscription.
Le premier, qui représentoit le chiffre couronné
de S. A. R. porté par plusieurs coeurs unis, avoit
pour inscription : CAROLO Statori ; & pour devi-
se : Portatur unitis.
Le second étoit un miroir entortillé d'un serpent,
symboles de la prudence ; son inscription étoit : Prin-
cipi optimo ; & sa devise ; His Armis.
Le troisième, représentant un phare ou fanal al-
lumé , portoit pour inscription : Belgi proefedo ; &
pour devise : Salitti publicae
Le quatrième étoit un C. qui est le chiffre de
xij D E S E R I p T I O N
S. A. R. formé par un arc-en-ciel, avec cette ins-
cription : Patries Patrie ; & cette devise : Inde secure
L'inscription du cinquième emblème étoit : Reli-
gionis cultori. II représentoit un autel avec le chiffre
de S. A. R. au milieu, sur lequel étoit polie la
Croix de l'Ordre Teutonique avec cette devise :
Fulcit & ornat.
Le sixième, représentant une couronne de lau-
rier , avoit pour inscription ; Litterarum Mcscenati ;
& pour devise : Débita Parnasso.
Le septième portoit l'écoile polaire, dans laquelle
étoit le Chiffre de S. A. R. avec cette, inscription :
Scientiarum Promotori ; & la devise étoit : Cynosura
nobis.
Le huitième avoit un bouclier sur lequel étoit
représentée la Croix de l'Ordre Teutonique entre-,
lacée du Chiffre de S. A. R. avec cette inscription ;
Artium Fautori ; sa devise étoit : Teutamen & umbra,
L'inscription du neuvième emblème, qui repré-
sentoit la Croix de l'Ordre Teutonique entrelacée
du Chiffre de S. A. R. & portée par des coeurs en-
flammés, étoit : Belgarum Amorì ; & la devise : Ex-
tingui nescia.
Au dixième, qui représentoit un soleil, on lisoit
pour inscription: Cunctorum delicio; &pour devise:
Omnibus idem.
Devant les fenêtres d'une maison tenante à l'Ab-
baye de Caudenberg, se lisoit dessous le portrait de
S. A. R. couronné par des Dieux.
Ce grand Prince est au rang des Dieux,
Eux-mêmes lui rendent hommage ,
Çomme au miracle de notre âge.
Cherchez son pareil sous les Cieux.
Dessous ses Armes étoit :
CHARLES A MERITÉ NOS COEURS,
DeS F E T E S , &c. xiij
ET DE NOTRE PARTIE TOUTE JOIE ET TOUT
HONNEUR.
Des deux côtés , dessous des Trophées de guerre.
Il est par ses vertus digne du Diadême.
Sur tout ce qu'il approche , il répand le bonheur;
De l'être qui peut tout dif imitateur ;
Et seul il suffit à lui-même.
L'Hôtel de M. le Comte De Sart, ci-devant Dé-
puté de Mgrs. les Etats de Brabant, étoit illuminé
d'un millier de lanternes jaunes & rouges, disposées
suivant l'architécture de sa façade , ce qui offroit une
Vue charmante.
L'Eglise des Révérends Pères Carmes Déchaussés ,
comme aussi la vaste étendue de l'Hôtel du Duc
d'Aremberg , étoient illuminées de plus de dix mille
lampions disposés suivant l'architécture de ces bâ-
timens : ce qui formoit le coup-d'oeil le plus char-
mant & le plus agréable par la diversité des lu-
mières.
Dù côté des Carmes déchaussés, étoient les Chro-
nographes suivans :
CIVIUM UBIQUE DELICDE
DELICIARUM AUCTORIS INAUGURATIO,
AIMÉ, ADORÉ, CHERI, QUI PLUS TE REVE
QU'AREMBERG , CROY.
De l'autre côté :
VTVE , VALE , DIU , CHARISSIME PRINCEPS.
LOTHARINGIORUM BENEFICO DU CI, VOVEBANT
ARENBERGI.
PRINCE CHERI , NOTRE JOYE NOTRE HOMAGE ,
DE TES VERTUS SONT L'OUVRAGE.
Au dessus de la porte.
1 DECUS I NOSTRUM FELICIBUS UTERE FATIS,
Virg. lib. VI.
XIV D ES C R I P T I O N
Sur le Grand Sablon , l'Hôtel du Ministre de»
États d'Hollande étoit illuminé par trois portiques
remplis de lampions.
Plus bas vis-à-vis la fontaine étoient les vers suivans :
Nominis ante fui venient oblivia Belga ,
Ouam pereat pietas pectore vestra Ducis.
Brabançons vertueux, Illustres sénateurs ,
Pour CHARLES votre amour , pour CHARLES vos
hommages
Vivront chez nos Neveux, éteindront tous les âges.
Pénétré de vos Voeux & sensible aux honneurs
De cet Aujuste jour, ce Héros magnanime,
Jure fur ses hauts faits , dans l'ardeur qui l'anime
De graver dans son coeur, au coin de l'affection ,
Le culte du Sénat en aimant la Nation»
Solus adest nobis CAROLUS, quo dignior alter,
Nec pietate fuit, nec gentis major amore.
Citoyens fortunés ides Princes de la terre,
Vous avez le meilleur qu'en tous lieux on révère.
Quel mortel mieux que lui, fans feinte & sans détour,
Sut mériter vos coeurs en gagnant votre amour ?
In vanum seriet CAROLUM sors, grata vovere,
Perpetuos Mi pectora nostra dies.
A quoi bon tes efforts , ô fort inévitable !
Pour nous ravir un jour par tes lèveres loix,
CHARLES le bien aimé, ce Prince incomparable,
Tendre ami du berger, digne émule des Rois ?
Nous rirons de tes coups : CHARLES couvert de
gloire,
S'est construit dans nos coeurs un temple de mémoire»
Vive SON ALTESSE ROYALE !
DES FETE S , &c. xv
Le Comte de Rommerswael, Député de Messei-
gneurs les États de Brabant, avoit élevé un arc de-
vant son Hôtel , situé dans la rue de Rollebeque,
qui étoit totalement illuminé.
Le Comte de Duras, aussi des mêmes États, avoit
placé au-dessus de sa porte la Statue pédestre de S.
A. R. fous laquelle on lisoit l'inscription suivante :
II est encore gravé dans notre coeur
LE 27JANV. 1775.
Et plus bas:
Duc CHARLES - ALEXANDRE DE LORRAINIÙ
Sur la maison ayant pour enseigne le Roi des
Romains, se lisoit :
Vive le Roi des Romains !
Vive le Prince CHARLES de Lorraine !
Dans la rue de l'Empereur, chez un Marchand
de bas :
CÀROLO ALZXANDRO BELGI PRAEECTO
AC PATRIAE. PATRI APOTHEOSI-ATQUE ERECTA
STATUA CONDECORATO.
Au commencement de la rue de la Magdelaine.
Vive le bien aimé Prince CHARLES,
Et la Famille Royale !
Dans une maison un peu plus bas, se voyoit un
Coeur, autour duquel étoient enchaînés plusieurs
Coeurs.
Belgarum eeterno sibi corda revinxis amore.
Chez l'orfevre Fonson.
CHARLES , en ce jour heureux ,
Est mis ait rang des Dieux.
MONSEIGEUR CHARLES DE LORRAINE JE VOUS
SALUE TROIS FOIs.
BRUXELLAEES CAROLUM PICTURA, CELEBRI-
BUS AULIS.
VIRTUS PRINCIPIBUS TOTI LAUS EXHIBET ORBI.
xvj D E S C R I P T I O N
Vis - à - vis chez le brodeur de Becker, sous les-
Armes de S. A- R.
O Prince ! contemple un peuple heureux ,
Qui va placer ce bronze au Temple de Mémoire-
Et transporte à ses arriéres neveux
Ton Portrait, tes Vertus , ton Amour & ta Gloire.
Chez le Sieur Ydens, marchand de galons.
Nestor évadas
CAROLE vive diu Belgis, sissospes in AEva
Hcec tibi de Calis vota benigna damus,
Laudat imago virum
Te pari ter vivax quoque post tua fanera virtus
CAROLE laudatrix non moritura feret
Crux fovet & nutrit.
Austria tu genitrix quoque tu Lotharingia nutrix
Praebuìt aima sinus , ubera & Ma dabit.
Ecce triumphus.
In menio lanoe fit fillaba prima triumphi .
Quisque odit CAROLUM corruat in médium.
Plus bas chez le Sr Fournier , marchand de modes.
Prince , si Von m'eût consulté ,
Pour t'élever une Statue ,
En Bronze on ne l'eut point fondue ,
Mais d'or massis elle, eut été.
C'est bien ainsi qu'elle étoit due,
A ta justice , à ta bonté.
Tout ce qu'on peut ,
Non ce qu'on veut.
Mais qui pourroit,
Ce qu'il voudroit,
Pour CHARLES encore trop peu seroit !
Dans la Berghstraete, joignant la Chapelle de été
Anne, étoit tendu au travers de la rue , un Emblè-
me,
D E S FÊTE S , &c. xvij
me, représentant d'un côté lès Armes de Brabant,
entouré de coeurs où l'on voyoit le nom de CHAR-
LES imprimé , & on lisoit dessous :
Carel den Goeden dodr Brábanders verkeven,
Zal ten eeuwigen dagen, in hun herten erleven. .
De l'autre côté l'on voyoit les Armes de Flandres
entourées de même, & au bas :
Is Carel den Goeden door Vlaend'ren niet verheven ,
Hy nogtans ook altyd Jal in hun' herten leven.
Chez lé Libraire Vleminckx, fur le Marché aux
Herbes.
Chéri de tes enfans ,
Ta mémoire respectable,
Vìvta, Prince adorable,
Dans les caurs des Flamands.
Chez J. L. de Boubers, Imprimeur-Libraire , au
même endroit, on voyoit deux rangées de lanternes
en papier , sur chacune desquelles étoit une lettre,
qui étant toutes réunies, formoient l'inscription sui-
vante :
CAROLO Magno erexerunt corda nostra.
Ce qui étoit surmonté d'une Croix de Lorraine,
aussi en lanternes , couleur de feu, formant ua
très-bel effet.
On voyoit chez Overman , Marchand, en face du
Marché au Fromage, une espèce d' arc illuminé par
plusieurs lampions, & dont le portique étoit sur-
monté de la Croix Teutonique, & plus bas cette
inscription.
Carolo Alexandro Lotharingioe Duci
Principi Regio
Austriacorum Exercuuum Fortissimo
xviij D E S C R I P T I O N
Imperatori
Ausltiae & Bohemiae bis quondam acerrima
Vindici
Nunc Belgii Austriaci Moderatori
Populari
Humanitatis Ornamento
Patrice Pareti.
Optimo
Amori Populorum
Maxima ,
Erecto externes Pietads Monuméntos
Chez l' Apothicaire Stas, près des trois Jamboris.
EFFIGIEI DUCIs ERECTIO , ARCHIDUCIS
COADJUTORIS
PRESENTIAE HABITANTIBUS RADIX TRIUMPHI
SICUT AENEUS ITA FORTIS DECLAMANTI VIVAT.
H^EC STATURA, EST FIGURA , EXCUBANTIS
PRINCIPIS ,
HAEC MENSURA DURATURA, SIT AMORIS
INDICIS.
Les Révérends Pères Récollets avoient illuminé leur
porte qui donne en face de l'Eglise de St. Nicolas.
Au milieu on lisoit :
Inaugurationi Statuée CAROLI ALEXANDRI Prin-
cipis magni Minores applaudunt.
Chez le Sr. Jprez , Libraire.
Sunt artes varice , sunt Jura & norma regendi
Bella gérant alii ; tu, C A ROLE , pace triumpahas.
Tu bonitate Régis , tu bonitate béas :
CAROLE , tu solâ populos bonitate gubernas.
Crédite mortales, Jecum rapit omnia tempus :
Sed meus in CAROLUM non rapietur amor.
En montrant le Grecht l'on venoit à la maison du
D E S F E T E S, &c. xix
Sr. Van den Hove , Apothicaire, qui avoit élevé de-
vant sa porte, une belle Arcade tout en transparent ;
& devant le Couvent de Berlaimont il y en avoit une
à peu près, dans le même goût.
Au coin de la Bergstraete, on avoit suspendu
entre deux maisons une couronne, où l'on voyoit
en dessous la Renommée & plus bas la Couronne de
Lorraine & ces lettres.
( A )
L E X
A
N D R
E
A la maison du Sieur Gillyn , dans la même rue
étoit représentée la Statue , & plus bas :
Vive donc SON ALTESSE ROYALE
Erigée sur un Piédestal.
Sur le grand Perron de l'Eglise Collégiale de Sainte
Michel & Gudule , étoit placée une très-belle Arca-
de en transparent, & tous les degrés étoient illu-
minés par des lampions, ce qui faisoit un fort bel
effet.
Au commencement de la Montagne de la Cour,
à main droite:
CHARLES dont les Flamands honorent la vertu,
Etoit dans notre coeur avant cette Statue»
Dans mon coeur sincère & vrai,
Depuis long-temps votre nom est gravé.
Amis , goûtons tous un plaisir sincère ,
L'on dresse une Statue à notre Père.
A gauche, chez un Peintre ; étoit placée la Sta-
tue , & on lisoit :
Amour de la patrie,
xx DESCRIPTION
Dieu te conserve en vie!
Accordez-nous par don,
Votre- protecton.
Aimons-nous, Voisins,
Et louangeons fans fin,
Avec grande allégresse,
Cette illustre Altesse,
Dont voici la Statue ,
Pour la gloire de lui.
La Statue de Pigmàlion ,
Lui donna grande impression
D'amour, mais pas si pur & grand ,
Que la vôtre à vos fidels Flamands.
Près du Palais de S. A. R. chez un Cordonier t
on lisoit:
PMINCE chéri de Dieu.
Chez le Sieur Pariset, aide de cuisine de S. A. R.
étoit placé l'arbre généalogique' du Prince , les Ins-
criptions suivantes :
CA R O L O ALE XA N D R Q
' 'Ordinis Teutonici
Supremo
Artium primaruni
Prìncipi
Artificibusque
Faventé
Maximis ac minimis
Dilectissimo.
Pater patrioe & delicium resislit immota.
Est patrum virtus sic volucres Du.
AE quitas inexpugnabilis ipsa sibi prétium virtus.
Un peu plus haut au-dessus de la porte d'une mai-
son , on lisoit :
DES F E T E S, &c. xxj
CAROLUS ALEXANDER SIT VESTRA GLORIA SIT
LUX.
DECUSQUE eUu'CT-ffi URBI BRUXELLENSI.
LES LONGS JOURS DE NOTRE CHÉRI PRINCE ,
SOYENT A PRÉSENT LA GLOIRE & L'ECLAT DE
BRUXELLES.
PRERE JEAN JE VIENS DE LA SAVOYE ,
IN CE PAYS A BRUSSELLES RETENTIRMA JOIE.
Pour ne pas ennuyer, je me restreins a dire que
toute la Noblesse & les Bourgeois ont témoigné,
dans cette circonstance , non-feulement leur joie ,
mais leur amour pour le Prince, par, tout ce qui a
dépendu d'eux ; presque toutes les maisons ont été
illuminées , foie de flambeaux, ou de lanternes,
ou de lampions, ou tout au moins de chandelles ,
suivant les divers moyens; qu'il y a eu Bal gratis
à la Salle de la Comédie de la part de Mgrs les
Etats; & que le Prince de Ligne en a donné un
chez lui.
Le Vendredi, 20 de Janvier, l'on donna Comédie
gratis, où se trouva S. A. R. Tous les Cs du riva-
ge furent placés au Parquet, òù on leur distribua
deux tasses de punch à chacun : & pour terminer
les Fêtes, les Membres du Concert Bourgeois , vou-
lant éterniser la mémoire de l'érection de la Statue
de S. A. R. leur protecteur , donnèrent le Mardi
suivant, à leur Salle, rue de Bavière , un grand
Concert. L'intérieur de la Salle fut décorée dans le
dernier goût ; le dehors illuminé & la Façade ornée
d'une Arcade d'ordre composé d'illuminations. Dans
le milieu étoit placé un Tableau de la hauteur de
douze pieds, peint par Mr Lens, représentant un gé-
nie devant un autel de marbre blanc , orné de fleurs,
élevant les yeux & les mains vers le Ciel, en lui
b iij
xxij D E S S R I P T I O N
offrant tous les voeux de la nation, pour la conser-
vation & la prospérité de S. A. R. ce que Dieu leur
veuille accorder !
Une société de Bourgeois , désirant montrer la
part qu'ils prennoient a l'allégresse publique, don-
nèrent le a Février, jour de la Purification , un Bal.
à la Maison du Roi, dite Broadt-huys. Le fron-
tispice étoit décoré d'une illumination de lampions,
artistement placés , & qui , malgré la violence du
vent, ne laissèrent pas de faire un fort bel effet.
Au - dessus étoit placé un tableau transparent re-
présentant la Statue de S. A. R. sous lequel on
lisoit les vers suivans , faits par. M. Compain :
CHARLES, dans nos coeurs seuls on voit bien ton
image ;
Tes vertus, ta belle âme y sont peints traits pour-
traits.
Notre félicité, GRAND PHINCE , est ton ouvrage;
Et notre amour, celui de tes bienfaits.
A chaque côté on voyoit un tableau aussi en trans-
parent , dont l'un représentoit les attributs du Com-
merce , & l'autre ceux de l'Agriculture. Ils avoient
pris la liberté d'y inviter Leurs Altesses Royales,
le Ministre Plénipotentiaire, le Duc d'Aremberg,
le Prince de Ligne & tous les Seigneurs & Dames
de la première considération , qui ont daigné tous
honorer de leur présence ce divertissement. Leurs
Altesses Royales s'y rendirent à II heures, & re-
çurent en entrant chacun un bouquet de fleurs na_
airelles fait en forme de coeur , que leur présente-
rent deux enfans vêtus en Amours. Ensuite un des
Directeurs fit à Mgr. le Gouverneur - Général un
compliment en vers François, suivi d'un Vaudeville ,
chanté par les Bourgeois, ( qui seront ci-après in-
férés. ) Alors le Bal commença dans deux salles de
xxv
D I S C O U R S
Sur rinauguratíon de la STATUE de S. A. R.
le SÉRÉNISSIME DUC CHARLE S-
ALEXANDRE DE LORRAINE ET
DE BAR , Gouverneur-Général des Pays-
Bas Autrichiens, &c. Sec. &c.
AVERTISSEMENT.
E N donnant au Publie cet opuscule, nous avons
annoncé que nous, sentions tout le poids. &, toute la
difficulté de notre entreprise. Nous ne nous Jommes
enhardis que par le pressentiment que nous avions du
plaisir & de l'attendrissement qu'éprouveroient les coeurs
sensibles, à la vue d'un tableau racourci, qui leur
rappelleroit les principaux faits du modèle Auguste
qu'ils adorent. Si le sujet s'est trouvé bien au-dejsus
de nos forces, il ne s'est point trouvé au-destus de nos
efforts & de notre zéle.
L'adulation n'est entrée pour rien dans nos louan-
ges. Nous n'avons rien donné à nos idées particulie-
res. Les Historiens que nous avons cités dans le corps
de l'ouvrage, sont les garans des faits qui s'y trouvent.
Nous n'avons point fait un seul pas qu'à l'ombre de
leurs atles. Si nous nous jommes trompés , c'est d'à-
pris eux. S'ils se font trompés eux-mêmes, c'est qu'il
est très-difficile de démêler la vérité dans des faits ,
qui presque toujours , sont obscurcis par les intérêts ,
les passions & les préjugés de ceux qui les racontent.
Sensibles aux applaudissemens que des personnes
également distinguées par leur rang & par leurs lumiè-
res , ont bien voulu donnera nos foibles essais, nous
xxvj A VE R T I S S E M E N T.
avons profité avec la plus vive reconnoissance de leurs
observations judicieuses..
Quant à la critique de cette classe d'hommes, dont
la lourde manie est de dénigrer impitoyablement tout
ce qui voit le jour, nous la laissons se replonger d'el-
le-même dans l'océan de ténèbres , où elle s'admire &
se plaît avec ses auteurs. Nous ne craignons point
de dire à ces Zoiles modernes, qui fans cesse bé-
gayent à la porte du Temple du Dieu du Goût, des
Sciences & des Arts .....
Vous y venez pour fronder notre Dieu ;
Contentez-vous de ne pas le connoître.
VOLTAIRE.
I N S C R I P T I O N S,
I,
CAROLO ALEXANDRO
LOTHARINGIE ET BARRI
S UER E MO
EQUITUM TEUTONICORU M MAGISTR.
PRO MARIA THERESIA AUG.
BELGII PRAEFECTO
OPTIMO PR I N CI P I
PARTIE DELICIO.
2.
Q U O D P E R LUSTRA QUIINQUE
SACRIS EXCUITIS LEGIBUS
AEQ UIS SANCITIS
AGRIS ERECTIS EXCITATIS ARTIBUS
COMMERCIO PROPAGATO
PERPETUA RERUM COPIA PROCUURATA
PUBLICAM FELICITATEM ASSERUERIT
ORDINES BRAB. GRATI POSUERE.
ANNO M. DCC. LXlX.
xxvij
DISCOURS
AMESSEIGNEURS les Prélats, Nobles , &
Députés des Chefs- Villes , représentant les
trois États du P ays & Duché de B RAS AN T.
MESSEIGNEURS,
Ous les Peuples appplaudissent d'une voix una-
nime au grand spectacle que vous donnez à la terre-
Spectacle frappant & nouveau pour elle ! Monument
éternel de reconnoissance & d'amour ! Dessein su-
blime qui ne pouvoit être concu , & exécuté que par
des âmes élevées, sensibles & généreuses!
Cette Pompe solemnelle retrace à nos yeux ces
jours des Fêtes que la Religion & la Politique avoient
consacrés dans la Grèce en l'honneur d'Hercule -,
cl'Archemore , fils de Licurgue , &. des autres Héros
de l'Antiquité Payenne. Elle nous rappelle l'Apo-
théose d'Auguste chez les Romains, les triomphes
de Paul-Emile & de Scipion ; ces jeux célèbres dont
le prix étoit une couronne de laurier, de pampre
ou d'olivier ; ce bel âge où l'on érigeoit des Statues
au mérite, à la vertu, où l'on abattoit des pans de
murs pour recevoir le superbe vainqueur des Jeux
Olympiques. Durant ces jours d'allégresse, le Sénat
ne s'assembloit point; les Ecoles publiques étoient
fermées ; on multiplioit les libations , les sacrifices :
le bruit des clairons, le son bruyant des cymbales
échauffoient les esprits, & répandoient l'ivresse de
la joie dans tous les coeurs : tout respiroit les plai-
sirs , la liberté, l'abondance, & rappelloit le fou-
venir , hélas ! fabuleux du siécle d'or. ( a )
( a) Lisez la Mythologie de l'Abbé Banier, huitième volume.
xxviij DISCOURS.
Mais ces Fêtes , préparées par ce Peuple vainqueur
des plus grands Rois, furent toujours troublées par
le bruit des chaînes & par les gémissemens des cap-
tifs : souvent elles firent frémir la nature & l'huma-
pité ; souvent le sage consterné rougit & leur refusa
ses regards.
Un spectacle bien différent rassemble aujourd'hui
tous les Citoyens. Les trophées de CHARLES-
ALEXANDRE, images de ses victoires , font voi'és
par l'olivier de la paix : les hommages qu'il reçoit
font le tribut du coeur & de la sincérité, & non
point celui de l'esçlavage & de la servitude. Les Pro-
vinces des Pays-Bas , fortunées fous un règne qui
leur rappelle fans cesse la sagesse de Licurgue & la
bienfaisance de Titus , semblent suspendre leur com-
merce , leurs travaux, leurs intérêts mêmes, pour
fie s'occuper dans ce grand jour que de la gloire de
leur Prince. Leur Auguste Souveraine , Sa Majesté
l'Impératrice Reine , concourt Elle-même à la splen-
deur de cette Fête solemnelle. Elle voit, avec un-
nouveau plaisir, les marques d'amitié de /es Peuples
pour leur Gouverneur-Général, son très - cher Beau-
Frère, qu'il mérite fi bien. Elle n'approuve point
feulement le projet de la nouvelle Place , pour l'érec-
tion de sa Statue ; mais elle souhaite encore que son
Fils (Monseigneur l'Archiduc Maximiliert) en voie
la Cérémonie, afin qu'il puisse un jour mériter le même
amour des Peuples qu'il gouvernera, qui est la plus
belle & l'unique récompense des Souverains. ( b ) Que
ces expressions sublimes de la nature, du sang & de
la tendresse soient à jamais consignées dans les An-
nales de l'Univers , pour servir d'exemple à tous les
(b) Lettre de S. M. l'Imp. Reine, datée du mois de Sep-
tembre 1774.
D I S C O U R S. xxix
Monarques ! Que les cris de joie , les transports naïfs
de l'admiration, les voeux ardens de tous les ordres
dé l'Etat soient connus de nos descendans! Que la
gloire de CHARLES, Sa bienfaisance, sa justi-
ce , sa bonté, son affabilité ; que la reconnois-
sance, le respect & l'amour des Peuples qu'il gou-
verne, gravés & réunis inséparablement fur le même
Bronze, passent ensemble à l'immortalité !
Le temps qui fuit, entraîné avec lui dans fa» cour-
se rapide les monumens les mieux affermis : il n'est
point de ciment qu'il né dissoude. Lé fable couvre
ces pyramides, chefs-d'oeuvre de l'orgueil des hu-
mains , qui n'ont pu transmettre jusqu'à, nous le nom
des Souverains qui lès élevèrent. L'herbe cache ces
monstrueux colosses que Néron crut faire passer à
la postérité. Ces colysées superbes, derniers efforts
de l'architecture des Romains, n'ont pu résister à
l'injure de l'air & à la voracité des flammes. On a
perdu jusques aux noms , jusques aux traces de ces
Villes triomphales, cimentées par le sang de tant
de Peuples Et sans sortir de cette Ville, le
Palais de la Cour , la résidence ordinaire des anciens
Souverains & des Gouverneurs-Généraux des Pays-
Bas ; ce Palais qui posséda dans ses murs, à diffé-
rentes époques, sept Têtes couronnés ; ce Palais dont
l'architecture avoit près de cinq cens ans d'antiqui-
té , n'offre plus à nos regards surpris qu'un amas
de décombres & de débris dispersés ! ( c ) Mais il
( c ) L'ancien Palais, appellé , depuis son incendie , Cour
brûlée, fut commencé en 1300, par Jean II, Duc de Bra-
bant. L'Empereur Charles-Quint ; Philippe II, Roi de Na-
ples ; Maximilien , Roi de Bohême; Marie d'Autriche, Rei-
ne de Hongrie; le Roi de Tunis, Muley-Hasen ; le Duc de
Savoie, Roi de Chypre ; & la Duchesse de Lorraine, Reine
de Jérusalem, l'ont habité.
xxx D I S C O U. R S.
est un temple indestructible, que la nature éleva de
ses mains dans le coeur, de tous les hommes, & c'est
le Temple de Mémoire. La reconnoissance y retrace
d'âge en âge les grandes actions que l'ampur de l'hu-
manité & de la patrie fit faire dans tous, les temps.
Bien, plus, il semble que malgré, la fureur des guer-
res & les ravages des temps, au milieu des ruines
du monde, une Divinité se plaise à soutenir de sa
main lés monumens consacrés aux Bienfaiteurs de
la terre. Les colonnes de Trajan & d'Antonin sub-
sistent encore : on contemple avec une sorte de res-
pect & d'amour, l'Arc-de-Triomphe de Titus; & Ia
Statue de Marc-Au.rele fait de nos jours, à Rome, le
plus bel ornement du Capitole.
Ces Monumens de l'ancienne Rome que l'on voit
encore dans leur entier font, MESSEIGNEURS, un
augure certain pour celui que vous consacrez en
ce jour. Toutes les vertus se rassemblent pour en
affermir la base ; elles paroissent élever, soutenir &
garder la Statue du Héros qu'elles ont formé. O
jour mémorable ! jour heureux qui resserre les noeuds
sacrés qui lient les sujets au Prince, &. qui les tien-
nent unis & enchaînés pour jamais. !
Nation illustre & toujours passionnée pour vos
Maîtres! le Ciel surpassoit vos espérances, lorsque
versant des larmes fur les cendres de Marie-Elisa-
beth (d)., vous formiez des voeux pour la sagesse
& la douceur d'un Gouvernement qui put ressembler
au sien. L'Eternel qui couronne, éteint ou change
à son gré les Dynasties, éleva sur le Trône des Cé-
sars , cette Maison si féconde en Souverains magna-
is d ) Soeur de l'Empereur Charles VI, Gouvernante dts
Pays-Bas Autrichiens,
D I S C O U R S : xxxj
nimes & vertueux ( e ) : & le meilleur des Princes,
le Bienfaiteur de sa patrie , le Père de la vôtre,
l'Ami des Arts & de l'humanité, CHARLES-ALEXAN-
DRE DE LORRAINE , vous fut accordé. MARIE-
THERESE , du sein de son Empire , applaudit à
votre amour pour son auguste Frère : EHe forma
les mémes voeux que vous pour le long cours de sa
vie, dont les instans font marqués par autant de
bienfaits. Tous les deux vous annoncèrent, tous les
deux vous assurèrent que les mémes loix équitables ,
les mêmes foins paternels veilleroient à jamais fur
vous, fur vos enfans & fur vos derniers neveux.
Tous deux furent fidèles à leurs sermens. Des
traités solemnels & scellés de l'aveu de toute l'Eu-
rope, garantissent leurs engagemens & vos posses-
sions. Le bruit des armes ne se fera plus entendre
dans le sein de vos Villes : vos campagnes ne seront
plus le théâtre affreux des vengeances des Rois :
leurs entrailles ne seront plus déchirées par le dé-
mon des batailles. Il n'y a plus de barrière entre la
France & la Flandre : un hymen glorieux, le sang
d'Autriche uni à celui des Bourbons, assure votre
tranquillité, votre commerce, vos Villes, vos gué-
rets & vos moissons. (f)
La Nation trouve maintenant chez elle des secours
présens pour tous les états, pour tous les âges , pour
toutes les conditions. Tout est prévu, réglé par la
(e) La Maison de Lorraine fut réunie à la. Maison d'Au-
triche par le mariage du Duc Fd'ançqis-Etienbe de Lorraine ,
'Grand-Duc de Toscane, avec Marie-Therese, Archiducchesse
d'Autriche, l'an 1736.
(f) Marier Antoinette-Josephe-Jeanne, Soeur de l'Empe-
reur, mariée le 16 Mai 1770, 5 Louis-Auguste de France,
Dauphin, aujourd'hui Louis XVI,
xxxij D I S C O U R S.
prudence des Sages qui la gouvernent : tout est as-
suré par leurs foins les plus tendres, & aucun mem-
bre de l'État ne doit plus craindre de demeurer inu»
tile, oisif ou malheureux. Le commerce est encou-
ragé par la considération, l'artisan par un juste sa- 1
laire, le cultivateur par la protection, l'artiste par
les récompenses, les manufactures par les octrois &
les privilèges. D'un autre côté, la terre riche & fé-
conde pourvoit abondamment à la subsistance & à
tous les besoins de ses habitans. Bientôt tous les bras
des citoyens seront employés. On s'occupe des
moyens les plus sages pour rendre moins péniblè-
l'existence de l'indigent. Déja le Brabant & la Flan-
dre disputent aux autres Nations de la terre la gloire
de former des établissemens publics, pour rendre
moins onéreuses dans les Villes & dans les parois-
ses les importunités accablantes de la mendicité.
Leurs vues pleines de sagesse & d'humanité tendent
à conserver la vie aux hommes qui n'ont pas été
jugés assez coupables pour la perdre : elles tendent
à soustraire a l'ignominie & à la flétrissure, des sa
milles honnêtes, & déja trop malheureuses d'avoir
nourri dans leur sein des enfans vicieux.
En Angleterre, en Hollande , en France , en Ita-
lie, en Espagne, l'humanité riche a ouvert des asy-
les à l'humanité pauvre & souffrante, afin d'arrêter
les progrès & les suites effrayantes de la misère &
de l'oisiveté. Le Roi de Suéde a ordonné Tannée
derniere aux Magistrats de la Police de rassembler
les mendians qui végétoient dans les rues de Stock-
holm , de leur offrir du travail, & de donner un
refuge commode aux infirmes & aux vieillards. Lés
Etats de Brandebourg présentèrent dernièrement au
Roi de Prusse cent mille rixdalhers qu'ils avoient
de superflu : Frédéric, en les refusant, ordonna
qu'on
D I S C O U R S. xxxiij
qu'on en formât des capitaux pour prêter aux cul-
tivateurs , & que l'intérêt fût employé à l'entretien
des écoles publiques. Dans le Duché de Wirtem-
berg , on a publié une ordonnance dont la fin est
d'occuper les pauvres. Les uns font employés à ré-
parer les chemins publics , à creuser des fossés, à
planter des haies, des saules; les autres font char-
gés de la garde du bétail, du triage des grains &
des graines; Conduits par les mêmes mouvemens de
sensibilité , de sagesse & de bonne administration^
vous élevez , MESSEIGNEURS , un asyle immortel
à des milliers d'indigens , non point pour les punir
de mendier leur subsistance, mais pour les obliger
à l'habitude du travail & à se rendre utiles à la so-
ciété. On ne verra donc plus cette foule innombra-
ble de malheureux , qui ont érigé la mendicité &
la paresse en métier , & dont l'unique profession est
d'aller de porte en porte, fur les chemins publics ,
& dans, les temples, implorer la pitié de leurs conci-
toyens, affliger les passans par les cris de leur mi-
sère, les révolter par le spectacle de leurs infirmi-
tés , les vexer même par leur opiniâtreté : les ci-
toyens, les étrangers devront à vos soins leur tran-
quillité, leur sûreté; & ce monument durable est à
leurs yeux, comme il sera aux yeux de la postéri-
té , l'institution la plus glorieuse pour vous, la plus
honorable pour l'humanité, & la plus utile à la
Nation. ( g )
Peuples heureux ! il ne vous reste plus qu'à jouir
de votre bonheur. Les Muses & les Arts habitent
Sc décorent vos Cités : les fossés se comblent, les
montagnes s'applanissent, des terreins incultes, in-
(g) Les Etats de Brabant font construire une Maison de
force à Vilvorde,
xxxiv D I S C O U R S
habités , se changent en parterres agréables. Onou-
fre de nouvelles routes de communication : on cons-
truit deux vastes Places (h ) : nul étranger n'est ap-
pelle pour les embellir. Tous les ornemens qui la
décorent font une source effective de richesses pour
les Citoyens : les trésors prodigués pour ces entre-
prises immenses, ne sortent point de l'intérieur de
l'Etat : l'Artiste habile qui a su donner f expression ,
le mouvement & la vie au Bronze inanimé qui re-
présente les traits de SON ALTESSE ROYALE , avec
les attributs de sa gloire, est lui-même originaire
d'une Province des Pays-Bas ( * ) ; & avec le secours
du temps, de la patience & des réflexions, les Na-
tions voisines verront avec une surprise mêlée d'ad-
miration, exécuter des projets & des plans où bril-
leront la magnificence & le goût du siécle d'Augus-
te. C'est ainsi que rémuiation, l'industrie & l'amour
du travail, naissent sous l'empire des grandes Prin-
ces : c'est ainsi que les vraies richesses d'une Na-
tion s'accroissent par les foins prévoyants des Séna-
teurs vigilans qui la gouvernent. Ah f qu'il est doux
de vivre fous leurs Iorx ! Que leur génie connoît bien
l'art de créer des sujets heureux, de faire naître les
talens, & d'élever les âmes par le point de l'honneur
& de la gloire!
C'est cet esprit d'émulation & d'enthousiasme, MES-
SEIGNEURS , qui va caractériser tous les Citoyens.
Animés sans cesse par vos regards, exacts à suivre
vos sages conseils & à les exécuter, puisant leurs
sentimens dans vos coeurs, tous vont s'empresser éga-
lement a contribuer à la splendeur du règne de
(h) L'une située à l'endroit du vieux Palais : on la nom-
me déja, la Place de Lorraine ; l'autre à côte de la Rue-Neuve.
( * ) M. Verschasselt.
D I S C O U R S. xxv
MARIÉ-THÉRÈSE & de JOSEPH II. Ils adorene
avec vous les vertus aimables que le Ciel se plut a
verser dans leurs âmes. Membres d'un Etat libre &
florissant y gouvernés par l'autorité la plus légitime ,
par les loix les plus sages & les plus douces, ils font
entendre cette voix du coeur, ce cri si tendre de la
nature que l'amour & la fidélité peuvent seuls exci-
ter; & dans les transports de leur reconnoiffance
& de leur félicité, ils s'écrient : Que nos sermens
sont chers & sacrés ! Que nos liens font doux! Ils
ne se font sentir que par notre bonheur !
Vous mettez aujourd'hui, MESSEIGNEURS , le
comble à la félicité publique, en offrant à tous les
regards empressés l'image du. plus chéri des Princes-
Déja tous les coeurs entourent la Place où il est im-
mortalisé. Une Cour illustré & Brillante, parée de
■la présence d'un rejetton des Maisons d'Autriche &
de Lorraine, qui unit à des vertus solides les grâ-
ces touchantes du bel âgé , vient contempler son
modelé , admirer ses bienfaits, célébrer ses victoires-
C'est dans cette Placé que les jours de fêtes vont
se multiplier. Tous les Citoyens assemblés autour du
monument de leur amour, viendront se délasser de
leurs travaux, s'entretenir de leur bonheur, & for-
mer des voeux pour les jours précieux d'un Prince
qui veille sans cesse au bien de l'humanité. Lui-
même goûtera ce plaisir si pur pour les grandes
âmes , de voir des enfans heureux dans les peuples
qu'il gouverne. Les Muses & les Arts enrichis par
ses dons & par ses travaux, célébreront leur Pro-
tecteur & leur Ami dans leurs concerts : leurs fleurs
immortelles s'entrelaceront avec les palmes de leur
Héros : leurs lyres, leurs trompettes feront enten-
dre les sons champêtres d'une joie vive & pure ;
des cris d'allégresse mille fois répétés, annonceront
c ij
xxxvii
PRÉCIS HISTORIQUE
D E LA V I E
DE SON ALTESSE ROYALE'
LE S ÉR E N I S S I ME
DUC CHARLES-ALEXANDRE
DE LORRAINE ET DE BAR, &c. &c. &c.
N donnant au Public l'abrégé de la vie d'un
Prince adoré de toutes les Nations, je ne me dissi-
mule point la difficulté de la tâche que je me fuis,
imposée. Mais une satisfaction bien consolante &
bien rare vient soutenir mon entreprise : c'est celle
de n'avoir point à craindre de tenir le langage de
la flatterie & du mensonge. La vérité est le premier
hommage qu'on doit aux Grands. Un vil adulateur,
en leur prêtant des qualités louables qui leur man-
quent, ternit celles que la nature leur a données.
Le Prince Auguste, dont j'esquisse la vie, pour pa-
roître grand & digne de tous les hommages, n'a
pas besoin qu'un historien exagère, dissimule ou re-
tranche un seul trait de sa vie publique ou privée.
Son éloge ne demande que la simple vérité. Si le
tableau que je vais crayonner n'a pas le brillant du
coloris, la délicatesse des touches, le fini des traits
du pinceau, il aura du moins le mérite de la res-
semblance.
La Maison de LORRAINE est une de ces Maisons,
Souveraines dont la souche est cachée dans l'obscur
rite des temps les plus reculés. Les Historiographes
ont en vain formé depuis cinq ou six siécles diffé-
c iij
xxxiij P R É C I S
rens systèmes, & fouillé dans la poussière des titres,
pour saisir le premier chaînon de la généalogie des,
Ducs de Lorraine. Je ne tenterai point d'après eux
d'inutiles efforts. Ce qu'il y a de positif & d'incon-
testable , c'est que tous les Savans de l'Europe s'ac-
cordent en disant que la Maison de Lorraine est
issue, comme celle d'Autriche, des anciens Ducs.
d'Allemagne,, depuis Comtes d'Alsace, enfin Ducs,
de la partie de l'ancien Royaume de Lorraine, &
qu'elle a plus de sept cens ans d'antiquité,, de gran-
deur & d'illustration..
CHARLES- ALEXANDRE est le douzième en-
fant de Léppold I, Duc de Lorraine, & le dernier
rejetton de son Auguste Maison. Sa mère, Charlotte-
Elisabeth de France, fille de Philippe de France »,
Duc d'Orléans, frère unique de Louis XIV, lui.
donna le jour à Luneville, le 12 Décembre 171a.
En régnant sur les Etats de Lorraine & de Bar, ces
époux illustres y firent régner avec eux toutes les
vertus, & les transmirent à leurs descendans comme-
un héritage inaliénable. C'est le tribut d'éloge im-
partial qu'un des beaux génies, de notre siécle leur
a rendu. » Il est a souhaiter, dit-il, que la der-
31 niere postérité apprenne qu'un des plus petite
» Souverains de l'Europe a été celui qui a fait
» le plus de tien à son peuple. » Léopold, ren-
trant dans la jouissance de ses Etats, en vertu de la
paix de Riswik, ( conclue en 1697, entre la Hol-
lande, l'Allemagne, la France & l'Espagne ) fut
dépouillé de ses droits réels, puisqu'il ne lui étoit
pas permis d'avoir des remparts à sa Capitale; mais,
on ne put lui ôter un droit plus beau, celui de
faire du bien à ses sujets; droit dont jamais aucun
Prince n'a si bien usé que lui. Il trouva la Lorraine
désolée & déserte ; il la repeupla ; il l'enrichit. Il l'a
conservée toujours, en paix, pendant que le reste
H I S TORIQUE. xxxix
de l'Europe a été ravagé par la guerre Il a
procuré à ses peuples l'abondance qu'ils ne connois-
soient plus. La Noblesse, réduite à la derniere mi-
sère , a été mise dans l'opulence par ses seuls bienfaits.
Voyoit-il la maison d'un Gentilhomme en ruine,
il la faisoit rebâtir à ses dépens : il payoit leurs det-
tes ; il marioir leurs filles, il prodiguoit des présens,
avec cet art de donner, qui est encore au - dessus
des bienfaits ; il mettoit dans ses dons la magnifi-
cence d'un Prince & la politesse d'un ami. Les arts,
en honneur dans fa petite Province, produisoient
une circulation nouvelle, qui fut la richesse de ses
États. Sa Cour étoit formée fur le modèle de celle
de France : On ne croyoit presque pas avoir chan-
gé de lieu, quand on passoit .de Versailles à Lune-
ville. A l'exemple de Louis VIV, il faisoit fleurir les
Belles-lettres.... Il a cherché les talens jusques
dans les boutiques & dans les forêts, pour les met-
tre au jour & les encourager. Enfin, pendant touc
son règne, il ne s'est occupé que du foin de pro-
curer à fa Nation de la tranquillité, des richesses,
des connoissances & des plaisirs. Je quitterois demain
ma Souveraineté, disoit-il, fi je ne pouvois faire du
bien. Aussi a-t-il goûté le bonheur d'être aimé; &
long-temps après fa mort, j'ai vu ses sujets verser
des larmes, en prononçant son nom.
La religion & la sagesse présidèrent à l'éducation.
de CHARLES-ALEX ANDRE. Son enfance fut gui-
dée par des personnes choisies pour élever son âme ,
former son coeur , & orner son esprit ; mais il étoit
encore plus riche de son propre fonds que de la cul-
ture qu'il recevoit des mains étrangères. Léopold se
chargea lui-même du soin & de la gloire d'achever
ce que les maîtres n'avoient fait qu'ébaucher ; il le
forma sous ses yeux & selon son coeur. Une piété
exemplaire & sans ostentation , une vertu réelle &
c iv
xl PRÉCIS
solide, sans saste & fans pompe, furent la base de.
ses premières instructions. Il lui apprit, ensuite , avec
l'art de régner, le don d'unir la majesté à la bien-
faisance , la bonté à la vigueur de l'autorité, la jus-,
tice à la clémence ; en un mot, toutes les connais-
sances aux vertus qui en firent le meilleur des
Brinces.
CHARLES assis aux pieds du Trône croissoit en
âge & en sagesse ; lorsque le 27 Mars , 1729 , la mort
vint arracher Léopold à fa fidelle épouse , & ravir le
père a la tendresse de ses enfans. CHARLES qui
avoit reçu ses derniers soupirs, lui rendit les der-
niers devoirs. On le vit à Nancy, le 7 Juin de la
même année, à la tête des Princes du Sang, des
Grands - Officiers de la Couronne & de la Noblesse
du Pays, conduire la pompe funèbre & le dernier
appareil de la puissance des maîtres de la terre,
dans le temple où réposent les cendres des Ducs dé
Lorraine. La voix éloquente de l'Orateur sacré qui
fut alors chargé d'être le fidèle interprète du deuil
des Peuples, rendra mieux que moi la douleur du
fils & les regrets de la Nation. Il adressoit la parole
au Prince CHARLES. ;
» La Lorraine reconnoît, Monseigneur, que Dieu
» vous a donné pour héritage l'élévation du génie,
» l'étendue du coeur , & tous les avantages de la na-
» ture qui ont rendu si éclatant le règne du grand
» Prince qu'elle regrette. Elles vous a vu en particulier
» attaché inséparablement a sa personne, à ses loix , à
» ses leçons, l'aimer comme votre père, l'honorer
» comme votre Souverain, l'étudier comme votre maî-
« tre, & réunir à son égard la tendresse du fils, le
» respect du sujet & la docilité du disciple. Elle
» vous voit encore plein de ce triple attachement,
» vénir à ses funérailles, recueillir les restes de son
» esprit héroïque, porter les voeux de sa Famille,
HISTORIQUE. xli
» Royale. Heureux Peuple de trouver ainsi dans ses
» Princes une perpétuité de mérites , une succes-
» sion de vertus,, une fuite de modèles! « ( a)
La longue absence d'un frère unique redoubloit
les chagrins du Prince CHARLES , & les inquié-
tudes de la Lorraine. Le Duc François étoit parti de
Luneville le premier Août 1723 , puur aller faire les
délices de la Cour de l'Emperéur Charles VI ; & la
Nation ne pouvoit se consoler de la perte qu'elle
venoit de faire, que par la présence de deux frè-
res , restes précieux d' une union tendre & sacrée.
Cependant François quitte la Cour de Vienne le 9
Novembre 172.9, volé en Lorraine où tous les coeurs
l'attendoienr, prend possession de ses Etats'; & le
Il Décembre de la même année, décore son frère,
de la part de l'Empereur Charles VI, du Collier de
cet Ordre illustre, dont un des objets de l'institu-
tion est de défendre la foi au péril de la vie, comme
les Argonautes , dans la Grèce , exposèrent autrefois
leur sang pour la conquête de la Toison d'Or.
La Lorraine possédoit dans son sein les héritiers
des sentimens , des projets & des vues bienfaisantes
de Léopold : elle n'étoit occupée qu'à leur donner des
fêtes , & des preuves éclatantes de son amour & de son
bonheur. Un accident imprévu vint troubler ses plai-
sirs. CHARLES qui étoit parti de Luneville pour Com-
merci au commencement de Septembre 1730 , y fut
attaqué de ce venin pestilentiel qui semble incorporé
dans tous les individus du genre humain. Cet événe-
ment répandit l'allarme dans toute la Province, Elle
avoit vu en 1711 , la nombreuse postérité de Léopold
(a) Le P. Ségaud : Oraison Funèbre de Léopold , Duc de
Lorraine, prononcée dans l'Eglise des Cordeliers de Nancy, le
7 Juin 1739.
xlij PRÉCIS
pasler comme une ombre. ( b ) Au souvenir amer de
tant de fleurs moissonnées dans leur printemps , la
Lorraine trembloit, & l'Europe entière s'attendrit
fur le spectacle touchant d'un nouveau Joas. Mais
le Ciel vieilloit à sa conservation.
Tandis que le Duc François voyageoit en 1731
& I732, dans les principales Contrées de l'Europe
pour s'instruire; tandis que l'Emperéur Charles VI
lui confioit le Gouvernement de la Hongrie , qu'il
le regardoit déja comme l'époux futur de sa fille aî-
née MARIE-THERESE, & qu'il fondoit sur lui
toutes les espérances de la Maison d'Autriche ;
CHARLES-ALEXANDRE jouissoit dans fa patrie
de cette gloire tranquille de pratiquer la vertu &.
de gagner tous les coeurs. Tous les Arts concou-
roient à former son goût : il les protégeoit, il les
cultivoit lui-même.
Tout étoit en paix, quand la mort d'Auguste II,,
Roi de Pologne , décédé le premier de Février 1733 ,
vint replonger l'Europe entière dans le malheur, &
changer la face de la Lorraine. Stanislas Leckszinski,
Beau-pere de Louis XV, déja nommé Roi de Po-
logne en 1704 , fut élu Roi en 1733 , par la Nation
Polonoise. L'Emperéur Charles VI, appuyé par les
armes de la Russie, fit procéder à un autre Election ,
& mit sur le Trône Frédéric-Auguste , fils du der-
nier Roi de Pologne, Electeur de Saxe , qui avoit
épousé une nièce de Charles VI. Alors la France unie
à l'Espagne & à la Sardaigne , déclara la guerre à
l'Emperéur, sur la fin de Tannée 1733 ; & k la paix qui se
conclut à Vienne , Stanislas, renonçant k la Cou-
ronne, conserva le titre de Roi de Pologne, & eut
( b ) En 1711, Léopold perdit trois de ses enfans dans l'es-
pace de quelques mois, des suites de la petite vérole.
H I S T O R I Q U E. xliij
en indemnité les Duchés de Lorraine & de Bar,
dont le Duc François lui céda la Souveraineté , a
condition qu'après sa mort ils seroient réunis à per-
pétuité à la Couronne de France. On assigna à Fran-
çois , Duc de Lorraine, désigné gendre de l'Empe^
reur Charles VI, l'héritage des Médicis , avec urie
pension de quatre millions cinq cens mille livres,
jusqu'à ce que la Toscane lui fût échue. C'est ainsi
que la Lorraine fut réunie irrévocablement à la
France, & qu'Auguste III fut reconnu Roi de Po-
logne ( c ).
Charles VI, par ce traité, obtenoit de la France
la garantie de son fameux acte de succession, ap-
pellé Pragmatique-SanSion , qui assuroit à sa fille aî-
née la possession indivisible de ses Etats héréditaires ,
& auquel avoient accédé l'Angleterre , la Hollande,
la Russie le Dannemark & tous les Etats de l'Em-
pire. Tandis qu'il voyoit avec joie avancer le jour
heureux de cette auguste Alliance , il s'élevoit au
fond du coeur de CHARLES-ALEXANDRE DE
LORRAINE , un combat de sentimens de tendresse
& de désirs; de tendresse pour sa Nation, a laquelle
il ne pouvoit s'arracher fans violence ; de désirs,
pour se réunir à un frère destiné à porter le Scep-
tre de l'Empire , & à remplir le premier Trône du
monde. Enfin le moment arrive où les Maisons
d'Hapsbourg & de Lorraine , sorties d'une même
tige, vont se fondre dans une même famille. CHAR-
LES part de Luneville le 6 Janvier 1736, accom-
pagné des principaux Seigneurs de la Lorraine, ar-
rive k Vienne , assiste le 12 Février de la même an-
née aux noces de son frère, & fait l'ornement &
( c) M. de Voltaire, Précis du siécle de Louis XV.
xliv P R É C I S
les délices d'une, fête dont MARIE - THERESE &
FRANÇOIS étoient l'objet.
CHARLES alors ne se sépara plus de son frère,:
leurs coeurs unis, appuyés l'un fur l'autre , goûtè-
rent cette paix qui fait la félicité & le charme de la
vie. Tous deux devinrent les consolateurs, le con-
seil & l'appui de la Maison d'Autriche. Mais bien-
tôt les intérêts de Charles VI, & l'arnour de la gloi-
re les arrachèrent aux occupations & aux plaisirs
de la Cour. En 1737., l'Empereur se déclara en sa
veur de la Czarine, & prit part à la guerre qu'elle,
eut a. soutenir contre les Turcs. Le Duc François
fut nommé Généralissime de toutes les troupes de
l'Empire, & le Prince CHARLES servit avec son
frère, en qualité de Colonel. Tous deux pri-
rent congé de la Cour le 10 Juin 1737, & se ren-
dirent a l'armée, qui s'assembloit alors en Servie,
I~es hostilités commencèrent le 14 Juillet de la mê-
me année, avec une fureur que rien ne ppuvoit ra-
Ientir. François & CHARLES montrèrent un cou-
rage digne, du sang de Lorraine. François ayant fait
reconnoître l'ennemi à Cornia, résolut de l'attaquer,
rangea ses troupes en bataille, donna le signal du
combat, & fa valeur le fit triompher de l'opiniâtre
résistance des Ottomans. CHARLES', s'avance à la
tête des Grenadiers qu'il commandoit, vers le Châ-
teau de Rasna , où les Turcs avoient un poste, fond
sur eux avec impétuosité , les dissipe & s'empare du
rerrein : à Croska il se défend avec intrépidité, &
reçoit des marques sanglantes de fa valeur. Il est fait
Général-Major dans sa campagne de 1738 , & Lieu-
tenant-Général Tannée suivante. Tous deux enfin
commencèrent a donner des preuves de cette bra-
voure qui les caractérisa dans la fuite, (d)
( d ) Voyez l'Histoire de l'Empire d'Allemagne , édition de
HISTORIQUE xlv
La mort de Jean Gaston, dernier chef de la Mai-
son de Médicis , arrivée le 9 Juillet 1737, suspendit
les succès des expéditions militaires des Princes de
Lorraine. Ils furent rappelles à Vienne ; & le 17
Décembre 1738, ils en partirent avec l'Arcbidu-
chesse MARIE-THERESE, pour aller prendre pos-
session du Duché de Toscane. Dans cet intervalle ;
la paix se conclut à Vienne , le premier Septembre
1739, entre l'Empereur & le Grand - Turc , par la
médiation de Louis XV.
Charles VI ne survécut pas long-temps au réta-
blissement de la paix : il mourut à Vienne le 20
Octobre 1740 , âgé de cinquante-cinq ans. II fut le
dernier Empereur & le dernier Prince de la Maison
d'Autriche : naturellement doux, humain, bienfai-
sant , équitable & chéri de ses Peuples.
A peine MARIE-THERESE avoit-elle fermé les
yeux à son père, que toutes les Puissances parurent
se réunir pour la dépouiller des héritages que les
droits du sang & la Pragmatique-Sanction lui avoient
adjugés. Le Roi de Prusse qui prétendoit en Silésie
quatre Duchés, dont la Maison de Brandebourg
avoit été autrefois en possession , profitant de la con-
fusion générale, à la tête de ses troupes , qu'il com-
mandoit en personne, & faisant porter l'Aigle Ro-
maine devant son Régiment des Gardes , se ren-
dort maître, au mois de Décembre I740, de la Ville
de Breflau , & gagnoit la bataille de Molwitz le
1o Avril I741. Déja l'embrâsement devenoit gé-
néral , & la France, l'Espágne , la Bavière & la
Saxe se rémuoient pour faire un Empereur.
1771 ; les Mémoires secrets de la guerre d'Hongrie, durant
les ampagnes de 1737,1738 & 1739 , par Mr le Comte de Schmet-
tau, Général de l'aimée du Roi de Prusse ; & les Mémoires du
Temps.
xlvj PRÉCIS
Cependant MARIE-THERESE ( âgée de 23 ans )
Epousé du Grand-Duc de Toscane , François de Lor-
raine , se met d'abord en possession de tous les Do- 1
maines de son père ; prend le titre de Reine de
Hongrie & de Bohême ; fait parmi les Officiers de
sês troupes une promotion dans laquelle le Prince
CHARLES est déeláfë Feld-Marécha'l ; recoît à Vien-
ne , le 7 Novembre 1740, les hommages des Etats
d'Autriche , & les sermens des Députés des Provin-
ces d'Italie & de la Bohême ; assure au Grand-Duc
de Toscane son Epoux , le partage de toutes ses
Couronnes, sous le nom de Go-Régent ; gagne l'es-
prit des Hongrois, qui après 200 ans de séditions ,
de haines & de guerres civiles , passent tout d'un
coup a l'adoration ; se fait enfin couronner à Pres-
bourg le 24 Juin 1741, MARIE-THERESE étoit dé-
ja Souveraine de tous les coeurs , par une affabilité
populaire qu'elle exerce encore tous les jours. Elle
bannit de fa Cour cette étiquette & cette morgue
qui rendent toujours le Trôné odieux & inaccessible.
Elle admit à sa table toutes les Damés & tous les
Officiers de distinction' : les Députés des Etats lui
parloient librement; jamais elle ne refusa d'audien-
ce, & jamais on n'en sortit mécontent d'elle. ( c)
Au milieu de cette crise , l'Archiduchesse Marie-
Elisabeth , soeur de FEmpereur Charles VI, meurt
le 26 Août 1741 , au Château de Marimont, âgée, de
60 ans & huit mois, & regrettée des peuples qu'elle
avoit gouvernés pendant seize aris avec beaucoup de
douceur. Le Comte de Harrach, Grand-Maître de
sa Maison, fit alors les fonctions de Gouverneur-
Général , jusqu'à l'arrivée du Duc CHARLES de
(e) Lisez l'Histoire de la Guerre de 1741 ,par Mr de Voltaire.
H I S T O R I Q U E. xlvij
Lorraine , à qui Sa Majesté donna, le Gouvernement
de ses Provinces Belgiques.
Dans le temps même que MARIE - THERESE
assuroit le bonheur des Provinces des Pays-Bas, en
leur accordant pour Gouverneur le Duc CHARLES 1
de Lorraine, son beau-frere, eile se voyoit à iá:
veille de perdre tous ses Etats en Allemagne. La filles
de tant d'Empereurs se voyoit fans secours & fans
autre espérance que dans son courage. Aucune Puis»
sance ne vouloir soutenir cette Pragmatique-Sanc-
tion , que tant d'Etats avoient garantie ! Mais jamais:
de si grands avantages du côté de ses ennemis ne
furent plus rapidement suivis de tant de désastres.
Tout ce qui devoit faire leur grandeur fit leur rui-
ne ; & ce qui devoit accabler MARIE-THERESE ,
servit à l'élever. La Reine de Hongrie trouva' un
puissant Allié dans George II, Roi d'Angleterre.
Elle eue ensuite pour elle le Roi de Sardaigne & la
Hollande. Elle fit des paix particulières avec la Prus-
se & la Saxe. Les Hongrois firent des efforts in-
croyables pour maintenir leur Souveraine dans la
possession de ses héritages, & se distinguèrent par
une fidélité & un courage qui fera l'admiration de
la postérité, comme il a fait la nôtre. En un mot,
MARIE-THERESE, soutenue par sa fermeté , par sa
vertu, la fut encore par l'ardeur désespérée de ses
troupes rassemblées de toutes parts.
CHARLES-ALEXANDRE de Lorraine, à qui son
frère , le Grand - Duc de Toscane, avoit remis le
commandement de l'armée au mois deNovem. 1741 ;
CHARLES, grand, bienfait, brave, actif, vigilant,
aimant la guerre & l'entendant bien, Capitaine redou-
table à la tête d'une armée (f), chéri des soldats,
(f) Ce sont les expressions mêms du Roi de Prusse, tirée*
d'un de ses Manuscrits.
xlviij PRÉCIS
étoit dans le milieu de la Boheme, avec trente-cinq
mille hommes. Tous lés habitans étoient pour lui;
Il commençoit avec succès une guerre défensive en
tenant continuellement son ennemi en allarme, en
coupant ses convois, en le harcelant fans relâche
dé tous les côtés par des nuées de Hussards, de
Croates , de Pandoures & de Tolpaches, qui , armés
de fusils, de pistolets, de sabres & de poignards;
hachoient en pièces les troupes Francoises & Ba-
varoises , & semoient par - tout la terreur, le car-
nage & la mort. Lintz est repris au' mois de Jan-
vier 1742, par le Grand-Duc de Toscane , qui en
vint former lui-même le siège. Il fait sommer les
François de se rendre prisonniers de guerre : fur
leur refus, il embrase la Place par le feu continuel
de l'artillerie, brûle une partie de sa propre Ville
pour ensevelir les ennemis fous ses ruines, & force
Mr. Duchâtel ; qui commandoit la garnison , à ar-
borer le pavillon de capitulation. Après ces pre-
miers succès, les Hongrois courent à Passau & le
reprennent. Ils inondent la Bavière du côté de l'Au-
triche ; les Autrichiens y entrent par le Tirol, &
elle est ravagée d'un bout à l'autre. Munick se rend ;
& bientôt Charles-Alberts ( élu Empereur le 31 Jan-
vier 1742, ) sans Capitale & sans États, va deve-
nir un des plus infortunés Princes de la terre, pour
avoir été élevé au faîtes des grandeurs humaines, (g)
La fortune ne lui fut pas plus avantageuse en Bo-
heme , que dans la Haute-Autriche & en Bavière;
Il ne lui restoit plus de ses conquêtes que Prague 4
Egra , & une partie de la Boheme septentrionale;
L'armée
(g) Lisez Mr. de Voltaire , le» Mémoires secrets, & ceux
qui sont publics;
H I S T O R I Q U E. xlix
L'ârmée de Saxe & celle de Prusse avoient fait leur
paix particulière avec la Reine de Hongrie : les
François restoient seuls ses protecteurs; Les Maré-
chaux de Belle-Ifle & de Broglie se voyoient -, avec
leurs troupes rassemblées, dans un pays étranger ,
fans Alliés , sans secours, ils avoient à combattre le
Prince CHARLES, supérieur par le nombre, aimé
de son armée & des peuples. Déja ce Prince belli-
queux, au mois de Juin 1742 , avoit suivi de près
le Maréchal de Broglie qui reculoit; il avoit atteint
son arriere-garde, avoit poursuivi un corps de M.
d'Aubigné qui se retiroit eh désordre au-delà de la
Moldaw : de-là il avoit suivi les troupes Francoises
à Thein, à Piseck; & de Piseck à Pilsen & à Be-
raun. Ces retraites coûtèrent aux François autant
de monde au moins qu'une bataille, & augmentè-
rent le découragement des troupes; Des Hussards
inquiétoient fans cesse les marches précipitées : les
équipages étoient pillés : tout François écarté de
sa troupe étoit impitoyablement massacré; Au milieu
du désordre de tant de corps séparés qui se précipi-
toient devant l'ennemi , l'armée Françoise alloit être
détruite , sans les efforts & l'habilété du Maréchal
de Broglie , qui la sauva en mettant un ruisseau pro-
fond entre le Prince CHARLES & lui, en dérobant
une marche vive & pressée , & en se retirant sous
le canon de Prague avec les troupes qu'il put ras-
sembler ( h )
Ce fut alors sur cette Capitale de la Boheme que
toute l'Europe eut les yeux fixés. Le Maréchal de
Belle-Ifle & le Maréchal de Broglie étoient avec en-
viron vingt-huit mille hommes effectifs , rassemblés
(h) 3 Lisez l'Histoire d'Allemagne, édition de 1771 , & l'His-
toire de la Guerre de 1741.
d
l PRÉCIS
après leurs désastres , soit dans Prague même, fois
fous les murailles. Le Prince CHARLES dé Lor-
raine vint se présenter devant cette Place le 27 Juin
1742. Il étoit à la tête de près de quarante - cinq
mille hommes. Plus la garnison de la Ville étoit
nombreuse, plus il présumoit, avec raison, que les
vivres & les munitions lui manqueroient. L'événe-
ment justifia ses conjectures : bientôt Prague sentit
les effets cruels de la famine. La disette du fourra-
ge forca de tuer ou d'abandonner aux ennemis plus
de quatorze mille chevaux.
Cependant l'armée du Maréchal de Maillebois mar-
choit par la Vêstphalie, la Franconie & les Fron-
tieres du Haut-Palatinat, au secours des Maréchaux
de Broglie & de Belle-Isle. Le Prince CHARLES,
sur la nouvelle de la marche dé cette armée, levé
le siège de Prague, la laisse bloquée, & court dis-
puter au Maréchal Fentrée de la Bohême; Le Ma-
réchal de Maillebois , informe que le Prince CHAR-
LES marché à fa rencontre,' s'arrête à Egra,- y lais-
se lé Marquis d'Hérouvïlle, & tournant sur sa droi-
te, s'achemine vers lé Danube. Pendant ces opé-
rations , le Maréchal de Broglie forme le projet de
sortir de Prague avec son armée : il s'échappe dé
la Ville la nuit du 16 au 17 Décembre 1742., avec
onze mille hommes de pied, & trois mille deux cens
cinquante chevaux ; & à travers dès plaines couver-
tes de neiges , arrive à Egra ( i ).
Egra étoit la feule Ville de Bohême dont Charles
Albert fût encore le maître. Les forces de France
& de Bavière s'assoiblissoient d'elles-mêmes. La mor-
talité se mit dans les troupes Françoises ; & la mésin-
(i) Voyez le Dictionnaire historique des Sièges St des Ba-
tailles.
H I S T O R I Q U E S . lj
telligence entre le Maréchal de Broglie & le Comte
de Seckendorff qui commandoit alors les Bavarois ,
fut un nouveau surcroît de malheurs. Lé concurrent
de MARIE-THERESE se trouvoit enfin réduit à im-
plorer cette même Reine de Hongrie qu'il avoit
voulu détrôner.
Le commencement de Fannée 1743, íui fut encorS
plus funeste que la fin de la précédente. Le Prince
CHARLES de Lorraine remporta d'abordvers la rivière
d'Inn une victoire complette fur les Bavarois , dé-
truisit un corps de 8000 hommes, prit le Général
Mimitzi avec trois aures Officiers-Généraux. Bien-
tôt toute la Bavière lui fut ouverte : rien n'arrête
le progrès de ses armes : il prit Dingelfing, Dec*
kendorff, Landau sur Plier, & fit par-tout des pri-
sonniers. D'un autre côté, le Prirtce de Lobkovitz
s'emparoit du Haut-Palatinat : le Maréchal de Broglie
se retiroit vers Ingoldstad : l'Empereur Charles-Af-
bert suyoit de sa Capitale , cherchoit sa sûreté dans
Asbourg ; de-là se refugioit à Francfort ; & MA-
RIE-THERESE, dans le même témps , se faisoit
couronner à Prague, comme Reine dé Bohême.
L'Empereur Albert, retiré à Francfort ; attendoit sa
destinée de ses protecteurs. George II j Roi d'Angle-
terre, avoit fait passer en Flandre; en 1742, seize
mille Anglois, seize mille Hanovriens, six mille Hes-
sois, qui, joints avec environ quinze mille Autris
chiens, composoient une armée formidable. Ils se
mirent en marche pour se porter sur íe Rhin '82 sur lé
Mein ; & le 27 Juin 1743, le Roi d'Angleterre à leur
tête gagna la bataille de Dettingen contre les Alliés ;
commandés par le Maréchal de Noailles. A la fin dé
Juillet de la même annéé, quatorze mille Hollandois
Vinrent se joindre aux Anglois. Alors l'Angleterre &
l'Autriche , profitant de leurs conquêtes, de leurs vie-
soires & de leurs forces , voulurent pénétrer en Alsace