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RÉFLEXIONS
A L'OCCASION
DU 13 FÉVRIER 1820.
PRIX : 50 CENT.
A PARIS,
DE L'IMPRIMERIE D'ANTHe. BOUCHER,
SUCCESSEUR DE L.-G, MICHAUD,
RITE DES BONS-ENFANTS, N°. 34
M. DCCC. XX.
REFLEXIONS
A L'OCCASION DU 13 FÉVRIER 1820.
Sculpe querelam.
HORACE.
JE venais de lire le bel ouvrage dans lequel
un de nos plus éloquents écrivains, M. de Châ-
teaubriand, a consacré les plaintes des Fran-
çais avec le récit du déplorable attentat dont
notre patrie est, en quelque sorte, la seconde
victime. Une douleur étrangère , qui vient se
joindre à la nôtre, lui donne encore de nou-
velles forces. J'avais l'esprit livré aux pensées
les plus mélancoliques, et comme enveloppé
par un deuil religieux, lorsqu'une circons-
tance me conduisit dans la rue Rameau. Un
mouvement secret ralentit mes pas. « C'est
donc ici, me dis-je, que l'infortuné duc de
Berri a donné, en mourant, un témoignage
d'une vertu si pure et si touchante ! » Je m'ar-
rêtai , je tournai les yeux vers la place fatale !..
Quand nous sommes pénétrés d'un senti-
ment profond, surtout si un malheur public
(4)
en est la cause, nous nous attendons presque
à en retrouver l'expression jusque dans les
lieux muets et insensibles où ce malheur est
arrivé : il nous semble qu'ils doiven t parler à
notre ame le langage de son affliction. Je ne
saurais dire combien je fus blessé de n'aper-
cevoir en cet endroit aucun souvenir de l'évé-
nement qui m'attristait. Trois barres de fer
étaient la seule marque distinctive à laquelle
on pouvait reconnaître le lieu de l'assassinat.,
Trois barres de fer ! est-ce donc là un monu-
ment pour un fils de France !
Quoi! me vint-il en pensée, les Français ,
le peuple, de tout temps, le plus attaché à ses
souverains et à leur illustre famille, les!Fran-
çais n'ont rien fait encore pour la mémoire
d'un Prince si universellement regretté ! la
dette que nous impose son trépas n'est point
acquittée encore!
Plongé dans ces réflexions, en portant mes
pas un peu plus loin, je remarquai, à la porte
du concierge de l'Opéra, une estampe litho-
graphiée. J'y lus ce mot : Douleur ! et je vis
qu'elle, devait avoir quelque rapport avec les
derniers moments du Prince.
Je m'approchai : quel fut mon élonnement
devoir le projet d'un monument simple, et
(5)
grand par sa simplicité même, où une femme
auguste, penchée sur une urne cinéraire , pa-
raissait l'arroser de ses pleurs. Cette femme ,
est-ce la France, est-ce la duchesse de Berri?
Toutes deux sont également veuves. Le pié-
destal de la statue laisse échapper une eau-
dont l'ablution perpétuelle doit laver et puri-
fier la place où le sang le plus auguste a coulé-
Non, les Français ne sont pas demeurés
dans une coupable indifférence , m'écriai-je :
le voilà, le monument indispensable qui doit,,
en quelque sorte , réhabiliter cette place fatale,
complice involontaire du crime. Je lus que ce
projet venait d'une dame : il était digne, en
effet, d'être conçu par une personne du sexe
le plus tendre à la compassion, le plus délicat
sur les convenances.
Mais , ce que je suis encore à comprendre ,
c'est le motif qui a rétardé l'exécution d'un
semblable projet. J'en ai parlé depuis ce jour
à quelques amis répandus dans la société, et
leurs réponses ne m'ont pas semblé satisfai-
santes. Un seul m'a dit que la plupart des
journaux avaient fait l'éloge du projet et de
l'estampe dont j'avais été frappé , comme
d'une heureuse idée. Il me fit lire, entr'autres
articles, quelques lignes insérées dans la Ga-
zette de France, qui démontrent évidemment

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