//img.uscri.be/pth/0d5984e5b20ec7e6aa5cd5dee3a0552a68152618
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Réflexions sur la traite des noirs ; par M. L. E.

27 pages
Pillet (Paris). 1828. France -- Colonies -- Histoire. In-8 °. Pièce.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

RÉFLEXIONS
SUR
LA TRAITE DES NOIRS.
DE L' IMPRIMERIE DE PILLET AINÉ,
rue des Grands-Angustins, n. 7.
RÉFLEXIONS
SUR
LA TRAITE DES NOIRS,
La vérité, quand même !...
A PARIS,
CHEZ PILLET AINÉ, IMPRIMEUR-LIBRAIRE,
ÉDITEUR DU VOYAGE AUTOUR DU MONDE ,
De la collection des Moeurs françaises, anglaises, italiennes, etc.,
RUE DES GRANDS-AUGUSTINS , N° 7.
1828.
REFLEXIONS
SUR
LA TRAITE DES NOIRS.
NOTRE but n'est point de chercher à prouver
par des raisonnemens captieux que, si la traite
des noirs n'avait pas existé, il faudrait la créer.
Nous voulons seulement montrer tout le mal
que produit l'exagération dans laquelle on est
tombé à cet égard, et combien il est urgent
de ne point tenir plus long-tems à un système
dont les effets sont si différens de ce que l'on
suppose.
Nous savons combien il est difficile de se
faire entendre lorsqu'on plaide pour la conti-
nuation de la traite ; et nous garderions le si-
lence , si nous n'étions pas profondément con-
vaincus que la suppression de la traite fût en-
tièrement contraire à la justice et à l'humanité.
La plus franche impartialité nous guide.
Nous avons cherché à rendre notre opinion
6
indépendante de tout système , et à lui faire
suivre , mais non pas devancer, les pas d'un
siècle qui, dans sa marche ferme et lumineuse,
doit nécessairement entraîner de force ceux
qui voudront lui opposer une barrière,
La suppression de la traite se présente sous
deux points de vue également importans. L'un,
qui est le plus avoué et le plus direct, est la
cessation même de ce commerce ; l'autre, que
l'on ne prend pas beaucoup de peine à cacher,
c'est qu'on la considère comme un achemine-
ment à l'abolition de l'esclavage dans les co-
lonies. On espère que ce premier pas fait, on
arrivera plus aisément à l'émancipation des
esclaves.
Nous essaierons de démontrer que, sous l'un
et l'autre rapport, on s'écarte des principes et
de l'humanité.
On s'écarte des principes lorsqu'on viole des
propriétés acquises à l'ombre des lois. Celles
qui régissent les colonies existent depuis leur
origine : c'est sous leur protection que les co-
lons ont défriché des terres incultes ; c'est
sous leur protection qu'ils les ont peuplées à
leurs frais par le moyen d'un commerce non-
seulement permis, mais favorisé, mais encou-
ragé par les primes que donnait la métropole.
7
Leurs propriétés sont donc aussi sacrées ,
aussi inviolables qu'aucune de celles qui exis-
tent
Les lois ne peuvent pas avoir excité de tous
leurs moyens la création des propriétés colo-
niales et détruire ensuite ces propriétés : il y
aurait absurdité de le penser. Aujourd'hui sur-
tout , que le principe de la propriété est de-
venu plus sacré que jamais, et qu'il vient de
recevoir une nouvelle consécration par la loi
de l'indemnité, on ne peut plus espérer d'at-
tenter gratuitement aux droits des proprié-
taires colons.
Français aussi, ils sont sous la même égide
que le reste des citoyens français, et la loi qui
les dépouillerait en tout ou en partie ébran-
lerait les droits de tous.
L'abolition entière ou partielle de l'escla-
vage est cette violation manifeste de la pro-
priété coloniale; et ici nous plaçons sur la
même ligne une abolition totale et une aboli-
tion mitigée, parce que pour qui connaît les
colonies, c'est tout un.
Une abolition partielle serait pour ceux qui
la provoqueraient une sorte d'hypocrisie, bien
sûrs qu'ils seraient qu'elle doit bientôt amener
la chute de tout le système colonial; car elle
8
serait dans les colonies le signal immédiat d'un
bouleversement.
Nous supposons que personne ne soit assez
ignorant dans cette matière pour ne pas savoir
que l'abolition de l'esclavage serait la ruine
totale des propriétés coloniales. A la perte du
prix de l'esclave il faudrait joindre celle de
toutes les terres des colonies et de tous les
établissemens de manufactures : car que faire
d'une terre sans cultivateur ? nous ne nous ar-
rêterons pas à démontrer ces vérités, elles
sont incontestables pour quiconque a jamais
entendu parler seulement des colonies.
Mais de quel droit un ministre, une législa-
ture même viendraient-ils, dans l'intérêt seul
d'un système, ravir la propriété à qui l'a ac-
quise sous la protection des lois ? Il faudrait,
préalablement à tout, acheter les noirs, ache-
ter la terre et les établissemens de manufac-
tures. Alors on pourrait se livrer sans scru-
pule à un beau mouvement de générosité ;
émanciper les esclaves, et essayer s'ils sont déjà
prêts pour l'état de civilisation auquel tous les
peuples sont destinés , mais pour lequel cha-
cun a une époque marquée.
Mais après avoir calculé ce que coûterait une
semblable acquisition, il est impossible qu'un
9
gouvernement sage ne s'arrête pas devant l'i-
dée de ruiner à la fois ses finances et le com-
merce national. C'est un pas qu'il est impos-
sible de franchir ; et nous osons espérer que
tant que la France sera régie par un gouver-
nement régulier, il ne sera pas franchi.
Pourquoi donc ces déclamations sans cesse
renaissantes qui troublent, sans résultat utile,
la tranquillité des colonies? Pourquoi persister
dans le système de la suppression de la traite ,
qui n'a été imaginée que, pour parvenir au
grand résultat d'une émancipation que per-
sonne n'a le droit de prononcer qu'en en
payant tous les frais?
Si la prévention qui existe contre la traite
est si forte et si répandue, c'est qu'elle est
basée sur des calomnies et des erreurs calcu-
lées exprès pour entraîner des juges qui ne se;
doutent pas du tout du fond de la question.
Cette lutte paraît aussi d'autant plus impor-
tante qu'on a bien soin , en tout ce qui la con-
cerne , de caresser insidieusement l'esprit du
jour qui s'irrite doutant plus facilement contre
ce commerce , qu'on laisse supposer que son
abolition doit amener un événement qui sera
le triomphe des idées généreuses du siècle.
Oui, sans doute, ce triomphepourrait acqué-
10
rir une grande gloire aux vainqueurs, si c'en
est une de faire verser des larmes et du sang.
Ce degré de gloire, quel qu'il fût d'ailleurs,
pourrait-il jamais effacer le repentir qui ne
manquerait pas de le suivre ?...
Tandis qu'on croit travailler à l'améliora-
tion du sort de la race noire , on court à un
but opposé, et c'est sur elle en définitif que
retomberont nécessairement tous les efforts
de ses maladroits amis. C'est ainsi, comme
nous allons le faire voir, que l'on s'écarte de
l'humanité.
D'abord, l'intérêt que le colon a évidem-
ment à la conservation de ses nègres est une
garantie qu'il en a toujours eu les plus grands
soins ; et nous voyons que l'on n'essaie de
prouver le contraire que par des sophismes
qu'une simple réflexion doit renverser, et qui
ne valent pas la peine d'être combattus ici.
Mais un des moyens qui étaient au pouvoir
du colon de soulager efficacement ses nègres
lui a été ravi: il ne peut plus remplacer l'esclave
qui lui manque , d'où il résulte des inconvé-
niens graves qui retombent directement sur les
noirs mêmes. Par exemple, les colons, réduits
aujourd'hui à ne pas avoir la quantité de nè-
gres qu'il faudrait pour leur culture, ne peu-
vent plus en distraire ; de là, les habitations
que l'on assainissait chaque jour par des tra-
vaux pénibles, lorsque la force des ateliers
permettait d'y consacrer des bras, se couvrent
aujourd'hui de lagons, de marais et de mari-
gots , qui portent dans les ateliers de certains
quartiers les maladies et la mort ; en sorte
que de la rareté actuelle des bras doit ré-
sulter la dépopulation toujours croissante des
nègres.
L'abolition de la traite a encore donné lieu
à l'accroissement d'un fléau qui , depuis quel-
que tems, fait les plus grands ravages parmi
les nègres ; nous voulons parler des empoi-
sonnemens, vice inhérent en quelque sorte à
la race africaine, importé avec les premiers
noirs des colonies, affaibli dès long-tems par
le régime paternel qui les gouvernait, mais
réveillé avec fureur depuis que les idées nou-
velles se sont répandues parmi les noirs.
Il est remarquable que c'est depuis l'aboli-
tion de la traite que les empoisonnemens ont
fait les plus affreux ravages dans les ateliers.
Les malfaiteurs y ont vu le gage des intentions
de la métropole de les appeler à l'état de li-
berté dont jouissent les peuples européens ;
dans la persuasion que leurs maîtres seuls