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N8S 1010a
(ANSI and ISO TEST CHA?T No. 2)
THE FRENCH REVOLUTION
RESEARCH COLLECTION
LES ARCHIVES DE LA
REVOLUTION FRANÇAISE
PERGAMON PRESS
Headington Hill Hall, Oxford OX3 OBW, UK
RÉFLEXIONS
SUR
LE COMMERCE
DES
B L E D S.
A LONDRES.
AVRIL,
M, DCC. LXXVÏ.
i
ceé de la contamination nelut
pas un très-grand mal, j'ai voulu
dire feulement que les Mar-
chands de bled ou deuj>ain
n'ont aucune jjoffibilité de^au--
fer ijaT lamine ni aucun intéf êc
de faire monter les fubfiftances
fort au-delà de leur prix na*$arel,
éc "par conféqiïÊtit d^obl^er le
peuple à diminuer fa conïoïn-
J'ajouterai ici que cette dimi-
nution dans la quantité des fub-
fiftances, ou le changement de
nourriture auquel on en: que}-
quefois obligé d'avoir recours,
ne peut produira un effet fen-
pble, que lorfqu'il y a d'ané
année <k l'autre tti$e difpf opdf^
don très-grande entre les prix;
que l'égalisation des prix effc le
remède le plus fur de ce ttial
Aij
'dre à moins qu'il ne dure long-
temps, & que la diminution
corifom-
plus
des
même leur conformation'; et
voila caûfe de dépo-
de
Tefpéce
dû commerce des fubfi/lances
reproche donc
unechole peu importante uii mal
dont les funeftes effets. 'm'ont
fouvent fait gémir 3 qu'on ne
m'accufe point d'avoir manqué
de refpedi: pour la mifere du'
iv
peuple. J'ai cherché au'cantraise
à le ralfurer contre des craintes
que l'excès de la niifère rend
fans doute excufables, & à faire
fèntir qu'heureufement pour
lui les effets du- mal qu'on vou-
drait lui faire, en cherchant à l'af-
famer, feraient trop lents pour
que des méchans paflènt profiter
de (on malheur & efperer de s'en,-
richir en l'y plongeant.
II. J'ai dit auffi page 32
qu'un Ouvrier qui exigerait un
falaire,, fupérieur à ce qui eft
îiéceflàire pour vivre, au plus
grand nombre de Salariés, ferait
expofé à manquer d'ouvrage.
En effét) comme ce n'eft pas
une vue d'humanité qui fait:
employer les Salariés mais une.
vue d'intérêt; il faut necenalre-
ment que le taux général des
falaires fe régie fur ce qui eft
v
aiij
néceflàire à la fubfiftance du plus
grand nombre de familles, Cel-
les qui auraient befoïn que leurs
chefs euffent des falaires plus
forts, tombent dans la mifère &
n'en font tirées que par des fc-
cours particuliers; les hommes
ont allez d'humanité pour fe-»
courir les malheureux qui fouf-
frent, mais ce ferait trop efpé-
rer d'eux que de les croire capa-
bles en général de facrifier leur
intérêt habituel: de hauflèr par
exemple, le prix des falaires uni-
quement pour rendre le peuple
moins miférable, ou d'employer
par préférence les Salariés qui
ont befoin d'un falaîre plus fort.
Il eft horrible fans doute
que, dans la claflê des Salariés
qui n'ont pas de métier un
grand nombre d'enfans une
Femme infirme, des parensigés
réduifent- un clïeG de ramille
une mifère prefque inévitable.
Mais elle ne î'eft réellement que
quand des loix prohibitives, des
impôts indirects, viennent met-
tre des entraves à l'induftrie du
peuple, troubler fon repos l'ex-
pofer à des avanies & à des vexa-*
tions; ôtez ces entraves, vous
verrez la culture fe perfection-
ner &: fe varier, l'ame du peu-
ple prendre plus d'activité &
d'énergie de nouvelles bran-
ches d'induftrie fe créer, le peu-
ple enfin, multiplier fes retour-
ces, devenir plus indépendant
du riche, pouvoir en exiger des
falaires aifïèz for ts., non feule-,
ment pour fubfîfter, mais pour
fe mettre à l'abri des accidens.
S'il peut y avoir quelque équi-
libre entre ceux qui ont tout &
ceux qui n'ontjrien c'eft feule,-
V1J
ment entre le befoin qu'a le pau-
vre de l'argent du riche, & celui
qu'a le riche de l'induftne du
pauvre, que cet équilibre peut
s'établir.
III. J'ai cité fou vent l'Ouvrage
de M. N. mais fans avoir la té-
méritéde prétendre lui répon-
dre. J'ai voulu feulement en rap-
portant les objections des Pro-
hibir.ifs, me mettre à l'abri de
l'accufation d'avoir combattu
contre des chimères. Il fallait
donc citer. J'ai choiCi l'Ouvrage
de 1VLN. comme le plus nou-
veau des Ouvrages prohibitifs
& celui auquel les-circonfiances
où il a été rendu public (j) ont
(a) Il a paru entre les .émeutes de Dijon
& celles de Paris, & la deuxtén«| édition a.
été diflribuée au milieu de ce? dernières
émeutes. Il était impoffibîe de choifir une
cirçonûance plus favorable au fiaccès d'un
hum quoiqu'il n'ait ctté per-
fQnne, cet Auteur
a trop dg génie pour n'avoir pas
inventé tout ce qu'on a pu im-
primera vam lui d'un peu fup-
M. N. a donné des leçons de
l'art de tramer les fcieneeé poli-
tiques, il ne veut pas qu'on em-
pour enapprofon*
dir les grands principes. C'eft,
dit-il, un infiniment de Réteur
divije tout, il
faut les
les concevoir*
Or, j'avoue à ma honte, qu'en
étudiant" i'bîjftoire des Sciences.
j'ai cru m'appercevoir que de«-
puis Hypocrate & Pithagore
& M, Dalerahert,
Livre d'éloquence où l'on attaquait les pi'in-
cipç§ de
on n'avait fafi: aucune décou-
verte que par ranalyfè, j'avoue
que je ne-içais- pas du coût com-
ment on enveloppe un principe de
lapenfie? &c qu'ainïî jl me ferait
impoffîble de m'®ntktrdm avec.
M. N. fur les principes de l'éco-
nomie politique.
Un autre motif plus général
eu fuffit peut-être pour me dé-
tourner d'écrire une critique par-
ticulière. Le public accueille avec
ptaiâr les fatyres les plus vio-
lentes, quand elles attaquent en'
homme de lettres.' Celui qui
regarde la Littérature ou la |>Jii-
lofophie comme l'occupation
de fa vie, Semble annoncer la'.
prétention d'écrire ou de penfer
niiegx que les autres. hommes.
Lo public voit donc toujours
#vec plaifir contefter cette pré-
tendon. 00- ne fe dit pas,.(i-jV
̃ x.
vais écrit, je n'aurais pas eu
tant d'efprit; mais on fe dit j'au-
rais évité d'être fi ridicule
je n'aurais pas avancé de telles
abfurdités; l'homme le plus mé-
diocre trouve dans les .critiques
de quoi fe préférer en fecret,
l'homme le pius. jugement
tre, &: n'y eut-il que la fagefle
d'avoir évité de s'expofer en
public, voila déjà un dédom-
magement pour l'amour-propre.
Combien de gens humiliés ,par
la fupériorité d'un grand hom-
me, fe font-ils confolés en lifant
les farcafmes d'un Folliculaire ?
Ceft peut » être même un bien
pour les hommes d'un véritable
génie; qui fçakà quels excès fe.
porterait l'envie, fi le refpeél:
pour la, perfonne d'un graqd
Ecrivain était, égal à l'admira-»
non qu'ixrfpirent fes ouvrages?
Qui fçait fi fouvent il n'a point
dû à cette perfécution littéraire
l'avantage d'échapper à une per-
fécution plus férieufe.
Avant l'invention de l'Im-
primerie les Ecriyains jaloux
n'avoient d'autrc/ireiïburce que
de dénoncer leurs "ennemis, &:
fouvent ils parvenoient à les en-
voyer* au fupplice. Maintenant
que la haine peut s'exhaler en
libelles, elle a moins d'atrocité,
& les Lecteurs qui voient outra-
ger le grand homme, dont la
glo,ire les Fatigue, lui pardon-
nent 6c ne le brulent point.
Mais ce public fi indulgent
pour les fatyres contre les Au-
teurs, n'eft plus le même fi la
critique s'exerce fur un homme
du monde devenu Ecrivain par
défœuvrement, par convenance,
par'politique. Comme la préten-
de profeflïon
qu'il £le tient qu'aux gens du
mm ^ulfî bien qu'eux: les Lec-
teurs ne voient dans l'Auteur
eritiq&ié que le défenfeur de leur
eaufe & h crifique au lieu de
confoler leur am.our- propre,
Ils regardoient d'ail-
leurs le défagrément d'être expo-
féàlacenfibre, comme un incon-
vénient particulier de l'état des
gens de lettres inconvénient
propre à
de fapériorijEé de lumières accor-
dée à cette claiFe d'hommes
mais lorfque la critique-ofe dif-
cuter l'ouvrage d'nn homme du
monde, les Lecteurs ne font
plus auffi bon marché de l'a-
mour-propre des hommes de
leur état que de celui d'uij
xiîj
,,Auteur, &; la crifk|Hë k plus
modérée parait-
Ce ferait! bien.
mauvaise politique à un Lkféi>-
teur de braver
QmHtàf&fm
le mécited'un Ouvrage qu'il
doit ensuite oublier pour,jamais
(a) Par exeSipfc', un: hbiflttté-du monde
fait des livres où il compara une fociérf
d'hommes à- des bêtes
féroces, Il v«*jfe k grands flots le méprîs le
plus outrageant fof tous les'Piïiiofophes
qui ofent traiter les •qaeflsoas de poUtiqne;;
ekffl que lui. même n'ait aucun autre 'titré
pour s'en occupelr,41 choifit font fes pre-
miefes hoftilités contre eux Un temps oà
Sa liberté û'écnte. leur jeft cftievée & tout
le monde admire fa, modération.
A peu près dans le même temps uo fimple
homme dé lettres obfervie modeftemént que
l'habitude; depaffer fon temps à calculer la
manière la plus avancageafe de placer fes
fonds, ne doit pas dilpû&r lefprit à une
politique bien relevée & l'on crié à la faty te.
xiv
Quel grand mai y aurait -il
qu"un mineur de phrafes fe erat
un grand homme dans fa cote-
rie^)?
Mais fi ces querelles d'à*»
mour propre aviliffenc la Lit-
térature le courage de s'élever
au-defïus de toutes les petites
(a) Un Auteur moderne a imprimé que
Iqyanité eft un£ vertu foecâk parce
qu'elle met fin bonheur entre les mains des
autres; (Eloge de Colbert, page 34.) Mais
comme la vank'é fe place toujours dans la
jouiiîanee des chofes dont, u.ne grandie par-
tie des hommes eft privée, il s'en fuit que la
vanité n'a befaira des autres q««spour en faire
fes vi&imes & qu'ainfi elle eft ptéeifénjene
un vice anti-focial; nous conviendrons ce.
pendant qu'elle peutfaire le botaheur de çfux
qui en font attaqués, mais feulement, lorf-
qu'elle eft au point d'altérer la raifan atora
elle eft un bien tant que Piilufion dure, & il
y a de la eruauté a. la faire ce1fer. C'eft pour'
cela qu'il eft contre la Morale de dire du mal
des méchans Auteurs, excepté lorfque leurs
Ouvrages peuvent nuire., foit des hommes.
honnêtes, foit à la chofe publique.
XV
confédérations pour dire, ce
qu'on croit la vérité, ne peut
que l'honorer.
Puiflfent les gens de lettres
craindre d'affliger la vanité de
leurs confrères, lorsqu'il ne s'a-
git que de leur propre gloire
& ne pas craindre de fe faire
des ennemis, lorfqu*il eft que{:.
tion de combattre pour la rai-
f'on ou pour l'humanité.
RÉFLEXIONS
ERRATA-
PAGES lig. ioj deux, lif. dix.
36 Ug. Il, fubillènt, lif. fubit.
Ibid, lig. dernière, & abfolumcnt
indifférentes, lif Il ferait abfo-
s lument indifférent.
3 -9 'le- 8 ce, lif. le.
If r, Zig. liJ' ico fcptiers.
lig. 14., le foient, /<y: ne le
foient.
46, lig. r 5. Ainfi l'égalifation
&c. jufqu'à la fin de l'alinéa,
Ainfî, l'égalifation des prix
cft avantageufe à ceux qui vi-
vent de leur travail. D'abord
les falaires feront plus forts en
eux -mêmes puisqu'ils feront
réglés fur un prix habituel plus
élevé & plus approchant du
prix moyen; & de plus dans
tous les temps ces falaires
feront fuffifans.
48 Zig. qu'il n'eft pas pofli-
ble, lif. qu'il n'eft poffible.
60, Note marginale, & dans quel-
ques autres endroifs 14 Sep-
tembre, lif. 13 Septembre.
.» l'g\ 1 5 fue inférieur lif fut
inférieur à ce prix général.
SI lig. 2i, c'eft-à-dire, 'r
c'efr dire.
pages 8 3 lig. 5 le, /ce.
88, lig. prescrites, prof-
crites.
Fin du premier alinéa. Voyez
l'Eloge de Colbert la légifla-
tion des bleds, & l'Edit des
Empereurs, qui établit un im-
pôt pro hauftu acris, pour la
pcrmiffion de refpirer.
lig. oferaient, lif vien-
draient.
lig. Z4 le lif. fe.
Note, lig. dirait-il, lif.
dirait-on.
137, lig. il eft aifé, lif. s'il
eft aifé.
14Z, Note, o/f^, cela.
lig. 25 la marche, lif. la
marche de la raifon.
Il 71 lig. 21 & fuivantes, fi l'ex-
portation avait été foumife a
des restrictions, alors, oii il y
aurait eu ou l'exportation
aurait été foumife à des reftric-
tions, & alors il y aurait eu.
i8z, lig. 1, ôte^, &
Note, Zig. d'un, lif.
du.
a r 9 Note, lig. 15 troublaflènt,
Uf.nz troublafiènc.
A
RÉFLEXIONS
S U R
LE COMMERCE
DES S
JB 2D> «S?.
PREMIERE PARTIE.
<De fa
QUE tous les membres de la fociété
aient une fubfiftance afTurée dans
chaque faifon, dans les différentes
années, & quel que foit le lieu qu'ils
habitent; que fur- tout celui qui n'a
que fes falaires puifle acheter la fub-
fiftance qui lui efl néceffair e tel efl:
l'intérêt général de toyte nation tel
doit être le but de toute législation
fur les fubfiftances.
(O
On voit donc qu'avant de pro-
noncer fur les avantages de la liberté
du commerce des fubfiftances, ou fur
l'utilité d'un reglement prohibitif,
il faut avoir d'abord examiné les
queftions fuivantes.
De quelle maniere fe fait la répro-
duélion des fubfiftances? Dans quel-
les circonstances la reproduction
augmente ou diminue t elle ? Et
comment l'augmentation de la maffe
des fubfiftances agit-elle fur le bien-
être des différentes claies de la
fociété ?
Par quels moyens peut-on répa-
rer l'inégalité de récolte d'un pays
à l'autre ?
Comment l'inégalité de récolte
d'une année à l'autre peut-elle être
rendue moins fenfible?
Comment fe forme le prix du
bled pour les différentes années,
pour les différens pays ?
De quelle manière les falaires fe
proportionnent-ils aux prix des fub-
fiftances ?
13)
A ij
Comment il But cotffiâètei le pf t*
moyen, & quel eft l'état du pltir
moyen le plus avantageux?
Combien il importe de diminuer le
variations dans le prix, fie quels font
les effets de l'égalifation des prix ?
^Et lorfqûe nous aurons établi quel
eft fur ces différens objets le véritable
intérêt de la fociété., nous examine-
rons fi le fyftème de légpàtion le plus
fimple, le plus naturel, celui de pro-
téger la liberté illimitée, ne ferait
pas atrfïî celui qui conduirait le plus
fûrement au but.
CHAPITRE PREMIER.
JÛe fa té»to9ucùdu
Pour avoir du bled, il faut tabou-
ter la terre, acheter par cofifêqtrenÉ
des chevaux, oU des bœufs, lés riôùr-
rir, fe procurer des bàcuneos pour
les loger eux & leurs provifions,
payer les valets qui les fervent Si
Des avan-
ces de cul-
ture.
(4)
qui les conduifent, acheter enfin tous
les outils du labourage.
Enfuite il faut que la terre foit
préparée par quelque engrais les
chevaux, les beftiaux, les moutons
en fournirent, mais quoique notre
délicatefïe repouffe ces engrais loin
de nous, il ne faut pas croire qu'ils
ne coûtent rien au Laboureur.
Cette maniere de fe les procurer
exige même de groffes avances, dont
on n"eft dédommagé qu'en partie
par le produit dès befliaux & des
moutons.
Enfin, il faut acheter la femence
& payer les journaliers employés à
couper les bleds, à battre les gerbes
il faut des granges & des greniers.
On voit par là qu'il y a eu*de
premieres avances, qu'il y en a d'an-
nuelles, que d'autres enfin font def-
tinées à réparer le déperifrement des
avances premieres, & on peut auffi
les évaluer en avances annuelles.
L'augmen-
tation ou la
Ainfi ,pour que la reproduction
puiffe ne pas diminuer, il eft nécef-r
(O
A iij
faire que le Laboureur récolte de
quoi payer le Propriétaire, le Déci-
mateur, les impôts, de quoi fe rem-
bourfer de fes avances annuelles, &
de quoi fubfifter.
diminution
de la répro-
du&ion, dé-
pend princi-
palement du
rapport en-
tre les avan-
ces de cul-
ture, & le
produit de la
terre.
Mais la réproduction ne peut aug-
menter, à moins que le Cultivateur
ne retire de plus une fomme qu'il
veuille employer en entreprifes de
culture. f
Ce qui refte au Fermier pour fub-
fifter, & quelquefois au delà de fa
fubfiflance, peut être regardé comme
l'intérêt de fes avances premieres.
Ainfi, la reproduction diminuera
rapidement toutes les fois que le
Laboureur fera obligé d'altérer cha-
que année la maflfe de fes avances
premières.
Elle diminuera, mais d'une manière
moins fenfible, lorfque l'intérêt de
ces avances premieres deviendra plus
faible. Deux caufes pourront rendre
cette diminution très-lente. La pre-
miere, que dans les pays où il y a peu
d'arts & de commerce, les habitans
(«)
çp n ont qu'un capital dont l'intê-
r|t au denier ordinaire des emprunta
ne les ferait pas vivre, l'emploient
à la culture dût-elle ne leur procu-
rer que la certitude d'avoir du pain
en travaillant toute l'année.
La féconde eft l'habitude qui les
attache â la terre, & dans les pays où
l'agriculture n'eft pas opprimée, la
douceur de ne dépendre que des fai-
fons, & de n'avoir rien à demander
qu*à la nature.
De même la reproduction aug-
mentera avec l'intérêt des entrepri-
fes de culture, pourvu que le Labou-
reur qui s'y livre ne foit pas trop
expofé à des pertes car alors il aime-
rait mieux faire un autre emploi de
fes fonds, ou même théfaurifer;
pourvu encore que l'on confidere
les états à mefuxe qu'ils font utiles,
& non à mefure qu'ils rapportent
car alors le Cultivateur devenu un
peu riche, abandonnerait le fien.
Ce qu'il faut
pour que la
réproduc-
Il faut donc, pour que la répro-
duélion augmente, i°, que les capi-
A iv
duifent un intérêt fupérieur au taux
ordinaire de l'argent 2.°. Que le rif-
que de perdre fes avances foit très-
petit: 30. Que l'état de Cultivateur
ne foit expofë ni à l'humiliation ni
à l'oppreffion.
tion aug-
mente.
La reproduction peut augmenter
par les défrichemens, ou par une
meilleure culture des terreins déjà
mis en valeur, mais les effets d'une
culture plus perfectionnée font d'une
importance bien plus confidérable
que les défrichemens.
Il réfulte delà, que l'amélioration
de la culture ne peut être que la fuite
de l'augmentation des capitaux que
le Cultivateur y emploie & par
conféquent de l'accroiffement des
richefies du Cultivateur.
L'avantage immédiat de cette aug-
mentation de reproduction fera pour
le Cultivateur & pour le Propriétaire.
Mais pour connoître comment fe
partage cet excédent de produit, il
faut obferver
L'augmen-
tation dans
le produit
desterreseft
avantageufe
au Proprié-
taire & au
Cultivateur.
(8)
Commént
ce furcroit
de produit
fe partage
entr'ejax.
r °. Que l'augmentation qui a lieu
dans le cours d'un bail, eft en entier
pour le Cultivateur.
2°. Que dans la fuite comme ce
n'efl: pas avec des avances égales que
le même terrain donne un produit
plus grand, mais que c'eft en y con-
facrant des avances plus fortes, il
faudra néceffairement que la part du
Propriétaire prélevée, le Cultivateur
retire l'intérêt de fes nouvelles avan-
à un prix plus haut que l'intérêt com-
mun de l'argent.
30. Que quand même les avances
égales donneraient un plus grand
produit, ce ne pourrait être qu'avec
plus de foins, dont il faudrait que le
Cultivateur fe trouvât payé.
Ainfi, le Cultivateur gagnera dans
chaque bail un nouveau capital, &
dans les fuivans une partie de l'inté-
rêt de ce capital; & le partage de cet
intérêt fe réglera par la concurrence
entre les Fermiers, par le befoin
qu'a le Fermier de refter dans fa
ferme, par le befoin plus grand qu'a
(9)
lePropriétUil de ne pas Jailferfa terre
in friche. Car le Propriétaire ne peut
re paffer de Cultivateur, & le Culti-
vateur avec fes bras, & le capital de
E'es avances premieres peut fe paflfer
les Propriétaires.
Comment
fe partage
aufli entre
eux le tort
caufé par la
diminution
de culcure î
Avantage
del'augmen-
tation de cul-
ture particu-
lier pour la
France.
Le tort que la diminution de la
:ulture caufe au Propriétaire ou au
Fermier, fe partage de la même
naniere le Cultivateur en retient
les premiers coups, & de même que
l'amélioration de la culture en aug-
mentant fucceflivement la maffe des
capitaux employés n'a d'autre borne
que la fécondité phyfique de la terre,
de même la détérioration de la cul-
ture en diminuant fans cefïè ces capi-
taux, n'en a d'autre que l'abandon
des terres.
Pour bien connoître tout l'avan-
tage qui peut réfulter en France de
l'amélioration de la culture, il faut
obferver qu'il y a deux manieres de
cultiver; dans l'une le Propriétaire ne
donne que fa terre, & le Cultivateur
fait toutes les avances dans l'autre le
Métayer,
ne donne que fa peine & fes foins:
le Propriétaire fournit le refte, & les
fruits fe partagent
Plus de la moitié de nos pro-
vinces eft encore abandonnée à cette
féconde manière de cultiver que con-
courent à rendre très-défavantageufe
le défaut d'intérêt du Métayer pour la
confervation des avances premieres,
le peu de foin ou d'intelligence du
Propriétaire livré à d'autres occupa-
tions, fa répugnance à confier au
Métayer des avances affez confidé-
rables auflî ces provinces qui ne le
cèdent: point en fertilité naturelle
aux provinces cultivées par des Fer-
miers, font- elles d'un produit bien
inférieur. L'augmentation des capi-
taux employés à la culture, celle du
nombre des hommes qui s'y defli-
nent, feraient néccffairement que de
proche en proche des entrepreneurs
de culture fe chargeraient des ter-
res, que ces Métayers (a) cultivent,
(a) Le nom de Métayer, qu'on donne
(Il)
& établiraient enfin dans les provin-
ces de l'intérieur du Royaume une
fécondité égale à celle des provinces
qui environnent la capitale.
Après avoir expliqué d'où dépend
l'augmentation de la reproduction
les effets de cette réprodué1:ion aug-
mentée, & les avantages que les Pro-
priétaires en retirent; il refte à voir fi
elle eft également avantageufe au
refte de la fociété, & fur tout aux
falariés.
Le Propriétaire prend d'abord fa
fubfiftance fur la production de la
terre, car fi elle ne produifait que de
quoi nourrir le Propriétaire, lui-
même cultiverait fon champ & le
Cultivateur périrait.
Il faut enfuite que le Cultivateur
fe nourrifïe, & s'il ne recueillait que
pour fe nourrir, il fe paierait de toute
autre efpece de consommation, & il
vivrait..
Avantages
que retirent
les falariés
d'une aug-
mentation
dans la ré-
production.
encore dans la Beauce aux Cultivateurs
quoiqu'ils foient Fermiers, prouve que ce
changement ne s'y eft fait que depuis quel-
ques fiécles.
Elle aug-
mente ou le
prix ou le
nombre des
journées de
travail.
Les coniommateurs n ont donc
que ce qui refte de fubfiftances après
que le Propriétaire & le Cultivateur
ont prélevé la leur.
Lorfqu'il y a une diminution dansja
maffe des fubfiftances, c'eft donc la
claffe des falariés qui en manque, &
jufqu'à ce que le nombre des hom-
mes foit diminué proportionnelle-
mentàceluidesfubfiftances,ilyadans
Ainfi quand il ne s'agit encore
pour le Propriétaire ou le Cultiva-
teur que d'une diminution d'aifance,
il s'agit de la vie pour le confomma-
teur, il efl donc le premier intéreflë
à ce que la maffe des fubfiftances ne
diminue pas.
L'augmentation des fubfiflances
au contraire augmente îanmafle des
falaires ainfi, tant que le nombre
des hommes n'eft pas augmenté, à
proportion, il faut que la maffe du
travail augmente, ce qui ne peut fe
faire fans qu'un plus grand nombre
d'hommes aient de l'ouvrage pen-
dant un plus grand nombre de jours,
fans qu'il y en ait pour les femmes
& les enfans.
Ou bien le nombre de ceux qui
veulent faire travailler, & ce qu ils
ont à donner étant augmenté il y
a plus de concurrence entre eux, &
il faut que la valeur de la journée
exprimée en denrée, devienne plus
forte. Cette aifance répandue pàrnjj
le peuple, augmentera enfuite la
population, qui tend ainfi toujours à
fe proportionner à la maffe des fub-
fiftances.
Il n'en: pas indifférent pour une na-
tion d'augmenter la maffe des fubGf
tances produites par fon fol, ou d'aug-
menter les produits de fon induftrie
affez pour en achter de l'étranger une
quantité égale de fubfiftances.
i°. Parce que cjefl: une catifc de
trouble & de foibleffe pour une
nation que de dépendre habituelle-
ment des étrangers pour une partie
de fa fubfiflance.
Parce que les Propriétaires &
L'augmen-
tation lie o.iî-
ture eft pré-
tion d'induA
trie.
(14)
les Cultivateurs font plus intérêts
que les autres citoyens à ce que le
pays qu'ils ne peuvent quitter, foit
gouverné par détonnes loix.
Parce que l'agriculture forme
des hommes plus forts, parce que fes
travaux & ceux des métiers pénibles
dont elle a befoin éloignent davan-
tage les hommes de la débauche, &
<fue les difperfant plus également fur
eIes terees, ils les empêchent de fe
corrompre.
CHAPITRE II.
(toMUteuL. ou peut /cépatev ta oif-
réteuce a oaud te4L.
zécouef a'uu lieu à uu auhcj.
DANS un même état il peut y avoir
des provinces qui aient conftam-
ment befoin de tirer des autres une
partie de leur fubfiftance.
(«o-
Il y a des cantons qui n'éprouvent
de difette que par des accidens.
Dans ces deux cas Ie.commerce
feul peut venir à leur fecours ni le$
Propriétaires ni les Fermiers ne peu-
vent aller vendre loin d'eux.
Les eonfommacettrs des provinces
qui manquent peuvent encore moins
aller chercher leurs grains; il faut
donc qu'il y ait un marchand entre
le poflèfTeur de la denrée & le con-
fommateur l'intérêt de celui-ci doit
être
i Il. Que le commerce qui lui four*
nitfon bledembraffeunegrandeéten-
due de pays, parceque plus cette étèn-
due eft grande, plus il eft vraifembla-
bleque les accidens fe compenferont,
& plus la fubfiftance fera aflùrée.
a*. Que cette fubfiftance ne foit
pas expofée au hazard, qu'elle ne
dépende point d'un commerce que
le befoin aura fait naître, mais qu'elle
foit procurée par un commerce conf
tant & fait par des gens dont il foit
l'occupation ordinaire.
NécefTit-du
commerce
de bled.
Et d'un com-
merce éten-
du.
Confiant.
<i6)
En effet, chaque pays ou la récolte
a été mauvaife aura alors des Mar-
chands quifçauçont dans quel endroit
il faudra acheter le bled, & qui
connaîtront les moyens les moins
difpendieux de le faire arriver, ils
auront des Commiffionnaires déja
accoutumés à traiter avec eux, des
lieux de dépôt tout préparés. Il y
aura de même dans les pays ou la
récolte aura été abondante, des Com-
merçans qui ne perdront pas un inf-
tant pour faire leurs achats, & les
fecours feront prêts avant que l'on
fe foit apperçu du befoin.
Pour peu qu'il y ait de profit à faire
dans cette fpéculation, des Mar-
chands de bled la feront au lieu que
pour engager des Capitalifles à fe
livrer à ce commerce pour une, feule
opération, il faut que le befoin fe
foit fait fentir d'une maniere terrible;
& promette des profits immenfes.
CHAPITRE
Partie 1. B
C H APIIRJE m
embraffè urçe trhs-
vafte, il y 3|t une forte
dexoropenfation dam xiiaque année
entre Us récoltes des diflféjentes
Provinces, cependantilyaencore des
années d'abondance & des années de
difette. Il y en a méme pour l'Europe
entière, quelque la dilference fojt
moindre, & fi le bled d'une année ne
devenait pas une reflburce pour les
années fuivantes,il arriverait quelque
fois des difettes réelles.
Le bled ne peut Ce conferve
qu'avec des foins, il eft
s'échaufer & à fermenter ¡par Fhu-
,midité & par le défaut é'air, il
(cz) Alors il contrafie gne qdcur qu,e l'on
appelle odeur de poujjîers. Le pain fait avec
Utilité de
fcavoir con-
lérver les
bleds.
(i8>
eft la proie des Charençons, des
Teignes, des Vers-, des Souris. On
fçait des moyens de le mettre à l'abri
de ces accidens, mais ces moyens
demandent une fuite d'opérations
trop compliquées pour le commun'
des Propriétaires & des Cultivateurs.
Auffi l'art de conferver les grains,
n'eft-il connu en France que de
ce bled a un goût défagréable mais il n'a
aucune qualité nuifible, Comme cette odeur
eft très-commune, le peuple des campagnes
connait très bien ce bled, s'en nourrit,
parce qu'il eft meilleur marché, & n'en a
jamais éprouvé d'inconvénient. Le peuple
des villes croit qu'il empoisonne, & les Eche-
vins le font jetter à la riviere. On ôte au
bled une grande partie de cette odeur, en
le lavant & en l'étuvant la farine qu'il
donne alors, mêlée avec la farine de bon
bled, fait du pain qui n'a plus de mauvais
goût. Cette farine n'eft pas plus malfaine
qu'une autre, quoique peut être un peu mon 1
nourfiflante. Voilà ce que fçavent depuis
long-temps les Boulangers & les Meuniers;
& en confé'quence les Echevins mangent,
-fans en jouir d'une fanté moins folide, la
même farine qu'ils auraient fait jetter, fi
on l'eut déférée à leurs foins paternels.
B ij
nom, malgré les foins d'un Sçavant,
qui, après avoir enrichi la Chi-
mie de vérités importantes, femble
depuis long temps s'être unique-
ment confacré à .des recherches uti-
les au peuple.
Le feul moyen de perfectionner
cet art fi néceffaire, & par-la de
rendre les difettes réelles, vraiment
impoffibles, ferait qu'il y eut cons-
tamment des Marchands occupés
dans les années d'abondance, à faire
des magafins qui deviendraient la
reffburce des années de difette. Eux-
feuls pourront, quelque foit l'abon-
dance, affurer au Cultivateur le débit
de ce qu'il a recueilli au-delà dé
la confommation annuelle. Eux feuls
pourraient avoir un intérêt aflez
grand anez confiant pour confa-
crer leurs foins leur temps & les
avances fuffifantes, à pratiquer ou à
perfectionner l'art de conferver les
grains.
Autrement il arrivera
i°. Que l'impoffibilité de fe débar-
Cet art
pour fe per-
Fe&ionner
a befoin qu'il
fe forme des
magafins.
(lo)
r*ffer de Y excédent de bled dans lcd
bonnes années, dégoûtera les Cul-
tivateurs -d'employer leurs capitaux
à perfeetkwiriér la culture, puifque
dans les mauvaifes années leur entre-
prife manquerait, & que le produit
leur en ferait inutile dans les
bonnes.
2°. Que par tette même raifon,
les Cultivateurs pour éviter le rifque
de perdre leurs grains, en voulant
les garder feront obligés dé les
employer nourrir des beftiaux, à
préparer des boiffons.
30. Que l'excédent des années
d'abondance fera gaspille eü partie,
détruit èn partie par les infères, &
qu'elles ne pourront pins réparer le
mal des niauvaifes années.
CHAPITRE IV.
SANS entrer dans aucune confidé-
ration méiaphifique fur le prix,
nous obferverons qu'il ne fe conclud
de marché, que lorfque l'Acheteur
offre au Vendeur une fomme telle
que celui-ci croie avoir intérêt de
vendre à ce prix, dans le moment
même.
Auffi quelque foit la concur-
rence entre les Consommateurs
quelque befoin que chaque homme
ait d'acheter du bled, ou du pain,
pour qu'un Marchand refufe de lui
en donner à un certain prix, il faut
qu'il croie, ou qu'on lui fera une offre
plus cohfidérable, ou qu'il y aura de
l'avantage pour lui à vendre plus
tard.
Dès qu'il y a un grand nombre de
Vendeurs, il eft impoffible qu'il n'y
en ait pas à chaque époque, qui
a.ent befoin de vendre. Or, comme
Le prix du
bled fe for-
me comme
celui de tou-
tes les autres
denrées.
les Consommateurs n'ont pas befoin
dans le moment même de toute la
quantité de bled exiftante, tout
Marchand qui a des motifs pour ven-
dre promptement, efl obligé de ven-
dre à un prix plus bas pcwr avoir la
préférence.
Aux approches d'une nouvelle
récolte, le Marchand eft intéreffé à
vendre pour faire rentrer des fonds
qui peuvent ne lui avoir été confiés
que jufqu'à ce temps, pour fe procu-
rer des capitaux qu'il puiffe employer
à des fpéculations nouvelles.
En effet, fi Ton bled lui refte, il
faut pour qu'il ne perde pas, que
le prix de l'année fuivante, dans la
faifon de cherté, foit fupérieur à
celui de l'année actuelle, d'une quan-
tité qui puiffe dédommager de l'in-
térêt des fonds pendant une année,
de la dépenfe qu'occafionne la garde
du bled & du déchet qu'il éprouve.
Pour que le même Marchand ait
du profit à garder fon bled, il faut
que la fomme que la vente lui gror-
:t*&
duira l'année d'après, foit plus grande
que celle qu'il auroit retirée en ven-
dant d'abord fon bled; en rachetant
du bled de la récolte.nouvelle; &
en le revendant. Ainfi le Marchand
fera intéreffé à ne pas rifquer d'être
forcé de garder fon bled, à moins
que les apparences de la récolte fui-
vante n'annoncent la difette, & pré-
cifément dans ce cas, l'intérêt des
Confommateurs demande que le
bled foit confervé.
Le Propriétaire qui reçoit en
grains le revenu de fes terres, fçaura
bien moins calculer fes intérêts que
les Marchands; s'il eft affez riche
pour attendre, il comptera pour
rien la perte de l'intérêt de l'argent
qu'il aurait tiré en vendant plutôt
parce que cet argent eft un revenu
deftiné à fes dépenfes. Il en fera de
même du Cultivateur, lorfqu'il lui
refera du bled, & qu'il n'aura plus
befoin d'en vendre pour fes avances
de culture.
Ainfi, pour que ceux qui ont du
Le prix du
bled reftera
au-defllis de
ccqu'tlpour-
rait être s'il
n'ya pointdc
Marchands
de bleds.
Que le be-
foin abfolu
que le con-
fommateur a
d'acheter du
pain, ne pro-
duit pas une
augmenta-
tion excefli-
'\le, à laquel-
le il faille
pourvoir
par desloix.
bled ayeht, ou plutôt croyent avoir
intérêt de le vendre, il eft utile qu'il
y ait des Marchands de bled, &
que les Cultivateurs ayent un emploi
alfuré des fonds que la vente du
bled peut leur produire.
Ce n'eft point au befoin que le
Confommateur a d'avoir du pain,
qu'il faut comparer l'intérêt que le
Marchand a de vendre c'eft au
befoin que le Confommateur aurait
du bled de ce Marchand, & comme
celui-ci a un grand intérêt de vendre
avant la récolte, furtout lorfque le
bled eft cher; il arrive que dans ce
cas chaque Marchand fe regle fur
la probabilité que s'il refufe de
vendre à tel prix une partie de
fon bled lui refera. Il a donc à
craindre & la concurrence des autres
Marctynds, & l'arrivée des bleds
étrangers, & même la diminution
de la confommation car, ce Mar-
chand n'ignore pas que la quantité
de la nourriture du peuple, peut
êtf e confidérablement diminuée pen-
dant
c
effet que de détruire fa fanté, &
qu'ainfi il eft très-poüible que l'aug-
mentation du prix de la denrée pro-
duife une diminution de confomma-
tion.
Le befoin inftantané des Confom-
mateurs n'a point cette influence
terrible qu'on s'eft plu à lui fuppofer.
1.. Ce befoin inftantané n'a lieu que
pour le pain en effet, le Confom-
mateur qui a de quoi acheter une
mefuré de bled fera contraint, fi le
prix devient exorbitant, d'acheter
du pain en détail c'eft ce que dans
les campagnes on appelle vivre au
Boulanger.
Si les Vendeurs de pain le ren-
chérirent trop confidérablement
le peuple confommera moins à
proportion pendant quelques jours
celui qui a des effets les vendra à
perte les autres auront recours à la
charité des riches. Ce fera un état de
fouffrance, mais non de famine pour
le peuple & cet état ceffera bien*
Variations
néceffîires
dans le prix.
tét fans qu'il en réfulte aucun pro
fit peur les Marchands. Car, au bout
de quelques jours il fè préfentera des
Vendeurs de pain, & celui qui aura
Voulu profiter du befoin inflantané,
perdra lès pratiques. Or, fi le peu-
ple a befoin des Vendeurs de pain
en général, chaque Vendeur de pain
en particulier a befoin d'avoir des
Acheteurs qui fe fournirent chez-
lui. Il n'y a donc rien à craindre, à
moins qu'une folie épidémique ne
s'empare le même jour €e tous les
faifeurs de pain d'un pays.
Ainfi, ni la néceffité abfoluë dont
et le pain, ni le befoin inftantané
qu'on en a, n'empêchent que le prix
du bled ne fe fixe comme celui de
toute autre denrée, qu'il ne dépende
de même du rapport entre la quan-
tité exillante de la denrée & celle
de la confommation que la con-
currence entre les Vendeurs n'y
influe de la même manière.
Le prix varie d'une année à l'au-
tre, felouque la quantité de la répro-
C ij
duâion a été plus eu moins grandç.
Il varie suffi ,id\in pays ià Ikutr^
félon le rapport $e la confommatian
de ces pays, avec leur fécondité.
S'il y a un commerce confiant &
toujours aclif, les achats 4e ce com-
merce feront -monter le prix dans le
pays où il était moindre; mais il
baiffera dans l'autre. La différence
,des prix fe rapprochera très-près
des frais de tranfport entre les deux
pays: & plus il y aura de Marchands;
plus les rifques feront petits; mieux
le commerce fera établi moins le
tranfport feracoûteux: plus les Mar.
chands fe contenteront d'un moia-
dre profit.
De même fi le commerce eft en
aétivkéjlesachatsfaitsdans les années
d'abondance y augmenteront le prix,
la vente des bleds confervés le dimi-
nuera dans les autres. Et comme on
a la double reflTource, & du bled tiré
d'un autre pays, & de celui qui a été
gardé dans les magafins les varia»
tions d'une année à l'autre, en fup-
Comment
le commer-
ce fait dimi-
nuer les va-
riations de
prix entra
differens
pays.
Entre dif
férentes an.
nées.
<»*>
Entre les
différentes
iaifoiu.
forant que la reflource que fburnif?
fent les pays plus féconds ait été
infuffifante, fe rapprocheront beau-
coup de la dépenlr qu'a entraîné la
Conter vation du bled de l'année pré-
cédente, plus le profit du Marchand.
Ainfi cette différence fera d'autant
moindre, que l'art de conferver le
bled fe fera perfectionné davantage.
En regardant la confommation
comme confiante ce qui eft exact,
excepté dans lestrès-grandes chertés,
-1e bled doit augmenter à mefure que
la «quantité en diminue. Ainfi, plus
on s'éloigne de la moiffon pafTée,plus
le bled augmente cependant, la
crainte de garder fon bled produira
une diminution aux environs de la
moiffon prochaine, fur-tout fi elle
annonce l'abondance.
Mais, ces différences d'une faifon à
l'autre feront encore diminuées par le
commerce. La concurrence des Mar.
chands, faifant que les Propriétaires
prefTésde vendre, trouveront un plus
haut prix, & cétte même concux-
Ciij
baifïèr èstis îa mfon
la plus chère, ces deux prix pourront
ne diflérer jamais que du profit qu'il
faut que faire le Marchand.
Il y a une augmentation toutes les
fois que les Cultivateurs occupés
d'autres travaux champêtres, n#peu>
vent employer ni leurs chevaux à
voiturer les bleds, ni leurs ouvriers
à battre les ,gerbes. Elle éft fur-tout
fenfible peu après la moiffon, dans
le temps des femailles, parce que
les Propriétaires payés en grains,
n'ont pas encore de bled nouveau
dans leurs greniers, & que les Cul-
tivateurs qui croient qu'il faut chan-
ger de femence, en achettent alors
tous à la fois.
Un plus grand nombre de Mar-
chand de bled fera encore dif paraî-
tre cette variation.
En général,les variations du prix du
bled feront égales aux frais de tranf-
port & de confervation à l'intérêt
commun de l'argent, & à un profit
pour le Marchand.
M
fur le.lieu dàil a été produit & acheté
du fef& égal aux frais
annuels de culture, dans lefquels
il faut comprendre la nourriture &
l'entretien* du l'intérêt
à l'impôt t*
dkine-i a la portion pré-
levée par le; Propfiêjaire & à un
:profit ^oftE 1d Cultivateur,
caufesqui concourront
le, le revenu
dit & le profit du Cul-
& du Marchand, font telles,
<|iie l'intérêt commun du Propriétai-
re, du Cultivateur, du Marchand, du
Confonimateur, «ft dé~Hs voir dimi-
nuer le plus qu'il efïpoflible.Dànsles
autres il paraîtrait; que- leurs intérêts
dulïèhfe fe trouver en contradiction;
cependant l'intérêt du Confomma-
teur eg¡, que le Marchand trouve un
profit aflèz grand pour que le com-
tnerce ne foit pas interrompu que
le Propriétaire tire allez de revenu
de fa terre à bled, pour ne pas y

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