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Réfutation de l'écrit de M. l'abbé Barruel contre le sénateur Grégoire, et principalement de ses opinions sur la souveraineté des nations, le rétablissement de l'ancienne constitution, etc. (Signé : M. P. P.)

De
30 pages
chez les marchands de nouveautés (Paris). 1814. France (1814-1815). In-8 °. Pièce.
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DE L'ÉCRIT
DE M. L'ABBÉ BARRUEL,
ONTRE
LE SENATEUR GREGOIRE;
ET PRINCIPALEMENT
DE SES OPINIONS SUR LA SOUVERAINETÉ DES
NATIONS, LE RÉTABLISSEMENT DE L'ANCIENNE
CONSTITUTION, etc.
A PARIS,
CHEZ LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS.
MAI 1814.
DE L'ÉCRIT
DE M. L'ABBÉ BARRUÉL,
CONTRE LE SÉNATEUR GRÉGOIRE.
IL est des libelles si révoltans par les invec-
tives du style et la méchanceté du libelliste,
mais si peu redoutables par l'incohérence des
idées et le vague des opinions, qu'ils semblent
devoir échapper par leur propre condamnation
à la flétrissure d'une plume vengeresse; tel est
l'écrit intitulé : Du Principe et de l'obsti-
nation des Jacobins, en réponse au séna-
teur Grégoire; par l'abbé Barruel.
Mais lorsqu'un pareil écrit est politique ,
et qu'il est dirigé malicieusement contre un
homme revêtu d'une dignité éminente et
membre d'un des premiers corps de l'Etat 9
(4)
qui, naguère, vient de combler (1) l'abîme
où, peut-être, allaient s'engloutir les destinées
de la patrie ; contre un homme dont les droits
à l'estime-publique, quelles que soient ses opi-
nions politiques, ne sont pas sans titres et
sans témoins irrécusables ; mais lorsque cet
écrit,.dicté évidemment par un esprit de
parti ou de vengeance personnelle, attaque
des principes peu contestés (2) dans l'Europe
civilisée, et sur lesquels du moins tous les
publicistes sont d'accord ; lorsque l'auteur de
cet écrit incendiaire, réveillant une qualifica-
tion injurieuse, désormais surannée, et ré-
prouvée par cet esprit de concorde et de
modération dont nous avons tant besoin pour
(1) Quel que soit le blâme qu'ait encouru le Sénat
par sa condescendance sous le gouvernement tyran-
nique de Bonaparte, l'acte de déchéance et celui de
nomination d'un gouvernement provisoire } seront
un monument pour la postérité de ce que peuvent
les institutions pour le salut de l'état.
(2) La déclaration des souverains alliés est con-
forme à ces principes.
(5)
réparer des malheurs incalculables, et qu'un
roi respectable, l'espoir et l'amour de la
France , nous recommande si expressément
avec tout le poids de son autorité et de sa
sagesse ; il l'applique sans frein comme sans
fondement à l'honorable victime de son em-
portement, avec le projet bien évident de
provoquer d'autres imitateurs d'une telle tac-
tique, bien usée (1) sans doute, mais non
moins repréhensible ; lorsqu'enfin ce libelle
diffamatoire et dangereux est crié et col-
porté avec affectation dans tous les carre-
fours et les lieux, publics de la capitale ,
n'est-il pas utile, disons-le même, n'est-il
pas indispensable d'en signaler le poison à
l'indignation des honnêtes gens, et de le flé-
trir par une critique juste mais sévère, en
attendant que les magistrats, gardiens de
(1) On sait que telle a été la ressource de Bona-
parte pour contenir la France abusée. Comme l'abbé
Barruel, il adressait cette dénomination à tort et à
travers. On se rappelle cette apostrophe de roi Jaco-
bin, en parlant du roi de Prusse.
(6)
l'honneur et du repos des citoyens , le mar-
quent du sceau de leur réprobation?
Semblable à ces animaux malfaisans dont
l'aspect seul annonce leur penchant au
carnage et à la destruction, et répand au
loin l'effroi et le tumulte , le titre de ce
pamphlet en indique d'abord la perversité :
ce titre seul est une attaque grave digne
d'être exemplairement réprimée. C'est une
supposition purement gratuite, qu'il existe
en France un parti et des hommes ennemis
de son repos et de toute subordination pu-
blique ; supposition détestable, parce qu'elle
De porte sur aucun fondement raisonnable et
qu'elle ne tend à rien moins qu'à réchauffer
de vieux ressentimens et à fomenter de nou-
velles haines.
Eh! dans quel temps ose-t-on éveiller ainsi
par un titre et un ouvrage aussi inconsidérés,
l'inquiétude des esprits sur des danger imagi-
naires et provoquer des animosités apaisées
pour jamais? c'est lorsque tous les coeurs, ivres
d'espérance et de joie, se félicitent mutuelle-
ment du bonheur inattendu d'être délivrés,
(7)
sans autre secousse et comme par miracle,
du despotisme le plus épouvantable qui ait
jamais pesé sur aucune nation ; c'est lorsque
tous les esprits éclairés et impartiaux , égale-
ment ennemis et de l'anarchie sans but et
du pouvoir arbitraire sans frein , appuyés des
déclarations solennelles des plus grands souve-
rains de l'Europe et de celle de leur propre roi,
appellent de tous leurs voeux et attendent, de
l'accord unanime de toutes les opinions, une
constitution libérale, gardienne de tous les
intérêts et protectrice de tous les individus!
Et c'est précisément à cette époque mémo-
rable où se cimente pour toujours, peut-être,
la sainte union de la liberté et du pouvoir
souverain, qu'on publie une doctrine funeste
et absurde et dont la conséquence est de ré-
tablir quelque jour cette verge de fer que la
providence vient de briser» et qui naguère
nous -frappait avec tant d'ignominie et de
férocité !
Ici nous confessons que M. l'abbé Barruel
ne ressemble point à ces écrivains malheu-
reux dont les ouvrages sont en contradiction
(8)
avec leur titre qui n'a rien de commun avec
eux : son annonce n'est point trompeuse, et
l'exorde , surtout, conforme au titre dont il
n'est qu'une amplification, ouvre, d'une façon
digne du frontispice, ce long tissu d'inveG-
tives et de mauvais raisonnemens que nous
venons de signaler et dont nous allons , en
conséquence, démontrer l'absurdité et la
malice.
Passons cet exorde et renvoyons-y seule-
ment le lecteur curieux de savoir jusqu'où
peut aller une fureur qui ne respecte ni soi
ni le public; exorde au surplus qui n'en est
pas un, puisqu'il ne fait pas même préjuger
l'objet de la discussion ; monument unique
seulement de ce que l'esprit de parti a de
plus repréhensible et le mauvais goût de plus
choquant. Et c'est un prêtre (1), ministre
(1) On n'accusera point, je crois,-les prêtres, en
général, d'être partisans de la liberté de la presse.;
et, d'après les opinions politiques de M. l'abbé Bar-
ruel, on peut penser qu'il en est personnellement
l'ennemi. Comment donc concilier avec ses principes,
ce premier acte de la licence la plus effrénée ?
(9)
d'une religion de paix et d'humanité, dont
le divin législateur a dit que son royaume
n'était pas de ce monde, et dont la morale
fondamentale de son Evangile est, pardessus
tout, le pardon des injures, qui jette , à
travers les élans dé la joie publique, ce bran-
don de discorde, ce signal de récriminations,
et qui l'accompagne d'anathêmes, de menaces
et de provocations !
Eh quoi ! Mathau, d'un prêtre est-ce là le langage?
Après cette violente diatribe , l'auteur
aborde un sujet et s'embarrasse dans une
longue et obscure dissertation, coupée d?in-
vectives et d'outrages, au sujet d'une ques-
tion abstraite sur laquelle personne ne dis-
pute , sur laquelle tout le monde est bu dé-
sire d'être d'accord , et qui , indifférente
pour la masse du public, ne semble faite, par
sa nature toute métaphysique, que pour être
résolue dans les conférences des législateurs
les plus instruits, ou dans les cabinets des
penseurs les plus profonds: le principe de la
souveraineté des nations.
( 10)
À cette occasion, M. l'abbé, injuste dans
ses invectives, n'est pas moins malheureux
dans ses raisonnemens, et les torts de ses pro-
cédés ne sont pas rachetés par la clarté de sa
logique : pour montrer que M. le sénateur
Grégoire se trompe lorsqu'il énonce ainsi son
opinion sur le mot souverain : « Le mot sou-
« verain, mal défini dans nos -dictionnaires,
« ne peut s'appliquer qu'à la nation ; car une
« nation n'appartient qu'à elle-même; la sou-
« veraineté est pour elle une propriété essen-
« tielle, inaliénable, et qui ne peut jamais de-
« venir celle d'un individu, d'une famille. ».
L'auteur de la brochure que nous critiquons
s'enlace dans ses propres filets ; car en morce-
lant chaque membre de la phrase ci-dessus,
pour les combattre séparément, il arrive, à
travers ces épithètes de jacobin, d'ignorant,
de lâche, de perfide, termes favoris de sa
diction , à ce principe qu'il pose lui-même :
que le salut du peuple est la suprême loi.
Or, je vous le demande , je le demande à
lui-même, fallait-il faire tant d'esclandre , tant
de tapage, dire tant d'injures, pour se ren-
(11 )
fermer dans un axiome qui décide la ques-
tion ? Que prétendent les publicistes les plus
favorables au principe de la souveraineté des
nations, si ce n'est la défense de cette maxime
fondamentale, que le salut du peuple est la
suprême loi ; qu'eu conséquence , lois, ins-
titutions , pouvoir suprême, tout se rapporte
à cette fin unique ? Et si tout ce que les hom-
mes ont imaginé pour la conservation de leur
société et de leur repos, se rapporte à cette
fin unique, comment trouver de la perfidie,
de l'impiété, de l'ignorance , de la malice,
disons - le enfin, pour me servir de l'expres-
sion de M. Barruel, du jacobinisme dans cette
opinion ,que la souveraineté réside dans la
nation ?
Ce principe, que la souveraineté réside dans
la nation, n'est point subversif de tel ou tel
gouvernement, et de l'ordre qui doit régner
chez tous les peuples. Il ne tend point, ainsi
que le prétend M. l'abbé, à la dissolution dé
la société, et il n'indique point dans ceux qui
le professent, « qu'ils soient des laches, et
« perfides adulateurs de cette multitude
(12 )
« qui n'a pas moins sa basse cour dans, les
« tribuns du peuple , que les despotes et
« les tyrans, les Tibère et les Néron,
« n'avaient la leur dans de vils sénateurs
« ou de bas courtisans ..... » Il ne préjuge
rien sur la nature de noire constitution pro-
chaine; mais s'il est un attentat contre l'es-
sence du gouvernement monarchique 3 il faut
en accuser non seulement M. le sénateur Gré-
goire , mais la nation espagnole qui vient de
mettre cette déclaration à la tête de sa consti-
tution , et la nation française elle-même et son
roi infortuné, qui proclamèrent le même prin-
cipe. ( Voy. art, 3 du titre préliminaire de la
constitution du 3 septembre 1791, acceptée
par le roi.)
Je sais ce qu'on peut répondre, à l'occasion
de cette dernière déclaration ; mais les consé-
quences dont on voudrait la rendre responsa-
ble n'y sont pas inhérentes, et les diverses
formes de gouvernement qui ont. suivi, en
France, la constitution de 1791, ont bien
plutôt leur source dans le débordement des
passions et dans la déviation de ce principe;»

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