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Réfutation de l'écrit publié par M. le duc de Rovigo sur la catastrophe de Mgr le duc d'Enghien , accompagnée de pièces justificatives et suivie de l'Éloge de Mgr le duc d'Enghien... par M. Maquart,... Deuxième édition...

De
129 pages
Petit (Paris). 1823. 114-VIII p. ; in-8.
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RÉFUTATION
DE L'ÉCRIT PUBLIÉ
PAR
M. LE DUC DE ROVIGO.
RÉFUTATION
DE L'ÉCRIT PUBLIÉ
PAR
M. LE DUC DE ROVIGO,
ACCOMPAGNÉE
DE PIÈCES JUSTIFICATIVES,
ZT SUIVIE
DE L'ÉLOGE DE M..Glt LE DUC D'ENGHIEN ,
QUI A BBMPOETÉ EN 181 7 LE PRIX A. L'ACADÉMIE DE DIJON ,
PAB M. MAQUART.
DEUXIÈME ÉDITION,
Augmentée de Pièces justificatives importantes.
| eA ~Ê i faut-il, Monseigneur, que j'aie quelque çjiose à TOU-
'%Ui Quelle langue commune pouvons-nous parler ; comment
-nous nous entendre, et qu'y a t-il entre vous eL moi ?
(Lettre de J.J. Rousseau à M. de Beaumont. )
A PARIS,
CHEZ
DELAUNAY, Libraire, au Palais-Royal, Galerie de bois,
N.° 243-244 ;
NOZERAN, Libraire, quai Voltaire, N." 7 ;
PETIT , Libraire, au Palais-Royal ;
Et chez MIGNERET, Imprimeur-Libraire , rue du Dragon, N ,0 29.
1823.
Il reste encore quelques exemplaires de l'Eloge de Mon-
seigneur le Duc de Berry, par. M. Maquart ; on les trouve
chez Nozeran, libraire, quai Voltaire , N.° 7.
Nota. Dans la première édition, page 32, ligne 2 , lisez i 8o4 au
lieu de 1816,
1
RÉFUTATION
DE L'ÉCRIT PUBLIÉ
PAR M. LE DUC DE ROVIGO.
UN écrit de M. le Duc de Rovigo, sur la ca-
tastrophe de Monseigneur le Duc d'Enghien.,
a été répandu avec profusion. Cet écrit ren-
ferme heaucoup- d'assertions hasardées : il
contient en outre des inculpations injurieuses
à la mémoire de l'héroïque Prince. Réfuter
les unes et combattre les autres, telle est l'u-
nique et honorable tâche que je me suis vo-
lontairement imposée. Je n'ai point à défen-
dre les personnages sur lesquels M. de Rovigo
rejette le blâme de l'acte le plus odieux ,
comme le plus déplorable : encore moins
viens-je remplir ici le triste rôle'd'accusateur,
car je gémis, avec tous les gens de bien, de
voir que dans ces temps de discorde, il ne
soit permis de se débarrasser d'une responsa-r
( 2 )
bilité terrible, qu'en assumant sur la tète
d'autrui tout le poids de cette responsabilité.
Loin de moi cependant l'idée de chercher à
affaiblir le témoignage de M. de Rovigo, en
ce qui touche les faits qui lui seraient person-
nels. La justification qu'il présente à ce sujet
n'est pas de ma compétence, et si elle se trouve
ébranlée sur plusieurs points par d'autres faits
contradictoires que j'aurai à citer, c'est que
le respect pour la vérité historique aura été
avant tout mon premier devoir comme mon
unique guide. J'apporterai, au reste, dans
cette controverse, toute la modération que
réclame la gravité des faits unie à toute la
chaleur du dévouement dont je suis animé
pour la famille des Condé : j'aurai sans cesse
présent à l'esprit, l'article de la Charte qui
commande aux citoyens l'oubli des votes et
opinions émis avant la restauration.
Je ne viens pas, dit M. de Rovigo, soulever
les passions et faire réagir l'opinion dans un
sens agitateur. Je ne tietix que faire connaître la
part que j'ai prise à cet événement, et démontrer
qu'elle n'était que la conséquence du devoir mili-
taire que je remplissais (page5 , 3. me édition,)
( 3 )•
Ni
D'après la marche que j'ai adoptée, je n'ai
Point à discuter si la conséquence dont parlé
M. * de Rôvigo découlait rigoureusement dé
son devoir militaire (1). Je dois m'arrêter
seulement sur l'époque qu'il a choisie pour là
publication de l'extrait dé ses Mémoires. La
provocation contenue dans un journal ( l'Ori-
- flamme, du 9 octobre), était-elle suffisante pour
motiver une réponse de cettê ilatùré ? A une
époque déjà assez ldfn de nous, M. de Rovigo
rentra en France afin de purger sa contu-
mace-; traduit devant un Conseil de guerre,
il* y fut traité avec tous les-égards düs à un
officier général : on ne lui refusa' pas un dé-
fenseur comme à Monseigneur le Duc d'En-
ghien, et il fut acquitté de l'accusation por-
tée contre lui d'avoir coopéré à l'événement
du, 20 mars 1815.
En.sortant, à sa satisfaction propre , d'une
affaire si épineuse, M. de Rovigo ne pouvait-
(1) Un Français , un vrai Français qui n'avait pas
le malheur de éommander une brigade de gendarme-
rie , mais qui se trouvait cependant au service du Gou-
vernement d'alors, en qualité de chargé "d'affaire
près de la république du Valais, donna sa démission
aussitôt qu'il eut appris le fatal événement.
(4)
il pas saisir l'occasion toute naturelle de se
purger aussi des autres imputations dont il
était l'objet pour la part prise par lui à l'évé-
nement du 20 au 21 mars 18o4^ N'était-ce pas
alors le moment de publier les Mémoires qu'il
avait écrits à Malte ? S'il l'eût fait il n'en serait
plus question maintenant. Mais M. de Rovigo
avait probablement à cette époque, pour gar-
der le silence, des motifs qu'il n'a plus au-
jourd'hui (1). Quoiqu'il en soit, il suffit de
(1) « Nous avons sous les yeux, dit le Journal de
Paris du 5 novembre, une lettre adressée en 1819 par
M. le général Savary à M. le comte de Caraman , mi-
nistre de France à Vienne, lettre dans laquelle on
trouve cette phrase si remarquable qui accuse aujour-
d'hui M. de Rovigo plus sévèrement que nous ne
pourrions le faire : û Je n'ai rien publié , dit-il, rien
D c.ommuniqué pour être publié sous mon nom.
1 quelques motifs que je puisse avoir de me plaindre,
» je ne veux point me venger par des moyens tels que
9 ceux dont on m'accuse, et je laisse aux honnêtes
J) gens à juger ceux qui abusent de ma position pour
» inventer de purs mensonges. Je crois donc que
a les publications qui ont été faites à Paris ont été
» forgées pour nuire à certains personnages. On ne
» peut me les attribuer en aucune façon. Je me tien-
» drai prêt à redresser l'opinion sur tout ce qui me
» sera imputé. Je neveux jamais être la cause volon-
(5)
'remarquer Tétat de la société depurs quelques
jours, pour se convaincra que M. deRôvigo
a -soulevé les passions, et fait réagir l'opinion
dans un sens agitateur.
J'aurai soin de ne pas m'attirer un sembla-
blable rèproche. Je saute les-détails que
donne M. de Rovigo, sur sa filiation et son
avancement, et je passe tout de suite au récit
de la conspiration de Georges, qui fut décou-
verte au mois de pluviôse an 12 ( février 1804. )
Deux subordonnés de Georges déclarèrent que,
tous les dix ou douze jours , leur mattre recevait
la visite d'un -personnage dont ils ignoraient le
nom, mais qui devait être d'une haute impor-
tance.
Il paraissait âgé de trente-six ans; ses che-
veux, étaient blonds 3 son front dégarni, sa taille
et sa corpulence moyenne3 sa mise soignée; on
lui témoignait beaucoup d'égards, et lorsqu'il
entràit dans l'appartement, tout le monde se le-
vait et me s'asseyait plus, même MM. de Poli-
gnac et de Rivière. Il s'enfermait habituellement
» taire du chagrin de qui. que ce soit. Si j'étais né
» méchant, j'aurais déjà recouru depuis long-temps
» aux moyens que l'on parait tant redouter. Mais mon
» ouvrage ne contiént rien de semblable, etc. il
( 6 )
avec Georges j, et l'un et l'autre étaient toujours
seuls, (Page 11. ) -' -
Que pouvait être ce personnage mysté-,
rieux? L'imagination remplit alors §oi\ rôle Z-
-( Page 12, ) On fait l'appel des Princes de la
Maison de Bourbon, et l'on s'arrête naturel-
lement à Monseigneur le Duc d'Eoghien, alors
dans les Etats de Bade , près du Rhin, et dont
le .signalement paraissait s'accorder avec celui,
de l'étranger vu chez Georges.. Un agent est
aussitôt envoyé sur les lieux. Cet homme n'é-.
tait pas sans capacité , mais son imagination
avait sur luiplus d'empire que la raison. (Page i5.)
Il paH eh diligence et arrive à. Strasbourg..
La il a pu apprendre que le Duc d'Enghien venaip
presque toutes les semaines au spectacle da ns ce
yille.., C'est une particularité * ajoute M. de Ro,
vigo, qui-m'a été assurée par une personne qui lui
était attachée lors de -soit'enlèvemeit-t. (Page 16.)
•U se pouvait fort bien que l'agent dont il
s'agit eût étendu dire à Strasbourg que le
Duc d'Enghien y venait au spectacle', et que
même le Prince était allé jusqu'à Paris sous
le Directoire. De pareils bruils couraient aussi
à Londres, et }Ionseigrtelir le Prince de Condé
y fut tellement trompé, qu'il écrivît à ce sujet
à son petit-fils. ( Voir Pièces justificatives
( 7 )
N." 2. ) Monseigneur le Duc dEnghien répon-
dit le 18 juillet 1803 (voir Pièces justifica-
tives, N. ° 3-), en donnant sa parole d'hon-
ueur la plus sacrée que pareille idée ne lUi
était jamais entrée et ne lui entrerait jamais
dans- la tête. Que penser d'après cette réponse,
de l'assurance donnée à M. de Rovigo par une
personne attachée- au Prince..
Plein de ces premieres idées, l'officier se 'rend
de Strasbourg'à Ettenheim, observe, questionne
çt conclut de tout ce qu'il, voit, de tout ce qu'il
entend, que la complicité mdu huc d'Enghierir avec
Georges est un fait démontré ( page 16).
Ici., M., de Rovigo donne des détails sur la
vie simple et retirée, que menait le duc d'En-
ghien à Ettenheim, Il explique parfaitement le
motif des absences de 10 à 12 jours^que faisait
* le jeune Prince pour se livrera la chasse pas-
sion favorite, héréditaire dans sa famille.. (1)
.On aime à voir combien M. le duc de Ro-
vigo paraît persuadé aujourd'hui., et de la
parfaite innocence du Prince, et de la crédu-
lité grossière de son espion qui, peut-être >
(1) Toat le monde sait le cruel acoident que Mon-
seigneur le Duc de Bourbon a éprouvé à la chasse, il
y a un mois.
(8)
n'a du être surpéfisée que par la crédulité des
chefs qui adoptèrent ses rapports.
Cependant l'agent se hâte de terminer ses
observations, les rédige, et il fait tenir son
travail à Bonaparte par un personnage inter-
médiaire.
Des conseillers officieux ont eu soin de faire
entendre et même de prouver arithmétique-
ment au premier Consul, que les absences du
Prince pendant une dixaine de jours sont
employées à faire des voyages à Paris. On ne
voit le mystérieux personnage chez M. Georges
Cadoudal', qu'à de semblables intervalles : il
y a nécessairement identité ? et comme sans
doute le premier Consul n'a pas le temps
d'attendre que le Duc d'Enghien vienne heb-
domadairement au spèîtacle à Strasbourg, ou
se rende décadairement à Paris , chez M. Ca-
doudal, il ordonne d'enlever le Prince à Et-
tenheim , avec tous ses papiers auxquels on
attachait un grand prix.
M. de Rovigo était en Normandie , lors de
l'enlèvement : ce n'est pas cette circonstance
qui m'occupe. Je songe à la déclaration des
denx * subordonnés de Georges, concernant
l'étranger mystérieux. On a les papiers du Duc
d'Enghien : certainement ces papiers contien-
( 9 )
nent des preuves de sa connivence avec
M. Cadoudal ; et d'ailleurs ne va-t-on pas
confronter le Prince et les subordonnés de
Georges ? Voilà Bonaparte une fois heureux
en sa vie ! Il a trouvé moyen d'avilir un Bour-
bon ; il va avoir les preuves que ce Bourbon
veut l'assassiner. Mais, chose incroyable, qui
passe toute imagination , même celle si com-
plaisante des agens de Bonaparte , on n'a
trouvé dans les papiers du'Duc d'Enghien
aucune trace de sa culpabilité.
J'ai vu à l'armh, annonce'M. de Rovigo ,
plusieurs des juges du Duc d'Enghien ; tous
m'ont dit que les aveux du Prince l'avaientperdu;
que jamais ils n'auraient trouvé sans cela dans
les pièces qu'on leur avait remises, des moyens
suffisans pour le condamner. ( Page 4o. )
Il n'y avait pas de preuves dans les papiers,
cela est positif : pourquoi ne recourait-on
pas à la confrontation ? Il était cependant
important pour Bonaparte de trouver un cou-
pable t une instruction préalable, ne fût-elle
que de quelques heures, était au moins néces-
saiae. Bonaparte le jugea ainsi plus tard-
alors il savait très-bien qu'il n'était plus temps.
Néanmoins il fixait sur M. de Rovigo ses yeux
de lynx , et répétait :
( 10 )
« Il y a là quetque chose que je ne comprends
? pas: que la Commission ait prononcé sur l'a-
p veu du Duc d'Enghien, cela ne me surprend
,9 pas; mais enfin on n'a eu cet aveu qiteii com-
D mençqnt le jugement > et il ne devait avoir lieu
v qu'après que M. Réal l'aurait interrogé sur un
» point qu'il importait d'éclaircir. D Et il me ré-
pétait encore : cr Ily a, là quelque chose qui me
» passe -f voilà un crime qui ne mène a rien, et.
» qui ne tend qu à me rendre odieux. (Page 44-)
Aussi plus tard, en apprenant qu-e le per-
sonnage mystérieux qu'on avait pris pour le
Duc d'Enghien 'était Je général Pichegr-u ? Bo-
naparte serait devenu rêveur, se serait em-
porté contre le confident qui l'avait trompé
d'une si indigne manière, et %néanmoins -au-
rait continué à le garder près de lui. Peut-
être Bonaparte tenait-il encore à être trompé,
disons mieux, servi dans une autre occasion
de cette nature.
M. de Rovigo nous assure qu'en 1810 ,
il demanda le mot de cette énigme à M. Réal.
Ce fut lui qui m'apprit-ce que j'ai déjà ra-
conté des dispositions des deux -subtJrdonnéfw de
Georges. Ce fut lui qui me parla de l'inconnu
qui se rendait mystérieusement chez Georges
du respect qu'on lui portait y des conjectures que.
( Il )
l'on forma à ce sujet, et de la résolution qu'on
prit d'enlever le duc d'Enghien. On voulait le
confronter avec les agens de Georges, çt s'assu-
rer qu'il était réellement le personnage qui se
rendait chez ce chef de conjuration. Ce ne devai-t
être que dans le cas où il aurailété reconnu, qu'il
devait être jugé. M. Réal lui-même soupçonnait
une intrigue, et se montrait disposé a croire qu'on
n'avait hâté la catastrophe que pour empêcher que
la vérité ne fût connue. ,
« On ne songeait point, me dit-il, au général
» Pichegru., lorsque l'on découvrit que le petit
» général boiteux qui avait accompagné le géné-
» ral Moreau au rendez-vous du boulevard, était
» le général Lajollais. On l'arrêta; on le con-
» fronta avec un des domestiq ues de Gtorges, qui
» le reconnut. Un mot qui lui échappa sur la mai-
o son où ilétait descendu servit à faire connaître la
» présence de Pichegru à Paris. On chercha aus-
» sitôt à se saisir de sa personne ; 100,000 francs
» promis à celui qui le livrerait eurent bientôt fait
» d'un ami un traître. Vingt jours s'étaient écou-
d lés depuis son arrestation, lorsque le duc d' En-
» ghien fut enlevé ; il fallait quelque temps pour
» réunir des matériaux contre le général Piche-
» gru, dont il n'avait pas encore été qaestion. Il
» fut d'abord interrogé seul; et comme il se ren-
C 12 )
» fêrmait dans un système de dénégation absolueT
» on prit le parti de le- confronter successivement
J).. avec tous les individus compromis dans la même
» affaire. Ce fut dans une de ces confrontations
» qu'il fui reconnu pour le personnage mystérièux
J) qui se rendait chez Georges tous les dîx ou
J) douze jours ; et devant lequel tout le monde se
» tenait dans une attitude- respectueuse. J)
M. Réal" en apprenant, ces particularités, fut
frappé de stupeur, il courut chez le premier Cunsul
pour lui en fàire part; et après-quelques momens
de silence il s'écria: « lh l malheureux T. ,
que m as-tù fait faire ! »
Mais il était trop tard, le duc d'Enghien était
mort victime de cette méprise^P. 45)
• m •
IL ÉTAIT TROP TARD !
J'ouvre la volumineuse procédure de la
conspiration de Georges, et je votis que le nom-
mé Louis Picot, 'subordonné de Georges, a
déclaré le 25pluviose an 12 ( 15 février 18o4 ),
devant le préfet de police :
Que Georges et le général Pichegru ont dé-
barqué en France l'un après l'autre ; que
Georges avait pour Pichegru tous les égards pos-
sibles ; que la chambre de Pichegru à Chail-
lot était au rez-de-chaussée, et que Georges.
( i3 )
la lui avait cédée pour coucher au premier
étage ( Voir pièces just. n.* 7. A.)
Cette déclaration est antérieure d'un mois
à l'enlèvement du prince.
IL N'ÉTAIT DONC PAS TROP TARD pour avertir
le premier Consul.
C'est le même Louis Picot qui paraît de-
vant M. le conseiller d'état RÉAL, à la date
> du i. er ventose an 12 (21 février -1804) c'est-
à-dire', 23 jours avant l'enlèvement de M. gr
le duc d'Enghien, et QUI DÉCLARE-A M. RÉAL
QUE LE GÉNÉRAL PICHEGRU VA CHEZ GEORGES (FOir
pièces just. n." r;. B. )
C'est Léridant, accusé, arrêté avec Georges
dans son cabriolet, et Yerdet autre accusé,
qui , le 21 ventose an 12 (12 mars 1804, )
devant le juge d'instruction séiftit au temple,
sont cpnfrontés avec le général Pichegru , et
qui déclarent le reconnaître pour le .person-
nage dont ils ont fait mention allant à Chaillot
chez Georges. (Voir pièc. justif., n.° 7. C. ).
Cette confrontation est antérieure de 9 jours
au jugement du duc d'Enghien.
IL n'ÉTAIT DONC PAS TROP TARD pour avertir
IL n'ÉTAIT DONC PAS TROP TARD pour avertir
le premier Consul.
C'est encore Louis Picot, qui, le 24 ventose
an 12, (t 5 mars IBoll) devant le juge du tribu-
(14 )
nal criminel fie la Seine, est confronté avec le
général Pichegru , et déclare le reconnaî-
tre pour le personnage vu chez Georges
( Voir pièc. justif., n.° 7 , D. ).
Cette confrontation est antérieure de six
jours au jugement du Prince. * -
IL N'ÉTAIT DONC PAS TROP TARD pour avertir
le premier Consul.
Je vais faire quelques pas rétrogrades, et
me reporter à l'époque où l'infortuné Prince
rentra en France , non pas comme il l'espé-
rait, avec le rang que le sort lui avait départi,
mais comme prisonnier. Ce n'était qu'à Vin-
cennes qu'il devait reprendre son rang et se
montrer en héros.
Le Prince fut amené à Strasbourg ; le télégra-
pite annonça son départ de cette ville, il fut
transféré à Paris. ( Pag. 22 ). (1)
(1) Le Prince croyait restera Strasbourg quelquo
temps. On lui avait donné un logement plus com-
mode que celui qu'il occupa à son arrivée: les officiers
supérieurs de la garnison , et quelques personnes qui
n'étaient point des officiers, lui faisaient de fréquentes
visites. Le Prince s'expliquait librement avec eux, té-
moignait son impatience d'être prisonnier, et disait
qu'il était fâché qu'on l'eût empêché de faire feu lors
de son arrestation , parce qu'alors il serait mort les
armes à la main ; qu'au surplus , c'était les armes à
(iD )
Voilà la première fois qu'on énonce que
M.s' le duc d'Enghieii fut transféré à Paris.
Toutes les relations s'accordent à dire qu'ar-
rivé entre quatre heures et quatre heures et
-demie près d'une des barrières de la Capitale,
probablement celle de Pantin à laquelle abou-
tit la route de Strasbourg, la voiture qui
transportait le Prince reçut l'ordre de filer
"le long des murs par les boulevards exté- ,
rieurs et de se rendre* directement à Vincen-
nes. Une des pièces justificatives annexées au
procès-verbal d'exhumation , ( Voir Pièces
justif. , n." 61 ) La déclaration de M. me Bon 3
'Constate que cette dame se trouvant chez la
femme du Commandant de Yincennes, vit ar-
river Iè 20 mars, Sur les cinq heures du soir,
la voiture à 6 chevaux de poste qui condui-
sait le Prince.
Jusques-là j'étais étranger à tout ce qui ve-
nait d'avoir lieu, lorsqu'étant de service à la
la main qu'il sç proposait de combattre le premier
Consul. (Voir pièc. justif., N. ° 8. ) On assure qu'à la
suite d'une de ces conversations, le télégraphe de
Strasbourg joua toute la matinée, et que dans 1a nuit
suivante, vers une heure du matin, le Prince partie
en poste.
(i6),
Malmaison, je fus, à cinq heures - du soir (1) ,
appellé dans le cabinet du premier Consul, qui
me remit une lettre cachetée , avec ordre de la
porter au général Murat, gouverneur de Paris.
Je partis à cheval, j'arrivai chez lui vers les
six heures du soir, et me croisai sous la porte
- avec le ministre des relations extérieures, qui en
sortait.
Comme je l'avais vu le matin à la JylalmaisÓn,
et que je savais le généralmMurat malade au point
de garder son appartement, je ne m'arrêtai pas
à la réflexion que cette heure n'était pas l'heure
ordinaire du ministre., et je mis cette visite sur le
compte de la maladie.
Le général prend la lettre > la lit* et me dit
qù'on me fera part incessamment des ordres qui
me concernent dans ceux que je viens de-lui re-
mettre.
- Je déclare ici dans toute la sincérité de. mon
cœur j et sous la garantie de l'honneur militaire ,
que j'ignorais entièrement qu'il fût question de
M. le 'Oduc d'Enghien, que je n'avais nullement
connaissance de son enlèvement aÍt-delà du RAm.
(i) M. de Rovigo n'indique pas la date du jour ;
mais on va voir que c'était le jour de l'arrivée du Prince
à Yincehnes, le 20 mars 1804.
( 17 )
2
ni de son arrivée à Paris ; on ne m'en avait pas
dit un mot à la Malmaison > si ce n'est vaguement,
au moment de mon départ ,et , je crois , parce que
la dépêche télégraphique qui annonçait son départ
de Strasbourg venait d'arriver , et que l'on en
chuchotait dans le salon de service. J'étais, en
partant du château, dans la ferme persuasion que
je devais y retourner après avoir rempli ma mis-
sion. Le mot seul du général Murât me porta vers
d'autres pensées.
Je reçois l'ordre de prendre sous mon comman-
dement une brigade d'infanterie qui occupait les
extrémités du faubourg Saint-A ntoine 3 et qui
devait st réunir à Vincennes à dix heures du soir.
Comme ma légion de gendarmerie était à III
proximité de ce corps ( elle occupait l'Arsenal) ,
j'avais été chargé d'observer si l'on ne cherchait
point à le détourner de ses devoirs; quand je dis
moi, c'est ma légion; car j'étais le plus souvent
absent. La découverte de la conspiration de Geor-
ges , où Moreau se trouvait compromis, excitait
la sollicitude du gouvernement jusque dans les
moindres choses.
La gendarmerie d'élite, dont j'étais colonel,
ne faisait point encore partie de la garde ; elle ap-
partenait à la garnison de Paris ; elle se compfJ-
sait d'un petit bataillon et de quatre escadrons de
(.8)
cavalerie choisis sur le corps entier de la gendar-
merie.
Elle avait repu ordre du gouverneur de Paris
d'envoyer son infanterie et un fort détachement
de. cavalerie tenir garnison à Vincennes , et le
double de cet ordre m'avait été expédié. -
Vers huit heures du soir, je me rendis moi-
même sur les lieux poury rassembler la brigade.
J'étais occupé à disposer ce corps et la gendar-
merie à toutes les issues d; la place, lorsque je vis
arriver les membres de la commission militaire.
Jusqu'au moment où l'on m'apprit à Vincennes
que le duc d'Enghien y était arrivé à quatre heures
- du soir .venant de Strasbourg , sous l'escorte de
la gendarmerie, je croyais fermement qu'il avait
Mé trouvé dans une cachette de Paris 3 comme les
compagnons de Georges, tant je m'étais peu ar-
rêté à ce que l'on croyaitsavoir de la dépêche télé-
graphique.
J'ai transcrit-en entier ce passage, afin que
le lecteur puisse juger des inexactitudes que
je vais y faire remarquer.
M. de Rovigo fut, dit-il , appelé dans le
cabinet du premier Consul à cinq heures ;
mais une heure auparavant, ( à quatre heu-
res ) le Duc d'Enghien- était déjà arrivé sous
les murs de Paris., et le premier Consul le sa-
( 19 )
2..
vait sans doute. Si l'on chuchottait dans le
salon de service au départ de M. de Rovigo ,
c'était probablement sur cette nouvelle. Car
de penser. qu'on s'occupât alors de la dépê-
che télégraphique, cela serait absurde. Le
Duc d'Enghien avait quitté Strasbourg le 18
mars au matin; la dépèche télégraphique qui
annonçait son départ de cette ville avait dû
arriver le même jour 18 mars, et c'était une
nouvelle devenue bien ancienne le 20 mars à
5 heures du soir. Au reste on peut. bien ad-
mettre, puisque M., de Rovigo l'atteste dans
toute la sincérité de son cœur, et qu'il n'ex-
iste pas de preuves du contraire, on peut
- admettre que M. de Rovigo ignorait entière-
ment qu'il fût question du Duc d'Enghien ;
on peut croire qu'il n'avait nullement connais-
sance de l'enlèvement de ce prince ; qu'il ne
lui en avait pas été dit un mot à ta Malmaison,
si ce n'est vaguement a-u moment où il quitta
cette résidence ( à cinq heures ), et parce
que .la dépêche télégraphique qui annonçait son
départ de Strasbourg venait dl arriver, après
être restée trois journées complètes en route,
ce que n'aurait pas fait le plus mauvais cour-
rier.
Si le premier Consul ignorait l'arrivée du
( ao ) ,
prince et ne connaissait encore que son dé-
part de Strasbourg, pourquoi nommer d'a-
vance une commission militaire qu'on avait
sous la main ? Je sais bien que M. de Rovigo
pourrait objecter que s'il est vrai ( comme je
me charge de le prouver ) qu'on ait creusé la
fosse avant le jugement, on pouvait comman-
der le jugement avant l'arrivée du Prince. A
ce dilemme je n'ai rien à répondre.
Tous ces petits détails sont sans doute peu
importans. pour la justification de M. de Ro-
vigo, dont j'ai dit que je ne m'occupais pas.
Et en effet, que M. de Rovigo ait cru ferme-
ment que le prince avait été trouvé dans une ca-
chette à Paris comme les compagnons de Georges,
libre à lui : sa croyance n'a rien de commun
avec la mienne ; mais ce qu'il im porte de dé-
montrer, c'est l'inexactitude de M. Rovigo,
et j'aime mieux en accuser sa mauvaise mé-
moire que sa bonne foi. vf
La commission s'assembla dans la grande salle
de la partie habitée du château ; sa séance ne fut
point mystérieuse , comme on l'a dit dans quelques
pamphlets ; elle avait été convoquée, non d'aprfs:
un ordre du premier Consul seulement mais d'a-
près un arrêté du gouvernement, contresigné par
le secrétaire d'État , et adressé au gouverneur
de Paris, qui le remit au président.
( 21 )
Chacun des membres qui la composaient avait
refu séparément sa nomination avant de se rendre
à Vincennes, et cela sans avoir vu personne ;
carie temps qui auraitété physiquement nécessaire
pour pratiquer quelques menées près d'eux Sa-
vait pu exister 9 si leur caractère personnel d'ail-
leurs n'avait pas repoussé l'emploi de ce moyen.
Les portes de la salle étaient ouvertes et libres
pour tous ceux qui pouvaient s'y rendre A CETTE
HEURE. Il y avait même assez de monde pour
qu'il m'ait été difficile, étant arrivé des der-
niers-, de pénétrer derrière le siège du président,
où je parvins à me placer j car il me tardait d'en-
tendre les débats de ce procès. (Page 29)
Quand M. de Rovigo énonce que la séance
ne fut pas mystérieuse, il veut dire quelle ne
fut point un .mystère pour ceux qui en fai-
saient partie ou qui étaient chargés de protéger
ses délibérations : je le crois. Je crois aussi que
les portes de la salle étaient ouvertes et libres
pour ceux qui pouvaient s'y rendre à cette
heure, bien que M. de. Rovigo n'indique point
cette heure ; parce que je suppose qu'è cette
heure, la retraite était sonnée et qu'on avait déjà
levé les ponts -levis du château. Il est donc
certain que ceux des habitans de Vincennes
qui ne dormaient pas , et qui pouvaient sau-
- ( 22 )
ter le fossé, étaient libres d'assister à la séance
de la commission. Je1 doute cependant qu'on
les eût bien reçus. Quant aux employés civils et
militaires du château, et à l'exceptfon de ceux
qui étaient spécialement commandés, j'ai lieu
de croire qu'ils furent tous consignés. La jne-
sure était indispensable afin que le secret de
ce qui se passait dans la salle ne transpirât
point, et en effet s'il avait transpiré, nous
saurions aujourd'hui par d'autre bouche que
celle de M. de Rovigo, la discussion qui eut -
lieu entre les juges et la victime.
- - Cette discussion était déjà entamée, quand
M. de Rovigo entra dans la salle. Il entendit
le Duc repousser, avec indignation, l'accusa-
tion d'assassinat, et à la chaleur avec laquelle
le Prince s'exprimait, il était aisé de voir , dit
M. de Rovigo, que le Prince ne se doutait nulle-
ment de l'issue de ce pièces. La Commission se
trouvait à cet égard plus instruite que M,gr le
duc d'Enghien ; car après lui avoir fait enten-
dre qu'elle ne pouvait croire qu'il fut indiffé-
rent à des év-énemens dont toutes les conséquences
devaient être pour lui, elle l'engagea à réfléchir,
et l'avertit que cela pouvait devenir sérieux.
Suivant M. le duC::de Rovigo, le duc d'En-
ghien, après un moment de silence , répon-
dit d'un ton grave :
( 23 )
* Monsieur, je vous comprends très-bien ; mon
intention n'était pas d'y rester indifférent. J'a-
vais demandé à L'Angleterre du service dans
» ses armées, et elle m'avait fait répondre qu'elle
» ne pouvait m'en donner , mais que j'eusse à
» rester sur le Rhin, où j'aurais incessamment
» un rôle à jouer, et j'attendais. Monsieur, je n'ai
'.pl':ts rien à vous dire. » ( Page 31 ).
M. de Rovigo affirme qu'il écrivit cette ré-
ponse , et que s'il la cite aujourd'hui de mé-
moire., il ne croit pas en avoir oublié une seule
syllabe.
Ceci est une assertion. Or , une assertion
doit-elle suffire pour amener la conviction
complète? Non, elle engage un esprit réflechi à
suspendre son jugement : je suspends lemien.
En attendant que le témoignage isolé de M. de
Rovigo * devienne irrécusable pour moi, je ne
vois pas d'inconvénient à admettre, comme
hypothétique, le fait qu'il vient d'attester.
Les aveux du Prince l'ont perdu ! Le Prince
aurait dit que son intention n'était pas de res
ter indifférent.à ce qui se passait en France,
et cela a suffi pour le faire déclarer coupable
à L'UNANIMITÉ , d'avoiv pratiqué des intelligences
dans la Place de Strasbourg, tendantes à faire
soulever les Départemens circonvoisins , afin d'y
C 24 )
opéfer une diversion favorable à l'Angleterre.
( Voir pièc. justif. , n.° 5. ) Il a dit que l'An-
gleterre lui a fait connaître qu'il eût à rester
sur les bords du Rhin , où il aurait incessam-
ment un rôle à jouer , et cette promesse, d'un
rôle qui n'était probablement qu'une décep-
tion dont l'Angleterre àmusait l'ardeur che-
valeresque du jeuiie Prince , a paru suffisante
pour le faire déclarer coupable d'être l'un des
fauteùrs et complices de la conspiration tramée
par les-Anglais , contre la vie du premier .Con-
sul (1). ( Voir pièc, justif. , n.° 5).
Un des autres chefs d'accusation inculpe le
Prince d'avoir, comme émigré , porté les ar-
mes contre "la république française -, et la
Ccnhoiission prononce à l'unanimité , qu'il est
coupable. Oui, coupable de. s'être conduit
comme devait se conduire un Condé, et la
postérité confirme aujourd'hui le jugement
de la Commission.
» La Commission se croyant suffisamment éclai-
(1) Accuser un Condé d'assassinat, cela ne pouvait
entrer que dans la tête des seïdes de-Bonapèrrte ! mais
il est des seïdes de toutes les opinions, et j'ai dû., au
nombre des Pièces justificatives ( voir le N.° i ), com-
prendre une lettre que M. le Prince de Condé a écrite
p. M. le comte d'Artois, au sujet d'une proposition de
- cet horrible genre qu'on avait osé à faire S. A. S.
( 25 )
rée, ferma la discussion , et fit évacuer la salle
pour délibérer en secret. Je me retirai avec les
officiers de mon corps, qui, comme moi3 avaient
assisté aux débats,. et j'allai rejoindre les trou-
pes qui étaient sur l'esplanade.
La Commission délibéra fort long-temps : ce
ne fut que deux heures après l'évacuation de la
salle j que l'on vonnut -son jugement..
L'officier qui commandait l'infanterie de ma
légion vint me dire avec une émotion profonde *
qu'on lui demandait un piquet pour exécuter la
sentence de la Commission militaire. « Donnez-
le , répondis-je. — Mais où dois-je le placer ?
- Là oùvous ne pourrez blesser personne. » (Car
déjà les habitans des populeux environs de Paris
ÉTAIENT SUR LES ROUTES POUR SE RENDRE AUX DI-
TERS MARCHÉS. (Page 34.)
J'ai dit que M. de Rovigo n'avait pas fait con-
naître l'heure où la commission s'est assem-
blée j et cet oubli qui, je le crois, ne sau-
rait être volontaire , m'avait laissé sans
point de départ pour fixer l'heure de la con-
sommation du jugement. Mais la réflexion qui
termine les deux réponses de M. de Rovigo(i)
(1) Ces réponses , rapportées avec tant de simpli-
cité , le Journal de Paris du 5 novembre n'a pas craint
(a6)
a jeté tout-à-coup un foyer de lumière sur
l'objet de mes recherches.
Tout le monde sait que c'est ordinairement
de minuit à quatre heures du matin, que
les habitans des campagnes environnantes de
la capitale vont porter leurs denrées, non pas
aux divers marchés , où ces denrées ne seraient
pas admises, ( et je m'étonne que M. de Ro-
vigo qui a eu. sous ses ordres l'édile de la Tille
de Paris,- ait ignoré cette circonstance), mais
au grand marché, à la halle enfin, où elles
sont adjugées aux marchands. Aussitôt les ven-
tes terminées., de quatre à six heures du ma-
tin., ces mêmes habitans s'en reviennent à vide
chez eux. Il ne paraît pas que la sûreté des
habitans qui revenaient du marché le 21 mars,
ait intéressé M. de Rovigo dans la circonstance
dont il parle ; il s'est occupé seulement, des
habitans des populeux environs de Paris qui
étaient sur les routes pour se rendre aux di-
vers marchés. Or, comme l'on s'y rend de
minuit à-quatre heures, je dois conjecturer
que l'exécution a eu lieu entre minuit et quatre
heures du matin.
de les attaquer méchamment, en disant : qu'il ne
savait pas ce qu'on devrait préférer d'avoir signé
le jugement ou de les avoir faites.
( 27 )
Mais M. de Rovigo donne un démenti for-
mel à cette conjecture par le raisonnement
suivant :
A quelle époque 3 dans quel mois, à quel jour
a eu lieu le jugement de M. le duc d'Enghien ?
En 1804 J au mois de mars , le 21 de ce mois.
A quelle heure a eu lieu l'exécution de ce fatalju-
gement? A six heures du matin; le fait est attesté
par des pièces irrécusables, A quelle heure le so-
leil se lève-t-il dans cette saison ? à' six heures.
Eh bien ! fallait-il, il l'heure ou se lève le soleil,
en plein air 3 fallait-il une lanterne pour voir un
homme à six pas (ce n'est pas que te soleil fût
clair et serein; comme il était tombé toute la nuit
une pluie fine , il restait encore un brouillard hu-
mide qui retardait son apparition) ? (Page 36).
Le 21 mars, dit M. de Rovigo , le soleil se
lere à six heures du matin.
Cette proposition me paraît démontrée.
A l'heure où se lève le soleil, en plein air,
faut-il, dit M. de Rovigo , une lanterne pour
voir un homme à six pas ?
Non. à moins cependant qu'il ne règne
un brouillard comme celui dont parle M. de
Rovigo.
M. de Rovigo dit encore : l'exécution a eu
(-28 )
lieu à six heures du matin: le fait est attesté
par des pièces.irrécusables.
Où sont ces pièces?
Il résulte au contraire d'une pièce irrécu-
sable, LE -PROCÈS. VERSAI, D'EXHUMATION , -inséré
dans le Moniteur du 3o mars 1816,'( Voir pièc.
justif. n. °6) qu'une enquête a elu lieu 18 mars
1816 ,. deux jours avant l'exhumation , pour
constater le lieu où le corps de M. gr le duc*
d'EngJiien avait été enterré.,
Les témoins entendus dans. cette enquête,
ont unanimement déposé :
«,1.° Que M:.sr le duc d'J::nghien était ar-
» rivé au château de Vincennes, le 20 mars,
* entre cinq et six heures de l'après midi. t
-, » 2. 0 Qu'il avait été reçu à la descente de
à voiture,. par le commandant du château,
» et conduit dans une chambre où il avait été
» gardé à vue;
» 3.° Que DANS tA NUIT SUIVANTE , il avait été
» traduit devant un Conseil de guerre quis'é-
» tait tenu au pavillon de la porte du Dois,
» jugé et IMMÉDIATEMENT APRÈS CONDUIT DANS
» LES FOSSÉS OU N AVAIT ÉTÉ FUSIL-LÉ par un GJéta-
». chement de la gendarmerfe-d'élite
« 4,0 Que les gendarmes employés à l'exé-
» -Ctltion l'avaient sur-le-champ enterré tout
( )
f- habillé, dans UNE FOSSE PRÉPARÉE D'AVANCE, à
» trois pas de là , derrière un mur servant à
» enclore un dépôt de décombres. » • 1
Ainsi, non-seulement L'EXÉCUTION A EU LIEU
DANS LA NUIT , MAIS ELLE A IMMEDIATEMENT SUIVI
LE JUGEMENT. Ce-qui réfute une autre assertion
de M de Rovigo (note, page 35), qui porte
qu'entre la sentence et son exécution on avait
creusé une fosse.
Mais peut-être M. de Rovigo fera-t-il obser-
ver que le procès-verbal mentionne plusieurs
dépositions. unanimes reçues dans cette enquête,
et que ledit procès-verbal ne rapporte que la
déposition de madame Bon.
Qu'a déclaré madame Bon ?
..Elk a déclaré a qu'étant à l'époque du mois
» de mars 1816, maîtresse de pension à Vin-
» cennes, elle avait, entr'autres élèves, la fille
» de-madame H.; que le 20 mars, l'ayant
» ramenée à sa mère sur les cinq heures de
» l'après-midi , elle vit arriver dans la cour
a du château une voiture à six chevaux, et en
J) descendre un homme d'une figure et d'une
» taille distinguées , qui fut reçu par le sieur
a B. , employé du château, et bientôt après
» par M. H. , commandant. Qu'étant mon-
» tée chez la dame H. , elle apprit de la
( 3o )
» bouche même du commandant, que ce per-
» sonnage était vraisemblablement un Prince
» que le sieur H. paraissait ne pas connaî-
» tre; qu'elle n'en pût savoir davantage, étant
» sortie sur les six heures de chez ma- -
» dame H. , qu'elle laissa dans une douleur
» profonde (i). Que le lendemain on lui dit
» que le personnage qu'elle avait vu la veille
J) était M.gr le Duc d'Enghien , lequel avait été
» FUSILLÉ DANS LA NUIT, et enterré sur-le-champ
» dans le fossé. »
M. de Rovigo pourrait remarquer encore,
quedans cette déposition, l'unique qu'on pro-
duise, il n'est questionni que leD. d'Enghienait
été traduit devant un Conseil de guerre tenu au
pavillon de la porte du bois, ni que ce Prince
ait été jugé , ni qu'il ait été immédiatement après
conduit dans les fossés et fusillé par un détache-
ment de la gendarmerie d'èlite, ni qu'il ait tyé
enterré tout habillé > dans une fosse préparée d'a-
(i) Suivant cette déposition, dont la sincérité paraît
évidente, on savait déjà au château que le Prince-se-
rait fusillé : car comment expliquer autrement la
douleur profonde de madame H. ? Cette dame n'i-
gnorait pas sans doute qu'on s'occupait déjà à creuser
la fosse.
( Ol )
vnnce, à trois pas de là, derrière un mur servant
à enclore un dépôt de décomb;es. (Pièces justifie. )
J'avais fait depuis long-temps absolument
les mêmes remarques que pourrait faire M.- de
Rovigo; mais je m'en suis toujours tenu au
résultat constaté par l'enquête du 18 mars
1816, que ledit procès-verbal d'exhumation
produit dans sa note N." 3. (r oir-Pièces jus-
tificatives. ) -
Ce procès-verbal d'ailleurs ne cache pas que
deux témoins, -autres que madame Bon, ont
déposé en même temps que cette dame. Il les
désigne, l'un sous le nom du sieur Godard,
l'autre sous le nom du sieur Bonnelet, et il
ajoute que ces deux témoins ont conduit les
commissaires à la place qu'Us avaient indiquée
dans leurs déclarations 3 au pied du pavillon de la
Reine j et que Bonnelet s'est mis au nombre des
travailleurs. (Voir Pièces justificatives. )
Quel était donc ce sieur Bonnelet qui s'était
mis au nombre des travailleurs? J'ai fait à ce
sujet, sur les lieux, beaucoup de recherches,
et voici les seuls renseignemens qu'on a pu
me procurer :
Le sieur Bonnelet est un bon vieillard qui
doit être aujourd'hui âgé de 67 à 68 ans, et
qui, à l'époque de la catastrophe, était ma-
( 32 )
nouvrier à Vincennes. Il reçut le ao mars
1804, l'ordre de creuser dans le fossé du châ-
teau , et dans l'enceinte formée par un mur
de cinq pieds de hauteur environ , au bas du
pavillon de la Reine , une fosse pour y retirer
des décombres et immondices. Quelques jours
après, ayant été visiter la place, il a trouvé
la fosse comblée et la terre relevée au-dessus
en forme de sépulture. Pendant un certain
temps, une sentinelle fut placée près du pa-
rapet, pour empêcher de regarder dans le
fossé.
C'était en 1816, au mois de juillet, que
je me livrais à ces recherches : je m'occupais
alors de l'Eloge de Monseigneur le Duc d'En-
ghien, proposé au concours par l'Académie
de Dijon. Je me rendis à Vincennes pour y
chercher des souvenirs. J'obtins l'entrée du
château. J'allai me prosterner d'abord devant
le cercueil qui renferme toute la postérité
des Condé : j'interrogeai vainement l'é-
norme pierre trouvée dans la fosse du Prince,
et qui peut-être servit à achever l'exécu-
tion (1) : cet horrible témoin fut muet Je
(1) Le procès-verbal conslale que le crâne a été
brisé.
'( *5 )
ti
descendis ensuite dans les-fossés : je cherchai
la place où le Prince tomba, celle où il fut
inhumé; j'explorai exactement tous les envi-
rons , je consultai les moindres débris. Je
revins ensuite nilassecif prèa* dù pavillon dé
la Reine, et plongé dansrune méditation pro-
fonde , je me laissai insensiblement aller aU
sommeil. allér àu
- Un rêve, un rêve âffreu" m'agita. Dans ce
rêve, je me trouvais être brigadier de géndar-
merie et avoir été placé dans le fossé, sous la
porté du bois, à cinquanté pas environ du
pavillon de la Reine au pied duquel devait se
faire une exécution. Il était nuit ; il n'y
avait dans le fossé d'autre lumière que celle
d'une lanterne éclairée cfe plusieurs ëhandelles.
Un piquet de gendarmerie commandé par un
adjudant, attendait. Un prisonnier con-
duit par le commandant du château passa
devant moi. C'était un jeune hommé d'une
taille noble, d'une figure imposante : je l'exa-
minai avec la plus grande attention. Il était
vêtu d'un pantalon gris, il portait des bottes
à la hussarde, avait une cravatte blanche, et
sur la tête une casquette à double galon d'or.
Ce jeune homme est encore présent à ma
vue ! Il entendit son jugement avec une con-