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Réfutation de l'Exposé de la conduite politique de M. Carnot, par M. Gautier, du Var,...

De
55 pages
Desauges (Paris). 1815. In-8° , 52 p..
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REFUTATION
DE L'EXPOSÉ
DE M. CARNOT.
A PARIS, chez DESAUGES, libraire, rue Jacofr,.
aa coin de la rue Saint-Benoît.
Se troupe aussi,
AU PALAIS ROYAL,
Chez tous les Marchands de Nouveautés,
Et chez l'Auteur, rue Chariot, n° 31.
DE L'EXPOSÉ DE LA CONDUITE POLITIQUE
DE M. CARNOT
PAR M. GAUTIER (DU VAR),
EX-MEMBRE DU CONSEIL DES CINQ-CENTS.
A PARIS,
DE L'IMPRIMERIE DE C.-F. PATRIS ,
RUE DE LA COLOMBE, N° 4.
Octobre 1815.
AVANT-PROPOS.
A
AVANT d'émettre mon opinion sur l'Ex-
posé de la conduite politique de M. Garnot,
je me dois à moi-même de dissiper lei
soupçons qui pourraient s'élever contre
ma franchise et ma bonne foi. Il ne faut
point dissimuler au Lecteur que j'ai marché
dans les rangs des républicains. Avec de
pareilles couleurs, l'on trouvera peut-être
étrange que je me déclare l' antagoniste
d'un homme qui a professé les mêmes
principes ; et les partisans d'un système
reconnu inadmissible me relégueront sans
doute parmi les perfides et les apostats.
Que la calomnie m'attaque, peu m'importe;
fort de ma conscience, je la repousserai
(ij)
avec autant de calme que de mépris. Heu-
reux l'homme qui, revenu de ses erreurs,
a repris la carrière que lui tracèrent ses
ancêtres, pour se dévouer, avec une en-
tière soumission, à la dynastie qu'ils ont
reconnue, et qui fit leur bonheur pendant
tant de siècles! Il ne pourra point se garantir
peut-être des atteintes des méchants; maïs
au moins il trouvera sa consolation dans
l'estime des honnêtes gens , qu'il ne ces-
sera d'ambitionner.
Dans les temps désastreux, où le comité
de Salut Public gouvernait là république
au milieu des bastilles et des échafauds,
appelé à diverses fonctions, je les remplis
avec autant d'impartialité que d'exactitude.
Comme agent national du district de Bri-
gnoles, département du Var; subordonné
au pouvoir des deux redoutables comités de
Salut Public et de Sûreté générale, je sus
toujours adroitement éluder leurs ordres
(iij)
tyranniques, et pas un de mes concitoyens
n'eut à gémir sur des actes arbitraires exé-
eûtes eu mon nom. On peut me reprocher,
j'en conviens, d'avoir montré trop d'em-
portement et d'exagération dans mes dis-
cours. A cette époque, étant encore dans la
fougue des passions, je repoussais avec une
véhémence opiniâtre tout ce qui voulait
me résister ; Ces excès de délire purent me
faire commettre quelques injustices ; mais
revenu bientôt à ee calme dont les fonc-
tionnaires publics ne devraient jamais s'é-
darter, je les réparai avec autant de promp-
titude que de repentir.
L'âge, ce grand maître de l'expérience
qui sait mettre un frein à nos écarts , vint
à mon secours. Devenu plus calme, et me
trouvant encore au milieu d'une tempête
politique, où les passions les plus haineuses,
déchaînées les unes contre les autres, en-
fantaient chaque jour de nouveaux crimes,
(iv)
de nouvelles factions qui déchiraient tour-
à-tour ma malheureuse patrie, je fus con-
vaincu que la république ne pouvait exister.
Je me dis : Un peuple qui 9 à l'exemple de
ses gouvernants, ne reconnaissant plus ni
lois, ni principes, s'abandonne à tous les
expès de l'anarchie , est-il digne d'être
fépublicain ?... Non !... Un pays aussi étendu
que la France, où chaque température a
ses moeurs et son caractère différent, peut-
il être régi en république? ma réponse fut
encore négative. En effet, l'expérience nous
a prouvé que tant que ce système a été
permanent, nous n'avons vu qu'exactions ,
actes arbitraires, guerres de factieux contre
factieux, et jamais la tranquillité ne nous
sourit un instant.
A cette trop longue tourmente, succéda
le régime consulaire, dont les Français ne
reçurent aucune garantie de stabilité et
de bonheur. On vit paraître enfin le gou-
(V)
vernement impérial, accompagné de tout
rhideux de Fanarchie et de toutes les hor-
reurs du despotisme militaire. Français
de bonne foi, dites-nous, si avec l'homme
de sang qui usurpa un trône qui ne rai
appartenait pas, vous avez été un instant
heureux?quelles angoisses n'avez-vous pas
éprouvées ! à quelles vexations n'avez-vous
pas été condamnés ! Qu'avez-vous vu sous
ce régime à jamais abhorré ? votre avez vu
fendre sur Vous toutes les calamités qui
peuvent affliger un État , des guer-
res continuelles , des mesures tyran-
niques dictées par la rage d'une ambition
qui voulait tout engloutir; vous avez vu
la dévastation et rhumoralité à l'ordre du
jour; vous avez vu surtout de mois en mors
arracher vos enfants de vos feras polir aller
soutenir de leur sang les vues criminelles
du farouche despote. Les contrées d'Es-
pagne, les champs de l'Allemagne , les
( vj )
plaines de Leipsik, les campagnes de la
Bussie fumantes encore, attesteront à la
postérité les immenses forfaits de l'impla-.
cable assassin, de l'éternel perturbateur
du monde. Où en serait aujourd'hui notre
patrie, si la Providence, lasse de tant de
crimes , ne l'eut enfin délivrée d'un pareil
fléau, et ne lui eût ramené ce monarque
vertueux qui peut cieatriser ses plaies ?
Qui, Louis XVIII, à qui personne ne peut
contester ses droits sacrés et imprescripr
tibles à la couronne, est rentré dans sa
propriété en remontant sur le trône. Ce
souverain bien-aimé possède toutes les
Vertus morales à un si haut degré , que sa
présence seule suffit pour inspirer l'amour
et la plus profonde vénération à ceux mêmes
qui sont étrangers à sa cause.
Qui, je le dis franchement, plus on con-
temple ce bon, roi, plus on sent redoubler
son amour pour lui. Ne nous le dissimu-
( vij )
Ions pas, la France ne peut attendre son
bonheur que de son respect et de son en-
tière soumission envers le meilleur des
princes. C'est la seule planche de salut qui
peut nous sauver du naufrage. Protégé du
ciel, ayant, par ses malheurs autant que
par ses vertus, captivé l'estime et le res-
pect des puissances de la terre, il est notre
ange tutélaire ; rallions-nous donc tous sous
ses étendards. Oui, mon prince, je fus
républicain ; mais je ne vous aurais pas
aimé, que vos vertus m'auraient fait rentrer
en moi-même. Voici ma profession de foi.
Respirer, vivre, et s'il le faut verser mon
sang pour la cause de mon Roi, seront à
jamais ma seule pensée, comme mes seuls
désirs.
D'après ces principes établis, et dont je
ne dévierai jamais, tout ce qui tendra à
affaiblir ou à diminuer le respect envers
l'autorité légitime sera pour moi un objet
(viij)
à affliction et d'amertume. Si, en cette cir-
constance , je prends la plume, ce n'est
point pour attaquer M. Carnot personnel-
lement, car je n'ai point à me plaindre de
lui ; mais pour détruire les impressions
fâcheuses que son ouvrage pourrait faire
dans les esprits. Heureux si je puis réussir,
si ce n'est par mes talents, du moins par ma
franchise ï! J'entre en matière :
REFUTATION
DE L'EXPOSÉ
DE M. CARNOT.
M,
CARNOT commence sa justification par
nous annoncer qu'il ne cherche point à faire
parier de lui ni à se faire oublier, parce qu'if
est content du témoignage de sa conscience.
Il est plus que douteux que tout le monde
soit convaincu de la vérité de ce premier
aveu. Non, malheureusement la conscience
de cet ancien membre du comité de salut pu-
blic n'est point à l'abri des reproches et des
atteintes de la critique. Sa conduite dans ces
temps à jamais déplorables, où tous les crimes
étaient à l'ordre du jour par la fatale impul-
sion de ce redoutable conseil, nous atteste,
( 10)
en caractères de sang, que M. Carnot n'a pu
être étranger à tant d'attentats contre l'huma-
nité , ou plutôt qu'il fut , par son influence ,
un des principaux moteurs de cette inconce-
vable conspiration qui frappa indistinctement
tous les honnêtes gens en masse. Si M. l'ex-
membre de l'ancien comité de salut public a
réellement une conscience susceptible de
quelques remords, elle doit lui reprocher
chaque jour le sang de milliers de victimes
dont l'échafaud reçut les derniers soupirs.
L'auteur de l'exposé, en sa qualité de mi-
nistre de l'intérieur pendant la dernière usurpa-
tion , peut-il se flatter d'avoir marché franche-
ment sous les bannières de la justice et de la
modération? Nous ne le croyons pas. N'a-t-il
pas plutôt encouragé, pressé même le despote à
commander les mesures les plus acerbes pour
se maintenir dans sa tyrannie ? Pourrait-il ré-
pondre à cette seconde récrimination ? Non :
ses actes ministériels sont contre lui des té-
moins irrécusables.
M. Carnot s'étonne d'être au nombre des
fonctionnaires publics parjures à leur Roi,
qui sont mis sous la surveillance de la police,
en vertu de l'ordonnance du 24 juillet der-
nier.
(11)
Si vous vouliez être franc et sincère ,
M.CIarnot; si vous vouliez eu appeler à cette
conscience que vous croyez irréprochable,
elle vous dirait que personne plus que vous
ne mérite d'être rigoureusement observé. A
l'imitation de votre ancien camarade Barrère,
habile , dans l'art d'ourdir une conspiration,
plus adroit encore à savoir ameuter et insur-
ger une populace contre toute autorité qui
n'est pas la vôtre, vous étiez un être dange-
reux qu'il fallait surveiller : conséquemment
le Roi, en agissant ainsi, n'a fait qu'un acte
de justice envers la société que vous auriez
pu troubler.
M. Carnot a besoin de conserver l'estime
dont le public l'a toujours honoré. A cet
égard , pour mieux nous entendre, il faut
s'expliquer franchement et sans aucuns déi-
tours.
Où irons-nous le chercher ce public ? Nous
le trouverons , je pense , dans les phalanges
des anciens jacobins, sous les drapeaux des
nouveaux fédérés que M. l'ex-ministie a pro-
tégés avec une paternelle sollicitude. Nous
en convenons : ces apôtres de la licence sont
inconsolables, ils ne cessent de regretter leur
( 12)
digne protecteur. Ils voudraient même le re-
voir à leur tête pour recommencer les scènes
d'épouvante et d'effroi qui, au 6 juillet der-
nier , attristèrent les citoyens tranquilles.
Ceux-là rendront hommage aux talents supé-
rieurs de M. Carnot comme habile mathéma-
ticien ; mais ils n'applaudiront jamais à sa
conduite politique, ni à ses mesures extra-
révolutionnaires qui en furent Iâ règle et le
soutien.
L'ex-ministre voudrait nous persuader
aussi qu'il a consacré toutes ses pensées et
ses voeux au bonheur de la patrie.
O ma patrie ! fais entendre ici ta voix.
L'homme public qui, de concert avec les
antropophages de là convention, fit périr sous
HB plomb meurtrier ou sur I'échafaultes en-
fants de tout âge, de tout sexe et de toute
condition ; ce bourreau, dis-je, a-t-il poussé
un seul soupir pour la prospérité? N'est-il pas
plutôt un citoyen dénaturé, et dont l'exis-
tence pesa trop long-temps sur ton sol ensanr
glanté ?
M. Carnot demande pourquoi, de tous tes
ministres h portefeuille de Napoléon, il se
( 13 )
trouve le seul compris dans l'ordonnance du
24 juillet?
Les intentions du Roi, dont le caractère de
loyauté et de grandeur d'âme ne peut être
révoqué en doute, même par ses ennemis ,
nous facilite les moyens de répondre à cette
objection.
M. Carnot, comme ministre de l'intérieur
de Napoléon, avait si bien organisé et ins-
truit la fameuse association des fédérés, qu'une
insurrection générale de ces mutins contre
l'autorité aurait été immanquable, si le génie
actif, d'une sage prévoyance n'eût dérangé
tous les calculs du crime. Les désordres et
les troubles qui ont agité quelques départe-
ments donnent de la consistance à mon opi-
nion que je crois fondée. Elle me persuadé
que l'ex-ministre , soupçonné d'en être lé
moteur secret, a dû souffrir cette exception,
et mériter d'être sous la surveillance immé-
diate de la police.
L'ex-ministre est étonné aussi que parmi
tarit de personnes qui ont fait les mêmes
choses, une se trouve digne de toute là
confiance de Sa Majesté, et une autre digne
de toute son animadversion.
(14)
Qu'il me soit permis de manifester ici ma
façon de penser toute entière ; elle ne saura
blesser l'âme pure de notre auguste monar-
que qui aime à entendre la vérité. Oui, les
vrais amis de la patrie, tous les bons citoyens;
qui aiment Lotus XVIII, par sentiment et
par un pur patriotisme , virent , avec la plus
profonde douleur, un homme trop célébré
dans les annales des factions , conserver en-
core le portefeuille du ministère de la police
générale.
On gémissait en secret, on était effrayé,
on craignait même que le Roi ne devînt la
victime de quelque nouvelle perfidie. L'in-
quiétude tourmentait les sujets fidèles prêts à
sacrifier leur vie pour l'appui du trône; mais
enfin, grâces au grand discernement de notre
monarque, nos justes alarmes sont dissipées.
Un magistrat intègre, étranger à tous les partis,
qui vient de le remplacer, a fait succéder
l'espérance à la crainte, le calme et la tran-
quillité à l'effroi.
L'auteur de l'exposé présume que le pré-
texte de sa persécution, est son Mémoire ,
adressé au Roi en juillet 1814.
Nous ne pouvons nous dissimuler, et M.
(15)
Carnot ne l'ignore sans doute pas, que ce
Mémoire injurieux a la majesté royale ren-
ferme un poison subtil, que les désorgaui-
sateurs ont' mis en oeuvre pour en infecter
toutes les classes des citoyens.
Ce pamphlet, vendu scandaleusement dans
toutes lès rues et carrefours de Paris, a fait
un mal incalculable ; nous en ressentons en-
core les déplorables effets. C'est dans cette
source impure, que tous les fédérés, tous
les ennemis du Roi et des lois , sont venus
puiser ces maximes détestables et subversives
de tout ordre social qui ont Compromis notre
tranquillité. C'est ce; ouvrage qui a réveillé
toutes les haines contre l'autorité légitime et
contre les lois sacrées de l'honneur national.
C'est enfin ce chef-d'oeuvre du jacobinisme
qui a exposé la patrie à devenir la proie de
l'anarchie et du crime. Non, non, je né crois
pas que M. Carnot puisse jamais, devant la
postérité, se laver d'une pareille tache.
Vous prétendez f Monsieur, que comme
ministre de l'intérieur, cous n'avez pu arrê-
ter la, publication de votre Catilinaire.
Quelle pitoyable excuse ! Quoi ! vous aviez
donc tout pouvoir pour faire le mal, et aucun
(16)
pour foire le bien? Il faut avouer, en cette
hypothèse, que nous, étions bien à plaindre
d'être administrés par un agent tel que vous.
Dites-nous la vérité, M. Carnot, votre amour-
propre y trouvait son compte, vous vous ap-
plaudissiez dé revoir vos anciens principes
révolutionnaires se propager. Vous étiez enfin
jaloux de maintenir votre réputation si bien
acquise d'un zélé défenseur de la liberté et de
l'égalité.
Si l'amour de la paix vous eût occupé un
instant, vous auriez exigé que votre opuscule,
dangereux sous tous les rapports , ne fût point
mis en vente, et votre digne collègue, le mi-
nistre de la police générale, se serait hâté de
céder à votre pressante incitation. En agissant
aussi loyalement, vous auriez évité bien des
maux à votre patrie, dont vous n'avez jamais
désiré,nous dites-vous, que le bonheur.
Seconde excuse encore plus dérisoire. Com-
ment! vous craigniez de vous mettre en op-
position avec le ministre de la police générale !
dans quelle occasion, je vous le demande?
dans la circonstance la plus urgente, et lors-
qu'il s'agissait de réparer une faute capitale.
Tranchons le moi, M. Garnot, votre ouvrage
(17)
a été répandu avec la profusion la plus indé-
cente, parce que vous l'avez bien voulu,
parce qu'il fallait catéchiser de nouveau les
anciens frères et amis, afin que , redevenus
ions de vos principes, ils pussent au besoin
les soutenir de leur sang contre l'autorité lé-
gitime.
M. l'ex- ministre tombe d'erreurs en er-
reurs, et nous prouve qu'en se défendant il
soutient une mauvaise cause.
Il nous dit que ce n'est qu'un an après la
publication de son ouvrage, qu'il a appris
qu'il y avait eu des mutilations et des falsi-
fications.
On ne peut pas, je crois , en vouloir impo-
ser avec plus d'audace ; mais M. Carnot ne
parviendra jamais à nous persuader un pareil
mensonge qui choque autant le bon sens.
Il ajoute, que pour ne pas donner de la
consistance à son écrit, il avait gardé l'ano-
nyme.
Oui, il est vrai que par un motif d'un noble
désintéressement qui est bien digne de vous ,
vous avez employé un subterfige pour enga-
( 18)
ger un estimable libraire a vous le faire im-
primer, lequel, ami de son Roi et de sa pa-
trie, ne voulut point se prêter à votre astu-
cieuse invitation (1).
M. l'ex-ministre, s'il faut toujours le croire
sur sa parole, n'en a été connu pour l'auteur
( 1 ) A peu près un mois avant que l'ouvrage en ques-
tion eût vu le jour, M. Carnot se présenta rue du Pont-
de-Lody , chez un imprimeur-libraire. Voici comme il
s'expliqua en entrant : « Vous ne me connaissez pas ,
Monsieur , mais mon nom ne vous sera point inconnu;
je m'appèle Carnot. » A la suite de ce colloque , l'ex-
ministre lui montra son manuscrit, en lui demandant
s'il voulait se charger de l'imprimer. L'imprimeur,
après l'avoir parcouru, ne lui dissimula pas que son
ouvrage lui paraissait de nature à être dangereux. Il
voulut bien se charger de l'impression, mais sous les
conditions qu'il le soumettrait à la librairie. M. Carnot,
peu content de cette réponse, proposa à l'imprimeur de
l'imprimer clandestinement, et de le faire vendre sous
le manteau, parce qu'il se vendrait alors très-cher, et
qu'ils partageraient le butin ensemble. L'honnête im-
primeur refusa une semblable proposition, injurieuse à
sa probité'. Il paraît donc que c'est d'après ce refus
que M. le lieutenant général se de'termina à en faire
circuler des copies manuscrites, qui firent connaître
l'ouvrage avant qu'il fût livré à l'impression. Que de
réflexions n'aurions-nous pas à faire ! »