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Réfutation des prétendues fautes des Bourbons, adressée aux seuls gens de bien... le 26 mai 1815 , par (anagramme) C. M. Lemyre de Sasie

De
85 pages
Poulet (Paris). 1815. 87 p. ; in-8.
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RÉFUTATION
DES PRÉTENDUES FAUTES
DES BOURBONS.
REFUTATION
DES PRÉTENDUES FAUTES
DES BOURBONS,
ADRESSÉE AUX SEULS GENS DE BIEN,
AUX CITOYENS HONNÊTES DES VILLES
ET DES CAMPAGNES,
^.JE 26 MAI 1 8 1 5 ;
~x~ C. M. LEMYRE DE SASIE.
A la police du Corse
Un coupable aisément esquive la police,
Quand dans tout hounête homme il it compta
un complice.
ik A PARIS,
Clies POULET, Imprimeur-Libraire, quai des Augustins, ne. 91'
et chez les marchands de nouveauté,.
18151
RÉFUTATION :
l
DES PRÉTENDUES FAUTES
DES BOURBONS. -
- )
S'il est du double caractère de la perversité d&
culpabiliser la vertu pour canoniser le crime,
il n'est pas moins du double devoir de l'homme
de bien de démasquer la perfidie pour en neu-
traliser les poisons.
SERAIT-IL dit que dans un pays aussi policé
que notre belle France, chez une nation aussi
éclairée, parmi tout un peuple aussi essentiel-
lement bon, où pourtant il s'est trouvé des êtres
assez audacieusement scélérats pour assassiner
les meilleurs des Rois, il n'y ait aujourd'hui per-
sonne - assez franc, assez généreux, op mieux
assez valeureusement équitable pour oser pit-
bliquement défendre, de la simple énergie de
sa plume, du seul cri de la vérité, un prince
moins le monarque et le chd, que le père et
l'ami de ses sujets, un patriarche-»roi cfue TEy-
ïope entière admire autant qu'elle le plaint, un
(6)
prince que toutes nos consciences proclament
adorable, auquel celles même de ses perfides
détracteurs sont forcées d'avouer toutes les qua-
lités de l'esprit, de l'âme et du cœur; un prince
à qui l'éminence du savoir, la plus saine phi-
losophie , et la transcendance de ses vertus n'as-
surent pas moins à jamais la profonde estime
des souverainset des peuples, que les ineffables
bienfaits dont il nous fut à-la-fois l'occasion,
la source et le gage, lui doivent garantir éter-
nellement nos filiales bénédictions? Pénétré
d'horreur pour ces écrivains qui, sacrifiant à la
peur , et immolant le sentiment de leur cons-
cience à la crainte d'incommodités passagères,
désertent lâchement la cause de l'illustre in-
fortune pour s'élancer aux premiers rangs sous
les sanglantes bannières de la scélératesse
triomphante, ou plein de dédain pour quel-
ques autres qui, vils caméléons, par un odieux
manège qui n'appartient qu'à la bassesse , pré-
sentent d'une main à nos augustes Bourbons
l'hypocrite consolation de la vertu malheu-
reuse , en même temps que de l'autre ils offrent
à genoux, au monstre usurpateur de leur trône,
l'encens réservé , disent-ils, au demi-dieu seul
fait pour régner sur la France, demeurerons-
flous asphixiés de notre indignation pour les
( 7 )
uns, ou dans l'absorption de notre mépris pour
les autres? Laisserons-nous, par la plus lâche
des lâchetés, se ruer, s'agiter, triompher dans
l'arène politique les jongleurs de l'infamie, les
colporteurs de la diffamation, les sbires de
la terreur, les satrapes du crime ? Immobiles
de la paralysie de la vilité, anéantis de la lé-
thargie de l'ingratitude, nous constituerons-
nous, par un morne silence, les complices de
tant de forfaitures, ou, dans l'ignominieuse
froideur d'une indifférence qui nous serait, à
juste titre, une terrible accusation au tribunal
du monde et de la postérité, nous bornerons-
nous , en soupirant nos stériles douleurs, à
nous balbutier secrètement à nous-mêmes, ou
à nous répéter à demi-voix, dans de langou-
reuses coteries : O fempora ! ô mOl'e$! Non,
non.
Pour ce qui est de nous personnellement,
nous ne serons pas à ce point rebelle à notre
conscience, parjure à l'honneur, infidèle à
notre dignité de Français, d'hériter de lier le
fer avec la calomnie, et de la combattre à ou-
trance, non dans l'espoir d'en convertir l'in-
corrigible perversité, mais pour en émousser
les poignards; non pour en étouffer l'inextin-
guible méchanceté, mais pour en neutraliser
( 8. )
les -poisoJ).s; non pour en suspendre les débor*
clemens, mais pour en arrêter les ravages.
Qu'on ne cherche donc pas, par une tacti-
que usée et trop mal retrempée pour atteindre
jusqu'à notre cœur, à nous effrayer des arrêts
de l'ostracisme, des cachots de la persécution,
des échafauds da despotisme et des couteaux
de la tyrannie : nous avons mesuré les dangers,
mais aussi la gloire de l'entreprise, les diffi-
cultés du succès, mais aussi les avantages de
la victoire, et jusqu'au triomphe même d'une
défaite.
Pour ce qui est de notre bonne France, loin
de nous de lui faire la sanglante injure, Fin-
justice atroce de la soupçonner aujourd'hui,
par la plus funeste dénaturalisation, dépouillée
de ces beaux sentimens caractéristiques qui
n'ont cessé de l'honorer chez les nations, de
l'ennoblir à ses propres yeux. et d'en faire à-
ta'fois le plus beau modèle, le plus pompeux
ornement et le plus légitime orgueil de la ci-
vilisation; proclamons cette consolante vérité t
disons plutôt, qu'ainsi que les grands crimes
qui ont pu parfois souiller quelques lignes de
notre belle histoire, n'ont été que ceux de
quelques forcenés dont la hache des lois, ou ,
à son défaut, l'opprobre a fait et fait encore
19 y
justice, dè même aujourd'hui' les forfaits suf- 1
lesquels nous avons, pour quelques jours en-
core, â sangloter, n'appartiennent qu'à une
misérable poignée de vils énergumènes que la
nation réprouve, que l'horreur repousse, que
méprise souverainement même le brigand qui
soudoie leur turpitude, que signale dès-longr
temps la flétrissure, et que déjà réclame à
grands cris le supplice.
Mais bien que nos voisins; dont notre amour"
propre, non moins que notre intérêt bien en-
tendu, doit nous faire ambitionner la conti-
nuation de l'estime, soient éloignés de nous
regarder lous comme coupables du double
attentat qui fait aujourd'hui le plus raisonnable
sujet de nos regrets et de nos anxiétés , bien
même que notre ban Louis XVIII ait, pour
adoucissement à l'amertume de ses malheurs,
la consolante conviction que la masse des Fran-
çais en est innocente, abhorre et s'apprête à en
punir les auteurs, pouvons-nous, dans l'attente
contemplative decette infaillible, mais toujours
trop tardive justice, pouvons-nous , sinon par
devoir, reconnaissance et le sentiment si jus-
tifié d'une profonde vénération, tout au moins
par équité, par pitié même, pour notre propre
orgueil, et par un trop légitime tribut à notre
( 10 )
dignité nationale, laisser couvrir ainsi de la
boue puante de la plus atroce calomnie , des
crachats empoisonnés de la détraction follicu-
laire, la pourpre auguste d'un prince qui déjà
l'eût sanctifiée de ses seules vertus, quand elle
ne le serait pas depuis long-temps de celles
d'illustres ancêtres qu'accompagnèrent à ja-
mais dans le ciel notre amour et notre admi-
ration lorsqu'ils y furent rappelés à l'Eternel,
.dont ils n'étaient qu'une émanation sur la terre ?
Puisqu'il n'est pas de nous de provoquer ni
de hâter la justice du dieu vengeur et rénumé-
rateur, et moins encore d'éclairer sa sagesse
qui dispose des - évènemens et en précise la
maturité , du moins réfutons, pour notre hon-
neur et le soulagement de notre cœur trop
contracté, les imputations aussi virulentes
qu'absurdes, les accusations aussi perfidement
atroces que sottement ridicules, vomies con-
tinuellement par la monstrueuse impudence
contre notre vertueux et infortuné monarque.
Regretterons-nous de manquer d'assez de ta-
lens pour une aussi belle cause ? Eh ! la vérité,
assez puissante de sa noble simplicité, n'est elle
pas un victorieux supplément aux prestiges de
l'éloquence ? Pénétré de cette infaillible effica.
çité, de sa simplicité sur les âmes honnêtes.,
( il )
efforçons-nous, pour en respecter plus reli-
gieusement encore la pureté virginale, de com-
primer même pour quelques instansl'élan d'af-
fections trop vives, trop sincères en notre âme,
pour en abdiquer toute la possession à Pindif-
férence ; refoulons un moment en nous-mêmes
des sentimens d'amour et de douleur, d'ado-
raiion et de regrets, trop vrais, trop forts ,
trop légitimes, comme trop rivés à notre cœur
pour les dépouiller entièrement, et n'appor-
tons, autant qu'il est en notre humaine puis-
sance, dans cet examen des griefs et leur ré-
futation, que la scrupuleuse exactitude des
faits, que le sang-froid de l'impartialité, que
l'impassibilité de l'histoire.
Pour opérer avec plus de méthode, suivons
cette accusation dans l'ordre chronologique
des faits, et passons à leur discussion, en nous
abstenant même généreusement d'observations
préliminaires, judicieuses, formidables, res-
sortantes de la nature des choses, en faisant re-
mise aux détracteurs de mille considérations
préalables, puisées des circonstances, les-
quelles seules, en foudroyant par avance leurs
diffamations, n'en prouveraient que plus vic-
torieusement encore et leur noirceur et leur
perntlie.
t W >
On accuse le Roi et sa famille d1 avoir fait,
singulièrement dans les premiers temps de
leur émigration, les plus grands efforts pour
rentrer en France, et s'y réintégrer au trône
devenu vacant par la mort ( une indiscrète
vérité allait nous faire dire par l'assassinat
solennel de Louis Xf I, et Vempoisonnement
plus caché, mais non moins certain, du
, dauphÙt. )
Est-ce bien sérieusement qu'on peut balbu-
tier encore aujourd'hui une semblable accusa-
tion , et surtout qu'on ose l'articuler au tribu-
nal d'une nation où l'indifférence pour la pa-
trie, dont d'ailleurs on n'a jamais jusqu'ici ren-
contré de véritables exemples, a toujours été
réputée, à juste titre, un des plus grands
crimes? Or donc, à l'autorité de ce premier
axiome de la jurisprudence générale des peu-
ples , à ce dogme sacré de la morale et de
l'honneur, à la force irrésistible de ce senti-
ment inaltérable de l'amour de la patrie, si
naturel aux moindres peuplades, si profondé-
ment encloué à tous les cœurs véritablement
francais combien d1 autres sentimens non moins
puissans, combien d'autres motifs non moins
despotiques d'intérêt public ne devaient pas
déterminer, commander ces efforts dans d il-
( rSO
lustres proscrits, «dans des princes bien malheti-
xetix déjà de leur éloignement de la patrie, et
plus malheureux encore de la crainte trop am-
plement justifiée des déchiremens affreux aux-
quels l'exposait inévitablement la prolongation
de leur absence ? - -
Eh ! plût au ciel que leurs désirs, bien- en
harmonie en cela avec ceux de la portion la
mieux pensante et la plus clairvoyante des
Français, se fussent alors réalisés I nous n'au-
rions pas à pleurer, entre autres fatalités, plus
de huit millions de braves inutilement sacrifiés
à la vanité d'une. fausse gloire, et la désolation
d'autant, peut-être, de bons citoyens morts de
misère, ou immolés à l'ambition des factions
-de toutes les couleurs qui s'entr'arrachèrent
successivement le barbare honneur de nous
tyranniser, comme encore aujourd'hui au nom
-de Ja liberté. Nous ne nous serions pas fait, il
est vrai de le dire, une réputation militaire
aussi gigantesque; mais, il n'est pas moins vrai
de le coafesser, nous n'aurions pas à déplorer
d'irréparables égaremens, à rougir de l'abus
de notre courage; nous n'aurions pas à regret-
ter aussi amèrement de n'avoir retiré de nos
funestes exploits que l'épuisement stérile,de
notre sang, de nos trésors, et de n'avoir rap-
( 14 )
porté de nos conquêtes que la haine de nos
voisins, et notre propre horreur de nous-
mêmes.
On leur impute d'avoir élaboré l'alliance des
puissances étrangères, soulevé et rué contre
nous leurs innombrables légions.
Certes, nous passerons hautement ici, pour
nos Bourbons , condamnation sur ce chef,
toutefois avec réserve de discuter la question
intentionnelle dont, en cela comme en tout,
résultera toujours amplement leur disculpa-
tion ; oui, nous passerons ici, pour eux, pleine
condamnation sur ce chef, s'il nous est préa-
lablement démontré que ce sont eux qui nous
ont fait aller successivement attaquer, sans
même recourir à l'astuce des prétextes, presque
tous les peuples de l'Europe ; s'il nous devient
prouvé que ce sont les Bourbons qui nous ont
fait porter chez tous nos voisins le pillage, l'in-
cendie, la désolation et la mort, tenter d'en
culbuter tous les souverains, pour former de
leurs trônes des donations à une boueuse fa-
mille de sycophantes , en créer autant de suc-
cursales du grand Empire français, et faire par
suite, du monde entier, une seule monarchie,
avec le regret peut-être de voir la gloire d'un
misérable Corse devenue la pagode de notre
( i5)
idolâtrie, trop à l'étroit encore dans la souve-
raineté de toute la terre.
En effet, s'il y a quelque chose d'étonnant
dans ce soulèvement, dans cet armement des
souverains et des peuples contre nous, c'est
moins sa généralité que sa tardiveté; oui, s'il
y a quelque chose qui ait dû nous surprendre,
c'est qu'ils aient tant différé de prendre assez
conseil de leurs intérêts les plus chers, pour se
pénétrer de cette conviction qu'ils ne pouvaient
obtenir que de la force de leur union intime,
de l'harmonie de leurs baïonnettes, le repos, la
sécurité qu'ils ne devaient jamais, non, jamais
espérer de l'insatiable ambition de l'homme
qui dirigeait au gré de ses passions notre trop
valeureux aveuglement. Telles sont les seules
et véritables, comme les trop raisonnables et
trop despotiques causes du soulèvement de
l'Europe contre nous. Eh ! aurait-il pu être fo-
menté , moyenné, opéré par les Bourbons, que
cinq lustres de malheurs et de misère avaient
dès long-temps constitués, sinon sans considé-
ration personnelle, du moins sans crédit poli-
tique ?
De n'être rentrés en France et rf avoir été
réintégrés au trône qu'au moyen de l'envahis-
sement de la patiie par les annes des puis-
sances alliées.
( i6)
Ce fut, nous n'en disconviendrons pas, par
des circonstances vraiment douloureuses et
pour eux et pour nous, par des évènemens bien
désastreux à l'Etat et bien poignans à notre or-
gueil militaire, que les Bourbons ont pu, pour
la première fois depuis vingt-cinq années, pleu-
rer enfin sur le sol chéri de la patrie, et revoir
- avec un attendrissement mélangé de regrets et
de joie, ces palais antiques, demeures silen-
cieusement éloquentes de leur illustre famille;
mais ces circonstances, qui les avait amenées?
Ces évènemens bien déplorables, si déplorés
d'abord , et dont ^bientôt nous eûmes à bénir
les heureux et miraculeux résultats, qui les
avait provoqués ? Ils l'avaient été uniquement,
on ne saurait trop le répéter, par le monstre
que le ciel, justement irrité, peut paraître avoir
emprunté de l'enfer pour punir les crimes de
la terre; ils l'avaient été exclusivement par un
affreux brigand éminemment doué du double
privilège d'égarer les esprits et d'égorger les
hommes.
Pourquoi ont - ils figuré dans les armées
alliées, et aux côtés des souverains, princi-
paux directeurs de cette croisade européenne?
Pourquoi? Quand notre bon Louis, quand
ce Roi martyr et miséricordieux ne nous l'au-
( 17 )
rait pas appris et mille fois réitéré dans l'effu-
sion de son cœur, exempt de dissimulation
comme incapable de haine, n'en aurions-nou»
pas une interprétation aussi honorable pour
lui que délicieuse pour nous, dans l'héroïsme
de sa tendresse? Est-il personne qui, aujour..
d'hui surtout, puisse douter que ce bon, et
mille fois bon monarque , ait été une seule
minute dans son éloignement sans être rap-r
proché de nous par le sentiment de son af-
fection paternelle ? Lors donc d'un soulève-
ment aussi unanime, aussi formidable de l'Eu-
rope contre nous ; lors d'une exaspération si
générale et si légitime des souverains et des
peuples, pouvait-elle, cette vive affection,
n'être pas tenaillée d'alarmes et d'angoisses
sur le sort futur de la patrie ? Puisqu'il n'était
pas en son pouvoir de suspendre les coups di-
rigés sur notre France, il devait travailler de
toute son âme et de toutes ses facultés à en
dériver et restreindre l'application , surtout
en convainquant la conscience pieuse des sou-
verains que les motifs de leur armement pro-
venant du seul homme qui ayant, avec non
moins d'indiscrétion que de barbarie , abusé
de notr rleinent, ne nous avait jamais
que lanÔs ^ad'^ime par la fausse route de
- "'- - 1 -1
2
( 18 )
l'honneur, il était de la justice et de leur di-
gnité d'en distinguer, dans le châtiment, la
nation, déjà première victime de son infernal
génie, comme elle en avait été le terrible
instrument. Dans des conjectures aussi per-
plexes , ne devait-il pas, ce bon roi insépa-
rable de sa tendresse, et les dignes princes de
son illustre sang ne devaient-ils pas, au lieu de
demeurer à Hartwel dans une froide indiffé-
rence pour notre position plus que critique,
avocats naturels de notre coupable mais ex-
cusable égarement, plaider et faire plaider
sans cesse auprès de la magnanimité des puis-
sances, notre pardon de torts, de crimes qui
n'étaient pas proprement les nôtres ? Hé bien !
n'est-ce pas ce qu'ils ont fait avec une sainte
infatigabilité ? N'est-ce pas le devoir sacré que
leur céleste bonté leur a fait si religieuserfienj
s'imposer, si complètement remplir? N'est-
ce pas là enfin la plus juste explication de la
circonstance plus particulière de leur attache
aux souverains alliés, et les résultats n'achè-
vent-ils pas de le démontrer avec la plus lumi-
neuse évidence? Car à quoi, en effet, si ce
n'est aux prières de nos princes, à l'instance
de leurs larmes , à leur considération person-
nelle , à la pitié de l'Europe pour leur trop
( '9 )
2.
célèbre infortune , à sa profonde estime pour
chacun d'eux , comme à une vénération uni-
verselle pour notre bon Louis XVIII, pour-
rions-nous rapporter la clémence, la généro-
sité surnaturelles des alliés , de qui un senti-
ment trop justifié de réciprocité devait nous
faire redouter les plus rigoureux traitemens
et même le sort affreux que depuis long-tems
nous travaillions, avec acharnement et avec
trop de succès , à leur imposer? Mais c'est
assez d'indiquer nos torts et les crimes de
celui dont la sanguinaire frénésie se joua si
constamment de notre servile cécité , sans
avoir besoin d'en dérouler l'horrible cadastre,
et mesurer la profondeur, pour faire d'autant
ressortir la magnanimité des puissances alliées,
et l'héroïsme miraculeux de cette indulgence
que nous savons ne pouvoir jamais être trop
admirée par la terre et bénie par le ciel.
Reste toujours contre les Bourbons, per-
sistent à dire leurs perfides détracteurs, de
n'avojr reçu la couronne que des mains des
souverains alliés , et de n'avoir été reportés
au trône que sur les baïonnettes étrangères.
En eût-il été ainsi, leur devrions-nous , à
nos bons princes, moins d'amour et de re-
connaissance d'avoir accepté des puissances t
( 20 )
maîtresses alors de notre belle France, en
vertu du droit de conquête, si hautement con-
sacré depuis long-temps par notre jurispru-
dence belliqueuse, une couronne que.sansleur
heureuse intervention , se seraient infaillible-
ment disputée, arrachée, partagée les conqué-
rans ? une couronne à laquelle , il est vrai, nos
malheureux princes, comme hommes, pou-
vaient déjà trouver naturellement l'attrait d'une
propriété sur-légitimée par plusieurs siècles de
la plus honorable possession ,et une couronne
surtout dont la réassiète sur la tête sacrée de
leur dynastie, opérait le miracle de notre ré-
conciliation avec le ciel et la terre, nous procu-
rait l'inappréciable bonheur d'échapper à la
dénationalisation, nousassurait paixau-dehors,
tranquillité au-dedans , et enfin une félicité
parfaite, et d'autant plus délicieuse, que nous
avions dû raisonnablement en désespérer pour
jamais.
Mais, dans les vues trop évidentes de la dé-
traction , n'est-ce pas le comble ensemble de
la monstrueuse perfidie et de l'attrace impu-
dence , d'oser articuler que ce sont les étran-
gers qui, suivant l'expression des jongleurs,
nous ont imposé Louis XVIII pour Roi ? Nul
doute , et payons en passant ce faible tribut
(ar)
de notre gratitude et de notre admiratioa,
nul doute que les augustes souverains alliés.,
une fois amenés par leur conscience éclairée
aux sentimens héroïques , surnaturels , d'une
indulgence toute céleste , le rétablissement
des Bourbons sur le trône des Bourbons ne
dût être et ne fût dans leurs plus ardens désirs,
comme dans l'intérêt de la paix européenne,
qu'ils marchaient à reconquérir , puisqu'en
même temps qu'il étouffait ou semblait devoir
étouffer à jamais chez nous tout germe de dis-
cussion de la couronne et de dissentions, il of-
frait aux puissances, pour leur propre tranquil-
lité du côté de la France, une garantie que
ne pouvait leur présenter le gouvernement de
tous autres, quels qu'ils fussent; mais n'est-il
pas mille fois constant à nos yeux, à nos
oreilles, à nos consciences t que les puissances
alliées , par une délicatesse peut-être outrée ,
et qui n'en appartient que plus à leur magna-
nimité, nous ont laissés nous-mêmes, sans di-
riger nos sentimens ni influencer nos délibé-
rations, appeler au trône la dynastie que nous
en jugions la plus digne par elle, et la plus
convenable pour nous? Ah! s'il pouvait exis-
ter en France un seul être assez opiniâtrement
rebelle à l'évidence, pour douter encore vé-
( 22 )
t'itablement que le bon Louis XVIII eût été le
Roi de notre ehoix, le monarque \le notre
préférence, le tendre père vers lequel se sont
librement élancés tous nos vœux et notre pré-
dilection , qu'il nous laisse le reporter avec
orgueil à ce jour où, après vingt-cinq années
de deuil, de convulsions, de tourmentes et de
guerre, et réduits à n'avoir plus même la con-
solation de l'espérance, nous nous vîmes, par
pn ineffable miracle, au nom seul de ce prince
adorable, transportés tout à coup de la plus
affreuse misère au plus haut degré de la féli-
cité nationale, où, de l'anéantissement, de la
désolation, nous renaquîmes à la vie du bon-
heur; qu'il se rappelle ce jour à jamais fortu.,
né où nous vîmes apparaître parmi nous ce
libérateur de son peuple, ce sauveur de ses-
en fan s, ce jour d'ivresse où nous pûmes enfin
serrer de nos embrassemens ce patriarchè-
Roi qui nous pressait si étroitement sur son
cœur paternel ; ce jour à jamais mémorable
où les larmes de notre repentir et celles de sa
xniséricprde se confondaient, par un délicieux
mélange , dans la sincérité du plus ardent
amour ; où l'éloquence muette de nos mutuels
sanglots exprimait si énergiquement tendresse
pour tendresse ; où, par les transports d'une
( 23 )
unanime allégresse, nos âmes épanouies le
saluaient l'ange de notre résurrection ; jour
enfin de bénédiction, le plus beau , le plus
honorable dontaurait jamaisà se glorifier notre
chère patrie, si un autre non moins beau, non
moins honorable, ne lui était prochainement
réservé.
Ah! cessez, cessez, infâmes détracteurs ,
de colomnier, ou rêvez-en mieux les moyens :
cessez de vouloir nous corrompre, ou déguisez
plus adroitement vos poisons.
On accuse le Roi d'avoir avili la nation jus-
qu'à lui donner lui-même une constitution ;
qu'il aurait dû au contraire en recevoir, ou
tout au moins délibérer avec elle.
Sans nous jeter, à l'égard de ce principe ha-
zardé, ou mieux à l'égard de ce système que
les grands vitupérateurs du gouvernement des
Bourbons paraîtraient aujourd'hui trouver pré-
férable; oui, sans nous lancer dans la vague
d'une discussion polémique, en ce moment
surtout intempestive, de métaphysique politi-
que ; sans même observer aux frondeurs qu'a-
vant d'attaquer la forme de cette constitution
royale, il faudrait en avoir démontré la défec-*
tuosité, l'inconvénient, ou mieux encore lui
en avoir substitué une plus libérale, mieux
( H )
pondérée, mieux garantie; sans reprocher à
ces prétendus publicistes versatiles, qui ont
prôné tour a tour, avec un égal enthousiasme,
et les constitutions impraticables de la démo-
cratie et les constitutions serviles de l'empire,
de condamner avec autant d'aversion aujour-
d'hui une charte qui bien peut-être qu'impar-
faite et susceptible encore de quelques amélio-
rations, nous a du moins procuré les prin-
cipales jouissances de la liberté, le droit réel
de représentation, de discussion et d'initiative;
sans enfin nous appesantir sur cette remarque
tant soit peu pourtant judicieuse, que dans
tous les cas cette inculpation, dérivée d'une
théorie plus qu'abstraite, perversement tri-
turée par le machiavélisme d'une détraction
organisée , n'est au plus que la conséquence
d'un axiôme de jurisprudence diplomatique
non généralement consacré et tout au moins
passible de doute et de controverse ; bornons-
nous à répondre à ce prétendu grief par l'au-
torité sinon décisive, très-respectable, d'un
exemple pris chez celle des grandes nations
nos voisines, dont il serait heureux que nous
pussions nous inoculer l'esprit public et nous
adapter convenablement les constitutions ;
nous parlons, on le devine aisément, de la
( a* )
Grande-Bretagné, dont Ja constitution corn-
porte moins encore de garanties que celle
royale qu'on prétendrait si gratuitement pros-
crire dans son fond, et plus peut-être en sa
forme; en effet, la Magna Charla des An-
glais, cette charte dont s'enorgueillit avec rai-
son un peuple éminemment et ombrageuse-
tnent libéral, cette charte que cette nation
contemple, respecte et chérit comme le plus
précieux monument de la sagesse sociale et
le palladium de ses droits, de ses libertés, ne
lui a-t-elle pas été octroyée par le seul monar-
que ? et, de plus , ce mode qui excite autant
les vociférations de nos hurleurs se disant li-
béraux , se concilie si bien même avec les sé-
vères principes de la liberté républicaine, que
c'est dans cette forme que les Thésée et les
Lycurgue dictèrent leurs lois à leurs conci-
toyens. En consentant même de ne regarder ce
sentiment, presque universel, que comme une
simple opinion, ne craignons pas d'établir
qu'il n'est pas un publiciste véritable qui puisse
disconvenir de cette vérité de tous les pays mo-
narchiques , et surtout applicable au nôtre et
à la moralité de nos circonstances, qu'une
charte, ainsi donnée par le Monarque, n'en
Revienne plus sacramentelle et plus obliga-
( 26 )
toire pour lui et les Rois ses successeurs, tant
il leur serait plus honteux et plus criminel de
manquer à des promesses librement faites,
qu'à des engagemens imposés.
On reproche au gouvernement de n'avoir
pas tenu assez religieusement à ses promesses, *
singulièrement dans la garantie de la liberté
de la presse, de l'inviolabilité des ventes de
domaines nationaux, et l'abolition des droits-
réunis.
C'est à quoi nous allons successivement ré-
pondre , ou mieux, faire répondre l'exactitude
des faits.
Liberté de la presse.
Bien que l'interprétation donnée, ou (pour
rendre un plus entier hommage à la vérité )
bien que l'espèce de modification infractive
apportée à la lettre constitutionnelle à cet
égard, puisse, jusqu'à certain point, recevoir
quelque justification des temps, des esprits et
des circonstances à l'empire desquels il est
souvent dangereux et toujours imprudent de
soustraire la législation, peut-on raisonnable-
ment établir, cette restriction fùt-elle un si
grand grief, qu'elle soit imputable au Roi,
quand on ne peut nier que, soumise à la déli-
bération des chambres, elle n'a été que le ré-
( 27 )
sultat de ses longues et peut-être trop prolon-
gées discussions, que ce soit dès-lors leur ou-
vrage, et, par une conséquence morale, celui
de la nation qu'elles représentent?
Peut-être répétera-t-on que les ministres,
dévolutaires immédiats de l'autorité royale, et
plus intéressés qu'aucun à martingaller les re-
proches , à museler la médisance et étouffer la
voix de la plainte, sont évidemment ceux qui
ont avec acharnement provoqué, sollicité, et
enfin, à force de subornation, obtenu des
chambres cette restriction , ce presqu'anéan-
tissement de la liberté de la presse, en l'entra-
vant d'une censure préalable qui la soumettait
à leur vice-royal despotisme, et que les minis-
tres étant les premiers agens confidentiels du
monarque, c'est donc le Roi qui, en eux et
par eux, s'est rendu coupable de cette subor-
nation et de l'anti-liberté, même de l'anti-po-
pularité de ses effets.
Nous conviendrons franchement que des mi-
nistres faibles, inhabiles, anti-nationaux, fri-
pons, prévaricateurs et traitres ( nous avons
fait en peu de mois l'épreuve qu'il peut s'en
rencontrer), sont les premiers intéressés à
comprimer la voix qui peut à tout moment
signaler leurs défauts ou accuser leurs méfaits,
( 28 )
non moins qu'à soudoyer et gager des deniers
publics les prôneurs de leur débile et mal-
veillante administration , nous conviendrons
même que plusieurs de ces principaux agens
de Louis XVIII ont trop visiblement travaillé
les chambres sous ce rapport, pour qu'on n'y
reconnût pas en eux plus d'intérêt privé et de
vues personnelles que de vrai patriotisme ; mais
aussi, par cela seul que le Roi a appelé sur
ce point la délibération des chambres, on doit
en conclure que ce bon prince, qui, en nous
donnant sa charte constitutionnelle, s'était,
comme tant d'autres, flatté qu'elle allait ré-
concilier tous les Français dans un même es-
'prit, appaiser les passions et refrener les partis.,
ayant eu bientôt mille raisons d'apprendre de
l'expérience qu'elles n'étaient pas, ces pas-
sions, assez éteintes encore pour ne pas se
rallumer et ne causer pas un terrible incendie,
a pu juger cette restriction de la liberté de
la presse comme le plus prompt moyen, s'il
en était possible encore, de le prévenir, et,
fût-ce même sous le sage prétexte d'une in-
terprétation de cette disposition législativè,
devoir appeler le patriotisme des chambrera
Concourir avec lui à cette mesure de salut pu-
blic, dont l'urgente nécessité et l'avantage évi-
( 29 )
dent, vu la circonstance, pouvaient toutefois
couvrir l'irrégularité. Ce sentiment, d'ailleurs
ici supposé, à le prendre dans toute la rigueur
de la réalité, n'a-t-il pas été, dans le sens de
nos modernes publicistes, consacré par l'ap-
probation des chambres, et conséquemment
par la souveraine sanction du peuple? Eclairés
par les événemens, convenons franchement
que, peu mûrs encore à toutes les libertés , et
peu capables de subir, sans inconvénient, une
Iransition si subite du plus dur esclavage de la
pensée à son licencieux déchaînement, nous
avions déjà trop alors à en regretter les pre-
mières épreuves, et que s'il y a quelque chose
àlblâmer dans la mesure, c'est la tardiveté de
son adoption.
Le Roi donç aurait-il pu avoir un tort, ce
ne serait évidemment que celui d'avoir voulu
émousser le couteau dont il voyait la malveil-
lance disposée à frapper la patrie; et à qui du
peuple ou de ses bourreaux conviendrait-il de
le lui reprocher? La conduite de ceux-ci leur
fait se rendre justice.
Quoi qu'il en soit, en effet, de la liberté de
la presse , considérée relativement comme une
arme à deux tranchans et pouvant également
être tournée contre et pour le peuple, contre
( 3° )
et pour Je gouvernement, peut-on supposer
qu'un Roi généralement proclamé et avoué
même par ses détracteurs, essentiellement bon,
vertueux , éclairé, dans l'esprit comme dans le
cœur duquel conséquemment ses intérêts per-
sonnels ne sont pas moins inséparables de
ceux de ses sujets, que ne le sont de leur na-
ture ceux d'un père et de ses enfans, se soit
sciemment rendu coupable de cette forfaiture
monstrueuse envers lui-même. Il n'appartient
qu'à l'aveuglement de la perversité de le penser,
ou plutôt d'espérer le faire croire.
Mais quelle est, dans toutes les hypothèses
imaginables, infâmes détracteurs, quelle est
votre sottise, quelle est votre impudence, vous,
vous les sicaires de Bonaparte, d'oser pro-
noncer le mot de liberté de la presse et de su-
bornation des grands corps de l'Etat? Vous
oubliez-vous assez, etle maître que vousservez,
pour douter qu'en proférant ces seuls mots
vous ne portez contre vous et contre lui une
terrible accusation , pour ne pas être un mil-
lion de fois convaincus qu'en les articulant
vous ne montrez du doigt les premières sources
de vos crimes et des siens ? Ah ! si vous ne pou-
vez rien diminuer de votre naturelle scéléra-
tesse et de la sienne trop inhérente, sachez du
( 31 )
moins avoir la discrétion de ne pas vous-mêmes
signaler vos crimes, et enlever à l'horreur na-
tionale l'honneur de les publier et la gloire de
les punir.
Ventes de biens nationaux.
A-t on apporlé , ou seulement tenté d'ap-
porter le moindre froissement à leur irrévo-
cabilité ? Non ; au contraire, sa garantie, solen-
nellement consacrée par la charte constitution-
nelle , n'a-t-elle pas été mille fois, quoique su-
rabondamment , formellement répétée par le
Roi ? Eh! pouvait-il être une seule minute de
sa sainte existence, ce prince, nous aimons à
le redire, éclairé, ce monarque profondément
philosophe, plus démocrate peut-être qu'il
ne conviendrait communément à un Roi de
l'être, et qui s'est attiré plus d'une fois, de la
part des ennemis des idées libérales, le re-
proche de n'être pas assez royaliste, pouvait-
il se dépouiller de ses lumières, de sa sagesse,
de sa foi aux traités, en un mot de tout lui-
même, ne fût-ce que dans l'unique intérêt de
sa couronne, bien moindre à sa belle âme que
celui de la tranquillité publique, jusqu'à ou-
blier que le trône étant le premier des biens
nationaux, on ne peut porter atteinte aux uns
sans risquer l'autre? Ici nous en appelons au
( J2 )
témoignage de ses conseillers, et principale-
ment de ceux dont nous n'avons pas eu à de-
viner la perfidie, qui, dans les vues hypocri-
tement scélérates de l'entraîner à quelques
fausses mesures à cet égard, ont été plus d'une
fois violemment alarmés de lui trouver une
résistance aussi énergique que raisonnée à
leurs perverses insinuations.
Sans doute, à ne juger que sur certaines ap-
parences isolées, notamment par les discus-
sions , ou plutôt les vagues rabacheries des
chambres, sur la nécessité raisonnable au fond
de venir au secours des malheureux proscrits
totalement dépouillés, quelques esprits irré-
fléchis ont pu craindre, non peut-tjtre que le
Roi, mais qu'après lui des successeurs moins
éclairés , ou plus faibles , ne maintinssent pas
aussi scrupuleusement ces ventes nationales ;
sans doute les grands diffamateurs de nos Bour-
bons pouvaient y trouver de quoi inventer la
défiance à l'intérêt naturellement soupçon-
neux des nouveaux acquéreurs, et, abusant
de leur facile inquiétude, leur persuader que la
dynastie réintégrée n'avait consenti que comme
transitoirement cette charte constitutionnelle,
consécrative de leurs droits. Mais outre que la
malveillance dénaturait, de tous les moyens de
( 33 )
5
son astucieuse perversité l'esprit de ces dis-
cussions, n'est-il pas juste de dire que si même
il avait pu s'y rencontrer jamais quelque chose
qui dût éveiller les alarmes, qu'enfin, s'il y
avait le moindre tort à reprocher, ce ne pou-
vait pas être imputable au Roi, qui, on ne sau-
rait trop le répéter, s'est toujours fait une sainte
obligation de réitérer, dans mille occasions,
sa promesse de maintenir, de tous ses vœux et
de sa puissance royale, l'irrévocabilité de ces
ventes ? Ce tort n'appartiendrait-il pas, en effet,
exclusivement aux chambres, ou plutôt à ceux
de leurs indignes membres dont la perfidie,
et qui en douterait aujourd'hui qu'ils s'en font
un mérite, une vertu, dont la perfidie s'était
fait une monstrueuse étude de miner sourde-
ment le trône des Bourbons, en élaborant sur
eux la défiance par la calomnie, et sa chûte
par la haine, ou au moins par l'indifférence du
peuple.
, Eh ! par quelle fatalité est-on à-la-fois, chez
nous, si opiniâtrement sourd aux promesses
d'un princeindubitablementmtéressé, d'intérêt
personnel, d'honneur et d'affection, à leur ac-
complissement, et si empressé de prêter l'o-
reille aux suggestions d'hommes notoirement
flétris dèsJong-temps, et en possession évi-
( 34")
dente de ne vivre que de bassesses et de perÉK
dies! Oui, véritablement à ne considérer que
superficiellement notre nation , et à l'analyser
par les évènemens actuels, on serait tenté de
croire qu'après avoir, avec plus tle vélocité
qu'aucun peuple , parcouru tous les âges de la
civilisation,nous tombons précipitemment dans
la décrépitude de sa vieillesse; mais, pour la
consolation de notre honneur, disons qu'il ne
faut pas juger la masse par une poignée de
misérables brigands, et demandons aussi que,
pour notre orgueil, on attende quelques jours
encore à nous juger.
Uaboïition des droits-rêunis.
Plaçons d'abord ici cette observation de
toute justice comme de toute justesse, que,
par une perversité qui marque l'effronterie des
détracteurs et leur sentiment de notre légèreté,
ils ont commencé par dénaturer les promesses
du Roi, exprimées en son nom par son digne
et -si aimable frère le comte d'Artois, qui nous
avait promis non la suppression des droits-
réunis, mais l'abolition des droits vexatoires.
Telles sont fidèlement les paroles de ce prince.
Eh bien! le Roi ne travaillait-il pas, avec l'in-
fatigabilité de la plus paternelleaffectiofi, à nous
réaliser cette promesse sacrée, dont l'accom-
( 55 )
3.
plissement était une des plus pressantes Solli-
citudes de son cœur? Ici encore nous en appe-
lons à ses conseils, à ses ministres et aux cham-
bres, avec qui il concertait les moyens d'ar-
river à ce but si ardemment désiré : nous eus-
sions moins long-temps attendu ces heureux
effets, sans doute, si ce n'était un des premiers
caractères de la sagesse que les mesures qu'elle
veut perfectionner ne soient pas aussi précipi-
tées que le sentiment qui les provoque. ;
Mais aurait-il même, ce bon monarque, dès
avant sa rentrée personnelle dans la patrie,
nourri et fait annoncer sa résolution de sup-
primer les droits-réunis sans l'effectuer, quelle
induction'contre lui en pourrait raisonnable-
ment tirer quiconque voudrait examiner et
juger sans prévention cette apparente infrac-
tion de sa parole royale? Il reconnaîtrait d'a-
bord que ce bon père, en ne consultant que
ses désirs, avait pris la noble détermination
d'apporter au sort de ses enfans une des plus
sensibles améliorations dont il avait préjugé la
possibilité, et qu'ensuite, rendu au milieu de
son peuple, plus renseigné par ses représen-
tans, et mieux instruit par son propre examen,
il en aurait reconnu l'inconvénient relatif, l'im-
praticabilité du moment dans l'intérêt même