Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Relation de ce qui s'est passé à Nancy à la mort de S. A. R. Mme Anne-Charlotte de Lorraine,... (23 décembre 1773.)

14 pages
Impr. des héritiers de A. Chevalier (Luxembourg). 1773. Lorraine, de. In-8 °. Pièce.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

RELATION de ce qui s est passé
2 Usancya Id mort de ò. A. K.
Madame ANNÉ-CHARLOTTE
de Lorraine, Abbesse de Remire-
mont,
Décédée à Mons le 7 novembre 1773.
déposée au Caveau Ducal chez les RR.
PP. Cordeliers de Nancy} le 12 décem-
bre de la même année.
A mort de S. A. R. MADAME LA PRINCESSE
CHARLOTTE, annoncée en Lorraine presque
aussi-tôt que fa maladie, jetta la consternation dans
tous les coeurs de mes Compatriotes. Partagés entre
la crainte & l'efpérance, nous osâmes cependant
douter un instant de ce malheur. Pénétrés d'amour
& dé respect: pour cette Auguste Princesse , nous
cherchâmes encore à nous faire illusion : lés pertes
successives que nous avons essuyées depuis le dé-
part de nos anciens Maîtres', fémbloient devoir nous
endurcir aux événérriens les plus cruels ; mais il en
est auxquels on suffit à peine.
ies bienfaits de & Á. R. Madame lá Princesse
CHARLOTTE s fa tendresse pour un Peuples
a
dont elle sut si bien apprécier Rattachement; pouf
un Peuple qu'elle honora si souvent du titre flat-
teur de ses chers Compatriotes ; la douleur de
S. A. R. Monseigneur son Auguste Frères tout se
retrace au même instant ; tout rappelle à notre sen-
fibilté, ce jour ! ... ce triste jour où cette Prin-
cesse chérie, compagne de son AuguPe Mère,
qnitta Lunéville pour se retirer à Commercy.
Un Peuple entier prosterné autour du carrosse
de Leurs Altesses Royales, s"élançant à l'envi fous
les roues, fous les chevaux , s'estimant trop heu-
reux de périr, s'il peut retarder un moment un
départ auquel il craint de survivre : Mesdames
aussi sensibles qu'eux leur répétant mille fois: Ré-
signons-nous à la Volonté suprême, mes chers En-
fans , nous ne vous oublierons jamais.
Quel jour pour un Peuple qui adoroit ses Maî-
tres ! Quel triomphe pour des Princesses qui avoient
fait son bonheur! Quelle leçon pour les Souve-
rains qui désirent d'être aimés !
Eh ! quelle preuve plus sensible de sa tendre
amitié pour nous, Madame' la Princesse CHAR-
LOTTE pouvoit-elle nous donner ? Ce font ses
chers Lorrains qu'elle choisit pour être les dépo-
sitaires de ses précieuses Cendres. Dans l'excès de
notre douleur, il nous reste encore la triste satis-
faction d'arroser de nos larmes ce Corps qu'anima
la plus belle Ame ; ce Coeur généreux qui ne vécut
que pour faire le bien, qui ne respira que pour
la vertu, & dont les derniers mouvemens furens
pour un Peuple chéri.
3
Le jour fixé pour l'arrivée de S. A. R. fut un
secret qu'on crut devoir taire au Peuple, done
l'ardeur à lui rendre un dernier hommage, eût
pu causer quelque tumulte. Elle devoit arriver sans
être annoncée ; mais les précautions qu'on prit pour
éluder l'empressement de la populace, devinrent
prefqu'inutiles. Le sentiment d'amour pour I'Au-
guste Maison de Lorraine, gravé profondément
dans le coeur des Citoyens de tous les états, fut
les éclairer fur le moment où ces Augustes Reli-
ques dévoient être déposées chez les R R. PP.
Cordeliers.
Les nuits du 9 au 10, du 10 à l'onze, la popu-
lace veilla, elle assaillit les portes des Cordeliers,
criant fans cesse : Elle est arrivée , laiffez-nous la
voir. Ce désir si naturel méritoit l'indulgence, & la
Police s'yprêta, eut la complaisance de fermer les
yeux fur ces assemblées nocturnes, qui en d'autres
circonstances eussent été suspectes.
Trompé dans son attente, après ces deux pre-
mières veilles, le Peuple, loin de se rebuter, n'en
fut que plus constant à passer la troisième nuit.
MADAME arriva enfin le 12 à une heure du ma-
tin, fans éclat;, fans pompe. Une voiture de poste
précédée & suivie d'une autre ; ses Aumôniers, son
Intendant, quelques Valets-de-pied faisoient tout
son Cortège ; le Peuple, qui croyoit peut-être en-
core recevoir les Cendres de fa Souveraine, ne
reconnut dans ce simple appareil, que les Cendres
d'une Bienfaitrice , d'une Amie, & n'en sentit que 1
plus vivement la perte de cette Auguste Princesse.
4
M. le Général Comte de Ferraris, Chambellan
de S. A. R. Monseigneur le Prince CHARLES,
qui étoit à Nancy depuis deux jours, reçut S. A. R.
MADAME LA PRINCESSE à la porte de la cour
des Cordeliers, qui fut aussi-tôt fermée.:
Le P. Husson, Provincial des Cordeliers, suivi
de ses Religieux en chappes, vint au devant, &
M. de Ferraris la présenta. Son air, son ton prê-
tèrent à ce moment toute la dignité qu'exigeoit
l'honneur qu'il avoit de parler au nom de S.A.R.
Monseigneur le Prince CHARLES.
Le P. Husson |a reçut en adressant â MADAME
LA PRINCESSE un Compliment dicté par son
coeur & par son attachement pour l'Auguste Mai-
son de Lorraine.
Huit Cordeliers portèrent S. A. R. jusqu'au haut
de la nef. Une grande partie de la Noblesse des
deux sexes l'y attendoit. Elle fut posée sous un
catafalque élevé pour le moment. Après la célébra-
tion des Obsèques, son cercueil' de bois fut ouvert,
on fit la reconnoissance de celui de plomb en pré-
sence de M. le Général Comte de Ferraris, de
M. Matthieu, Prélat-Aumônier de feue S. Â. R.
de M. Bayot Intendant'de MADAME; de MM.
Márizien Trésorier, de S. A. R. Monseigneur le
Prince CHARLES en Lorraine, & Dieudonné,
Agent de MADAME à Remiremont, de MM. les
Commissaires Impériaux en Lorraine : du R. P.
Husson, & c.
De suì:te M A D A M E fut déposée; au Caveau
5
Ducal, entre feu MONSEIGNEUR son frère,
fils de feues LL. AA. RR. Monseigneur le DUC
LÉO POLD & Madame ELIZABETH-CHARLOTTE
D'ÒRLEANS , & feue MADAME! fa soeur , [fille de
Leurs Altesses Royales.
Ses Entrailles & son Coeur, que M. le Prélat
avoit portés pendant toute la cérémonie, furent
posés au dessus du cercueil fous un Poêle de ve
lours orné de galons d'or. Ce Poêle fut ôté le
lendemain, & les Entrailles avec le Coeur posés
fur des bras de fer attachés à la naissance de la
voûte du Caveau au dessus du cercueil.
Immédiatement après le Dépôt de MADAME,
le Procès-verbal & l'Acte en furent dressés & si-
gnés dans la Chapelle - Ronde, dont les vitraux
étoient fermés en draperie noire , chargée au pre-
mier rang du chiffre simple de S. A. R. &au se-
cond de l'écu de ses Armes, orné de la Crosse
& autres attributs de fa dignité d'Abbesse. Un cor-
don de cierges régnait en ordre d'architecture far
la corniche de l'entablement du premier ordre, &;
éclairoit la Chapelle.
On fixa le Service & la Pompe funèbre de
S- A. R, au 13. Quelques jours auparavant la dé-
coration en avoit été déterminée fur les dessins de
MM. Claudot & Girardet, Peintres Lorrains. Ces
Artistes, dans leur plan, dans son exécution, ont
réuni tous leurs efforts pour rendre l'apparèil de
cette cérémonie digne de la magnificence de nos
anciens Maîtres.