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Relation de la mission donnée à Montpellier par le Père Brydayne, en 1743 ; Nouvelle édition, précédée d'une notice sur ce célèbre missionnaire

120 pages
A. Seguin (Montpellier). 1820. Montpellier (France). 120 p. ; in-8.
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RELATION
DE LA MISSION
DONNÉE A MONTPELLIER
PAR LE PÈRE BRYDAYNE,
EN 1743;
NOUVELLE ÉDITION,
Prècèd&L^&Vune Notice sur ce célèbre
y^S&V * .^Missionnaire.
A MONTPELLIER,
Chez ATJG. SEGUIN , Libraire et Marchand d'estampes ,
place Neuve.
De l'Imprimerie de JKAK MARTEL ig Jsvnt.'
1820.
On vend chez SEGUIN , Libraire.
Recueil de Cantique* à l'usage dos Missions de France, 60 e.
Manuel du Chr lien pour le temps des Misions, rel. a t'r. ~Sc.
Catéchisme de Montpellier, par M. deCharency, 5 vol. rel. 11 f.
Conversion du pécheur , iri-i8, rel. 1 IV. 76 cent, '
Dévotion à St. Louis, de Gonzaguc, in-18 br. 1 iï.—Fig. de St.
Louis de (ion'.jguo color. 5o cent.
Détofion au Sacre-Coeur de Jésus, par M. de Charency, in-ia
br. 1 Ir.
Instruction sur la première Communion , par de Bcsse,
in-i8 br. 5o cent.
Pratiques de Dévotion envers la Sainte Vierge, in-ia br. »5c.
Relation de la Mission d'Avignon , en 1819 , 60 cent.
Lettre sur la Mission d'Aix , en i8ao , 10 cent.
Des Missions, par M. de la Mennais, 10 cent.
Mission de Bordeaux , en 1817', 1S cent.
Concoidat de Léon X et de François I.", 75 cent.
Concordat de 1817, ji cent. — le supplément , ôoeent.
Esprit de la Franc-Maçonnerie dévoile, par l'abbé B.j 75 c.
Vie do St. Louis, Roi de France, par Godcscard , br. y5 cent.
L'influence du Ministère Sacerdotal sur le bien de la société ,
3o cent.
Chapelet des actes de Foi, d'Espérance et de Charité » l5 c.
Quatre histoires édifiantes , br. 3o cent.
Chemin de la Cioix , 4<> cent. ,
Pratiques de piété pour se.sanctifier , br. 4ocent,
Office de Notre-Dame des Tables, br. 75 cent.
Office de la Noël, br. ?5 cent.
Toutes les Ncuvaines en usage dans le Diocèse,
NOTICE
SUR LE PÈRE BRYDAXNE,
JACQUES BRYDAYNE , célèbre Missionnaire
du siècle dernier, né le ai Mars 1721 à
Chusclan , dans le Diocèse d'Uzès, se con-
sacra de bonne heure aux Missions , et exer-
ça ce ministère dans les principales villes
de France. Sa Mission dans la ville de Mont-
pellier , en 1743, fit une sensation si forte,
les fruits, qu'il y opéra furent si prodigieux,
si éclatans , que la relation en fut imprimée
sous les yeux de M. de Charerlcy, Évëque
de cette ville. Ce grand et pieux Prélat était
dans la désolation , à la vue des maux que
l'erreur avait attirés sur son troupeau. De-
puis plusieurs années il n'était, occupé que
des moyens de réparer ses pertes , de ren-
dre son premier lustre à son Eglise , de
ramener les esprits sous l'empire de la foi,
d'arracher les coeurs à celui du péché. Pleiu
de confiance en M. Brydayne, il répandit
dans son sein sa trop juste douleur ; et lui
parlant en père des plaies de sa chère Église,
il le sollicitait de venir avec des Mission-
naires choisis lui rendre SQS eofans. Bry-
(4)
dayne, alarmé d'abord des extrêmes diffi-
cultés qu'il voyait à cette entreprise, fut
saisi d'une impression de crainte , et de»
meura quelque temps en suspens; mais il
trouva dans la prière , dans la vivacité de
son zèle , des motifs puissans de confiance.
Dieu lui fit connaître tout le bien qu'il pou-
vait opérer dans l'oeuvre épineuse qu'on lui
présentait ; il se décide à satisfaire le saint
Évcque, choisit une vingtaine d'excellens
ouvriers > disposés comme lui et d'après ses
conseils , à tout entreprendre pour l'hon-
neur de la foi. Ils allaient se rendre à Mont-
pellier , lorsque Brydayne fut arrêté par un
mal de jambe assez dangereux. L'enfer parut
un moment triompher ; les acteurs du
théâtre de Montpellier s'applaudirent pur
bliquement de cette maladie. Elle donna
aux ennemis de la foi le temps de répan-
dre des sarcasmes, et d'essayer de jeter du
ridicule sur Brydayne et ses compagnons.
Cependant ils arrivent , et leur vue fait
répandre des larmes au vertueux de Cha-
rency ; il les embrasse avec tendresse ; il
les reçoit dans son Palais comme les embas-
sadeurs du Très-Haut ; il leur découvre son
âme toute entière , et leur expose ce que
son zèle voudrait faire pour sauver son trou-
(5)
peau, Il ouvre la Mission par un discours
éloquent et pathétique; mais Brydayne par-
lant aprèï» lui , d'abord saisit , émeut ,
enchaîne tous les coeurs : ' son premier
sermon embrase tout le monde de désir
du salut. Les exercices cl.» la Mission
se font en même temps dans toutes les
églises , et elles sont constamment rem-
plies. On veut voir Brydayne , on veut
entendre un mot de sa bouche : il se repro-
duit partout, et déjà maître absolu de tou-
tes les volontés , il ne trouve plus rien de
difficile ; il parle , et à l'instant se font et
se multiplient les sacrifices les plus écla-
tans et les plus héroïques. Si tous les Catho-
liques de Montpellier ne semblent avoir
qu'un coeur pour obéir aux leçons de Bry-
dayne , c'est la célèbre Faculté de Médecine
de cette ville , ce sont ses Professeurs et
tous ses Étudiant , qui donnent particuliè-
rement le plus beau , le plus attendrissant
exemple de régularité et de ferveur. Cette
belle jeunesse , rassemblée de toutes les
Provinces du Royaume , escorte , admire
Brydayne comme un apôtre , et marche
avec une docilité merveilleuse sous ses dra-
peaux. Ce saint homme , frappé du zèle
ardent qu'ils témoignent , leur adressait
(6)
souvent la parole de la chaire , et les pro-
posait au peuple pour modèles.
La réputation que lui avaient acquise ses
Missions des Provinces méridionales , par-
vint bientôt à la capitale du Royaume, où
Brydayne était cité comme un des plus
grands Missionnaires qu'on eût vu depuis
long-temps. Le Cardinal de Fleury, frappé
du succès inouï de ses talens évangéliques,
désira le voir , et ce saint homme se ren-
dit à Paris en 17^. Dans plusieurs con-
férences particulières , le Ministre concerta
avec lui un établissement de Missionnai-
res qui , parcourant le Boyaume , pus-
sent rc générer la France et y éterniser la
foi. On comptait leur assigner des pen-
sions sur les Économats ; et Fleury voulut
ainsi que l'esprit du saint homme lui sur-
vécût dans cette admirable Société, D'a-
bord , il lui ubliul les premières grâces du
Roi pour continuer son oeuvre , et le met-
tre en état de soulager la misère des Peu-
ples qu'il évangélisait ; mais la mort du
vertueux Pontife, arrivée peu de mois après,
dérangea ce plan si salutaire , dont l'exécu-
tion eût renouvelé et sanctifié le Royaume.
Brydayne réunissait toutes lès qualités
du grand orateur. Nul, dit le Cardinal Maury,
(7)
n'a possédé à un plus haut degré que lui
le rare talent de s'emparer d'une multitude
assemblée. Il avait un si bel organe, qu'il
rendait croyable tout ce que l'histoire nous
raconte de la déclamation des anciens ; et
il se faisait entendre aussi aisément de dix
mille personnes en pleine campagne , que
s'il eût parlé sous la voûte la plus sonore.
On remarquait dans tout ce qu'il disait des
fonds naturellement oratoires , des meta*
phores très-hardies, des pensées brusques,
neuves et frappantes ; tous les caractères
d'une riche imagination ; quelques traits ,
quelquefois même des discours entiers pré-
parés avec soin, et écrits avec autant de
goût que de chaleur.
M. Marmontel, dans un discours sur l'élo-
quence , nous offre encore une heureuse
idée de celle de Brydayne.
C'était un orateur saintement populaire»
Qui content d'émouvoir, négligeait l'art de plaire;
D'une vaine éloquence il dédaignait les fleurs :
Il n'avait que des cris, des sanglots et des pleurs.
Mais de longs traits de feu jetés à l'aventure,
D'une chaleur brûlante animait sa peinture:
C'était l'Ame d'un père ouverte aux malheureux;
Son coeur se déchirait en gémissant sur eux;
Le faible et l'indigent croyaient voir à son zèle
(8)
L'Ange consolateur les couvrir de son aile.
Mais à l'homme superbe , à l'injuste oppresseur,
Au riche impitoyable , au cruel ravisseur
Déclarait-il la guerre? Une voix fulminanto
A leur âme de fer imprimait l'épouvante !
Tout tremblait sous sa main ; le méchant consterné,
D'un ténébreux abîme était environné.
Il domptait l'habitude , il domptait la nature;
Il faisait du remord éprouver la torture ;
De son faste a ses pieds l'orgueil se dépouillait,
La rapine tombait des mains qu'elle souillait;
La volupté rompait ses chaînes les plus chères ; ,
lïnncmis et rivaux se pardonnaient en frères :
C'était un nouveau peuple, et ce peuple charmé,
Bénissait l'orateur qui l'avait transformé.
La force de la voix est sans doute essen-
tielle au parfait orateur : celle de Brydayne
avait un éclat prodigieux ; elle était ton-
nante et offrait un son terrible quand il lui
donnait beaucoup d'étendue. Alors elle ré-
sonnait au milieu d'une ville , dans les
maisons les mieux fermées , à quatre ou
cinq cents pas déloignement de l'église :
aussi, point de vaisseau , quelqu'immense
qu'il fût , où on ne l'entendit de chaque
extrémité, lors même qu'il ne laissait pren-
dre à sa voix qu'un faible essor. Mais, s'il
s'élevait dans l'ardeur de son zèle ; s'il expri-
mait un reproche à ses auditeurs, ou s'il
(9)
leur prédisait les vengeances du Seigneur,
ces mots : Pêcheurs, cest à vous que je
parle , écoutez-moi, entendus au loin com-
me un coup de tonnerre, portaient la terreur
dans les aines les plus intrépides ; et l'en-
nemi forcené de la vertu , voyant à l'instant
s'évanouir sa sécurité , frémissait aux éclats
de cette voix formidable. Nulle part elle ne
fut aussi merveilleuse que dans les campa-
gnes. Y prêchait-il en plein air, à quinze ou
vingt mille hommes épars dans les champs
et sur les routes, on ne perdait pas aux
extrémités de ce vaste auditoire, une seule
de ses paroles.
Il n'avait encore prêché que dans les cam-
pagnes, lorsqu'il fut appelé à Paris pour y
prêcher le Carême dans l'église de St.-Sulpice.
La foule y accourut , et surtout un grand
nombre d'Évêqnes et de Personnes de Digni-
tés. Cet auditoire , loin d'intimider l'ora-
teur , lui fournit sur-le-champ cet exorde.
« A la vue d'un auditoire si nouveau
pour moi , il me semble que je ne de-
vrais ouvrir la bouche que pour deman-
der grâce en faveur d'un pauvre Mission-
naire, dépourvu de tous les talens. J'éprouve
cependant un sentiment bien différent ; et,
si je suis humilié , gardez-vous de croire ,
( io)
mes Frères, que je m'abaisse aux miséra-
bles inquiétudes de la vanité: à Dieu ne
plaise qu'un Ministre du Ciel pense jamais
avoir besoin d'excuse ; car , qui que vous
soyez , vous êtes tous pécheurs. C'est de-
vant votre Dieu et le mien , que je me sens
pressé^dans ce moment de frapper ma poi-
trine. Jusqu'à présent , j'ai publié les jus-
tices du Très-Haut dans des temples cou-
verts de chaume ; j'ai prêché les rigueurs de
la pénitence à dejs infortunés qui man-
quaient de pain; j'ai annoncé aux habitans
des campagnes les vérités les plus effrayan-
tes delà religion. Qu'ai-je fait, malheureux !
J'ai contristé les pauvres, les meilleurs amis,
de mon Dieu ; j'ai porté l'épouvante et la
douleur dans des âmes simples et fidèles ,
que j'aurais dû plaindre et consoler. C'est
ici où mes regards ne tombent que sur des
grands, sur des riches , sur des oppresseurs
de l'humanité souffrante, ou sur des pécheurs
audacieux ou endurcis; c'est ici seulement
qu'il fallait faire retentir la parole sainte
dans tonte la force de son tonnerre, et pla-
cer avec moi dans cette chaire , d'un côté,
la moit qui nous'menace; de l'autre , Dieu
qui vient vous juger. Je tiens aujourd'hui
votre sentence à la main» Tremblez devant
(")
moi, hommes superbes qui m'écoutez. La
nécessité du salut , la certitude de la mort,
l'incertitude de son heure, si effroyable
pour vous, le jugement dernier, le petit
nombre des élus, l'enfer, et par-dessus tout
l'éternité! Voilà les sujets dont je viens vous
entretenir , et que j'aurais dû sans doute
réserver pour vous seuls. »
Le zélé et pieux Missionnaire mourut à
Roquemaure, le 11 décembre 1767 , âgé de
soixante-six ans. Il avait, depuis qu'il s'était
voué à ce Ministère pénible, rempli l'in-
croyable tâche de deux cent cinquante-six
Missions. Doux, humble decoeur, simple dans
ses moeurs , brûlant de zèle pour le salut
des âmes , il fut justement proclamé par
l'auteur de sa vie , le modèle des .Prêtres (1).
(1) Le modèle des Prêtres , ou Vie de J. Bry-
dayne, par l'Abbé Caron le jeune; in-ia broch.,
a fr. a5 cent. C'est do cet ouvrage que nous avons
extrait cette courte notice.
Êpitaphe du Père BRYDAYNE.
D. O. M.
VIRUM APOSTOLICUM
GENUIT OcCITANIA
R. D. JACOBUM BRYDAYNE ,
TOTAM GALLORUM GFKTEM
MOMINIS SCI FAMA COMMOVIT :
SOCIOS AD SE TRAXIT
INDEFECI LABORIS AEMULATORES :
HEN1TF.MTES IMPIOS
ZELO TONANTE
ClIRISTO VIC1T.
AU VOCEM EJUS
TJLULABAT VOPULUS POENlTENS ;
AD NUTUM EJUS
ERIGEBANTUR RELIGIONIS MONUMENTA.
SED HEU ! VIX VIDERAT VlI/LANOVA
tJBERIORES ALTER1US MlSSIONIS FRDCTUS FERENTEM
CUM VID1T RUPIS-MAURA
IN DOaiINO MORIENTEM
IIIC JACEtfTEM.
CtERUS, POPULUSQUE
LUXERtJNT.
AHNO Mê DCC. LXVH. HIE 22 PECEMBRIS»
RELATION
DE LA MISSION
DONNEE A MONTPELLIER
PAR LE PÈRE BRYDAYNE,
EN 1743.
JE ne crains pas, Monsieur, de vous adresser la
relation d'une Mission dont on a parlé dans toute la
province , dans lout le royaume, et qui n'a peut-
être pas moins fait de bruit à la Cour, qu'à Mont-
pellier même ; que l'on regarde par ses événemens,
et par ses «uecès, comme une de ces opérations qui
sont rares t et qu'on peut appeler célèbres, par le
caractère, par les talcns cl par le nombre mémo
des différentes personnes qui l'ont formée.
Si j'avais pu prévoir qu'un ouvrage de cette es-
pèce eût pu vous faire plaisir, j'en aurais dressé le
plan avec plus d'attention, rassemblé et recueilli les
différentes parties qui le forment avec bien plus d'art,
je les aurais distribuées avec plus de méthode, et
par là je l'aurais ornée à mon gré et selon le vôtre,
de cette agréable et riche variété qui plaît toujours,
qui entraîne toujours et qui persuade toujours.
J'aurais puisé dans ce grand nombre de discours
quinousont étédonnésctquenousavonscnti nduspen-
duut l'espace de deux mois entiers, dans trois églises.
( i4> .
différentes ; ces pensées heureuses, ces réflexions
subtiles et profondes, ces expressions marquées et
brillantes , ces traits nobles , qui enlèvent et qui
touchent l'auditeur. Je me serais fait un devoir , un
plaisir même, de relever cette délicatesse dans les
pensées, cette élévation dans les senlimens , ces
gnlccs dans le style , cette solidité dans le raisonne-
ment , qui nous ont rendit ces hommes apostoli-
ques si chers et si respectables , et qui leur sont
propres. En un mot, j'aurais tenté de semer ces
belles Heurs qui nous ont été présentées chaque jour
avec tant d'abondance et do fécondité ; je me trom-
pe , avec tant de netteté et de force de la part des
uns, avec tant de volubilité et de rapidité de la
part des autres ; je les aurais, dis-je, semées dans ce
petit ouvrage , où vous savez que tout doit être
simple, pieux, puisque c'est un ouvrage de religion,
consacré à la religion même.
C'est, je le crains fort, cô que vous ne trouverez
peut-être pas dans celui-ci. Nous sommes dans un
siècle où certains ouvrages ne sont pas favorable-
ment reçus. Le détail le plus vrai et le plus simple,
n'a pas toujours l'avantage de plaire* Le public veut et
demande même quelque chose de plus: ce n'est pas
au plus viai qu'il accorde ses suffrages ; ce n'est
pas le plus vrai qu'il met à couvert de ses censures.
Nous le savons par expérience, pour qu'un ouvrage
soit du goût présent, il ne faut pas moins intéresser
l'esprit que le coeur ; l'un sans l'autre ne tend à rien
ou ne produit que peu de choses.
Cette seule pensée m'a souvent mis dans l'incerti-
tude sur le parti que je devais prendre. Je sais ce
( i5)
quil en coûte pour seconder l'attente publique, et
combien il est difficile de réunir ces deux avanta-
ges ; mais je n'ignore pas ce que je vous dois. Vous
avez parlé , en faut-il plus ? Vous n'éles pas du,
nombre de ces savans moins profonds et plus vains
que les autres; qui raisonnent de tout et sur tout;
qui rejettent avec une affectation marquée , ce qui
n'est à leurs jugemens ni assez pompeux ni assez
subtil ; qui pèsent les mots, leurs sens, leurs arran-
gemens; qui dédaignent une expression tant soit peu
surannée ; en un mot , qui estiment bien plus les
fleurs que les fruits, non bien plus sensés et bien
plus judicieux. Yous avez le goût meilleur; vous ai-
mez et vous aimerez toujours ce qui édifie et ce qui
touche. Je vous demande grâce sur tout le rcslc. 11
ne m'en faut pas davantage ; je serai parfaitement
- satisfait de mes peines, trop heureux si je puis par-
venir à ce terme 1 Commençons.
C'est à Monseigneur l'Évêquc que nous sommes
redevables du bienfait de la Mission. Il en forma lut
seul le dessein, peu de temps après que la Providence
nous l'eut donné pour premier Pasteur. Les besoins
de son peuple lui parurent grands; il crut qu'il était
nécessaire d'y-pourvoir par des secours extraordinaires,
même peu usités dans de grandes villes; et il ne pou-
vait , en effet, le faire plus sûrement, plus efficace-
ment, qu'en appelant à lui des hommes apostoliques,
que la piété et le zèle de la Maison de Dieu réunis-
sent dès qu'il s'agit d'étendre et d'avancer son royaume.
Ces dignes Ministres de l'Église, pleins de ce feu
de l'amour divin qui les anime, ne consacraient de-
puis long-temps leurs travaux qu'à la conversion des
( i6)
peuples : ce n'est pas à un seul diocèse qu'ils se
fixent ; toute l'Église de France paraît être l'objet do
leur zèle. Ce qu'ils ont fait dans les villes de Marseille,
d'Avignon, d'Arles, d'Orange, d'Uzès, d'Alais, de
Rodez, de Clermont-Ferrand, de Moulins, de Sens,
de Lyon, de Vienne, de Grenoble, et dans bien d'au-
tres villes éjnscopales, dont le détail serait assez long,
lésa fait connaître depuis long-temps : le succès qu'ils
ont eu partout démontre évidemment que c'est Dieu
qui les appelle à ce sacré Ministère.
Dès qtte l'illustre Prélat qui nous gouverne les eut
connus par l'organe de plusieurs Évoques, qui s'en
étaient successivement servis, il se mit en état do
les appeler à lui, et de se les procurer. Ce ne fut pas
à la vérité (pourquoi le dissimulerions-nous?) sans
jalousie et sans murmure; sans les exposer, sans s'ex-
poser lui-même à la censure de certains esprits. Les
libertins craignaient qu'on ne leur ravit leur proie;
les novateurs qu'on ne désabusât les personnes qu'ils
avaient séduit. Les contradictions n'ébranlèrent point
Monseigneur l'Évêquc. M. Brydayne, Missionnaire du
I\oi dans le diocèse d'Alais, fut prié de se rendre
ici avec deux de ses plus fidèles associés. Ils y fu-
rent reçus aSscz indifféremment, pour ne pas dire
assez mal, par les ennemis de la piété et de la vertu;
mais ce fut avec distinction; avec bonté de la part
des principaux Seigneurs de la Province : elle était
assemblée pour les États. M. le duc de Richelieu fut
lui-même charmé de les voir. Ils étaient, en effet,
bien plus connus de lui par leur mérite seul, qito
par leurs noms, que par leurs grades. Ce fut en pré-
sence de Nosseigneurs les Évéques, qu'il leur donna
(•7)
plus d'une fois des marques d'une bienveillance,
sincère.
M. Brydayne qui ne se refroidit pas aux plus grands
obstacles, ne fut point ébranlé de ceux qu'il put
trouver. Son expérience qui le rend un excellent maî-
tre , dans ce qu'on appelle gouvernement, manie-
ment , façon de conduire les esprits et de toucher
les coeurs, lui suggéra bientôt les derniers arran-
gemens qu'il devait prendre : ils furent arrêtés sur-
le-champ ; presque toutes les difficultés disparurent,
dès qu'il eut proposé ses vues et ses desseins. La
plus saine partie demandait avec empressement lo
bienfait de la Mission. Ce qu'une heureuse tradition
en avait transmis depuis soixante ans, des pères aux:
enfans, la leur rendait toujours plus précieuse; aussi
ne l'envisageait-on que comme un moyen assuré de
salut. Il ne fut donc plus question que d'avoir, qup
de se procurer les ouvriers nécessaires à l'oeuvre con-
certée;'il en fallait de bons et en grand nombre,
pour défricher le champ du père de famille, car il
avait besoin d'une bonne culture. Le Prélat pourvut
à toute la dépense, il la mit sur son compte.
La troupe de M. Brydayne'se réduit à peu do
chose pour le nombre; elle n'est ordinairement for-
mée que de quelques personnes de bonne volonté,
qui se consacrent sans intérêt à ces pénibles et
souvent meurtrières fonctions. Ces ouvriers néces-
'( saires à l'oeuvre de Dieu , étaient répandus dans leur
Diocèses: ils n'étaient pas inconnus à M. Brydayne ;
il a toujours Soin d'en faîre'la découverte ; plusieurs
s'étaient déjà formés sous ses yeux et paraissaient
avec éclat dans leur patrie, ce qui n'est pas bien
(.'«■)•
commun. Les hommes qui paraissent n'être nés que
pour le salut des peuples , ne sont pas multipliés ;
les grands< talcns ne se développent pas et nc.se
perfectionnent pas dans peu de jours. C'est l'épreuve .
qu'en a fait plus d'une fois M. Brydayne. Le plus
grand service qu'il ait pu rendre à l'Église , c'est de
«'être toujours appliqué à former partout des hom-
mes vraiment apostoliques, d'en laisser dans toutes
les villes la précieuse semence.
Pour les avoir dans cette dernière et sainte quaran-
taine ,,il. lie,fallait pas, moins que les ordres de la,.
Cour. Le grand Ministre dont nous pleurons encore la
perle; ce grand homme que ,cettc province avait pro-
duit et formé, prenait part à leurs travaux; il en con-
naissait l'excellence et la nécessité. Ce qu'il en avait an-
pris par ces messieur$,qu'il avait,voulu voir à la Cour,
qu'il avait reçu avec tant de bouté, en présence des
Ministres étrangers, n'avait servi qu'à ranimer, son
zèle. L'amour de la Religion, le bien de l'État, la
tranquillité des peuples qu'il envisageait ton jours,, le
firent entreri diins les desseins, et dans les vues de
Monseigneur, notre Évêqttç, et le rendirent sensible;
à nos besoins. Dès qu'il sutVque la Mission de Mont-
pellier avait été concertée , qu'elle ne,pouvait échouer
que par le refus de certaines, personnes qu'on avait t
dessein d'y appeler, il,leur en écrivit avec une effur •-'
sion de coeur marquée ,pour nous les assurer. C'est
par là que .nous lui sommes redevables d'une des
plus belles Missions.
Des sujets d'un moindre prix n'auraient pu paraître
avec éclat et avec succès dans cette ville. Vous.savez
qu'on y trouva tout ce qu'une province entière peut
( '9)
fournir* de plus distingué par la noblesse, par lo .
rang, par le mérite. Cette ville s'est toujours renduo
célèbre par la sagesse de ses Magistrats, par la science
de ses Maîtres, par la valeur de ses Guerriers, par
l'équité et la probité de ses Juges, par l'aménité, la
politesse et l'affabilité de ses habitans. Les sciences
y fleurissent ; tous les arts y sont cultivés et perfec-
tionnés ; l'étranger y accourt avec empressement; :
la douceur du climat, la sérénité du ciel, la fécon-
dité des campagnes, l'abondance que procure un
grand commerce en rendent le séjour délicieux. >< •■
Accoutumés depuis trop long-temps à nous repattro
de tous ces fragiles et vains avantages, nous ne faisions
plus attention à nos vrais maux, à nos maux spiri-
tuels ; ils ne nous étaient presque pas connus. Ab-
sorbés dans les plaisirs de la vie , et de quelle vie t
nous ne pensions presque plus à la vie future. Lo
soin en était remis à l'âge lo plus décrépit. Telles
étaient au vrai les dispositions do la plupart , si ce
n'est pas de tous : n'en soyez pas surpris, Monsieur,
cette ville n'a pas eu le sort do bien d'autres. L'hé-
résie s'y est toujours formée des partisans et des sec-
tateurs. Elle ne paraissait de nos jours, que pour
subjuguer la vérité, si la vérité eût pu l'être. C'est
une espèce de prodige, que la vérité se soit soutenue
et conservée dans les âmes simples. Comme elles ont
le privilège do croire sans raisonner, elles ont eu
l'avantage de s'en garantir.
Les plus honnêtes gens , selon le monde, témoins
de la mésintelligence qui partageait les Ministres do
l'Église , pensaient froidement qu'il leur était permis
de vivre ù leur gré. Tout au plus se contentait-on d'un
(«oï
Certain extérieur de religion, d'un certain langage,
d'un certain air de réforme avec lequel on se per-
mettait tout, on se pardonnait tout. Les Sacrcmons
étaient ici négligés plus que partout ailleurs; c'est
tin fait avéré cl constaté : le grand-nombre ne savait
plus ce que c'était qu'être soumis aux saintes lois de
l'Église. Peu de personnes faisaient leurs Pâques : les
plus grandes solennités se passaient depuis, bien des
-années sans exercice de religion , presque plus de par-
ticipation aux Saints Mystères. Quelques bonnes
âmes seulement, conduites par des mains plus ha-
biles et - plus pieuses, marchaient dans une autre
route; chacun se donnait la liberté de pensera son
gré » de vivre selon ses caprices. Ce qu'il y a de plus
triste encore , c'est que nous n'étions presque pas
Combattus dans ces préjugés et dans ces erreurs
grossières ; elles avaient été ci-devant autorisées par
nos Pasteurs,à l'exception d'un seul, dont le souvenir
se transmettra chez nous jusqu'à la postérité la plus
reculée ;* nous les suivions. Ce n'est pas que nous y
fussions déterminés par connaissance ; ce sera , si
vous le voulez ainsi, par prévention , par caprice ,
par humeur, emportés par la multitude. Qu'importe *
Nous les suivions, et nous courions à notre perte.
Revenus de nos préjugés, nous en jugeons bien
plus sainement en ces heureux jours; Lo Prélat qui
nous gouverne n'a pu les ramener à leurs devoirs ;
il s'est vu , malgré lui, forcé de les poursuivre dans
Ja forme du droit, de les dépouiller de leurs postes ,
de les excommunier même.
A la vérité nous n'y avons rien perdu ; ceux quo
Ja provideuco uous a donné, remplissent bien plus*
(« )
dignement leurs places : leur mérite distingué les rend
et les rendra toujours plus chers à leurs peuples. Ce
sont des Ministres appliqués à leurs fonctions, sages
dans leurs décisions, uniformes dans leurs créances
que le vrai zèle anime. Ils soutiennent parleurs exem-
ples ce qu'ils annoncent par leurs paroles. Mais, quo
pouvaient-ils à notre égard? Leur zèle ne pouvait
suffire pour remédier à nos maux, quand nos vrais
maux leur auraient été connus. Surchargés de tra-
vail, à peine peuvent-ils suffire à leurs fonctions ac-
coutumées, aux offices de leurs Paioisscs, aux besoins
de leurs malades, à l'instruction de la jeunesse dan»
les mystères de la foi.
Cependant il élai 1 nécessaire de réparer le passé,
de régler le présent; quel ouvrage 1 De rappeler dans
le sein du bercail, la partie qui s'en était retirée;
de garantir d'une chute prochaine, celle qui y res-
tait encore; quel ouvrage 1 D'instruire les ignorans,
de confondre les incrédules, de fortifier les faibles.
Il nous fallait un remède sûr et puissant, j'ose lo
dire; des hommes apostoliques, plus versés dans ces
sortes de fonctions, plus accoutumés à traiter avec
des sourds, avec des muets, avec des coeurs endur-
cis. La providence dirige leurs pas vers nous; ils vien-
nent à nous comme Saint Paul, lorsqu'il fut en Macé-
doine; ils y viennent portés, pour ainsi dire , sur
les ailes de la charité seule qui les enflamme, em-
brasés du seul désir de notre salut. Monseigiicuc
l'Évêquc nous annonce leur arrivée prochaine dans
son mandement, qui fut publié dans toutes nos pa-
roisses; vous ne serez pas fâché d'en trouver Ici quel-
ques traits. Je sais que vous êtes avide des bollci et
(M) ■
des bonnes choses; celte pièce est un chef-d'oeuvre.,
« Voici, mes très-chers Frères, le temps de la mi-
séricorde de Dieu sur vous. Voici les jours favorables
que fa bonté paternelle avait préparés de toute éter-
nité pour votre salut. Jusqu'ici Dieu a frappé en vain
a la porte de vos coeurs pour vous retirer de l'abîme
de vos péchés, ou d'une vie inutile, qui est elle-
même un grand égarement. Il vous a sollicités mille
fois de retourner à lui par des grâces intérieures et
des mouvemens de l'esprit saint, auquel vous avez
toujours résisté. 11 vous a pressé par des châtimens,
des morts cl d'autres afflictions , qui, par l'ennui
qu'elles vous ont causé , devaient vous dégoûter du
monde , mais qui n'ont encore pu changer vos coeurs.
11 vous a appelés par la voie des Pasteurs ordinaires,
qui votts ont invités de venir à lui par l'espérance
des plus grandes récompenses , et par la crainte des
plus terribles châtimens, sans pouvoir vous ébranler.
tEnfin, voici un nouveau trait de sa miséricorde sur
Vous, cl peut-être la dernière ressource que sa bonté
infinie a préparée pour votre salut. Dieu vous envoie
des hommes apostoliques qu'il semble avoir suscités
pour la conversion des peuples. Us viennent vous
annoncer de sa part, comme autrefois Jonas à une.
ville pécheresse , qu'il vous accjrdc encore cette
sainte quarantaine, pour détourner par un change-
ment de vie les fléaux et les malheurs dont vous êtes
menacés. Adhuc (jitadrarjinta dics ( Jon. c. 3 ).
Ils sont chargés de vous adresser ces paroles du sage.
fie difj'érct plus de vous convertir au Seigneur,
nevemetut plus d'un jour à l'autre} sa colère icia-
( a3 )
fera tout d'un coup, et il vous perdra au jour de
ses vengeances. Ne dites plus pour excuser vos dé»
lais, que ta miséricorde du Seigneur est grande,
et qu'il aura pitié de ta multitude de vos péchés ,
car sa miséricorde est bientôt suivie de sa colère}
il regarde les pécheurs qui s'en prévalent dans son
indignation ( Fcclésiast. c. 5.).
tNe vous flattez pas, mes chers Frères , Dieu a ses
momens de miséricorde , et ces momens singuliers no
reviennent plus. 11 vous ouvre aujourd'hui son sein
paternel ; il voit, avec douleur , que vous vous per-
dez en marchant dans des voies égarées , et il vous
tend une main favorable pour vous ramener dans
les sentiers de la justice. Tels sont les desseins quo
Dieu a formés, en m'inspirant la pensée de vous
procurer celte Mission. C'est un dernier éclair de mi-
séricorde qu'il va faire luire sur plusieurs de vous.
Si par malheur vous fermez les yeux à la lumière ,
elle disparaîtra pour toujours , et vous aimerez jus-
qu'à la fin vos ténèbres. Le inépris des grâces que
Dieu a destinées pour notre salut met ordinairement}
, le comble à la réprobation du pécheur.
« Cette pensée , mes chers Frères , mêle à la joio
que je ressens dans ce jour une amertume inoroyablc.
Je tremble et je suis pénétré de douleur quand-je
pense que les grâces dont Dieu vous prévient par
mon Ministère, seront peut-être pour plusieurs un
sujet de condamnation. Car nous ne devons pas vous
le dissimuler, si le bienfait de la Mission vous est
inutile, il vous deviendra pernicieux ; s'il ne vous"
convertit pas, vous achèverez de vous «udurcir; s'il
(»4)
ft'excite pas dans vos coeurs de vifs remords sur vos
désordres, votre fausse sécurité augmentera; en un
mot, s'il n'est pas pour vous une source de vie et
de salut, il deviendra une cause de mort et do con-
damnation. J'entends avec frayeur la menace du pro-
phète Amos , qui déclare à l'ingrate Jérusalem, que
la mesure de ses crimes est parvenue à son comble,
et que la première infidélité mettra le sceau à sa répro-
bation, lloecdicit Dominus: super Tribussceteribus
Juda et super quatuor non convenant eum ( Amos,
c. i ). A la vue des désordres dont cette ville est inon-
dée , nous avions tout lieu de craindre qu'elle ne fût
bientôt frappée des malédictions du Seigneur. Nous
voyons aujourd'hui avec consolation que ses miséri-
cordes ne sont pas encore épuisées ; jl redouble
même les efforts de sa voix, pour rappeler ce peuple
infidèle , qui, l'ayant.quilté s'enfuit et s'égare dans
les voies de la perdition. Mais, s'il continue d'irriter
le Seigneur, ce dernier crime , cet abus des grâces
les plus fortes ne mettra-t-il pas le comble à tous les
autres? Tremblez, M. C. F., car Dieu l'a juré dans sa
colère. Son peuple chéri, qui, ayant été témoin
de ses ouvres et de ses merveilles a endurci son
toeur, et n'a point connu tes voies du Seigneur,
n'entrera point flans te tîcu de son repos ( Psal.
94. ). Grand Dieu 1 nous prépareriez-vous les mêmes
malheurs dont vous avez frappé votre peuple ingrat ?
Le don précieux que vous nous faites aujourd'hui, no
servirait-il qu'à mettre le dernier sceau à notre en-
durcissement, et les dernières bornes à vos misé-
ricordes P
(*5)
• Non, mes chers Frères, les desseins et lcspcnséo*
de Dieu sur vous , ne sont point des pensées et des
desseins de châtiment et d'affliction , mais de paix
et de clémence. Çogito cogitationes pacis et non
afflietionis ( Jerem., c. 29 ). A la vue de cet heu-
reux événement, je me sens rempli d'une douce es-
pérance et pénétré d'une sainte consolation. Il me
semble que Dieu ne me fait entendre au fond du
coeur que des paroles de paix et de réconciliation
pour son peuple. Il va enfin opérer la conversion
sincère de vos coeurs, et le nombre de ses saints se
multipliera parmi nous. Audiam quid toquatur in
«ie Dominus.Deus, quoniam toquetur pacem in
piebem èuam, et super sanctos suos, et in cos
qui converluntur ad cor ( Psal. 84 ). Oui, mes
Frères, c'est pour vous purifier des vices et des pas-
sions, qui jusqu'ici vous ont éloigné de Dieu, qu'il
vous ménage le bienfait de cette Mission; c'est pour
ranimer votre foi; c'est pour changer en une piété
fervente votre indolence pour le salut; en un mot,
c'est pour vous renouveler dans l'amour et la pra-
tique des devoirs do la vie chrétienne, et pour créer
au milieu de nous un peuple saint, un peuple nou-
veau, et digne de chanter un jour avec l'Église du
Ciel les louanges éternelles de sa grâce, et poputus
quicreabitur taudabit Dominum (Psal. 101).
« Vous le verrez , nos chers Frères , vous qui avez
quitté la sainte Église notre mère commune, et dont
nous pleurons depuis si long-temps la séparation, voua
«erez témoins de cet édifiant spectacle. N'en serez-
vous pas touchés? Vous avez condamné l'Épouse do
Jésus-Christ. Pour autoriser votre désobéissance,
(»«)
vous l'avez déclarée coupable des derniers crimes , et
ce qui doit vous faire trembler, vous avez prononcé
contre clic ce terrible arrêt sans l'entendre. Car, qui
de vous a examiné les foudemens de sa religion ? Qui
d'entre vous a même pensé à discuter la vérité des
crimes tpic vous ne cessez d'objecter,à l'Église catho-
lique? Souffrez donc que nous vous adressions ces
paroles du prophète Daniel : Revcrlimini ad judi-
cium , revenez au jugement ; daignez nous écouler
avec un esprit non prévenu et avec un coeur im-
partial, Nous vous demandons pour toute grâce de
venir entendre nos justifications. Pouvez-vous lo
refuser avec quelque sorte d'équité? Nous venons
vous chercher , sans d'autres armes que la parole
du Seigneur; qu'elle soit le juge entre nous. Nous ou-
vrirons ce livre sacré avec confiance, et nous ne
craignons point de vous défier d'y trouver aucune
preuve des crimes dont vous accusez cette Église,
dans laquelle les auteurs de votre séparation ont vécu
si long-temps. Encore une fois , ponvez-vous refuser
d'écouter lés justifications de celle qui vous a engen-
drés tous dans son sein , et à laquelle vous offrez
chaque jour vos enfans , pour qu'elle les sanctifie
et les fasse renaître en Jésus-Christ ? Revertimini ad
judicium. Revenez donc au jugement, vous y êtes
intéressés'; car, si vous avez injustement calomnié
l'Épouse de Jésus-Christ, si les causes pour lesquel-
les vous vous en êtes séparés sont destituées de
tout fondement, quelle excuse aurez-vous - auprès
du souverain Juge ? Venez donc écouter les Prédica-
teurs évangéliques, et ne laissez pas échapper une
occasion si précieuse, de reconnaît te la véritable foi
(>7)
et sa sainle Église. Ce désir ardent do parvenir à la
vérité, attirera sur vous les bénédictions célestes.
• Dieu me donne cet le espérance et celte conso-
lation , ô peuple chéri 1 que ces ouvriers apostoli-
ques qu'il vous envoio no travailleront point en
vain parmi vous, et que vos coeurs ne ressemble-
ront pas à cette terre maudite et réprouvée, qui,
après avoir reçu la rosée du Ciel, ne porte aucun
fruit. Leur zèle , leurs talens et leurs succès sont
pour nous un jusle motif d'espérance. Mais, après
tout , leur fonction n'est que do répandre la divine
semence , de la cultiver et de l'arroser ; c'est au
Seigneur à la faire fructifier. Ego planlavi : Deus
autem incrément uni dédit. Adressons-nous donc à'
lui par de ferventes prières, afin d'attirer ses grâ-
ces sur les travaux de ces ouvriers apostoliques.
Disons-lui avec toute l'ardeur de nos coeurs : Fç.ncz ,
Seigneur Jésus, répandez votre divin esprit, et
ta face de ta terre sera changée.
« Priez, justes , qu'il vous sanctifie davantage , et
demandez-lui miséricorde pour les pécheurs. Priez ,
pécheurs , et désirez au moins sincèrement la guéri-
son de vos maux. Priez, vous qui êtes séparés de
l'Église) afin qu'il vous éclaire et vous fasse con-
naître la voie du salut. Priez , Prêtres , et redoublant
vos voeux entre le vestibule et l'Autel, conjurez
le Seigneur de pardonner à son peuple. Tandis que,
comme Josué , cette troupe de Ministres sacrés com-
battra les ennemis du Seigneur , levés à l'exemple
de Moïse vos mains vers le Ciel, afin de lui deman-
der la victoire sur le monde, le démon et le péché.
( *8)
« Prions tous , mes chers Frères, parce que nous
sommes tous intéressés au succès de cette grande
oeuvre , qui doit procurer à Dieu une gloire qu'il
désire, cl à nous-mêmes une abondance de biens
spirituels qui nous conduiront enfin à uue félicité
qui ne finira jamais. >
M. Brydayne, dont la providence se sert depuis
assez long-temps pour les plus grandes oeuvres, pa-
rut ici, suivi do dix-huit personnes respectables, dans
le mois de mars dernier. Quelle joie ne nous causa
pas son arrivée! Elle finit nos alarmes, sur Téloigne-
ment de cette opération évangélique, que les ennemis
de la religion affectaient de publier et de motiver;
ils en marquaient un peu trop leur joie. Ce qui nous
surprit beaucoup, ce fut de voir le chef de ces Mes-
sieurs , car c'est ainsi qu'on le désigne, quoique
dans la vérité ils n'aient d'tiutrc chefquc celui qu'ils se
donnent; l'amitié et la charité seule les soumet les uns
aux autres. Ce fut, dis-jc, de voir ce chef pâle, dé-
fait par les plus grands travaux et par plusieurs
Missions, qu'il ne faisait presque tout récemment que
de finir sur la côte du Rhône, et dans les plus mau-
vais villages, presque épuisé par un rhume des plus
dangereux, par une chute dont il n'était pas encore
remis, se surmonter, s'oublier lui-même, entrer dans
la plus vaste carrière, entreprendre, commencer le
plus pénible ouvrage. Mais Dieu, dont les desseins
sont profonds et pleins de sagesse, bénit ses efforts ;
il retrouva bientôt la santé qu'il avait perdue, et ses
propres forces dans les plus grands efforts de son zèle.
De quelle abondance de grâce ne fut pas suivie
leur arrivée! Une très-longue sécheresse nous nwmv
çaitde la plus mauvaise récolte, une pluie abondante
à leur arrivée tombe pendant trois jours de suite.
N'est-ce pas là , ce me semble, un présage assuré
des grâces que le Seigneur dans su miséricorde pré-
parait à l'oeuvre sainte qui devait se commencer ?
Cetlc troupo d'ouvriers évangéliques fut divisée en
trois corps : ne désapprouvez pas que j'en fasse ici
mention ; leurs noms seuls me rappellent certains
événemens, dont le plus simple souvenir me touche
encore. Le premier de ces corps, destiné pour l'église
cathédrale, fut formé do M. l'abbé de Ciccry, Abbé
de Claire-Fontaine , Prédicateur en titre de la Reine ;
de M. l'abbé de Robert, Missionnaire ; de M. Ricard,
Curé de Saint-Gervais, dans le diocèse de Castres;
de M. Baratier , Chanoine et Curé de Saint-Laurent,
de Grenoble ; de M. l'abbé de la Mcrlière , Chanoine
de Saint-André, de Grenoble; de M. l'abbé de Marcé,
Prieur de Langogne , un, des Vicaires-Généraux de
l'ordre de Cluny; de M. de Servies, ancien Curé.
Le second, destiné pour la paroisse de Notre-Dame,
fut formé de M. Brydayne, Missionnaire du Roi;
de M. l'abbé de Chalvct de Saint-Etienne, Doyen do.
l'église de Roman ; de M. l'abbé Durvoy, Chanoine
et Comte de Saint-Pierre, de Yiennc ; de M. Gui-
naud, ancien Chanoine et Missionnaire; de M. l'abbé
Thomas, Chanoine de l'église de Saint-Didier d'Avi-
gnon ; de M. Curade , Chanoine de Saint-Gcniés, au
même lieu ; de M. Thomé , ancien Missionnaire.
Le troisième , enfin , destiné pour l'église de
Saint-Paul, fut formé de M. l'abbé Durrc , Curé dans
le djoctsti de Yabres; de M. l'abbé Pons, Prieur do
(3o)
Rouhiac ; do M. Cassen, Missionnaire du Roi, au
Diocèse de Nis'mes ; et de M, l'abbé de Sainl-Chris-
toflo , ex-Oratoricn. J'aurai lieu de vous parler plus
amplement et d'une manière plus détaillée, des ta-
lcns et du mérite des uns et des autres ; mais ce no
sera pas tout autant que vous pourriez le désirer,
et quo j'en aurais envie moi-même.
Le Mission annoncée, dès la veille, par le son db
toutes les cloches, commença le quatrième diman-
che du carême , par une procession générale, qui se
fil à l'issue des vêpres do la Cathédrale. Ce fut Mon-
seigneur l'Évêquc qui en fit l'ouverture. Le désir
qu'on avait de l'entendre, joint à une sainte curio-
sité, y amenèrent tout ce qu'il y a de mieux dans
cette ville. L'auditoire y fut grand , brillant, l'atten-
tion générale. Vous vous attendez, sans doute, que
je vous parlerai de quelques-uns de ses traits ; vous
m'avez paru le souhaiter, l'exiger mémo ; mais faites
attention , je vous prie, qu'il craint les éloges.
Quelle force et quelle sagesse dès qu'il faut défendre
la Religion ou l'établir ; dès qu'il faut montrer l'er-
reur et la condamner ! Ces lâches ménagemens, les
fruits du caprice et do la faiblesse, ne l'ont jamais
arrêté dans ses devoirs; il les connaît à fond, il les
remplit aussi.
Le ' lendemain la foule suivit M. Brydayne dans
l'Église de la Cathédrale ; il devait y paraître ; nous
désirions de l'entendre ; nous y fûmes de bonne
heure : après avoir attendu , nous nous crûmes heu-
reux d'avoir entendu ce saint Prêtre. Son discours
commença par ces paroles de saint Paul : Nous vous
exhortons à ne pas recevoir la grâce de Dieu en
(3. )
vain. Il n'est selon lui qu'une simple exhortation ;
il s'en sert toutes les fois qu'il est chargé d'une Mis*
sion ; il y parle aux différentes personnes qu'il veut
émouvoir , toucher , entraîner et persuader. La
beauté, l'éclat, la force, l'étenduo prodigieuse do
sa voix, dont il est le maître, surprend, étonne,
enlève, touche , pénètre mémo les plus prévenus-
contre lui. Je dis les plus prévenus ; lo nombre
n'en était pas petit. Le plus simple prend dans la
bouche et sous la main de M. Brydayne une forme
nouvelle ; ses traits puisés dans les livres saints sont
diversifiés à propos. Ce n'est jamais en partie, mais
presque à fond, qu'il traits son sujet. Ses peintures
sont vives , frappantes-, ses pensées nobles, intéres-
santes ; on ne l'entend pas avec indifférence ; le silen-
ce qu'on lui donne ne se dément point ; il dure tout
autant qu'il est en état de parler ; plusieurs person- •
nés qui n'étaient venues l'entendre que par curiosité,
nous avouèrent en avoir été très-satisfaites. Nous ne
doutâmes plus de la sincérité de ce langage, dès que
nous sûmes que les trois Églises les plus vastes que
nous ayons ici, avaient à peine pu suffire le jour sui-
vant , à la multitude qui s'y était rendue dès le plus
grand matin. Cette assiduité à tous leurs exercices
s'est soutenue sans interruption et sans relâchement
jusqu'à la fin.
Les personnes les plus distinguées et les plus déli-
cates par la faiblesse de leur sexe , suivirent sans
peine les traces déjà marquées. Elles n'auraient osé
se prêter à ces lâches ménagemens, à ces prétextes
frivoles, que suggère trop souvent la mollesse ; ce
n'était plus la saison de craindre pour sa santé ; il
(3a)
n'était plus, pour ainsi dire , permis d'avoir de l'at-
tention pour son rang et pour sa personne. La piété
semble égaler toutes les conditions et confondre tous
les états. La ferveur donne des forces à ceux qui
n'en ont pas; elle est utile à chacun.
Si vous connaissiez mes talcns, me presseriez-vous
de vous parler dans le détail de nos ouvriers apos-
toliques, dispersés dans les différentes églises? Je n'ai
pu les suivre partout, et je ne les connais pas assez
pour saisir leurs caractères : je sais seulement qu'il
n'en est aucun qui n'excelle en quelque chose, et
qui n'ait une éloquence propre à ce qu'ils font. Les
vrais connaisseurs no leur disputent pas le talent
d'instruire et de plaire, de toucher et de persuader.
Ils savent allier la clarté, la brièveté, la simplicité
évangélique avec les plus sublimes mouvemens. La
conviction suit do près leurs discours. Les entendre
c'est se disposer prochainement à toute sorte de sa-
crifices. Je n'ai fait mes petites observations que sur.
ceux que j'ai le plus entendu; ce n'est que do ceux-,
là que je puis vous parler avec connaissance en son
temps.
Tout ce que je vous ai déjà dit, soit do leur ca-
ractère, soit de leur mérite, doit vous suffire, pour
que vous jugiez sainement de leurs progrès dans cetto
ville. Le public désabusé par lui-même en peu de
jours de toutes ses préventions, plus favorablement
prévenu en leur faveur, ne demandait plus qu'à les
voir, qu'à les entendre. L'empressement général était
au-dessus de tout ce qui peut en être dit. Les diffé-
rentes relations de leurs courses apostoliques, avaient
pu nous douner une grande idée de leur savoir.
(33)
Mais vous savez qu'on aime à porter soi-même son
jugement sur un ouvrage d'esprit. Il arrive bien sou-
vent qu'un Prédicateur qui est auteur, a le secret d'en
imposer. Ces dehors appareils qui lui paraissent fa-
vorables , lui sont dans le fond contraires. On n'ai-
ma jamais à être séduit; on se sait même mauvais
gré d'avoir pu l'être, de l'avoir été, dès qu'on en a
connaissance. Or, c'est là recueil que nous avons eu
dessein d'éviterdans les circonstanccspréscntes. Ainsi,
ce n'est plus îii sur le rapport, ni par l'organe d'au-
trui que nous en jugeons, c'est après les avoir suivis,
après les avoir assidûment entendus; c'est par nous-
mêmes, sur nos lumières et sur nos connaissances.
Croiricz-vous que mes paroles pussent démentir mes
vrais sentimens ?
Le Chapitre de la Cathédrale étroitement uni do
sentiment et d'affection avec son Évoque, voulut con-
tribuer à celte sainte entreprise : il détermina de
changer l'ordre et l'heure de ses offices pour favori-
ser leurs opérations évahgéliqucs, et pour être plus
à portée d'y assister en corps; nous leur devons celte
justice, ils ont toujours donné au Peuple l'exemple de
lapins exacte assiduité. Les plus respectables vieillards
ne s'en dispensaient pas eux-mêmes ; ce n'était jamais
qu'à regret qu'ils se retiraient, quand la longueur
auraient pu nuire à leur santé : exemple mémorable ,
digne d'un corps si respectable, et toujours sagement
conduit par un chef véritablement digne de l'être ;
exemple capable de confondre les ennemis de la
religion.
Les exercices de chaque jour furent fixés à .trois
dans les deux premières églises, et à deux dans la
3
(34)
troisième, ce qui formait huit discours par jour, y
compris les conférences, qui se faisaient régulière-
ment et sans interruption, dans les églises de Saint-
Pierre et de Notre-Dame. Quant aux heures, les
exercices ne commençaient jamais avant le jour, et
finissaient toujours avant la nuit. Je ne vous parlerai
pas d'un grand nombre de discoursqui nous ont été don-
nés en différentes occasions par plusieurs do ces Mes-
sieurs; ils se sont toujours portés partout où ils étaient
demandés cl attendus. Les Dames de Sainte-Catherine,
de la Visitation, du Bon-Pasteur, du Refuge, et bien
d'autres, ont eu la consolation de les entendre.
Nous n'avions donc plus à nous plaindre que la pa-
role du Seigneur fût rare dans Israël. Y eut-il jamais
une plus heureuse abondance? Outre les discours
il y avait encore, presque Ions les soirs, des avis im-
portans : on en faisait tout autant de cas, quelque-
fois mémo plus, que des discours. Ces avis roulaient
toujours sur l'amendement des moeurs; car, c'est à
çc seul, à cet unique but que ces Messieurs visent
sans cesse.
Les deux grands catéchismes, l'un pour les gar-
çons, l'autre pour les filles ^ destinés et préparés à
leur première communion, se sont faits avec exac-
titude. Ce genre d'instruction n'est pas si aisé qu'on
pourrait le penser. Savoir captiver, fixer l'attention
d'une jeunesse volage; savoir s'en faire écouter avec
plaisir, c'est le talent, c'est l'art des plus grands
orateurs. , .
i • ■<
M. l'abbé de Saint-Bonet faisait chaque jour une
conférence dans imcf maison particulière, à la plus
nombreuse jeunesse. JUjeii de plus gracieux pour les
(35)
enfans des nouveaux convertis. Ils pouvaient par cette
voie proposer d'une manière sûre et secrète leurs
doutes, leurs difficultés; entrer sans éclat danslabonno
voie; vaincre celte timidité qui ne leur est que trop
commune , et qui ne les arrête que trop sou-
vent dans leurs plus beaux projets. Plusieurs autres
personnes distinguées se prêtaient de même à leurs
besoins. Elles exerçaient ce même ministère à leur
égard avec fruit. Peut-on mieux faire? Ah ! qu'il est
glorieux de remettro et do réduire sous le joug do
la foi, ceux qui en sont privés par le malheur de leur
naissance, quelquefois même par leur apostasie I
Les Soeurs des écoles avaient soin d'un grand nom-
bre de grandes filles , qui venaient d'elles-mêmes
assidûment à leurs leçons publiques, Le désir qu'el-
les avaient de s'instruire de nos mystères était sans
exemple : leur Supérieure excelle en ce qu'on appelle
controverse; elle possède assez les matières difficiles,
elle est en état d'établir la vérité et de la persuader
aux personnes de son sexe. Il est difficile de lui échap-
per; ses conquêtes lui sont comme assurées, dès
qu'elle dispute avec nos Protestantes. Combien, lui
sont déjà redevables de leur salut éternel !
Ne vous étonnez pas de cette multitude de différons
exercices; il n'en fallait pas moins pour répondre au
zèle, à l'empressement public : ces Messieurs savent ce
qu'est une Mission faite dans les règles, l'impression
qu'elle fait, le bouleversement des consciences qu'elle
occasionc. Toutes les Personnes de mérite et de bonne
volonté qui se trouvent sur les lieux, sont priées de
leur prêter leurs secours, sans aucune distinction
(3G)
d'état et de condition. Telle est la conduite des Mi-
nistres de l'Eglise, qui ne sont occupés que de la
gloire de Dieu , que du salut des âmes. Ces seuls mo-
tifs déterminèrent le R. P. Amet, jésuite de Besançon,
et le R. P. Rigault, minime, de Mâcon, à partager
leurs fonctions et leurs travaux apostoliques, Le pre-
mier prêchait le carême dans l'église Cathédrale, et
le second dans celle de Notre-Dame; ils y ont paru
l'un cl l'autre avec ce zèle qui les anime, celte piété
et cette érudition qui les fait suivre partout. L'oeuvre
du Seigneur leur tenait trop à coeur pour s'y refu-
ser ; leur constance, leur assiduité, leurs travaux
continuels, nous les ont rendus très-chers cl Irès-
rcspcctablcs.
Vous savez, Monsieur, par vous-même, combien
il est nécessaire qu'il y ait de l'ordre dans les gran-
des vérités qu'on annonce ; ce n'est que par là qu'on
les Sent plus vivement, qu'on les goûte mieux: or,
c'est ce qui n'a pas manqué d'être observé. Toutes
les vérités de la religion, tous les plus beaux sujets
de la morale chrétienne, nous ont été tour-à-tour
successivement développés, avec celte clarté et cette
force qui emporte une conviction nécessaire. M. l'abbé
de Cicery, déjà connu à la Cour et dans la Capitale
do cet empire par le ministère de la parole, s'est
ici, au jugement des plus critiques, mérité les élo-
ges qui lui sont dûs. Son auditoire , toujours formé
de ce qu'il y avait de plus grand et de plus savant,
a toujours paru frappé de l'ordre de ses discours,
du choix de ses premes, de la solidité de ses rai-
sonnemens, de la beauté de ses figures, de la jus-
tesse de ses expressions, de l'explication de ses traits
(37)
do morale : tout y est dans l'ordre et dans la préci-
sion ; tout parle pour lui : son air grave cl majes-
tueux, ses gestes naturels et réglés, sa prononciation
exacte, son action soutenue et véhémente, tout au-
tant que son âge et sa santé uni pu le lui permettre.
Ce qu'il y de bien consolint pour tous ces Mes-
sieurs, et pour nous, c'est notre empressement à
les entendre. Les places étaient remplies longtemps
avant le commencement des exercices.'La foule for*
maitune barrière impénétrable, à ceux qui n'avaient
pu si rendre tout aussitôt. Ces hommes apostoliques
paraissaient également lo soir et le matin ; ils ne ré-
servaient pas toujours ce qij'ils ont de mieux, pour
ce qu'on ap^ille la belle-heure. Dans les grandes
villes, leurs auditoires ne changent presque pas , sur-
tout dès que lo public est instruit de leurs usages.
Ils se conduisent ainsi*, pour nous accoutumer à res-
pecter la parole de Dieu : de quelque source qu'elle
vienne, c'est toulours une semence divine, qui se
multiplie au delà de toute espérance ; il suffit qu'elle
tombe dans des coeurs préparés. Vous parler ici des
exercices de tous les jours, ne serait-ce pas abuser
de votre patience? Je me bornerai donc à ces confé-
rences qui ne s'effaceront pas aisément de notre mé-
moire ; c'est ce que nous nous sommes proposés dans
le fidèle recueil que plusieurs en ont fait.
Joue sais si ce genre de discours vous est connu:
vous êtes dans une ville où l'on n'en fait pas grand
usage ; ce n'est presque que dans ces Provinces qu'el-
les sont en vogue et qu'elles ont cours. La conférence
n'est autre chose, à mon avis, qu'un entretien sim-
ple et familier, qui se fait par demande et par ré-
(38)
ponse, pour que les vérités proposées soient détaillées
et mises à la portée de chacun. 11 faut qu'un con-
féreucier parle populairement et noblement tout à la
fois;que sesraisonnemenssoient justes etcoucis, que
ses expressions soient nettes et claires, que ses déci-
sions soient solides. Tel doit être son caractère, et
tel, en effet, a été celui de nos deux illustres con-
férenciers.
Je dis illustres, parce qu'ils sont l'un et l'autre
d'une érudition et d'une précision peu commune,
d'un savoir profond. Ils n'ont jamais paru, sans re-
coudre également les difficultés proposées, sans épui-
ser le sujet traité, sans persuader , sans convaincre;
je dis plus, sans instruire les ignorans , sans se méri-
ter l'attention des savans. Vous en jugerez, Monsieur,
par le détail abrégé que j'ai dessein de vous en faire.
Plusieurs de nous leur sommes redevables de notre
retour dans le sein de l'Église et de la réforme do
nos moeurs.
M. Ricard et M. Baratter nous donnaient donc à
l'alternative leurs belles et bonnes conférences. Le
premier s'était proposé de nous instruire par les plus
lieaux sujets de la morale. Le second, de nous attirer
à lui, et d'exciter notre curiosité par les plus belles
matières do controverse : ils n'avaient point lort de s'y
prendre ainsi, c'est bien par là qu'ils se sont si fort
mis en crédit chez nous.
M. Uicard fut le premier à nous prouver son savoir.
C'est un homme fait pour enseigner : son esprit est
juste et pénétrant ; son langage ferme, pur, dégagé
de tout embarras, de toute inutilité; ses preuves so-
lides , ses raisonnemens forts et persuasifs : c'est par
( 39 J
là qu'il combat avec avantage les esprits qu'il veut
instruire et soumettre. Il saisit promptement l'état
de la question , dès qu'il faut fixer le vrai sens do
quelques passages difficiles ; il développe les vérités
renfermées dans le texte des Livres saints , avec uno
clarté qui porte la lumière partout. Rien ne lui
échappe, dès qu'il faut rendre sensible et palpable
ce qu'on lui propose et ce qu'il explique ; il montre
sans cesse l'erreur et la vérité , sans que la vérité
soit affaiblie par l'erreur, ou que l'erreur puisse obs-
curcir la vérité.
Sa première conférence sur les Sacremcns en gé-
néral , fut une do ces pièces qu'on peut appeler triom-
phantes. Le Missionnaire chargé de soutenir la cause
de nos frères séparés, ne manquait pas de mettre sous
le plus beau jour, leurs sentiinens, adresses, rai-
souncmeiis, subtilités, argumens en forme, autori-
tés, passages; il usait de tout', pour presser, pour
réduire, s'il eût été possible, son adversaire. Cette
façon de proposer ses doutes , paraissait être du goût
du Public; et je suis persuadé qu'elle n'a pas été
sans avantage et sans profit. Mais il avait à faire à
un homme habile qui se servait de tout avec avan-
tage.
En effet , M. Ricard nous fit voir que l'Église
avait toujours eu sur le nombre des Sacremcns , uno
foi constante ; qu'elle n'avait jamais eu de différent
avec l'Église grecque sur cet article; que MM. les
Protcstans n'avaient jamais pu se fixer et se conci-
lier entre eux sur les Sacremcns qu'ils devaient rece-
voir ou rejeter. Il nous prouva ce fait intéressant
pour nous, par les variations étonnanles de Luther
( 4o ) .
et de Mclancton , son disciple ; de Calvin et de
Zuinglc , les chefs de Prétendus réformés. Tous les
hommes, nous dit-il, qu'on appelle grands par pré-
ventiou , n'ont pas seulement connu la vraie na-
ture des Sacremcns. Comment'les ont-ils regardés?
' Comme des signes vides , comme de simples témoi-
gnages de la grâce qu'ils signifient , mais qu'ils ne
confèrent pas : erreur qu'il combattit victorieuse-
ment par les passages de l'Écriture qu'il nous rap-
porta , par lo témoignage des Pères qu'il nous cita.
Ils enseignent tous unanimement , nous dit-il, que
ces signes sont efficaces : ce sont lout autant d'ac-
tions par lesquelles Jésus-Christ lui-même sanctifie
nos âmes.
Après avoir établi la doctrine Catholique qu'il op-
posait à la Protestante, et mis dans tout son jour
la raison de convenance qu'apporte Saint Thomas ,
pour fixer le nombre des Sacremcns do l'Église, M.
Ricard nous fit voir que , par ce moyen, Jésus-
Christ avait suffisamment pourvu aux besoins géné-
raux de la société entière des fidèles, et aux besoins
particuliers de chaque fidèle, membre de celte so-
ciété. Le rapport merveilleux qui se trouve entre ce
qui a été fait pour la vie spirituelle du chrétien , et
pour la vie corporelle de l'homme , démontre ce
qu'il a eu dessein de faire , et comme Créateur et
comme Sauveur ; puisque ce n'est que par l'usage
des Sacremcns que nous tendons à la perfection à
laquelle nous sommes appelés. Leurs effets nous
furent ensuite détaillés : il insista sur ceux qui im-
priment caractère ; il nous prouva la réalité de co
caractère , mais par des autorités sans réplique , par
(4i )
le Baptême même reçu dans l'hérésie qui ne se réi-
tère pas : preuve évidente que ce Sacrement opère
toujours un effet qui lui est propre, lors même qu'il
ne confère pas la grâce sanctifiante, à cause des
obstacles qui se trouvent dans celui qui le reçoit.
Tout ce qu'il nous dit sur les dispositions nécessaires
pour en user saintement, ne fut que de morale,
mais elle plut si fort à tous, que , dès ce jour, il
fut demandé par tout lo monde , sans excepter aucun
parli, pour successeur de M. ? Saint-Bonct, dans
la cure de Notre-Dame. Ce zélé Pasteur, à la péné-
tration duquel rien n'échappe, fut charmé de le
voir , d'une voix unanime , proclamé son successeur.
On ne se trompait pas ; dès qu'il eut pu concevoir lui-
même que Dieu s'en était expliqué , qu'il ne pouvait
se refuser à une vocation si authentiquement mar-
quée , il donna sa parole : il demanda seulement de
pouvoir se retirer quelques mois chez lui, pour pui-
ser dans la retraite, et dans l'exercice de la prière ,
les forces dont on a toujours besoin pour porter un
fardeau redoutable. Il n'y fut pas long-temps ; à peino
en goûtait-il les douceurs , qu'il fut mis en place par
la démission de M. de Saint-Bonct cl par la nomi-
nation de M. le Prévôt de la Cathédrale, qui se
trouvait en semaine.
La conférence sur le Baptême ne fut pas moins inté-
ressante. Après nous avoir développé l'erreur des Cal-
vinistes , quand ils refusent d'admettre la nécessité
de ce Sacrement, il nous fit voir que cette erreur
leur était propre, que Calvin en avait été le premier
auteur, que personne avant lui n'avait ni conçu,
ni enseigné une doctrine si affreuse. En conséquence
(4=»)
de ces détestables principes, qu'on ne soit plus sur-
pris s'ils laissent si souvent et si tranquillement périr
leurs enfans sans les présenter à l'Église, cl sans
leur donner eux-mêmes ce Sacrement; il ne peut,
selon leur discipline , leur être conféré qu'au Prêche
et qu'au jour d'Assemblée.
Pour mieux encore nous faire sentir toute l'hor-
reur qu'on doit avoir d'une telle doctrine, il les mit
aux prises avec les.Anabaptistes, les faisant parler
sur ce sujet les uns après les autres : ce fut par là
qu'il nous démontra, qu'à ne s'en tenir qu'à l'Écri-
ture , MM. les.Calvinistes avaient raison de refuser le
Baptême à leurs enfans ; qu'ils avaient raison de
penser /pie leurs enfans n'étaient pas susceptibles
de ce Sacrement, dès qu'ils expliquaient à la lettre ces
paroles du 28.'chap. de Saint Matthieu : Enseignez
et baptisez. Cela supposé, nous dit-il, comment
est-ce que MM. les Protestons pourront nous prouver
par l'Ecriture, la validité du Baptême qu'ils ont reçu
dans l'enfance? Pour moi, je ne crains pas de leur en
faire le défi. M. Nicole le fit autrefois au Ministre
Claude dans ses préjugés légitimes, et lo^Ministrc
Claude, dans sa défense, lui fit une si mauvaise ré-
ponse, qu'iV eût bien mieux valu pour l'honneur
de leur secte , qu'il n'eût jamais répondu. Quant
aux cérémonies dont on se sert dans l'Église , quand
on donne le baptême , M. Ricard nous prouva que
la plupart de ces respectables cérémonies étaient mar-
quées dans les Livres, saints; que celles qu'on n'y
^ trouvait pas étaient en usage dès les premiers siè-
cles de l'Église; que les Saints Pères en avaient tou-
jours lait une mention honorable ; que Saint Augustin
( 43 )
s'en était servi avec avantage, pour prouver aux Pé-
lagicns l'existence d'un péché d'origine. Enfin, après
nous avoir fait le parallèle de ces augustes cérémonies
de l'Église catholique, avec les cérémonies qui fuient
réglées et ordonnées par le Parlement d'Angleterre,
en 1644 et en 1645, il demanda simplement à ses au-
diteurs , s'ils pensaient et s'ils pouvaient croire de
bonne foi, qu'on pût et qu'on dût préférer ces nou-
veaux rits, arrêtés par Messieurs de la Chambre des
Communes, à des rits autorisés par la plus sainte
antiquité et religieusement conservés par une cons-
tante tradition.
Sa conférence sur le Baptême fut suivie deccllc sur
la Confirmation. La vérité de ce Sacrement, prouvée
par le célèbre passage du chapitre huitième des Actes,
fut étendu et nous fut expliqué dans son vrai sens.
Si l'imposition des mains est incontestablement un
signe sensible; si la réception du Saint-Esprit est
attachée à ce signe sensible , il faut doue que la Con-
firmation soit un Sacrement de la nouvelle loi. En
effet, si ce n'est qu'une simple cérémonie , comme
le supposent Messieurs les Proteslans ; pourquoi, leur
dit-il , cette cérémonie n'a-t-elle pas été faite par lo
diacre Philippe , lui qui avait déjà baptisé les Sa-
maritains? Pourquoi députa-t-on deux apôtres do
Jérusalem pour exercer celle religieuse fonction à
leur égard ?
Après avoir étendu cette preuve tout autant qu'elle
devait et qu'elle pouvait l'être, les Saints Pères de
tous les siècles vinrent tour-à-tour déposer en notre
faveur : la conformité de leur 'doctrine à la nôtre
nous parut sensible ; tout le reste ne regardait que
(44) ,
la nécessité de ce Sacrement, les saintes dispositions
qu'il exige de notre part, les effets qu'il produit en
nous. 11 finit cette conférence par un trait de morale
sans invective, qui ne fut pas du goût de Messieurs
les Appclans : on s'en aperçut bientôt. Un de leurs
chefs, homme d'une certaine ériulition , n'y parut
plus , quoiqu'il n'en eût manqué jusqu'alors aucune.
Les deux conférences que M. Ricard nous donna
sur la présence réelle, furent l'une et l'autre des
pièces finies. Dans la première , ce docte contro-
versistc nous fit une narration exacte, abrégée même,
des points qui nous séparent des Prétendus réformés.
Il nous apprit leurs divisions sur cet article de
notre foi. Les uns se sont, en effet, déclarés pour le
sens littéral, les autres pour le sens figuré, pour nous
faire sentir jusqu'où va leur opposition réciproque.
11 nous rapporta ce que Luther avait dit de dur dans
ses écrits contre les Sacramcntaires, et les réponses
de ceux-ci à ce chef de la Réforme. Enfin, après un
narré des plus curieux et des plus recherchés, il
voulut nous persuader et il y réussit, que ces nou*
veaux apôtres qui se disaient suscités pour rétablir
la vérité, n'avaient pas craint de se déchirer mutuel-
lement , d'user les uns contre les autres des satires
les plus sanglantes et des traits les plus aigus; tant
il est vrai qu'on est sans charité , dès qu'on est
sans foi.
Du récit de leurs divisions, il passe sans s'arrêter
à celui tic leurs variations. Tout ce que le grand
Bossuet leur avait reproché leur fut exposé do nou-
veau. Je ne crains pas même d'assurer, leur dit-il,
que vous n'avez jamais pu vous laver de cette tache.
(45)
Il est vrai que Messieurs Burnct, Basnage et Juricu
se sont mêlés de répondre à ce savant Évoque. Mais
ont-ils jamais osé lui contester et contredire ce point
de son histoire ? Au contraire, ne se sont-ils pas
amusés, pour en imposer au public, de lui en con-
tester la conséquence nécessaire ? La voici ; c'est que
mute variation en matière de doctrine , est une mar-
que sûre d'erreur et de fausseté. Il faut l'avouer, nos
Calvinistes français se sont si fort écartés de leur
catéchisme sur la Cène, qu'ils sont aujourd'hui pres-
que tous Zuinglicns ; ils savent si peu à quoi s'en
tenir, que je n'en ai jamais trouvé deux qui aient
pu me donner une réponse uniforme sur un mémo
article.
Après avoir exposé tout ce que je viens de vous
dire, il entra tout de suite dans la preuve du dogme
Catholique : ce fut par l'argument de la perpétuité
de la foi sur l'Eucharistie, qu'il la commença. J'ose
dire qu'il poussa cette preuve jusqu'à la démonstra-
tion , par l'impossibilité qu'il y a que l'Eglise, que
les fidèles changent de créance, sans qu'on en puisse
montrer l'époque. Son auditoire fui extrêmement
frappé de toute sa force; elle saisit d'abord tous les
esprits par son évidence, et nous avons su de bonne
part, que plusieurs Protcstans en avaient été, les uns
ébranlés, les autres parfaitement convertis et chan-
gés : mais, quoi qu'il en soit , on leur fit le défi d'y
répondre.
Ce Dogme de notre foi fut ensuite établi par les
divines Ecritures. Vous pensez bien qu'il n'omit pas
les figures de l'Eucharistie, telles que sont la Manne ,
l'Agneau pascal, l'Eau du rocher, etc. ; qu'il eut rc-
(46)
cours aux miracles qui précédèrent et qui suivirent
son institution; aux paroles sacrées de la-promesse,
au scandale des Capbarnaïtcs, qui ne comprenaient
pas ce grand Mystère; à la défection de ses disciples ;
enfin, aux paroles même dont le Maître divin se ser-
vit pour nous marquer son amour et sa charité. Pa-
roles si formelles, qu'il n'est pas possible d'en trouver
qui expriment mieux et plus fortement le dogme
Catholique.
Les objections que Messieurs les Protcstans s'imagi-
nent de puiser dans les Livres saints, ne furent pas dis-
simulées ; les principaux passages dont ils usent pour
défendre le sens figuré , furent éclaircis avec tant de
nclleté , pour ne pas dire si bien pulvérisés, que lo
plus simple fidèle fut en étal de sentir toute la fai-
blesse de leur défense et de leur doctrine.
Dans la seconde conférence, la réalité nous fut
prouvée par le témoignage de tous les Pères , dans
tous les âges de l'Église. 11 fit voir à Messieurs les
Protcstans que la créance de ce Mystère était soute-
nue par une chaîne de tradition , continuée depuis
le temps des Apôtres jusqu'à nous. Pesez , leur dit-
il , les expressions des saints Docteurs , expliquant ce
grand Mystère aux peuples dont ils étaient chargés :
en faut-il plus pour vous montrer qu'ils auraient
parlé en insensés, s'ils avaient voulu parler en Sacra-
mentaircs ? Or , c'est par la conformité de leur lan-
gage au nôtre , que vous devez juger qu'ils ne pen-
saient pas différemment de nous, qu'ils n'avaient pas
une foi différente de la nôtre.
Les célèbres passages de Tcrtulien et de Saint
Augustin , que Messieurs les Protcstans nous oppo-
( 47 )
sent sans cesse, et avec si peu d'avantage pour eux,
furent expliqués à fond. 11 nous parla , avant que de
finir, du retranchement de la coupe: point critique
contre lequel plusieurs,sont dans une étrange préven-
tion. Pourquoi ? C'est , nous dit M. Ricard , parce
qu'ils ne savent pas , sans doute , qu'on participe à
l'essence, à la substance du Sacrement par la récep-
tion d'une seule espèce. En effet , Jésus-Christ ne
peut être divisé : dès qu'on le suppose vivant et immor-
tel , il faut supposer que son sang n'est pas moins
que sa propre chair , sous l'espèce du pain. Ce qu'il
avançait fut soutenu par le langage dcsÉvangélisIcs,
par celui de Saint Paul, par plusieurs exemples pris
dans l'antiquité la plus reculée. Les premiers chré-
tiens ne communiaient pas toujours sous les deux
espèces; il paraît f au contraire, que ce n'était sou-
vent que sous une seule. Telle est même la discipline des
Prétendus réformés ; elle permet aux nouveaux con-
vertis de ne recevoir que lo pain, dès qu'ils se sentent
de la répugnance pour le vin..
Après tout, cette façon de communier sous les deux
espèces, n'est ni insuffisante, ni blâmable; nous en
trouvons les traces et l'usage dans presque tous les
siècles. Jésus-Christ, au témoignage de quelques Saints
Pères, paraît s'en êlrc servi à l'égard des disciples
d'Émaùs ; ils ne le connurent qu'à la fraction du
pain. Enfin, cette conférence fut terminée par co
que rapporte le Synode de Charenton , tenu en I65I ,
. où il fut décidé que les Luthériens de la confession
d'Ausbourg seraient reçus à la Table sainte, et re-
gardés comme frères, quoiqu'ils crussent à la réa-
lité» Cette doctrine, disent-ils, no choque point