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Relation historique des malheurs de la Catalogne, ou Mémoires de ce qui s'est passé à Barcelone en 1821, pendant que la fièvre jaune y a exercé ses ravages ,... par D.-M.-J. Henry,...

De
351 pages
Bechet (Paris). 1822. XII-339 p.-[2] f. de pl. ; in-8.
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RELATION HISTORIQUE
DES MALHEURS
DE LA CATALOGNE.
On trouve chez les mêmes Libraires :
DE L'EPIDÉMIE QUI A SPÉCIALEMENT nÉGNÉ DURANT
L'ANNÉE 1821, dans une portion assez étendue
du Département de l'Oise et quelques communes
seulement de celui de Seine-et-Oise; avec des
considérations raisonnées sur la méthode curative
qui lui a été opposée le plus efficacement, et dans
lesquelles on démontre que la méthode excitante-
sudorifique d'abord mise en usage, aussi bien que
le traitement débilitant ( évacuatif sanguin ), par
suite des vues et principes trop exclusifs de la nou-
velle doctrine médicinale sur l'irritation, y sont
devenus quelquefois meurtriers et fréquemment
nuisibles ; par J. B. - Auguste Dubun-de - Peyre-
longue, Docteur en Médecine de la faculté de
Paris, ancien Interne des Hôpitaux Civils de la
même ville, ex-Médecin des Camps et Armées,
ayant fait les fonctions de Principal, etc.
Un vol. in-8°. Prix : 3 f. 5o c. et 4 f. 5o c. par la poste.
ri. Jt a tjAin inv cl dd
-L,u,. de Villain, r de Jenev -,V'"
L(jJ;rælone en JS2l.
RELATION HISTORIQUE
DES MALHEURS
DE LA CATALOGNE,
ou
MÉMOIRES DE CE QUI S'EST PASSÉ A BARCELONE
EN l821, PENDANT QUE LA FIÈVRE JAUNE Y
A EXERCÉ SES RAVAGES ;
SUIVIS
de Pièces Officielles communiquées par MM. les Préfets, les
Consuls, les Intendans et les Médecins de la Catalogne.
AVEC DEUX GRAVURES LITHOGRAPHIÉES.
PAR D.-M.-J. HENRY,
ARCHIVISTE DE LA PRÉFECTURE DES PYRENÉES-ORIEHTALES.
Ascendit mors per fenestrasnostras ; ingressa
est domos no stras, disperdere parvulos de foiis,
juvenes de plateis.
juvencs de plateis. Jérém. Proph. IX~
PARIS, Il
AUDOT, Libraire, rue des Maçons-Sorbonne, n.
BECHET jeune, Lihraire, place de l'Ecole de Médecin?
1822.
A MESSIEURS LES DOCTEURS
Pariset e~ (J~
CHEVALIERS DE LA LÉGION-D'HONNEUR
ET DE L'ORDRE ROYAL DE SAINT - MICHEL j
ffirtmcoûf,
OFFICIER DE LA LEGION-D HONNEUR;
ëtotu trou <J&eymUeJ câ &
mwoye; a, /ïar i/on, gAX.
It u/'6v;udlm de ffS'nlerteccrJ
G'oiuuiçj iir) ^oiauicc^çj d ccdmvcaÀioï)
>
Ctt", () ccuiiVie respectueuse.
ê/3. r/no. y. Henry.
INTRODUCTION.
LA France a été préservée des horreurs
de la contagion en 1821 : s'en préservera-
t-elle en 1822?
Oui; si la surveillance la plus sévère est
(maintenue sur nos frontières, si les me-
sures les plus énergiques sont remises en
vigueur dès que le plus léger symptôme
fera craindre ou même soupçonner le
retour de l'épidémie. La conduite des
Autorités, dans ces derniers temps, et
l'intention non équivoque du Gouver-
nement, sont la plus sùre garantie de
l'avenir.
Cependant, ni le Gouvernement, ni
les Autorités ne pourraient peut-être em-
pêcher le fléau de franchir les limites qui
( viij )
lui sont opposées, si la contrebande, non
moins redoutable, n'était pas arretée. On
ne peut y parvenir qu'en recourant a des
moyens de répression qui sortiront, s'il
le faut, de la règle ordinaire ; c'est dans
d'aussi graves circonstances qu'on doit
avoir présent le précepte : SALUS FOPULI
SUPREMA LEX.
De tous les moyens à employer pour
anéantir ce principe d'introduction, le
meilleur et le plus efficace* serait sans
doute la volonté des habitans de la fron-
tière ; mais il ne faut pas se le dissimuler,
il est impossible de compter sur son exé-
cution : je veux parler du refus d'admet-
tre toute denrée importée furtivement.
C'est pour appeler l'attention sur ce point
important, qu'il est utile de 'présenter
l'aperçu des maux incalculables qui ont
ravagé une partie de la Catalogne, et qui
( ix )
deviendraient ceux de nos propres villes,
si la fièvre jaune parvenait à franchir les
frontières d'Espagne.
Durant. les deux premiers mois de
l'épidémie, qui a régné à Barcelone, le
département des Pyrénées-Orientales était
dans la position là plus critique. Traversé
dans tous les sens par les familles espa-
gnoles ou par les Français qui fuyaient
la contagion, et après avoir été plus ou
moins en communication avec les pre-
miers malades, il a été exposé à en rece-
voir le germe dès l'origine. Depuis que
le peu de troupes qui garnissait ses places
fortes eut été réparti sur le littoral et sur
- toute la frontière, il fut de nouveau me-
nacé par les voyages des contrebandiers,
devenus - plus fréquens que jamais. Ces
malheureux, bravant, pour un gain mo-
dique, la mort qui les menaçait dans un
(x )
pays infecté, et celle qui les attendait
sur nos frontières, pouvaient porter, avec
quelques denrées revendues à vil prix, le
germe du terrible fléau. Ceux qui leur
donnaient asile ne songeaient pas sans
doute qu'une telle imprudence pouvait
compromettre la sûreté de leur pays.
Les montagnards qui font métier de
la contrebande connaissent parfaitement
tous les défilés. Les passages qui sem-
blent inaccessibles, les rochers à pic, les
gouffres encombrés de neige, ne sont
point des obstacles pour eux. La nuit
même ils franchissent ces barrières de la
nature avec la légèreté des chamois.
Nous devons rendre grâce à la Provi-
dence de la manière presque miraculeuse
dont cette province a été préservée; mais
n'oublions pas le juste tribut d'éloge dû
aux autorités civiles et militaires du dé-
( xï )
partement des Pyrénées-Orientales. La
promptitude et l'énergie des mesures sa-
nitaires qu'elles se sont empressées de
prendre, dès la plus légère apparence de
danger; le zèle constant, l'activité et la
persévérance avec lesquels elles ont sou-
tenu l'emploi des moyens préservatifs,
leur assure des titres à la reconnaissance
publique. Leurs ressources étaient fai-
bles : combinées avec sagesse, distribuées
avec intelligence, elles ont paré à tout.
Puisse ce faible hommage, confirmé par
la voix de la France entière, servir à la
fois de récompense aux magistrats qui
ont bien mérité de leur pays, et d'ému-
lation à ceux qui peuvent être appelés à
suivre la même carrière !
La noble conduite des médecins fran-
çais, si bien appréciée par les détails
même de cet ouvrage, appartient à la
1 1
( xii )
reconnaissance nationale. Nous avons criï
devoir reproduire, à la suite de cette
narration, le texte d'une loi présentée
par le Ministère, et le rapport de la
Commission fait à la Chambre des Dé-
putés, où le tribut d'hommage public,
qu'ils ont courageusement mérité, leur
est décerné avec tant de justice et d'élo-
quence.
RELATION
l
RELATION HISTORIQUE
DES MALHEURS -
DE LA CATALOGNE.
CHAPITRE PREMIER.
I/HISTOIRE de l'introduction de la fièvre
jaune à Barcelone est enveloppée de ténèbres
dont il est bien difficile de pénétrer l'obscurité.
Trop de personnes, peut-être, ont été inté-
ressées à les épaissir, pour qu'on puisse espérer
d'arriver jusqu'à la vérité. Beaucoup de raisons
néanmoins portent à croire que cette introduc-
tion est le fruit de la cupidité mercantile.
S'il fallait s'en rapporter uniquement aux
renseignemens reçus et transmis par les auto-
( 2 )
-rites , et publiés par les journaux , l'origine de
cette maladie aurait tenu à. la communication
des marins de quelques navires mouillés dans
le^port de Barcelonette, avec ceux d'un brick
espagnol nommé le Grand - Turc. Ce bâti-
ment , revenu de la Havane avec une cargaison
à la destination de Barcelone, et ayant perdu
plusieurs hommes dans le cours de sa traversée,
aurait, par cette raison , été soumis à une qua-
été soumis à une q ua-
rantaine de rigueur, à Malaga. Mais après avoir
terminé cette longue observation, le Grand-
Turc serait venu à Barcelone, et là il aurait
jeté l'infection, d'abord dans le faubourg du
port, et bientôt après dans la ville.
Si ce brick a été le seul moteur de la con-
tagion , cette contagion se développant après
la quarantaine de rigueur, serait faite pour
déconcerter toutes les observations recueillies
jusqu'à ce jour , sur la propagation des maladies
pestilentielles. Mais avant de se former une
opinion, il faudrait savoir si la quarantaine a
été observée suivant toute l'extension du mot,
et selon l'usage suivi à l'égard des provenances
du Levant dans les Lazarets de France, d'Italie,
et même d'Espagne. Sans doute cette quaran-
taine , rigoureuse par rapport aux arrivages
( 3 )
d'Amérique , ne fut pas assimilée à celles qui
-se pratiquent pour les arrivages du Levant, et ni
l'intérieur du navire, ni les marchandises ne
furent désinfectés.
Si, laissant de côté, -pour cette fois, les rap-
ports officiels sur l'origine présumée de la
fièvre jaune dans Barcelone, on prête un peu
l'oreille à la rumeur populaire , on trouve une
version différente. Le Grand- Turc n'est pas le
seul bâtiment qui ait apporté d'Amérique les
«léniens de ce fléau , un autre navire les
avait jetés plus directement en Catalogne. Mal-
gré toutes les considérations particulières , on
doit , dans l'intérêt de la vérité, recueillir ces
différentes versions; elles sont d'autant plus
essentielles it indiquer -' que les causes qu'elles
dévoilent peuvent expliquer, au moins en
partie, les nombreuses imprudences qui furent
la conséquence de la première , et que la néces-
sité où l'on s'était mis peut-être de se taire sur
l'agent principal de l'introduction de la maladie,
pourrait être considéré d'abord comme la source
de laquelle ont dérivé l'obstination à mécon-
naître le caractère du mal, puis le refus des
mesures de précaution qui pouvaient l'éteiadre
dans son origine.
( 4-)
Barcelone, à ce qu'il paraît, ne pouvait
échapper â son sort.
Avant l'arrivée du brick le Grand- Turc,
un autre navire , ayant fait, comme lui, le trafic
- illicite de la traite des nègres, à la côte de
Guinée , prit à la Havane un chargement à la
destination de Barcelone, et ayant aussi perdu
quelques hommes dans le cours de sa traversée,
avait été reçu dans le port de cette ville. Ce
navire s'appelait le Talla Piedra. Les vomis-
semens noirs qu'avaient éprouvés ses marins,
n'avaient pu laisser aucun doute sur l'espèce de
maladie dont ils étaient frappés.
Avant d'atteindre Barcelone, le Talla Piedra
avait voulu entrer dans le port de -Salau, près
de Tarragone ; mais d'après la déclaration du
capitaine, sur l'état sanitaire de l'équipage, la
pratique avec la terre lui avait été refusée.
L'ordre de lever l'ancre et de s'éloigner, donné
d'abord verbalement, fut confirmé bientôt
après, par un coup de canon; il fit voile
pour Barcelone.
A l'embouchure du Llobregat 3 un bateau
monté par un nommé Augustin Calvet, frère
du pilote du Talla Piedra , s'approche de ce
* navire ; mais il reçoit l'avis de ne pas aborder,
(5)
attendu que la peste est à bord ; on le charge
d'en prévenir la maison Filandaya, Reyncds ,
et Cornpagnie, à laquelle appartenait la ma-
jeure partie de-la cargaison. Pendant que le
bateau s'éloigne y le navire se dirige vers les bâ-
timens de la quarantaine-de Barcelone. La Junte
de Santé veut d'abord l'y retenir tout le temps
de rigueur, mais les intrigues de l'un des négo-
cians propriétaires de la cargaison parviennent à
faire convertir cette quarantaine en une simple
observation de huit jours. Admis à libre pra-
tique y le déchargement des marchandises
s'opère. Ce fut alors que les. portefaix prirent la
maladie qu'ils transmirent à leur famille y dans
le faubourg.
Les éleraens de cette contagion existaient donc
déjà à Barcèlonette quand le Grand - Turc y
arriva. Si la chose s'est passée ainsi, comme on
l'assure positivement dans Barcelone, on con-
çoit qu'on dut garder le plus profond silence
sur ces diverses circonstances, et qu'on avait
intérêt à ne parler que du Grand-Turc, pour
attirer toute l'attention sur ce dernier navire.
Mais le Talla Piedra n'était pas lui-même
le seul bâtiment, parti du Nouveau-Monde, qui
eût apporté, à travers les mers, le principe de
(6)
la fièvre- fume; plusieurs autres en étaient arrivés;
dans le courant de mai et de juin, et il ne fallait
plus que la saison des chaleurs pour que le-
germe, alors caché, rompit sa faible barrière!
Parmi les derniers venus ise trouvait le brick
Nuestra Senora del Carmen, capitaine Pabla
Solers. Celui-ci avait, eu des malades atteints du
vomissement n-oiiv A son arrivée à Barcelone ».
dans les premiers jours-de juillet, il avait encore
un homme malade de-la fièvre jahne S on eut
soin de le faire raser et bien vêtir- pour tromper
la Junte de Santé;. et pour que son aspect ne
fît pas imposer une longue quarantaine. Le
bâtiment eut l'entrée; le maladé mourut dans
la ville même , deux jours après son débar-
quement- -
Ce. pestiféré, introduit ainsi, æJt milieu d'une
population saine-, devait concourir à répandre *
parmi elle le fléau.; mais ce n'eût été encore que
plus éner g *
lentement : une circonstance plus énergique
que celle de la communication îles habitans y
soit avee Jes familles des portefuix contagionés
sur lé Talla Pie4ra, ou des charpentiers du
(}rand-Turc, sojt avec le matelot de Nuestra
Senora del Carmen, vint contribuer à le pro-
pager plus rapidement, Cette circonstance fu',-
f 7 )
Ai, fôte célébrée à la m i-juillet > - en, honneur d'e-
ranniversaine de la constitution des Cortès.
Pour ajouter à îa solennité, de cette fête, le
programme-des jeux indiquait une-course de
bateaux dans le port. Une population immense
couronnait le rempart de la mer et couvrait
les quais,; - des personnes de tout âge et de tout
sexe s'étaient porjLées sur les navires, pour voir
de' plus près cette lutte navale, et les bâtimens
venus, de la Havane ou de la Vera-Crulsavec
les principes de la maladie se trouvaient encom-
brés de spectateurs. Tous ces navires étaient
pavoisés, une musique guerrière électrisait cette
population , des cris. d'enthousiasme e élevaient
de tous les points , la j oie et le plaisir rem plis-
saient les cœurs. Qui eût songé que ces mouve-
mens de l'âme ne contribuaient qu'à rendre
rorganisation physique plus apte- à se charger
des élémens contagieux y et que ces cris d'allé-
gresse devaient, sous peu de jours , être changés-
en cris de désespoir et de mort !
Mais. reprenons la chaîne des événemens,
diaprés les rapports officiels.
Le' Grarza- Turc ayant été reconnu pour
avoir purgé sa quarantaine à Malagaj le débar-
quement de ses marchandises ne dut rencontrer
( 8 )
(8)
aucune opposition. Il est à croire que le remue-
ment de ces marchandises fit répandre les
miasmes pestilentiels dont elles étaient imbues
dans l'intérieur du navire. Cependant on se
demandera pourquoi , si les marchandises
étaient contaminées, la fièvre jaune n'a pas
commencé par attaquer les portefaix qui les
avaient transportées ; pourquoi elle ne s'est
manifestée d'abord que sur des Ouvriers qui
travaillaient accidentellement sur ce navire, et
sur des individus qui n'ont fait, pour ainsi dire,
qu'y passer ? Quatre frères, charpentiers, nom-
més Prats, appelés pour radouber le bâtiment,
sont signalés les premiers comme ayant péri de
la contagion ; leur sœur, leur père , reçoivent
d'eux le poison, et meurent. En huit jours il
se trouve cent cinquante malades à Barcelonette.
La maladie se déclara dans les premiers jours
du mois d'août. On sut qu'outre les charpen-
tiers, il avait péri trois hommes de l'équipage
d'un brick napolitain qu'on supposait avoir eu
des rapports avec le Grand-Turc , et qui,
peut-être, n'avait été en communication qu'avec
le Talla Piedra; le capitaine en second d'un
chebeck de Marseille , la Joséphine , qui avait
aussi gagné la fièvre jaune Sur l'un de ces deux
( 9 ) 1
-bâtimens, succomba le 6,après quelques heures
dé souffrances. Ce dernier événement fit con-
naître la nature des dangers qui menaçaient la
population de Barcelone. Dès le soir de ce même
jour, la Junte de Santé se décida à former un
premier Lazaret. Séance tenante, le docteur
don Salvador Çampmany, second médecin
de l'Hôpital-Militaire, s'offrit à en faire le ser-
vice , et il donna , le premier, l'exemple d'un
généreux dévouement. Deux cadavres ouverts
par ce médecin., le 8, en présence de plusieurs
bommes de l'art, firent acquérir à tous la certi-
tude que les oraintes n'étaient que trop fondées.
Dans une déclaration publiée le 9 , la Junte
supérieure de Santé informa le public qu'ayant
acquis, le 6 au soir, la conviction que la fièvre
jaune existait réellement dans le port, elle avait
arrêté les mesures les plus énergiques pour
étouffer le mal dans son germe (l). Ces dispo-
sitions furent : l'établissement du Lazaret dont
(i) « En la tarde del dia 6 que adquirieron las
« sospechaa aîgun fàndamento, dicto (la Junta) las
« mas energicas y activas provideucîas dirigidas a
« suffocar el mal en su cuna. » �
( 10 )
îî vient d'être parlé, celui d'un cordon de
iroup £ s, pour interceptertoute communication
entre les marins des navires et les .habîtans du
faubourg nommé Barcelonette, eL la séques-
tration de celles des maisons de ce faubourg;
qui avaient déjà recelé des personnes atteintes
et mortes de la fièvre jaune.
Le bruit des précautions prises à l'égard des
bâtimens du port et de l'isolement de quelques-
unes des maisons du faubourg, se répandit ej*
im instant dans la ville et y fit naître les plus
vives alarmes. Dans une première déclaIdtion,
datée du 6, la Junte avait cherché à tranquilisef
les esprits, et voici dans quels termes elle s'expri-
mait : « Aucune mesure de sûreté ne doit
« paraître alarmante, aucune précaution ne doit
« être regardée comme vaine, lorsqu'il s'agit
« de la santé publique, et d'éteindre, à son
te origine, un mal qui, quelque peu menaçant
K qu'il soit, pourrait, s'il était négligé, s'éten-
cc dreavec impétuosité et causer les plus funestes
« ravages. Dès que la Junte a acquis, par le
cc rapport des médecins , la connaissance de la
cc gravité des symptômes qui s'étaient mani-
oc festés sur six malades dès bâtiinens du port,
cc tels quevomissemensatrabiliairesyviolentes
( 11 )
« cardialgiês, elle n'a pas perdu un instant
(C pour mettre les navires dans une incommuni-
« cation absolue, et faire disposer le Lazaret à
(c l'effet d'y recevoir toutes les personnes frap-
t « pées de cette maladie. »
Ces expressions signalant d'une manière pré-
cise les premiers pas d'une maladie trop connue
dans la péninsule , n'étaient pas faites pour ras-
surer la population ; aussi, dès le jour suivant,
une-foulede familles opulentes s'cmpressèrent-
elles de quitter la ville.
Les sages dispositions que venait de prendre
la Junte, eussent suffi pour remplir le but
qu'elle se proposait; leur maintien et l'applica-
tion de ces mêmes mesures à tout nouveau ma-
lade qui se serait déclaré ,'auraient préservé de
la mort les innombrables victimes qu'elle a
trouvées à Barcelone , Tortose , Mequinenza,
Asco, las A q uilas, Malaga , Palma , et
dans toutes les villes où elle a été importée de
ce foyer commun : mais , que peut une volonté
prévoyante sans les moyens d'exécution? que
peut l'autorité, quand elle n'est pas appuyée
d'une force morale, ou ne sait pas acquérir cette
force par une inébranlable fermeté? L'hésitation
fit perdre à l'autorité dei Barcelone toute sa
( 12 )
puissance ; sa pusillanimité a précipité dans la
tombe d'innombrables victimes, et compromis,
peut-être, la santé, la sûreté de l'Europe. C'est
cette pusillanimité que, vers l'époque de la
cessation du fléau, ceux qui avaient pu survivre
ont hautement reprochée aux magistrats qui
s'en sont rendus coupables (1).
Les premiers malades sortis des navires du
(i) (c Nous exigerons la plus sévère responsabilité
« de celui qui , ne sachant ou ne pouvant se faire res-
« pecter dans Barcelonette, plongea dans l'ablme
« notre capitale" et fut notre véritable bourreau ;
« nous l'exigerons avec rigueur de ceux-là qui prê-
te férèrent à l'intérêt du salut public quelques sacs
« de cacao et de sucre * j nous l'exigerons bien plus
« sévèrement encore de ces sophistes qui, avec leurs
(c jongleries et leurs ridicules disputes, nous em-
« pêchèrent de prendre à propos les mesures qui
« nous auraient infailliblement garantis. Oui, nous
« exigerons, nous obtiendrons satisfaction : Barce-
(C lone le jure ! » (El roto de Barcelona à la sazon
que la desolava una epidemia cruel > en. el mes de
noviembre de 1821; avec cette épigraphe: Impavi-
dam ferient ruince. )
* Allusion aux marchandises du Talla Piedra.
( i5 ) -
port, avaient été portés à Y Hôpital-Général, placé
au centre de Barcelone. Dès qu'on eut la certitude
que c'était la fièvre jaune qui venait d'éclater, on
s'empressa de faire transférer au Lazaret ceux
de ces infortunés qui respiraient encore. Le
docteur Campmany et quelques autres méde-
cins n'avaient pas hésité à signaler, dès l'inva-
sion,. le caractère contagieux de ce fléau, et
leur avis, partagé d'abord par la Junte supé-
rieure de Santé, avait fait prescrire les me-
sures qui devaient assurer sa concentration.
Ces mesures étaient suivies alors avec autant
de vigilance que de sévérité.
Tous les bâtimèns du port avaient été mis en
état d'incommunication ; ceux qui avaient eu
des rapports avec le Grand- Turc étaient plus
particulièrement observés. Les navires suspects
avaient reçu l'ordre de se rendre à Malion , où
le Lazaret, placé sur une petite île, au milieu
d'un golfe, présente tous les avantages possibles
pour faire purger la quarantaine à un grand
nombre de navires à la fois, sans péril pour la
population. 11 fut décidé qu'on submergerait,
dans le port même de Barcelone, les bâtimens
qui avaient eu des malades à bord, après que les
marins de leurs équipages auraient été admis
( i4 ) ,
auLaxaret, pour y être retenus en ohservation.
Deux - matelots du brick napolitain, échappés de
leur navire quand celui-ci avait été mis en sur-
reillance, étaient devenus l'objet d'exactes
perquisitions ; découverts dans une auberge,
ils avaient été emmenés avec plus de cent
individus trouvés en même temps qu'eux
dans la même maison, et conduits au vil-
lage de Gracia, pour y être soumis à une
quarantaine. Les autorités se montraient ani-
mées du plus grand zèle pour remplir cette
partie essentielle de leurs devoirs; tout semblait
faire espérer que Barcelone échapperait - aux
horreurs qui assiégeaient sa porte : le sort en
avait ordonné autrement.
( 15 )
CHAPITRE II.
1-iA nouvelle de Papparition de la fièvre jaune
au port de Barcelonette avait été transmise en
France aussitôt que son existence avait été cons-
tatée. M. de Gasville, consuma cette résidence,
s'était empressé d'en donner avis à M. le mar-
quis de Villeneuve, prétendu département des
Pyrénées-Orientales, et à l'Ifïtendance Sanitaire
de Marseille. Cetig ~affltonce fut le signal des
premières précauticffi qui furent prises sur nos
frontières ? afin de préserver le Royaume de
cette affreuse calamité.
La lettre du consul de France était du 7
août ; elle arriva à Perpignan le 10 au matin.
Ce jour même , un conseil composé du général
commandant le département , des conseillers
de préfecture , du directeur des douanes, du
jury médical et du médecin des épidémies (1),
(1) MM. le baron Vasscrot, maréchal-de-camp; 1
( 16 )
fut convoqué à la Préfecture. Ce conseil s'oc-
cupa des mesures à prendre pour le moment
présent, laissant au temps à indiquer celles qu'il
conviendrait d'adopter dans un plus pressant
danger. On décida que , d'abord, il fallait se
borner à éloigner de la côte tout bâtiment, pro-
venant des ports d'Espagne ou des iles Baléares,
qui ne justifierait pas d'une quarantaine de ri-
gueur, faite dans un des ports de France ayant
un Lazaret ; des mesures de surveillance furent
invoquées en même tem ps contre les bateaux
pêcheurs; et la vérification des passeports fut
sévèrement recommandée aux préposés des pas-
sages de la frontière .pour tout voyageur arri-
vant de Catalogne. Des djtachemens envoyés
sur la plage, occupèrent les postes formés les
années précédentes , pendant les contagions de
Cadix et de Majorque.
Une seconde lettre du consul, sous la date du
d'Astros, d'Arnaud aîné, Jaubert-de-Passa, conseiller
de préfecture ; Clerget, directeur des douanes ; le
docteur Massot aîné, chevalier de la Légion-d'Hon-
neur et de Saint-Michel, le docteur Bonafos, mem-
bres du Jury Médical; Masnou, médecin des épi-
démies.
( 17 )
2
15 août, donna la certitude que d'autres acci-
dens étaient survenus à Barcelonette. Les
marins de quatre nouveaux navires avaient con-
tracté la maladie ; du x 1 au 13 , le nombre des
pestiférés s'était élevé à 20, et le 14, deux
autres malades étaient encore entrés au Lazaret ;
cinq^iutres existaient, en outre, dans les mai-
spns du faubourg, et il était bien reconnu que
tous avaient la fièvre jaune.
Le port avait été débarrassé des divers bâti-
mens infectés ou suspects; quatre étaient déjà
- partis pour Mahon (1) ; deux se disposaient à
s'y rendre (2) ; un mettait à la voile pour le
Lazaret de Marseille (5). On avait submergé,
on travaillait encore à submerger dix autres na-
vires (4) quand la lettre du consul partit.
(1) Le Talla Piedra, la flûte la Liberté , le bri-
gantin VAlexandre , le chasse-marée Notre-Dame.
(2) Le brigantin el Patriota Lacy, le brigantin
Harmonia.
(3) La tartane la Marie.
(4) Le brigantin le Grand-Turc, la flûte lespé-
rance , la polacre Saint-François-de-Paul, la polacre
Doux Nom de Marie, la polacre la Vierge du Carmel,
( i8 )
Les nouveaux malades que présentait Barce-
lonette, firent sentir aux magistrats la nécessité
de couper, dès ce moment, toute communica-
tion entre le faubourg et la ville. C'était le seul
parti qu'ils eussent à prendre pour garantir
la population de la cité, des atteintes du fléau :
l'humanité, leur devoir, tout leur en impo-
sait l'obligation. Cependant ils s'en abstinrent.
Les intérêts du commerce, ou plutôt ceux de
quelques individus , prévalurent sur l'intérêt
général ; la population fut sacrifiée. Outre ces
prétendus intérêts du commerce , qu'on invo-
quait pour se refuser à prendre la seule me-
sure de salut que commandassent encore les
circonstances, on objectait l'embarras de faire
vivre , sans le secours du port, un nombre aussi
considérable d'individus que celui qui remplis-
sait la ville de Barcelone. Misérable prétexte
qui devait cesser quelques semaines plus tard!
et Barcelone resta ouverte à la contagion.
Les premières notions acquises sur l'appari-
la flfite la Précieuse Catalane, le chebeck la Joséphine,
la polacre le Saint - Jacques , le brigantin le Saint-
Joseph, et la goëlette lJ Etoile.
( 19 )
tion de la fièvre avaient porté, comme on l'a vu
plus haut, les familles opulentes à abandonner
leurs foyers. La circonstance du maintien des
communications entre le faubourg et la ville ,
multiplia les émigrations. On évalue à plus de
dix mille âmes les personnes qui sortirent alors
de Barcelone.
Pour s'éclairer sur la vraie situation de la
santé publique, et pour se conformer au vœu
de l'art. 5, du décret des Cortès , du 23 juin,
1815 , les magistrats avaient réuni les médecins
de la Junte supérieure de Santé de la Catalogne,
et ceux de l'Académie de médecine pratique de
la ville, et ceux de la Junte municipale de Santé.
Les questions soumises à l'examen de cette
assemblée se rapportaient à la nature et au dé-
veloppement de la maladie, qu'on ne qualifiait
, que de suspecte, dans les actes publics-aux ra-
vages qu'elle pouvait exercer, à la méthode
à suivre pour la combattre avec succès.
Le résultat de cette décision , rendu public le
14 août, fut que , d'après les symptômes ob-
servés avec la plus grande attention , la maladie
régnante était la fièvre jaune, ou tiphus icterodes;
mais la Faculté la déclara non contagieuse. La
raison alléguée pour motiver cette opinion,
1 ( ao )
source de tant de malheurs, est que la CalalQgne
paraît être dans la catégorie des pays où la fièvre
jaune est tout-a-fait incommunicable. Cette
supposition s'appuie sur ce que les premiers
malades ayant été transportés à l'Hôpital Géné-
ral , et deux d'entre eux-mêmes y étant morts,
aucune des personnes qui les avaient appro-
chés n'avait contracté la maladie.
En lisant cette pièce, que son importance
nous a porté à transcrire en entier (i), on ne
peut s'empêcher de faire de pénibles réflexions
sur cette facilité avec laquelle une réunion
d'hommes aussi éclairés que celle qui l'a dictée,
se décide pour la probabilité de la non-conta-
gion. « Les phénomènes rares qu'on éprouve
« dans cette maladie , relativement au principe
cc contagieux , dit leur rapport, n'ont pu se dé-
cc duire que d'une exacte et fidèle observation :
cc c'est elle qui a enseigné que s'il est des pays où
« elle se propage rapidement, quoiqu'elle n'y
a soit pas endémique, il en est d'autres où
cc elle le fait avec plus de lenteur; et que dans
« beaucoup d'autres elle est tout-à-fait incom-
(1) Pièces Justificatives, N° 1.
( 21 )
« mùnicable. Heureusement il paraît que jus-
« qu'à présent nous pouvons regarder le nôtre
cc comme étant au nombre de ces derniers. »
Après avoir exposé les raisons. de climat et
de température qui lui font adopter ce senti-
menL, la Faculté termine par ces mots : cc Nous
cc pouvons nous flatter jusqu'à ce moment, que
cc réellement le mal n'a pas été contagieux , et
« il est à espérer qu'il ne le sera pas à l'ave-
« nir. »
Comment, dans une maladie aussi insidieuse
et si connue dans là- péninsule par ses affreux
ravages, comment le doute ne décide-t-il pas
en faveur du parti lè plus sûr?
- Pourquoi, après ces expressions d'incertitude
il paraît, il est à espérer, ne pas recom-
mander , ne pas prescrire les moyens à prendre
afin de prévenir le cas où cette funeste incerti-
tude cessant , le caractère contagieux apparaîtrait
avec toutes ses horreurs ? pourquoi enfin ne pas
faire ici l'application de l'axiome médical i in
dubiis, tutior pars est eligenda ?
En donnant officiellement l'éveil sur le com-
mencemènt de la maladie, on aurait fait rom-
pre les communications entre la ville et le
faubourg, on aurait empêché les partis politi-
(22 ) ,
ques de trouver un prétexte pour s'accuser ré"
-ciproquement d'avoir empoisonné les eaux et
les alimens , afin de faire périr le peuple ; et on
n'aurait pas accusé les médecins philantropes ,
qui voulaient sauver leur patrie menacée, de
tuer eux-mêmes leurs malades, pour faire croire
à la fièvre jaune. -
Le lendemain de cette conférence^ 15 août),
la Junte supérieure de Santé , pour porter
quelque calme dans les esprits , et apaiser
l'effervescence qui se développait dans le public,
fit publier une nouvelle déclaration portant
que, si le danger qu'on craignait avait réelle-
ment existé, elle aurait obéi aux ordonnances
royales du 17 août 1815 et25 août 1817, c'est-
à-dire, serait sortie de Barcelone pour se porter
dans un lieu d'où, n'ayant rien à redouter de la
part du fléau, elle pût veiller à la sûreté de la
province. Après ce préambule qui tend à éloi-
gner toute idée de contagion, elle prescrit des
mesures qui la proclament. Son intention, dit-
elle, est de pourvoir à ce qu'aucun des indivis
dus des équipages suspects ne puisse s'échapper
du lieu où on les a placés en état d'observation.
Il fut arrêté :
1°. Que les règlemens sur les passeport
( 25 )
devraient être observés avec la dernière rigueur,
et qu'il n'en serait délivré aucun sans que l'au-
- torité chargée de ce service ne fût bien assurée
de la provenance du requérant et de son état de
santé y
2°. Qu'il ne serait opposé aucun obstacle au
libre passage de ceux qui en auraient obtenu ,
même venant de Barcelone ; (
-5°. Que tout voyageur sans passeport ( outre -
les peines encourues), serait mis en état d'ob-
servation pendant quatre jours ;
4°. Que les navires expédiés du môle neuf,
et par conséquent avec patente nette, seraient
admis partout.
Ainsi, dans cet écrit, dont toutes les phrases
se contredisent, la contagion se trouve à chaque
ligne, à côté de la non-contagion.
Une semblable proclamation, loin de détruire
l'idée du mal et la crainte du péril, ne fit que *
confirmer l'un et l'autre ; et les émigrations
continuèrent avec le même empressement.
Ne se regardant pas comme assez en sûreté en
Espagne, plusieurs familles voulaient passer en
France, et elles sollicitaient, à cet effet, le visa
consulaire sur le passeport qui leur était déli-
vré sans difficulté, en vertu du certificat de
1
( 24 )
santé que la Junte municipale ne refusait à per-
sonne. Le consul de France se refusa à remplir.
cette formalité : il fondait son opposition sur ce
que la ville était constamment en rapport avec
Barcelonette, où existait lamaladie, et qu'elle ne
pouvait pas être regardée comme exempte de
suspicion.
Bien que l'existence du principe contagieux
eût été refusée à la fièvre jaune de Barcelone,
dans la conférence médicale du 14 août, cette
opinion n'avait pas été admise par tous les mé-
decins de la ville. Le docteur Campmany , qui
s'était si généreusement enfermé dans le Laza-
ret, était de ce nombre, et, dans l'intérêt de
son pays, il ne cessait de déclarer que cette
maladie pouvait avoir les suites les plus funestes
pour la population.
Les opposans trouvèrent le moyen d'intéres-
ser la populace dans leur cause, et des mur-
mures s'élevèrent contre l'épouvante qu'on
accusait les contagionistes de chercher à ré-
pandre. Chacun pouvait parler de bonne foi
dans l'origine : mais pour qui connaît un peu
l'esprit humain il est difficile de se persuader que
l'amour-propre ne soit pas intervenu pour faire
prévaloir le jugement porté. Les partis se firent
( 25 )
donc la guerre dans Barcelone, à propos de la
contagion. On accusa les Servilès de répandre
et d'accréditer méchamment le bruit de la con-
tagion, afin de préparer quelque coup contre
le système constitutionnel ; et comme on ne
pouvait pas nier des décès fréquens et extraor-
dinaires, on prétendit que les ennemis du peu-
ple empoisonnàient les puits et les alimens.
Il fallait citer des exemples : on avança,
et on écrivit partout, que des ouvriers du
port étaient morts presque subitement après
avoir bu de l'eau d'un puits public de Barce-
lonette. On ajouta que des recherches faites
dans ce puits avaient fait découvrir deux cru-
ches remplies d'arsenic. Cette ridicule croyance
se maintint encore long-temps après que les
ravages de la maladie n'eurent plus laissé de
doute sur la contagion. Aujourd'hui encore,
beaucoup de personnes sont persuadées que ces
bruits de poison n'étaient pas dénués de fonde-
ment. Rien, en effet, ne ressemble plus à des
viscères empoisonnés par l'arsénic ou le sublimé
corrosif que ceux des victimes succombant à la
fièvre jaune. Les journaux n'étaient pas restés
neutres dans cette lutte d'opinions. Une longue
et violente diatribe contre le docteur Camp-
( 26 ) .1
many , trouva place dans un des numéros du
Diario Constitucional, dont l'éditeur périt
lui-même un peu plus tard, frappé par le fléau
qu'il voulait méconnaître.
Des déclamations aussi fougueuses qu'impru-
dentes avaient produit les effets qui devaient né-
cessairement en ressortir. Le peuple s'était ameu-
té contre le pouvoir, et le peu de précautions
qu'on avait cru devoir prendre se trouva paralysé.
L'esprit frappé par les indécentes sorties des
uns et les grotesques sarcasmes des autres (1),
des gens qui obéissaient en aveugles à des impul-
sions étrangères , se portèrent, le 17 août, à
un acte de délire qui devait avoir, et qui eut
les conséquences les plus funestes.
Un habitant de Barcelonette , attaqué de la
fièvre jaune , venait d'être dénoncé à la Juriste ,
qui pour suivre à son égard le système d'iso-
lement qu'elle avait adopté, avait ordonné
qu'il fût transféré au Lazaret. Des dispositions
avaient été prises pour assurer ce transport 5
(1) On. était allé jusqu'à représenter, dans une ca-
ricature, la Faculté de Médecine présidéc par un
âne. Le trait était dirigé contre le docteur Balii qui se
rangeait du côté des contagionistes.
( 27 )
mais à la vue d'un détachement de cavalerie
commandé pour escorter le malade , le peuple
crie à la violence, et entre en fureur. Des attrou-
pemensse forment; mille injures sont proférées
- contre l'autorité; et dans l'effervescence du
premier moment, la résolution est prise de ne
point laisser exécuter cette mesure. On barre
le chemin, on arrête les porteurs, on assaille
à coups de pierres les cavaliers, et l'on arra-
che le malade à ceux qui en étaient chargés.
Pour montrer le mépris des craintes de la
Junte , et de ce qu'on regarde comme de
puériles terreurs, on se presse autour du mori-
bond , on se dispute l'affreux plaisir de le tou-
cher , et des forcenés se couvrent le visage et
- les autres parties du corps avec la sueur
pestilentielle qu'exhalaient ses pores. Après cet
épouvantable triomphe, ces prétendus esprits
forts emportèrent dans une maison écartée l'in-
fortuné qui était l'objet de ce désordre, afin
de le soustraire, disaient-ils, aux recherches de
l'autorité.
Le peuple , en tumulte , ne s'en tint pas là.
Se jetant sur les différentes maisons qui avaient
récelé des malades contagieux , et que la Junte
avait fait fermer, il en enfonce les portes, s'y
( 28 )
répand en foule, et, dans un état d'exaspé-
ration qui le disposait encore plus à Faction des
principes contagieux, hume à longs traits les
miasmes empoisonnés que la désinfection n'a-
vait point dissipés.
Cependant l'autorité fait marcher de nouveaux
détaehemens vers Barcelonette ; ses agens cou-
rent à la maison qui avait reçu le pestiféré; ils
en font de nouveau leur conquête, et portent le
cadavre an Lazaret : car ce malheureux appelé
Prats, venait d'expirer. Epouvanté peut-être
des scènes violentes dont il avait été la cause,
sa mort avait suivi de près son entrée dans la
maison étrangère (l).
(1) La scène furieuse que nous venons de décrire se
renouvela encore peu de temps après, mais avec
d'autres circonstances. Ce fut au sujet d'une jeune
fille que les docteurs Lopez etCarbo, l'un et l'autre
con.tagionistes, avaient désignée pour être envoyée
au Lazaret, comme atteinte de la maladie. Le hasard,
ou plutôt son bonheur voulut qu'elle se rétablît avant
que cette mesure pût être exécutée. Les opposans
prirent texte de cet événement pour déclamer plus
fort que jamais contre les médecins qui proclamaient la
transmission de la maladie par le contact j ils signa-
1
( 29 )
L'autorilé s'était montrée comme il conve-
nait à son caractère ; elle n'avait pas fléchi de-
vant l'émeute , et ses ordres avaient été exé-
cutés. Il semble que cette victoire devait la
faire persévérer dans la ligne qu'elle venait de
se tracer elle-même ; il n'en fut pas ainsi; et
c'est de ce moment surtout que date l'énorme
responsabilité qu'elle a amoncelée sur sa tête.
Le désordre avait été trop grand; trop de
personnes y avaient pris part pour qu'on ne fût
pas certain que la maladie ne tarderait pas à se
répandre dans tous les quartiers du faubourg.
Cette circonstance commandait le rigoureux
lèrent à la haine publique les commissaires que l'au-
torité avait chargés de l'inspection des malades de
Barcelonette, et de lui" rendre compte de leur situa-
tion. Ils provoquèrent l'opposition du peuple au
transport des nouveaux malades au Lazaret. On fit
prévenir le docteur Bahi, médecin en chef de l'Hôpital
Militaire, professeur de botanique et membre de la
Junte supérieure de santé, que , s'il se présentait à
Barcelonette, les fusils étaient chargés pour le rece-
voir. I/animosité du peuple contre ce médecin fut
poussée si loin que, plus tard, il fut obligé de
s'échapper pour n'être pas assassiné, ainsi que nous
le verrons.
( 50 )
devoir de séparer à l'instant ce faubourg de
Ta cité, et de sauver cette partie de la popula-
� tion en l'isolant de l'autre ; on n'en fit encore
rien.
Au lieu de prescrire les mesures énergiques
que réclamait la situation des choses e la Junte
supérieure de la Province se borna à publier,
le lendemain de l'événement, une proclamation
dans laquelle elle s'açcuse indirectement en
donnant raison au peuple. Dans cette pièce,
qu'on ne sait comment qualifier, elle avance
que jusqu'à ce jour la maladie n'avait pas été
- contagieuse. Elle répète encore que quelques
personnes seulement, qui avaient contracté
la fièvre jaune à bord de leurs navires, en
étaient atteintes.
Mais s'il n'y avait de malades que des gens
des équipages , d'où provenaient donc ceux en
qui on avait reconnu les symptômes suspects,
dans les maisons de Barcelonette ? Si la maladie
n'était pas contagieuse, pourquoi la Junte avait-
elle fait fermer les maisons où il était mort des
individus de la fièvre jaune ? Pourquoi faisait-
elle transporter au Lazaret le malheureux qui
avait péri au milieu du tumulte _de la veille, et
qui a été reconnu ensuite pour être le père des
, ( 5i )
quatre frères charpentiers, morts au Lazaret,
et qui avaient gagné la maladie en travaillant
sur le Grand-Turc 2
Dans cette même proclamation on déclare
qu'il n'existe aucun malade suspect dans Barce-
lonette,ni dans les hôpitaux, ni sur aucun point
de la ville, ni même, est-il ajouté ( ce qui est
plus fort) dans le Lazaret suspect; et pour-
tant , non-seulement , il en existait dans le
Lazaret, mais il en périssait, même dans le fau-
bourg, chaque jour quelqu'un.
Le consul de France ne vit pas plutôt la ma-
nière avec laquelle on traitait, à Barcelone, des
choses aussi graves, qu'il s'empressa d'en donner
connaissance au Préfet des Pyrénées-Orientales,
déclarant que désormais il ne viserait aucun
passeport. pour France. L'histoire , impartiale,
en signalant les erreurs des uns, doit dispenser
aux autres les éloges qu'ils ont su mériter. Si le
territoire français n'a pas été ouvert à la conta-
gion, si les autorités locales ont été prévenues à
temps du dânger auquel efait exposée la patrie,
c'est à cet agent qu'elle le doit. Tandis que la plus
grande partie des lettres des particuliers cher-
chaient àpropager la funeste confiance de IJauto-
rité Espagnole, qu'elles tournaient en dérision la
(«a )
frayeur qui faisait déserter leurs foyers à un si.
grand nombre de familles Barcelonaises, et que
partageant la fatale sécurité du commerce, elles
s'efforçaient de l'inspirer à leurs correspondans,
le consul insistait sur la gravité des circons-
tances , et invoquait une sévère attention sur
l'emploi des moyens propres à couvrir nos
frontières.
Informé de la marche des événemens, le
préfet de Perpignan avait coordonné ses dispo-
sitions avec l'intérêt de ses administrés. Non,
toutefois, sans que la sagesse de ses mesures
rie fût, au premier instant, l'objet d'une injuste
critique. Les uns murmuraient, parce que dans
la terreur qui avait d'abord saisi tous les esprits,
ils ne regardaient pas les dispositions adoptées
comme assez énergiques; les autres se plai-
gnaient, parce que , trompés par leurs corres-
pondans, ils les considéraient comme préma-
turées.
Les nouvelles devenant de plus en plus
fâcheuses, et les lettres du commerce changeant
elles-mêmes de langage , l'entrée de France fut
restreinte aux seuls passages du Perthus, de Ba-
gnui s et de Sallagouse. Les préfets des dépar-
temens limitrophes de l'Espagne et du littoral
'( 55 )
3
de la Méditerranée , prévenus par celui de Per-
pignan , de l'invasion de la fièvre jaune dans
Barcelone, avaient, de leur côté , pris les me-
sures convenables pour couvrir leur territoire
des atteintes de la contagion. L'Intendance de
Santé de Marseille avait déjà prescrit , à l'égard
des bâtimens venant des ports d'Espagne sur
la Méditerranée , ou des îles Baléares, une qua-
rantaine de rigueur qui ne pouvait être purgée
que dans les Lazarets de Marseille ou de Tou-
lon. Pour aider à l'exécution des mesures rela-
tives aux côtes maritimes du Roussillon , le
commandant de la marine de Toulon venait de
donner des ordres pour faire armer en toute
diligence une clialoupe canonière. Ce bâtiment
nommé la Foudre , arriva peu de jours après
au Port- V endres.
En cherchant à tranquiliser la population de
Barcelone, en s'étourdissant elle-même sur
les dangers qui l'environnaient, la Junte de
Santé avait jugé convenable d'éloigner du fau-
bourg les équipages des navires infectés, qu'on
regardait comme la cause principale du mal.
Dès le 17 août, ces marins avaient été en-
voyés pour respirer un air plus sain dans le
monastère de Saint-Jérôme de la Montagne,
(34.)
souvent supprimé, situé sur une des hauteurs
-qui entourent la ville. Là, en effet ces équipages
avaient recouvré la santé.
Dès la fin du mois d'août, la maladie de Bar-
celone, mieux jugée par ceux qui s'en trou -
vaient éloignés que par ceux qui étaient dans
le cratère même du volcan , avait excité toute
la sollicitude des magistrats des villes circon-
voisines. Des mesures de précaution étaient
prises partout à l'égard de Barcelone. Tarragone
n'admettait les personnes venant de cette ville,
qu'après les avoir tenues en observation pen-
dant six jours, et toutes les communes de sa
dépendance étaient soumises aux mêmes dispo-
sitions. A Vinaroz, premier village du royaume
de Valence , la Junte avait ordonné une obser-
vation, qui de quatre jours d'abord avait été
presque aussitôt portée à vingt; et elle avait
formé une ligne divisionnaire entre les deux
territoires. Enfin les circonstances avaient paru
tellement graves à Madrid même , que, dès le
20 du même mois, une quarantaine avait été
imposée aux voyageurs et aux diligences publi-
ques venant de Barcelone.
Les autorités, dont la fermeté aurait pu en-
core » peut-être, sauver la ville , ou tout au
(35)
moins empêcher le mal d'arriver à son comble ,
attendaient les événemens dans l'apathie, mais
non pas sans inquiétude. On se contentait de -
gémir sur un mal qu'on n'osait pas s'avouer,
et dont il eût été possible d'empêcher les déve-
loppemens; on espérait toujours que le climat
triompherait du fléau. Funeste espérance, fai-
blesse inexcusable ! !
( 36 )
CHAPITRE III.
CEPENDANT le nombre des morts devenait de
jour en jour plus considérable, et la Junte avait
cru devoir en faire constater la cause, qu'elle
ne pouvait ignorer ni méconnaître. Les démar-
ches des médecins pour remplir leur commis-
sion , et l'envoi au Lazaret de Saint-Jérôme de
l'équipage d'un navire garde-côte , nommé el
Carmen, furent remarqués. Le peuple , qui
passe tout-à-coup aux sentimens les plus op-
posés-, manifesta de vives inquiétudes; elles
augmentèrent quand le bruit se répandit que
le commandant supérieur de la province, le
général Yillacampa, se disposait à quitter la
ville. L'agitation que produisit cette nouvelle,
tant dans l'esprit des soldats que dans celui des
habitans fut telle, que ce chef militaire crut né-
cessaire de la démentir dans son ordre du jour
du 28 août. Dans cette pièce remarquable, cet
( 57 )
officier, qui était fixé sur la nature de la ma-
ladie , et qui croyait à la contagion , n'avait
pourtant jamais osé se prononcer (1), il ne parle
qu'évasivement de ce qui se passe, et ne s'atta-
che qu'à justifier sa conduite , relativement aux
précautions qu'il prend dans sa maison, pour
la sûreté de sa famille. Il contracte ensuite l'en-
gagement de ne sortir que le dernier des auto-
rités provinciales qui doivent quitter la ville en
cas de contagion, conformément aux ordon-
nances royales, et si d'autres malheurs veu-
lent que cette mesure devienne jamais néces-
saire.
Si l'amour-propre ne donnait l'explication de
la plus grande partie des contradictions , et si
quelque chose devait porter la surprise au plus
haut degré , ce serait, sans doute , l'obstination
que mettent certaines personnes à se refuser à
une évidence presque mathématique , à s'effor-
cer sans cesse d'épaissir sur leurs yeux le, voile
avec lequel elles se cachent la vérité et l'opi-
niâtreté qu'elles apportent à faire partager aux
autres leur aveuglement volontaire. Malgré les
(1) 11 le dit lui-même. Pièces Justificatives, N° II.
( 38 ) -
nombreux démentis que la propagation de la
fièvre jaune , dans Barcelonette, donnait jour-
nellement à ceux qui lui refusaient le caractère
contagieux (1), ils n'en persistaient pas moinsà
égarer l'autorité qui, elle-mème, ne voulait sans
doute rien voir. Les mêmes principes sont en-
core proclamés dans la déclaration du 29 août,
sur le rapport des médecins , tant de la Junte
municipale que de celle de la province : « La
maladie n'a présenté aucun symptôme de con-
tagion. » Comment, après des assurances aussi
positives et aussi souvent répétées , la popula-
tion aurait-elle pu se mettre en garde contre le
fléau ?
Cependant la maladie, qu'un- climat moins
ardent que celui d'où elle avait été importée,
paraissait comprimer, se développa tout-à-
coup de la manière la plus meurtrière, par l'élé-
vation subite de la température; une semaine
de très-fortes chaleurs suffit pour lui faire
prendre le plus épouvantable accroissement.
(1) Les médecins de la Junte supérieure étaient
contaglonisles, et cependant ce n'était jamais leur
opinion que l'on suivait..
( 59 )
Selon quelques personnes, à cette cause se joi-
gnait aussi une, insalubrité locale. Le port de
Barcelone n'était plus nettoyé depuis long-
temps. Les boues de la ville, et les immondices
s'y amoncellent depuis que la construction du
Môle neuf empêche le mouvement cicloïde des
eaux du Bezos de les entraîner insensiblenlent..
Ces dépôts y restent dans un état de fermenta-
tion permanente, et l'action du soleil d'été pro-
duirait sur eux une incubation susceptible d'oc-
casioner d'elle-même, et sans secours étran-
ger, des maladies épidémiques et mortelles.
Ces causes auraient donné naissance au typhus,
de nos contrées , dans le même temps que la -
fièvre jaune s'introduisait à Barcelone; et ces
deux fléaux, également meurtriers, se compli-
quant l'un l'autre, auraient formé cette épou-
vantable maladie qui déconcerta toutes les con-
naissances, se joua de tous les calculs et fut
rebelle à tous les remèdes connus. Mais l'avia
de beaucoup d'hommes instruits , entr'autres
des médecins français, détruit cette opinion.
Trois cents pêcheurs fuyant la contagion r s'é- -
taient embossés dans le port, à l'endroit même:
- qu'on supposait le plus malsain ; aucun d'eux ne
fut atteint du fléau. Ils continuèrent à exercer