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René, ou l'ermite de Compiègne

66 pages
Barbou frères (Limoges). 1870. Va, René. In-18.
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BIBLIOTHEQUE
CHRÉTIENNE ET MORALE
APPROUVÉE
PAR MONSEIGNEUR L'ÉVÊQUE DE LIMOGES
6e SÉRIE.
• 0
Tout exemplaire qui ne sera pas revêtu de
notre griffe sera réputé contrefait et pour-
suivi conformément aux lois.
RENÉ
L'ERMITE DE COMPIÈGNE
LIMOGES.
BÀRBOU FRÈRES , IMPRIMEURS-LIBRAIRES.
RENE
OU
L'ERMITE DE COIPIÈGNE"
René Va, fils d'un honnête mar-
chand de la ville de Poissy, naquit
le 1er juin 1617, et fut tenu sur les
fonts du baptême par M. de Ma-
rillac, garde des sceaux.
8 RENÉ.
Le père de René était un ancien
serviteur de sa maison, et ce fut
sans doute par le crédit du parrain
que le jeune homme, entré à seize
ans dans le parti des armes, devint,
après quelques années, capitaine
de cavalerie.
Les nombreuses blessures dont
il était couvert, au mpmenf de sa
retraite, en 1648, rendaient témoi-
gnage de sa valeur; mais son ex-
trême modestie a soigneusement
¡
gardé le détail de ses actions guer-
rières. ,.
Sa conduite morale dans l'état
RENÉ. 9
L.
militaire fut cetle de la plupart de
ses compagnons : rien de choquant
aux yeux du monde ; mais, hélas !
quel contraste affreux entre l'Evan-
gile et le faux honneur du siècle.
Le brave citoyen de Poissy en fut
convaincu; il considéra que les
jugements de Dieu étaient bien
différents de ceux des hommes ;
et, pressé des remords d'une
conscience justement alarmée, il
résolut d'embrasser une vie de pé-
nitence.
Dieu se sert admirablement des
événements humains pour s'atta-
10 RENÉ.
cher les cœurs qu'il veut con-
qér ir.
Un brave officier fut tué dans une
bataille auprès de M. Va, et celui-ci
se trouva présent lorsque la géné-
ral , apprenant cette mort, dit
froidement qu'il en était fâché, et
reprit ensuite son entretien assez
frivole. 1
Notre militaire, jusqu'alors irré-
solu, fut frappé du peu de fruit
qu'on retire de son dévouement au
monde. Décidé à l'abandonner et a
i
travailler efficacement à son salut,
il quitta le service, niais demeura
RENÉ. 11
longtemps incertain sur le genre
de vie qu'il devait embrasser pour
satisfaire à la justice de Dieu, et
entrer dans les vues de la Provi-
dence.
Il était de bonne foi ; se sentant
pressé de faire la paix avec le ciel,
et dans l'espoir d'obtenir des lumiè-
res qu'il désirait sur le choix de sa
pénitence, il renouvela trois fois le
voyage de Rome. Le religieux voya-
geur manifesta une piété exem-
plaire, et mérita d'être exaucé.
Quelque attrait pour l'état reli-
gieux le détermina à se présenter
12 RENÉ.
dans un monastère, et il demanda
avec instance d'y être admis en
qualité de simple frère ; mais cons-
tamment refusé à cause de ses
blessures, qui le rendaient incapa-
ble d'un travail pénible, il prit le
parti de demeurer à Paris, chez
un beau-frère, et de s'y consa-
crer à divers genres de bonnes
œuvres.
Là, pendant quatre ans, objet
d'une édification rare, il soupirait
toujours après le désert qui devait
calmer la soif brûlante dont il était
consumé de faire au Seigneur, qu'il
RENÉ. is
avait si longtemps méconnu, une
répamtion convenable,
Le Dieu de clémence fut propice
à des vœux si généreux et si persé-
vérants; il daigna couronner ce
désir ardent de son serviteur, en
lui accordant la lumière précieuse
qu'il sollicitait depuis longtemps,
et en affermissant cette forte ins-
piration d'embrasser la vie érémi-
tique.
Ne doutant plus qu'il n'y fût vé-
ritablement appelé, il ne - balança
pas un moment, termina toutes ses
affaires,' quitta sa famille et alla
t
14 RENÉ.
chercher, dans la forêt de Compiè-
gne, un lieu propre à exécuter son
dessein.
Alors existait, à peu de distance
de la ville, une ancienne et petite
chapelle à l'entrée même de la fo-
rêt. Charmé de ce lieu déjà con-
sacré au Seigneur, il s'occupait de
s'y construire une chaumière, lors-
que le propriétaire s'opposa formel-
lement à ce que le pieux étranger
s'y établît.
Celui-ci, regardant cette contra-
riété comme un trait de la Provi-
dence, ne se permit pas le plus
RENÉ. 15
léger murmure : il pénètra dans la
forêt jusqu'aux endroits les plus
inaccessibles, et il fixa sa retraite
sur le haut du mont Saint-Maur,
dont l'accès était excessivement
difficile.
Là, au milieu d'épaisses brous-
sailles, il découvrit un sentier sou-
terrain qui aboutissait à une ca-
verne ; à cet aspect sauvage, le
nouveau disciple du saint prophète
Elie s'appliqua , plein de joie et
sans délai, à défricher les environs
de la caverne pour s'y frayer un
passage.
16 RENÉ.
Il n'y pratiqua qu'une petite ou-
verture pour laisser évaporer la
fumée, attendu que l'extrême hu
midité y rendait le feu indispensa-
ble. Cette profonde caverne ne re-
cevait de jour que par l'entrée, et
ce fut dans cet antre qui rappelait
si bien celui du grand Hilarion,
qu'il résolut de passer le reste de
ses jours.
A peine y fut-il établi qu'il s'y vit
assailli d'une multitude de couleu-
vres. Chaque jour il en tuait un
grand nombre, et il en fut tourmente
longtemps; mais tout à coup elles
RENÉ. 17
disparurent, et depuis il n'en vit
p'us dans sa grotte.
Il commençait à jouir du repos,
qu'elles lui laissaient, en bénissant
Dieu d'avoir eu égard à sa faiblesse;
mais ce calme ne fut pas long. Aux
couleuvres succédèrent des cra-
pauds, qui devinrent pour la soli-
tude un nouveau sujet de souffran-
ces et de résignation. Il passa sept
ans au milieu de ces hideux ani.
maux, qui, par un prodige admira-
ble de la Provi^çe;3 w jfui firent
aucun mal. j ; ,
Cette second^preuve' terminée,
; } y
18 RENÉ.
le ciel lui ménagea un autre genre
de mérite. L'énorme rocher qui for-
mait sa grotte se fendit à l'entrée,
de manière à faire craindre qu'il ne
s'en détachât quelque partie.
A la vue de ce danger, l'habitant
du désert se contenta de demander
à un saint religieux s'il le croyait
obligé d'abandonner son ermitage
par l'appréhension d'exposer témé-
rairement ses jours. Le cénobite lui
répondit que sans doute Dieu, qui
l'avait conduit dans cette caverne,
l'y conserverait. Le disciple, satis
fait, ne songea plus à en sortir.
RENÉ. 19
Là, occupé uniquement de celui
pour lequel il avait tout quitté, vêtu
d'une bure grossière, les pieds nus
pendant la plus rigoureuse saison
de l'année, il partagea sa journée
entre la prière et la lecture des li-
vres saints, soutint et nourrit en
lui la plus tendre ferveur par les
pratiques extérieures depiété, faisant
chaque jour retentir sa solitude du
chant des psaumes.
Souvent, prosterné contre terre,
il répétait avec feu certains passages
de l'Ecriture qui l'avaient particu-
lièrement frappé. Il ne soutenait sa
20 RENÉ.
vie pénitente qu'avec un' peu de
pain qu'il recevait des religieux cé,
lestins de Saint-Pierre en Chartres,
et de la charité des fidèles. Son hu-
milité lui faisait solliciter sans ré-
pugnance ce léger secours. Il était
obligé d'aller puiser l'eau, son uni-
que boisson, fort loin, au pied de
la montagne ; et comme on le plai-
gnait un jour de ce travail pénible:
- Ce n'est plus une fatigue pour
moi, répondit-il, depuis que j'ai la
l'histoire de cet ancien Père du dé-
1 sert, qui vit un ange compter tous
les pas qu'il faisait pour aller cher-
RENE. 21
cher de l'eau plus loin que je ne suis
obligé dc.le faire.
Le généreux pénitent passa ainsi
les quinze premières années jde sa
retraité, et n'y eut d'autre récréa-
tion que celle de cultiver de ses
mains quelques pieds de terre aban-
donnée qui avoisinaient sa grotte
Il était bien étonnant, sans. doute,
et l'on regardait comme un prodi-
ge qu'il eût résisté si longtemps à
l'austérité de sa vie.
Dieu permit, pour épurer ncore
davantage cette âme pénitente, que
la nature parût succomber sous le
22 RENÉ.
fardeau des austérités; le solitaire
,
fut attaqué d'une maladie violente, 1
qui le conduisit aux portes du tom-
beau.
Les religieux de Saint-Pierre le
transportèrent dans leur maison, et
durent aux soins de la plus vive cha-
rité la consolation de rappeler à la
vie l'objet de leur admiration con-
tinuelle.
On ne peut exprimer les senti-
ments de résignation, de ferveur,
de repentir, que manifesta l'anacho-
rète pendant ses souffrances.
Il lui resta, dans la suite, une si
RENE.
2J
excessive faiblesse, que son confes-
seur lui ordonna de faire usage de
viande et d'un peu de vin ; quelle
que fut sa répugnance pour le moin-
dre adoucissement, il obéit avec
une docilité d'enfant, caractère
principal de la vertu. On exigea de
même qu'il fit mettre quelques
planches sur l'endroit où il repo-
sait. Là se bornèrent les soulage-
ments qu'il apporta aux rigueurs de
sa pénitence.
Il regrettait de n'être pas réduit
à un dénûment absolu de toutes
choses, et refusait même de rece.
24 RENÉ.
voir l'argent qu'on lui offrait pour
les pauvres.
— Celui qui mérite d'être' privé
de tout, disait-il, et qui, outre
cela, s'est mis sous la conduite de
la Providence, n'a plus de besoin,
et quant aux aumônes que l'on veut
faire aux indigents, elles ne doi-
vent point sortir des mains de celui
qui a embrassé lui-même la pauvre-
té de Jésus-Christ. L'exemple que
je donnerai aux pauvres en me
passant d'argent, leur sera bien plus
utile que les charités que je pour-
rais leur faire.
RENÉ. 25
Sa conduite à cet égard fut tou-
jours d'accord avec ses paroles. Une
personne en qui il avait confiance a
dit souvent que, s'il lui avait permis
de recevoir ce qu'on voulait qu'elle
reçût pour lui, cet argent serait
monté en peu de temps à une som-
me considérable, mais elle en avait
la défense, sous peine de ne plus
revoir le pieux solitaire.
Marie-Thérèse d'Autriche, reine
de France, se rendit deux fois à son
ermitage, admira l'austérité de sa
vie, et fut attendrie de sa ferveur,
et tout à la fois de la simplicité de
26 RENÉ.
ses sentiments. Cette princesse lui
ayant ordonné de lui dire ce qui
pouvait lui être nécessaire, il ré-
pondit qu'il n'avait besoin que d'un
peu de pain, que s'il en avait sans
être à charge à personne, et sans
se voir obligé de quitter sa grotte
pour en aller chercher, il s'efforce-
rait de mettre à profit les bontés de
Sa Majesté en s'appliquant à ses
pieux exercices avec plus d'exacti-
tude.
La reine lui fit assigner une très-
modique pension, dont il employa
toujours la plus grande partie au
RENÉ. 27
soulagement des pauvres, n'accep-
tant plus rien de ce qu'on lui offrait,
parce que, disait-il, l'extrême chari-
té de sa souveraine avait abondam-
ment pouvu à ses besoins.
Son respect pour la personne du
duc de Maine l'obligea d'accepter
une pendule que le prince lui fit
prendre pour régler sa journée;
mais, après l'avoir gardée quelque
temps, il la donna et ne voulut
plus en entendre parler. Il mani-
festait en tout son indifférence pour
les biens de la terre.
Un militaire l'étant venu trouver
28 RENÉ.
dans la résolution de faire péniten-
ce avec lui, déposa d'abord entre
ses mains une bourse de 400 livres.
Mais l'ermite, ayant considéré son
nouvel hôte, lui rendit sur-le-champ
la somme, et le congédia en lui
disant :
- Ni vous ni votre argent ne
me convenez.
Il ressentait une peine extrême
des nombreuses visites qu'on lui
faisait, et souvent, pour n'être point
troublé dans sa chère solitude, il
fermait l'entrée de sa grotte et ne
répondait point à ceux qui l'appe-
RENÉ. 29
2.
laient; néanmoins sa vertu n avait
rien de farouche, et lorsqu'il lui pa-
raissait indispensable de recevoir
des étrangers, il les entretenait des
choses de Dieu avec une douceur
et une humilité bien propres à ga-
gner les âmes, et écoutait ce qu'on
lui disait sur cette matière avec au-
tant de joie que de modestie.
Si une conversation vraiment
chrétienne était délicieuse à son
cœur, rien ne lui semblait plus pé-
nible que le langage des impies;
des jeunes gens de qualité l'étant
allé voir, sans doute par curiosité,