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Réponse au Mémoire justificatif de M. le comte Lanjuinais,... par Maurice Méjan

De
39 pages
impr. de C.-F. Patris (Paris). 1815. In-8° , 36 p..
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REPONSE
AU MÉMOIRE JUSTIFICATIF
DE M, LE COMTE LANJUINAIS,
PAIR DE FRANCE.
CET OUVRAGE SE TROUVE AUSSI
Chez M. DESAUGES, libraire, rue Jacob, au coin
de la rue Saint-Benoît;
ET AU PALAIS- ROYAL,
Chez MM. DELAUNAY et PÉLICIER , libraires,
Et chez tous les marchands de Nouveautés.
RÉPONSE
AU MÉMOIRE JUSTIFICATIF
DE M. LE COMTE LANJUINAIS,
PAIR DE FRANCE.
PAR MAURICE MEJAN.
A PARIS,
DE L'IMPRIMERIE DE C.-F. PATRIS,
RUE DE LA COLOMBE, N° 4, DANS LA CITÉ.
31 DÉCEMBRE 1815.
REPONSE
AU MÉMOIRE JUSTIFICATIF
DE M. LE COMTE LANJUINAIS,
PAIR DE FRANCE.
M. LE COMTE LANJUINAIS vient de publier un
Mémoire justificatif, avec des notes sur un
Libelle intitulé : REFUTATION DE L'OPINION de
M. le comte, Lanjuinais, etc., par MAU-
RICE M.
On croirait, en lisant le titre de cette Réfu-
tation , que l'auteur s'est enveloppé lâche-
ment du voile de l'anonyme : la vérité est
cependant que ma signature, toute entière s'y
trouve , parce que j'ai, pour principe d'avouer
tout ce que j'écris.
Pourquoi donc M. le comté Lanjuinais
s'est-il permis de ne retracer quen la lettre
initiale de mon nom ? Cette petite infidélité
( 2 )
ne peut avoir eu pour but que de justifier
l'insultante qualification de libelle, qu'il a
donnée à mon écrit, ou d'affecter à mon égard
une sorte de générosité.
Dans le premier cas , j'ai le droit de m'en
plaindre, parce qu'elle fait planer sur moi
un soupçon qui me blesse.
Dans le second, je dois repousser une*
indulgence dont je n'ai pas besoin , et qui
n'est , au fond , qu'une véritable perfidie.
Voyons maintenant quels sont les reproches
qu'il m'adresse, et jusqu'à quel point ils sont
fondés.
S'il faut l'en croire , le Monarque accom-
pli, ouvrage que je lui ai attribué, et qui
fut brûlé , en 1776, par la main du bourreau,
est la production d'un principal de collège
suisse, portant son nom.
Il est possible que j'aye commis, à cet
égard, une erreur ; mais lors même que mon
caractère bien connu ne me mettrait pas à
l'abri du soupçon d'avoir voulu calomnier
M. le comte Lanjuinais, personne ne croira
que je me sois permis sciemment une fausse
allégation, puisque, j'ai signé ma brochure.
(3)
L'écrivain qui se cache peut calomnier à son
aise : mais celui qui attache son nom à son
ouvrage, se garde bien de se livrer à des
imputations qui l'exposeraient à des pour-
suites judiciaires et au désagrément mille fois
plus pénible encore, d'être signalé comme
un calomniateur.
J'ajoute que j'ai puisé ce fait dans un ou-
vrage en deux volumes , intitulé : Histoire de
Louis XVI, précédée d'un aperçu sur le
gouvernement de France , depuis Louis XV
jusqu'à nos jours ; ouvrage qui paraît avoir
été imprimé à Hambourg, en 1802, mais
qui l'a été probablement en France, ou s'y
est du moins répandu sans obstacles; car il
contient le plus pompeux éloge de Bonaparte
qu'on y peint comme un de ces héros qui
n'ont point de patrie particulière ; qui par
leurs bienfaits appartiènent à toute la terre,
dont la renommée croit toujours à mesure
que le rouleau des siècles se déploie, et qui
était venu consoler la France de la disette
des grands Hommes.
Et qu'on ne pense pas que M. le comte Lan-
juinais n'y soit pas désigné d'une manière
expresse : la preuve qu'on a bien voulu parler
(4)
de lui, et non du principal de collège suisse,
c'est qu'on y rappelé sa proscription à l'époque
du 31 mai 1793.
J'ai dû croire qu'il connaissait ce livre ; et
comme il ne s'était jamais plaint de l'assertion
de l'auteur, j'ai dû aussi considérer son si-
lence comme un aveu formel qui m'autorisait
à la reproduire.
Peut-être ne s'abstint - il alors de réclamer,
que parce qu'il pensa que le Monarque ac-
compli était un titre de plus aux bienfaits
d'un aventurier dont le premier soin fut, en
usurpant le pouvoir , de s'environner de tous
les hommes funestes qui avaient sonné le toc-
sin de la révolte; mais je n'étais pas obligé
de le savoir, et, dans tous les cas, il me
semble que les détails dans lesquels je viens
d'entrer, répondent d'une manière victorieusse
à ce premier reproche.
Le second résulte de ce que je l'ai blâme
d'avoir accepté la présidence du tripot révo-
lutionnaire convoqué par Bonaparte.
Ici M. le comte Lanjuinais ne nie pas le
fait, parce qu'il n'a pas le moyen de le re-
jeter sur le principal de collège suisse, ni sur
( 5 )
un autre individu ; mais il prétend d'abord
que de tels sarcasmes ne font rien en faveur
de la loi du 29 octobre dernier ; et, ne pou-
vant dissimuler le regret profond que lui cause
la dissolution de cette assemblée illégale , il
ose affirmer que l'Histoire n'appèlera pas
d'un mauvais nom la chambre des représen-
tants de 1815, qui, si le Roi l'avait con-
servée , ainsi qu'il lui en avait fait donner le
conseil, lui eût peut-être assuré, dans un
moment, l'armée , l'argent, les opinions ALIÉ-
NÉES , l'action du gouvernement représentatif ;
et qui, au surplus , LIBREMENT élue par les
électeurs LÉGITIMÉS, par ceux DE LA LOI, était
convoquée par le gouvernement DE FAIT qui
avait la VISIBILITÉ.
J'avoue que ce que j'ai dit à cet égard ne
prouve rien en faveur de la loi du 29 octobre;
mais je n'avais ni le droit ni la volonté de
défendre une mesure que le Roi et les deux
chambres avaient jugée nécessaire , et qui ,
si elle avait pu devenir l'objet d'une critique
décente , lorsqu'elle n'était encore qu'un pro-
jet, commandait le respect et l'obéissance,
depuis qu'elle avait été érigée en loi. Ma
tâche se bornait à prouver que M. le comte
(6)
Lanjuinais avait eu tort de la comparer à l'é-
pouvantable loi des Suspects, et je crois avoir
porté sur ce point la démonstration jusqu'au
dernier degré de l'évidence.
Quant à tout ce qu'il dit en faveur de la
chambre des représentants de 1815, ma ré-
ponse sera aussi simple que courte.
Elle était LIBREMENT élue !... C'est pousser
bien loin le cynisme, que de se permettre une
telle assertion ; car personne n'ignore qu'elle
le fut sous les auspices les plus sinistres, c'est-
à-dire au milieu des vociférations de la plus
vile canaille, comme l'avait été la Convention
nationale sous la funeste influence des cons-
pirateurs du 10 août, et des bourreaux du 2
septembre.
Si elle avait été librement élue, les Cam-
bon, les Merlin, les Barrère, les Carnot,
les André-Dumont , les Fouché, les Gar-
rau, les Garnier de Saintes, etc., etc., n'y
auraient pas été admis, parce que l'immense
majorité de la nation, qui a éternellement
protesté contre leurs excès, et particulière-
ment contre l'assassinat de Louis XVI, se serait
bien gardée de se livrer à des choix qui
( 7 ) :
l'auraient associée à un forfait qu'elle ab-
horre.
Vainement M. le comte Lanjuinais avancé-
t-il que le petit nombre des électeurs en
beaucoup de départements , avait , par une
dévolution qu'on ne peut pas contester /
recueilli tous les droits des absents volon-
taires.
Cela serait vrai dans des temps ordinaires,
mais cela est faux dans les circonstances où nous
nous trouvions alors ; parce que les hommes
qui s'abstinrent de concourir aux élections,
ne furent guidés que par un sentiment reli-
gieux, qui les avertit qu'ils ne pouvaient pas
répoudre à l'appel de l'usurpateur, sans lui
reconnaître un droit qu'il n'avait pas.
Et c'est une chambre ainsi composée (I),
une chambre qui , loin de représenter la
nation, ne représentait qu'une minorité cri-
(1) Je suis loin de placer tous ses membres sur la
même ligne, car dans le nombre il y en avait quel-
ques-uns de très-estimables : mais la majorité ne se
composait que de factieux , et toutes ses délibérations
( 8)
minellé, une chambre qui avait osé lutter
jusqu'au dernier moment, de la manière la
plus révoltante , contre l'autorité légitime ;
c'est une telle chambre que M. le comte
Lanjuinais conseillait au Roi de conserver,
parce qu'elle lui durait peu,t-étre assuré dans
un moment, l'armée, l'argent, les opinions
aliénées!......
Ce conseil était un véritable outrage à la
majesté du trône, puisqu'il tendait à faire ad-
mettre comme représentants de la nationales
bourreaux de Louis XVI, les complices de
Bonaparte , et à obtenir du Roi, en faveur
de l'armée, une marque de déférence dont
elle s'était rendue indigne par sa trahison.
Pour ce qui est des opinions aliénées, je
n'entends pas ce que veut dire M. le comte
Lanjuinais, à moins qu'il n'ait cherché, par
ces expressions, à justifier toutes les calom-
nies insérées dans la' fameuse déclaration du
conseil d'Etat, du 25 mars dernier, et dans le
rapport de Carnot aux deux chambres , c'est-
à-dire à accréditer l'idée que le Roi avait violé
la charte; car toutes les opinions sont en fa-
veur de ce prince , excepté celles d'une poi-
gnée de misérables, que sa clémence ni ses
( 9 )
bienfaits ne convertiront pas , tant il est vrai
que si l'offensé pardonne, l'offenseur ne par-
donne jamais !
Mais cette chambre, ajoute-t-il, était con-
voquée par le gouvernement défait, qui avait
la visibilité.
Ah! c'est ici qu'il importe de rappeler des
principes trop long-temps méconnus , et
dont l'infraction a été la source de tant de
maux.
Quand un gouvernement illégitime existe,
et qu'il a pour me servir de la bizarre expres-
sion de M. le comte Lanjuinais, la visibilité,
c'est sans doute un devoir pour tous les bons
citoyens de s'y soumettre; mais il y a loin
d'une obéissance passive, à cette prétendue
obéissance des hommes qui, en acceptant de
ce gouvernement des places et des honneurs,
concourent à l'usurpation et la consacrent.
Les premiers ne seraient coupables en obéis-
sant, que dans le cas où ils auraient des
moyens assurés pour faire triompher l'auto-
rité légitime; tandis que les autres le sont
par le fait seul de leur participation aux actes
de l'usurpateur.
Que M. le comte Lanjuinais professe une
( 10 )
opinion contraire, on ne doit pas s'en étonner :
c'est une conséquence naturelle de la conduite
qu'il a tenue depuis vingt-six ans; c'est le
besoin de se justifier d'avoir accepté la prési-
dence de la chambre des prétendus représen-
tants; mais il est temps enfin de proscrire un
système aussi sauvage, dont la funeste con-
séquence serait de légitimer ces scandaleux
exemples de défection , qu'ont donnés, pen-
dant le dernier interrègne, un grand nombre
de militaires , de magistrats, d'administra-
teurs, et d'absoudre d'avance tous les hommes
qui, dans le cas d'une révolution nouvelle,
seraient disposés à les imiter.
C'est en invoquant cette doctrine anti-so-
ciale, que les défenseurs du maréchal Ney
ont cherché à établir son innocence, puisqu'ils
soutenaient que leur client ne s'était réuni à
l'usurpateur qu'après que celui-ci, maître de
Lyon, y avait déjà rendu plusieurs décrets
qui ne permettaient pas de douter qu'il ne fût
en possession du trône; mais M. Bellart l'a
combattue avec toute la supériorité de sou
talent, et la chambre des Pairs a prouvé par
son arrêt, qu'il ne suffisait pas qu'un gouverne-
ment eût la visibilité, pour qu'on fût affranchi
de ses devoirs envers le souverain légitime.
( 11 )
Qu'on ne nous parle donc plus d'obéissance
aux gouvernements, de fait , pour excuser
l'appui qu'on leur prête : ceux qui s'associent
à l'usurpateur, conspirent contre la société
dont ils sont membres, et ressemblent à des
enfants dénaturés, qui aideraient un brigand
à piller la maison de leur père. La patrie a le
droit de les punir du crime dont ils se rendent
coupables en soutenant son ennemi.
M. le comte Lanjuinais , qui nous rappelé
avec tant d'orgueil les détails de sa proscription
véritablement honorable, au 31 mai, aurait
dû montrer dans celle dernière circonstance,
la même fermeté. Il y aurait eu quelque cou-
rage à refuser les fonctions dont l'investissait
le tyran, quoique le danger ne fût pas le
même, et quoiqu'il ne fût pas réduit à aller
habiter ce grenier dont la lucarne était fer-
mée d'un jugot, dont la couverture, qu'on
n'osait pas réparer, ne garantissait point sa
couche de la pluie (1); mais il n'y en avait
aucun à les accepter: car enfin, les procès-
verbaux de la chambre de 1815, attestent qu'il
ne fit aucun effort pour déjouer les manoeu-
(1) Page 58 du Mémoire justifcatif.
( 12 )
vres des factieux et pour les rappeler aux
sentiments qu'ils devaient au meilleur des
Rois ( 1).
Qu'il examine la conduite des ducs de
Bellune , de Tarente , de Reggio, de Ra-
guse, de Feltres , du maréchal Gouvion-
Saint-Cyr, des comtes Maison, de Lage-
genetière, Monnier, des marquis de Grivel,
de Vaulchier, de M. Decaze, de M. M outre,
de M. Séguier, etc., etc. ; qu'il nous apprène
ensuite ce qu'il faudra dire de ces hommes
recommandables qui ont respecté leurs ser-
ments , quand il ne craint pas , lui qui viola
les siens, d'affirmer, au sujet de sa prési-
dence , que jamais il ne s'oublia plus entière-
ment, et ne s'exposa davantage pour se dé-
vouer au salut de son pays (2) ?
(1) M. le comte, qui a prévu l'objection, y a ré-
pondu , en disant que son devoir comme président
était de rester impassible ; excuse d'autant plus pi-
toyable , que l'impassibilité qu'un président doit
observer pendant les délibérations , n'empêche pas
qu'il ne prène part aux discussions, car il n'est pas là
seulement pour présider; il y est encore pour con-
courir par ses lumières à tout ce que le bien public
exige.
(2) Page la du Mémoire justificatif.

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