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Requête à l'Assemblée nationale, sur l'administration de monsieur le cardinal de Rohan, de l'Hôpital royal des Quinze-Vingts, par tous les frères aveugles des Quinze-Vingts ([Reprod.])

66 pages
de l'impr. de P.-Fr. Didot le jeune (Paris). 1790. Hôpital des Quinze-Vingts (Paris) -- Ouvrages avant 1800. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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THÈ FREICtfïŒW
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LES ARCHIVES DE LA
REVOLUTION FRANÇAISE
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WTTNEV • O)JORPSHIRE 0X8 6YH
Téléphone: (0993) 776396 Fax: (0993) 779043
A L'ASSEMBLÉE
NATIONALE,
'Sur Administration de monsieur le
Cardinal de Rghan de l'Hôpital
royal des Quinze-Vingts.
Par tous les Frères des Qi/inxk-,
panes mcos, inaghificavit super nie «wplantationciti. j
De l'Imprimerie DE P.-Fa. DIUÔT i.k jrdniJ
17 9Q.
DES MATIÈ R R S.
PREMIÈRJS PARTIE.
Origin e de l'Hôpital dm Quinte-Vingt» .pag. 3
Cnangemens arrives dans ton institution
Son Administration, comment composée. 6
Etat des Quinze-Vingts en 7
SECON D E P A- R T I E.
Propositions àe M. le Cardinal de Rohan aux
Quinze-Vingts pour l'alie'nation. de leur enclos,
rejeloVs »̃̃> 9
Lettres patentes surprises. 10
Vente de tous les bâliniens de j'enclos des Quinze-
Vingts.»
Maisons comprises injustement dans la vente n
Million touché par M- le Cardinal de Rohan. i3
Cinquante mille écus touchés par M. le Cardinal
de Rohaji. 13
Pot de vin de 272,000 livres donné par les acqdé.
rcurs.. i3
Intérêts de M. le Cardinal dans la vente, comme
associe des acquéreurs.
Emprunt onéreux des Génois. t6
Rémission de.- fous Je» àdrninîsfr.ateurs. 18
Nouvelle AdministrationV composée par Nr lé
Cardinal. • ••• .ibid.
Destitution d<S ancien* officiers et du chapelain
par M" le Cardinal 19
Désordres dans les mcrurs. xo
.Désordres dans la comptabilité' tt
Faux devis, mémoires simulés pour s^approprier le
bien de l'Hôpital • î3
Sommes touchées pàr M. le Cardinal. ai
Archives enlevées et perdues. î/5
ou force'es. Midi
Oppfession envers les FrèfVs Aveugles.ihid.
TROI'SIÊ Ni E P A R 'r 1 K-.
Dénonciation au Paiement, les chambrcs asscm-
bl^es .v. • *7
Lettres de cachet, ordres du Roi vnrrét du propre
nioufpnient contre le Parlement 28
Administration créée et refusante. Lettres de cachet
pour la forcer d'administrer. ••• • ̃ • ̃̃̃•̃• 3o.
Preniicies rernontranccs du Parlement.ibïd,
Réponse'dn Poi.H v.ibid.
Informations faites par le Parlement sur l'état de
l'i%ital. >.>.̃• •1- •
Deuxièmes remontrances. 3i
ÎUponfc du Roi. • .i£'<
Troisièmes îemonlra.nce» restées sans réponse ibid'
Administration du sieur Tolosart pendant la dé-
tention ck. M. le Cardinal à la Bastille .ibid.
vij
Complexe la gestion de l'administration présenté
par le -sieur Tolosan.•••••̃ y •• 33
Protestations motivée» contre ces comptes. 3i
Arrêt du propre mouvement contre ces protesta-
tions. • • • •̃ ̃'• • • ibid.
Autre arrêt du propre mouvement qu; bouleverse
vl'Hôpilal. <35
Va'in.es représentations du Parlement au Roi, contre
le sieur Tolosan et l'arrêt précédent
Arrêt du propre mouvement qui subveuit de
plus en plus le régime de l'Hôpital.iiiâ:
Déclaration du Roi pour rendre d la justice son
libre cours, restée sans effet sous quatre minis-
tres.j 39
Q U A T II IÈ M K P A K T 1 K.
Etat actuel des Quinze-Vingt$.
Totalité des J ii^lliom dûs par les acquéreurs
Procès immense qu'ils intentent à l'Hôpital. i)3
Sommes considérables touchées ci gardées par M.
leCatdinal v>- ••••••• "H
Son compte au Roi, démontré infidèle. 45
Perte de 3,ooo,ooo nullioiis, causée à l'Hôpifal par
la gestion de M. le Cardinal. 98
Sommes touchées par lui sur le produit des lo-
terics • • .̃̃•' • ibid.
Brochure pour M. le Cardinal démontrée cap-
tieuse. ;••••••••••• <5°
Position déplorable de l'Hôpital Aid.
Acquisition» ruineuses
,.xi.ij.1..
Vice» particulier» et sans nombre ('ans radmiiiistr»..
lion <Jc l'iotlrirur. 53
jîsclavage des F rères Aveugles.
Adruinisliàlior deM.- l'ÉvC-que de
CINpUIÈME PARTIE,1
Demandes des Quiiize'Yingis à ̃ l'Assemblée, pour
qu'clJe fasse revivre 1rs lois qui les gouvernent,
qu'elle rende à la jus(ice*«oiriibrc cours qu'elle
anéantisse les lettres d*caçhet*et les ordres ar-
biliaires qui l'ont" ïnteirgnipu jusqu'à présent. £j
Nota. A. .1/1 ïiiiuuLc t\e la Requête, sortt
jointes toutes les pièces jastificatives (jui
y sont énoucccSf et qui en prouvent les
laits..
REQUÊTE
A-
A L'ASSEMBLEE NÀT I ON A LE
SUR
L'Administration' DE M. lk CAR-
jmnal DK Rouan dk l'Uôi'itai,
no va h d y s Qui n'e V.i n g ïs.
Par tous les Frères* Aveugles des Quinze-
Vingts.
Et enim liomo i:ici« nieie in'quo sporavi qui cJi-bit
pancs mcos, inagnificavit 'siij'cr. nie supîanljtiuiK'm.
Ps k au m s 4->
LJ N F. tirs fonctions puriques les plus saintes est
l'administration du -lych des pauvres. Celui (lui se
rend prévaricateur clcs devoirs qu'elle lui impose
('SI doublement coupable puisqu'on Jcs violant
il blesse presque. toujours l'humanité, la probil«
ct la lui.
L'administration des Quinze î Vingts conduite
par M. le Cardinal :de Roli'an que sa qualité de
Grand- Aumônier cil avait fuit le chef, et que son
crédit cn a rvndii le offre depuis dix ans
;[,'»•]̃̃
les abus de confiance les plus coupables la gestion
la pJusSnfidèle et l oppression la plus étrange. Ricii-
ne peut-être comparé 'aux désordres et aux maU
versât ions de tous les genres qui s'y sont eommis,*
que l'avilissement 'des lois, et l'inertie de la force
Lps biens de l'hôpital vendus, leur prix dissipé
et livré au pillage /les revenus détournés et di.
vertis par des mains étrangères', les mœurs cor-
rompues p;r le scandale dépravées par l'exemple,
rhumanilé'oubliée» Iv charité perdue, la misère
la plus profonde et la plus d.fcliiranle accablant
les Frères Aveugles, une tyrannie violente et op-
pressive déployée sur leurs têtes et sur celles des
gens vertueux qui ont eu le courage de défendre
leurs droits; telle est l'esquisse des obus et des maux
que nousallons révéler et dont les Quinze-Vingts
sont depuis dix ans les plus déplorables victimes.
Avant d'entrer dans aucun ides détails qui les
forcent de recourir L l'appui et ù la protection de
l'Assemblée Nationale, il est essentiel de retraccr
en peu de mots poar le lecteur qui t'ignore, t'ori-
gine de leur maison, son institution, la manière
dont elle a existé et dont elle a été conduite jus-
qu'à l'époque désastreuse qui l'ï(, pour ainsi dire-,
anéantie.
k[3]
1> R E M I E li E P A K II K
̃ • ̃ ̃-
Origine des
•. ̃̃'̃ ̃'̃ "'̃̃'̃. ̃ •
II n'est point tl'ctablisscmeiit aussi honorahlo,
aussi utile iwj'luimunitc que celui des "Quinze"
Vingts/Saint Louis, fi son retour de \i\ l'alcsiiiie,
h: fonda l'an pour trois cents -pauvres avcu-
glcs: il institua cette- fondation en Commémora-
tion de trois
qui avaient perdu la vue par la barbarie des Sara-
sins, entre les mains desquels ils étaient tombés
Saint F^oui* dota ce nouvel établissement d'une
somme de 36 liv. rurisis, et d'titl terrain situe hors
de l'enceinte de Paris appelé la Gareniie. Par la
suite de<% lems ce terrain s'étant trouvé renfermé
clans la rue Saint-ffonoré, H augmenta considé-
Si le fondateur de riiôpital des Quinze-Vingts
ne le dotait pas avec autant de largesse que son
cœur l'aurait' désiré, il y suppléa en lui accordant
divers droits et privilèges, Un des plus conséquens
un de ceux qui a le p!us conlribtjé par la succcs-
C'est ln&\ à propos qu'un grahd nombre de geu"S
ont cru et ont fcrit tjuc la fondaliort avait eu tien pour
les trois cents chevalicis même;.
tvl
«ion des temps, ,1\ procurer à l'hôpital une honnête
'aisance, aété de Recueillir cl de reunir aux bien*
qu'il possédait ceux que laissaient les Frères qui.
venaient a y décéder. llétoit bien naturel qu'une
maison qui servait d'asile à l'ihfortyn^, qui s.ou-
lagéaif'sa peine, satisfaisait tous ses besoins, ie-x
cueillit les modiques biens de ceux pour qui elle
avait tout fait, et qui'n'étaient presque toujours
que les économies de sa bienfaisance. L'aisance
s'étant accrue, les, enfans des Quinze-Vingts ont
dans la suite partagé la succession de leur père
sance pendant leur vie durant.
Un autre avantage non moins conséquent accor-
dé aux Quinzc-Vi ngts, fut celui éç quêter dans les
églises et dans la ville de Paris. Originairement le
produit des aumônes se versait dans lacaisse de la
maison. L'aisance dont ces moyens la firent jouir
lui permit d'abandonner aux Frères le produit de
leur quête. Telles ont été les 'principales sources,
d'où une bonne administration avait su fdire
couler la prospérité sur la
nait. '•̃̃̃̃
L'institution des Quinze-Vingts éprouva quelques
changemens. Ils étaient célibataires dans leur ori-
gine; la nécessité d'avoir auprès d'eux, une per-
sonne qui les assistât dans les besoins inséparables
de leur infirmité, qui partageât leurs peines, leur
.(̃ S:]'
Aiij
f accorder .dans.*4ii» tems très-reculé la permis»
sion de se marier. •
Depuis celte époque lesSocurs cl les Frères aveu-
gles ont pu épouser" des voyans. Pour encourager
ces derniers à donnér tous leurs soins et tous les
secours dont ils étaient capables il ceux auxquels
,ils unissaient leur soit l'administration crut de-
voir leur en faire un k eux-mêmes. Elle les admit
à la fraternité des aveugles et çn incorpora un cer-,
tain nombre avec eux de sorte cependant que le
nombre des aveugles et des voyans réunis ne fut
toujours que de trow cents. La proportion'entrXMX
a été^'iinsi réglée dix-huit frères voyans, cin-
quante deux soeurs voyantes, le reste aveugles de*
deux sexes.
Les voyans qui sont le plus petit nombrc par-
viennent à la fraternité par rang d'ancienneté.
Cette alliance produisit le Plus grand. bien à
l'hôpital et aux aveugles. F/s voyans, presque tous
industrieux et artistes, ont adouci du fruit defeur
travail le sort des aveugles et en ont enrichi
J^iôpital.
Les Quinze-Vingts, quoique soumis a une règle
qui est la même pour tous, ne vivent pas en corps
de communauté chacun d'eux a séparément dans
le même corps de bâtiment sa chambre et.son me-,
nage. Le ministre, ou économe leur paie, k de»
m
époques fixes, les sommes réglées pour leur subsis-
tance.
L'institution des Quinze-Vingts telle que nous
venons de la peindre, exigeait pour conserver
sa purt'tc une bonne sdmini&ticilion. Celic qui
gouverna rhô>ifil fut d'abord composte de quatre
personnes. divers clnnge-
iDetis, l'iidirinistriilion augmenta aussi progressi-
vement. trouvée composée
d'uMSipûicid un siiiiiH'iuîi'm «é-iiéral qui est tou-
jours le griind .TJinf.-tîirr de ciîicj gouverneurs ou
ctdminis(n.!ci/i> qui sont un conseiller clerc delà
te griind au-
lîiônitT c!oi itC c!eà lettres de' vicaire général un
nii-i;;r-
iiïi oiîu-ier du cliytelet un secrétaire du roi du
grand collège-, ensuite du maître (i) et du minis-
tre (2) de la maison, du greffier de seize Hères
aveugles et voyans.
I/administralipnairisi rassemh!ée,aux termes du
(1) I.o ma'lro v.ïl pourvu par Je Roi, et prête ser-
ment au ChàlrJc»; si1* fonctions sont de gouverner l'in*
U'iicur de la maison, d'exercer la pofiice surrtout ce qui
icgardelc bon ordre it les niœuri.
(z) I,c ministre reçoit les revenus de l'hôpital, fait
toutes les dépenses de la maison ,et'touleî celles que lé
chapitre juge convenableu d'ordonner.
t7 y
À iv
règlement et des statuts de là maison forme ce
qu'on appelle le chapitre ou le corps administrant.
C'est ce corps qui décide tout ce qui touche les in-
térêts de l'hôpital on ne peut rien faire sans sa par-,
ticipation sans son vœu tout lui est subordonné.
Le chapitre réunit encore au pouvoirNûdminis-
Iratif le pouvoir judiciaire; toutes les affaires, tous
les procès qui surviennent dans l'enceinte de la
maison se portent devant lui enpremièrc instance,
et par appel en la grand'ehambre du parlement.
Tel était l'ordre des choses qui existait en
une administration sage composée de gens Înté-
gres et animés du, bien des pauvres, faisait régner
dans la maison la paix et le bon ordre. Aucun des
frères ne se plaignait tous avaient' leur nécessaire
leurs veuves après eux jouissaicntdèsriK'mes avan-
tages. Les bonnes mœurs, indices toujours certains
du bonheur, étaient respectées dans la -maison., et
.l'esprit du fondateur rempli «1 la satisfaction uni-
verselle.
Les finances n'étaient pas moiris bien adminis-
trées. Des sommes économisées avec sagesse pré-
sentaient toujours une ressource assurée contre les
besoins imprévus. Du fruit de ces économies accu-
mulées par des mains intègres et pures, on. en cons-
après un certain tems des maisons oii on eu
faisait des acquisitions utiles, dont le produit -ac-
r>)
n%osi sait le revenu Je l'hôpital et améliorait le sot
des Frères.
Par celte conduite qui n'avait jamaisvarié, l'ad*
ministration était parvenue a assurer aux Quinze-
Vingts le fonds d'une honnête aisance. Un des md-
minfens les plus remarquables de la piété et de
la bienfaisance de nos rois, était devenu inébran-
lablc. Celte classe d hommes dont le sort et le mal-
heur sont si attendrissons pour les âmes pensantes,
pouvait concevoir l'espérance d'être toujours sou-
lagée dans son infortune.
L'ouvrage de six siècles pour le bien de l'hu-
manité a été détruit dans un moment par M. le
Cardinal de Rohan, ou plutôt par les gens auxquels
il a abandonné aveuglément sa confiance, son cre- j
dit, et son autorité.
SE CONDÉ P'ARTI E.
̃• ̃'̃'̃̃̃̃̃̃̃ '̃ v'
Vente île tous les Tenants et
l'Enclos des Quinze Vingts.
C'est ici que commence le tableau touchant
des maux qu'éprouvent les aveugles des Quinze-
Vingts. Tout a été mis en œuvre pour en arracher
la connaissance aux tribunaux que la loi en cons-
tituait les juges légitimes. Ordres du roi, lettres
de cachet arrêts du propre mouvement, évocations
illégales, tout a été employé, pour écarter la sur-
veillance et l'activité tic la justice. Jamais mal.
vcrsations plus effrayante* ne parurent peut-être
au jour; jamais tant d'iniquités ne furent commises
pour en dérober les traces.
11 paraît en 177^ que les affaires' de M-le Cardi-
nal de I\ohan supérieur général des Quinze- Vingts
étaient embarrassées. Des gens perfides, comme il
en est toujours auprès des grands, lui firent entre-
voir dans la vente de l'enclos dc cet Hôpital une
opération de finances qui lui produirait des som-
mes considérables. Ils 'surent tcllement tromper
son cœur sur les senlimens dont devait l'animer
et l'éclairer le bien des pauvres, que la vente fut
résolue, et avec cl le, sans qu'il l'ait sans doutevoulu,
la ruine d'une des plus magnifiques et des plus an-
ciennes fondations de nos rois et de la monarchie.
CeJut à la fn de M. le Cardinal de
Rolian proposa au Chapitre assctiibîc des Quinze-
Vingts de vendre les bâtimcns et les terrains de
l'enclos qu'ils possédaient et qui faisaient presque
tout leur bien. 11 dit en plein chapitre, qu'il avait
unesoumissionsignéedesix millions six cent mille
livres d'une compagnie qui était prête à en faire
l'acquisition. Le Chapitre n'approuva pas les pro-
jets de M. le Lardinal malgré son improbation
il ne laissa pas de travailler leur exécution.
Au mois de décembre 1779, Sous la spécieuse
[ ,o]
apparence d'augmenter le bien des pauvres, il sur-
prit des lettres-patentes qui consommèrent les plans
désastreux qu'on lui avait fait imaginer. l'ai l'ar-
ticle premier l'hôpital des Quinze-Vingts est trans-
féré rue de Charenton faubourg Saint-Antoine dans
l'ancien hôtel des Mousquetaires.
L'article autorise M. le Cardinal de Rohan
à vendre tous les terrains et bâti mens générale-
ment quelconqucs, formant l'enclos des Quinze-
Vingts, ensemble les maisons adjacentes et qui cn
dépendent, aux prix, charges; clauses et conditions
qu'il croira les plus utile s et les plus avantageuses.
L'article 8 veut que des premiers .deniers qui
proviendront de la vente, il en soit versé cinq
millions au trésor foyaljâ»ur en cire passé contrat
de constitution d'une rente de deux cent cinquante j
mille livres au profit de l'Hôpital laquelle scrait
assignée à prendre par privilège et préférence,
attendu sa nature, sur le produit des droits d'entrées j
et octrois de la ville de E'aris.
L'art. 9 ordonne que le st* plus du prix de la,
venté sera enipfoyéau paiement, tant de quatre
cent cinquante mille livres, prix de acquisition
dc l'hûtel des Mousquetaires que des réparations»
frais de transport de l'Hôpital ;çtqiic ce qui restera
sera place par M. le Cardinal de Rohan pour le
[ Il]
plus grand avantage dudit Hôpital, de la manière
prescrite par les ordonnances.
Ces quoique dénuées de toutes
les fbrmaliiès cssentrcllémeift prescrites par l'édit
de >749, lurent le '3i
décembre Le même jour, avec une préci-
pitalion inconcevable, le ̃contrat de vente fut passé
\m- M. i giandaumônicr seul .devant M. Rouen
nota-co, -tox sieurs Seguin» Bouillerot et compa-
ç,uh- <ie tous les le.iviins et bàtinicns de l'enclos
des vente au lieu de
6,600,0b liv. oo'ayait annoncées M. le Card.inal,
f;i( C;-iv moveotiant stipulés payables
shm a. chus intérêts, savoir
En juillet
Mn juillet i783 .••• --S-OOCibco
En juillet
On à ces sommes trois cent douze mille
livres pour compensation des loyers dont on sti-
pula qui1 Us acquéreurs jouiriiient pendant les
délais qui leur étaient acconJes po^r (aire les
-pateniens des six millions, prix principal. Le même
jour,
fut donné il tous les locataires ce l'enclos au
nombre de cinq à six mille.
La première infraction' aux Içttres-patcntes fut
Il 12 1]
de comprendre dans la vente de l'enclos deux
maisons qui étant situes toutes les deux rue Saint-
Honoré, loin de l'enclos, n,y étaient ni adjacentes
ni en dépendantes autrement, par l'abus de :ces
tcrmcs, toutes celles qui Appartiennent aux Quinze*
Vingts dans Paris et dans les rues voisines auraient
également pu en frire partie.
Ces deux maisons du prix de trois .cent le
livres avec les six cent mille livres auxquelles
la vente s'est portée de moins que ne l'avait an-
noncé M. le Cardinal, ont fait une première perte
pour les Quinze-Vingts, de neuf cent mille livres.
Nom ne rechercherons pas ici les autres pertes
qu'a f.iil soufliir aux Quinze-Vingts leur déplace-
ment, elUs sont incalculables; nous prendrions seu-
lecnens les choses dans l'élat où elles se sont pas-
sées, au lieu de celles où elles devraient être.
^B^im-t-î les lettres-patentes et les propositions'
de M. le Cardinal à l'Administration il semblait
que l'acqJbilion devait être faite argent comptant.
et cependant les acquéreurs outre ks six cents
mille livres de moins qu'ils
ont obtenu quatre et demi pour payer le prix
de leur vente. Les lettres-patentes n'ont pas été
exécutées plus fidèlement dans le reste de leur
contenu. Elles ont servi de prétexte et de moyens
une grande injustice, ctvoitatout. Les clauses
du contrat ont été aussi peu observées.
f '3]\
Des six millions, cind devaient être versés au
trésor royal des premiers deniers de la vente, et le
sixième, touchable seulement après cinq ans, de-
vait être empioyi au profit de l'Hôpital, de la
manière dont on a vu que le portent les lettres-
patentes.
Mf "le Cardinal, pressé d'argent, a commencé
six mois après la vente, par se faire payer ce
sixième million, ainsi que le constate la quittance
qu'il en a donnée aux acquéreurs par devant M.
lloucn le i5 juillet 1780. Ce million a été em-
ployé aux besoins de M. lé Cardinal car 'Hô-
pital, malgré le compte factice qui en a, été rendu
à sa Majesté, n'en a encore vu aucun emploi.
M. le Cardinal avait encore touché six mois
avant la vente, cinquante mille ccus le sieur
Poyet, alors architecte de M. le duc de Chartres,
a assuré au sieur Baccari, architecte des Quinze-
Vingts, qui l'a déposé, qu'il avait vu la quittance
dc M. Je Cardinal de cette Somme» entre les
mains du sieur Seguïn un des. chefs de rentre-
prise le sieur Maynier a déposé du même fait.
Outre ces sommes, tout Paris fut imbu, lors
de la vente de l'enclos des que NI.
le Cardinal avait reçu un pot de vin considérable
personne n'en doutait les acquéreurs ont depuis
accrédité et confirmé en quclque sorte la vérité
de ces bruits.
t J
Dans iin»pr.ocès immense qui s'est élevé cntrYux
et l'administration detfQu.inze- Vingts, procès dont
nous rendrons compte, on lit avec élonnomont
page s, d'une de leur requête imprimée, ces pro-
preè paroles « il a en outre été exigé d'eux (nc-
« quéreurs ) le paiemcnCd'une, somme de deux
« cent soixante douze .mille livres dont ils ren-
« dront compte, lois de la demande qu'ils en for-
« meront contre la personne qui doit leur en
« faire la restitution. » Celle révélation jette la plu*
grande clarté sur les manœuvres de 'ceux qui ont
médite et exécuté la vente de l'enclos des Quinze-
Vingts.
Une opération qui n'avait pour unique objet
que l'intérêt personne) de ceux qui la faisfuént
ne pouvait sous tous les rapports qu'être luneste;
àrilôpitjl. M. le Cardinal .outre un million, tou-
ché sitôt après la vente cinquante niiile écus
six mois avant, un pot de vin considérable qu'il
est presque déitiontré qu'il a reçu, se trouve encore
être un des associe
des acquéreurs. Le même imprjmc que nous ve-
nons de citer s'exprime sur ce fait de la manière
la plus positive
« ciés ) dc répéter contre M. le Cardinal de ftohan
« nommément les indemnités relativesauxcngaf
« gemens qu'il a pris personnellement avec eux,'
u lorsqu'il sera question de faire avec son Emi-
f "i5J.
« nonce le compte des quatre ocrions d'intérêts
« qu'il a pris dans la société sous le nom
u du Heur Pnticr. Ces quatre actions forment
un dixième de la vente. Ainsi on rendait M. Je
Cardinal tout a la fois vendeur et acquéreur d'un
objet dont il n'était que simple administrateur;
on lui faisait Hure de toutes mains le .trafic le
plus honteux du bien des pauvres et de la manière
la plus humiliante pour un Grand. Ne soyons donc
plus surpris si cette vente s^st élevée à six cent
mille livres de moins qu'eue ne devait aller, et
si des objets étrangers y ont été compris
La vente.des Quinze-Vingts qui n'était qu'une
spéculation d'agiotage, en a entraîné d'autres qui
ont conduit cet Hôpital pas a pas à sa ruine, et
qui le menacent sous peu d'une destruction totale.
La compagnie des Quinze-Vingts .comme nous
l'avons dit devait verser en quatre années cinq
nnillirms au trésor royal. Au commencement de
presqu'au moment où le contrat venait
d'être passé, M. Necker alors directeur général
des finances., témoigna aux acquéreurs ( a ce
qu'ils disent dans leus mémoires) le désir qu'il
avait de les loir anticiper leurs paiemens de
quatre millions; il leur annonça que l'Etat avait
des besoins urgens. Les acquéreurs venaient de
donner tout leur argent M. le Cardinal de
,̃[>-]̃̃̃
Iiohan ils répondirent qu'ils n'en avaient plus.
Le ministre jour indiqua la voie de l'emprunt et
leur proposa de 3e faire h Gènes, leur offrant de
les y faire appuyer par le Gouvernement.
Pour ne pas déplaire au ministre, dont les ac-
quéreurs régardoient les prières comme des ordres,
ils négocièrent à Gènes l'csnprunt qu'il désirait
il y fut fait aux principales, conditions que voici
i°. que la compagnic commencerait par payer
de ses propres deniers deux millions, afin que le
privilège des prêieurs Génois fût assuré.
Que les intérêts des quatre millions seraient
payés à cinq pour cent sans retenue aux préteurs,
non à compter du versement au trésor royal, niais
du jour du versement à la banque de Saint- George,
qui en ferait l'envoi directement au trésor royal.
3". Que les prêteurs retiendraient et décompte-
raient sur les principaux des derniers vcrsemcns
ceux des premières sommes.
4°. Que les acquéreurs paieraient le droit de
commission, à raison de quatre et demi pour
cent.
Ce contrat d'emprunt passe h Gènes le \G sep-
tembre 1780, ôutrc les conditions onéreuses qu'on
vient délire, en contient une foule d'autres dont
on voudrait faire retomber le poids en entier sur
les Quinze-Vingts.
"'̃̃̃̃.̃ Les
1
B
î>s «acquéreurs, pour justifier do deux millions
I par eux payés, rapportèrent aux Génois la quit-
| tance de M. le Cardinal d'un million par lui
f réellement touche pour l'hôpital a l'égaie! du
1 deuxième million dont ilsdcvaient encore justificr,
M. -Nccker leur en iït donner par le garde, du
trésor royal une quittance ficlive»
Au moyen de ces deux quittances l'emprunt se
fit. Les Génois versèrent avant la fin de 1781 trois
millions cent soixante mille livres au trésor royal.
Ils redevaient 840,000 liv. les acquéreurs obtin-
rent du Roi que ces liv. leur fussent payés.
Ils prétendent .«aujourd'hui que, lorsqu'ils se sont
présentés Pour les toucher les Génois leur ont
fait un décompte de 680,009- livres, qu'ils ont re-
tenues par leurs mains.
Cette somme considérable qu'ils disent avoir
perdue, 'avec beaucoup d'autres résultantes de
l'agiotage de t'emprunt, est une des principales
branches d'indemnité qu'ils réclament contre l'ad-
ministrât ion actudledesQuinzc-Yir>gts;indemnités
pour lesquelles ils lui ont intenté le fameux procès
dont nous parlerons dans son lieu.
Tandis qu'on tramait, qu'on consommait toutes
les choses dont nous venons de rendre compte;
tandis qu'on clez l'étranger
une propriété n'avait
t ]
droit, lcs véritables propriétaires, les pauvres aveu-
gles des Quinze-Vingts et lcurs administrateurs
ignoraient toutes ces manoeuvres; tout leur était
cache, tout sefaisait à leur insçu. ̃
Ce ne lut qu'au mois de juillet que les
lettres patentes et le contrat de vente de l'en-
dos furent pour la première fois communiqués
textuelletent à l'administration des Quinze-
1 Vingts assemblés en chapitre. Les respectables
administrateurs 'qui, -géraient' alors l'hôpital crai-
gnirent que le soupçon de participer il tant d'i-
niquités ne rcîluât sur eux ct ne Ics entachât:
ils se hâtèrent de donner, pardevant notaires,
leur démission motivée, la firent signifier àM. le
Cardinal et à toutes les cours dont ils étaient
membres. Cette démission, qui fit alors la plus vive
sensation et le plus grancl éclat causa le déplaisir
le plus sensible aux Quinze-Vingt comme s'ils
eussent prévu dès lors les maux qui cillaient fondre
feur eux.
M. le Cardinal de Rohan pour administrer
sous lui ou avec lui l'hôpital qui n'avait plus ses
anciens chefs, s'associa le sieur abbé Georgel son
grand-vicaire, le sieur -Tolo2àn| maître des re-
quêtes, Ie sieur Coulteux du Moley, et le sieur
Trieur son prête-nom dans l'aHaire des Quinze-
Vingts.
Semblables aux .plantes parasites, cette ad-

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