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Respect aux vaincus, ou Réponse à l'auteur du "Retour de l'Empire" au sujet de Victor Hugo, par MM. Alfred Rousiot et Eugène Thomas

De
15 pages
Desloges (Paris). 1853. In-16, 16 p..
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RESPECT AUX VAINCUS !
ou
RÉPONSE A L'AUTEUR DU RETOUR DE L'EMPIRE
AU SUJET DE
VICTOR HUGO
PAR
MM; ALFRED ROUSIOT et EUGÈNE THOMAS.
PRIX : 40 CENTIMES.
A PARIS,
CHEZ DESLOGES, LIBRAIRE-EDITEUR,
RUE CROIX-DES-PETITS-CHAMPS, 4.
1853
RESPECT AUX VAINCUS!
Cette brochure, que deux jeunes auteurs livrent en ce mo-
ment au public, n'est pas un acte politique, comme beaucoup
pourraient le croire au premier abord; c'est une simple réponse
n'embrassant qu'un seul point, n'analysant qu'une seule
page que nous allons transcrire tout entière afin qu'il nous
soit permis de la discuter, ligne par ligne, mot par mot, et
afin que nos lecteurs, de quelque parti qu'ils soient, puissent
nous comprendre et nous donner raison.
Monsieur Mayer ( auteur de plusieurs ouvrages politiques,
et en dernier lieu du Retour à L'Empire ), dont les idées
politiques nous sont connues depuis le 2 décembre, tout en
donnant raison au pouvoir, tout en prodiguant des éloges
à Louis-Napoléon (ce dont nous sommes loin de lui faire un
reproche, tout au contraire), s'est trouvé emporté dans sa
fougue napoléonnieune, et n'a pas craint de faire injure,
nous ne disons pas aux opinions de M. Victor Hugo, à chacun
selon ses oeuvres, mais à sa vie politique et privée.
Il a insulté non seulement son honneur, mais encore
l'honneur de sa famille, la gloire de ses oeuvres. Il a méprisé,
sali l'homme et le poète en même temps. Il n'a pas respecté
ce génie fécond qui, à quatorze ans, quatorze ans ! âge où
l'enfant commence à peine à comprendre la langue de Virgile ;
quatorze ans, âge où l'enfant connaît à peine les préceptes
de sa langue maternelle, et où lui, Victor Hugo, l'homme
que l'on attaque aujourd'hui, l'homme que l'on foule aux
pieds comme le dernier des parias, était déjà un grand
poète.
Assistons au premier début de l'enfant.
On était en pleine restauration. L'Académie avait donné
pour sujet de son prix: Le bonheur que procure l'étude
dans toutes Les situations de La vie.
Sans en rien dire à personne, Victor Hugo avait concouru;
son travail terminé, il ajouta à son nom, son âge, quatorze
ans et demi. Eh bien ! chose curieuse, ce furent ces quatorze
ans qu'accusait le poète qui l'empêchèrent d'être couronné,
car le rapporteur de l'Académie prétendit que le concurrent
qui se donnait trois lustres à peine avait voulu se moquer
de l'Académie.
L'enfant avait pour dignes concurrents Saintine, Lebrun,
Casimir de Lavigne, Loyson.
Le prix fut partagé entre Saintine et Lebrun. Victor Hugo
n'eut que la première mention honorable, toujours eu raison
de ce qu'il avait voulu se moquer de l'Académie.
A huit ans, ô prodige! cet enfant traduisait Tacite, Perse,
Juvénal, que les rhétoriciens conçoivent à peine. A cet
enfant M. Renouard écrivait; François de Neufchateau et
Campenon lui adressaient des vers; quant à Châteaubriant,
il appelait Hugo l'enfant sublime.
Et de cet homme l'on peut dire aujourd'hui, l'homme
incomparable.
Mais comme nous ne croyons pas que M. Mayer pousse la
prétention et la haine jusqu'à renier le talent du grand
poète, nous allons reproduire cette page., qui nous a frappé,
comme jeunes gens de coeur d'abord, ensuite comme
amis de cette littérature que M. Mayer semble tant dédai-
gner ; enfin comme admirateurs de ce génie, dont la vie et
la conduite nous semblent au dessus de la plume satirique
d'un pamphlétaire.
Voici ce que dit M. Mayer dans son ouvrage sur le Retour
de L'Empire :
« Il y avait en France un homme dont le nom était le syno-
nyme même du génie et de la gloire, que la poésie et l'élo-
quence avaient prédestiné à l'égal de Lamartine, qui avait
donné urne nouvelle langue à la littérature de son pays, et
conquis une si large place dans la civilisation intellectuelle
qu'il avait pu, dans notre France de foi religieuse, d'inspi-
rations idéales et de goût épuré, créer une école pour la
réhabilitation de l'impiété, le culte de la matière et la glo-
rification du faux et du laid. A seize ans cet homme était
déjà un grand poète. Les Bourbons l'avaient enrichi, Louis -
Philippe l'avait fait pair de France, Louis-Napoléon faillit le
faire ministre. Tout ce qui lit savait par coeur ses ouvrages,
tout ce qui pense était plein de sa pensée ; une génération
tout entière d'écrivains se faisait gloire d'être née de son
souffle, et l'adore encore comme un faux dieu. Et le génie
de cet homme était si grand, et la séduction de ses erreurs
si profonde qu'on lui avait pardonné des chutes à rendre
tout autre nom exécrable, — scandales privés, ingratitudes
monstrueuses, vices babyloniens, orgueil d'ange déchu, lâ-
chetés de coeur, crimes de plume et de parole, tout, jusqu'à
la splendeur de ses apostasies.
« Un froissement de sa vanité de tigre le jeta dans l'oppo-
sition républicaine; et comme, ainsi qu'il l'a dit lui-même,
c'est démence de s'arrêter à un degré de l'horrible, la démago-
gie et le socialisme, — qui le méprisaient autant qu'ils ont
le droit de mépriser quelque chose, — saluèrent en lui leur
Mirabeau cl leur Tyrtée. Ce poète, qui avait chanté la fa-
mille et l'amour, ce gentilhomme aux moeurs de Satrape, ce
vicomte, ce pair de France, dont le despotisme intérieur
allait jusqu'à imposer l'apothéose, dont le sybaritisme avait
des délicatesses féroces, à qui le contact de la foule et l'ap-
proche de la médiocrité inspiraient une répulsion nerveuse,
et des dédains d'une fabuleuse insolence, — se fit le cour-
tisan de la plèbe, enchanta, nouvel Orphée, les cavernes et
les bêles fauves, et quand il fut, comme son Ruy Blas, de-
venu « un gaillard populaire, » s'en vanta, dans les petits
soupers de la Maison-d'Or, parmi des courtisanes. Au 2 dé-
cembre il noyait sa muse dans la lie, rêvait pour son ima-
gination blasée, l'ivresse nouvelle du sang versé, et prési-
— 6 —
dait aux barricades. Tout fut dit alors. Chassé de France,
et non proscrit, il alla montrer à la Belgique ce que la ré-
publique peut faire d'un homme illustre et d'un génie euro-
péen. Mais depuis qu'il a vu tant de rois sans couronne, l'é-
tranger reste indifférent devant les poètes sans auréole. Le
grand écrivain ne voulut pas d'une expiation silencieuse; il
fit un livre, comme le marquis de Sade faisait des romans ;
car l'exil pour les coeurs lâches est comme le cachot pour
les organisations libertines ; il déprave et ne corrige pas.
Nous avons lu ce volume, où ce qui n'est pas écrit avec de
la boue l'est avec du sang. Il mit six mois à l'annoncer et
à le faire ; car il a le travail difficile, et, s'il est peu scrupu -
leux sur le choix du sujet, on sait qu'il cisèle artistement et
péniblement la forme.
« Le libelle fit horreur; c'était un chef-d'oeuvre d'infamie,
Notre-Bavie et les Feuilles d'Automne n'avaient pas été tra-
vaillées avec plus de conscience et d'amour. — Six mois,
comprend-on cela? — Six mois d'études, de retouches et
de caresses, d'effets cherchés dans la fange, d'auathèmes
enchâssés dans le sophisme, de mensonges chauffés au feu
du style, de blasphèmes taillés comme on taille le diamant,
de parjures, d'excitations, d'impiétés, d'outrages à tout ce
qu'on révère, dans un langage d'une magnificence inouïe !
Un travail d'athée amateur, une mosaïque de turpitudes à
faire reculer Borgia, le cynisme servant d'émail à la tra-
hison, une Justine politique dictée par Judas et écrite par
l'Arétin.
« Oh ! nous comprenons qu'un exilé se venge et crie. Qu'un
soudard comme Charras ou qu'un imbécile comme Schoel-
cher publient, l'un une lettre d'injures grotesques, l'autre un
volume de niaiseries patibulaires : cela se conçoit, se jus-
tifie et se méprise. Mais lui! mais ces trois cents pages
signées d'un des plus glorieux noms de notre poésie ; mais
la froide et longue élucubration de ce monument de scélé-
ratesse littéraire, de barbarie morale et d'impénitence com-
muniste Depuis Marat on n'avait rien lu de pareil. Mais