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Résumé de l'histoire d'Égypte depuis les temps fabuleux jusqu'à nos jours, par M. Rey Dussueil

De
524 pages
Lecointe et Durey (Paris). 1826. In-18, XXIV-504 p..
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COLLECTION
DE RÉSUMÉS
DE L'HISTOIRE
DE TOUS LES PEUPLES,
ANCIENS ET MODERNES.
PARIS, IMPRIMERIE DE DECOURCHANT,
Rue d'Erfurth, 11. 1, près l'Abbaye.
RÉSUMÉ
DE L'HISTOIRE
D'EGYPTE,
DEPUIS LES TEMPS FABULEUX JUSQU'A
NOS JOURS.
PAR M. REY-DUSSUEIL.
PARIS,
LECOINTE ET DUREY, LIBRAIRES,
QUAI DES AUGUSTINS, N° 49.
1826
AVERTISSEMENT.
LES faits sur lesquels repose l'his-
toire de l'Egypte étaient trop nom-
breux et trop peu connus en France
pour que l'auteur de ce Résumé pût
les soumettre à des dimensions plus
réduites. M. Alphonse Rabbe, l'un
des historiens qui honorent le plus
notre époque, a prouvé d'ailleurs, par
un brillant exemple, que ces sortes
d'ouvrages n'étaient point ennemis
des développemens, quand les déve-
loppemens naissaient du sujet même,
et ne portaient pas sur ce qu'on
appelle la discussion historique. En
effet, l'auteur d'un résumé doit se
borner à donner au public le résultat
de ses recherches. Lorsque les do-
VI AVERTISSEMENT.
cumens sur lesquels il travaille sont
contradictoires, il doit se décider en
faveur de ceux qui lui paraissent s'ap-
procher le plus de la vérité, sans dé-
duire les motifs qui l'ont fait pencher
en faveur d'une opinion plutôt que
d'une autre. S'il suivait une autre
marche, il verrait son cadre s'agran-
dir à chaque instant, et son but ne
serait pas atteint.
Dans la partie antique de cette
histoire, l'auteur, réduit à opter
entre Manethon et Hérodote, s'est
décidé pour ce dernier. Le témoi-
gnage de l'un est aussi récusable que
le témoignage de l'autre; mais Héro-
dote-, venu long - temps avant Ma-
nethon, avait été initié au savoir
égyptien, et Manethon n'a écrit qu'a-
près que les annales sacrées eurent
été détruites par Cambyse. Le savant
Jablonsky l'accuse et paraît même le
convaincre d'ignorance.
Au reste, il faudra probablement
AVERTISSEMENT. VII
recommencer un jour tous les tra-
vaux historiques qu'on a faits sur
l'ancienne Egypte : chaque jour de
nouvelles découvertes viennent dé-
truire de vieilles erreurs. Qui pour-
rait dire jusqu'où ira le génie des
deux Champollions !
INTRODUCTION.
L'HISTOIRE des peuples dont le berceau
touche à l'origine présumée du monde
est pleine de faits obscurs et contradic-
toires : c'est à peine si, après les efforts
les plus constans, l'on peut parvenir à
soulever un coin du voile qui la couvre.
On a long-temps agité la question de
savoir s'il a existé une civilisation pri-
mitive dont toutes les autres ont été
filles. La question une fois affirmative-
ment résolue, on a recherché dans quel
pays cette civilisation avait pris nais-
sance. Les uns ont penché pour l'Egypte ;
les autres en ont fait honneur à l'Inde.
Quelques savans ont voulu l'attribuer
aux Hébreux; mais, séduits par la lec-
ture des livres saints, ils ont trop soumis
leur raison à leur foi. Cette opinion, his-
X INTRODUCTION.
toriquement discutée, n'a pas résisté à
l'examen.
L'homme ne vit jamais seul. La socia-
bilité est son essence. Dans l'état qu'on
nomme sauvage, il trouve dans la chasse
son unique ressource ; il élève ensuite
des troupeaux et finit par devenir culti-
vateur. Cette marche est constante. On
l'a observée chez tous les peuples nais-
sans. Quand Abraham naquit chez les
Hébreux, ceux-ci n'avaient point encore
quitté l'état nomade, et cependant les
arts et l'industrie brillaient en Egypte d'un
vif éclat. Ce seul fait tranche la difficulté.
Il est plus difficile de porter un juge-
ment certain sur la priorité de l'Egypte
ou de l'Inde.
Pour déshériter l'Egypte de sa gloire,
on a dit qu'elle fut une des dernières
terres habitées ; on a dit que ce sol hum-
ble et submergé pendant quatre mois de
l'année n'a pas pu être le berceau de la
race humaine. On a confondu ici deux
ordres de questions et de faits, la popu-
lation, et la civilisation, qui en est là suite
nécessaire, mais non immédiate.
L'Egypte a été peuplée par des migra-
INTRODUCTION. XI
lions successives. Ses monumens attestent
que deux races d'hommes s'y sont livré
de nombreux combats. Comme ses monu-
mens composent toute son histoire, il
faut bien consulter et croire ces livres de
pierre à défaut d'autres documens. Sur
quelques bas-reliefs des hommes rouges
sont représentés frappant ou tuant des
hommes noirs. Plus on remonte vers l'E-
thiopie, foyer de l'invasion, et plus la
victoire échappe aux hommes rouges.
Dans l'île de Philoe, voisine des catarac-
tes, ceux-ci succombent sous les coups
des noirs. Ainsi des colons sont venus
d'Ethiopie qui, après de nombreuses al-
ternatives de succès et de revers, ont
fini par s'établir dans le pays.
Cette conséquence est rigoureuse, et
c'est peut-être la seule qu'on puisse en
déduire. Quelques auteurs ont été plus
loin. Ils ont affirmé que les hommes rou-
ges étaient les Indiens, parce que les ha-
bitans de l'Inde ont le teint cuivré. Mais
ce fait est bien peu concluant. Les figu-
res peintes du temps des Ptolémées sur
les cercueils des momies portent encore
la couleur ronge.
XII INTRODUCTION.
Quels furent donc les premiers habi-
tans de l'Egypte?
On estime que ce furent les Arabes
Troglodytes, qui vécurent long-temps sur
les rochers dont le Nil est bordé.
Les bords du Nil ne pouvaient pas
offrir un refuge à des colons venus de
climats lointains, et ne connaissant pas
la nature du pays où ils voulaient s'éta-
blir. Des travaux pénibles les y atten-
daient : il fallait creuser des canaux qui
reçussent le fleuve, et rehausser le terrain
qui devait porter les premières cabanes.
Les Troglodytes purent se familiariser
peu à peu avec le fleuve, et conquérir
sur les eaux cette terre féconde. La né-
cessité où ils se trouvèrent de lutter con-
tre la nature dut exercer leur intelli-
gence. Le besoin a toujours été père de
l'industrie.
Mais il fallut des siècles pour amener
ces résultats, et des colons n'attendent
pas des siècles : quand le pays ne leur
offre pas d'abondantes ressources et un
refuge assuré, ils plient leurs tentes et
vont chercher une autre terre et d'au-
tres cieux.
INTRODUCTION. XIII
Les Indiens ne seraient donc arrivés
que lorsque les Troglodytes auraient bâti
des digues, creusé des canaux, et trouvé
les premiers élémens des sciences et des
arts. Mais les monumens parleraient alors:
ils se taisent sur l'invasion indienne.
Au reste, dans ces questions ardues,
tout ce qu'on peut faire, c'est de reculer
l'objection d'un degré; car, en admettant
que les Troglodytes aient peuplé cette
partie de l'Afrique, il faudra toujours
expliquer l'origine de cette race d'hom-
mes. Mais ce n'est point à nous de ré-
soudre la difficulté : nous n'écrivons pas
l'histoire de la race humaine.
L'identité qui existe entre les ancien-
nes institutions politiques et religieuses
des habitans de l'Inde et de l'Egypte a
frappé tous les historiens : elle ne dépose
pas plus en faveur d'un peuple que de
l'autre.
Les Egyptiens et les Indiens étaient
divisés en castes. La différence des peu-
plades a pu amener cette institution poli-
tique. Les vainqueurs ont toujours écrasé
les vaincus. La noblesse n'a pas eu d'autre
origine chez les peuples modernes.
a.
XIV INTRODUCTION.
La religion n'était que la science. On
divinisait tous les attributs de l'Etre su-
prême et toutes les inventions humaines.
Cela explique comment les deux sacer-
doces ont pu avoir un berceau commun
et se rencontrer en suivant la même mar-
che.
Ceux même qui soutiennent avec le
plus de force la priorité des Indiens
avouent que les ancêtres de ces peuples
étaient étrangers. Mais, sans vouloir éta-
blir ici que la civilisation ait été portée
des bords du Nil sur les bords du Gange,
contentons-nous d'établir que l'Egypte n'a
rien emprunté à l'Inde. Les preuves de
ce fait sont consignées dans de savans
ouvrages.
Les premiers siècles historiques de
l'Egypte sont pleins d'obscurité. La cré-
dulité populaire avait adopté les fables
et les mensonges des prêtres. Quand les
faits deviennent plus certains, quand les
Pharaons montent sur le trône, occupé
jusque là par les prêtres au nom des dieux,
deux points méritent seuls l'attention;
savoir, les progrès de la puissance sa-
cerdotale, qui renaît de ses ruines, et les
INTRODUCTION. XV
nombreuses conquêtes que subit le pays.
Subjugués d'abord par des peuples de
la même famille, les Egyptiens né per-
dent rien de leur physionomie nationale,
que l'invasion des peuples pasteurs sem-
ble toutefois altérer un moment.
Les Assyriens, en s'étendant au sud
de l'Euphrate, firent refluer sur l'Egypte
les tribus nomades qui campaient en Syrie
et dans les déserts de l'Arabie. La crainte
d'être conquises rendit ces tribus conqué-
rantes.
C'est à cette époque que divers au-
teurs placent la venue des Hébreux, sous
la conduite de Jacob, dans la vallée de
Saba'h-Byâr, qui s'étend à l'est de l'E-
gypte vers la Syrie I.
1 La terre de Gessen. Dans le corps de no-
tre histoire nous avons cru devoir garder le
silence sur. le séjour des Hébreux en Egypte
et sur leur fuite en Palestine. Ces faits, qui ont
beaucoup d'importance dans l'histoire juive,
en ont peu dans l'histoire des Pharaons. Ou
ne peut pas même y assigner de date certaine.
Les Juifs suivirent les Arabes en Egypte ;
lors de l'expulsion de ceux-ci, ils y restèrent
captifs.
D'ailleurs le texte du livre des Nombres a
XVI INTRODUCTION.
Les Pharaons, retirés dans la Thébaïde,
luttèrent contre les usurpateurs, et par-
vinrent enfin à les vaincre et à les chasser.
été altéré. On présume que le chapitre pre-
mier a éprouve une de ces graves altérations
que les Pères de l'Eglise ont reconnu pouvoir
exister dans le Pentateuque. C'est pourtant là-
dessus que s'appuient les historiens qui ont
donné tant de place à l'histoire juive dans
l'histoire égyptienne. On peut voir dans les
Mémoires de l'académie des Inscriptions sur
quels singuliers raisonnemens M. Boivin a
établi la prétendue royauté des Hébreux en
Egypte. Au reste, nous n'avons point rejeté
ces faits de notre corps d'histoire par un
vain esprit de scepticisme. Nous avons clouté
comme historien, et comme chrétien nous
aurions encore pu douter. Les plus savans
Pères de l'Eglise, Origène, saint Augustin, etc.,
rejettent souvent la lettre de la Bible pour
s'attacher à un sens allégorique. Le cardinal
de Warmie, légat du Pape au concile de
Trente, a été plus loin; il a déclaré que si
l'autorité de l'Eglise n'enseignait aux prê-
tres que cette écriture est canonique, elle
aurait pour eux peu de poids. Nam reverà,
nisi nos Ecclesioe cloceret auctoritas, hanc
scripturam esse canonicam, perexiguum apud
nos pondus haberet. (In prolegom. Brentii.,
lib, III.)
INTRODUCTION. XVII
Les Hébreux restèrent en Egypte; mais
ils y furent persécutés, car les Egyptiens
les avaient confondus dans la haine qu'ils
portaient aux Lépreux . Ils se retirèrent
dans cette vallée de Saba'h-Byâr qui avait
été leur premier asile. Des prêtres égyp-
tiens, persécutés pour leurs opinions reli-
gieuses, vinrent se mettre à leur tête; ils
créèrent une sorte de religion, abolirent
l'idolâtrie, et prêchèrent l'unité de Dieu,
déjà proclamée par cet Abraham que
presque tous les peuples orientaux re-
connaissent et révèrent comme père de
leur race. Moïse naquit alors. On sait
sa merveilleuse histoire. Le Pharaon ré-
gnant, obligé de céder aux clameurs
de son peuple, ordonna aux Lépreux de
quitter l'Egypte. A leur départ, ils se ren-
dirent coupables de vol et d'assassinat.
1 Les vainqueurs (les Arabes) négligèrent
les principes d'hygiène consacrés par la reli-
gion égyptienne pour diminuer l'influence
d'un climat malsain. La lèpre fut appelée par
les anciens habitans le mal des pasteurs.
(Description de l'Egypte. Antiquités, t. 1er,
3e livraison.) De là vient qu'ils donnèrent aux
peuples pasteurs le nom de lépreux.
..a
XVIII INTRODUCTION.
Le Pharaon se mit à leur poursuite, et il
arriva avec son armée sur les bords de là
mer Rouge comme les Hébreux venaient
dé là franchir à marée basse. Les Egyp-
tiens, emportés par leur ardeur, se préci-
pitèrent dans les flots pour poursuivre
l'ennemi; ils furent engloutis par la ma-
rée montante.
Les Ethiopiens et les Assyriens vinrent
tour à tour eh armes dans ce pays ; ils le
quittèrent après une courte possession,
et leur séjour n'y laissa point de traces.
La conquête des Perses fut fatale aux
Egyptiens : ils perdirent à la fois leur
supériorité dans les arts et leur indépen-
dance.
Lés Macédoniens les délivrèrent de ce
joug pesant, et ils fondèrent une nou-
velle monarchie sur les débris dé la mo-
narchie des Pharaons. Mais le génie
insinuant des Grecs dénatura le génie
égyptien. Les arts et la langue des nou-
veaux dominateurs l'emportèrent sur les
arts et la langue des prêtres d'Osiris. Il
1 Le même malheur faillit d'arriver à Napo-
léon pendant sa campagne d'Egypte.
INTRODUCTION. XIX
n'y eut plus d'Egypte aux bords du Nil.
Ce fut une secondé Grèce en Afrique.
Les Ptolémées né donnèrent pas le
bonheur à ce peuple, en échange des
avantages qu'on lui avait ravis. Lès trois
premiers princes de cette dynastie pas-
sèrent rapidement' sur le trône. Après
eux, des révolutions de palais, des inces-
tes, des assassinats, remplirent les fastes
d'Alexandrie, jusqu'au moment où la for-
tune de Cléopâtre expira sous Auguste.
L'Egypte, devenue province romaine,
tomba dans la langueur et dans une com-
plète obscurité. Une nouvelle conquête
la ravit à ses nouveaux maîtres; alors
tout changea pour elle, et elle adopta les
moeurs, la religion et la langue des na-
tions musulmanes : elle les a conservées
jusqu'à ce jour.
La royauté paisible des califes fatimi-
tes fit bientôt place à la royauté guerrière
des héritiers de Saladin. Ceux-ci s'éclip-
sèrent devant leurs esclaves mamlouks,
et l'empire fut à l'encan jusqu'au moment
où Sélym vint dévorer cette riche proie.
Dans ce long enchaînement de guerres
et de conquêtes, dans cette rapide succes-
XX INTRODUCTION.
sion de dynasties éphémères, le sort des
Egyptiens alla toujours en empirant. On
verra dans le cours de cette histoire
combien furent grands les malheurs de
ce peuple. Toute armée qui est venue
aux bords du Nil les a conquis sans dan-
gers et presque sans combats.
Peut-être avons-nous trop cédé à l'in-
dignation que la. lâcheté des anciens
Egyptiens a fait naître en notre âme ;
peut-être ne leur avons-nous pas accordé
assez d'intérêt et de pitié; mais nous
n'avons pu trouver de larmes pour une
nation qui s'est laissée tant de fois mourir.
ERRATA.
PAGE 2, ligne 14. Et la bouche de Tineh,
voisine de, lisez : et Zaoui, petit bourg situé
au-delà de la bouche de Tineh, voisine, etc.
Page 5, ligne 3. Si, lisez : aussi.
Page 5, ligne 10. Comme un tribut, lisez:
comme en tribut.
Page 14, ligne 18. C'est dans là moyenne
Egypte que se trouvent les pyramides, etc.,
lisez : que se trouvent le colosse mystérieux
du Sphynx, les pyramides, etc.
Page 20, ligne 26. Après ces mots, et qu'il
n'atteignit pas l'Egypte, ajoutez : mais cette
opinion n'est pas soutenable.
Page 44, ligne 16. Supprimez s'ils y sont
venus.
Page 68, ligne 3. Et elle ne finit qu'à Sésos-
tris, lisez : et elle ne finit qu'à Aménophis,
père de Sésostris.
Page 96, ligne 5. De ta fortune, lisez : de
la fortune.
Page 102, ligne 21. Fils d'un, lisez:fils de
Psammouthis et roi, etc.
Page 103, ligue 9. Si ce siége eût été heu-
reux, etc., lisez : si ce siége avait été heu-
reux, les Athéniens seraient restés maîtres, etc.
Page 118, ligne 24. Calatysiens , lisez : Ca-
lasiriens.
Page 180, ligne 18. Le droit que se sont
arrogé, lisez : le droit que se sont quelquefois
arrogé.
Page 202, ligne 3. Un jour, sa robe, lisez:
un jour aussi, sa robe. Et deux lignes plus
bas, supprimez aussi.
Page 211. Rétablissez ainsi la note :
Contrà autem magno moerentem corpore Nilum
Pandentemque sinus, et totâ veste vocantem
Caeruleum in gremium latebrosaque flumina victor.
( VIRG. AENEID., lib. VIII.)
Page 302, ligne 7. Le frappa à mort, lisez .
le frappa de mort.
Page 342, ligne 15. Supprimez d'abord.
PREMIÈRE PARTIE.
HISTOIRE ANCIENNE.
RÉSUMÉ
DE
L'HISTOIRE D'EGYPTE.
VUES PRELIMINAIRES.
L'EGYPTE est une vallée située entre
le quarante-huitième et le cinquan-
te-troisième degré de longitude, et le
vingt- quatrième et le trente — troisiè-
me de latitude septentrionale, que le
cours peu sinueux du Nil arrose dans
toute sa longueur. Ce fleuve, suivant
l'opinion généralement reçue, a ses
sources dans les pays au midi de Dar-
four. Après s'être grossi, en Abyssi-
nie, des eaux du Tacaze et du fleuve
Bleu, il coule en longs méandres dans
le Dongola, traverse la Nubie turque,
et. s'ouvre l'entrée de l'Egypte près de
Syène ou Assouan, sous le tropique du
I
2 RESUME
Cancer, par la dernière et la plus faible
de ses cataractes. Son lit, depuis Syène
jusqu'au Caire , est resserré entre deux
chaînes de montagnes qui, s'éloignant
de part et d'autre, élargissent la vallée
et finissent par l'abandonner pour cou-
rir, l'une à l'orient vers Suez, et l'autre
au nord-ouest vers la Méditerranée 1.
Sur l'étroit passage que laissent ces mon-
tagnes entre leurs bases et le fleuve s'é-
levèrent jadis toutes les villes de la haute
et de la moyenne Egypte, et c'est là
que s'élèvent encore les modernes cités.
Le soleil dévore et frappe de mort les
sables qui ne sont pas atteints par l'i-
nondation, et des troupes vagabondes
d'Arabes campent dans les déserts en-
vironnans.
Un peu au-dessous de l'ancienne
Memphis 2, le Nil se partage en deux lar-
ges bras qui coulent, l'un dans la direction
de Damiette, l'autre dans celle de Ro-
sette, et ceignent dans son contour le
1 Sous le nom de Gebel-al-Attaka, et Ge-
bel al Nairon.
2 A l'endroit nommé Battu-el-Bakara.
DE L'HISTOIRE D'ÉGYPTE. 3
Delta actuel 1 .Cette île triangulaire, dont
la mer soutient la base, est sans doute un
présent du fleuve. Elle était beaucoup
plus vaste autrefois, car la bouche Pé-
lusiaque , aujourd'hui perdue ou con-
vertie en canaux fangeux, la bornait à
l'orient, et elle était terminée à l'ouest
par la bouche Canopique, aujourd'hui
noyée dans le lac Edfou et dans le ca-
nal d'Alexandrie ; mais ses anciennes li-
mites sont encore faciles à reconnaître.
Les côtes maritimes de l'Egypte s'a-
vancent en saillie demi-circulaire entre
le golfe des Arabes et la bouche de Ti-
neh, voisine de Péluse et du lac Ser-
bonis. La Méditerranée bat de ses flots
la ville d'Alexandrie, la cité sainte de
Rosette ou Raschild 2, et Damiette, si
fameuse au temps de nos croisades.
Ainsi, cette contrée est bornée au midi
par les cataractes du Nil qui sont entre
1 II a reçu son nom de sa configuration, qui
est celle de la lettre grecque A (delta).
2 Le Caire, capitale de l'Egypte, est mis
aussi par les Mahométans au nombre des villes
saintes ou consacrées.
4 RÉSUMÉ
Syène et l'île de Philae 1, au nord par la
mer; une chaîne de montagnes, qui a re-
çu de sa position le nom de chaîne lî-
byque, la sépare, à l'occident, des sables
de la Libye, et la chaîne arabique, pa-
rallèle à la précédente, la termine vers
l'orient 2.
1 24°' 51 2" de latitude.
2 Mais ces limites naturelles de l'Egypte
n'en ont point été constamment les limites
politiques..... Ammien Marcellin nous apprend
que dans tes premiers temps ce royaume était
divisé en trois provinces principales : l'Egypte
proprement dite, la Thébaïde et la Libye
Ce nom de Libye ne doit pas être pris ici dans
son acception ordinaire Par la Libye égyp-
tienne nous devons seulement entendre tout
le pays qui s'étend depuis l'Egypte propre-
ment dite, jusqu'à Siouah ou Santaryah, et
aux Ouahhat ou Oasis, peut-être même à
Andgelah.... Le nom d'Egypte ne s'appliquait
qu'aux pays que couvraient les eaux du Nil
pendant son débordement. Telle était l'opi-
nion des anciens Egyptiens, comme le rapporte
Strabon; ils ne donnaient, dit-il, le nom
d'Egypte qu'à la contrée que le Nil arrosais
dans son cours, depuis les environs de Syène
jusqu'à la Méditerranée. (M. Champollion,
jeune, l'Egypte sous les Pharaons.)
DE L'HISTOIRE D'ÉGYPTE. 5
C'est aux débordemens annuels du
Nil que ce pays doit toute sa fécondité.
Bien que les pluies ne soient pas si ra-
res que l'ont dit les anciens voyageurs 1,
elles ne sont jamais assez abondantes
pour vaincre l'aridité d'un sol voisin du
tropique. Le fleuve, dont l'accroisse-
ment est causé par les déluges de l'Afri-
que, vient chaque année apporter à l'E-
gypte, comme un tribut, le limon fer-
tile dont les pluies ont dépouillé les
montagnes voisines de l'équateur, et ce-
lui qu'il a lui-même enlevé à ses rives.
Ces couches successives de terre, et les
sables que les vents balaient dans les
déserts, ont exhaussé et exhaussent en-
core progressivement le sol de cette con-
trée.
Le Nil commence à s'enfler dans le
mois de mai; le débordement se mani-
feste vers le mois de juin, et il continue
jusqu'au mois de septembre. Des puits
qui servent d'échelles, et le fameux ni-
lomètre, ou mikyas, du vieux Caire, mar-
quent son accroissement journalier, et
1 Au moins dans la basse Egypte.
6 RÉSUMÉ
du plus ou moins d'élévation des eaux
dépend l'abondance des récoltes. Les
villes, presque toutes élevées sur des ba-
ses artificielles, et coupées par de lon-
gues chaussées qui font communiquer
les habitations entre elles, surnagent à
l'inondation, et semblent autant d'îles
semées sur cette mer d'un jour 1.
Mais les eaux ne pouvaient pas se ré-
pandre partout dans une juste propor-
tion. Pour en faciliter le passage, les ha-
bitans ont creusé des canaux, ouvert
1 Un nouveau nilomètre a été construit sur
le modèle des anciens, à peu de distance du
Caire, dans une île située entre Fostat et Gissé.
C'est une colonne de marbre graduée en cou-
dées et en pouces; elle s'élève au milieu d'un
bassin dont le fond est de niveau avec le lit du
Nil, et qui reçoit l'eau par un canal souter-
rain. Au temps de la crue on examine tous les
matins cette colonne, et des crieurs publics
annoncent dans le Caire l'élévation de l'eau;
quand elle est parvenue à seize coudées, on
coupe la digue qui la retient, et les eaux cou-
lent dans la ville aux acclamations du peuple.
C'est encore de notre temps un jour de fêle
comme dans l'antiquité. (M. Lévesque, Etudes
de l' Histoire ancienne, t.I, p. 235.)
DE L'HISTOIRE D'ÉGYPTE. 7
des tranchées, entrepris des ouvrages
qui étonnent notre constance d'hommes.
Ces ouvrages, exécutés avec toute l'exac-
titude et d'après toutes les règles du ni-
vellement et de la science hydraulique,
donnaient la vie aux sables de l'Egypte
quand la Grèce sortait à peine de la
barbarie.
Lorsque le Nil se retire, c'est-à-dire
dans les mois de notre hiver d'Europe,
l'air se parfume, les prairies s'émaillent
de fleurs, l'Egypte n'est plus qu'un vaste
jardin, et le laboureur confie sans cul-
ture à la terre des semences que doivent
suivre dans la même année d'autres se-
mences et d'autres moissons.
La nature du plan que nous nous
sommes imposé ne nous permet pas de
décrire tous les monumens de ce pays
célèbre. Ils y sont répandus avec tant
de profusion, que le sol en est comme
hérissé, et ils retarderaient trop long-
temps notre marche. En traçant à grands
traits la division de l'Egypte ancienne,
nous dépeindrons ceux qui se trouve-
ront sur nos pas.
L'Egypte était divisée en trois parties:
8 RÉSUMÉ
la haute Egypte ou Thébaïde, la ré-
gion moyenne ou Heptanomie, et la
basse Egypte, qui comprenait presque
tout le Delta. Sous des appellations dif-
férentes, la division actuelle est encore
la même. La Thébaïde est aujourd'hui
le Saïd ; le Volstani a succédé à la
moyenne Egypte, et la basse a fait place
au Bahary 1.
La Thébaïde ou Thébaïs confinait à
l'Ethiopie, et Thèbes en était la capi-
tale. Le nom de cette cité a long-temps
retenti dans l'univers, mais peut-être en
a-t-on exagéré la grandeur et la magni-
ficence. Homère 2 lui donne cent portes
1 Le Saïd renferme les provinces de Thèbes,
Girgeh et Syouth.
Le Volstani comprend les provinces de Fa-
yuam, Benesouef et Minyet.
Le Bahary embrasse les provinces de Bah-
hyred, Rosette pu Raschild, Gharbyeh, Mé-
nouf, Massourah, Chargyeh, et le district du
Caire composé des subdivisions Qelioubich et
Atfihich.
2 Homère, Iliade, ch. IX. M. Lévesque remar-
que, peut-être avec raison, qu'il est difficile
d'admettre que dans une seule ville il se trou-
DE L'HISTOIRE D'ÉGYPTE. 9
par chacune desquelles sortaient deux
cents guerriers montés sur des chars. La
beauté de ses édifices, l'immensité de
son enceinte, le nombre de ses richesses
étonneraient la crédulité la plus com-
plaisante, s'il fallait s'en rapporter aveu-
glément aux anciens écrivains.
Thèbes n'est plus. Elle tomba la pre-
mière dans cet abîme où toutes les
villes ses soeurs l'ont suivie pour s'en-
gloutir. Depuis Cambyse, le temps et
les barbares s'acharnent sur ses ruines,,
et pourtant elle parle encore à l'âme.
Nos Français, en l'apercevant de loin,
s'arrêtèrent spontanément et la saluè-
rent de leurs acclamations. Mais, à la
vue dé ces décombres qui sont gisans
sur un espace de plus de trois lieues,
le philosophe ne peut que gémir. Là ,
nul ouvrage consacré à l'utilité publi-
que; là, ni gymnase, ni hippodromes,
ni cirques, ni théâtres; ce sont des
vât vingt mille chefs assez riches pour com-
battre sur des chars, Au reste,
L'antiquité ment un peu, comme on sait.
Il faut plutôt l'admirer que la croire.
10 RÉSUME
temples, toujours des temples, des tom-
beaux, toujours des tombeaux, et les
monumens de l'Egypte portent tous
cette lugubre empreinte de la domina-
tion sacerdotale 1.
Ce qui reste de Thèbes a été exploré
avec un soin curieux par tous les voya-
geurs. Hérodote et Diodore nous en
ont transmis des descriptions merveil-
leuses; mais les relations récentes sont
à la fois moins emphatiques et moins
suspectes. Suivant M. Denon, la plu-
part de ces monumens appartiennent à
l'enfance de l'art; quelques-uns seule-
ment, et en petit nombre, sont d'une
belle exécution. Au reste, la haute Egyp-
te ayant été peuplée la première, le style
de son architecture fut et devait être un
peu mêlé.
Dans la Thébaïde brillaient encore ,
après la capitale, Tyntira 2, Apolfino-
1 M. Lévesque, M. Denon, et la description
de l'Egypte connue sous le nom de Grand ou-
vrage.
2 Ecoutons M. Denon, Voyage en Egypte
pendant les campagnes du général Bonaparte.
« Nous arrivâmes, dit-il, à Tyntira .... ; en
DE L'HISTOIRE D'EGYPTE. II
polis, Apollinopolis-Parva, à laquelle
Khous a succédé, et Coptos ou Coph-
me retournant à droite, je trouvai enfouie dans
les plus tristes décombres une porte cons-
truite de masses énormes couvertes d'hiéro-
glyphes. Au travers de cette porte j'aperçus le
temple. Je voudrais pouvoir faire passer dans
l'âme de mes lecteurs la sensation que j'éprou-
vai : j'étais trop étonné pour juger; tout ce
que j'avais vu jusqu'alors en architecture ne
pouvait servir à régler ici mon admiration. Ce
monument me sembla porter un caractère pri-
mitif, avoir par excellence celui d'un temple :
tout encombré qu'il était, le sentiment du res-
pect religieux qu'il m'inspira en fut une preuve,
et, sans partialité pour l'antique, ce fut celui
qu'il inspira à toute l'armée.
» Rien de plus simple et de mieux calculé
que le peu de lignes qui composent cette archi-
tecture.
» Les Egyptiens n'ayant rien emprunté des
autres, ils n'ont ajouté aucun ornement étran-
ger, aucune superfhuté ; à ce qui était dicté par
la nécessité; ordonnance et simplicité ont été
leurs principes, et ils ont élevé ces principes
jusqu'à la sublimité; parvenus à ce point, ils
ont mis une telle importance à ne pas l'altérer,
que, bien qu'ils aient surchargé leurs édifices
de bas-reliefs, d'inscriptions, de tableaux his-
toriques et scientifiques, aucune de ces riches-
12 RÉSUMÉ
tos, autrefois considérable, mais qui
n'est plus qu'une misérable bourgade ,
sous le nom de Kepht. Coptos possède
les débris de deux temples antiques.
Sous Ptolémée-Philadelphe elle fut l'en-
trepôt du commerce de l'Inde; plus tard
elle devint le refuge des naturels du pays,
quand ils voulurent se dérober aux vexa-
tions de leurs barbares dominateurs, et
leurs descendans portent encore le nom
de Coptes ou Cophtes. L'ancienne lan-
ses ne coupe une seule ligne; toutes sont res-
pectées; elles semblent sacrées; tout ce qui
est ornement, richesse, somptuosité de près,
disparaît de loin, pour ne laisser voir que le
principe, qui est toujours grand -et toujours
dicté par une raison puissante. Il ne pleut pas
dans ces climats; il n'a donc fallu que des plates-
formes pour couvrir et pour donner de l'om-
bre. Dès lors plus de toits, dès lors plus de
frontons. Le talus est le principe de la soli-
dité, ils l'ont adopté pour tout ce qui porte,
estimant sans doute que la confiance est le
premier sentiment que doit inspirer l'archi-
lecture, et que c'en est une beauté consti-
tuante Les ornemens toujours raisonnés,
toujours d'accord, toujours significatifs, prou-
vent également des principes sûrs, un goût
DE L'HISTOIRE D'ÉGYPTE. 13
gue a dû y être conservée pendant plu-
sieurs siècles, mais elle s'est altérée
peu à peu; elle est maintenant oubliée,
et reléguée dans des livres de piété
qu'on lit toujours, mais qu'on n'entend
plus 1.
La ville la plus méridionale de la ré-
gion moyenne était la Chemmis d'Hé-
rodote, la Panopolis de Strabon. Elle
avait un temple consacré à la prostitu-
fondé sur le vrai, une suite profonde de rai-
sonnemens.
» Je n'aurais pas d'expressions, comme je
l'ai dit, pour rendre tout ce que j'éprouvai
lorsque je fus sous le portique de Tyntira:
je crus être et j'étais réellement dans le sanc-
tuaire des arts cl des sciences. Que d'époques
se présentèrent à mon imagination à la vue
d'un tel édifice ! que de siècles il a fallu pour
amener une nation créatrice à de pareils ré-
sultats, à ce degré de perfection et de subli-
mité dans les arts. »
C'est de ce temple qu'a été tiré le fameux
zodiaque que l'on voit aujourd'hui à Paris,
dans l'une des salles de la Bibliothèque du Roi.
1 C'est à peine si quelques prêtres peuvent
parvenir à l'entendre passablement. (Histoire
universelle des Anglais. )
1..
14 RÉSUMÉ
lion, en l'honneur du dieu Pan ou Men-
dès, qu'on y adorait. La moderne Ach-
min a hérité de la dissolution de moeurs
de l'ancienne Chemmis. Le culte a dis-
paru ; l'influence du culte subsiste.
On reconnaît à quelques vestiges
l'emplacement d'Héliopolis ; mais Mem-
phis a disparu tout entière, et c'est
en vain que l'on chercherait les traces
de cette cité superbe où résidèrent tant
de rois. Cambyse l'avait mutilée, et elle
était belle encore des restes de sa beau-
té , mais elle succomba sous le féroce
Amrou. Le conquérant arabe anéantit
ce que le Perse n'avait qu'ébranlé, et
Memphis s'éteignit pour jamais dans ses
sables.
C'est dans la moyenne Egypte que se
trouvent les pyramides et le lac Moeris.
A ce mot de pyramides, l'imagina-
tion s'éveille; mais les coeurs français
surtout ont droit de battre. Du haut de
ces monumens quarante siècles ont con-
templé notre gloire. Ils s'élèvent à l'ouest
de Ghizeh, dans une plaine immense
qu'ils dominent comme autant de col-
lines. Ce sont, a dit un savant voya-
DE L'HISTOIRE D'ÉGYPTE. 15
geur 1, ce sont les derniers chaînons qui
lient les colosses de l'art à ceux de la na-
ture.
Le fanatisme mahométan fut impuis-
sant contre ces gigantesques masses.
Quand on voit à leurs bases l'amas de
pierres que les dévastateurs en ont en-
levé, on n'ose porter ses regards sur la
grande pyramide ; on craint qu'elle n'ait
disparu. Lève-t-on les yeux? la pyra-
mide fend majestueusement les airs et
semble à' peine avoir été effleurée 2.
Strabon doute que le lac Moeris soit
un ouvrage dès hommes; mais son
doute provient d'une erreur. Il a pris
le lac Charon pour le véritable lac
1 M. Denon.
2 La plus grande a 4174 pieds 129/605 d'élé-
vation perpendiculaire, et la longueur de sa
base actuelle est de 716 pieds 6 pouces; mais
on croit qu'avec l'ancien revêtement, l'éléva-
tion jusqu'au sommet de l'angle a dû être de
505 pieds 369/681, et la longueur de sa base,
734 pieds 6 pouces. (M. Malte-Brun, Abrégé
de la Géographie universelle.)
Nous parlerons plus en détail des pyrami-
des lorsque nous serons arrivés au règne des
rois auxquels on les attribue.
16 RÉSUMÉ
Moeris, qui y communique par un canal
d'un travail admirable. Quoi qu'il en
soit, peu d'ouvrages portent un caractère
si monumental. Ici du moins l'utilité de
l'entreprise en égala la grandeur. Ce lac
servait à décharger le Nil d'une partie de
ses eaux, lorsque leur trop d'abondance
faisait craindre une inondation, et il
servait également à en fournir aux ter-
res dans les années où le débordement
n'avait point été assez considérable.
La basse Egypte est la partie de ce
pays la moins remarquable sous le rap-
port des arts. Quelques géographes com-
prennent dans son enceinte la ville de
Bubastis, qui était en dehors de l'île,
sur le rivage extérieur de. la bouche Pé-
lusiaque. Elle avait un temple somp-
tueux dédié à la déesse Bubastis. Héro-
dote a décrit avec beaucoup de grâce
la fête de cette déesse 1. Les monumens
1 « On se rend par eau à Bubastis, hommes
et femmes mêlés et confondus ensemble, et
dans chaque bateau il y a un grand nombre
de personnes de l'un et de l'autre sexe. Tant
que dure la navigation, quelques femmes
jouent des castagnettes et quelques hommes de
DE L'HISTOIRE D'ÉGYPTE. 17
de Buto, de Mendès, de Péluse, célè-
bre par la mort de Pompée, et ceux de
Busiris, sont entièrement perdus. Tou-
tefois on ne saurait révoquer en doute
leur existence, puisqu'elle a été attestée
par Hérodote, guide toujours sûr quand
il a vu, guide souvent trompeur quand
il n'a fait que croire. Les temples dont
il parle devaient être magnifiques; mais
la flûte; le reste, tant hommes que femmes,
chante et bat des mains. Lorsqu'on passe près
d'une ville on fait approcher le bateau du
rivage : parmi les femmes, les unes continuent
à chanter et à jouer des castagnettes; d'autres
crient de toutes leurs forces et disent des in-
jures à celles de la ville; celles-ci se mettent
à danser, et celles-là, se tenant debout, retrous-
sent indécemment leurs robes. La même chose
s'observe à chaque ville qu'on rencontre le long
du fleuve. Quand on est arrivé à Bubastis, on
célèbre la fête de Diane en immolant un grand
nombre de victimes, et l'on fait à cette fête
une plus grande consommation de vin que
dans tout le reste de l'année, car il s'y rend,
au rapport des habitans, sept cent mille per-
sonnes, tant hommes que femmes, sans comp-
ter les enfans. » (Hérodote, liv. II, ch. LX,
traduction de M. Larcher. )
..I
18 RÉSUMÉ
ce qui ajoute au prodige, c'est que la
basse Egypte n'a pas de pierres. Pour
bâtir des édifices tels que ceux qu'il dé-
peint, il a fallu vraisemblablement ti-
rer la pierre de l'île Eléphantine, près
de Syène, à l'autre extrémité de l'E-
gypte.
Telle est celte contrée célèbre dont
nous allons tracer rapidement l'his-
toire. Les temps qui s'offriront d'abord
à nous sont incertains et fabuleux, car,
soit que la chaîne des traditions ait été
interrompue par quelque grande ca-
tastrophe, soit que l'ignorance ait con-
sacré les rêves des poètes et les menson-
ges des législateurs, il règne dans ces
annales primitives une obscurité qu'au-
cune intelligence humaine ne saurait
vaincre. Au milieu de ces faits qui se
contredisent, de ces opinions qui se
heurtent, c'est à peine si l'on peut se
croire un moment sur la trace d'une
vérité. Le devoir de l'historien alors
est de se tenir dans un doute absolu,
car l'histoire, pour ne pas être trom-
peuse, doit souvent enseigner le doute.
Mais avant de nous engager dans ce dé-
DE L'HISTOIRE D'ÉGYPTE. 19
dale, il est peut-être opportun de don-
ner une idée de la religion, des moeurs
et des institutions politiques des anciens
Egyptiens. Les sources où nous pour-
rons puiser sont abondantes et ne ta-
rissent pas. Toutefois nous n'y consa-
crerons que de courts instans. Si la
fidélité doit être le premier mérite de
ce tableau, la brièveté doit en être la
condition.
Antiquité des Egyptiens. — Leur religion.
Ce peuple avait une telle idée de son
antiquité, qu'il la faisait remonter jus-
qu'à l'origine de toutes choses. Il croyait
que le Nil était doué de toute la puis-
sance productive, et il ne doutait pas
que les hommes n'eussent pris naissance
dans le limon que ce fleuve dépose.
L'homme une fois né, les dieux régnè-
rent en Egypte pendant un nombre pro-
digieux de siècles. On croit que ces mil-
liers d'années entassés sur des milliers
d'années ne sont qu'une supputation
astronomique par laquelle les Egyptiens
ont voulu égaler la durée de leurs dynas-
20 RESUME
lies à celle d'une révolution du Zodia-
que, et le culte qu'ils rendaient au soleil
rend cette opinion très-probable. Tou-
tefois, sans trop s'arrêter à cette tradi-
tion, qui veut que l'Egypte, visitée par un
fils de Noé, ait pris de Cham son ancien
nom de Chemia, et en admettant qu'elle
ait reçu de l'Ethiopie ses premiers habi-
tans, on est forcé de conclure que cette
migration des Ethiopiens remonte à une
antiquité bien reculée ; car la Genèse fait
arriver Abraham en Egypte peu de siè-
cles après le déluge, et Abraham y trouve
un peuple nombreux et déjà fort avancé
en civilisation. Or, la marche de l'es-
prit humain est lente de sa nature; on
n'improvise pas les sciences et les arts-
Que si on penche vers cette idée, que
les Ethiopiens vinrent en Egypte avec
une civilisation toute formée, la diffi-
culté ne sera pas résolue, elle ne sera
que déplacée. Un auteur hardi, et qui
ferait violence au texte des livres saints,
pourrait supposer que le déluge ne fut
que partiel, et qu'il n'atteignit pas l'E-
gypte. Mais hâtons-nous de quitter un
terrain si glissant, et contentons-nous
DE L'HISTOIRE D' EGYPTE. 21
d'observer que si l'Egypte date de la
grande ère par laquelle les nations chré-
tiennes sont régies, les anciens Egyp-
tiens étaient plus que des hommes.
Les doctrines religieuses de ce pays
furent celles qu'Orphée exposa à la
Grèce dans les hymnes qu'on lui attri-
bue. L'existence d'un Dieu auteur n'a
jamais été annoncée d'une manière plus
pure et plus sublime que dans ces frag-
mens des vers orphiques rédigés par l'é-
cole pythagoricienne, école bercée, pour
ainsi dire, dans les traditions égyp-
tiennes.
« Il est un, seul né de lui-même, et
» c'est de lui que toutes choses sont nées.
» Aucun des immortels ne le voit, et lui-
» même les voit tous.
» Dieu est le premier et le dernier ;
» il est la tête, il est le milieu, et par lui
» tout a été fait. Il est la profondeur de
» la mer, et l'élévation du ciel semé
» d'étoiles. Dieu est le mâle, il est aussi
» l'épouse immortelle. Dieu est le souffle
» qui anime tout; Dieu est l'impétuosité
» du feu inextinguible ; Dieu est la ra-
» cine de la mer; Dieu est le soleil et la
22 RÉSUMÉ
» lune; Dieu est roi; il est le principe
» de tout, et le seul qui doive à lui-mê-
» me son existence. »
Ainsi Dieu fut la matière et la vie.
Le monde n'était qu'une de ses modi-
fications. Les Egyptiens se sont donc
élevés, par la seule force de leur raison,
à l'idée d'un Dieu unique qui anime les
masses et souffle la vie dans ce grand
corps. Spiritus intùs alit, magno se corpore
miscet. Cependant ils paraissent avoir
admis la préexistence, ou du moins
l'existence parallèle et incréée de la ma-
tière brute, puisque les prêtres racon-
taient qu'avant le principe des temps, la
nuit régnait sur le grand tout, et que de
la nuit procédèrent les choses. Cette
nuit-principe ou le chaos n'avait pas pu
devenir féconde par sa propre puissance;
sous le nom d'Athor, elle était le germe ;
Knef fut l'esprit créateur. Un oeuf était
sorti de sa bouche ; cet oeuf est le monde,
issu de l'alliance de Knef et d'Athor. Le
Phtas ou le Protogonos fut le premier
né; il procéda du monde, et parcourut
l'Ether sur ses ailes d'or, hermaphro-
dite ineffable qui, réunissant les deux
DE L'HISTOIRE D'ÉGYPTE. 23
puissances génératrices, a produit les
hommes et les dieux.
Les Egyptiens révérèrent Dieu au-
teur dans chacun de ses attributs, et
ces attributs devinrent autant de dieux
divers. Ainsi, Neith ou la sagesse, Men-
dès ou le ciel, et peut-être le feu,
Amoun, Som, furent le même Dieu, ou
plutôt le Dieu unique, considéré dans
plusieurs de ses attributs et de ses opé-
rations, et dans les modes dont il ma-
nifeste aux hommes sa puissance ou sa
bonté. Mais il fut principalement adoré
dans le soleil, que l'on considérait non
comme un de ses ouvrages, mais com-
me un de ses attributs, parce que le so-
leil était la cause sensible qui anime la
terre. Osiris le soleil, et Isis la lune, fu-
rent les deux puissances célestes les plus
révérées. Orus, leur fils, vainquit Ty-
phon, génie malfaisant, qui était peut-
être la mer, parce que la mer engloutis-
sait le Nil. Osiris fut aussi le Nil, et
Isis la terre.
Dieu fut adoré dans la science, qui
est encore un de ses attributs, et dont
les hommes peuvent avoir quelque com-
24 RÉSUMÉ
munication. Mais ce Thoth, que les
Grecs ont appelé Hermès ou Mercure,
fut un dieu sacerdotal peu en honneur
parmi le peuple, parce que les prêtres
avaient seuls le dépôt des connaissances
humaines. Thoth arracha les peuples à
la barbarie; il créa les lois, les arts, il fit
enfin une révélation complète et im-
mense. Des colonnes furent les déposi-
taires de ses leçons, et c'est de là que part
sans doute l'écriture hiéroglyphique. Il
y eut, au reste, deux divinités de ce
nom, car les travaux du premier Thoth
furent perdus.
L'adoration s'étendit bientôt aux ima-
ges. Les premières furent vivantes, c'est-
à-dire qu'on adora des animaux comme
symboles des divinités. Ces symboles
précédèrent le culte des simulacres,
idoles ou statues; mais ce dernier culte
ne renversa pas tellement le premier,
qu'il n'en restât aucune trace. Le chien,
l'ibis, le crocodile, peut-être même cer-
tains végétaux, furent considérés long-
temps comme les emblèmes de certaines
puissances supérieures, et le culte d'A-
pis, représenté par un boeuf, fut toujours
DE L' HISTOIRE D' EGYPTE. 25
en vigueur dans l'ancienne Egypte. Ce
boeuf était censé naître par l'opération
d'une lumière céleste qui fécondait la
vache. On le reconnaissait à de certaines
marques; il était nourri dans un temple,
et rendait des oracles par ses beuglemens
et les mouvemens de son corps. La
naissance du veau sacré était célébrée
par de grandes fêtes.
Mais que sert d'exposer au lecteur
toutes les obscurités de la mythologie
égyptienne? Que sert de l'entretenir
d'Harpocrate, de Sérapis, d'Anubis, de
Bubastis, de Buto, de Tithrambo? Outre
que les auteurs s'accordent rarement,
de tels détails seraient aussi fastidieux
qu'inutiles. Il a dû nous suffire d'indi-
quer ces deux grands points, savoir:
que l'Egypte reconnaissait un Dieu au-
teur, et qu'elle adorait Dieu dans ses'
attributs ou dans les causes sensibles.
Telle fut aussi la religion des Grecs ; ils
l'empruntèrent de l'Egypte.
26 RESUME
Gouvernement.
La science du gouvernement a, dit-
on, pris naissance dans ce pays, et
certes on serait tenté de le croire, tant
cette science y était peu avancée.
Le royaume était divisé en trente-six
nomes ou provinces, et chaque nome
avait un gouverneur qui veillait à l'ad-
ministration des affaires.
Les terres étaient partagées en trois
portions. L'une appartenait aux prêtres,
l'autre au roi, la troisième aux gens de
guerre. Le peuple n'entrait pas dans le
partage. Il tenait à ferme le sol privi-
légié, et nourrissait de son travail ceux
qui ne travaillaient pas.
La population était classée en autant
de catégories qu'il y avait de profes-
sions diverses 1, et c'est au grand Sésos-
tris q'on attribue ces grandes institu-
tions.
Les prêtres, qui formaient le premier
ordre, étaient toujours auprès de la per-
1 Hérodote en compte sept; Diodore n'en
admet que cinq.
DE L' HISTOIRE L'EGYPTE. 27
sonne du roi, qui était servi par leurs
enfans ; ils étaient les chefs et l'âme de
ses conseils. Leurs terres n'étaient point
soumises aux taxes, et ils avaient pour
supérieur un grand-prêtre qui, après sa
mort, était remplacé par son fils.
Les gens de guerre étaient appelés
calasiriens ou hermotybiens, selon les
différentes provinces qu'ils habitaient.
Leurs terres étaient aussi libres de toute
redevance, et chaque soldat possédait
un champ de douze arura ou douze
cents coudées égyptiennes. Jamais na-
tion ne paya si généreusement son ar-
mée, et jamais nation ne fut si mal dé-
fendue. La garde du roi se composait
de deux mille hommes, choisis alterna-
tivement parmi les calasiriens et les
hermotybiens.
L'hérédité des professions formait un
dogme politique. On naissait prêtre,
soldat, pasteur, marchand, ou labou-
reur. Chaque place était marquée, nul
n'en pouvait sortir, et c'est cette ef-
frayante immobilité qu'on a voulu nous
offrir comme' le modèle des gouverne-
mens.
28 RÉSUMÉ
Mais quels furent les résultats de ce
système? Le pouvoir obtint-il cette im-
mobilité qu'il avait recherchée avec tant
de soin? oui, il l'obtint, mais pour y
trouver la mort. Le peuple resta indif-
férent à toutes les querelles politiques,
et les gens de guerre, amollis sans doute
par la richesse, furent vaincus à tant de
reprises, avec tant de facilité, qu'à peine
semblent-ils avoir pris un moment les
armes, eux qui tenaient au sol par tant
de racines, eux qui combattaient pour
leurs propres foyers !
Quant aux prêtres, leur domination
fut plus durable, puisqu'elle se maintint
malgré plusieurs conquêtes. Ils possé-
daient seuls le dépôt des sciences; ils
présidaient seuls à l'éducation des en-
fans, et. l'on sait que dans tous les pays
et sous l'empire de toutes les religions,
c'est à cette double influence que les mi-
nistres des autels ont dû leur prépondé-
rance politique. Peut-être cette prépon-
dérance aurait-elle été abattue par le
temps, et l'Egypte ne serait-elle pas
estée stationnaire ; mais toutes ces os-
illations lui vinrent du dehors. Ses
DE L'HISTOIRE D'EGYPTE. 29
moeurs, ses usages, ses lois, sa religion
ne furent pas abandonnés et changés
par un élancement vers un meilleur
ordre de choses, ils périrent par la
force; et c'est un problème curieux à
examiner que celui de savoir quel sort
attendait ce peuple dans la fin des
siècles, s'il eût été livré à lui-même.
Mais lorsque l'Egypte cessa d'être égyp-
tienne, elle devint perse, puis grecque,
puis romaine, puis arabe, et, sans la fa-
talité des circonstances, peut-être au-
jourd'hui serait-elle française.
Le coeur se soulève quand on voit
dans quel degré d'abjection le sacer-
doce avait fait tomber la royauté. Le
roi n'était que le premier esclave des
prêtres; il recevait, il attendait leurs
ordres; le plaisir du bain, celui de la
promenade, celui même de l'amour
conjugal, il ne pouvait les goûter qu'a-
vec leur permission. Chacune de ses
heures était marquée par un devoir;
tout enfin était déterminé, même les
alimens qu'on servait sur sa table, de
telle sorte que les règnes étaient écrits
d'avance et moment par moment, dans
...I

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